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20 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - La difficile appréhension de l’hygiène et de la distance

Par Annette, Éducatrice Spécialisée dans un Institut d’éducation motrice.
Reçu le mercredi 18 mars 2020, 20h04

Notre établissement accueille des enfants, des adolescents et des jeunes adultes en situation de handicap (Infirmité motrice cérébrale, polyhandicap, Troubles dans le spectre de l’autisme ou encore troubles du comportement) en internat et en semi-internat.

Les jeunes sont partis en week-end dans leurs familles. Et lundi, dans le lieu de vie, cinq sont revenus sur les huit habituels. L’école est fermée, les activités sont annulées et les sorties extérieures interdites. Les renseignements ont du mal à circuler, il faut aller à la pêche aux infos, pour avoir des instructions claires. On nous rebat les oreilles avec les « gestes barrières », compliqués avec un public pour qui les notions de distance et d’hygiène sont floues ! Le centre tourne presque normalement, dans le lieu de vie, nous sommes jusqu’à neuf professionnels à se croiser sur une journée. L’accueil de stagiaires n’est pas suspendu. Et je m’interroge sur ce turn-over important. Le télétravail est envisagé (quand c’est possible !) pour la semaine prochaine. Mais nous sommes trop peu consultés, pourtant l’élan de solidarité et d’adaptabilité est grand !

Heureusement, ce virus et ce confinement n’entament pas la bonne humeur et l’énergie des jeunes et de l’équipe ! Alors on use d’imagination pour s’occuper, mais surtout : on rit, on chante, on danse … !

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com


20 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Comment tenir sur la durée ?

Par Paola Dumont, assistante de service social en CHRS.
Reçu le mercredi 18 mars 2020, 10h50
Je travaille dans une association qui gère plusieurs structures : Centre d’hébergement de de réinsertion sociale, centre parental, crèche et centre d’hébergement d’urgence. Nous accompagnons des usagers au sein d’appartements éparpillés dans une grande agglomération. Y habitent des familles avec enfants, des couples ou des personnes isolées. Ce sont des français, mais aussi des Sri lankais, des Kurdes ou des afghans. Certains sont autonomes, d’autres non. Certains disposent d’internet, d’autres pas. Certains étrangers parlent notre langue, d’autre pas ou mal. Il est difficile de mesurer leur compréhension de la situation : la gravité de la situation, la nécessité de rester confiné, l’utilisation de l’attestation de déplacement dérogatoire. Une famille que j’ai eue au téléphone avait ainsi compris que le couvre-feu intervenait à partir de midi et qu’elle pouvait sortir librement le matin. La question qui se pose aux professionnels est celle de l’urgence. Doit-on accompagner une mère et ses enfants au chevet de leur père en fin de vie ? Doit-on privilégier ce monsieur seul chez lui qui doit se faire dialyser plusieurs fois par semaine ? Que choisir : me déplacer pour vérifier le degré de compréhension de ce jeune afghan à qui j’ai téléphoné hier (au risque de le contaminer) ou m’abstenir d’aller le rencontrer et constater après coup qu’il est sorti, parce qu’il n’avait pas compris mes explications par téléphone ? J’ai la chance d’appartenir à une association dont le Directeur a tout pris en main : nous sommes tous en télétravail, nous communiquons par courriel ou téléphone professionnel et nous nous sentons épaulés. Je ne sens ni inquiétude, ni panique dans notre équipe. Nous sommes privilégiés par rapport à nos collègues travaillant en Maison d’enfant à caractère social ou en Centre d’accueil d’urgence. Mais, si nous pensons pouvoir assurer sur quinze jours, qu’en sera-t-il si cela doit durer des mois ?

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.


19 mars 2020

■ ACTU - Consignes d’adaptation à la crise du Covid 19 à disposition des acteurs du secteur de la Protection de l’enfance.

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Adrien Taquet, Secrétaire d’État auprès du Ministre des Solidarités et de la Santé, communique les consignes d’adaptation à la crise du Covid 19 à disposition des acteurs du secteur de la Protection de l’enfance.

Fiche "Consignes" à télécharger

La fiche s’adresse à l’ensemble des professionnels exerçant dans les établissements et services d’intervention à domicile en protection de l’enfance. Une fiche similaire concernant les assistants familiaux sera communiquée sous peu.


19 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Malgré le confinement, Lien Social ne lâchera rien !

