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23 mars 2020

■ ACTU - Crise COVID-19 : Le 3919 - Solidarité Femmes poursuit son activité

Le 3919 - Solidarité Femmes poursuit son activité
La FNSF met en place son plan de continuité pour la ligne nationale d’écoute VIOLENCES FEMMES INFO pendant la crise du COVID-19.
Le réseau d’associations Solidarité Femmes reste aussi mobilisé pour faire fonctionner les centres d’hébergement et les structures de proximité locales.
De la ligne d’écoute nationale 3919 Violences Femmes Info aux centres d’accueil et d’hébergement des 67 associations Solidarité Femmes, La Fédération Nationale Solidarité Femmes reste pleinement mobilisée aux côtés des femmes victimes de violences, durant la crise due au Coronavirus.
Le central d’appels, qui porte la ligne d’écoute nationale 3919, Violences Femmes Info, a été transféré vers des téléphones portables, et les écoutantes de la FNSF peuvent ainsi poursuivre leur mission de soutien, de conseil, d’information et d’orientation. Le système fonctionne depuis 9 heures samedi 21 mars, date à laquelle environ 200 appels se sont présentés.
Le 3919 sera opérationnel du lundi au samedi de 9h à 19h.
Le numéro est toujours gratuit et confidentiel.
Les écoutantes et chargées de pré-accueil, proposeront des orientations vers les structures de proximité, en lien avec les équipes des associations Solidarité Femmes et les partenaires de la FNSF.
Les femmes et enfants mis en sécurité dans les centres d’hébergement du réseau Solidarité Femmes (2 800 places) sont confinés mais leur suivi s’organise avec les équipes professionnelles. Pour les femmes accompagnées dans les centres d’accueil ou les femmes qui souhaitent contacter ces dispositifs pour la 1ère fois, elles peuvent appeler le 3919 et les numéros indiqués via les infographies du site de la FNSF.
Pour la gestion des situations de femmes en urgence, en particulier celles évaluées comme à risque, le 3919 et les associations locales restent en lien avec les services de police, de gendarmerie, de justice et l’hébergement d’urgence.


23 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - « Quintes-sens [c]e »

Par Adeline Lavigne, Educatrice Spécialisée, Diplômée en Sciences Humaines.
Samedi 21 mars, 10h03.

Le contexte actuel que nous traversons et qui file la toile de l’Histoire présente, qui nous relie les uns aux autres, est source de préoccupations majeures, d’interrogations multiples, d’incertitudes innombrables, teintées d’émotions plurielles, manifestes, vives, légitimes.

Cette situation de grande alerte sanitaire, nous frappant, tous, tout un chacun, et chacun des nôtres, à échelle planétaire, mondiale, nationale, sur le versant professionnel, amical, familial, sur le plan personnel, privé, intime, au et par-delà les langues, les cultures, les sociétés, les civilisations, dans une universalité embrassée touchant de plein fouet notre condition d’Homme, notre statut d’Être Humain, notre état d’Être Vivant, vient suspendre nos vies aux fils des Parques, fines tisserandes de l’existence, du destin, du sort.

Depuis plusieurs décennies déjà, et avec force, s’enracine puissamment, dans nos esprits, dans nos consciences, dans notre praxis, la question du « sens » et de sa « quête perpétuelle », de notre dynamique de « questionnements », de l’élaboration permanente de notre « positionnement », le plus juste, le plus adapté , le plus respectueux, mis au service de la notion d’ « humanité » — d’« humanitude » (1) —, soutenant le concept de « valeurs », étayant l’idée même d’« accompagnement », dans une (dé)marche se réclament d’une conduite éthique, résolument humaine.
Aujourd’hui, plus que jamais, la notion, la nature, le fondement même du « sens » apparaît, dans cette marche inexorable de l’Humanité, en route vers une quête d’infini et d’absolu.

Plus que jamais, il apparaît. Plus éclatant, plus lumineux, plus aveuglant. Plus certain, plus sûr, plus évident. Plus pur, plus brut, plus franc. Plus cristallin, plus authentique, plus transparent, il paraît, se révélant sur la ligne d’horizon, dans sa magie et sa puissance, éclaboussant de sa lumière la face du monde de sa présence.

Le sens, ce sens, tant recherché, tant convoité, tant sacralisé, semble enfin avoir trouvé toute la nature, la profondeur et l’ampleur de son âme, toute l’envergure de sa raison d’être, toute sa raison d’exister. Plus que jamais.

Plus que jamais, le sens, ne semble plus à rechercher. Il n’est plus à trouver. Il est là. Il existe. Il se révèle et s’impose à nous comme une Vérité et une Réalité absolue. Voyons-le. Nous n’avons qu’à regarder…

Dans cette houle qui déferle sur l’Humanité toute entière, capable d’un anéantissement conséquent, certains demeurent, bien présents. ILS sont là, ILS subsistent, ILS résistent.

Souvent (dis)qualifiés, et répondant parfois à des qualificatifs aux tons dépréciatifs, fréquemment dépeints sous les traits d’un caractère revendicatif, contestataire, réfractaire, frondeur, révolté, entêté, rebelle, ILS se dressent, s’édifiant en personnalités complexes, difficilement domptables, laborieusement canalisables.
Personnalités au tempérament parfois qualifié de belliqueux, séditieux, subversif, ILS portent, dans les discours et au travers du langage, les a priori, les représentations, les clichés, les jugements, les regards et les propos-sanctions de certains, par condamnation anticipée, par accès d’impulsivité, par raccourcis empressés, par ignorance, ou par phénomènes-réponses purement réactionnels.

