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28 septembre 2020

■ ACTU - Briançon • Fermeture annoncée du Refuge solidaire

Le Refuge solidaire, qui depuis 2017 accueille pour quelques nuits des personnes exilées arrivant par la montagne dans la ville de Briançon, est menacé de fermeture le 28 octobre par le nouveau maire LR, Arnaud Murgia. Celui-ci ne souhaite pas renouveler la convention, mise en place par l’ancienne municipalité, qui avait mis à disposition gracieusement ce local et en payait les charges. Arguant d’un problème de sécurité du bâtiment, l’élu considère surtout que « c’est à l’État de gérer la problématique de l’immigration ».

11 000 personnes accueillies

Depuis son ouverture, le lieu a déjà accueilli quelques 11 000 personnes, une trentaine par jour, parfois beaucoup plus. Un collectif de bénévoles et une coordinatrice salariée y assurent l’accueil, les repas, les soins, l’aide aux démarches administratives. Ils sont épaulés par une permanence de Médecins du Monde et de l’hôpital de Briançon. De fait, la traversée des cols alpins est dangereuse, surtout l’hiver et sans équipement ; les maraudes citoyennes qui réunissent habitants et professionnels de la montagne secourent régulièrement des personnes égarées, avec des engelures ou en état d’hypothermie. « Ces dernières semaines ce sont surtout des familles qui arrivent, des femmes enceintes ou avec des bébés, qui doivent avoir un accès aux soins », note la référente de Médecins du Monde. « Pourquoi casser quelque chose qui marche ? », se demande la coordinatrice du lieu. Nous assurons une veille sanitaire et la paix sociale, si le refuge ferme il y aura des personnes à la rue, cela va créer des tensions ».

Soutiens en nombre

Depuis l’annonce de fermeture, les soutiens à l’association affluent de toutes parts. Avec notamment une pétition et une tribune signée par de nombreuses personnalités. Dans une lettre au ministre de l’Intérieur, la commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’inquiète « des entraves au travail des associations et des conséquences humanitaires dramatiques pour les migrants » à Briançon et Calais, et demande au ministre de « prendre les décisions opportunes pour permettre aux associations de poursuivre leurs activités », « conformément au principe de fraternité ».


25 septembre 2020

🎥 FILM • Laëtitia (2)

Ce qu’un éducateur peut dire, après avoir regardé la série de Jean-Xavier de Lestrade sur France 2.

Du côté des professionnels

Qu’en est-il de la représentation de la protection de l’enfance dans la fiction faisant le récit du viol, meurtre et dépeçage de Laëtitia Perrais vivant en famille d’accueil en Loire atlantique ? C’est, sans doute, son angle mort, son scénario se montrant bien plus erratique.

On voit apparaître la même travailleuse sociale tout au long des six épisodes. Celle-ci semble exercer son métier à tous les postes. Elle commence par assurer une mesure d’Aide éducative en milieu ouvert, puis de référente ASE et enfin d’éducatrice du foyer « La Providence » : peu d’intervenants ont ainsi ce don d’ubiquité leur permettant d’être partout, même successivement ! Au passage, d’ailleurs, elle change de nom : Madame Paillard dans les quatre premiers épisodes et Madame Prieur, dans les deux derniers. Par trois fois, elle s’entretient avec le gendarme responsable de l’enquête. En soi, rien d’étonnant qu’elle soit convoquée. Ce qui l’est plus, c’est qu’à chaque fois, cela se passe dans une salle de restaurant autour d’une table dotée d’une belle nappe blanche ! Alors, qu’elle a derrière elle toute une équipe, elle apparaît bien seule. Et la première fois où elle rend visite à Jessica, après la disparition de Laëtitia (dans le second épisode), c’est en soirée, en affirmant d’emblée que ce n’est pas très professionnel de passer si tard (!), comme si elle n’avait pas trouvé le temps de le faire dans la journée. Concédons, toutefois, que le fonctionnement de Gilles Patron, véritable électron libre, prenant seul l’initiative de parler aux journalistes, d’intervenir dans la manifestation des magistrats ou de rencontrer le Président de la République démontre combien le Conseil départemental, son employeur, a brillé alors par son absence et son laxisme.
Tous ces détails semblent montrer une ignorance du fonctionnement de ces services, compensée par des improvisations assez hasardeuses du scénario.
Se pose, toutefois, la question : comment est-il possible que cette professionnelle, engagée depuis longtemps dans la protection de l’enfance, ne se soit rendu compte de rien ? La fiction évoque les atteintes sexuelles dont se rend coupable Gilles Patron sur une amie des jumelles. Ce dernier est entendu à ce propos par la gendarmerie et reçu par l’ASE. Les protestations véhémentes qu’il profère et l’absence de témoin bloque toute procédure : c’est l’éternelle confrontation de la parole de l’adulte contre celle de l’enfant. L’échange entre la travailleuse sociale et les deux sœurs, que décrit bien la fiction, ne permet pas d’étayer le soupçon, Jessica et Laëtitia niant tout geste déplacé. Difficile d’aller plus loin, dans de telles conditions.

