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7 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Le quotidien confiné d’une famille d’accueil

Par Pat., assistante familiale.
Reçu le Dimanche 5 avril, 8h52

Je suis famille d’accueil embauchée par le Conseil départemental de Meurthe et Moselle, depuis plus de 12 ans. J’en suis à mon 4e accueil à présent. L’enfant que j’accueille depuis 7 ans à présent est assez caractérielle. Pour résumer la situation, elle présente des comportements parfois dérangeants mi ange, mi-démon ! Bien sûr, comme une majorité d’enfants placés depuis leur plus jeune âge, elle présente des troubles du syndrome abandonnique (comportement déroutant, troubles du sommeil etc…). Elle est suivie par une psychothérapeute. A force de patience, d’écoute et d’empathie souvent, on peut arriver à la canaliser. Je tiens à préciser qu’elle a bon fond et lorsqu’elle déborde, ensuite, après réflexion, elle vient me demander pardon et m’offre un petit présent (dessin) ou un mot d’excuses (que je garde précieusement évidemment !) Enfant vive et intelligente, elle réussit très bien à l’école, parce qu’elle est volontaire et se bat pour y arriver.

Ainsi, en ces temps de confinement, il nous a fallu réadapter le programme de la journée.
Les jours d’école (normalement), on travaille sur les devoirs reçus par email (envoyés par sa maîtresse), 1 h le matin, puis 1h l’après-midi. Avec mon mari, on s’est improvisé professeurs : lui pour les maths, et l’anglais ; moi pour le reste (français, histoire-géographie, sciences, arts plastiques). Et on s’est ainsi partagé la journée :lui le matin, moi l’après-midi. Entre temps, on coupe la journée avec une promenade en forêt (située juste au-dessus de la maison), un jeu de société l’après-midi, du jardinage ou encore une petite séance de gymnastique de yoga ou étirements (présentée sur youtube), le tout agrémenté de lectures.
Les jours de repos (mercredi et week-end) sont réservés aux activités manuelles ou à la cuisine. Ainsi, la fillette nous a déjà confectionné (non sans fierté) une fois une mousse chocolat, une autre un pudding vanille et ce week-end un roulé à la confiture de fraises. A chaque fois, je l’ai valorisée en prenant une photo afin de l’envoyer à maman. En ce qui concerne les visites parentales, cela fait deux mois qu’elle n’a pas vu maman. Mais on s’appelle en visio par « snap chat », afin de compenser ce manque. On en a fait de même pour qu’elle voie sa maîtresse qui lui manque aussi.

Cet enfant souffre d’un asthme sévère. Par conséquent, elle fait partie des sujets à risque, ainsi lorsqu’on sort dans le village, elle doit porter un masque. On a dû suspendre les jeux avec son petit frère placé dans une autre famille d’accueil du village. Elle l’a bien compris, même si c’est difficile pour elle.

Pour échapper à la routine, on lui a autorisé un jour et une nuit à camper à l’intérieur de la maison. Ça changeait de l’ordinaire et elle en était ravie ! Hier, on a organisé une petite promenade (moi à pied, elle sur le vélo) dans un rayon d’un kilomètre autour de la maison, munies d’une attestation de sortie bien sûr ! Tout est bon pour « casser » la routine. Elle a droit à une heure de télévision et une heure d’ordinateur ou de portable par jour. Mais, elle a hâte de retrouver les copains-copines d’école et sa maîtresse ! Voilà notre quotidien en ce moment.

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

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7 avril 2020

✚ COMMUNIQUÉ – COVID-19 - Message du Ministre de l’Éducation nationale aux assistants de service social

Un message du Ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, aux assistants de service social durant la période de confinement.


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7 avril 2020

✚ COMMUNIQUÉ – COVID-19 - Le point de situation du 6 avril sur l’épidémie de coronavirus en France par Olivier Véran, ministre de la Santé.

Le 6 avril, Olivier Véran a annoncé une vaste opération de dépistage dans les Ehpad ; auprès des "publics vulnérables", dont les personnes en situation de handicap ainsi que des professionnels qui les accompagnent en établissements comme à domicile.