Accoutumés à cette cohorte de qualificatifs à connotation négative, tout autant qu’habitués à ce silence le plus complet concernant leur métier, leur engagement, leurs missions, leurs fonctions, leur travail, ILS s’accommodent, modestement, humblement, placidement, de cette place — ou de son absence — qu’on leur accorde dans l’esprit, l’inconscient collectif, et le cœur de cette société, composée de leurs semblables, dont ILS partagent le statut d’Homme.

Chevaliers Secrets, Invisibles, Méconnus, ILS ont fait de la résistance leur cheval de bataille, portant leur esprit critique en bannière, pourfendant l’air du temps de leur parole tranchante, martelant leurs arguments dans une cadence effrénée, galopant l’épée hors du fourreau, pour servir le sens de leur actions, et signer, de leur présence éloquente, un courage et une témérité rarement inégalés.
Brandissant leur investissement chevaleresque, en qualité de défenseurs des personnes accompagnées, servant leurs intérêts, dans une grande visée d’amélioration de la démarche qualité, et une quête éperdue d’une cohérence et d’une cohésion, de l’ordre du sacré, guidés par leur foi et leur ferveur, dans l’exercice héroïquement banal de leur accompagnement trivial, ILS ennoblissent le monde de leur cœur — de leur courage —, s’érigeant en remparts contre l’égoïsme et l’individualisme.

Chevaliers, à la noblesse de cœur et d’esprit avérée, ILS se veulent gardiens et défenseurs des droits comme des personnes.

Justiciers masqués d’anonymat, Super-Héros costumés de philanthropie, ILS mettent leur identité combative, leur engagement, leur investissement, leur ferveur, leur foi, leur âme, au service des publics accompagnés, coûte que coûte, en toute circonstance, au travers de leur positionnement éducatif, relevant d’un militantisme caractérisé.

Au sein d’Institutions diverses et variées, de Foyers de Vies, d’Accueils ou d’Hébergements, servant l’Aide Sociale à l’Enfance, comme la Maison Départementale des Personnes Handicapées, en structures ou à domicile, par delà les rues, dans les quartiers, dans le vaste champ du social, comme du médico-social, servant la prévention, au service d’une veille sociale prégnante, ils œuvrent, investissant les lieux d’accompagnement de leur présence.
ILS sont là, ILS demeurent, ILS résistent.

Véritables Cerbères et sentinelles à l’affût des incohérences, de l’incongruence et de l’illogisme, qu’ILS dénoncent tout autant qu’ILS combattent, ILS se réclament de toutes les batailles et font face, fièrement, fidèlement, en assurant l’arrière-front. Et, aujourd’hui encore, ILS veillent, ILS luttent, ILS combattent.
Héros du quotidien, du banal, du trivial, des temps jadis, des temps modernes et des temps futurs, voilés d’anonymat et habillés de discrétion, dont le superpouvoir est de passer inaperçu, ILS nourrissent le « sens », de par leur abnégation insondable, leur dévotion incommensurable, leur présence significative.

Dans leur grandeur d’âme infinie, ILS participent de la marche des Hommes, grande, humble, triomphale, accompagnant de leur pas engagé, les parcours au gré des méandres de la vie. Et aujourd’hui encore, et plus que jamais, ILS sont là.
ILS sont là. Bien présents. Et dans leur engagement manifeste et significatif, et, participant de cette grande marche du monde et de l’Humanité, ILS viennent définir, par leurs actes, leurs actions, leur assiduité, leur présence, l’essence même du mot « sens ».

Le sens n’est plus à chercher. Il n’est plus une question, une quête, un Graal sacré… Il est devenu réponse. Le sens…C’est EUX. ILS l’incarnent. ILS en sont la substance, la quintessence.
Parce qu’« Être présent, c’est bien plus qu’être là  » (2), ILS se manifestent dans toute leur conviction, ILS sont là, ILS veillent, ILS guerroient, en étant présents dans les structures, en n’abandonnant pas leur poste, en livrant une bataille rageuse contre l’ennemi invisible, annihilateur d’Humanité, en soutenant le lien social, couronné de solidarité et de bienveillance.
Je veux bien sûr parler d’Eux, de Vous, de Nous : LES TRAVAILLEURS SOCIAUX.

(1) Gineste, Y., Pellissier, J., (2007). Humanitude, Comprendre la vieillesse, prendre soin des hommes vieux (Armand Colin). Paris, France : Hors collection.
(2) Tels sont les propos de Malcolm Forbes.

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage (1000 signes max.), écrivez-nous à red@lien-social.com, en précisant vos coordonnées et vos disponibilités pour être rappelé.


22 mars 2020

■ ACTU - COVID-19 : les aides sociales seront versées automatiquement

La solidarité nationale doit se poursuivre, surtout en période épidémique : le Gouvernement annonce que le versement des aides sociales par les Caisses d’allocations familiales (CAF) sera assuré et la continuité des droits garantie.

Tous ceux qui doivent faire maintenant ou prochainement une déclaration trimestrielle de ressources sont encouragés à le faire par internet. Cependant, toute personne dans l’incapacité de renouveler sa déclaration trimestrielle auprès des services des CAF verra le versement des prestations auxquelles elle avait droit jusqu’alors automatiquement renouvelé. Ce dispositif mis en place par les CAF permettra la continuité des droits pour celles et ceux qui en ont besoin.

Sont en particulier ainsi concernés : le revenu de solidarité active (RSA), le revenu de solidarité (RSO) dans les outremers, l’allocation adulte handicapés (AAH), l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH), et l’ensemble des aides sociales versées sous condition de ressource par les CAF. Les aides au logement seront automatiquement maintenues.

