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2 mars 2018

Marseille : la PJJ squattée par des trafiquants

Cet été dans les quartiers nord de Marseille, un réseau de trafiquants de drogue s’est installé dans une propriété du ministère de la Justice. Le domaine de sept hectares accueille quatre services de la protection judiciaire de la jeunesse (foyer, AEMO, insertion et pôle régional de formation), ainsi que deux associations, l’une gérant un centre éducatif fermé, l’autre un chantier d’insertion. Accompagnés par une cinquantaine d’agents, des dizaines d’adolescents plus ou moins en difficultés viennent quotidiennement sur le site, d’autres y vivent. Le domaine est ouvert pour permettre aux habitants de la cité voisine de traverser le parc afin de rejoindre plus rapidement les transports en commun. Pour les dealers, cette ouverture est l’opportunité de toucher une clientèle qui ne souhaite pas pénétrer au cœur de la cité.

Des agents intimidés

Minimisée par la hiérarchie, la situation s’est dégradée au point que les éducateurs de la PJJ se sont mis en grève le 30 janvier. « À partir du mois d’octobre, les incidents se sont multipliés, explique Isabelle Audureau, représentante régionale de la CGT PJJ. Certains agents ont été intimidés par des membres du réseau cagoulés. Des jeunes se sont fait embrigadés ou sont entrés en conflit avec les trafiquants ». Interrogé par l’AFP lors de cette grève, le directeur interrégional adjoint de la PJJ, Franck Arnal, semble quelque peu dépassé. « Le malaise profond de nos agents est entendable et nous prenons au sérieux leurs demandes, mais nous ne pouvons pas seuls éradiquer le trafic de drogue dans les quartiers Nord ». Face à cette inertie, l’exercice du droit de retrait est voté lors d’une assemblée générale, où le personnel déclare à l’unanimité avoir « un motif raisonnable de penser qu’ils sont dans une situation de danger grave et imminent ».

Accompagnement psychologique

La direction tente alors d’infléchir la position des grévistes, arguant qu’abandonner le terrain serait une victoire pour les dealers. De son côté, le médecin de prévention qui a rencontré les agents évoque des risques psycho-sociaux très inquiétants et préconise un accompagnent psychologique. Confrontée au mal-être et à la détermination des agents, la hiérarchie accepte finalement de délocaliser le foyer, les services du milieu ouvert et d’insertion. Seuls les cadres continuent d’exercer sur le site. La présence d’une équipe de cinq gardiens pousse le trafic à quelques mètres de là, hors du domaine. La construction d’un mur a été annoncée, mais les travaux ne devraient pas aboutir avant le mois de septembre. Le 25 février, les agents du milieu ouvert et de l’insertion sont prévenus par courrier d’une reprise de leur activité sur site à partir du 12 mars. « Maintenant, c’est à eux de décider de la suite à donner au mouvement, remarque la syndicaliste. Désormais, ils savent comment défendre leurs droits, ils sont sortis de leur isolement. »


28 février 2018

Médico-social : les directeurs se rebiffent et lancent l’alerte

« Exacerbation de l’individualisme », « impasse technocratique », « injonctions paradoxales » : le Groupement national des directeurs généraux d’association du secteur éducatif, social et médico-social (GNDA) a lancé une alerte le 20 février en direction de tous les acteurs du secteur.

« Les doctrines dites du "virage ambulatoire" ou de la "société inclusive", dont nous soutenons les principes, tendent à devenir des dogmes appliqués sans nuance à toute situation de vulnérabilité (…) au risque d’éloigner les plus fragiles d’accompagnement adaptées et de renforcer leur isolement social », écrivent-ils. Politiques de lutte contre l’exclusion générant de grandes tensions, absence d’anticipation politique face aux enjeux du vieillissement, absence de moyens face à l’accroissement des besoins : « la mise en concurrence de tous opérateurs sans distinction de leur finalité sociale et économique ouvre la porte à tous les "discounters" et met à mal le principe même d’une solidarité nationale mutualisée, équitablement distribuée », préviennent-ils.

