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16 novembre 2018

Logements indignes, la mort chez soi

« Le logement est une des conditions sine qua non à la construction sociale de chaque individu : ne pas avoir de logement, c’est accéder plus difficilement à un travail, mettre sa santé en danger, ne pas profiter pleinement d’un accès à l’éducation et à la culture. Alors face à de tels enjeux, les habitants sont parfois poussés à accepter un logement indigne, insalubre, dangereux. » Le 14 novembre, la confédération nationale du logement (CNL) a lancé un guide intitulé Mon logement est-il décent ?

Marseille, record d’insalubrité

Triste actualité : déjà en 2015, la fondation Abbé Pierre avait évoqué 40 000 logements indignes marseillais, concernant 100 000 habitants, proportions nulle part vues ailleurs. L’effondrement meurtrier de deux immeubles, le 5 novembre dernier, est venu illustrer ce constat. Arrêtés de péril pris en vain, immeuble visé virtuellement par le plan d’habitat indigne (EHI), copropriété notoirement dégradée… mais le quartier concerné, Noailles, ne compte que 5% de logements sociaux.

Colère noire

Huit morts, et une colère noire, exprimée le 10 novembre dernier et les jours suivants : le 14 novembre, une « marche de la colère » réunissait des milliers d’habitants, aux cris de « Sang sur les mains, menottes aux poignets », ou encore « Élus, responsables, que la justice passe ». La veille, une série de perquisitions avaient eu lieu dans différents services de la mairie marseillaise et au siège du bailleur social propriétaire d’un des immeubles effondrés.

Paris Opéra

Dans la capitale, l’association des victimes de l’incendie de l’hôtel « social » Paris-Opéra (AVIPO) se bat depuis treize ans pour voir reconnue la gravité des préjudices subis en 2005 lors de l’incendie d’un hôtel dit « social » (24 morts, dont onze enfants, des dizaines de blessés, dont des personnes restées handicapées à vie). Peines minimales prononcées en 2013, victimes démunies au plan civil, errance judiciaire…

Justice reste à faire

Le 15 novembre dernier, une nouvelle procédure avait lieu, à partir du rejet des indemnisations au rabais proposées par l’assureur AXA… qu’un tiers des familles avait rejeté. « AXA refuse une négociation globale sur les préjudices spécifiques comme cela s’est fait dans d’autres affaires, et profite du désarroi des victimes confrontées aux lenteurs de la justice pour faire accepter les transactions au cas par cas et des indemnités au rabais. », dénonce Droit au logement. Le procès est prévu jusqu’au 22 novembre.


8 novembre 2018

Inégalités scolaires : peut mieux faire

Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) a récemment publié une nouvelle étude faisant apparaître une offre de formation et des moyens — humains et financiers — très inégalement répartis sur le territoire.

La France, un des plus mauvais élèves

Malgré les efforts successifs des politiques d’éducation prioritaire visant à donner davantage de moyens aux écoles situées dans les quartiers dits « défavorisés » — relégués, de fait —, les inégalités persistent et signent. La France serait même l’un des plus mauvais élèves des pays occidentaux dans ce domaine.

Différences de statut

Selon la dernière évaluation PISA de 2015, « 20 % de la variation de la performance en sciences des élèves en France est associée à des différences de statut socio-économique »… contre 13 % en moyenne dans l’ensemble des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les territoires les plus mal lotis sont les régions rurales, les quartiers relégués des grandes villes, le Nord, l’Est et l’Outremer.

Handicaps accumulés

Un exemple : les enseignants des zones prioritaires sont à la fois les plus jeunes (trois fois plus d’enseignants de moins de trente ans dans les quartiers sensibles) et les plus précaires. Les établissements sont caractérisés par un grand nombre de contractuels et un grand turnover. Le taux de réussite est fortement corrélé au contexte social.