Par Jacques Trémintin, travailleur social et chef de rubrique à Lien Social

Comme beaucoup, il m’a fallu un certain temps pour assimiler ce qui était en train de nous arriver collectivement.
Lors de la réunion d’équipe de Lien Social par Skype, le lundi 16 mars, l’hypothèse a été évoquée de suspendre notre activité, imprimeur et routeur ayant laissé peser des doutes quant à la pérennité de leurs prestations. J’ai alors mesuré la gravité du moment. Les échanges nous ont heureusement permis de cheminer. Nous pouvions les uns et les autres continuer en télétravail.
Et ce n’était pas le moment de déserter !
A peine la rencontre terminée, je me suis rendu au supermarché du coin. Grosse affluence. Les rayons des pâtes, de lait longue conservation et de papier toilette étaient vides. Une dame s’est exclamée : « les gens sont vraiment idiots de céder à la panique. » Je n’étais pas loin alors d’avoir pensé comme elle. Sauf que son propre caddie était plein. Et que je me suis surpris à prendre deux boites de conserve du même produit, alors que d’habitude je n’en prends qu’une. J’ai regardé autour de moi, un peu honteux. L’inquiétude progressait.
Le mardi matin 17, visite au marché. Devant mon marchand de fromage habituel, il y a toujours une file d’attente de six ou sept clients. Une idée saugrenue m’est alors venue : et si j’imitais une grosse quinte de toux, tout le monde s’éparpillerait et je n’aurais pas à attendre. Je mesurais toutefois combien une telle idée, pour amusante qu’elle fut, pouvait s’avérer déplacée. Elle resta au stade du fantasme. La situation devenait sérieuse : le temps des canulars était passé. Il était onze-heure quand je rentrai à quelques encablures du délai de confinement.
Mon filleul de 24 ans passa à l’improviste pour savoir si je n’avais besoin de rien. Il refusa de me serrer la main et passa aussitôt à la cuisine se laver les siennes. Je le félicitais. Il me répondit : « comme tu es vieux, je ne veux pas te contaminer ». C’est vrai, je n’y avais pas pensé. Je faisais partie des plus vulnérables.
Le mercredi 18, une nouvelle réunion de Lien Social se tint par Skype. La décision fut prise d’ouvrir notre site aux témoignages des professionnels de terrain qui commençaient à morfler autant que les publics qu’ils accompagnaient. L’« appel à témoignages » fut lancé. Les contributions commencèrent à affluer. Celles que nous avons reçues sont intenses, émouvantes, dramatiques. Nous avons décidé de ne pas les publier en bloc, mais de les distiller jusqu’à la fin du week-end, afin qu’elles puissent être lues et perçues une par une. Les suivantes paraitront au fur et à mesure qu’elles nous parviendront. En leur donnant directement la parole, Lien Social se veut au plus proche de ses lecteurs qui, pour beaucoup, sont sur le terrain à faire face avec courage et ténacité à une situation inconnue jusque-là. Avec eux, nous proclamons très fort : «  on ne lâchera rien !  ».


19 mars 2020

■ ACTU - Handicap : mesures et informations - Coronavirus

Secrétariat d’État auprès du Premier ministre chargé des personnes handicapées
- Foire aux questions pour les adultes et enfants en situation de handicap, la famille et les proches aidants, les professionnels médico-sociaux : accéder au site

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Autisme Info Service
Autisme : une plateforme d’écoute renforcée pour soutenir les familles ET LES PERSONNES ADULTES autistes pendant la période de confinement.
La délégation interministérielle autisme et troubles du neuro-développement a organisé le renforcement de la plateforme d’information nationale « Autisme Info Service » en mobilisant à ses côtés le Groupement national des centres de ressources autisme (GNCRA) et le Centre de ressources autisme d’Ile-de-France (CRAIF). Lire le document

....

l’APF - France Handicap
mesures prises par l’association en cette période de crise sanitaire et sur les ressources pour informer au mieux les personnes en situation de handicap et leurs proches : accéder au site
Télécharger le FALC "attestation de déplacement dérogatoire"


18 mars 2020

• TERRAIN - CORONAVIRUS : APPEL À TÉMOIGNAGE de travailleurs sociaux en ces temps de pandémie

La pandémie du Covid-19 bouscule toute notre société. Mais elle percute plus particulièrement les plus fragiles et les professionnels du social qui les accompagnent.

