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28 août 2020

★ INITIATIVE - Pratiques émergentes du travail social et de l’intervention sociale : questionnaire

Le groupe de travail « pratiques émergentes » du Haut Conseil du travail social lance un questionnaire sur les pratiques émergentes du travail social et de l’intervention sociale.

Par « pratiques émergentes », il désigne l’ensemble des pratiques, manières de faire, postures et outils que les travailleurs et intervenants sociaux adoptent et adaptent, pour répondre aux mieux aux besoins des personnes.

Elles peuvent être naissantes (non encore normée et institutionnalisée), renaissantes (disparues elles réapparaissent) ou confidentielles.

Sont appelés à répondre à ce questionnaire l’ensemble des acteurs qui ont participé à et/ou bénéficié de l’émergence d’une pratique sur leur territoire.

Le temps de réponse estimé est d’une trentaine de minutes maximum. Il n’est pas obligatoire de répondre à l’ensemble des questions.

accéder au questionnaire ici


28 août 2020

• TERRAIN - Journal de bord - « Le déconfinement c’est (pas si) facile !! »

Par Vincent (42),
Moniteur éducateur dans un Service d’Accompagnement à la Vie Sociale (SAVS) auprès de personnes en situation de handicap moteur avec troubles Infirmes Moteurs Cérébraux, le déconfinement a été progressif !
Après plus de deux mois, au cours desquels nous sommes restés cloitrés en respectant ces satanés gestes barrières il a fallu ré-apprendre à sortir, à faire, à aider ... pour les jeunes bien sûr !!!
Pour complexifier le tout, le SAVS dans lequel je travaille est à mi-chemin entre un quotidien « domicile » et le quotidien d’un foyer…donc un quotidien à rythmer entre vie en collectivité, désir d’autonomie voire d’indépendance, maintien des acquis ….et respect des gestes barrières….
La quadrature du cercle, quoi !!
Le comble c’était que certaines personnes prises en charge auraient bien aimé sortir pendant le confinement. Mais qu’à force de rester enfermées, elles se sont (plus ou moins) habituées et quand est arrivé le déconfinement, ça n’a pas été si simple que cela de sortir !!
Les consignes strictes, pour se « concentrer » sur l’essentiel et faire passer l’éducatif au second plan, ont obligé les éducateurs à se transformer en auxiliaires de vie. Les jeunes ne pouvaient plus rien faire, ni rien toucher,… l’accompagnement extérieur n’était pas possible …. Quel dilemme pour les travailleurs sociaux engagés dans leurs pratiques !!
Au final, après cette période bizarre, l’accompagnement individuel a retrouvé tout son sens… sans toutefois davantage de moyens !!!!
Vivement un Ségur du médico-social !!! l’éducateur, un pilier du lien social !!

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Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en lien avec la crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.
si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous ou envoyez-nous une vidéo de 2 à 3 min à red@lien-social.com.
(Plus de précisions)


27 août 2020

■ ACTU - Mort d’un pionnier

Le psychologue et pédagogue Rémy Filliozat, père de la psychothérapeute Isabelle Filliozat, s’est éteint dimanche 19 avril à près de 89 ans.

Pionnier de la psychologie humaniste, esthète et pédagogue, il a marqué son époque et joué un rôle déterminant dans le paysage de la psychologie positive en France.

Il obtient, à 17 ans, le deuxième grand prix de la fondation nationale Zellidja pour son rapport de voyage sur Les Homes d’Enfants. Il suit une formation de moniteur-éducateur à Genève et travaille dans une maison pour soins d’enfants et dans un centre pour handicapés. Découvrant que l’on peut prendre soin des enfants sans violence, il ne cessera de promouvoir une éducation respectueuse. Dans les années qui suivent, il s’inscrira une formation universitaire en psychologie à la Sorbonne.

Après avoir découvert l’Analyse Transactionnelle en 1975, il décide de la faire connaître en France. Avec quelques autres, il crée l’Institut Français d’Analyse Transactionnelle. Il continue à se former aux diverses autres thérapies de ces années 70 et suivantes (Gestalt, bioénergie, Touch for health, PNL, L’Ecoute Active de Thomas Gordon et les cercles du Programme de Développement Affectif et Social….), en invitant des psychothérapeutes américains à venir donner des stages à Paris.