Zones stigmatisées

La réussite au brevet de dix points inférieure dans les 10 % de communes les plus pauvres (80 % versus 90 % en moyenne sur le territoire). Et si l’on prend seulement en considération les épreuves écrites du brevet, il est même de seulement 24, 3 % dans les zones rurales, les zones urbaines précaires et l’outremer, contre 42, 8 % en moyenne sur toute la France.
En réponse à ces constats, le gouvernement a annoncé… une révision des moyens accordés à l’Éducation nationale au printemps prochain.

Pour aller plus loin : www.oecd.org/fr


31 octobre 2018

Saturnisme : la loi a du plomb dans l’aile

Du 21 au 27 octobre 2018 s’est déroulée la semaine d’action internationale pour la prévention de l’intoxication au plomb visant à promouvoir l’interdiction des peintures au plomb.

Constat de risque

À cette occasion, l’Association des familles victimes du saturnisme (AFVS) a tenu à rappeler que depuis le 12 août 2008, pour les contrats de location d’un immeuble affecté en tout ou partie à l’habitation construit avant le 1er janvier 1949, le propriétaire est tenu de produire un Constat de risque d’exposition au plomb (CREP) à la signature du bail et d’effectuer les travaux nécessaires en cas de présence de revêtements dégradés contenant du plomb.

Dix ans de loi inappliquée

La loi n’est pas appliquée, affirme, chiffres à l’appui, l’AFVS : en 2018, soit dix ans après, très peu de locataires ont reçu un CREP en annexe de leur bail de d’habitation. En effet, le 31 juillet dernier, l’AFVS a sélectionné les quarante derniers dossiers ouverts où la remise de CREP était obligatoire (contrat de location signé après le 12 août 2008 et concernant un logement construit avant 1949). Cinq locataires avaient reçu avec certitude un CREP lors de la signature du contrat de location, quatorze ne se souvenaient pas de l’avoir reçu et vingt-et-un ne l’avaient pas reçu.

Peinture au plomb

L’association a trouvé du plomb dans des logements construits après 1949, « qui plus est dans des bâtiments à usage social » à Stains (construit en 1968) et à Besançon (construit en 1995). Il y a donc encore de la peinture au plomb en circulation et elle est utilisée bien au-delà de l’année 1949.

Discriminations entre logements

La législation applicable au Constat de risque d’exposition au plomb est complexe, déplore l’AFVS, car elle établit une discrimination entre types de logements et de locataires. L’association réclame l’extension du CREP à toutes les transactions immobilières, et à tous les lieux d’accueil du public. Aux bailleurs privés et sociaux de prendre leur responsabilité et aux organismes de gestion immobilière de remplir leur obligation de conseils…

Pour aller plus loin cliquez ici.


25 octobre 2018

Politique de la Ville : le compte n’y est pas

La Cour des Comptes est formelle. Une fois de plus, lorsque l’on considère les rapports précédents : il s’agit pour elle de donner un nouveau souffle à l’éducation prioritaire en reconsidérant les moyens affectés, en concentrant les efforts sur le premier degré et en associant l’enseignement privé sous contrat à la démarche de mixité sociale.

Des écarts non réduits

Son rapport, rendu le 17 octobre, l’écrit noir sur blanc : « L’éducation prioritaire, telle qu’elle a été mise en œuvre jusqu’à présent, n’a pas atteint son objectif », malgré le 1,6 milliard d’€ injecté en 2017. L’écart de résultat au brevet, pointe la Cour, entre un enfant scolarisé dans un réseau d’éducation prioritaire (REP) et un autre dans un établissement « favorisé » atteint entre 20 et 30 % en français et en maths ; l’objectif initial était de limiter ces écarts à… 10 %. Et, à l’entrée en 6ème, ces écarts sont acquis.