Interdiction des visites des intervenants à domicile, difficulté de la gestion des crises à distance, vécu du confinement par les groupes d’internat de mineurs comme d’adultes, tensions liées à la cohabitation contrainte quand les sorties ne sont plus autorisées, délaissement des plus fragiles livrés à eux-mêmes, saturation des procédures déjà longues dont l’échéance est reportée sine die, blocage des accès aux guichets sociaux, etc.
On n’en finirait plus d’énumérer les situations problématiques qui s’accumulent !

Lien Social propose une rubrique « Terrain » aux professionnels souhaitant décrire ce qu’ils vivent.
À vos plumes !
Un journaliste peut aussi dialoguer avec vous et mettre en forme votre témoignage.
Il suffit pour cela de nous écrire (1000 signes max.) sur :
red@lien-social@com
et de nous laisser un numéro de téléphone, une date et une heure pour vous recontacter.


18 mars 2020

■ ACTU - le Secours populaire français appelle à la solidarité.

Urgence coronavirus : l’indispensable solidarité
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Le Secours populaire français prend acte des décisions prises par le Président de la République le 12 mars et se félicite des décisions annoncées visant à soutenir les associations agissant pour l’aide aux personnes en situation de pauvreté, de précarité et à reporter la trêve hivernale. Le Secours populaire partage également l’approche qui consiste à éviter tout repli sur soi, à préserver les liens humains, encourager la mise en mouvement de toutes les solidarités pour que personne ne soit « laissé pour compte sur le bord du chemin », qui qu’il soit sur notre territoire, comme plus largement en Europe et dans le monde. Ainsi, le SPF a mis en place des nouvelles formes de solidarité adaptées à l’évolution de la situation avec le soutien des « Médecins du SPF ».
Dès l’annonce de l’épidémie de coronavirus, le Secours populaire, acteur et promoteur depuis des décennies de la solidarité populaire, s’est immédiatement mobilisé sur le territoire national comme il s’est saisi depuis plusieurs semaines de ce que vivaient ses partenaires chinois et italiens.
Le SPF a lancé un appel d’urgence aux dons anticipant ce qui se produit aujourd’hui en France. Ce sont d’ores et déjà des milliers de personnes qui n’ont pu trouver leurs soutiens habituels auprès de ceux qui ont fermé leurs portes. Ce sont les travailleuses et travailleurs pauvres dont les horaires ou contrats instables ont basculé ou basculent dans le néant et qui viennent bien plus nombreux aux permanences d’accueil, de solidarité et de relais-santé du SPF chercher réconfort, soutien et produits de subsistance. Ce sont aussi beaucoup de personnes sans domicile fixe de tous âges qui sont encore plus démunies face à ce nouvel ennemi insidieux et les personnes migrantes et réfugiées qui ne peuvent « se confiner » où que ce soit et sont inquiètes de risquer de ne pouvoir avoir accès aux soins d’urgence. L’association va soutenir l’accompagnement périscolaire et apporter aux domiciles des plus fragiles, notamment les personnes âgées, les produits indispensables à la vie quotidienne, en particulier dans les lieux où ont disparu les services de proximité.
Le Secours populaire français a besoin d’urgence d’un soutien financier à la hauteur de ses premiers besoins chiffrés (10 millions d’euros) pour maintenir et étendre son soutien aux personnes venant à ses portes (1 300 lieux sur le territoire), comme pour aller à leur rencontre.
Le Secours populaire appelle la puissance publique, sous toutes ses formes, les personnes morales quelles que soient leurs tailles, entreprises, fondations, structures diverses, plus généralement toutes les personnes de bonne volonté à soutenir financièrement par des dons les fédérations, les comités, la structure nationale, pour que le tissu solidaire français soit une toile indéchirable.
Le Secours populaire a également besoin de renfort de bénévoles afin de poursuivre et renforcer ses missions de solidarité. Aussi il en appelle à toutes celles et tous ceux, notamment les jeunes, qui peuvent se mobiliser en offrant du temps aux fédérations et aux comités de l’association.
Le Secours populaire appelle aux dons financiers : www.secourspopulaire.fr


18 mars 2020

► FORUM - La conférence familiale, une innovation en protection de l’enfance

Par Christophe Jabet, Coordinateur de conférence familial au Conseil Départemental de Gironde & Marie-Pierre AUGER, doctorante, Centre de Recherches Éducation et Formation UPL Université Paris Nanterre

L’approche nous vient des antipodes, restant encore confidentielle dans l’hexagone. Sa dimension innovante et créatrice pourrait bien séduire la profession.