Par ailleurs, les droits à l’allocation adulte handicapées (AAH) et à l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) qui arriveraient à échéance seront automatiquement prorogés de six mois.

De la même manière, les droits à la complémentaire santé solidaire et de l’aide au paiement d’une assurance complémentaire de santé dont le bénéfice expirera au cours des prochains mois seront prolongés jusqu’au 1er juillet 2020.

Ces dispositions seront votées en application du Projet de loi d’urgence présenté au Parlement cette semaine.

Les ministres tiennent à remercier l’ensemble des agents des CAF, des Caisses primaires d’assurance maladie et des caisses de Mutualité sociale agricole qui malgré un contexte difficile assurent la continuité du soutien aux Français les plus fragiles.

Julien DENORMANDIE
Ministre auprès de la Ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, chargé de la Ville et du Logement

Sophie CLUZEL
Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée des Personnes handicapées

Christelle DUBOS
Secrétaire d’État auprès du ministre des Solidarités et de la Santé


22 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Faire sortir le plus de patients possibles

Par L. S., assistante sociale hospitalière au sein d’une clinique et d’un centre de réadaptation.
Vendredi 20 mars, 15h30

Depuis la survenue de la pandémie, ma mission a changé : dorénavant, je dois faire sortir le plus vite possible les patients. La raison en est double. Tout d’abord, nous avons la consigne de faire de la place pour les personnes victimes du Covid-19 qui pourraient arriver. Mais, il y a aussi pour les malades présents, le risque de contagion que constitue la vie en collectivité. Leur repas leur sont servis dans les chambres où ils sont confinés. Mais cela ne les met pas à l’abri d’une éventuelle contamination. D’autant que nous n’avons pas de possibilité de dépistage, ce qui majore les risques. Autre conséquence de cette situation, j’ai été contrainte de modifier complètement mon discours qui est à l’inverse de celui que je tenais auparavant. Le travail du service social consistait jusqu’alors à proposer aux familles l’intervention des services d’aide à domicile pour le ménage, pour les courses ou pour l’entretien du linge. Aujourd’hui, la plupart de ces organismes réduisent leurs prestations ou les suppriment carrément pour les personnes les plus autonomes, refusant de prendre de nouveaux patients. Je ne peux donc plus proposer leurs services. Ce que je suis obligée de faire, c’est de solliciter la solidarité familiale : inviter les proches à prendre soin de leur malade ou chercher avec ce dernier, quand il est isolé, la nièce, la cousine ou la partie de la famille la plus éloignée qui pourraient lui venir en aide. La guerre sanitaire incite à s’entraider les uns, les autres. Cela fait naître un sentiment de laissé-pour-compte. Mais, nous n’avons pas le choix. Heureusement, des EHPAD acceptent encore d’accueillir certains patients qui sont dans l’incapacité de retourner vivre seuls chez eux ou qui ne peuvent pas compter sur leur famille. Nous mesurons chaque jour l’importance de notre rôle pour faire sortir le plus possible les personnes hospitalisées. Mais, nous nous rendons compte aussi de la responsabilité que nous prenons par rapport à notre propre famille. Nous ne disposons pas de tenue spécifique, portant les mêmes vêtements au travail et à la maison. Nous travaillons avec des téléphones et ordinateurs professionnels qui ne sont pas régulièrement désinfectés. À tout moment, nous pouvons être exposés au virus et le ramener chez nous.

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22 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Beaucoup de questions … peu de réponses

Par L. M., Éducateur spécialisé en MECS,
Reçu le jeudi 19 mars, 22h09

La particularité de notre collectif au sein d’un dispositif de la protection de l’enfance est d’accueillir sur un petit groupe des ados au profils complexes (notification MDPH Institut médico éducatif/Institut thérapeutique éducatif et pédagogique sans prise en charge médico-sociale puisque ceux-ci la refusent, suspicions de troubles d’ordre psy mais sans prise en charge puisque ceux-ci la refusent, état d’errance psy et physique, déscolarisation, délinquance, addictions, états de fugues...).
Plus de la moitié de nos suivis, du moins sur le collectif, s’effectue à partir du domicile ou là où ils se trouvent puisqu’ils ne supportent pas plus le collectif que le placement en tant que tels.

Nous avons donc un effectif réduit de jeunes sur le collectif, mais ceux-ci précisément m’amènent à partager ces éléments avec vous :

En temps normal, nous mobilisons des moyens internes et partenariaux afin de tenter de faire bouger leurs situations. L’expérience démontre que nous les protégeons malgré eux, malgré la non demande et apprenons à nous en satisfaire (l’éducation spécialisée se situe alors dans cette marge de tolérance, cet impossible pour ces « incasables » pour qui nous sommes actuellement la seule possibilité d’accompagnement social).

Ces jeunes présentent des profils différents mais ont un rapport similaire à l’autorité et le cadre du confinement leur est bien évidemment impossible à tenir.

Actuellement une jeune femme vit la nuit, part du foyer en fin d’après-midi et rentre vers 6h du matin en général, elle fait alors un brin de rangement/ménage, prend un petit déjeuner et se couche pour sa nuit vers 7h30. Nous avons pour consigne de ne pas trop « l’embêter  », de toute façon pas d’école, de dispositif de mobilisation externe, le tout est de continuer à la protéger ! Nous avons pu la rassurer quant aux stocks de tabac mais aussi alimentaires ; reste le message de l’intérêt du confinement qui ne passe pas. Quid du contenu de ses nuits ? Avec qui ? Fait-elle ou ferait-elle partie de ces sujets porteurs sans symptômes ?

