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22 juin 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Zone rouge, Mai 2020. Quelques heures avant le déconfinement.

Par JS, chef de service éducatif.

Précision : « Ce texte est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec la réalité est à imputer à cette dernière » (1) ou presque.

États d’âme d’un chef de service éducatif, mais pas que...

Contexte. J’occupe les fonctions de chef de service éducatif dans un service d’accueil d’urgence pour adolescents en rupture familial, fugueurs, en errance. Les jeunes sont adressés par l’ASE (2), mais ils peuvent également se présenter spontanément à notre service pour demander une mise à l’abri. En général, ils restent peu de temps, puisqu’ils sont orientés vers d’autres structures assez rapidement (foyers, familles d’accueil, lieux de vie) ou retournent parfois dans leur famille après un travail de médiation.
Malheureusement, beaucoup d’entre eux fuguent. Au-delà de leurs problématiques individuelles, ce passage à l’acte récurrent interroge fortement l’organisation des dispositifs de la protection de l’enfance. Autant dire, que ce que nous traversons actuellement intensifie ces interrogations.
Je souhaite donc apporter ici le témoignage de mon vécu auprès des éducateurs et des jeunes accueillis depuis le début de la crise sanitaire. Ce témoignage servira de base à une réflexion sur le sens même de notre travail mis à mal par la logique gestionnaire et qui, dans le contexte actuel, voit ce malaise s’accélérer et s’amplifier. Cela n’est pas sans rappeler ce qu’écrivaient Michel Lemay et Maurice Capul sur la fonction éducative de révélateur des malaises individuels et sociaux : « L’éducateur ne tarde pas à reconnaitre, au fil des années, que bien des manifestations problématiques, soit prennent leurs sources dans une déstructuration du tissu social, soit sont profondément aggravées par les conditions de vie. Il lui semble alors presque scandaleux de vouloir réadapter le sujet à une microculture qui sécrète le désordre » (3). Il me semble qu’au bout de ces années, nous arrivons aujourd’hui au paroxysme de ce scandale.

Position. Le service dans lequel je travaille, accueille depuis le confinement un petit groupe d’adolescents. Le conseil d’administration de notre association a décidé de diviser par deux notre capacité d’accueil maximale en raison de l’absence d’éducateurs titulaires et afin de limiter la propagation du virus. L’objectif était également de maintenir ce petit groupe plus à même de supporter le confinement, en privilégiant un noyau d’éducateurs volontaires et en limitant de fait, le recours à une multiplication d’intervenants différents.
Il s’agissait de réussir à articuler la clinique éducative en privilégiant la permanence de mêmes adultes avec les exigences sanitaires. Lors des premières semaines, deux éducateurs ont vécu 24h/24h avec un même groupe de gosses (presque) stable, pendant près de 20 jours puisque l’un d’entre eux était symptomatique. Chapeau les collègues !
Nos missions venaient donc d’être considérablement bouleversées. Ce n’étaient pas sans nous poser des questions bien que cela nous rassurait considérablement de pouvoir stabiliser un groupe. Quid cependant des gamins qui auront besoin d’être mis immédiatement à l’abri ? D’autant que nous nous doutions que le confinement allait faire exploser pas mal de familles déjà fragiles. Ainsi, nous entrions dans un paradoxe, tout au moins au niveau de la réflexion dans un premier temps, comment accueillir en urgence en période de confinement ?
De mon côté, je me suis retrouvé également en quarantaine après avoir développé des symptômes suite à l’accueil d’une gamine malade juste avant le confinement. Normal, les cadres, ça se planque ! La jeune, elle a été orientée dans un foyer le lendemain qui, parait-il, aurait fermé quelques jours après. Nos chères tutelles nous ont imposé cet accueil, sans autre aide que la nôtre ! Courage, tenons !
- Et les masques ?
- Vous en aviez prévu avant la razzia sur votre budget. Tant mieux parce nous n’avons pas la capacité de vous en fournir !