Il a exercé comme psychothérapeute et enseignant jusqu’à l’âge de 77 ans.

Il sera inhumé au cimetière du Père Lachaise le 1er septembre 2020.


27 août 2020

■ ACTU - Pauvreté • Voyants rouges

La crise liée à la pandémie de la Covid-19 pourrait faire basculer 100 millions de personnes supplémentaires à travers le monde dans l’extrême pauvreté, a alerté le 20 août, le président de la Banque mondiale, David Malpass. Combien en France ? Personne ne le sait mais les associations de lutte contre la pauvreté s’inquiètent. « La crise sanitaire a eu un impact plus fort sur les publics déjà en situation de précarité », affirme Jérôme Voiturier, directeur général de l’Uniopss.

Le Secours catholique voit arriver dans ses permanences de nouvelles personnes : des étudiants qui n’ont pas pu avoir de job d’été, des personnes au RSA qui ont perdu leur petit boulot au noir, des nouveaux chômeurs… des personnes qui basculent de la précarité à la pauvreté.

Explosion des aides alimentaires

Les distributions alimentaires explosent : Les banques alimentaires constatent une augmentation de 20 à 30% des demandes d’aide selon les territoires. Selon l’ancienne secrétaire d’Etat auprès du ministère de la Santé et des Solidarités, Christelle Dubos, 8 millions de personnes pourraient se tourner vers l’aide alimentaire en 2020 contre 5,5 millions avant le confinement. En avril, le gouvernement avait débloqué une enveloppe de 55 millions d’euros pour soutenir ces réseaux d’aide alimentaire. Le Secours catholique assure ce mois d’août avoir déjà distribué 5 millions de ces chèques service pendant le confinement.

Quelle lutte contre la pauvreté ?

Sa président, Véronique Fayet craint « une rentrée difficile », au micro de France Inter le 23 août, et appelle à une revalorisation des minimas sociaux. Ces inquiétudes sont-elles entendues par le gouvernement ? « Il y a eu des aides ponctuelles pendant le confinement, mais cela ne répond qu’en petite partie aux besoins », avance Jérôme Voiturier qui s’inquiète de l’invisibilité de la lutte contre la pauvreté dans l’actuel gouvernement. L’absence de nomination au cœur de l’été d’un secrétaire d’Etat en charge du plan pauvreté parmi les onze secrétaires nommés apparaît comme un « mauvais signal », avance Florent Gueguen directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité.

Revenu universel en berne

Le plan pauvreté semble « au point mort », pas de calendrier sur le déploiement de cette stratégie, les derniers travaux sur la construction du revenu universel d’activité (RUA) datent du début de l’année… « J’ai le sentiment que le projet de RUA tel qu’il était imaginé en septembre 2018 a été plus ou moins enterré », ajoute-t-il. Or, la paupérisation grandissante des plus précaires exigerait, selon lui, une réponse plus massive que des primes sectorielles qui sont « des fusils à un coup ». Comme le Secours catholique, la FAS et d’autres associations appellent à une revalorisation des minimas sociaux et l’ouverture du RSA au moins de 25 ans.


27 août 2020

★ INITIATIVE - « Pour que j’apprenne »

Sorti le 23 août 2020, c’est le titre du septième clip du « Collective Music Charity », qui a été imaginé avec l’association ATD Quart Monde et créé avec cinquante auteur(e)s.

Cette dynamique collective est née pendant la période de confinement à l’initiative de Pierre-Etienne Michelin, batteur de Michael Jones et d’autres artistes. L’idée est de proposer à des professionnels et amateurs non pas de reprendre ensemble un « tube » français ou étranger, mais de créer de toutes pièces un « clip solidaire » qui invite chacun(e) à agir pour construire un meilleur avenir que celui qui nous guette.

Cette chanson évoque le thème de l’éducation nécessaire à chacun(e) pour trouver sa place dans la société et nécessaire également pour dépasser les préjugés que l’on a les uns sur les autres et qui nous empêchent souvent de vivre et d’agir ensemble.