Mais, un autre élément permet peut-être de comprendre la situation. L’équipe ASE du sud Loire avait, quelques années auparavant, retiré une adolescente d’une autre famille d’accueil sur laquelle pesait une suspicion identique. Informé par un article de presse, le Président du Conseil général avait fait annuler cette décision, sans consulter au préalable ses services ne serait-ce que pour en vérifier le bienfondé. Il avait même voulu sanctionner l’Inspecteur à l’enfance en charge du dossier, prétextant une faute professionnelle : celui-ci avait, sans rentrer dans les détails, répondu au journaliste qui l’interrogeait que sa décision était mûrement réfléchie. En posant un acte impulsif et douteux, un pouvoir politique loin du terrain invalidait brutalement l’évaluation de professionnels aguerris. Constatons qu’un Conseil départemental veut, d’un côté sanctionner l’un de ses cadres pour une déclaration anodine et, de l’autre, laisse l’agent contractuel Gilles Patron, placé sous son autorité, prendre seul l’initiative de parler aux journalistes, d’intervenir dans la manifestation des magistrats ou de rencontrer le Président de la République … en véritable électron libre. Y a-t-il une simple corrélation ou un vrai rapport de cause à effets entre ce désaveu humiliant et, quelques années plus tard, la difficulté à décider de retirer Jessica et Laëtitia de la famille d’accueil Patron, alors que les deux jeunes-filles niaient avoir subi la moindre agression et que le même Président était encore en poste (son successeur sera élu fin mars 2011) ? La question reste posée !
A défaut d’avoir pu entrer plus avant dans les (dys)fonctionnements des services sociaux qui sont restés, là comme toujours, mutiques, il est difficile de reprocher au réalisateur d’être resté approximatif à leur propos.
Ces quelques réserves une fois émises quant au rôle de l’ASE, il reste une peinture sociétale d’une grande finesse et d’une grande sensibilité.

Épilogue

Quelles leçons est-il possible de retirer de ce terrible fait divers ?

Retenons-en trois.

- La première incite à ne pas tomber dans le biais de généralisation : l’immense majorité des 300 000 enfants pris en charge par la protection de l’enfance ne subissent pas une telle destinée. L’immense majorité des assistants familiaux font excellemment leur travail. L’immense majorité des situations d’agression sexuelle qu’elles soient intra-familiales ou intra-institutionnelles sont gérées avec diligence, réactivité et efficacité. L’immense majorité des adultes ayant vu leur enfance broyée ne deviennent pas des Tony Meilhon. Il était important de donner un coup de projecteur sur cette sordide affaire. Mais, de la même façon que l’on parle rarement des trains qui arrivent à l’heure, il est peu fréquent que l’on fasse le récit du cheminement de celles et ceux qui s’en sortent, réservant les feux des projecteurs au échecs.

