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12 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Écriture personnelle durant le confinement (1)

Par Cathy Pons, Responsable Pédagogique à l’ESEIS de Schiltigheim.

Le confinement… le 17 mars, une date qui restera dans les mémoires pour cause de Codiv19, une situation sanitaire inédite qui nous impose de « rester chez nous » jusqu’à nouvel ordre… A l’annonce du confinement par Mr Macron, et soutenus par notre direction après la fermeture de notre établissement, le suivi pédagogique des stagiaires dans notre Ecole Supérieure Européenne de l’Intervention Sociale s’organise rapidement « à distance ». Les Responsables pédagogiques de chaque filières (Assistant de Vie aux Familles, Moniteur Educateur, Technicien de l’Intervention Sociale et Familiale, Animateur BPJEPS, Conseiller en Economie Sociale Familiale, Educateur Spécialisé, Assistant de Service Social…) s’organisent avec leurs équipes de formateurs pour maintenir le suivi pédagogique de leurs différents stagiaires. Certains d’entre eux sont en situation d’emploi et d’autres en stage dans le secteur médico-social. De futurs travailleurs sociaux animés par le désir de l’accompagnement, du soutien, de la prise en charge des personnes dépendantes, fragilisées par leur situation personnelle, par diverses situations de handicaps ou encore par l’âge.

Responsable de formation depuis plusieurs années auprès de différents groupes tels que Surveillants de Nuit, Maitres de Maison, Assistants Maternels et Assistants de Vie aux Familles (ADVF) préparant un Titre Professionnel, dans cette situation inédite et guidée par mes propres valeurs, mes convictions, mes connaissances de ces secteurs d’activités, il m’est apparu important de maintenir le contact, le lien avec chacun d’entre eux au moyen de courriels réguliers et/ou appels téléphoniques durant ce temps de confinement.

Les lieux de soutien à la pratique professionnelle durant la formation étant momentanément suspendus et ces conditions qui demande à tous, professionnels, employeurs de s’adapter et de trouver une organisation tout en maintenant l’accompagnement des personnes plus vulnérables à domicile, je pressentais déjà le besoin d’échanges que ressentiraient ces professionnels intervenant seuls au domicile de particuliers.
Depuis ce début de pandémie, chaque soir à 20 heures, relayé par les médias, nous remercions tous les soignants qui font un travail extraordinaire, mais qu’en est-il des aides à domicile (226 000 professionnels dont 97% de femmes, chiffre indiqué dans les Dernières Nouvelles d’Alsace du 30 avril 2020) ? N’auraient-ils pas, eux aussi, droit à une reconnaissance publique alors qu’ils continuent à prendre soin de nos aînés et des personnes dépendantes dans leur domicile durant ce temps de confinement en bravant eux aussi les risques de contamination ?
Sont-ils les « oubliés » de ce confinement comme le titre cette semaine les Dernières Nouvelles d’Alsace ?
Mes échanges « à distance » avec mon groupe de stagiaires (toutes des femmes), aides à domicile en activités professionnelle, m’ont amené à encourager l’une ou l’autre à m’apporter un témoignage de leur « continuité de service » durant cette période si « étrange » que nous vivons. Car, qui mieux que celles qui sont sur le terrain, pour apporter un regard sur ce qu’elles vivent au quotidien dans l’accompagnement à domicile des personnes dépendantes ?
Au bout d’un mois de confinement, Martine (stagiaire ADVF), a accepté d’écrire et partager avec moi ce que qu’elle a appelé la « Parole d’une ADVF » : « Nous entamons la 4ème semaine de confinement et le message « Restez chez vous » continue à nous abreuver ! Mais que signifie au juste cette injonction gouvernementale ? Son sens me paraît pourtant clair ; il s’agit de rester chez nous pour freiner, voire enrayer la propagation de ce nouveau virus, le Coronavirus. Nous sommes amenés à fortement restreindre nos interactivités en restant chez nous car ce virus présente la particularité d’être hautement contagieux. Pourtant, l’agitation dans les hôpitaux est à son comble. Ces établissements publics ou privés accueillent, en ces jours d’extrême violence, tous ceux qui, malgré eux, ne restent pas chez eux. Il y a d’abord les malades atteints par le Covid 19 et ensuite, les soignants. Les uns, parce qu’ils ont besoin d’être soignés, les autres, parce qu’ils soignent. Ces derniers, au péril de leur vie, ne restent pas chez eux ! On dit qu’ils sont en première ligne ! Le pays est à l’arrêt… ou presque. En effet, il existe des secteurs d’activité qui continuent de fonctionner pour permettre à ceux qui restent chez eux de pouvoir bénéficier d’un semblant de vie normale. Et voilà que l’on parle des caissières, celles qui dans la vie ordinaire sont souvent invisibles au regard de nos vies trépidantes de clients ! Et voilà que l’on parle des éboueurs, ceux qui débarrassent nos rues de nos poubelles, juchés à l’arrière d’un camion puant !