Luc et Nadine, 14 et 9 ans, vivent en garde alternée au sein d’une famille recomposée : parents, beaux-parents, grands-parents, tantes, oncles, marraines et parrains. Leurs mère et père arrivent à communiquer sur les petits arrangements du quotidien. Mais l’un des parents a porté des suspicions sur les conditions d’éducation dans « l’autre famille  ». Le dispositif est activé par une évaluation au titre de la protection de l’enfance, une proposition d’aide éducative qui s’avère inopérante, puis une information préoccupante transmise au juge des enfants. En parallèle une proposition de conférence familiale est faite aux deux parents. C’est cette dernière qui mobilise le père qui accepte l’aventure. Un travailleur social ne connaissant pas la famille est nommé parmi les professionnels formés à cette pratique. Il devient le coordinateur neutre et non engagé dans les prises de décision. Il bénéficie de l’étayage d’une collègue et d’une superviseure, l’une des références nationales, garante de l’intégrité du processus. Les conférences familiales ont été créées il y a 40 ans en Nouvelle Zélande, le peuple maori (autochtone) collaborant à la construction de cet outil qui vise à réinterroger les fonctions régaliennes au profit d’une plus grande part décisionnelle des familles concernées
(…)

La rubrique complète de Matière à pensée est à retrouver dans le numéro 1269 de Lien Social

Lecteurs à vos plumes : « Inventeurs au quotidien »
Prenez vos plumes et envoyez nous vos expériences pour être publié dans le prochain numéro spécial qui balance entre innovation et invention au quotidien...


18 mars 2020

■ ACTU - CORONAVIRUS : déclinaison des nouvelles mesures dans les structures de protection de l’enfance

Adrien Taquet affirme la mobilisation du gouvernement et l’attention prioritaire portée à la situation des enfants accueillis en protection de l’enfance.

Depuis l’annonce par le Président de la République de mesures renforcées visant à répondre à la crise du Coronavirus – Covid19, Adrien Taquet, secrétaire d’Etat à la protection de l’enfance, est pleinement mobilisé pour garantir aux enfants accueillis en protection de l’enfance une continuité dans la scolarisation, l’encadrement et l’accès aux loisirs dans les prochaines semaines.
Le 12 mars, Adrien Taquet s’est entretenu avec Jean-Michel Blanquer, Frédérique Vidal et Sophie Cluzel afin de coordonner une réponse adaptée aux besoins des enfants, tenant compte des circonstances exceptionnelles, et permettant de soutenir l’ensemble des acteurs du secteur de la protection de l’enfance comprenant les assistants familiaux et les professionnels exerçant en foyers d’accueil ou assurant les services d’accompagnement à domicile. Il s’est également entretenu avec le président de l’Association des Départements de France ainsi que des présidents de conseils départementaux sur les mêmes thèmes.
Adrien Taquet est en lien permanent avec l’ensemble des acteurs concernés. Le secrétaire d’Etat réunira mardi les représentants des établissements de protection de l’enfance pour dresser un premier bilan de l’adaptation aux nouvelles mesures annoncées et du passage à la phase 3. Il réunira les représentants des services d’intervention à domicile et des assistants familiaux dans le même objectif jeudi. Si des difficultés sont remontées à l’occasion de ce premier bilan, tout sera mis en œuvre pour apporter au cas par cas le soutien adéquat en lien avec les préfets, les Agences régionales de santé et les départements concernés.
Des plans de continuité de l’activité (PCA) existent dans les services et établissements du secteur de la protection de l’enfance et seront activés. Un tel plan est d’ores et déjà mis en place au sein du Groupement d’Intérêt Public Enfance en Danger (GIPED) pour garantir la continuité du 119, numéro d’appel pour l’enfance en danger.
Le secrétaire d’Etat à la protection de l’enfance tient à réaffirmer au nom du gouvernement que la continuité de la scolarisation des enfants protégés est au coeur de ses priorités. Ils bénéficieront pour cela du dispositif « Ma classe à la maison » mis à disposition par le ministère de l’Education Nationale. Comme l’a exprimé le Président de la République, Adrien Taquet souhaite également qu’un esprit de solidarité et de cohésion permette aux étudiants, enseignants et animateurs disponibles de venir apporter leur appui à l’accueil en journée des enfants dans les établissements de protection de l’enfance.
Le secrétaire d’Etat mesure et salue l’engagement constant des professionnels mobilisés au quotidien auprès des enfants protégés, et sait pouvoir compter sur leur mobilisation sans faille pour assurer la continuité de leur accompagnement.
Adrien Taquet a déclaré : « En cette période où chacun peut se trouver bousculé dans son quotidien, une attention toute particulière doit être apportée aux enfants accueillis en protection de l’enfance pour leur garantir un encadrement adéquat, l’accès à la scolarité et aux loisirs, et pour les rassurer avec pédagogie sur la situation de crise que nous vivons. A la mobilisation de l’ensemble du gouvernement et des acteurs concernés doit s’associer l’esprit de cohésion nationale et de solidarité invoqué par le président de la République, et qui doit s’exprimer dans les prochaines semaines à l’égard des enfants protégés comme vis-à-vis de toutes les personnes vulnérables. »