Cécité des pouvoirs publics

Les 151 directeurs dénoncent également « la démultiplication de contrôles tatillons » dans les établissements, des appels à projet « de plus en plus contraignants », une « bureaucratie stérilisante ». Ils constatent amèrement la « cécité des pouvoirs publics » et « la sidération des organisations et fédérations du secteur, trop préoccupées par leur survie pour réagir aux effets délétères du contexte politico-administratif ».

Ils invitent donc l’État à réagir pour « reconstruire un climat de coopération » avec le secteur et plaident pour une véritable reconnaissance, notamment salariale, des travailleurs sociaux : « devant des signes inquiétants de paupérisation, nous ne pouvons cautionner plus avant l’indigence des conventions collectives qui nous sont imposées et l’insuffisance des dotations budgétaires destinées à rémunérer nos salariés ».

Pour une revalorisation salariale

Sur ce volet, six directeurs généraux d’associations médico-sociales du Finistère, employant 6 000 salariés régis par la convention collective 66, ont également lancé une alerte commune vendredi dernier. « La valeur du point est gelée depuis plus de dix ans, un récent avenant la fait monter d’un 1 centime d’euros, ce qui est ridicule, dénonce Michel Jézéquel, directeur général de l’association Don Bosco. Les métiers sont difficiles, nous avons de plus en plus de mal à recruter et les syndicats de salariés demandent une hausse des salairse, mais c’est au niveau de la branche qu’elle se négocie ». Ces directeurs ont donc demandé à leur syndicat employeur, Nexem, de réagir et d’agir pour une revalorisation.


26 février 2018

Nuit de la solidarité : des chiffres mais pas encore de réponse

Sans réelle surprise, le chiffre est tombé : 2 952. Il aura fallu 1 700 bénévoles et 300 professionnels pour recenser le nombre de personnes dormant à la rue à Paris, lors de la « Nuit de la solidarité » organisée du 15 au 16 février à l’initiative de la maire Anne Hidalgo. Si l’on ajoute les 672 personnes hébergées dans le cadre du plan grand froid et les 1 477 mises à l’abri du plan hiver, cela donne le chiffre de 5 101 personnes sans domicile fixe. Une simple estimation, pour la seule ville capitale, bien loin de l’annonce « d’une cinquantaine » de SDF en Île-de-France faite par le secrétaire d’État auprès du ministre de la Cohésion des territoires, Julien Denormandie, fin janvier sur France Inter.

Actualiser des données datées

« Nous sommes très favorables à l’organisation de maraudes pour dénombrer les personnes sans domicile parce que les données actuelles sont datées et partielles, réagit Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre. Les chiffres du 115 ne prennent pas en compte les personnes qui ont renoncé à appeler et la dernière étude de l’Insee remonte à 2012 ». Outre l’évaluation des besoins, le militant veut croire au pouvoir de la mobilisation citoyenne. « Pour toutes ces personnes qui ont sillonné les rues à la rencontre de SDF entre 22 heures et une heure du matin, la prise de conscience peut être utile pour mettre la pression aux politiques dans la lutte contre le sans abrisme ».

Mieux connaître les besoins

Pour l’instant, Dominique Versini, maire adjointe en charge des solidarités et de la lutte contre l’exclusion, constate simplement : « Pour accueillir tout le monde, il nous manque bien 3 000 places pérennes. » Au-delà du chiffre, les raisons pour lesquelles les sans-abri rencontrés pendant cette nuit glaciale renoncent à appeler le 115 restent floues. Manque de places ? Insécurité des hébergements d’urgence ? Les questionnaires censés apporter une connaissance plus fine de cette population n’ont été que partiellement remplis.

Le quantitatif est un premier pas, mais une seule maraude ne permet pas d’établir la confiance nécessaire à une étude qualitative. « Il serait pertinent de réitérer cette opération deux fois par an, remarque Manuel Domergue. Et de voir comment ça se passe en été pour calibrer les réponses à apporter en s’appuyant sur des données réelles ». C’est la volonté de la ville de Metz qui organisera sa « Nuit de la solidarité » en mars.