- Le second enseignement tient dans les modalités d’organisation des services de l’ASE : demander à chacun de ses professionnels de suivre entre 30 et 35 situations d’enfants placés en famille d’accueil ne leur permet pas d’être dans la proximité susceptible de détecter facilement un malaise ou un dérapage potentiel. Si l’on veut favoriser une plus grande vigilance, il faut aussi faire en sorte que les familles d’accueil se sentent (et soient) moins seules.

- Enfin, le risque zéro ne pourra jamais être atteint. Il existera toujours des prédateurs susceptibles de se glisser dans les services au contact avec des enfants, sans qu’ils soient systématiquement détectés, voire détectables. Cela peut se passer dans les écoles, dans les clubs sportifs, dans les centres aérés, dans les institutions religieuses … mais aussi dans les services de protection de l’enfance. Il y aura toujours des enfants privés d’affection, attentifs à celle qu’on leur propose ou qui ont intégré la passivité et l’inertie comme mode de survie ou encore qui sont terrorisés et paralysés face aux agressions subies. Des dérapages, des crimes seront toujours le produit de la rencontre des uns et des autres. Ce constat n’a pour objectif ni de se résigner, ni de minimiser. Bien entendu qu’il faut se montrer vigilant et proactif. Ce comportement permettra de prévenir beaucoup de situations à risque. Pour autant, si on ne doit pas se réfugier dans l’impuissance, il est parfaitement illusoire de prétendre pouvoir toujours éviter de tels drames.

Jacques Trémintin

À voir :
• La critique du livre d’Ivan Jablonka qui a inspiré le scénario
• La bande annonce
• Le replay des six épisodes de Laëtitia


25 septembre 2020

🎥 FILM • Laëtitia (1)

Ce qu’un éducateur peut dire, après avoir regardé la série de Jean-Xavier de Lestrade sur France 2.

Deux lundis de suite (les 21 et 28 septembre), France 2 a programmé en première partie de soirée six épisodes d’une mini-série consacrée à l’affaire Laëtitia . Ce fait divers, qui remonte à janvier 2011, bouscula tant la protection de l’enfance que le système judiciaire, l’opinion publique que la classe politique. Cette jeune adulte, placée avec sa sœur jumelle dans la même famille d’accueil depuis ses treize ans, est alors victime d’un crime particulièrement glauque : violée, tuée, puis démembrée par Tony Meilhon, elle fut jetée au fond de deux étangs distincts. Cette horreur ne se suffisant pas à elle-même, vint se rajouter la révélation ultérieure de l’agression sexuelle que Jessica, la sœur de Laëtitia, avait subie de la part de Gilles Patron, l’assistant familial chez qui elle était placée.

De cette affaire, Jean-Xavier de Lestrade nous en propose un récit nuancé, alternant le déroulement de l’enquête avec des retours en arrière sur le cheminement des principaux protagonistes du drame. Le réalisateur a fait le choix de ne pas donner dans le pathos, ni le gore mais de décrire avec fidélité, pudeur et distance le déroulement des faits, en dressant des portraits d’une grande pertinence.

L’éclairage des personnalités

Les troubles de la personnalité de Tony Meilhon, encore aggravés par une toxicomanie envahissante, sont d’un réalisme particulièrement cru. L’acteur qui interprète ce maléfique personnage reproduit des postures et des expressions hallucinantes, avec une authenticité glaçante. Sa première apparition à l’écran donne le sentiment d’une terrifiante monstruosité. Le retour sur son enfance montre un être très tôt cabossé, comme pris dans un engrenage infernal, passant instantanément de la bienveillance à des actes psychopathes. Le spectateur pourra s’étonner qu’on ait pu laisser un tel individu agir librement. Les services sociaux, mais aussi psychiatriques en croisent régulièrement de ces profils potentiellement violents. Ce qui est étonnant, ce n’est pas qu’ils passent parfois à l’acte… mais qu’ils ne le fassent pas plus souvent ! Les accompagner et les soutenir serait possible, non pour garantir le risque zéro, mais pour tenter de les canaliser. Encore faudrait-il que 20 % des postes de psychiatres censés soigner ces patients souffrant de troubles mentaux ne soient pas dépourvus et que leurs services ne soient pas asséchés par des économies budgétaires. Il en va de même pour les Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation (SPIP) chargés du suivi des condamnations avec sursis et mises à l’épreuve (ce qui était le cas pour Tony Meilhon). Il serait pertinent que chaque professionnel qui y travaille ne ploie pas sous le poids de 150 dossiers à suivre !