- Très bien, on y va alors. Mais il nous en faudra d’autres rapidement.
Effondrement. Lors de cette semaine précédant le confinement, une gamine agressée et un gamin agresseur se sont retrouvés accueillis au service. La fille l’a reconnu le premier soir de son accueil après avoir subi des violences sexuelles dans une cave. Le lendemain :
- Allo monsieur le chef de l’ASE, on réoriente le gamin, on garde la gamine et on fait un signalement. Pas question de les garder ensemble.
- Non, monsieur le chef de service, vous gardez le gamin puisqu’il a été en contact avec l’autre gamine contaminée.
- Hors de question, monsieur le chef de l’ASE. Les deux sont à protéger, c’est sûr ! Mais nous, on garde la gamine.
Dialogue de sourd.
- Pas possible, monsieur le chef de service, c’est une question de santé publique qui prime sur l’agression sexuelle.
Fracture. Ça, il faut l’encaisser ! Je reprends mon souffle et repart à la charge pour ne rien lâcher.
- Monsieur le chef de l’ASE, vous nous avez orientés hier un autre gamin qui a été en contact avec la victime et qui soi-disant revenait du sud de la France. En réalité, il revenait de Milan. Il trouvait que ça commençait à craindre là-bas. Vous étiez au courant ?
Fin de discussion. On garde la gamine.

Broyage. La protection de l’enfance est au bout du compte devenu un concept abstrait. Elle se réduit à héberger le tout-venant, puisqu’elle n’a pas les moyens de faire autrement. Et la volonté ? Le gamin a été réorienté mais il est revenu nous demander un masque, puisque monsieur le chef de l’ASE ne voulait pas le laisser rentrer dans ses locaux sans cet équipement. La gamine et notre fugueur de grand chemin ont fugué de notre service le jour même, dans la soirée. Insupportable ! « Les services placeurs sont des machines à broyer, mêmes les meilleures volontés » (4). Merci Éric Jacquot de nous le rappeler. Et nous finalement ? On n’est pas mieux ? Comment continuer ? Les gamins sont dans la nature. La Brigade de protection des mineurs est prévenue et donc ? Bah, nous, on se confine, les personnes se protègent mais c’est un peu tard ! L’ASE disparait, plus personne au téléphone et notre service sera par la suite estampillé Covid-19 !

(1) Jorge Volpi, La fin de la folie, 2003, Plon.
(2) Aide Sociale à l’Enfance.
(3) Miche Lemay, Maurice Capul, De l’éducation spécialisé, 2ème édition, 2002, Erès.
(4) Revue Lien Social, TERRAIN - Journal de bord - Brèves de comptoirs éducatifs non confinées, 21 avril 2020.

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19 juin 2020

🎥 Film - Filles de joie

Il devait sortir le 18 mars dernier. Filles de joie, de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich, sera finalement sur les écrans ce 22 juin, premier jour de réouverture des cinémas.

Trois femmes traversent chaque jour la frontière belge pour se prostituer, façon d’échapper à l’austérité française et aux petits boulots sous-payés. Leur corps en arme de survie. Objet ou arme ? Ce film, en posant le corps des femmes comme central, questionne les rapports femme-homme. Corps magnifié, corps fatigué, violenté, instrumentalisé, la caméra s’attarde, les illumine ou les éclaire crûment.

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© Versus production : Les Films du Poisson

Borderlines, entre force de vie et noirceur extrême, ces trois femmes, superbement incarnées par Sara Forestier, Noémie Lvovsky et Annabelle Lengronne, mènent une double vie, passant du bordel belge – où la scénariste Anne Paulicevich s’est immergée pendant neuf mois – à leur quotidien de mères, d’épouses, de filles. « Je voulais depuis longtemps écrire sur l’héroïsme des femmes », livre la scènariste. Simulations d’orgasme, expériences sexuelles, fous rires, entre deux clients, les femmes entre elles se lâchent, forgent leur sororité, puissant bouclier contre la laideur du monde qui les entoure. « Oui, il y a de la joie en elles ! », assure le réalisateur Frédéric Fonteyne. La dureté du film pourrait nous en faire douter.

En retournant le stigmate qui voudrait les figer en victimes, elles font de leur corps - objet des hommes, réifié par leur désir sexuel, soumis par leur semblant de puissance masculine - une arme puissante. Les hommes n’ont pas le beau rôle, violents, bêtement mâles ou tristement éteints ; ils glissent au fil du film de sexe fort à sexe faible.