Un autre jeune est en réel état d’errance psychologique et physique, il faut qu’il bouge, sorte, vadrouille, nous identifions plus ou moins l’évolution de ses circuits et fréquentations (famille en situation de grande précarité, SDF, jeunes au profil délinquant de type dealer ou voleur de scooters...). Nous lui achetons son tabac, afin de limiter ses dizaines d’aller et venues quotidiens pour « aller taxer une clope  ». Il parvient, pour l’instant, à ne pas trop bouger (en tout cas au jour 2 du confinement, il rentrait à 2h du matin, puisqu’il a aussi sa vie nocturne et ses convocations au commissariat nous donnent des précisions quant à ses activités).

Enfin, une autre jeune qui présenterait plus un profil d’addiction aux écrans la nuit avec troubles du sommeil le jour, nous ne la voyons pas beaucoup en journée puisqu’elle reste dans sa chambre. L’expression de sa problématique en deviendrait même une « qualité » en ces temps de confinement ?

Nous travaillons ensemble à l’année la gestion de nos angoisses quant à leurs situations, nos incapacités à faire mieux, à faire plus pour ces jeunes.

Nous observons que plusieurs collègues sont en arrêt. C’est une réalité à l’année, mais celle-ci est plus prégnante actuellement. Certains m’envoient, en message privé, le mécontentement de devoir poser des jours de congés pour ne pas revenir. D’autres semblent présenter des profils d’âge ou de santé (je n’ai pas à en juger) incompatibles avec l’actualité.
Il reste alors les membres dévoués (ou insouciants ?) présentant des valeurs (ou de la stupidité ?), professionnels jeunes ou expérimentés, qui sont présents au poste. Chacun d’entre nous est membre d’une famille qui nous a élevé (ou parent d’enfants confinés...). Un roulement allégé est établi et la communication avec notre hiérarchie est fluide : priorité à la garde de nos propres enfants avec adaptation des emplois du temps, budgets d’activités d’intérieur : graines à semer, puzzles, jeux de société, même le rétroprojecteur de la salle de réunion est réquisitionné pour des séances vidéo. Ce n’est pas pour autant que les jeunes s’y inscrivent plus qu’en temps ordinaire, nous animons ces activités en espérant les accrocher un peu, quelques minutes, voire plus par ci par là. Du moins nous sommes présents pour animer leur lieu de vie !

Nous disposons bien d’une dizaine de masques que personne ne met, le petit flacon de gel qu’il nous reste ne descend pas vite parce que peu de collègues l’utilisent, le savon un peu plus ! Le nombre de cinq contacts quotidiens, entre collègues, jeunes et nos propres famille est aussi largement dépassé …
Notre direction nous rappelle les consignes de sécurité, nous les avons même placardées un peu partout au foyer !
Qu’en est-il des toux dans le creux du coude ? De la distance d’un mètre minimum dans une maison de type familiale ? Lorsqu’il faut rappeler aux jeunes à chaque nouvelle arrivée d’un éducateur que « Non ! on ne se sert pas la main !  » Des dérogations leur sont distribuées. Mais, comme à l’année, la réponse policière et/ou pénale met toujours autant de temps à s’exprimer.

Nos jeunes auraient presque finalement un peu de « chance » face à cette épidémie puisqu’ils pourraient n’être que porteurs asymptomatiques ? Qu’en est-il de nous, puisque nous apprenons que les cas de covid aggravés ne touchent pas que les plus âgés, le pic de l’épidémie n’est pas à son apogée et que le nombre de lits est déjà saturé.. . Oui, nous allons tous être touchés et oui, ce seront des formes bénignes pour la plupart d’entre nous !

Notre travail, à l’année, de gestion des angoisses et des représentations, nos valeurs et notre mobilisation tant éthique que professionnelle ne nous mettraient-ils pas en danger ? Combien de fois ai-je entendu depuis que je suis éducateur que nous n’allons pas laisser notre peau sur « l’autel du social » ?
J’ai peut-être un SUR MOI un peu trop exigeant mais non, je ne souhaite pas « déserter ». Je souhaite y retourner parce que finalement mon métier prend tout son sens pour ces jeunes qui n’ont d’autre lieu de vie, d’autres adultes « fiables » que nous ?

Nous n’en sommes qu’aux premiers jours de confinement. D’un point de vue clinique nous observerons avec intérêt et dévotion l’évolution de leurs comportements, je reste cependant très inquiet...

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22 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Le soin n’est pas que médical