Dédoubler, dédoubler

Si le dédoublement des classes de CP et de CE1 en REP est considéré comme une démarche positive, le rapport estime qu’il faut l’élargir au CE2 ou à la grande section de maternelle dans ces établissements. Il préconise aussi une revalorisation des enseignants, et davantage d’autonomie pour les écoles concernées.

Le second degré aussi

L’inquiétude se porte également sur le collège et le lycée. Les problèmes sont divers : sécurité, moyens humains déficients, problèmes de qualification… La Cour des comptes propose de concentrer davantage de moyens dans les réseaux REP (des collèges, les lycées n’étant pas concernés).

Refonte en vue

En tout, 17 recommandations vont dans le sens de « fortifier l’autonomie » des réseaux d’éducation prioritaire, d’« ajuster la gestion des enseignants » aux besoins de celle-ci, de favoriser la mixité en révisant la carte scolaire. Une mission de refonte de l’éducation prioritaire a été lancée.

https://www.ccomptes.fr/fr/publications/leducation-prioritaire


19 octobre 2018

Handicap : précarité pour les AESH

La majorité présidentielle a récemment rejeté une proposition de loi d’un député LR visant à améliorer le statut et la rémunération des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Pour justifier sa position, le gouvernement a évoqué des orientations déjà inscrites dans sa feuille de route, dont la pérennisation de ces emplois.

Qui sont-ils ?

Actuellement, on compte environ 75 000 postes d’AESH (dont un tiers en contrats aidés) pour 175 000 élèves en situation de handicap. Anciennement appelés AVS (auxiliaires de vie scolaire), ces professionnels accompagnent des enfants scolarisés en milieu ordinaire, de la maternelle jusqu’au lycée. Les élèves concernés peuvent être en situation de handicap physique (déficients auditifs, visuels, moteurs,..) ou cognitif (autistes, hyperactifs, troubles du langage et des apprentissages…).

Que font-ils ?

Ils ont pour mission de favoriser l’autonomie des élèves, à la fois au niveau des actes de la vie quotidienne (déplacements, habillage, communication), des apprentissages (se concentrer sur la tâche, prendre des notes, comprendre la consigne…) et des relations sociales (prévenir l’isolement, favoriser les échanges). Ils peuvent soit intervenir pour un seul élève, soit pour plusieurs élèves d’une même classe, soit de manière collective dans les classes ULIS (Unités localisées pour l’inclusion scolaire).

Faiblesse du statut… et de la formation

Le manque de formation de ces agents (60 heures de formation seulement) et leur statut extrêmement précaire pose problème. Payés 700 € pour 24 heures par semaine, ils sont, en plus, très souvent recrutés en CDD. Des contrats parfois renouvelés jusqu’à six fois avant de déboucher sur un CDI. Pour faciliter les embauches, le gouvernement vient d’assouplir les conditions de recrutement. Désormais, une expérience de neuf mois dans le secteur du handicap (elle était auparavant de deux ans) ou simplement le bac (même sans expérience) suffisent pour postuler.


16 octobre 2018

Un travail de génie

Par Stéphane Rullac, professeur en innovation sociale à la Haute École Spécialisée de Suisse Occidentale (HES-SO) de Lausanne
Ce texte est paru dans Lien Social n°1237 (16–29 octobre), 30 ans d’indépendance, p.46. L’auteur y plaide pour un corpus spécifique au travail social.

Le débat franco-français à propos du travail social est piégé par son histoire. Penser l’évolution et la reconnaissance de ce champ professionnel nécessite d’abord de prendre conscience de ce qui nous détermine, autant dans la richesse du passé que dans les impasses dont nous héritons. […] Pour le dire simplement, la France a développé deux rationalités distinctes pour penser le travail social, dans une
dichotomie malheureuse. La première consiste à partir de la pratique comme point de départ et d’arrivée, dans une logique clinique qui porte en elle le rejet d’une standardisation des processus professionnels.

