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🖋 Autoportrait de travailleur social ‱ Thierry Trontin, Ă©ducateur spĂ©cialisĂ©

Thierry Trontin - éducateur spécialisé

Thierry Trontin, Ă©ducateur spĂ©cialisĂ©, co-gĂ©rant de la sociĂ©tĂ© coopĂ©rative de production (SCOP) Éducateurs-Voyageurs et du lieu de vie et d’accueil « La Croix des Quatre Chemins  » dans le Puy-de-DĂŽme.


«  Voir ces adolescents trop souvent appelĂ©s « incasables », en capacitĂ© de reconstruire quelque chose, mĂȘme de façon modeste, enfin valorisĂ©s et confiants, demeure toujours un trĂšs bon souvenir  »


Quels mots associez-vous spontanĂ©ment au travail social ?

Écouter et inventer.


Pour quelles raisons avez-vous choisi votre mĂ©tier ?

Il s’agit d’un choix tardif, de l’ordre d’une reconversion, opĂ©rĂ© vers mes quarante ans, aprĂšs des rencontres avec des publics en difficultĂ©s diverses (sociales, handicap) rĂ©alisĂ©es dans des cours d’Aikido oĂč j’officiais comme professeur, et le souvenir encore prĂ©gnant d’une adolescence extrĂȘmement compliquĂ©e durant laquelle des personnes rĂ©fĂ©rentes m’avaient fait dĂ©faut. D’oĂč certainement le choix de m’engager auprĂšs de publics adolescents.


Quelle formation avez-vous suivie ?

J’ai tout d’abord Ă©tĂ© formĂ© Ă  l’enseignement de l’Aikido au sein de l’AcadĂ©mie Autonome d’Aikido, enseignement associant aux pratiques martiales des cours de philosophie, psychologie et pĂ©dagogie. Puis je suis entrĂ© Ă  l’École de travailleurs sociaux de Vic-Le-Comte dans le Puy-de-DĂŽme pour y passer le diplĂŽme d’Ă©ducateur spĂ©cialisĂ©. Je l’ai ensuite agrĂ©mentĂ© de diverses formations personnelles assez variĂ©es allant de l’animation d’ateliers d’Ă©criture Ă  des pratiques Ă©nergĂ©tiques (mĂ©decine chinoise, TaĂŻ Chi) ou des pĂ©dagogies innovantes (pĂ©dagogie initiatique). J’ai rĂ©cemment obtenu un master de recherche en Sciences de l’éducation, Ă  l’universitĂ© de Rouen.


Quel est votre meilleur souvenir professionnel ?

Il m’est impossible de rĂ©pondre Ă  cette question par un seul souvenir. Le dĂ©nominateur commun pourrait ĂȘtre le moment trop souvent rĂ©pĂ©tĂ© oĂč dans les Ă©tablissements dans lesquels j’Ă©tais en poste, l’accueil d’un adolescent semblait arriver Ă  son terme, tant il mettait Ă  mal les Ă©quipes et l’organisation institutionnelle. Il s’agissait alors d’ĂȘtre en capacitĂ© de penser diffĂ©remment et, par la volontĂ© et l’inventivitĂ© d’une ou deux personnes, de parvenir Ă  lui proposer une forme d’Ă©chappĂ©e belle, quelle qu’en soit la forme. Il pouvait bien entendu s’agir d’un sĂ©jour de rupture (et/ou de suture), de quelques jours ou de quelques semaines, en France ou Ă  l’Ă©tranger, mais aussi de toute autre invention apte Ă  crĂ©er un espace de vie qu’il puisse intĂ©grer, qui s’offre comme un possible, aprĂšs avoir Ă©branlĂ© ses certitudes (pratique corporelle, artistique, crĂ©ative). Il fallait ensuite ĂȘtre capable de l’accompagner dans cette forme de bricolage Ă©ducatif, tout en laissant exister une part importante de clinique. Il y avait aussi quelque chose d’une prise de risque assumĂ©e, incontournable dans ce mĂ©tier d’Ă©ducateur. Alors nous finissions par nous rendre compte que finalement quelque chose opĂ©rait, qu’une une transformation Ă©tait Ă  l’Ɠuvre dans cette relation qui s’instaurait, cela en dĂ©pit des difficultĂ©s qui ne manquaient pas de continuer Ă  exister. Voir ces adolescents trop souvent appelĂ©s « incasables », en capacitĂ© de reconstruire quelque chose, mĂȘme de façon modeste, enfin valorisĂ©s et confiants, demeure toujours un trĂšs bon souvenir. Il faut cependant accepter que certains jeunes se soient malencontreusement Ă©garĂ©s en cours de chemin.


Le pire ?

Le pire se tient certainement dans le fait de devoir se confronter quotidiennement Ă  des personnes en situation professionnelle avec des idĂ©es arrĂȘtĂ©es sur ce qui est bon pour l’autre, qui connaissent la posture idĂ©ale Ă  adopter et cherchent Ă  l’imposer, qui Ă©mettent des avis nĂ©gatifs et mortifĂšres face Ă  l’innovation et l’expĂ©rimentation et sont dans l’incapacitĂ© de concevoir la clinique Ă©ducative. Ces personnes se rencontrent dans toutes les strates des dispositifs, administratifs, institutionnels, hiĂ©rarchiques. Cela va hĂ©las jusqu’aux pairs. Faire bouger les systĂšmes s’est donc rĂ©vĂ©lĂ© ĂȘtre une tĂąche annexe, complexe, chronophage et parfois dĂ©moralisante, voire dĂ©mobilisatrice. Les liens sont tĂ©nus entre le fait de s’engager personnellement pour l’autre et prĂ©server ses espaces de confort personnel. Il convient d’en avoir conscience et de ne pas se mentir Ă  soi-mĂȘme, ni aux compagnons de route. Ne pas ĂȘtre un frein lorsque notre sphĂšre intime est bousculĂ©e. Des amitiĂ©s anciennes se sont ainsi dĂ©sagrĂ©gĂ©es au fil des expĂ©riences partagĂ©es, des incomprĂ©hensions et des renoncements. Elles restent encore parfois comme des blessures.


Quel est votre livre de chevet ?

Le courage de se vaincre, de Pierre-Yves Albrecht (Les Ă©ditions du ReliĂ©, 2002). Ce rĂ©cit raconte le cheminement et l’expĂ©rience initiatique de jeunes toxicomanes, Ă  travers une marche dans le dĂ©sert et l’ascension d’un haut sommet des Alpes.


Vous ĂȘtes tentĂ©s par l’exercice d’autoportrait de travailleur social ? Vous souhaitez partager votre expĂ©rience ? N’hĂ©sitez Ă  nous contacter Ă  l’adresse suivante : katia.rouff@lien-social.com