19 juin 2020

★ INITIATIVES - Collectif Confiné Solidaire

À l’origine, le batteur de Michael Jones, décide de lancer une suite d’accords sur ses réseaux sociaux et sa chaîne Youtube. Les artistes et musiciens du monde entier, débutants ou amateurs, sont invités à lui transmettre une vidéo dans laquelle ils sont chargés de composer sur le morceau de base. Pierre-Etienne Michelin s’occupe alors du montage et du mixage.

Depuis le 21 mars dernier, ce projet participatif qui a pris pour nom « Collectif Confiné Solidaire » a ainsi proposé cinq clips musicaux. Solidaire, parce que l’ensemble des droits d’auteurs et des bénéfices sont versés à des associations caritatives.

Collectif Confiné Solidaire – Le Clan des Confinés – Clip n°1 :

Collectif Confiné Solidaire – Le Clan des Confinés – Clip n°2 « Respire Encore »

Collectif Confiné Solidaire – Le Clan des Confinés – Clip n°3 « L’Été 2020 »

Collectif Confiné Solidaire – Le Clan des Confinés – Clip n°4 « Ça fait longtemps déjà »

Collectif Confiné Solidaire – Un Toit, Ça Ira… – Clip n°5 : « Un toit ça ira » :

Le “Collectif Confiné” souhaite désormais s’inscrire sur le long terme.

Pierre-Étienne Michelin a effectué un nouveau partenariat avec l’association “Enfants du Désert”, qui aide principalement les enfants du sud du Maroc à entrevoir un avenir meilleur. En agissant pour l’accès à l’éducation. Le Youtubeur français “Amixem” qui en est le parrain sera aussi celui de ce nouveau clip. Et la magie devrait encore opérer…

La sixième vidéo s’intitulera “Écris-Moisera publiée le 21 juin prochain


18 juin 2020

★ INITIATIVES - Evaluer les effets de la Covid sur les enfants

Un ensemble de chercheurs (1) lancent une grande recherche nationale sur la manière dont les enfants et les adolescents âgés de 9 à 16 ans ont vécu le confinement jusqu’au 11 mai et comment celui-ci a pu avoir des conséquences sur leur bien-être. Ilo s’agit d’évaluer leur état émotionnel et de résilience, ainsi qu’un éventuel Trouble de Stress Post Traumatique au cas où un proche a été hospitalisé des suites du Covid-19.
Nous analyserons pour cela leurs réponses au questionnaire ainsi que leurs dessins.
Les chercheurs lancent deux questionnaires à remplir en ligne : celui destiné aux parents prend moins de cinq minutes et celui proposé aux enfants moins de trente minutes. Le questionnaire porte sur la composition de votre foyer, votre environnement durant le confinement, ainsi que le ressenti de votre enfant durant cette période et sur l’impact du confinement sur le comportement et l’état d’esprit de votre enfant.
Toutes les réponses sont confidentielles et sont utilisées uniquement pour la recherche en santé publique. Elles ne sont nominatives et mettent en œuvre des procédures d’anonymisation prévenant tout risque de réidentification des parents (ou représentants légaux) et des enfants. Il ne sera pas possible pour les parents ou représentants légaux d’exercer leurs droits d’opposition au traitement des données ainsi transmises, ni d’exercer leurs droits d’accès, de rectification, d’effacement à ces données ou de limitation de leur traitement.

(1) hôpital Avicenne de Bobigny, Université Sorbonne Paris Nord, Santé Publique France, INSERM, Université de Tours, CN2R, EHESS, CNRS avec le soutien du Fonds FHF
https://www.psychotrauma.fr/confeado/repondant/


18 juin 2020

■ ACTU - Proches aidants • Epuisement post confinement

Les aidants craquent. Le collectif inter associatif des aidants familiaux, en collaboration avec l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) publie aujourd’hui une enquête sur les effets du confinement. Et ses constats sont alarmants : Si 67% de ces aidants étaient accompagnés avant le confinement, ce pourcentage tombe à 48% pendant le confinement laissant 52% des proches seuls avec leur parent âgé, handicapé ou malade.