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6 avril 2020

★ INITIATIVES - L’entretien par téléphone

Que la relation directe nous manque !
Identifier les communications non verbales, détecter le degré de compréhension, les réticences, les émotions, moduler nos propos en fonction de l’interaction visuelle. C’est notre travail au quotidien. Et puis, nous voilà réduits à n’user que du son … sans l’image !
La Fondation Rais, située en Espagne, travaille avec les personnes en souffrance psychique. Elle a conçu un guide des relations par téléphone respectueuse de la personne accompagnée. L’équipe de l’association Logement d’Abord de Lyon l’a traduit et légèrement adapté.
Un outil précieux nous permettant de nous adapter à ce moyen de communication banal mais si peu prisé jusque-là !
Le site de l’ANAS le diffuse : qu’il en soit remercié
https://www.anas.fr/Recommandations-pour-l-accompagnement-par-telephone-dans-les-services-de-logement-accompagne-pendant-la-periode-de_a1575.html


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6 avril 2020

✚ COMMUNIQUÉ - appel à projet pour les associations et établissements œuvrant auprès de personnes vulnérables.

Au sein d’une alliance « tous unis contre le virus », la Fondation de France, l’AP-HP et l’Institut Pasteur ont décidé d’unir leur force et de mobiliser tout leur réseau. Les dons collectés sont destinés à venir en aide aux personnels soignants, en milieu hospitalier ou non, à financer des projets de recherche ainsi qu’à soutenir des acteurs de terrain et des associations qui œuvrent auprès des plus vulnérables.

Axe 1 : Soutenir les personnels soignants
• fournir du matériel pour accroître les capacités d’accueil des personnes malades et de leurs proches dans les hôpitaux ;
• déployer des services de proximité pour soutenir et aider les personnels soignants dans leur vie quotidienne ;
• accompagner la mise en place de cellules d’aide psychologique pour les soignants.

Axe 2  : Venir en aide aux plus vulnérables soutien aux associations de proximité, pour aider :
• les personnes âgées confinées seules chez elles ou en établissements ;
• les personnes vivant dans la rue ;
• les personnes atteintes de troubles psychiques dont les soins doivent être absolument maintenus dans le contexte de confinement ;
• les personnes fragiles qui se retrouvent très isolées.

« Tous unis contre le virus » : Pour déposer un projet

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6 avril 2020

✚ COMMUNIQUÉ - Covid-19 – nouvelles actions pour soutenir les établissements et services médico-sociaux dans la gestion sanitaire de la crise, garantir l’accès aux soins des personnes handicapées et prévenir l’épuisement des aidants

Covid-19 – Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, et Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat en charge des personnes handicapées, mettent en place de nouvelles actions pour soutenir les établissements et services médico-sociaux dans la gestion sanitaire de la crise, garantir l’accès aux soins des personnes handicapées et prévenir l’épuisement des aidants.

10 millions de Français handicapés et 8 millions de proches aidants s’adaptent chaque jour face à la crise. Pour certains, la période épidémique accentue le niveau de risque et de difficultés rencontrées. Ils peuvent être exposés à des complications sévères de santé, ils peuvent être isolés ou vivre dans des structures collectives qu’il convient de protéger, et les troubles dont ils sont atteints peuvent mal s’accommoder des changements brutaux de mode de vie imposés par le confinement.

Depuis le début de la crise, plusieurs séries de mesures ont déjà été prises par le Gouvernement pour accompagner les personnes, leurs proches aidants et les professionnels. Ce sont ainsi près de 150 000 enfants et adultes en situation de handicap dont les portes des externats ou accueils de jour ont fermé, avec la nécessité d’organiser la continuité de l’accompagnement à domicile. Parallèlement, les quelque 350 000 personnes handicapées vivant au sein de structures d’hébergement ont dû s’adapter à des consignes strictes de protection sanitaire, telles que l’interdiction des sorties collectives et des visites sauf cas exceptionnel.

Avec la prolongation du confinement et les difficultés attachées à la situation de crise sanitaire, le Haut Conseil de santé publique a été sollicité sur les évolutions possibles des modalités d’accompagnement des personnes handicapées. En se fondant sur l’avis rendu le 30 mars dernier, ainsi que sur les propositions émises par les associations et fédérations du secteur, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé et Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées mettent en place de nouvelles actions pour soutenir les établissements et services médico-sociaux dans la gestion sanitaire de la crise, garantir l’accès aux soins des personnes handicapées et prévenir l’épuisement des aidants.

Olivier Véran, ministres des solidarités et de la santé : « Je veux d’abord rappeler, au vu des préoccupations que j’ai entendues, que les personnes atteintes de handicap doivent bénéficier des mêmes soins que le reste de la population. Le handicap ne doit pas être un critère de refus de soins, que l’on parle d’une hospitalisation simple ou d’une réanimation. ».