23 février 2018

Éducation nationale : les assistantes sociales haussent le ton

Les « missions flashs » sont à la mode : après les EHPAD, les relations entre les parents et l’école ont fait l’objet d’un rapport express, remis fin janvier par les députées Aurore Bergé et Béatrice Descamps au ministre de l’Éducation nationale. Elles y font état « d’un éloignement croissant entre enseignants et parents », notamment en raison de l’origine sociale des premiers, souvent plus élevée que celle des seconds dans les quartiers populaires.

Ce rapport a suscité la colère du Syndicat national des assistants sociaux de l’Éducation nationale. « La place et le rôle du service social en faveur des élèves n’y a pas du tout été évoquée, aucun représentant n’a été auditionné alors que l’objet du rapport est au cœur de notre mission », dénonce Tiphaine Jouniaux, secrétaire générale du SNASEN-UNSA Éducation.

Soutenir la parentalité

Selon une circulaire de mars 2017, le service social en faveur des élèves est notamment chargé de « soutenir et accompagner les parents dans leur fonction éducative, mettre en place des actions de soutien à la parentalité dans le cadre de la scolarité et concourir au renforcement de la coopération entre l’école et les parents, notamment avec les parents les plus éloignés de la culture scolaire, en mobilisant si besoin le réseau partenarial ».

« Notre rôle est de faire le lien entre ce que peuvent vivre les familles, leurs difficultés matérielles, et la compréhension des enseignants », poursuit Tiphaine Jouniaux. Mais pour cette mission, entre autres, le SNASEN-UNSA demande plus d’effectifs « depuis des années sans être entendu ». Face au mécontentement du syndicat, une rencontre récente a eu lieu avec la députée Béatrice Descamps : « elle a reconnu que notre service avait été oublié et qu’effectivement nous auditionner aurait été légitime », précise Tiphaine Jouniaux.

Usure professionnelle

Burn-out, usure professionnelle, conditions de travail dégradées : les assistantes sociales du Syndicat national unitaire de la fonction publique (SNUAS-FP-FSU) de l’Académie d’Amiens expriment également leur colère dans une lettre ouverte adressée le 1er février au président de la République. Alors que le nombre de candidats à l’entrée en formation a baissé de 47% en 10 ans, « nous attendons une vraie reconnaissance de notre profession, de notre engagement et de la qualité du travail mené chaque jour auprès des différents publics soutenus et accompagnés », écrivent-elles. Avec une demande : l’effectivité immédiate de la revalorisation salariale liée au passage en catégorie A des travailleurs sociaux de la fonction publique actuellement en catégorie B… En novembre dernier, cette mesure a été reportée au 1er février 2019.


21 février 2018

Mineurs isolés : inquiétudes après la mission d’expertise

La réaction associative s’est faite attendre après la fin de la mission bipartite État/Assemblée des départements de France (ADF), portant sur l’évolution du dispositif d’évaluation et de premier accueil des mineurs non accompagnés. Pour cause, les associations souhaitaient parler d’une même voix, forte, face aux deux scénarii proposés dans la note rendue publique fin janvier. L’un préconise un maintien de l’évaluation et du premier accueil dans la protection de l’enfance avec un renforcement budgétaire de l’État, l’autre un transfert du dispositif vers l’État, donc le Préfet, avec la création de plateformes interdépartementales.

« Loin des considérations de protection de l’enfance, ce rapport confirme la vision purement budgétaire et technocratique qui semble animer les pouvoirs publics, n’utilisant même jamais le terme "enfant" lui préférant celui de "flux" » estiment les signataires d’un communiqué diffusé hier, parmi lesquels le Gisti, la Cimade ou encore le Syndicat des avocats de France (SAF).