Et voilà que l’on parle de ces métiers qui, du fait de la situation inédite que vit notre pays et plus largement la planète, sont devenus les métiers indispensables au bon fonctionnement de la nation (…) Nous entamons la 4ème semaine de confinement et depuis hier, j’entends pour la première fois parler d’un autre métier devenu presque…. Indispensable. Et voilà que l’on parle des aides à domicile, celles, car se sont pour la grande majorité des femmes de bonne volonté, qui continuent à visiter à domicile les plus fragiles, nos aînés…. Vos parents ou grands-parents ! Je suis l’une d’entre elles !  » Il aura fallu un mois avant de parler de ces femmes et de ces hommes, engagés dans l’accomplissement des gestes quotidien pour permettre le maintien de nos aînés, des personnes dépendantes par l’âge ou la maladie à leur domicile. Certains n’ayant pas de famille à proximité de leur lieu de vie, ou seuls par choix ou accident de la vie.

Et pourtant, toutes ces professionnelles aussi ont à affronter « l’ennemi invisible », sans être forcément protégées comme les consignes le préconisent. L’une d’elles, Myriam, dans nos échanges, me confiait dès le début du confinement « quand je rentre chez moi, après des journées intenses, je dois laver beaucoup de linge pour éviter l’infection, travailler à l’extérieur et ce dans des conditions plus difficiles et risquées que d’habitude (toujours pas de masques et gants suffisants) d’où système D et concentration maximum pour ne pas faire d’erreurs, stress pour se changer, mettre les masques quand on en a cousu. C’est dur de travailler dans la peur  ».
Ou encore Martine, qui poursuis : « Les premiers jours, j’avais la peur au ventre car l’ennemi est invisible. Il se cache, se camoufle, se planque et soudain, il peut se montrer, se déclarer, se pointer ».

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12 mai 2020

■ ACTU - Protection de l’enfance • Guide du déconfiné

Ce 11 mai, jour de déconfinement, le secrétaire d’Etat chargé de la protection de l’enfance, Adrien Taquet, présentait (enfin) le plan de déconfinement très attendu pour le secteur de la protection de l’enfance. « Loin de rassurer, la perspective du déconfinement inquiète les permanents de Lieu de vie et d’accueil, les assistants familiaux tout comme les autres acteurs de la protection de l’enfance car elle est synonyme d’augmentation des demandes d’accueil souvent en urgence », prévenait dès le 4 avril, la fédération nationale des lieux de vie et d’accueil dans un courrier au ministère. L’augmentation de 90% des appels au 119 observée entre le 13 et le 19 avril annonce la dégradation des situations familiales pendant le confinement. Les acteurs du secteur l’observe déjà : le déconfinement qui s’amorce sera accompagné d’une forte demande d’accueil alors que, bien avant cette crise sanitaire, ce secteur alertait sur la dégradation de ses conditions d’accueil et de travail….

Tests, masques et gels

Le plan rappelle que le déconfinement doit être progressif, adapté à la situation sanitaire des départements. Il tente de répondre à une inquiétude du secteur : la crainte de voir arriver, avec l’augmentation des accueils d’urgence, des jeunes porteurs du Covid dans des structures jusqu’alors préservées. Certains professionnels demandent un test PCR avant l’arrivée du jeune dans son lieu d’accueil. Le plan ne prévoit ce test que si l’enfant présente des symptômes. S’il revient positif, la recherche de cas contacts sera alors effectué et le jeune isolé selon des modalités proposées dans le guide.

Le port du masque est recommandé pour les professionnels mais pas obligatoire. Une façon de se dégager les départements de leur obligation de fournir des masques aux structures de la protection de l’enfance ? « Sur divers départements, nos employeurs n’ont engagé aucune protection, ni masques, ni gel…. Et rechigne en plus à nous rembourser si nous faisons nous même les achats pour nous protéger, nous et les enfants accueillis », tweete le syndicat professionnel des assistants familiaux. Le masque n’est pas recommandé pour les enfants protégés mais il peut être proposé aux adolescents lorsque le respect des gestes barrières s’avère difficile, précise le plan.