L’immaturité du père des deux jumelles crève l’écran. L’amour infini de Franck Perrais pour ses filles n’a d’égal que ses immenses difficultés à exercer sa fonction parentale. Sa volonté de bien faire est impressionnante. Mais, son impuissance à y arriver l’est tout autant. En un temps où l’on met facilement en avant la nécessité de développer le potentiel des familles, il est judicieux de montrer ce que les professionnels de la protection de l’enfance rencontrent au quotidien : des hommes et des femmes qui progressent dans leurs compétences à faire grandir leur enfant, mais aussi d’autres qui sont dans une incapacité permanente à se comporter d’une façon responsable et mature, malgré tous les efforts pour les y aider.

Chez Laëtitia, ce qui frappe, c’est la joie de vivre et la spontanéité, l’ingénuité et l’envie de mordre à pleines dents la vie qui s’ouvre à elle. Les gros plans sur son visage éclatant de plaisir sont en décalage avec le drame qui se vit en elle et qui l’amènera à prendre tous les risques. Les épisodes de vie des jumelles qui s’égrènent tout au long de la série permettent de mesurer les épreuves qu’elles ont endurées. L’intervention de la protection de l’enfance, ne leur a pas permis une triple peine. Des parents trop en difficulté eux-mêmes pour s’occuper d’elles sereinement. Un prédateur qui se cache derrière un assistant familial qui devait les protéger et non en faire sa proie. Un écorché de la vie qui se transforme en tortionnaire.

Jessica, quant à elle, se sacrifie en devenant l’objet sexuel de Gilles Patron. Son attente d’affection, sa demande d’adoption et sa quête d’affiliation peuvent en partie expliquer sa soumission. Sa résignation et sa docilité face à son agresseur sont d’autant moins étonnantes que ce sont ces mêmes postures qui lui ont permis de survivre toute son existence. Les enfants victimes n’ont guère de solutions face aux épreuves qu’ils subissent : à côté de la demande de protection qu’on attend d’eux, on trouve très souvent l’hétéro-agression (violence dirigée vers autrui sous forme de délinquance, de brutalité, de colère…), l’auto-agression (dépression, scarification, boulimie, anorexie…) ou encore l’effacement et la renonciation à se défendre. Tous ces traits de caractère n’induisent pas un passé traumatique, mais un passé traumatique peut entraîner ces traits de caractère. Jessica n’a cessé de subir passivement ce qui lui arrivait, comme le montrent très bien les scènes de la fiction retraçant le cheminement de son enfance.

Ce qui marque dans le portrait des magistrats et des enquêteurs, c’est bien le calme et la maîtrise dont ils font preuve. Et c’est justement cette attitude qui leur permet de gérer cette affaire avec méthode et sang-froid. Leur émotion est à fleur de peau. Mais, ils se doivent de ne pas craquer pour aller au bout de leur mission. Ils y parviennent, malgré la tempête médiatique et politique qui les cerne. On est loin de l’hystérie qui va commencer à se déployer autour d’eux.