5 principes d’action sont retenus en complément des mesures déjà mises en œuvre :

1. Mettre en place un suivi renforcé et en temps réel de l’évolution de l’épidémie dans le secteur du handicap. Le portail de signalement des cas de COVID-19 et des décès dans les ESMS, mis en service le 28 mars, permettra notamment d’évaluer de façon très réactive les besoins de renfort dans le secteur médico-social et les capacités hospitalières à mobiliser. Des cellules médico-sociales (transversales aux secteurs personnes âgées et handicap) sont mises en place par les agences régionales de santé dans les territoires pour appuyer les structures, en lien avec les conseils départementaux.

2. Renforcer les mesures de prévention au sein des établissements accompagnant des personnes en situation de handicap.
- il est très fortement recommandé aux responsables d’établissement, en lien avec le personnel soignant, de limiter les déplacements au sein de l’établissement.
- la réalisation des tests PCR sera facilitée au sein des établissements, par la mobilisation renforcée des professionnels mobiles de prélèvements (équipes mobiles, infirmiers libéraux).

3. Ne pas laisser les établissements et services seuls pour prendre en charge les cas Covid +.
- Les établissements pourront s’appuyer sur la cartographie des ressources sanitaires disponibles réalisée par les ARS. Un maximum de ressources extérieures seront mobilisées en appui de la prise en charge en établissement, grâce à des mesures d’urgence  : simplification réglementaire de l’accès à l’hospitalisation à domicile ; ouverture exceptionnelle de l’intervention des soins infirmiers dans les établissements (infirmiers libéraux, services de soins infirmiers à domicile) ; accès à une astreinte territoriale « soins palliatifs » ; extension aux établissements pour personnes handicapées de l’intervention des équipes mobiles d’hygiène hospitalière ; mobilisation et réorientation des professionnels des 34 plateaux de consultation dédiées au handicap (type « handiconsult » et « handisoins ») en expertise et appui pour les établissements confrontés à des cas suspects ou confirmés de Covid-19.
- Lorsque les ressources internes sont insuffisantes, le recours aux professionnels de santé sera facilité par la mobilisation de professionnels de santé volontaires, la réserve sanitaire, les étudiants en santé et, le cas échéant, si les difficultés ne peuvent être résolues, par la réquisition de professionnels de santé. La mobilisation de ces solutions sera assurée par la cellule médico-sociale mise en place par les agences régionales de santé.
- Pour les populations les plus fragiles, notamment les personnes en situation de polyhandicap, le recours aux professionnels (spécialistes hospitaliers) qui les suivent habituellement sera également recherché et mis en place via la sollicitation des médecins des filières maladies rares. Les solutions de télémédecine/télé-expertise/télé-suivi seront déployées au maximum dans les établissements qui accompagnent ces populations.

4. Anticiper et organiser une prise en charge à l’hôpital lorsque cela s’avère nécessaire.
- Les ESMS ou les proches aidants sont invités préventivement à renseigner systématiquement le dossier de liaison de la personne handicapée, en vue d’une éventuelle hospitalisation en urgence.
- Pour assurer la nécessaire prise en compte des fragilités propres à certains handicaps par les centres 15/114 et assurer une prise en charge adaptée, des fiches-réflexes élaborées avec les associations et fédérations, entre autre, leur seront transmises dans les plus brefs délais. A terme, il faut tendre vers un système dans lequel, dans chaque centre 15, un médecin régulateur est référent pour la prise en charge des personnes en situation de handicap. C’est déjà le cas dans certains endroits et cela doit devenir le standard.
- Lorsque l’hospitalisation est nécessaire, les personnes en situation de handicap, particulièrement les personnes handicapées vieillissantes, bénéficieront de la filière d’admission directe dans les services hospitaliers (associant capacités hospitalières de court séjour, SSR, hôpitaux de proximité, établissements privés) prévue par la stratégie de prise en charge des personnes âgées.
- En cas d’hospitalisation, la présence d’un aidant professionnel ou familial auprès de la personne handicapée devra être envisagée à titre exceptionnel et dans des conditions très strictes de sécurité, lorsque l’établissement de santé n’est pas en mesure d’apporter l’accompagnement nécessaire.