Deux postures

La seconde consiste, à partir de savoirs scientifiques, en passant par le champ
de pratiques comme terrain de recherche, pour revenir aux savoirs scientifiques.
Malgré leurs divergences, ces deux postures se rejoignent sur le refus d’institutionnaliser d’un corpus scientifique spécifique au travail social. Dans le premier cas, il s’agit de sauvegarder la liberté nécessaire dont la relation a besoin pour s’épanouir, en dehors d’une formalisation scientifique qui repose sur une représentation caricaturale d’un scientisme radical. Dans le second cas, il s’agit de sauvegarder le statu quo des disciplines, dans lesquelles le travail social est exclu en France, dans une représentation caricaturale de ce champ professionnel comme un champ de pratiques ne formant pas un corpus de connaissances spécifiques. Dans les deux cas, le travail social est exclu de la sphère des professions complexes « sur autrui », qui disposent d’un droit à se penser par elles-mêmes.

Génie de l’expertise

Cette autorisation repose notamment sur la possibilité de développer une expertise scientifique, et notamment le doctorat dans le cadre d’un champ disciplinaire. Finalement, ces deux représentations empêchent d’obtenir ce qu’elles revendiquent, c’est-à-dire une reconnaissance du travail social dans le « génie » de son expertise qui se construit au plus près des personnes accompagnées. Cet état de fait laisse un trou de la pensée qui pèse sur la capacité des travailleurs sociaux à se penser par eux-mêmes et à aider à faire penser la société à partir de son point de vue ancré dans les relations avec les plus faibles.

Harmonisation, stagnation

Cette situation problématique est un construit historique qui a amené ce champ professionnel à s’institutionnaliser en dehors du monde académique, en créant un appareil de formation indépendant. Dès lors, les écoles du travail social forment à des pratiques qu’elles ne contribuent pas à penser, et les universités forment à des théories qu’elles ne contribuent pas à pratiquer. Malgré l’harmonisation de Bologne qui oblige aujourd’hui à intégrer cet appareil de formation professionnel dans le champ académique, le statut de ces écoles restent en l’état. Pire, pour préparer les nouveaux diplômes gradés Licence, elles doivent subir une tutelle universitaire, par convention, qui est le garant de la qualité scientifique. En 2014, à Melbourne, une définition internationale définit pourtant le travail social comme un champ professionnel et disciplinaire.

Vers une reconnaissance entière

Pour sortir aujourd’hui de notre impasse française, qui s’avère être une curiosité à l’échelle mondiale, il nous faut résoudre cet héritage du passé dichotomique et construire un système de formation et de recherche académique (et non strictement universitaire), qui syncrétique enfin la pratique et le savoir dans un même paradigme au service de la professionnalisation du travail social, jusqu’au doctorat.
C’est à ce prix que l’expertise du travail social pourra se développer et être reconnue.


11 octobre 2018

Exclusion numérique et vieillesse : du pain sur la planche

On le savait : l’« illectronisme » concerne pour beaucoup les personnes âgées, et d’autant plus si celles-ci sont précaires. Le mois dernier, le secrétaire d’État chargé du numérique, Mounir Mahjoubi, avait annoncé un plan gouvernemental « pour un numérique inclusif ». Probablement insuffisant. Quelques jours plus tard, le Défenseur des droits avait appelé le gouvernement « à respecter les droits des usagers dans la dématérialisation des formalités administratives ».

Plus âgé, moins connecté

Une étude des Petits frères des Pauvres vient enfoncer le clou, soulignant que le plan gouvernemental ne s’intéresse pas suffisamment aux personnes âgées et réclamant un nouveau plan « national d’envergure de lutte contre l’exclusion numérique » de celles-ci. L’écrit avance des chiffres forts : 27 % des plus de 60 ans n’utilisent jamais internet. Mais ce taux grimpe à 53 % chez les personnes de plus de 80 ans et à plus de 60 % chez les personnes vivant avec moins de 1000 € mensuels.