Fichier biométrique, mise à l’abri incertaine

Ils regrettent surtout que le transfert de compétences des missions d’évaluation et d’hébergement d’urgence des départements vers l’État soit privilégié, « ce qui aboutirait à un régime discriminatoire à l’égard des jeunes exilé·es. ». Ils citent également des préconisations « particulièrement inquiétantes » : la création d’un circuit court pour les jeunes considérés comme « manifestement mineurs ou majeurs », le flou autour de la mise à l’abri en cas de recours contre la décision de non-lieu à assistance éducative, la création d’un fichier national biométrique, l’évaluation de la minorité par des agents de préfecture.

« Une telle réforme serait non seulement contraire aux principes et aux droits tels que définis par les conventions internationales, mais renverserait également tous les principes de protection de l’enfance du droit français », préviennent les signataires, invitant le gouvernement « à faire le choix du respect des droits des enfants en allouant des moyens supplémentaires aux services de la protection de l’enfance ». Le gouvernement présente aujourd’hui son projet de loi sur l’immigration, vivement critiqué par les associations de défense des exilés, la Cour nationale du droit d’asile en grève, tout comme l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Divisant jusque dans son propre camp sur ce sujet, il n’a pour l’heure pas dévoilé ses intentions envers les mineurs isolés.


19 février 2018

Handicap : défiance entre associations et gouvernement

« Mme Cluzel n’est plus notre interlocutrice, elle s’est disqualifiée ». Jean-Louis Garcia, président de la Fédération APAJH, réagit à l’absence des associations représentatives lors du lancement jeudi de la concertation ministérielle avec les partenaires sociaux sur la réforme de la politique d’emploi. Avec cette fin de non-recevoir de la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées Sophie Cluzel : « il n’y a pas débat », dit-elle, puisque les associations sont représentées par le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH).

Contre le droit international

En excluant les associations gestionnaires et représentatives de la concertation, « le gouvernement ne respecte pas le droit international », insiste l’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis (UNAPEI) sur Twitter. Réunies dans un comité d’entente, l’Association des paralysés de France (APF), l’Association des accidentés de la vie (FNATH) et l’UNAPEI ont donc demandé à être reçues en urgence par le Premier ministre « pour garantir leur participation effective à cette réforme majeure ». Rappelons que le taux de chômage des personnes en situation de handicap reste de 19 % malgré les obligations d’emploi mises en place à partir de 1987.

Erreur politique et stratégique

Jean-Louis Garcia avait déjà eu l’occasion d’exprimer son mécontentement sur la place réservée aux associations représentatives concernant des dossiers majeurs, notamment la politique inclusive. Lors de la journée nationale le 2 février sur le déploiement du dispositif Une réponse accompagnée pour tous, il avait ainsi regretté publiquement l’absence de représentants à la table des débats. « Nous participons pleinement au mouvement vers une société inclusive, qui doit être fait avec raison et bon sens. Il est scandaleux que nous soyons exclus des débats alors même que nous devons embarquer nos milliers de salariés vers ce changement culturel total. C’est une erreur stratégique », affirme-t-il.


16 février 2018

Troisième jour de grève à la Cour nationale du droit d’asile

La Cour nationale du droit d’asile (CNDA) a entamé ce vendredi son troisième jour de grève. Les agents de cette Cour, devant laquelle passent tous les recours des demandeurs d’asile déboutés en première instance par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), plaident pour un droit d’asile effectif. Comme le souhaite Emmanuel Macron ? « Nous n’avons pas du tout la même vision. Pour lui un droit d’asile effectif, c’est un droit d’asile rapide. Pour nous, c’est un droit d’asile de qualité, que la célérité des procédures ne permet pas », décrypte Nathan Sautreuin, secrétaire du syndicat indépendant des personnels du Conseil d’État et de la CNDA, rapporteur depuis 2014.

Projet « d’immigration maîtrisée »

Dans leur ligne de mire, le projet de loi asile et immigration présenté en Conseil des ministres le 21 février prochain. Ce projet vise à accélérer les procédures, augmenter le nombre d’expulsions, étendre les possibilités d’enfermement et de contrôle des étrangers. Pour atteindre « une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif », il prévoit une durée moyenne de six mois d’instruction des demandes d’asile contre 11 mois aujourd’hui, et la réduction des délais pour déposer une demande (de 120 à 90 jours), pour faire un recours lors du rejet devant la Cour nationale du droit d’asile (de 30 à 15 jours).

