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► C’est quoi le problème ? Par Mélodie • J’y crois pas !

Nous voilà attablés, toute l’équipe pluridisciplinaire, en salle de réunion. Une fin de journée institutionnelle comme tant d’autres, enfin presque ! Le directeur demande à chacun (e) où il (elle) en est de ses projets. Une éducatrice présente le prochain camp prévu au bord de la mer avec une dizaine d’ados. Il approuve la démarche et lui demande, naturellement, un projet rédigé. Et soudainement ‒ chose improbable ‒, elle fond en larmes ! Nous sommes plusieurs à être interloqués, à part la psychomotricienne et l’ergothérapeute qui l’enveloppent de leurs bras pour la consoler. Elles disent, quasi en même temps : « non, mais enfin, vous pouvez lui faire confiance, son projet tient la route ! » Le directeur tombe des nues ! Et il n’est pas le seul. A-t-il, à aucun moment, mis en doute le bienfondé de la proposition ? Non, bien au contraire, il l’a même validée ! Une fois de plus, je me surprends à penser « c’est quoi le problème ? ».

C’est vrai, quoi de plus normal que de mettre noir sur blanc notre travail ? Mystère ! Je lutte depuis des années pour ne pas remplir des grilles d’évaluation qui quantifient le temps passé auprès des enfants. Mais pour autant, je me régale à écrire des projets qui argumentent le sens de mon travail. Ces deux demandes sont diamétralement opposées. La première relève de l’aberration, la seconde du bon sens. En plus, ça m’aide à me centrer sur les besoins de la personne et à me creuser un peu la cervelle pour être convaincante. C’est complètement ludique et jubilatoire de trouver les arguments imparables pour dégoter l’approbation des chefs, tout en offrant le meilleur accompagnement aux enfants. Alors, quand j’observe l’autre qui chouine quand on lui demande tout simplement de faire son job d’éduc, ça me désespère !

Refuser de rendre compte de notre action ouvre la porte au grand n’importe quoi. Quelle chance d’avoir un dirlo qui s’intéresse au fond de notre travail quand tant d’autres en ignorent même l’essence ! Je préfère de loin les chefs qui se penchent sur les préoccupations du personnel éducatif à ceux qui se cloîtrent dans leur bureau pour peaufiner des dispositifs ou des moyens de réduire les dépenses, en ignorant royalement ce qui se passe au-delà.


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