Car, face à la charge émotionnelle qui gagne progressivement le spectateur, il n’y a finalement que deux réactions qui, par leur exaltation, tranche avec la dignité qui traverse cette fiction : celles de Gilles Patron et du Président Sarkozy. Le premier, assistant familial autoritaire et dominateur, s’en prend publiquement à la justice accusée de laxisme et pourfend les délinquants sexuels pour qui il réclame le rétablissement de la peine de mort. Le second promet de sanctionner les magistrats qui n’ont pas su deviner ce qu’allait commettre Tony Meilhon : ils auraient dû savoir qu’en le libérant, il assassinerait quelqu’un.
Gilles Patron sera condamné à 8 ans d’incarcération, le 28 mars 2014, pour les viols répétés sur Jessica. Nicolas Sarkozy, quant à lui, est en attente de deux procès ; il est mis en examen dans deux procédures ; il a cumulé six autres implications (pour trois d’entre elles, il a bénéficié d’un non-lieu). Belle indignation que celles de ces « présumés coupables », pour reprendre l’expression employée pour désigner le meurtrier, par Nicolas Sarkozy, ancien avocat ayant oublié les fondamentaux de ses cours de droit (tant qu’on n’a pas été déclaré coupable par un tribunal, on est réputé innocent !). Gilles Patron, qui en appelait à plus de sévérité, devrait apprécier de sortir un jour de prison, sans qu’on lui refuse sa libération par crainte d’une récidive. Quant à Nicolas Sarkozy, son sort dépend de ces juges qu’il a toujours trouvés trop permissifs : suivant ses conseils, ce serait justice qu’ils ne le soient pas avec lui.

Jacques Trémintin

(suite lundi matin Laëtitia (2) « du côté des professionnels »)

À voir :
• La critique du livre d’Ivan Jablonka qui a inspiré le scénario
• La bande annonce
• Le replay des six épisodes de Laëtitia


24 septembre 2020

■ ACTU - Rétention administrative • Une politique inhumaine

Le 22 septembre, cinq associations ont présenté un rapport sur les centres et locaux de rétention administrative. Elles y dénoncent une année 2019 marquée par le durcissement de la politique d’enfermement et des violations massives des droits.

« Enfermer plus et plus longtemps et ce malgré les conséquences inhumaines  ». Telle semble être la volonté du gouvernement, selon les cinq associations présentes en centre de rétention administrative (CRA) (1) qui ont présenté le mardi 22 septembre leur 11ème rapport annuel (2). Un rapport sévère.

En 2019, 53 273 personnes ont été enfermées en CRA en métropole et en outre-mer (dont 47 % à Mayotte), soit 23 % de plus qu’en 2018. Parmi elles, 3 380 enfants (contre 1 429 en 2018) dont des nourrissons. La rétention a également concerné 264 mineurs isolés sur le territoire français selon leurs déclarations, que l’administration a considérés comme majeurs sans plus d’évaluation pour déterminer leur âge. 60 % ont été libérés par des juges, ce qui souligne le caractère abusif de ces pratiques.

Tout-enfermement

L’année 2019 a été marquée par l’entrée en vigueur de la loi du 10 septembre 2018 réformant une nouvelle fois le droit des personnes étrangères. Elle permet notamment le doublement de la durée maximale de rétention (90 jours contre 45).
Une mesure qui a conduit à un allongement de la durée moyenne d’enfermement dans les centres de rétention administrative (CRA), dont les taux d’occupation restent importants ces dernières années. Ce changement législatif est allé de pair avec l’accroissement sans précédent du nombre de places dans les CRA : 1 700 en 2019 (contre 1 000 en 2017) ; sans compter quatre constructions prévues. « Encore plus de personnes enfermées et réprimées  », pointent les associations.
Si les données récoltées témoignent d’une augmentation du nombre d’éloignements en valeur absolue, rapportée au nombre de mesures d’éloignement prises cette même année, l’efficacité de cette politique reste faible.
Les associations dénoncent également un défaut d’examen des situations individuelles. Ainsi, des ressortissants originaires d’États défaillants ou en situation de conflits armés, ont été privés de liberté aux fins d’être reconduits dans leurs pays malgré les menaces pesant sur leur vie. Si la majorité d’entre eux échappent de justesse à l’éloignement, certains - Afghans et Soudanais, notamment - ont été renvoyés vers ces territoires dangereux pour eux.
« Le recours excessif à la rétention et le défaut de discernement conduisent régulièrement à l’enfermement de personnes particulièrement vulnérables qui souffrent parfois de pathologies physiques ou mentales graves  », poursuivent les associations. Elles observent une augmentation sans précédent des faits de violences et d’actes désespérés, tels que des automutilations, des grèves de la faim et des tentatives de suicide. Trois personnes sont décédées en 2019 dont une par suicide.