Par F. G., chef de service en résidence sociale.
Reçu le jeudi 19 mars, 16h21

Nous, travailleurs sociaux, sommes également du personnel soignant. Soignant d’une société qui produit des exclus et d’un monde qui ne tourne plus vraiment rond.
Nous sommes soignants des injustices et des disparités, en soins palliatifs des systèmes qui dysfonctionnent. Nous sommes soignants des fragiles et de ceux qui ont besoin de protection. Nous soignons des enfants, des personnes handicapées, des grands exclus ou des personnes exilées. Comme autant de maux d’une société qui écrit sur le fronton de ses mairies l’égalité et la fraternité, nous soignons pour que chacun puisse y envisager sa place.
Nous n’avons ni gyrophare, ni blouse blanche. Nos services de réanimation s’appellent CHRS, 115, HUDA ou Foyer de l’enfance. Ils sont ouverts 365 jours par an, 24h/24h et accueillent celles et ceux pour qui il est soudainement devenu vital de trouver un abri.
La misère et la détresse ne se confinent pas. Les angoisses et les craintes non plus. Pour respecter les consignes sanitaires, les portes des établissements se ferment mais elles laissent béantes les blessures et les peurs. Elles imposent un huis clos précaire où cohabitent des personnes qui ne sont pas choisies, et restreignent les soupapes que constituent les contacts extérieurs… De soignants, nous devons alors pompiers.
Il y a peu de profession qui puissent se targuer d’un tel engagement de ses acteurs. Le dévouement des soignants dans les hôpitaux – s’il doit être applaudit- ne doit pas éclipser celui des travailleurs sociaux qui chaque jour prennent leur service sans disposer de masques ou de gel hydroalcoolique. Qui chaque jour mettent leurs angoisses personnelles en sourdine pour pouvoir recevoir et accompagner celles des autres. Qui chaque jour s’exposent dans la promiscuité des institutions sans pont aérien ni institution de campagne. Qui au nom de la continuité des missions qui leur sont confiées ne regardent ni leurs heures, ni leurs congés et font preuve d’une solidarité exemplaire au sein des équipes ...
Je suis fier aujourd’hui de faire partie de cette profession. Fier de l’abnégation qu’elle représente et de la vision fraternelle de la société qu’elle véhicule. Fier de mes collègues qui se battent au quotidien pour offrir le meilleur dans les conditions les pires.

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21 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Les uns partent brutalement, les autres restent

Par C. B, monitrice éducatrice dans un service d’urgence
Reçu le jeudi 19 mars 12h18.
Le jour de l’annonce du président, je suis chez moi devant mon écran, avec ma famille. L’annonce tombe : fermeture de toutes les structures scolaires. Bon, je sens que mes prochains jours de boulot vont être sympas, me dis-je avec humour. Je travaille ce week-end, mais, à part les restrictions concernant les sorties de loisirs, nous ne pouvons que faire des pronostics sur notre avenir proche et celui des enfants, toujours avec humour.
Nous travaillons habituellement à trois adultes pour sept enfants âgés entre 3 et 10 ans (maitresse de maison et éducateurs). Dès le vendredi matin, toutes les visites médiatisées et rendez-vous médicaux sont annulés. Tous les Centres médicopsychologiques et Centres d’Action Médico-Sociale Précoce ferment. Un smartphone nous a été donné pour les appels en visio avec les parents « si besoin ».
Sur le foyer d’urgence, nous sommes beaucoup trop de professionnel, au vu des consignes annoncées. Il faut épurer, et vite, apparemment. Nous n’avons pas toutes les informations mais nous avons tous compris que la situation est grave. Nous avançons heure par heure et la suite va être longue et difficile pour tous.
Lundi soir, nous sommes trois éducateurs pour cinq jeunes. Nous sommes trois car deux des enfants présents sur l’urgence ont un accompagnement bien particulier dû à leur handicap. D’après notre direction, c’est encore trop, beaucoup trop d’adultes.
En 48 H, c’est à dire entre le lundi matin 8h et le mardi soir 18h, nous forçons le départ de trois enfants, le mot exact serait « éjection ». Car, alors que nos bases éducatives nous imposent une réflexion autour du travail de séparation, le risque de propagation du virus, lui, nous impose un balayage des pratiques éducatives au profit d’un nettoyage sanitaire.
Sans équivoque, « Claire » doit quitter le foyer d’urgence pour une MECS, un départ, en urgence et définitif après huit mois ici, balayés en 1h30. Nous rangeons ses affaires dans des sacs de course, emballons un cadeau en vitesse, vite un bisou et au revoir… De toute façon, notre avis a peu d’importance, au vu des consignes sanitaire qui nous ont été données. Nous savons tous que « nous n’avons pas le choix ». Puis une fratrie est à son tour renvoyée chez sa mère en une heure. Les enfants, eux, étaient ravis, car la juge avait ordonné un placement à domicile. Mais, pour cette famille, tout le travail repartira de zéro.
Finalement, nous, éducateurs, tentons de chercher le moins pire dans le pire. Ces départs sont positifs pour les jeunes, ils sont juste « mal faits, trop rapides et non travaillés ». Quelles seront les conséquences de ces séparations brutales pour ces enfants ont 4, 5 et 7 ans ? Quelles vont être les effets sur ces familles à l’équilibre déjà fragile ? Et pire, que montrons-nous à ces enfants ?
Le cas de « Marc », 9 ans : mi-temps en Institut thérapeutique éducatif et pédagogique (ITEP)/ /hôpital de jour et mi-temps en Foyer d’urgence/Maison d’enfants à caractère social. On travaille la sortie de cet enfant depuis des mois. Le lundi matin, nous recevons un appel de tous les professionnels qui prennent en charge le jeune : ils ferment tous leur porte, ce dernier devant rester confiné ici sur l’urgence. L’ITEP compatit et propose un soutien mais les consignes sanitaires sont strictes : pas de circulation des personnes en dehors de son « habitation ». Ils ne peuvent qu’appeler.
Notre question : comment allons prendre soin de cet enfant qui a besoin de circuler pour ne pas exploser ? Marc nécessite à lui tout seul un éducateur en plus sur le groupe. Mais il est inconcevable d’être trois pour quatre enfants au regard de la situation actuelle. Nous sommes dans une impasse : protéger les professionnels d’un risque sanitaire grave ou protéger cet enfant et le groupe de son mal être ? Quelle est la solution la moins pire ?
Je parle de lui mais les quatre enfants qui restent sur le service d’urgence ont bien compris ce qui se passe pour eux : ils n’ont pas le droit de sortir, ni d’aller à l’école, ni de voir leur famille. Ils doivent rester avec leurs éducateurs. « Pourquoi les autres enfants sont partis et pas eux », demandent-ils ?
Nous leur répondons que c’est comme ça et que les chefs en ont décidé ainsi. Nous tentons de les rassurer, en leur disant que nous allons quand même nous amuser ensemble pendant ces « petite vacances » …
Et bien sûr le service d’urgence reste ouvert 24h/24H et 7 jours sur 7… des entrées sont donc à prévoir car nous n’avons plus que quatre jeunes et nous avons de la place.