19 août 2020

✖ BILLET D’HUMEUR - « La vérité sort plus facilement de l’erreur que de la confusion » (Francis Bacon)

Dans la file d’attente, ce jeune-homme est le seul à ne pas porter de masque. Le commerçant lui indique l’obligation imposée par la loi de se couvrir le visage. L’impétrant traite aussitôt le vendeur de menteur, affirmant que « le décret n’a pas encore été signé  ». On ne peut donc l’y contraindre. Devant l’insistance à se plier à la consigne, il finit par lâcher son refus d’adopter « un geste de soumission ». 
Effet pervers du discours associant le voile islamique à la servitude : cacher son visage serait ainsi associé à un statut d’inférieur. Mais, l’atteinte à la virilité n’est pas la seule des motivations d’une telle hostilité : opposition à une mesure attentatoire à la liberté individuelle, rejet d’une consigne donnée par le « système », soupçons complotistes, allergie physique … Cette opposition est devenue pour les uns le signe du pire des égoïsmes (refuser de protéger autrui), pour les autres le symbole de la résistance à une nouvelle forme de tyrannie qui s’instillerait insidieusement.
Les 20 000 manifestants du 1er août à Berlin en sont la preuve. 
On pourrait pourtant croire que le message de prévention est simple et élémentaire. Si ce n’est pas le cas pour un certain nombre de citoyens rebelles, constatons que cela ne l’est pas plus pour notre gouvernement dont les prises de positions sont incohérentes et contradictoires. 
Le 25 mars, Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement affirme « le président ne porte pas de masque, parce qu’il n’y en a pas besoin lorsqu’on respecte la distance de protection  » … Ben voyons, quelques heures après, le ci-devant Président apparaissait dûment équipé ! 
Le 22 juillet, Santé Publique France ose affirmer que la raison de la forte contamination du milieu médical au plus fort de l’épidémie : « 42% des soignants infectés contaminés réalisaient des visites à domicile à domicile sans masque » (Canard Enchainé 29 juillet). Et pour cause, la pénurie de masques n’avait pas permis de leur en fournir, eh ducon ! 
Le 15 avril, le ministère du travail suspend Anthony Smith, cet inspecteur du travail qui avait exigé la mise à disposition de masques pour des salariées d’une association d’aide à domicile. Sa sanction vient d’être confirmée le 14 août, soit quatre jours avant que le même ministère du travail ne rende les masques obligatoires … dans les entreprises. Malheur à celui qui a raison avant tout le monde ! 
Pas de doute donc, le port de cette protection est dorénavant imposé dans les espaces publics et de travail clos. Et même à l’extérieur ! La contrainte se répand comme une trainée de poudre tout au long du mois d’août. La diffusion du virus en plein air est loin d’être démontrée. Mais qu’à cela ne tienne, principe de précaution oblige. 
Mais, c’était sans compter sur le ministère de l’Éducation nationale qui a publié un nouveau protocole sanitaire dit « allégé »pour la rentrée scolaire de septembre. Le 11 août, il annonçait gaillardement que masque est rendu à nouveau facultatif dans les espaces clos à l’école, « si la distance physique est respectée  ». 
Récapitulons : le masque est indispensable à l’intérieur comme à l’extérieur, mais on sanctionne un inspecteur du travail qui a voulu faire appliquer cette consigne. Il faut le porter en entreprise, mais pas à l’école. Comprenne qui pourra ! 
Certes, personne n’aurait aimé être à la place de nos gouvernants dans un contexte aussi aléatoire : prendre la moindre décision expose à des accusations soit d’un excès de précaution, soit d’imprudence. Mais, le degré d’incohérence que l’on peut constater est quand même impressionnant.
L’une des causes est à mettre en relation avec l’(in)capacité d’introspection. Un retour sur expérience aurait permis de tirer des leçons des maladresses, manquements et méprises. Mais, loin de reconnaître leurs hésitations, leurs erreurs et leurs mauvais choix (potentiellement compréhensibles), nos dirigeants et hauts fonctionnaires s’enfoncent dans le cynisme, le déni et la tentative de mystification. Leur morgue et leur mépris les conduisent à proclamer, contre toute évidence, que tout a été bien géré, comme il le fallait … et continue à l’être ! Une telle attitude ne peut qu’être propice à la (re)production de nouvelles dérives. Face à la délégitimation induite par le spectacle affligeant de ce manque flagrant de lucidité et d’honnêteté, comment s’étonner que certains adoptent des postures très individualistes, au détriment de l’intérêt collectif face à la pandémie ?