Enfermés malgré le Covid

Durant la crise sanitaire, des CRA ont tardé à prendre des mesures sanitaires utiles pour prévenir l’exposition des personnes enfermées faisant peser sur elles un risque de contamination. Des cas avérés montrent que le respect du droit à la santé a pu passer après la volonté d’éloigner, quelles que soient les circonstances.
Aujourd’hui, pour l’expulser, le PCR d’une personne retenue doit être négatif. Certaines refusent de passer le test– ce qui est leur droit – et sont parfois condamnées à de la prison ferme ou du sursis.
Face à l’ensemble de ces considérations, les associations jugent « urgent de revoir l’usage massif de l’enfermement des étrangers qui découle de la politique française d’éloignement alors que des solutions alternatives peuvent être envisagées. »


(1) ASSFAM-Groupe SOS Solidarités, France terre d’asile, Forum Réfugiés-Cosi, La Cimade et Solidarité Mayotte.

(2) https://www.lacimade.org/publication/rapport-national-2019-sur-les-centres-et-locaux-de-retention/?utm_content=contenu


24 septembre 2020

► FORUM - LA DÉNONCIATION : ACTE DE COURAGE OU DE MALVEILLANCE ?


Par Laure Dourgnon, juriste spécialisée en droit de la Dignité et en droit de l’action sociale et médicale

Alors que certains hésitent à dénoncer des actes inacceptables, la dénonciation sert trop souvent à détruire son prochain. Elle évoque les heures noires de Vichy, alors que des millions d’hommes et de femmes ont été tués, déportés ou torturés sur dénonciation d’appartenances vraies ou supposées à la religion juive, à la Résistance, à des origines ethniques, à leurs idées ou leurs attirances sexuelles, ou sur leurs handicaps. Parallèlement, ces actes criminels sont sortis du silence grâce au courage de ceux qui les ont dénoncés.

Après-guerre, les autorités politiques ont voulu éviter le débat sur la dénonciation, au risque de recommencer un nouveau conflit. Mais plus de soixante-dix ans plus tard, cette question reste sensible et très floue dans l’âme des Français. En témoignent les dénonciations massives pendant le confinement. Le terme dénonciation désigne toute transmission d’informations nominatives à une autorité compétente pour prendre une sanction contre la personne désignée. Cette définition peut être étendue aux divulgations via les réseaux sociaux, mais je n’en parlerai pas ici.

Je commence avec la parole courageuse, celle qui dénonce à une autorité des faits interdits ou dangereux, afin qu’elle y mette un terme. Parce que ces agissements agressent une personne, un animal, ou la biosphère, la dénonciation de ces faits est un acte courageux. C’est elle qui fait progresser les consciences.

Retrouver la suite de cet article dans le numéro 1278 de Lien Social


24 septembre 2020

★ INITIATIVE - Prix « Jeunesse pour l’égalité » La 8e édition est lancée !

Concours de création de vidéos et d’affiches à destination des 11-25 ans.

C’est parti pour l’édition 2021 du Prix « Jeunesse pour l’égalité », lancé par l’Observatoire des inégalités.
Rendez-vous annuel des 11-25 ans souhaitant s’engager pour combattre les inégalités et les discriminations, il est ouvert jusqu’au 31 janvier 2021.

Cette nouvelle édition invite à réfléchir sur le thème : "Quand on veut, on peut ?". Autrement dit, est-ce que la réussite n’est qu’une question de motivation ? N’existerait-il pas des barrières visibles et invisibles qui rendraient tout ça un petit peu plus difficile ?
Par équipe de deux minimum, il s’agit de dire ce que l’on en pense, à travers une affiche ou une vidéo.
La limite pour s’inscrire et envoyer ses œuvres est fixée au 31 janvier 2021.
Ce qui À gagner ? Une place pour la cérémonie finale, organisée à Paris le 24 mars 2021 (date à confirmer), et des cartes cadeaux pour celles et ceux qui seront primés. Douze prix seront décernés au total en fonction de la catégorie d’âge (11-15 ans, 16-18 ans et 19-25 ans) et du support (affiche ou vidéo).