Jeunes isolés

Autre grande inquiétude : la prise en charge des jeunes majeurs. Le plan prévoit la prolongation de deux mois de l’article 18 de la loi d’urgence sanitaire qui empêche toute fin de prise en charge des jeunes de moins de 21 ans par les départements. « Malheureusement rien n’a été prévu pour ces derniers lorsque leur minorité a été contestée par un conseil départemental avant le début du confinement, souligne le Gisti. Il ou elle doivent attendre, le plus souvent dans la rue ou dans des squats, qu’un ou une juge des enfants veuille bien statuer sur leur demande ». A Paris, alerte l’association, une centaine de mineurs seraient dans cette situation sans aucune prise en charge et sans perspective de voir leur recours rapidement étudié vu la baisse d’activité liée à la crise du tribunal pour enfant. Après une bataille devant la justice, la ville de Paris a finalement été contrainte, par une ordonnance du 15 avril, d’ouvrir un lieu d’hébergement … dans un gymnase. Inacceptable, tranche le Gisti, qui accompagne une nouvelle saisine de la justice pour exiger une prise en charge adaptée, en hébergement individuel, répondant aux exigences liées à la crise sanitaire.


12 mai 2020

**SOUTIEN** - Déconfinement : Voir Ensemble se mobilise pour un après solidaire

Le lundi 11 mai, la France commence un déconfinement progressif dans le strict respect de mesures sanitaires comme les gestes barrières.
Les différentes dispositions prises pour limiter la résurgence de la maladie sont nécessaires mais suscitent une inquiétude légitime chez les personnes déficientes visuelles.
Avant la pandémie, elles bénéficiaient d’une entraide spontanée de la part de nos concitoyens dans leur quotidien, comme dans les transports, dans la rue, pendant leurs courses… Mais qu’en sera-t-il maintenant alors qu’on parle de « distanciation sociale » ?
Voir Ensemble va lancer, à partir du 18 mai, une campagne pour sensibiliser le grand public à l’importance de l’aide qu’ils peuvent apporter aux personnes aveugles et malvoyantes même dans cette situation inédite.
Le handicap visuel n’est pas contagieux mais la solidarité oui.
Pour l’après, refusons l’isolement et l’individualisme, adoptons des gestes solidaires !
https://www.voirensemble.asso.fr/


11 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Covid de sens ? Le syndrome du repenti.

Par Vince, Educateur spécialisé.