Jacques Trémintin


18 août 2020

🎥 Film - A perfect family

« Papa veut être une femme », dans cette famille danoise classique, cette phrase va bousculer un semblant de normalité, une famille pressentie comme « idéale ». Face à la transformation de leur père, les deux filles de la famille auront des réactions diamétralement opposées. Dans ce film, ultra –sensible, avare de paroles, tout se joue dans le non-dit, les regards, les esquives et les actes. Un silence nécessaire à l’écoulement du temps pour que le changement s’opère chez les uns et les autres, que l’acceptation de soi et de l’autre tel qu’il est s’affirme, dans les rires parfois, la douleur souvent.

Malou Reyman s’inspire, pour son premier long-métrage, de son histoire personnelle, celle d’une jeune fille qui a grandit auprès d’un père transgenre. « Je m’intéresse beaucoup à la question de la norme et à la façon dont on peut la distordre », explique-t-elle. Son film, aux allures de documentaire, porté par des acteurs très justes, exprime sans pathos et sans complaisance, le chemin qui va de la normalité attendue à l’acceptation de soi, entrainant dans son sillage les proches, qu’ils le veuillent ou non.

Sortie en salles le 19 août.


24 juillet 2020

Vacances été 2020

Le site de Lien Social prend ses vacances dès le vendredi 24 juillet 17h.

- Retour le lundi 17 août -

Durant cette période de fermeture, vous pourrez retrouver des chroniques de livres sur notre page Facebook.

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Retrouvez aussi les précédents numéros en cliquant sur la thématique de votre choix dans le menu ci-haut.
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Bonnes vacances à tous.

L’équipe de Lien Social


24 juillet 2020

★ INITIATIVE - Les personnes usagères de produit(s) face à la crise

La Fédération Addiction et la Fédération des acteurs de la solidarité ont organisé le 19 mai dernier un webinaire réunissant 90 personnes, professionnels d’associations des deux réseaux associatifs, de partenaires également pour échanger sur les enjeux et les problématiques de l’accompagnement en addictologie des personnes vulnérables, dans le contexte de la crise sanitaire et sociale.

Les pratiques professionnelles ont été bouleversé en général et notamment celles d’accompagnement des personnes en situation de précarité usagères de substances psychoactives : achat d’alcool et de tabac et gestion des consommations au sein de centres d’hébergement, l’aller vers des publics les plus vulnérables, inconditionnalité et de la réduction des risques pour les personnes en situation de précarité.

Il paraissait alors important de mettre en lumière ces pratiques spécifiques d’accompagnement et d’organisation pour envisager des évolutions, des renforcements de des pérennisation.


24 juillet 2020

■ ACTU - Une loi en trompe l’œil

Le 22 juillet, le Sénat votait dans les mêmes termes que les députés la semaine précédente, une nouvelle dérogation au secret médical dans les situations de violence faites aux femmes.

L’article 226-14 du Code pénal prévoyait déjà deux dérogations à l’obligation du secret professionnel et aux sanctions inhérentes à sa divulgation.

Premier cas de figure : celui de «  privations ou de sévices, y compris lorsqu’il s’agit d’atteintes ou mutilations sexuelles (…) infligées à un mineur ou à une personne qui n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son incapacité physique ou psychique »

Second cas de figure
 : le « caractère dangereux pour elles-mêmes ou pour autrui des personnes qui les consultent et dont ils savent qu’elles détiennent une arme ou qu’elles ont manifesté leur intention d’en acquérir une ».

Une troisième circonstance vient donc d’être rajoutée : les sanctions pénales ne seront pas infligées : « au médecin ou à tout autre professionnel de santé qui porte à la connaissance du procureur de la République une information relative à des violences exercées au sein du couple relevant de l’article 132‑80 du présent code, lorsqu’il estime en conscience que ces violences mettent la vie de la victime majeure en danger immédiat et que celle‑ci n’est pas en mesure de se protéger en raison de la contrainte morale résultant de l’emprise exercée par l’auteur des violences. Le médecin ou le professionnel de santé doit s’efforcer d’obtenir l’accord de la victime majeure ; en cas d’impossibilité d’obtenir cet accord, il doit l’informer du signalement fait au procureur de la République »

Le symbole est fort. L’unanimité du vote tant des députés que des sénateurs l’est tout autant. Le problème est, sans doute, que ce nouvel article de loi ne dépasse pas l’affichage de principe, sans vraiment mesurer les conséquences, ni les conditions d’une application efficace. Car, concrètement, quelle procédure pourrait être mise en œuvre à la suite d’un tel signalement ? La loi évoque bien des mesures d’accompagnement, sans qu’aucune précision ne soit donnée à ce propos. Ce "détail" pourrait bien s’avérer fatal à la pertinence de cette nouvelle mesure.