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21 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Chronique d’un service petite enfance

Par C. G., coordinateur petite enfance pour une communauté de commune.
Reçu le jeudi 19 mars 10h34.

Je souhaite témoigner de la difficulté du secteur de la petite enfance de s’adapter à la communication institutionnelle de cette gestion de crise.

En effet, suite à l’annonce du président Macron le jeudi 12 mars, mes services et moi avons passé la journée du vendredi à organiser la fermeture des structures d’accueil du jeune enfant et à organiser le télétravail pour le relais assistants maternels tout en informant les professionnels de l’accueil individuel des premières informations. La Protection maternelle et infantile envoie un mail pour indiquer que face à l’afflux des demandes d’informations, elle n’a pas de consigne supplémentaire à diffuser suite à l’allocution du Président et renvoie vers l’Union Fédérative Nationale des Associations de Familles d’Accueil et Assistants Maternels et la Fédération des particuliers employeurs de France pour l’accueil individuel…

Samedi, 15H. Je découvre sur la boite mail d’un multi accueil que la PMI demande d’organiser un service minimum pour le personnel médical prioritaire. Echanges avec la directrice, information au Directeur général des services, et me voilà parti pour organiser la diffusion de l’information auprès des familles du territoire. Entre temps, la PMI me demande de diffuser l’information largement dans mon réseau, consciente qu’un mail le samedi à 13h dans les boites mail des crèches allait sûrement rester sans suite.

Une famille se manifeste. Puis une seconde mais qui cherche également un mode de garde pour son aîné scolarisé et qui ne sollicitera pas de place de crèche pour sa benjamine de 2 ans si elle ne trouve pas de solution. Le dimanche, une troisième famille, non prioritaire, se manifeste. Je suis à l’écoute de la situation, explique que cela n’est pas possible pour le moment, mais qu’elle n’hésite pas à revenir vers moi dans la semaine suivant l’avancée de la situation. Je rappelle le dimanche soir la seconde famille : elle n’a pas trouvé de moyen de garde pour le plus grand. Elle gardera donc aussi sa benjamine. La première famille gardera finalement son enfant. Le multi accueil n’ouvrira pas le lundi.

Lundi, le Relais assistants maternels croule sous les demandes d’informations. Rien n’est clair pour l’accueil individuel. Alors que les crèches de plus de dix places doivent fermer ou maintenir un accueil par unité de dix places pour les enfants des personnels prioritaires, les micro-crèches et les assistantes maternelles doivent maintenir leur accueil sans distinction des familles prioritaires ou non, des familles en chômage partiel, etc... Les Maisons d’accueil maternel sont aussi dans le flou : doivent-elles maintenir leur accueil ? le restreindre à dix places ? Les informations que l’on peut trouver se contredisent. Le réseau professionnel fonctionne. C’est le système D.

Mardi, fin de matinée. La Protection maternelle et infantile envoie enfin un mail pour donner des directives pour les modes d’accueil ! Suivi d’un erratum une heure plus (trop) tard : le premier mail a déjà été diffusé tellement l’attente a été grande chez les professionnels, les mairies du territoire… Il faut diffuser l’erratum… C’est-à-dire ajouter de la confusion aux doutes des professionnels. Les collègues du relais assistants maternels n’en peuvent plus !
Mme Christelle DUBOS, secrétaire d’Etat auprès du Ministre des Solidarités et de la Santé, prend la parole lors d’un point presse et, tandis que le secteur de la petite enfance, principalement les micro-crèches et les assistantes maternelles sont dans un flou total, ne comprenant pas le fait d’être à ce point en première ligne pour l’accueil des enfants alors que le confinement est demandé par le président Macron depuis la veille, la secrétaire d’Etat confirme les dispositions en cours.

Pendant ce temps-là, une maman éducatrice m’appelle. Elle a un enfant de 12 ans scolarisé en 6e SGEPA. Elle doit bosser auprès d’un public handicapé. Elle ne trouve pas d’accueil sur le territoire. Je ne sais pas quoi lui répondre puisque ma collectivité n’a pas la compétence pour cette tranche d’âge. J’entends son désarroi. Je la dirige vers la cellule de crise ouverte par la préfecture en charge des gardes d’enfants en ayant un gros doute qu’elle y trouve une solution.

Mercredi, le secteur de la petite enfance chauffe ! Les professionnels de l’accueil individuel et les micros-crèches ne comprennent pas qu’elles doivent rester ouvertes dans certains départements et pas dans d’autres. Le ministère reprend la main et recadre les PMI en envoyant une « Foire aux questions » rédigée par la Direction générale de la cohésion sociale pour rappeler la marche à suivre. De mon côté, je m’organise enfin pour télétravailler. Je lance des mails pour construire un cadre de travail avec différents services, suggère aux équipes de multi accueil de maintenir du lien avec les familles en utilisant l’application smartphone que nous avons. L’idée est de revenir au cœur du métier et de passer à autre chose que la gestion de crise. Le Relais assistants maternels est toujours autant désemparé par la situation. Les collègues sont dégoûtées par le travail qu’elles font et qui ne sert pas à grand-chose. Je leur suggère aussi de chercher à garder le lien avec les professionnelles et les familles. Il y a toujours l’idée d’être disponible pour les professionnels prioritaires. Puisqu’il n’y a pas de demande, nous allons réfléchir à apporter notre soutien aux crèches d’autres collectivités qui ont ouvert. Mais pas tout de suite, une stagiaire qui a quitté un multi accueil mercredi dernier a prévenu mardi qu’elle était fortement suspectée d’avoir le covid19 par les urgences. Donc, nous allons attendre deux semaines avant de proposer quoi que ce soit.