Une belle opportunité pour mobiliser des jeunes autour d’un projet original !


L’une des affiches lauréate de 2020 parmi celles de l’affichothèque  : https://observatoiredesinegalites.tumblr.com/

Les vidéos finalistes 2020 :


24 septembre 2020

• TERRAIN - Le travailleur social est-il un militant ?

Par Didier, Gabrielle et Jean-Marc, au nom du collectif « Avenir éducs ».

Cette question du militantisme est sûrement aussi ancienne que le travail social lui-même. Pourquoi ?
Premièrement parce que c’est bien par l’entremise de ses acteurs et de ses institutions que le militantisme est devenu en quelque sorte un principe actif du travail social.
Deuxièmement parce que les travailleurs sociaux, que les décideurs politiques voudraient réduire à de simples « intervenants sociaux », sont placés au cœur de dynamiques sociales et sociétales qui, de la petite enfance jusqu’au grand âge, les amènent à se questionner sur des thèmes aussi essentiels que la prévention, l’éducation, l’exclusion, l’insertion, la solidarité… Bref, sur ce qui fait société. Et ce, non pas de manière purement théorique et rhétorique mais en se coltinant au réel, à partir de leur « clinique », au quotidien, au sein de leurs institutions ; quand ils ont encore la possibilité d’un ancrage institutionnel et qu’ils ne se laissent pas aveugler par les mirages du travail social néo-libéralisé.
Aujourd’hui, au lendemain de la pandémie, un des enjeux fondamentaux auquel sont confrontés les travailleurs sociaux et les étudiants en travail social est l’épreuve de la « distanciation sociale ». Les rencontres avec autrui, sous l’emprise des précautions sanitaires, ne vont-elles pas déboucher sur de nouveaux modèles d’interventions socioéducatives plus digitalisés, bureaucratisés et finalement trop distanciés ? Lorsqu’en période de confinement les normes et procédures habituelles, parfois très pesantes, ont littéralement sauté, les éducateurs, les travailleurs sociaux, les formateurs, quels que soient leurs secteurs, ont œuvré, en faisant souvent preuve d’ingéniosité et d’engagement, pour maintenir un lien social, au-delà des injonctions sanitaires et en veillant à ce que celles-ci ne deviennent à jamais le seul horizon professionnel. Qu’ont-ils fait alors, si ce n’est militer et combattre pour maintenir l’humain au cœur de leur travail, en utilisant certes des machines mais en refusant la tyrannie des process (procédures techniques).
La véritable question qui se pose aujourd’hui aux travailleurs sociaux, révélée de manière inédite par les effets amplificateurs de la crise sanitaire, notamment pour ce qui est des inégalités sociales, est peut- être celle-ci : peuvent-ils encore être militants ?
Oui, à condition de défendre l’engagement relationnel, la rencontre « en présentiel », qui constituent le cœur de leurs métiers. Oui, à condition d’accompagner, de ne pas « gérer » l’autre à distance, de ne pas se laisser enfermer dans la machinerie digitale et bureaucratique. Oui, à condition de résister à la dictature algorithmique et ses solutions technologiques.
Oui, à condition de promouvoir les pratiques réflexives, d’être autorisés au pas de côté, vis-à-vis des normes, des règles et parfois même des lois. Il ne peut y avoir de travail social sans expérimentation, sans créativité, sans prises de risques : à ces conditions, les travailleurs sociaux peuvent être des militants des droits humains des militants des droits créances, mais aussi des militants des droits à désobéir…
Le partage des émotions, la simple présence, la disponibilité de l’être. Voilà ce que les travailleurs sociaux vont pouvoir donner hors des écrans. Accepter de se laisser toucher par l’autre ou bousculer dans ses représentations, accepter la confrontation : faudra-t-il militer pour cela ? Ou simplement considérer que le fait d’être auprès de l’autre est un acte militant en soi ?