Plaçons-nous dans le meilleur des cas : l’agresseur est placé en garde à vue, pendant que la victime est accueillie en un lieu tenu secret et qu’une ordonnance de protection est prise par le juge des affaires familiales la concernant. Ce processus constituerait une réponse adaptée à la hauteur des enjeux.

A présent, redevenons réaliste : cette femme n’aura peut-être d’autres solutions, en bien des cas, que de retourner au domicile familial où elle retrouvera son agresseur à sa sortie du commissariat ou de la gendarmerie. Tout simplement, parce que les places de mise à l’abri ne sont pas disponibles en nombre suffisant. La victime risque ensuite de se refermer sur elle-même et de ne plus faire confiance à des tiers. Se sentant trahie et/ou non respectée dans son non-consentement, elle pourrait alors renoncer par la suite à se confier sur le calvaire qu’elle vit, par crainte d’une nouvelle dénonciation effectuée derrière son dos et/ou contre sa volonté.

Rappelons, en outre, et c’est là un troisième cas de figure moins rare qu’on ne l’imagine, que cette femme pourrait très bien se rendre à la porte du commissariat ou de la gendarmerie pour attendre « son homme » qu’elle estime alors avoir été interpellé par erreur. Que ce soit par soumission à l’ordre patriarcal ou par identification à l’agresseur, du fait d’une emprise mentale ou de la terreur ressentie à l’idée d’être retrouvée, cette femme a besoin de temps pour cheminer, se distancier et gérer à son rythme la rupture avec son conjoint violent. C’est ce temps qu’il faut respecter, au cas par cas.

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"Photos extraites de l’exposition du « Printemps des femmes » montée au cours de l’atelier animé par l’association Tremplin 17 avec des femmes victimes souhaitant symboliser le cheminement de la violence, du désespoir, de l’enfermement et de l’agression vécus. L’exemple d’une action exemplaire qui laboure le terrain en profondeur"
( "Les femmes battantes" reportage Lien Social n°1182 / 31 mars 2016)

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On pourra argumenter que la possibilité de déroger au secret médical constitue une alternative et non une obligation, puisque le professionnel de santé est autorisé et non contraint. Comme nous l’avons vu, cette clause existe déjà pour ce qui concerne les enfants mineurs ou les personnes en situation de vulnérabilité. L’obligation au secret peut être levée quand ils sont victimes de mauvais traitements. Tout professionnel sait la complexité de l’enchevêtrement des situations de couples ou de familles dysfonctionnelles et la difficulté à les accompagner. Entre la nécessité qui s’impose de dénoncer à l’autorité judiciaire sans délai, ni hésitation et la conviction que cet acte risque d’être contre-productif, il y a tout un continuum fait d’hésitations et d’incertitudes qui alimente le sentiment et la crainte d’en faire trop ou pas assez. Dans ce contexte, la pire des postures est bien cette dérive du « signalement-parapluie » : signaler pour ne pas être accusé de ne l’avoir pas fait. On ne réfléchit plus à la pertinence de l’acte au regard d’autres pistes alternatives possibles, on n’évalue plus son adéquation avec la gravité de la situation, on ne mesure plus les effets pervers : on signale, avant tout pour se protéger d’une mise en cause ultérieure, l’opinion publique étant prompte à demander des comptes, en ne se focalisant que sur le résultat. Et les professions de santé ne sont pas à l’abri de telles pressions.

Alors que faire ? Il n’est pas tant nécessaire d’imaginer des solutions, que d’amplifier celles qui sont mises en œuvre aujourd’hui par les associations d’aide aux femmes victimes. Leur travail est remarquable, mais elles sont débordées par un manque criant de moyens. Si déjà on appuyait et développait les actions qu’elles accomplissent, un grand pas en avant serait accompli. Ce serait bien moins spectaculaire qu’un article de loi, mais combien plus efficace.

Jacques Trémintin