5. Renforcer la continuité de l’accompagnement médico-social pendant la durée de l’épidémie, et apporter la plus grande vigilance à l’identification des besoins de répit des aidants exposés à un risque d’épuisement physique et psychique, ainsi qu’aux besoins de soutien des personnes isolées.
- Le soutien des personnes et de leurs proches aidants est renforcé, avec notamment la possibilité de relayage à domicile dans des conditions sécurisées du point de vue sanitaire, ou celle, exceptionnelle et sous réserve d’un accord de l’autorité sanitaire, d’un accompagnement de manière individualisée par un professionnel dans les espaces extérieurs des établissements médico-sociaux.
- En cas de difficulté très importante dans le maintien à domicile, l’accueil temporaire en hébergement peut être proposé par les professionnels, sans formalité auprès de la maison départementale des personnes handicapées, pour 7 à 14 jours renouvelables dans le respect des consignes sanitaires nationales en vigueur.
- Ces solutions sont également mobilisées à destination des assistants et accueillants familiaux qui accompagnent des enfants et jeunes en situation de handicap confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance.

Sophie Cluzel, secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargée des personnes handicapées : « Je tiens à redire tout le soutien du Gouvernement aux personnes, à leurs proches aidants, ainsi qu’à tous les soignants et les accompagnants, les professionnels du médico-social et de l’aide à domicile, les auxiliaires de vie, les associations qui mobilisent leurs forces et leur capacité d’innovation, avec le soutien de toutes les administrations de l’Etat comme des collectivités, pour organiser la continuité de l’accompagnement, et son adaptation aux difficultés particulières qui émergent dans la crise. »

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6 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Procédures sanitaires, pratiques éducatives.

Par R.H., chef de service éducatif en protection de l’enfance.
Reçu le 3 avril, 9h27
Cela fait maintenant trois semaines que nous avons revu toute l’organisation de la structure pour l’adapter à l’état de crise sanitaire. L’équipe est réduite, trois éducateurs sur sept sont en confinement total en raison de problèmes de santé qui les placent d’office comme « sujets à risque ». Ils travaillent donc à domicile, assurant une liaison permanente avec les collègues et les jeunes. Les quatre autres tournent pour travailler deux jours par semaine sur le site, et le reste du temps de chez eux. Nous avons embauché un éducateur à mi-temps et reçu le renfort d’un collègue d’un autre service de notre association.
C’est donc une drôle d’ambiance qui règne dans nos locaux. Plus silencieuse, sans être plus calme pour autant. Le bruit qu’on n’entend pas, c’est le stress, l’incertitude, l’anxiété. Le stress lié à la refonte quasi-totale de nos modalités de prise en charge – accompagner autant de jeunes avec trois fois moins de professionnels présents physiquement ; l’incertitude quant à la durée de cette crise et à ses implications ; l’anxiété, enfin, à l’idée de voir les jeunes contaminés, ou de l’être soi-même.
Je ne me fais aucune illusion. Il serait très étonnant que nous traversions cette crise sans que l’un de nous, ou l’un des adolescents ou jeunes adultes que nous accompagnons, ne soit infecté par le covid-19. Je ne fais pas d’ailleurs pas mystère de mon opinion auprès de mon équipe. Tout l’enjeu est de limiter ce risque, et de savoir comment nous réagirons lorsque nous aurons des malades. De ma place de chef de service, le maître mot est donc procédure. Etant éducateur spécialisé de formation, ce n’est pas précisément ma compétence première. Des procédures pour aller voir les jeunes en se protégeant et en les protégeant ; une autre si l’un d’eux présente des symptômes ; une procédure, enfin, si nous avons un cas avéré dans l’équipe où chez nos adolescents.
Bien sûr les procédures s’imposent mais ne suffisent pas. Même en état de crise sanitaire, le travail éducatif se fait en partie à l’intuition, ou plutôt à l’expérience. Il faut rassurer, soutenir, étayer ces jeunes qui, en temps ordinaire, ont souvent du mal à supporter la solitude. Il faut aussi recadrer ceux qui ne prennent pas la mesure de la situation, et pour qui le confinement n’est finalement qu’une autre règle à transgresser. C’est souvent mon travail et, je l’avoue, il m’arrive de perdre patience. Je leur dis que nous nous échinons à protéger chacun le mieux possible, et que leurs sorties intempestives mettent tout le monde en danger. J’y mets moins les formes qu’à l’accoutumée.
Et puis, il y a les mails que nous échangeons, en équipe, ou avec les collègues des services administratifs. Plus nombreux, forcément, puisqu’une partie des personnels est en télétravail. Mais surtout, on y trouve souvent ces formules, presque incongrues en temps normal : « j’espère que tout va bien pour toi » ; « prenez soin de vous et de vos familles » ; « fais attention à toi  ». Les mots sont suivis par des actes, cette collègue va se proposer de différer ses congés, celui-ci va continuer à contacter les jeunes pendant le week-end … la crise sanitaire ne suscite pas, comme par magie, des comportements altruistes et bienveillants. Mais elle les rend d’autant plus appréciables.