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage (1000 signes max.), écrivez-nous à red@lien-social.com, en précisant vos coordonnées et vos disponibilités pour être rappelé


20 mars 2020

■ ACTU - Coronavirus : Secteur de la protection de l’enfance

Adrien Taquet a réuni (le 17/03/20) par téléphone les acteurs de l’hébergement en établissements de la protection de l’enfance pour faire un point de situation et un recensement des alertes et des attentes.

I°) POINT DE SITUATION AVEC LES REPRÉSENTANTS DES STRUCTURES COLLECTIVES DE PROTECTION DE L’ENFANCE

Adrien Taquet, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, a réuni mardi 17 mars l’ensemble des représentants des structures collectives de protection de l’enfance afin de se concerter sur les dispositions à prendre dans les prochains jours pour garantir la sécurité des enfants protégés, des professionnels, et s’adapter au mieux à la période de confinement annoncée par le Président de la République et le Premier ministre.

Le ministre a pu saluer la mobilisation exceptionnelle des professionnels qui, partout en France, maintiennent un engagement constant pour garantir la qualité et la sécurité de l’accompagnement des enfants. C’est le témoignage unanime de cet engagement des professionnels qui ressort particulièrement des différents témoignages au cours la réunion.

Les interventions successives des participants ont permis de révéler la diversité de situations rencontrées par les acteurs de terrain, de partager les initiatives pertinentes pour répondre à la situation actuelle, mais également de remonter un certain nombre d’inquiétudes et de difficultés communes.

Le manque d’effectifs et de matériel nécessaires au maintien de la scolarisation des enfants protégés, la problématique de la garde d’enfant pour les professionnels de la protection de l’enfance, la disponibilité du matériel de protection face au virus et la prévention des situations de violences entre enfants protégés font partie des défis à relever durant cette période particulière.

Adrien Taquet s’est engagé à ce que soit communiquée d’ici demain à l’ensemble des professionnels exerçant dans les structures de protection de l’enfance une fiche de consignes claires et stabilisées permettant le maintien de l’accompagnement sécurisé et qualitatif des enfants protégés.
VOIR LA FICHE DE CONSIGNES

Le ministre a réaffirmé la nécessité, particulière en cette période de crise, que les enfants ne connaissent pas de rupture de vie, notamment pour ceux qui atteindraient leur majorité durant la période de confinement.

Des échanges de même format seront pérennisés chaque semaine dans les prochaines semaines. Adrien Taquet réunira jeudi de la même manière les représentants des assistants familiaux et des acteurs de l’accompagnement à domicile.

En outre, le ministre est en lien avec l’Association des Départements de France (ADF) et un nombre important de présidents de conseils départementaux pour travailler à ce que les réponses apportées soient coordonnées et harmonisées à l’échelle de l’ensemble du territoire.

II°) DOCTRINES ACTUELLES POUR ASSURER LA CONTINUITÉ DE L’ACTIVITÉ DANS LE SECTEUR DE LA PROTECTION DE L’ENFANCE

Concernant les plans de continuité de l’activité

Il convient à chaque structure d’assurer un plan de continuité d’activités en lien avec le conseil départemental : la mission de protection de l’enfance est une mission de protection des personnes, obligatoire et pour laquelle une continuité de services doit être organisée, même adaptée en cas de circonstances exceptionnelles comme la crise sanitaire actuelle.

Cela vaut pour l’accueil des enfants, pour les mesures de placement comme pour les interventions de protection prévues au domicile familial : les mesures exceptionnelles annoncées engendrent bien entendu des aménagements, comme par exemple des espacements des interventions au domicile, des interventions téléphoniques, etc.

Cela vaut aussi pour l’accueil de certains mineurs en hôtel qui restent sous la protection du Département et pour lesquels une continuité doit être organisée notamment dans l’accompagnement et l’encadrement.

Concernant la garde des enfants des professionnels de la protection de l’enfance

Les professionnels de la protection de l’enfance ne sont pas à ce stade prévus dans le protocole d’accès dérogatoire aux solutions de garde. Ce protocole a été jusqu’alors centré sur les personnels qui interviennent auprès des populations très vulnérables sur le plan sanitaire : hôpitaux, établissements destinés aux personnes âgées et aux personnes handicapées. Ce choix initial se justifie par le besoin d’organiser ce dispositif en urgence et donc définir une cible stricte, spécifique pour ces professionnels.

Le Premier ministre a néanmoins indiqué que « progressivement, ce dispositif sera étendu à tous les enfants de personnels essentiels à la vie de la nation ». Tout est désormais mis en œuvre pour y inclure prochainement les professionnels de la protection de l’enfance.

Concernant les enfants déscolarisés et accueillis de plus en plus nombreux en journée dans les structures collectives, chez les assistants familiaux et au domicile de leurs parents

Des solutions sont actuellement travaillées avec les différents ministères et acteurs pour assurer des renforts auprès des structures et proposer une continuité spécifique de la scolarisation et des activités pour les enfants.