Disparités

L’inégalité est aussi territoriale : cette exclusion numérique va de 21 % dans la région Île-de-France à 40 % en Normandie et 36 % dans les Hauts-de-France. Un phénomène général, n’épargnant aucun territoire. Phénomène à prendre en compte, d’autant plus qu’internet est un outil de lien social, permettant de rester en contact avec ses proches. Les démarches administratives sont considérées comme souvent inaccessibles.

Propositions

Les Petits frères des Pauvres en formulent quatorze, dont l’incitation aux opérateurs de proposer un tarif social pour l’abonnement, l’aide à la mise en place des équipements, la proposition de services d’assistance de proximité gratuit. Le rapport préconise enfin d’installer un univers « web friendly » dans le quotidien des personnes âgées. Histoire aussi de susciter leur désir.

Pour aller plus loin :


5 octobre 2018

Réduction des risques : la polémique des seringues

Une décision incompréhensible : le 31 août, le Préfet de Seine-Saint-Denis ordonnait la fermeture de deux distributeurs de matériel d’injection stérile à Aulnay-sous-Bois, arguant de la présence de seringues usagées dans l’espace public. L’Agence régionale de santé (ARS) faisait, dans la foulée et sans autre réflexion, désinstaller les automates.

Professionnels au créneau

Immédiatement, les professionnels d’une douzaine d’associations et certains élus montent au créneau et arguent d’une régression sanitaire : les usagers iront trouver le matériel d’injection ailleurs, mais reviendront à l’endroit où ils se procurent la substance consommée ; pire, certains d’entre eux seront amenés à s’échanger des seringues usagées. Le risque de contamination - VIH et hépatite C au premier plan - s’en trouvera alors accru. Et en amont, la mise à disposition de ce matériel d’injection est désormais reconnue comme une intervention de santé publique, faisant l’objet de recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Marche arrière toute

Face à cette bronca, les pouvoirs publics cèdent. L’ARS annonce que les distributeurs supprimés seront réimplantés le 3 octobre. À cette occasion, élus et professionnels rappellent la nécessité impérieuse de l’ouverture d’une salle de consommation à moindre risque (SCMR) dans le département. Or la loi votée en 2015 impose l’expérimentation de ces salles pour six ans, avec une durée de fonctionnement qui ne soit pas inférieure à trois ans. Par conséquent, les futures SMCR doivent être mises en service avant octobre 2019.

Bientôt d’autres SCMR ?

L’ARS 93 se dit décidée à engager une réflexion sur l’installation de nouvelles SCMR ou de salles de repos, mobiles ou fixes. Le centre d’accueil, d’accompagnement et de réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud), situé dans l’enceinte de l’hôpital Ballanger à Aulnay, à proximité duquel sont situés les deux distributeurs de seringues, a vu son nombre d’usagers augmenter considérablement en 2017-2018. Il s’agit bien maintenant de renforcer la politique de réduction des risques construite depuis des années sur ces territoires.

Informations complémentaires


3 octobre 2018

Violences au sein du couple : mobilisation

En France, 138 personnes — en grande majorité des femmes — sont décédées en 2016 des suites d’actes violents de leur partenaire ou ex partenaire. La Haute autorité de santé (HAS) vient de publier des recommandations à l’usage des professionnels exerçant dans les structures d’hébergement social. Les enfants sont également touchés, soit comme témoin, soit en tant que victimes directes. Les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) ont un rôle important dans la prise en charge des familles concernées : on compte plus de 800 structures offrant environ 41 000 places.

En réseau

Le CHRS, en premier lieu, doit s’inscrire dans un réseau d’acteurs sensibilisés dans la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple ; il est recommandé également de « renforcer et soutenir les compétences des professionnels », mais aussi de les accompagner avec des outils tels que l’analyse de la pratique ou la supervision.