Principale raison de cette solitude : la fermeture et la réduction du service intervenant. Certaines familles ont refusé l’intervention de professionnels : « Nous n’avions pas droit aux masques depuis le début du confinement », explique la mère d’une jeune adulte atteint d’une maladie neuro-évolutive. Mais 79% des aidants se sont retrouvés malgré eux dans un isolement contraint avec une intensification du soutien qu’ils apportaient déjà : « Le confinement a fait de moi : une femme de ménage, une infirmière, une secrétaire administrative, une éducatrice spécialisée et un punching-ball pour mon fils ! », explose une mère d’un enfant de moins de 20 ans atteint de troubles du spectre autistique.

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Enquête CIAAF/IRES-18juin2020

Résultat : au sortir de cette période, la plupart se disent à bout. « Aider ne devrait pas rimer avec épuiser, nous sommes totalement abandonnés, mon fils est un sans solution d’accompagnement, d’hébergement… Nous faisons tout le boulot de l’Etat sans salaire, je touche 1,50 euros par jour, c’est vulgaire… C’est inadmissible ! », s’emporte le père d’une jeune adulte porteur d’une déficience intellectuelle. Ils sont 89,3% des répondants, en grande majorité des femmes, à estimer que leurs problématiques ne sont pas bien prises en compte dans les politiques publiques. Un constat qui rejoint l’étude publiée en mai par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) qui relève que huit aidants d’une personne âgée sur dix indiquaient ne pas se sentir suffisamment aidés et considérés par les pouvoirs publics. Et cela bien avant le confinement.

Pas sûr que le lancement ce mois de juin d’un numéro vert (0800 360 360) pour les personnes en situation de handicap et les aidants dans le cadre de la crise sanitaire suffise à répondre aux besoins. Promettant simplicité, agilité, rapidité, proximité pour trouver des solutions d’accompagnement et des réponses aux besoins de répit, il devrait fonctionner dès le 22 juin dans la moitié des départements et d’ici l’été sur tout le territoire, en s’appuyant sur des équipes locales en lien avec les maisons départementales des personnes handicapées.

« Je suis épuisée moralement et physiquement, je sais que je ne sortirai pas indemne de cette période », avoue la mère d’un adulte ayant un polyhandicap. Parmi les répondants de l’enquête, plus de 38% cherchent depuis le déconfinement un séjour de vacances adaptées pour leur proche, 34% un accompagnement dans leurs démarches administratives, 35% un accueil temporaire avec hébergement, 40% des services adaptés ou un accompagnement professionnel à domicile. Enfin, près de 35% évoquent le besoin d’une écoute et d’un soutien moral.

Mais l’absence d’offre adaptée ou inaccessible vu le manque de place, l’importance du reste à charge financier, la lourdeur des démarches administratives sont citées comme des freins majeurs pour accéder à ces solutions. L’annulation de nombreux séjours adaptés suite à la publication des consignes sanitaires trop difficiles à mettre en place complique un peu plus la situation. Le collectif handicaps s’alarme de ces annulations en masse. Il appelle à un assouplissement des consignes pour permettre aux personnes en situation de handicap de partir en vacances et à leurs proches de souffler.
Le collectif inter associatif des aidants familiaux demande, entre autres, le versement d’une aide financière pour les aidants et la mise en place de séjours de répit.


17 juin 2020

★ INITIATIVES - L’intervention à domicile en période d’épidémie virale

Afin d’éviter d’être contaminés ou de contaminer à leur tour, Handéo met à la disposition des 250 000 aides à domicile mais également des personnes qu’elles accompagnent, un guide de "premiers secours" pour faciliter l’appropriation des gestes barrières et l’utilisation des équipements de protection individuelle dans un contexte d’urgence sanitaire. Un ensemble de conseils pratiques, pédagogiques et accessibles en vue de s’approprier les bons gestes face au virus. La présentation des recommandations décrites dans le guide s’appuie également sur des infographies.

VOIR LE GUIDE


17 juin 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Les travailleurs sociaux, plus que jamais indispensables face à la crise sociale qui s’annonce. Aidons les à défendre leurs professions !

Par Plume, assistante de service social en Centre d’hébergement.