Le confinement a au moins une conséquence vertueuse. Il permet une forme d’introspection existentielle, une occasion de se pencher sur ses habitus, ses valeurs, ses modes de consommation… Ainsi replié dans sa bulle qu’il croit hermétique, le confiné se retrouve dans une posture quasi mystique où il va chercher à donner un peu plus de sens à son existence, à interroger ce qu’il a été jusqu’à lors.
Le plus gros problème dans cette quête d’identité, c’est que le confiné n’est justement pas dans une bulle si hermétique que cela. Son cocon est infiltré de rayons médiatiques surpuissants. Les ondes, mêmes les mauvaises, savent traverser les murs. Les chaînes d’infos, la radio, tout le rappelle à sa condition presque inéluctable de reclus. Pire encore, internet régit sa vie sociale. Il se croit protégé chez lui alors qu’il est exposé quotidiennement aux plus grands risques de manipulation qui soient.
Chacun est susceptible d’être atteint du syndrome du repenti, avec cette volonté farouche de remettre en question tous ses principes, rechercher un nouveau paradigme. Curieux ce sentiment de liberté alors que nous sommes enfermés, n’est-ce pas ? Illusion dites-vous ?
Tout est une histoire de fenêtres. Celles que nous ouvrons à 20h00 pour applaudir et avoir le sentiment d’exister aux yeux des autres. Et celles que nous ouvrons frénétiquement sur nos navigateurs pour nous relier à la communauté virtuelle.
Nos errances domestiques ne sont finalement qu’un reflet d’Éros et Thanatos. Seuls face nos pulsions de vie ou de mort, nous réagissons à des signaux reçus de toutes parts : communiqués, flashs infos, chroniques, réseaux sociaux, messages… Selon la pulsion qui nous anime prioritairement, nous devenons nous-mêmes des transmetteurs et des signifiants, plus ou moins fiables, plus ou moins objectifs. Nous transmettons tantôt des peurs, tantôt de l’espoir. Nous oscillons entre colère et résignation, entre pessimisme et foi, entre doute et certitude.
Comment transformer le penser en agir ?
Des projections conditionnelles.
Nos portes sont closes, devenues étrangement hostiles aux étrangers. Des sursauts d’humanisme nous poussent à éprouver le lien malgré tout. De réunions Zoom en apéros WhatsApp, nos tentatives de relation prennent parfois des airs désespérés. Etrange coïncidence tout de même que cette homonymie entre la communauté et le serveur : le fameux réseau.
Bref, toujours est-il que nous ne savons pas comment nous allons sortir de toute cette histoire, dans quel état, avec quelles ressources, quelles angoisses.
Nous identifions à peine comment nous traversons nous-mêmes ce trou noir. Alors comment est-il possible de l’envisager pour autrui ?
Certains n’auront malheureusement pas pu bénéficier de conditions favorables à la phase d’introspection. Le repentir ne serait-il pas un luxe de nanti ? Avec une surface habitable suffisante et beaucoup de bienveillance ce n’est déjà pas facile. Alors, sans trop préjuger de quoi que ce soit, on peut aisément considérer que la vie de famille dans un 40 mètres carrés du 12ème étage d’une tour de cité n’offre pas les mêmes chances de prise de recul et d’analyse.
Il est quand même plus confortable de réfléchir à la condition humaine seul et bien installé dans un transat du jardin plutôt que dans un salon encombré de monde sous tension. Pas besoin de grandes compétences empathiques pour mesurer cela. La sortie de confinement tant attendue ne sera sans doute pas l’occasion de partager des vécus identiques, ni même d’exprimer des émotions communes. Nous nous sommes confinés en quittant une société inégalitaire, nous la retrouverons ; c’est bien là une triste évidence. Peut-être même cette crise aura renforcé les inégalités.
L’effet catharsis de cette période de vie ne sera sans doute possible que chez ceux qui auront eu les moyens de mettre en abyme dramatique leurs vécus de confinés. La capacité à l’abstraction peut être salutaire, à condition d’avoir eu les moyens de penser.
Comment allons-nous aider les plus fragiles à vivre le vertige du déconfinement ?
Des enjeux sociétaux incertains.
Aurons-nous eu suffisamment de temps pour capitaliser nos réflexions ? Aurons-nous pu transformer un acte autocentré (le confinement, en tant qu’outil de protection personnelle) en acte altruiste (le confinement, en tant qu’acte de bienveillance communautaire) ?
Rien n’est moins sûr. L’expérience des grands drames de l’humanité nous a montré que la mémoire collective est loin d’être infaillible. Certains réflexes grégaires sont assez décourageants, il faut bien l’admettre.
Et pourtant, il va nous falloir nous pencher sur la question sociale, pour de vrai, celle-là même que les pouvoirs publics ont tant délaissée depuis des années au profit de l’économie et du capital. Humainement nous demeurons bien imparfaits, nous le savons. Il semblerait que cette caractéristique soit inscrite dans notre patrimoine génétique. Quand bien même nos efforts cognitifs et intellectuels nous encouragent à dépasser nos limites, force est de constater que nous avons besoin d’une autre force pour régir le vivre ensemble.
Cette force là c’est la politique. C’est notre capacité à organiser la vie sociale qui va déterminer notre pouvoir de réaction.
Aider les plus fragiles ? Oui, belle et noble idée. Développée depuis des lustres mais abandonnée à la seule bonne volonté de la charité publique. Désormais, investir dans l’humain, tel serait le challenge. Donner aux institutions les moyens d’œuvrer avec responsabilité dans le bon sens commun. On a pu mesurer dans l’urgence ce que pouvait donner l’abandon par les pouvoirs publics de notre système de santé. Tâchons de ne pas reproduire ces erreurs sur le système social. Ne serait-il pas judicieux de donner aux travailleurs sociaux non plus des obligations de résultats mais des obligations de moyens ? On ne pourra pas toujours compter uniquement sur les facultés de résilience soutenues par de simples bonnes volontés. Tant que notre société considérera l’humain comme une variable d’ajustement économique, nous serons condamnés à être les pantins d’un capitalisme décomplexé et arrogant.
Avec un certain cynisme répondant en écho au mépris de l’État, je dirais que cette crise sanitaire n’aura sans doute pas permis d’exterminer tous les pauvres. Loin s’en faut. Va-t-on seulement pouvoir s’occuper dignement de ceux qui restent ou faut-il compter sur d’autres opportunités de pandémies ?