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5 avril 2020

✖ TRIBUNE - Mon coup de colère

Par Christian Borie Président de la Fédération nationale des lieux de vie.
« La colère, ça fait vivre. Quand t’es plus en colère, t’es foutu  », Richard Bohringer,
Remercier c’est bien mais ça ne règle rien.
Propos d’un chef de service en Maison d’enfants à caractère social (MECS) : « Je me définis comme un bon petit soldat mais, pour la première fois la semaine dernière, j’ai eu peur de me rendre au boulot, peur de contaminer les enfants et d’infecter ma famille en rentrant le soir. J’étais tétanisé. »
Il me semble que le secrétariat d’état ne prend pas véritablement la mesure du besoin de protection des personnels en contact direct avec les jeunes et des conséquences de son absence. Ces personnes sont confrontées à des situations à risque potentiel important :
- retour de fugue, nouveaux accueils parfois en urgence dans les deux cas pas de "traçabilité"
- cas de jeunes probablement infectés donc potentiellement contaminants sans parfois de possibilité de "confinement dans le confinement".
Dans les deux situations pas de masques pas de tests possibles sauf si hospitalisation, mais c’est alors trop tard. Il serait capital de pouvoir tester les jeunes dans ces situations pour pouvoir réagir avant une contamination des autres jeunes et du personnel.
Les résultats de ce manquement :
- pour les jeunes de l’angoisse qui s’ajoute à l’angoisse, particulièrement dans les structures ou le confinement est le plus difficile (établissements urbains, publics nombreux, à difficultés multiples), ça peut également être vrai pour les enfants d’assistants familiaux ou de Lieux de vie et d’accueil (LVA).
- pour les personnels, un stress majeur qui génère un absentéisme conséquent dans les MECS et rend les situations de plus en plus difficiles à gérer. Pour les assistants familiaux et les LVA, une angoisse pour eux et leurs familles qui risque de mener à des refus d’accueil (c’est déjà parfois le cas).
Je pense que si Adrien Taquet avait comme interlocuteurs des professionnels directement confrontés aux situations et aux risques qui en découlent, il prendrait mieux la mesure de la situation. En effet, les personnes qui assistent à ces réunions téléphoniques sont des représentants professionnels et ils remplissent parfaitement leur rôle en transmettant ces inquiétudes, ces angoisses. Pour autant, leur langage reste posé et distancié, c’est leur rôle et ils sont en mesure de le faire car ils ne sont pas directement impactés. Nombre de personnels de terrain qui sont exposés, en plus du risque de contamination, à une montée de violence liée au confinement n’ont pas le même langage et la colère monte de plus en plus fortement face à l’unique réponse actuelle en matière de protection sanitaire : les gestes barrière. Pour beaucoup de professionnels (j’échange régulièrement avec des éducateurs de MECS, quelques familles d’accueil et bien entendu les LVA) le sentiment est que quand on leur dit de se laver les mains, on s’en lave les mains.
Lors de la dernière réunion téléphonique, la réponse en matière de masques a été de transmettre une liste de fabricants de masques tissus homologués par ... le ministère de l’économie et des finances !!! Et la santé ? Traduction : Débrouillez-vous, chacun pour soi. Certains départements ou régions ont été livrés semble-t-il ? Comment s’organise la distribution, qui en bénéficiera ? Quant aux tests toujours rien... Alors que des « drive de test » se mettent en place dans certaines villes, les personnels de la protection de l’enfance devraient y avoir un accès prioritaire dans les situations décrites plus haut, ce n’est pas le cas. C’est un abandon.
Je sais que ce n’est pas simple et j’ai bien conscience des difficultés structurelles auxquelles se trouvent confrontés nos dirigeants (peu de masques, peu de tests, manque d’investissement depuis des années dans la santé publique...) difficultés dont ils ne sont pas nécessairement responsables en totalité. Mais, les injonctions contradictoires, les propos de certains ministres perçus comme des provocations, les comportements de la police lors des récentes manifestations face aux personnels de santé, ont fait monter une colère énorme dans le pays et les travailleurs de la protection de l’enfance ne font pas exception. Il serait donc, à mon sens bon, que le type de réponses proposées en matière de protection des personnes soit différent, car ce qui est proposé actuellement peut être compris comme du cynisme.
Bien sûr, les LVA continueront à se débrouiller et à « bricoler » des solutions, les assistants familiaux dans leur ensemble continueront à assumer leur rôle difficile, les éducateurs et autres personnels de MECS ne lâcheront pas les « mômes », mais avec quelle amertume, quel ressentiment, quelles conséquences à moyen et long terme pour la protection de l’enfance qui est déjà « l’angle mort de la république » ?
Je continuerai bien entendu, malgré tout, à faire remonter un point de situation dans les LVA par Région, chaque semaine, et à participer aux réunions téléphoniques. Mon objectif n’est pas de polémiquer, mais bien d’exprimer une colère que je sais partagée.