Cela concerne :

- Les étudiants, en lien avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche et le CNOUS ;

- Les animateurs sportifs, en lien avec le ministère des Sports ;

- Les enseignants et les jeunes engagés dans le SNU ou le service civique, en lien avec le ministère de l’Education nationale ;

- Les animateurs du secteur périscolaire, en lien avec l’Association des Maires de France et l’Association des départements de France.

Concernant les articulations avec le secteur médico-social

Sophie Cluzel a rappelé dès vendredi la nécessité d’assurer la continuité des prises en charges médico-sociale. Les éléments posés sont les suivants :

- Maintien de l’ouverture des internats (les professionnels de ces établissements bénéficient d’ailleurs de l’accès aux modes d’accueil)

- Nécessité d’organiser sous 8 jours la continuité de services pour les externats et autres services.

Concernant les étudiants en formation en travail social auprès des travailleurs sociaux

Au regard des compétences et de l’appui des étudiants en formation en travail social auprès des travailleurs sociaux, et dans un contexte où ces derniers peuvent avoir besoin d’un soutien encore plus fort avec la fermeture des établissements scolaires, leurs stages au sein des établissements et services peuvent être maintenus avec l’accord du stagiaire, de la structure et de l’organisme de formation. Des instructions ont été passées en ce sens aux instituts régionaux du travail social.

Activation du Plan de continuité d’activités du service 119 – Enfance en danger.

Le Service 119-Allo Enfance en Danger a activé son plan de continuité d’activités pour assurer un maintien de l’activité des écoutants, indispensable au repérage des situations de danger ou de risque de danger d’enfants. L’ensemble de l’équipe du Groupement d’intérêt public enfance en danger continuera par ailleurs à s’articuler étroitement avec les CRIP des conseils départementaux.

Le secrétaire d’Etat et l’ensemble de ses équipes ainsi que la cellule de crise de la direction générale de la cohésion sociale du ministère des Solidarités et de la Santé resteront mobilisés en permanence afin de répondre à toutes les demandes remontées du terrain et permettant la continuité de l’accompagnement des enfants protégés.


20 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Dans l’urgence et sans régulation

Par Lise D., éducatrice spécialisée dans une Maison d’enfants à caractère social des Yvelines
Reçu le mercredi 18 mars 2020, 22h40

Je travaille dans un foyer de la protection de l’enfance qui accueille 37 enfants de 3 à 21 ans.

Nous sommes début mars, des collègues alertent en réunion afin d’avoir un protocole clair sur le foyer, des masques, du gel hydroalcoolique et des gants afin de faire face à une éventuelle épidémie. Nous n’avons pas été entendus.

Mardi 10 mars, en réunion institutionnelle, notre directrice répond à nos inquiétudes (faute de protocole) que nous devons nous méfier des Fake news et que le département et la direction de l’association prendront les mesures adéquates mais que pour le moment, nous ne devions pas avoir d’« angoisse ».

Jeudi 12 mars, Emmanuel Macron fait l’annonce de la fermeture des écoles. L’organisation se focalise uniquement sur la prise en charge des enfants, pas sur leur santé ni sur la nôtre.

Samedi 14 mars, le passage au stade 3 chamboule l’organisation une nouvelle fois. Toute l’équipe se retrouve à modifier ses emplois du temps, mais il n’y a toujours pas de protocole interne au foyer. Des enfants sortent en famille puis reviennent au foyer le dimanche soir.

Lundi 16 mars, il n’y a toujours aucune communication générale afin de faire face à cette crise. Deux cas de covid-19, sont connus dans l’institution, mais de manière informelle et non institutionnelle. La seule préoccupation est la prise en charge de vecteurs sains du Virus mais dans quelles conditions ? Aucune réunion de régulation n’est organisée. Tout est dans l’urgence. Alors, par conviction et envie, on continue de bosser pour la plupart sans avis médical. Nous n’avons toujours aucune information et seulement un tube de gel hydroalcoolique. Le lave-vaisselle pour un groupe de 10 enfants est en panne et nous permet de bien les éduquer sur l’importance du lavage des mains mais toujours : « aucune protection ». Les mesures de confinement renforcés sont compliquées à gérer pour les 37 enfants : plus de sorties famille, de visites médiatisées, sorties sur l’extérieur du Foyer (pour les ados) ... La violence est de plus en plus présente et nous sommes seuls désormais pour un groupe de 9 enfants qui ont du mal à garder la distance tant entre eux qu’envers les professionnels. Ils jouent, ils mangent ensemble, ils utilisent les mêmes salles de bains et les mêmes toilettes... Combien de temps tiendrons nous ?

Nous, travailleurs sociaux, sommes toujours motivés pour travailler auprès des enfants et des personnes fragiles. Mais, sans rien pour nous protéger, à devoir gérer nos inquiétudes et celles des publics accueillis, cela devient impossible. Il est vrai que personne n’est indispensable ! Mais à quel prix ?

Adrien Taquet a prévu une réunion mardi 18 mars, afin de répondre à toutes nos questions et nos craintes. Résultat ? Aucune réponse ! Une autre réunion est prévue pour le jeudi 19 mars. En attendant, c’est la démerde.

Une nouvelle fois, les travailleurs sociaux passent à l’as et ne peuvent compter que sur eux. Nous mettons nos familles en danger et personne ne se mobilise. Les conditions de nos institutions dans les médias sont inexistantes, invisibles. Même si la réalité dans le monde hospitalier reste une priorité absolue. Une « Tirailleuse Sociale » en Guerre.

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com