Rapidité versus qualité

Or, pour Nathan Sautreuin et ses collègues en grève, « la rapidité ne permet pas forcément la qualité. Des personnes qui ont vécu des persécutions, des trajets d’exil particulièrement éprouvants, ont besoin de temps pour pouvoir parler ». Les grévistes rappellent que la CNDA est déjà la juridiction la plus rapide de France, avec un délai moyen de jugement de 5 mois, et la plus importante en termes de dossiers traités : 47 814 décisions rendues en 2017. Ils déplorent aujourd’hui cet enfermement dans « une logique comptable de l’asile qui fait primer le raccourcissement des délais de jugement sur la qualité de l’instruction des demandes et des décisions rendues ». Après avoir manifesté devant la Cour et le Conseil d’État, ils ont sollicité une audience auprès du Premier ministre. Pour l’instant, sans réponse.


15 février 2018

EHPAD et domicile : nouveau plaidoyer pour une politique durable

La crise dans les EHPAD montre qu’il n’est plus question de rafistolage concernant l’accompagnement des personnes âgées, plus possible de pallier dans l’urgence les situations problématiques sans imaginer un projet d’avenir durable.

L’UNIOPSS en appelle à un changement en profondeur du système d’accompagnement, de soin et d’hébergement de nos aînés. L’association livre son positionnement « pour une refonte globale du modèle des établissements et services à domicile pour personnes âgées » et enjoint le gouvernement à agir vite et en concertation avec les acteurs de terrain.

Nouveaux besoins, nouvelle offre

Au sein des EHPAD et à domicile, le nombre de personnes accompagnées a augmenté et les profils se sont diversifiés, ce qui rend plus complexe la prise en charge par les professionnels. Ceux-là même qui, épuisés à la tâche, ne peuvent plus tenir leurs conditions de travail actuelles.

Les établissements ne sont plus en capacité de supporter l’augmentation de la dépendance et de la médicalisation sans obtenir de moyens financiers et humains conséquents, ni sans redéfinir un projet d’accompagnement médico-social. « Au regard de ces constats, il est urgent de construire une offre globale, cohérente et structurée de l’ensemble du secteur social, médico-social et sanitaire afin de pouvoir proposer aux personnes un accompagnement de qualité permettant l’intervention graduée des équipes de tous les secteurs, du domicile jusqu’à l’établissement ».

Le reste à charge pour les personnes et leurs familles demeurant trop élevé, l’UNIOPSS plaide pour une meilleure accessibilité financière des établissements et services. D’autant que certains départements déshabilitent des structures, engendrant une augmentation de la participation des personnes aux frais d’entretien et d’hébergement. Les modes de tarification demeurent complexes et les financements insuffisants ; et la baisse des contrats aidés n’a pas épargné le secteur.

L’accessibilité territoriale constitue un autre problème majeur : les réponses apportées sont très inégales selon les départements. Les Services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD) par exemple, réformés par la loi d’Adaptation de la société au vieillissement (ASV), sont toujours en difficulté et les professionnels mal répartis sur le territoire.

Secteur fragilisé, professionnels sous tension

Face à cette situation alarmante, l’UNIOPSS, comme d’autres acteurs associatifs, souhaite participer à l’élaboration d’une réponse face à la perte d’autonomie. L’enjeu d’une réforme en profondeur est de pouvoir accompagner la société au vieillissement de manière sereine et adaptée et de pouvoir faire face à une augmentation de la dépendance dans les années à venir.

Mais cette réforme aura-t-elle lieu ? La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a déclaré hier au Sénat vouloir ouvrir « le chantier de la dépendance ». Il serait temps.