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5 avril 2020

✚ COMMUNIQUÉ -Covid19 et troubles psychiques : Les familles à l’épreuve de la réorganisation de la psychiatrie et du déficit abyssal de l’offre dans le social et le médicosocial.

La crise sanitaire sans précédent du Covid19 suscite d’importantes inquiétudes pour la continuité des soins, de l’accompagnement et l’effectivité des droits des personnes souffrant de troubles psychiques.
L’Unafam se mobilise pleinement pour accompagner les familles, confrontées à une profonde réorganisation des services hospitaliers et médico-sociaux ; car ces changements déstabilisent nécessairement le fragile équilibre sur lequel reposent à la fois la santé mentale des personnes et le système de la psychiatrie dans sa globalité.
Le risque d’une propagation importante de l’épidémie à l’hôpital psychiatrique.
La réorganisation en urgence du fonctionnement de l’institution hospitalière, avec la fermeture de l’accueil des patients dans les unités de jour, les sorties d’hospitalisation accélérées et la mise en place du confinement dans les services restant opérationnels, nécessite un engagement sans précédent du personnel hospitalier, que l’Unafam tient avant tout à souligner et à saluer.
Le risque d’une propagation de l’épidémie dans les hôpitaux psychiatriques est particulièrement important. Les personnes hospitalisées dans les unités de soins psychiatriques sont des patients « debout », au contact les uns des autres rendant difficile le respect des gestes barrières. De plus, ils présentent souvent des comorbidités, auxquelles il faut ajouter une difficulté à prendre en compte la douleur et exprimer leurs besoins en soins somatiques. Il est ainsi partout demandé à ce que ces patients, s’ils devaient être atteints du Covid19, restent dans les services de psychiatrie, dans des secteurs dédiés, sauf si leur état nécessite des soins de réanimation.
« Nous nous inquiétons évidemment de ce que le manque de moyens des hôpitaux psychiatriques ne pèse sur la capacité de l’hôpital à gérer sereinement cette crise : manque de gel, de masques, de tenues à usage unique mais aussi l’impossibilité de pratiquer un test systématique pour les patients entrants… ce manque de moyens vient s’ajouter à un déficit en ressources humaines préexistant, d’autant que les contaminations des soignants se multiplient » déclare Marie-Jeanne Richard, présidente de l’Unafam.
La continuité des soins et le respect des droits
Le confinement contraint dans les services hospitaliers qui restent ouverts, conduit à la suspension des sorties thérapeutiques, mais aussi des visites. Cela perturbe le quotidien des patients et leur lien avec leurs proches. L’Unafam salue les mesures prises par les hôpitaux pour tenter de maintenir ce lien essentiel, par des moyens dématérialisés : newsletters, numéros dédiés aux familles, autorisation de l’usage des téléphones portables et des connections internet…
La continuité des soins en ambulatoire par appels téléphoniques, soutien psychologique, téléconsultations médicales, visites à domicile… varie selon les hôpitaux. Cette crise est bien sûr révélatrice des inégalités territoriales en matière de soins et d’accompagnement en ambulatoire.
« Nous nous réjouissons que des pratiques innovantes se déploient en particulier lorsque l’entourage est impliqué et soutenu. Ces mesures prises pour pallier la crise ouvrent la voie à de nouvelles pratiques qu’il sera intéressant d’évaluer et pourquoi pas de conserver à la sortie de la crise », reprend Marie-Jeanne Richard.
L’Unafam insiste par ailleurs sur l’importance du respect des procédures notamment pour les soins sans consentement, alors que les juges des libertés ne tiennent plus audience, comme l’a souligné le Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté dans sa communication du 27 mars.
Les familles, dernier rempart d’un système en crise.
Le défaut de reconnaissance et donc de compensation du handicap psychique et de dispositifs d’accompagnement dédiés se fait plus que jamais sentir : en l’absence de ressources matérielles et d’aide, il n’existe en période de crise plus aucun répit pour l’entourage. Le manque de lieux d’hébergements ou de logements adaptés fait que beaucoup de malades, souvent seuls, étant dans l’incapacité de faire face au confinement ou d’aller acheter leur médicament ou de quoi se nourrir, ont dû revenir vivre dans leurs familles.
Ces familles sont évidemment en première ligne et souffrent d’une grande solitude face à la maladie de leur proche, dont les troubles peuvent être amplifiés par la situation actuelle. L’Unafam regrette ainsi que le Plan Blanc ait insuffisamment pris en compte l’urgence psychiatrique avec un numéro unique à appeler en cas de décompensation sévère ou de risque suicidaire : le 15 ne peut pas, aujourd’hui, absorber ces demandes.
En cette période de crise, l’Unafam reste plus que jamais présente auprès des familles via « Écoute Famille » et fait remonter les difficultés du terrain en apportant des réponses aux questions les plus fréquemment posées sur une page dédiée du site.
L’association fait également deux fois par semaine le lien avec la cellule de crise du comité de pilotage de psychiatrie.
Pour Marie-Jeanne Richard, « il faut se préparer à une crise longue, qui va profondément bouleverser le secteur psychiatrique. L’heure aujourd’hui est à la réponse à l’urgence : du matériel pour l’hôpital, l’organisation de l’ambulatoire, le soutien aux aidants, la mise en place de mesures d’urgence. Mais du positif peut aussi émerger : il faudra, le moment voulu, se poser les bonnes questions sur les moyens financiers et humains que l’on doit mettre sur la table pour un accompagnement de qualité et le respect des droits des personnes ».