Côté victimes

Les besoins sont multiples, en termes de sécurité, d’élaboration de stratégies de protection, de suivi de procédure judiciaire, de restauration physique et mentale, de retour ou accès au logement, à l’emploi, etc. Les besoins des enfants doivent, eux, faire l’objet de réponses spécifiques : « accueil bienveillant, programmation de visite médicale, repérage des conséquences des violences, des difficultés et des ressources de l’enfant, soutien à la fonction parentale ».

Quant aux auteurs…

La HAS recommande aux CHRS de travailler en lien avec les ressources — judiciaires, associatives, institutionnelles spécialisées… — présentes sur le territoire. Les professionnels ont alors à construire un projet d’accompagnement « global, coordonné et proportionné aux besoins des auteurs de violences ». De fait, il s’agira de les accompagner dans la compréhension de la procédure et dans la prise de conscience de leurs actes.

Plan gouvernemental

Plus globalement, un « grand plan inédit » gouvernemental contre les violences conjugales a été annoncé le 1er octobre, muni de quelques mesures : campagne TV en direction des témoins sous le mot d’ordre #nerienlaisserpasser, financement de trois postes supplémentaires d’écoutantes au 3919, numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences, à leur entourage et aux professionnels. Une plateforme de signalement en ligne des violences sexistes et sexuelles doit être lancée pour faciliter la plainte ; de premiers contrats contre les violences seront engagés sous forme de partage d’alertes entre travailleurs sociaux et professionnels de la justice, de la police, de la santé. Enfin, une plateforme de géolocalisation des places d’hébergement d’urgence sera mise en place, accessible aux professionnels.

Pour aller plus loin :
Repérage et accompagnement en Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) des victimes et des auteurs de violences au sein du couple
Grand plan inédit du gouvernement contre les violences conjugales


25 septembre 2018

Pauvreté : Un revenu universel sous conditions

« Je souhaite que nous créions un revenu universel d’activité qui fusionne le plus grand nombre possible de prestations ». Le 13 septembre dernier, lors de la présentation de la stratégie de lutte contre la pauvreté, le Président avance cette mesure aux contours encore flous. A minima, elle comprendra le revenu de solidarité active, l’aide personnalisée au logement et la prime d’activité, a indiqué Agnès Buzyn. Mais elle pourrait aussi élargir son périmètre et inclure l’allocation adulte handicapé (AAH) ou l’allocation de solidarité spécifique… Tout dépendra du résultat de la concertation qui va être mise en place pour construire ce revenu. Ce dernier sera inscrit dans une loi « d’émancipation sociale » prévue en 2020.

Faux revenu de base ?

Ce futur revenu universel d’activité semble, dans ses premières intentions, très loin du revenu de base prôné, notamment, par le mouvement français pour un revenu de base. Il est conditionné à la recherche d’une activité. L’allocataire devra - c’est déjà le cas - signer un « contrat d’engagement et de responsabilité » qui l’obligera à un parcours d’insertion « qui empêche de refuser plus de deux offres raisonnables d’emploi ou d’activité ».

Vigilance

La philosophie de la stratégie est bien là : le retour vers le marché du travail. Avec cette fois le sous-entendu que les personnes restent dans la pauvreté parce qu’elles ne sont pas bien accompagnées. Un « service public de l’insertion » garanti par l’État, présenté comme un « guichet unique », devrait donc être mis en place. Le collectif Alerte, qui a participé à la consultation préalable, « sera vigilant à ce que ce dispositif, très intéressant, constitue un moyen concret de mieux coordonner les politiques de l’insertion ». Le collectif salue les « mesures importantes » de cette stratégie, il estime qu’elles demeurent « insuffisantes pour corriger les effets néfastes des choix politiques antérieurs sur lesquels la stratégie pauvreté ne revient pas » : la baisse des contrats aidés, la diminution des APL, la fragilisation des bailleurs sociaux, les coupes budgétaires pour les CHRS…

Stratégie pauvreté