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11 mai 2020

**SOUTIEN FINANCIER** - Acteurs du handicap - Fonds d’urgence du CCAH


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Le Comité national Coordination action handicap (CCAH) et ses membres proposent un Fonds exceptionnel de solidarité pour répondre aux besoins urgents des publics en situation de handicap et de leurs aidants. Il vise aussi à soutenir les structures qui les accompagnent, fragilisées par la crise sanitaire.

Vous êtes un acteur du secteur handicap et votre structure connait une situation difficile en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19 ? « Nous nous mobilisons pour vous soutenir pendant cette période inédite et complexe », annoncent le CCAH et ses membres.
Vous faites face à des besoins exceptionnels ? Vous êtes concernés pas l’une des situations suivantes :
. soutien aux proches aidants
. soutien aux professionnels
. soutien aux actions de solidarité menées pour les personnes handicapées en établissement, à domicile ou isolées
. besoin d’équipement ou d’aménagement exceptionnels pour assurer les accompagnements quotidiens sur site ou à distance ou pour atténuer les impacts psychologiques liés à la crise sanitaire
. besoins exceptionnels liés à la réorganisation du travail, notamment pour les acteurs de l’aide à domicile
. besoin d’accompagnement méthodologique à la reprise d’activité sur les volets social, juridique ou financier.
Vous pouvez adresser votre dossier de demande de financement au CCAH avant le 24 mai à minuit.
https://www.ccah.fr/CCAH/Articles/Le-CCAH-et-ses-membres-se-mobilisent-pour-aider-les-acteurs-touches-par-la-crise-sanitaire-liee-au-COVID-19


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10 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Journal de confinement du 14 au 24 mars 2020 (2/2)

Par Etienne RDLR, éducateur spécialisé.
Vu comment d’eux-mêmes les jeunes sont respectueux, vu qu’ils ont des comportements civilisés, d’ailleurs on ne s’attendait pas à autre chose, ça nous fait plaisir de leur dérouler le buffet, en mode surprenant, à 3h du mat. Et c’est ce que l’on a fait. Jade nous a rejoint et quand elle est partie se coucher après les garçons, nous en avons profité pour inviter Jian à partager, lui aussi, une collation. Vu qu’il est confiné dans sa chambre H24, au cas où il soit porteur du virus, nous ne pouvons prendre le risque qu’il contamine le groupe. C’est un peu brusque comme relations humaines. Le mec a eu de la fièvre 5 jours auparavant et bim, du jour au lendemain, il devient suspect numéro 1. T’as un peu de fièvre et hop, CONFINÉ !! Fais gaffe quand tu finis ton sport, tu risques d’être détecté par les « termomètres-preneur-de-température-corporelle »…