Retrouver ce texte dans Lien Social n°1279

Lecteurs à vos plumes pour le numéro spécial "Les voix de la colère"


23 septembre 2020

🎥 FILM - Le revenu universel, une utopie ?

Elles ont pédalé tout un été. Léna Le Guay et Isaline Moulin, deux jeunes membres du mouvement français pour un revenu de base, sont parties sur les routes de France avec dans leurs bagages une question : qui étaient ces « gens » derrière lesquels se retranchaient les pourfendeurs d’un revenu universel inconditionnel ? Ces « gens » qui, disait-on, profiteraient de ce revenu pour ne plus rien faire. L’argument clé qui empêche, selon elles, d’avancer vers une concrétisation de cette proposition dont Lien Social n°1278 se faisait l’écho.

Elles sont donc allées les voir pour débattre de ce revenu et en tirent un documentaire : « Les gens et le revenu universel ». Le film replace cette proposition dans son histoire, questionne les personnes : « Qu’est-ce que tu ferais si demain il y avait un revenu universel, qu’est-ce que cela changerait dans ta vie ? ». Il s’intéresse à l’expérimentation en cours en Gironde et au niveau très local par le projet Tera. Il donne du grain à moudre à la réflexion. Un documentaire désormais visible par tous en ligne :


23 septembre 2020

NÉCROLOGIE

Didier Lapeyronnie est décédé le 12 septembre.
Ce sociologue était professeur à l’Université de Bordeaux et à Sorbonne Université Il était chargé de recherche au CNRS dans le laboratoire d’Alain Touraine à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).
Il était connu pour ses travaux sur la banlieue.
Lien Social avait présenté son dernier livre qu’il avait signé avec Michel Kokoreff : « Refaire la cité. L’avenir des banlieues »
On peut retrouver sa précieuse parole sur les banlieues à l’adresse :


22 septembre 2020

■ ACTU - Cinquième branche • les propositions du rapport Vachey

Réclamée depuis des années, une cinquième branche de sécurité sociale a été créée cet été par la loi du 7 août 2020 en vue de couvrir le risque de dépendance, indépendamment de l’âge. Elle sera gérée par la caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). Reste maintenant à en définir le périmètre, la gouvernance et surtout le financement. Le rapport de l’inspecteur des finances Laurent Vachey, remis le 14 septembre, dresse une liste de propositions qui seront examinées par le gouvernement et alimenteront la future loi "Grand-âge et autonomie".

Le périmètre de la branche englobera le grand-âge et le handicap. Mais les associations du handicap sont réservées quant aux propositions du rapport de transférer certaines prestations - notamment l’allocation adulte handicapé (AAH) et l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) - vers la branche autonomie.

Concernant la gouvernance, les fédérations du secteur – Synerpa, Fehap - saluent le maintien d’une double tutelle entre l’agence régionale de santé et les départements afin de limiter les disparités géographiques, et approuvent la création de "contrats départementaux pour l’autonomie". L’Uniopss et le Collectif Handicaps valident aussi l’idée de donner à la CNSA "un rôle d’audit" pour favoriser "l’équité territoriale".

La proposition de simplifier le financement des Ehpad en mettant fin à la double tarification (ARS/départements) au profit d’une section unique financée par la sécurité sociale est approuvée par APF France handicap.

En revanche, les pistes du rapport pour trouver 6 milliards d’euros d’ici à 2024 suscitent beaucoup plus de réserves. Notamment celles qui envisagent de réduire les dépenses de l’AAH par un meilleur contrôle de son attribution, de prendre en compte le patrimoine dans le calcul de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), et de réduire les exonérations fiscales et sociales sur l’aide à domicile. L’Uniopss "s’inquiète de ces propositions d’économies", et le Collectif Handicaps "rejette fermement" l’idée de "faire des économies sur le dos de leurs bénéficiaires".

L’Uniopss rappelle par ailleurs l’enjeu de cette nouvelle branche, qui est de "permettre un accès équitable à des services de qualité, en limitant le reste à charge". L’urgence liée au "manque de personnel qualifié" est rappelée par les fédérations d’employeurs.