13 février 2018

14 février : nouvelle grève générale du social

Après les mobilisations dispersées, l’appel à la grève demain des États généraux alternatifs du travail social et de la Fédération nationale Sud santé-sociaux signale une situation très préoccupante. Ils déplorent que des métiers, déjà fragilisés par des années de réduction budgétaire, soient désormais « En marche » vers l’implosion. « Sous la houlette de Christophe Itier, Haut-commissaire à l’Économie sociale et solidaire, un "social business act" est annoncé pour ce début d’année, avec comme objectif affiché la multiplication des partenariats public/privé, le changement d’échelle des structures et la généralisation des social impact bond permettant au monde de la finance de faire du profit sur le dos de l’exclusion sociale, du handicap ou de la protection de l’enfance », décrivent-ils.

Remodelage de l’action sociale

Face à ce constat, les professionnels du public, du privé, du social, du sanitaire et du médico-social, ainsi que les étudiants sont appelés à s’unir contre l’atteinte aux fondements de leurs métiers. Comme le 30 janvier lors de l’appel intersyndical à l’arrêt du travail dans les Ehpad, comme le 20 novembre où la profession se retrouvait dans la rue, cette grève générale du social devrait interpeller l’ensemble des citoyens. Car le remodelage radical de l’action sanitaire et sociale est susceptible d’impacter le plus grand nombre : les enfants, les mères isolées, les malades, les personnes porteuses de handicap, les chômeurs, les adolescents égarés, les personnes âgées, les réfugiés…

En pratique :
À Paris : rassemblement de 10h à 12h devant NEXEM (Metro Saint Jacques) avec la CGT action sociale
À 12h (départ vers 12h45) : manifestation depuis le métro Saint Jacques
À 17h : Assemblée Générale à la bourse du travail (salle Croizat - rue du château d’eau)


9 février 2018

L’accès au soin et aux mutuelles sous conditions sociales

Malgré la mise en œuvre de dispositifs d’aide en direction des plus précaires, 5 % de la population vit toujours sans complémentaire santé en 2014, selon une récente étude de la Direction de la recherche des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES). La plupart des personnes sans complémentaire santé ont de faibles revenus, avec un niveau de vie inférieur à 1 400 €.
On note une forte proportion de non couverture chez les 20-29 ans et un recours important à la CMU-C chez les moins de 20 ans, tandis que les retraités sont les plus couverts par une mutuelle individuelle. Les personnes se percevant en mauvais état de santé sont le plus souvent celles qui ne bénéficient pas de couverture santé.

Les cadres hommes ont de meilleurs contrats

Majoritairement, les actifs du secteur privé sont couverts par des contrats collectifs. Les cadres, souvent des hommes, sont les plus couverts par ces contrats ; les employés, souvent des femmes et des jeunes, et les ouvriers ont eux souvent recours à la mutuelle de leur conjoint en tant qu’ayant droit, ou à une complémentaire individuelle.
Les salariés de la fonction publique connaissent le taux de couverture le plus élevé.
Enfin, pour les indépendants on dénombre 78 % de souscriptions individuelles et 5,5 % de personnes non couvertes.
Dans toutes les catégories d’actifs, le taux de remboursement des contrats collectifs est considéré comme très satisfaisant. Les détenteurs de mutuelles individuelles, eux, se sentent trop peu soutenus financièrement.

Inégalités d’accès aux spécialistes

La CMU-C lancée en 2000 et l’Aide à la complémentaire santé (ACS) en 2005 visaient l’accès aux soins des plus précaires. Les plafonds ont depuis été revalorisés pour rendre plus accessible la CMU-C et l’ACS. Ces deux dispositifs ont permis à 700 000 personnes supplémentaires d’être couvertes entre 2008 et 2014 - le taux de personnes en situation de pauvreté ayant lui augmenté d’un million. La généralisation des mutuelles d’entreprises obligatoires depuis 2014 dans le secteur privé permet également à tous les salariés de prétendre à une complémentaire santé.

La France est un des pays d’Europe où le reste à charge concernant les frais de santé est le plus faible pour les ménages. Elle reste néanmoins un territoire d’inégalités croissantes concernant l’accès aux soins des spécialistes, particulièrement des dentistes.