Et puis cette nuit, on a remis ça. On s’y attendait pas, Fauzi nous a demandé si il pouvait grignoter un p’tit quelque chose. Y’avait un reste de cordon bleu, Halid l’a rejoint et nous, on a préparé la potion gingembre-citron-miel.
Faut dire que depuis ce midi on luttait pour empêcher Jade de fuguer. Mais elle a décidé de partir, c’était éprouvant, on a tout fait pour la dissuader et tout fait pour lui permettre de ne pas atteindre le point de non-retour, celui d’un contact avec les gens à l’extérieur… Avant qu’elle ne monte dans la rame du métro, ça aurait été entendable qu’elle réintègre le groupe. Mais quand elle est montée dans le métro, on a su que c’était foutu, qu’on ne pourrait pas la reprendre, au risque qu’elle n’ait déjà été contaminée. Ça devient de la Science-Friction, des mains, des poignées de porte, des exclusions-stigmatisations.
Après cette situation qui, sur l’instant nous paraît être un échec, on s’est recentré sur notre présence auprès des autres jeunes et on s’est dit que si elle se présentait à nouveau au service on négocierait pour pouvoir l’accueillir dans l’aquarium, la salle d’en haut, à l’écart total du groupe, histoire qu’elle soit en sécurité sans nous mettre en insécurité.
On a réussi à décompresser un peu en partageant cette collation avec les autres et puis fallait qu’on se retrouve ensemble, que l’on développe une nouvelle dynamique en l’absence de Jade. Pour la première fois depuis 10 jours enfermés on a invité Jian à se joindre à nous, on lui a mis une table à bonne distance… Comme celle de l’éduc !!! Avec nous, mais pas trop proche. Ensemble mais pas collés !
La bonne distance éducative, celle d’un postillon, un bon mètre. Et ouais, faut dire que le petit, séquestré dans sa chambre, à part dormir, fumer et jouer en ligne, on ne le sollicite pas beaucoup. Alors maintenant qu’on le sort, il faut qu’il participe. Il s’y met. On lui parle en français pour qu’il apprenne et surtout parce que quand on lui parle mandarin, il ne s’exécute pas ou bien il fait mine de ne pas comprendre. Je me demande si c’est vraiment sa langue maternelle !!! Ou bien c’est qu’on parle pas mandarin, va savoir ?!!
En tout cas c’est l’école de la vie ici, on fait un peu de tout, sauf l’école justement. C’est une micro-société, y’a des règles, y’en a des négociables, d’autres pas, elles bougent, se déplacent mais aux commandes, c’est nous les chefs de meute. On les embarque dans notre monde, celui de l’apaisement, du dynamisme constructif et de l’autonomie. C’est beau, riche d’échanges et exceptionnellement intense. On ne sait pas à quoi s’attendre, certes on impulse une vision, des attendus, mais on sait que c’est un équilibre fragile, que l’on doit tenir compte de chacun, avec son caractère, son parcours, son unicité, avec humilité.
On réalise que l’on attend des jeunes qu’ils s’adaptent à notre lieu, nos personnalités, le groupe de jeunes, comme si ce devait être inné en eux. On oublie sûrement combien nous, adultes, nous avons du mal à nous adapter entre nous, en famille et au travail… on se rend compte que l’on ne tient pas assez compte des difficultés que les jeunes rencontrent. Dans notre service d’accueil d’urgence, chaque 2 jours le groupe de jeunes est modifié par les entrées/sorties de nouveaux arrivants.
Sur quels « phénomènes », quels hurluberlus le groupe va-t-il tomber ? Et celui qui arrive ? Comment va-t-il vivre de débarquer dans un nouveau lieu ? Est-il timide pour s’intégrer au groupe ? A-t-il un caractère dominant qui va imposer son ambiance. ? Comment on accueille ? Comment on intègre ? Comment on peut exiger de lui qu’il se plie à NOTRE fonctionnement si on n’accepte pas de s’imaginer à sa place. Ils sont forts mentalement pour ne pas craquer et nous envoyer bouler. Comment on ferait à leur place ? Comment on est à notre place ?

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9 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Journal de confinement du 14 au 24 mars 2020 (1/2)

Par Etienne RDLR, éducateur spécialisé.

Jeunes présents : Abdoul et Françoise jusqu’au 16/03/2020 et Halid, Fauzi, Jian, Jade (fugue le 24/03).

Il était une fois, dans une rue déserte, un sous-sol dans le noir. Là-bas, des bruits de voix, des cris d’enfants attirent la curiosité de l’initié. Tu descends et y’a un type qui t’accueille et qui te raconte que : Hier soir, la collègue qui devait être présente le matin, n’a pas pu venir. Une intérimaire, Anne, est arrivée à la rescousse. En soirée, c’est Frédéric, un remplaçant qui est venu. Il fait la nuit, je me couche. Frédéric s’en va à 8h30 et j’attends Constantin, un autre intérimaire, qui ne viendra jamais. Donc je suis seul depuis 9h30. Deuxième abandon d’un collègue, comment imaginer une suite sereine ? Je décide de partager mes sentiments (mail réflexion confinement) auprès de la Direction : me confiner, sans avoir recours aux relais de mes collègues, pour éviter le risque d’une contamination. Le Chef de service me dit qu’il va porter mon idée, qu’il est convaincu, lui aussi de sa pertinence.
19 mars 2020. En résumé, on est un peu sur une autre planète, compliqué de rendre compte de tout ce que l’on fait du matin au soir dans cet immense loft, avec les jeunes, pour eux et pour nous. Beaucoup de ménage, nettoyage, désinfections...x100... et repérage des lieux. Franchement, les lieux sont crados, ils ne semblent pas tenus ni animés par des adultes et le ménage n’est pas fait. Ni dans les coins, recoins, ni même sur les vitres, les portes des WC salles d’eau. En gros, y’aurait que le sol ? Et encore, c’est pas fait sous les meubles, derrière les armoires, derrière les portes…
Ça s’organise. Préparations des repas par les jeunes car on est tous dans la même galère, en mode SURVIE. Fauzi, Halid, Jade participent de plus en plus. Ils ont bien capté que j’étais là pour eux et que je ne pourrai pas tout faire… Direct, faut qu’ils prennent leur destin en main d’autant plus qu’ils réclament à manger, alors ils se mettent à faire l’inventaire des ingrédients et réfléchissent à ce qu’ils aimeraient partager ensemble, sans oublier Jian qui est dans sa chambre. Ils sont loin d’être autonomes mais ils font les choses avec cœur, ils essaient, et même si c’est « raté », on dégustera avec plaisir. Et comme on n’est pas loin, on fait avec, ils ne ratent pas et on se régale.