17 mars 2020

■ ACTU - Bonne journée mondiale du travail social

Comme chaque 17 mars, nous fêtons notre journée mondiale. Le thème de cette année 2020 promeut « Des relations sociales vraiment... humaines ». Tout un programme !

■ Dédions-là à cet éducateur voyant partir un jeune adulte de 18 ans qui, vivant en foyer depuis ses 12 ans, n’a pu bénéficier d’un contrat jeune majeur qui lui aurait permis de continuer à être accompagné. Ce dispositif n’est plus honoré par son conseil départemental depuis 2015.
■ Dédions-là à ce régulateur du 115 : c’est la dix-septième communication téléphonique de la journée où il est contraint de répondre qu’il n’y a plus d’hébergement possible. Il ne fait pas assez froid pour que des places supplémentaires soient ouvertes.
■ Dédions-là à cette famille d’accueil qui gère comme elle le peut un mineur particulièrement agressif et violent atteint de troubles mentaux qui n’a pu être admis en psychiatrie parce que la liste d’attente compte 93 patients.
■ Dédions-là à cet assistant de service social hospitalier qui voit le séjour d’un patient brutalement interrompu sur pression de la direction, sans qu’il ait pu programmer l’aide à domicile, les services qui la prodiguent étant saturés.

■ Dédions-là à ces éducateurs de rue au chômage, les dotations budgétaires qui finançaient leur service ayant été réorientées vers la vidéo-surveillance.
■ Dédions-là à cette assistante de service social de secteur qui a passé l’après-midi à chercher un logement pour cette famille qui vient de se faire expulser. Elle n’a aucune solution à lui proposer.
■ Dédions-là à ce directeur d’établissement et service d’aide par le travail (Esat) qui a encore dû refuser une dizaine de candidatures d’adultes avec handicap qui n’ont d’autres possibilités que de rester chez eux, désœuvrés.
■ Dédions-là à cette assistante de service social d’une association en addictologie qui constate que son planning de rendez-vous est déjà rempli pour les six prochains mois, sans pouvoir répondre d’ici là à toute nouvelle demande.
■ Dédions-là à cette éducatrice devant mettre un terme à l’accueil d’un résident de centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) : les deux ans fatidiques qui lui étaient concédés pour s’insérer étant dépassés, il ne lui reste plus qu’à retourner à la rue.
■ Dédions-là à cette conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation recevant son 98ème dossier de sursis avec mise à l’épreuve à gérer.
■ Dédions-là à cette éducatrice d’un centre médico-social qui répond à une famille venue la solliciter qu’il y a un an d’attente.
■ Dédions-là à cette cheffe de service devant choisir en plein hiver les quinze mineurs isolés étrangers qu’elle va pouvoir mettre à l’abri, alors qu’une cinquantaine lui font face.
■ Dédions-là à cet éducateur de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) qui ne sait pas où faire dormir le soir même cette adolescente de 15 ans venant de révéler qu’elle était violée par son beau-père.
■ Dédions-là à cette assistante de service social scolaire apprenant qu’à la rentrée suivante, le nombre d’établissement où elle interviendra a doublé.
■ Dédions-là à TANT D’AUTRES …

Et rendons hommage à tou(te)s ces professionnel(le)s qui se battent au quotidien avec toute la ténacité, l’esprit de résistance et la créativité possibles pour tisser des relations vraiment humaines, malgré et parfois contre une action sociale institutionnelle farcie d’évaluation et de bonnes pratiques, de rentabilité et de performance, mais bien incapable parfois de respecter la dignité, la solidarité et l’humanité qu’elle est censée promouvoir et garantir.

Jacques Trémintin

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