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5 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Une éthique qui passe avant toute chose

Par François LECAUDEY, Chef de service en Foyer de vie
Reçu le 2 avril, 18h50

C’était un mardi de mars 2020...une fin de nuit d’insomnie !
Le jour pointait le bout de son nez derrière les volets...
7h30 sonne au clocher de l’église du village.
Il me faut retourner travailler. Être auprès des résidents et des professionnels qui, malgré l’adversité d’un risque viral et vital, restent mobilisés. Cette nuit je me suis perdu dans les paradoxes d’une « gouvernance Excel » adepte des fusions et autres normes ISO, perdu dans les injonctions paradoxales et notamment celle de protéger salariés et usagers sans équipement pour suivre les procédures et autres protocoles sensés nous permettre d’y parvenir. Malgré tout cela et comme tous les jours, il nous importe, nous les cantonniers du lien social, d’accompagner cette partie de l’humanité confinée à l’année par notre société, comme bon nombre de minorités, dans l’étroite pensée de nos « mondes civilisés ».

Et puis il y a ces moments de petits bonheurs qui comme un arc en ciel colorent les ciels sombres des humeurs pluvieux :

Hier soir, à 20h, une des éducatrices, de service au repas du soir, a proposé d’applaudir les résidents… Après deux semaines de confinement elle avait à cœur de saluer le comportement des membres de cette communauté, semblables à bien d’autres dans les établissements du médico-social. Ici le vivre ensemble se conjugue au présent en tout temps et dans toutes circonstances. Depuis le 17 mars, malgré l’absence de visite, de sortie en famille, malgré la baisse des effectifs, l’arrêt des activités et des accompagnements qui, au long cours ponctuaient leur quotidien, les résidents font preuve d’une sérénité, certes fragile mais au combien louable. Il y a de l’exemplarité dans leur manière simple de vivre cette période. Bien sûr certains ont peur, certains développent des comportements liés à la perte des repères induite par le confinement. Cependant ils font face ensemble sans vider les rayons des supermarchés, sans braver les interdictions de déplacement, sans céder à la panique. Alors oui, bravo à vous toutes et tous citoyens cabossés mais pour autant valeureux, et respectueux des consignes gouvernementales.