Je reprends mon clavier… Déjà le 24 mars, on a enchaîné les journées à un rythme décalé, 11h du matin jusqu’à minuit et nous on explose le quota d’heures, d’ailleurs on ne les a jamais comptés, on vit, on veille, on vrille (non pas encore). Souvent on est actif encore à 3h du matin, parfois 4h,5h,6h : rangement, ménage, désinfection, bureau, gestion de la paperasse, quelques appels… On a récupéré plein de matos à l’accueil de jour pour améliorer notre quotidien (feuilles dessins, bombes de peinture, djembé, jeux de société, bouquins scolaires, matos de ménage, caisse à outils (bienvenue, trop précieuse), ballon de foot, raquette/ filet/balles de tennis de table, plateau repas, plaquettes partenaires, annuaires…)
Deux nuits Halid et Fauzi ont eu un petit creux. Ils ne s’y attendaient pas, on a sorti le grand jeu, thé gingembre-citron-miel, biscuits nature, fourrés chocolat ou fraise. On a tellement de choix que l’on ne fait pas les goinfres, au contraire, on apprend à partager, déguster, répartir nos ressources dans la durée, être reconnaissant face à cette abondance.
On mange deux fois par jour, le premier repas, entre 14h et 16h, Le deuxième, c’est le diner, entre 20h et 22h, copieux et équilibré, salade, légumes avec viande ou poisson, une sauce et un dessert. Le soir, rebelote, mais sans l’entrée. On mange tellement bien que l’on est rassasié et il n’y a ni grignotage, ni de : « je me sers sans demander », ni « vol » de nourriture dans le frigo… D’ailleurs, ce n’est pas du vol que de se servir dans un frigo, c’est une mauvaise gestion de sa consommation de protéines, sucres et liquides. On jette rien, les restes sont améliorés et servis le lendemain. Pas d’abus, pas de gâchis, juste ce qu’il faut.

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8 mai 2020

• TERRAIN - Témoignage - Enfance en Danger : un satisfecit gouvernemental qui masque une situation bien plus complexe et inquiétante

La Ligue des droits de l’homme de Saint Nazaire a réagi au communiqué de presse du secrétaire d’Etat à la protection de l’Enfance paru le 22 avril. Adrien Taquet y laisse apparaitre sa satisfaction quant à l’efficacité de la campagne de sensibilisation du gouvernement à destination du grand public puisque sur la semaine du 13 au 19 avril, il y a eu une augmentation de 89,35 % des appels au 119. Le confinement a aggravé la situation des femmes et des enfants vivant sous la coupe de conjoint ou proche violent et ne pouvant plus bénéficier de respiration sociale tels que le travail, l’école, les loisirs y est-il précisé. Si le Service National d’Accueil Téléphonique pour l’Enfance en Danger (SNATED) a bénéficié d’un renforcement de ses moyens, une partie de la chaîne de traitement des informations préoccupantes a manqué de moyens à la hauteur des enjeux. « Évidemment, le gouvernement pourra toujours dire que la responsabilité incombe aux Conseils Départementaux. Il faut rappeler que les services sociaux départementaux fonctionnent majoritairement en distanciel durant cette pandémie » témoigne Jean-Luc Boero, le Président de la section locale de la Ligue des droits de l’Homme. Des départements ont en effet priorisé des tranches d’âge (par exemple les 0-3 ans) et demandé à leurs agents de s’enquérir de l’état de santé de la famille avant d’effectuer des visites à domicile. Face à l’impossibilité de faire un travail de fond, cela s’est souvent traduit par des évaluations brèves et souvent sans possibilité d’accompagner les familles vers un mieux-être. « Nos cabinets ministériels, nos experts et nos politiques auraient pu envisager cette situation. Croire que sans services sociaux de proximité ouverts, sans école, sans centres de loisirs pouvant aussi repérer les situations et ne faire appel qu’à une campagne de sensibilisation au 119 protègerait les enfants est une navrante simplification de la réalité. Ne tombons pas dans le leurre du gouvernement ni dans la croyance que le travail social à distance peut produire des réponses adaptées aux situations. Dans une situation de confinement, les plus fragiles d’entre nous sont bien souvent des invisibles et continueront à vivre l’invisibilité tant qu’aucun regard professionnel ne pourra détecter leur souffrance. » conclue-t-il.

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Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

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7 mai 2020

★ INITIATIVES - Un répit pour les familles

Les établissements recevant des personnes avec handicap ne sont pas restés inactifs durant le confinement. Conscients des difficultés démultipliées par le handicap mental, des solutions de répit ont été initiés un peu partout en France. Celle proposée par l’IME Lalande Villeneuve d’Ascq, géré par les Papillons Blanc, en est une bonne illustration. Six enfants et adolescente âgés de 6 à 16 ans sont accueillis pour des séjours temporaires permettant de relayer les familles. Un court reportage en fait la description.


7 mai 2020

■ ACTU - Violences intrafamiliales • Jeunes homosexuels sous le coup du rejet

Le confinement est particulièrement douloureux pour des jeunes lesbiennes, gays, bisexuels, trans, queers, intersexes (LGBTQ+) enfermés avec une famille qui les rejette, les insulte ou les jette à la rue.

« J’ai 13 ans et mes parents sont transphobes, ils me traitent tous les jours de "pédé"... Du coup, je reste dans ma chambre toute la journée. Je sors uniquement le soir pour me laver, manger et aller aux toilettes quand ils dorment », témoigne un jeune auprès de l’Association Stop Homophobie. Depuis le début du confinement, les associations LGBT dénoncent l’ampleur des violences intra-familiales subies par les filles et les garçons LGBT+ de moins de vingt-cinq ans. Des constats qu’étaye une enquête réalisée en 2014 par Christelle Hamel, chercheuse à l’Institut national d’études démographiques (Ined) avec le soutien du Défenseur des Droits (1). Elle souligne que le sexisme et les LGBT-phobies, encore très présents dans la société, constituent des facteurs majeurs d’émergence des violences au sein de la famille pouvant aller jusqu’à la mise en danger des jeunes.

Écoute renforcée

« Les jeunes livrent une expérience intime très dure à partager : insultes, brimades, propos violents de la part de leurs parents : ʺ On aurait mieux fait de te cramer à la naissance ʺ ; ʺ Tu vois la porte ? Tu la prends, tu dégages ʺ », s’inquiète Mathilde Vechambre, assistante de service social pour la ligne d’urgence et déléguée adjointe du Maine-et-Loire de la Fondation Le Refuge. Certains partent de chez eux avec juste un sac, quand les parents n’ont pas fait appel aux forces de l’ordre pour les mettre à la porte. « Filles et garçons se retrouvent dehors en état de choc, complètement perdus. Les centres d’hébergement sont saturés, les hôtels et les restaurants fermés. Ils nous appellent après avoir obtenu notre numéro (2) par un passant, la police, une maraude du Samu Social…, poursuit l’assistante de service social. Pour les soutenir, nous avons renforcé nos lignes d’écoute et ouvert un dispositif de mise à l’abri quasi systématique, le plus souvent à l’hôtel.  »
Depuis le début du confinement, la Fondation Le Refuge accompagne deux cent quatre-vingt-quatre jeunes sur le territoire avec l’aide de quatre-vingt-dix bénévoles. Ceux-ci sont en contact quotidien avec un ou plusieurs jeunes, assurent visites et repas. La Fondation a aussi mis en place une cellule de veille interne accessible 24 h / 24 permettant le signalement et le suivi des mesures de confinement et d’isolement des jeunes infectés ou suspectés d’infection, en lien avec les services médicaux. Elle a établi un partenariat national avec l’association l’Autre Cercle pour offrir aux jeunes en difficulté la possibilité de gérer le plus positivement possible cette période d’isolement, en leur permettant de se projeter dans leur projet d’orientation ou dans leur projet professionnel.
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(1) Violences et rapports de genre : contexte et conséquences de violences subies par les femmes et les hommes, disponible en ligne https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/21423/document_travail_2014_212_genre_violence.fr.pdf
(2) La ligne 06 31 59 69 50 fonctionne 24 h / 24 et 7 jours / 7.

À lire sur le site du magazine TÊTU :

« Ils pourraient m’emmener chez un exorciste » : confiné avec ma famille homophobe, le témoignage de Georges, 18 ans, qui a contacté la Fondation Le Refuge.

Jeunes LGBT en situation d’urgence : la lettre des assos à Marlène Schiappa


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