Cette quiétude relative, nous la devons aussi et pour beaucoup à ces professionnels, airbag de nos sociétés, dont le rôle social est d’amortir l’impact du handicap et de la misère sur l’inconscience de nos « cons patriotes ». Ces cultivateurs d’humanité, éducatrices ou éducateurs évidemment, mais aussi tous ceux qui œuvrent dans les coursives de nos foyers de vie : Les agents de services sans qui la qualité de vie des résidents et la Qualité de Vie au Travail de tous, seraient très nettement affectées, voir infectées… le factotum qui continue à réparer, approvisionner, entretenir et embellir, à nos secrétaires qui assurent et rassurent en étant le contact avec l’extérieur et les familles ,et cela en faisant preuve de bienveillance et d’empathie comme habituellement ; à notre infirmière à mi-temps qui, dans un foyer de vie, est le seul repère paramédical pour l’ensemble des acteurs et par voie de conséquence pilier essentiel dans ce contexte de crise sanitaire ; les surveillants de nuits qui dans les heures sombres de la nuit où le doute et la solitude envahissent les couloirs de l’établissement ,restent présents et amènent, tel un phare dans la nuit, un repère stable dans cette période d’incertitude majeure… tous contribuent à la continuité d’un accompagnement mis à mal depuis des années par les politiques budgétaires. Tous continuent de tisser le lien pour éviter la rupture de parcours, la décompensation, l’implosion de notre société.

Alors bravo à vous aussi … !

Certains diront que vous ne faites que votre métier, vous n’êtes effectivement pas des héros ; cependant, dans chaque salarié il y a ce que B. DUBREUIL appelle « de l’obligé et du volontaire » ; l’obligé est ce qui est attendu dans le cadre de la fiche de poste, du métier et du référentiel. C’est ce pourquoi nous sommes payés ! Le volontaire quant à lui fait appel à « l’être », et à sa manière d’être dans l’exercice de son métier. Dans le secteur médico-social et plus généralement dans les métiers de la relation d’aide, les deux dimensions sont étroitement liées entre elles. Cependant c’est bien dans le volontaire que se situe la plus-value de l’action. L’éthique des personnels doit s’appuyer sur un « volontaire » assumé et repéré, clair pour les parties prenantes que sont les professionnels, les bénéficiaires, les partenaires, les autorités de contrôle et de tarification. C’est bien d’une action d’engagement que va dépendre notre capacité à tenir le cap dans une tempête comme celle que nous traversons.
Et puis il y aura demain, ce demain que tout le monde espère…
Quel regard porterons-nous sur l’humain quand le chercheur aura trouvé un moyen de contenir cette nouvelle tentative de dame nature pour nous rappeler qu’elle et nous sommes liés ?
"Demain ne sera pas comme hier, il sera nouveau et il dépendra de nous. Il est moins à découvrir qu’à inventer "Gaston Berger
Quel regard porterons-nous sur la valeur du « volontaire » de ces métiers qui nourrissent avec humilité et depuis toujours l’humanité de notre démocratie ? Pour construire demain il faut accepter l’incomplétude des réponses apportées, sortir de l’illusion du tout normatif pour être dans le réel du vivant. L’humain n’est pas un produit, et l’on ne travaille pas avec l’humain comme avec un objet manufacturé. Etre dans le réel du vivant, c’est laisser la place à l’incertitude. Il ne faut pas se méprendre et confondre le « zéro sans solution » et le « zéro défaut ». Tenir la position donc, sans pour autant prendre le maquis, et aller de l’avant pour se construire une société, fondée à la fois sur l’attachement de continuité et l’innovation, mais au service des personnes pour et avec lesquelles nous œuvrons dans une dimension sociale.
Voilà l’enjeu des d’ESSMS pour ne pas que s’efface le sens de l’action sociale face à l’injonction de mettre en œuvre des outils de mesure de la performance. Et pour cela nous aurons besoin de tous pour concevoir une éthique de la construction, de l’élaboration. Il nous faut d’ores et déjà rechercher une ouverture ; une « ouverture vertueuse » (JANVIER 2012) qui en donnant à notre action, notre mission une épaisseur politique favorise la confrontation des idées, des visions du vivre ensemble, du faire société.
Nul doute que les années à venir seront complexes, et néanmoins exaltantes…comme toutes aventures humaines.

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com. (Plus de précisions)


LIEN SOCIAL n°1270 en accès libre