Des enfants sélectionnés, triés par ordre de priorité
Pour retourner dans une école « confinée »
Où chaque action doit être pensée
Pour respecter les « gestes de sécurité »
Tandis que leurs camarades restent chez eux, calfeutrés.
A part Mr Blanquer,
Qui croit réellement que, dans cette pédagogie, il y a continuité ?

Des enfants ayant fait l’objet d’un placement,
N’ayant pas pu recevoir de visites de leurs parents
Pendant toute la durée du confinement
=Quelles conséquences sur le lien d’attachement ?
Les autres, restés au domicile parental,
Privés des visites des professionnels de l’enfance
Restés seuls, au domicile conjugal,
Confrontés à une explosion des violences
=Est-ce cela, la « protection de l’enfance » ?

Des enfants handicapés et leurs parents,
Après deux mois ensemble, confinés
En raison de la fermeture de leur établissement
Poussés à l’usure
Attendant le relais des professionnels
Qui ne peuvent leur proposer qu’un appui ponctuel
« Hors les murs »
Dans l’attente d’une « prochaine réouverture »...
Les poussera-t-on jusqu’à la rupture ?

Des jeunes qui voient l’année se terminer
Et leur diplôme, soudain bradé,
A coups de bricolages savamment orchestrés
= Car qui prétendra que ceux-ci auront une valeur ?
De qualification, il ne s’agira que d’un leurre !
Et, pour faire face à la précarité
Une prime de quelques centaines d’euros versée
=Merci au gouvernement pour sa charité !

Après deux mois de « perfusion » artificielle
De l’économie, grâce au chômage partiel
Des milliers de travailleurs
Vont venir rejoindre la liste des chômeurs
Quand les « premiers de cordée »
Verront leur santé sacrifiée
Et leurs droits démantelés
Au nom d’une économie à relancer
=Est-ce que, désormais, pour l’avenir,
Entre travail et santé, il nous faudra choisir ?

A la fin d’une trêve hivernale prolongée
Alors que la précarité va exploser
Avec, à la clef, un nombre croissant d’impayés de loyer
Va t on laisser des milliers de personnes, avec pour tout horizon
Les trottoirs de nos rues pour seule maison ?

Alors qu’au-delà de la crise sanitaire,
S’annonce une crise sociale sans précédent
Les travailleurs sociaux ont besoin de moyens supplémentaires
C’était sans compter sur le gouvernement
Qui répond « restrictions budgétaires »
= Pouvons nous accepter cela plus longtemps ?

Derrière les gestes « barrières »
Arrêtons de nous mettre des œillères
Les travailleurs sociaux sont en danger
Refusons de voir proliférer la misère
Soyons, les uns les autres, solidaires
Sauvons notre système de solidarité !

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16 juin 2020

★ INITIATIVES - Intervenir à distance, vers une nouvelle proximité

Afin d’outiller les intervenants sociaux dans leurs pratiques professionnelles en cette période de réaménagements nombreux, la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et l’Association Nationale des Assistant de Service social (ANAS) se sont associée pour élaborer des mini conférences de témoignages en ligne sur des sujets clés et pour lesquels intervenants sociaux de tous métiers ont dû s’adapter, innover et faire évoluer leurs pratiques. L’idée générale est de se poser ensemble la question de ce que nous retenons de cette période de confinement en matière d’intervention sociale.

Cette troisième session s’est déroulée sur le sujet de l’accompagnement à distance et de son impact sur la relation avec les personnes. En effet de nombreuses modalités et initiatives de soutien et d’accompagnement ont vu le jour durant cette période pour proposer malgré des conditions d’interventions particulière une écoute, un soutien, un accompagnement selon des modalités dont il peut être intéressant de se demander ce que nous en retiendrons à l’avenir.

Les intervenants ayant participé directement aux échanges :
— Eva Leroux, Coordinatrice socio-professionnelle dans le secteur de l’IAE
Communauté d’Auray - Quiberon
— Eve Chrétien, Assistante Sociale sur le pole logement et accompagnement social
Association l’Etage
Membre du CA de la Fédération des acteurs de la solidarité
— Eloise Chotte, Chef de service social au sein d’un service d’accompagnement dans le logement Association Coallia
— Laure Maillard, Assistante de service social en polyvalence de secteur

A l’animation des échanges :
Christophe Anche, membre de l’ANAS)
Coline Derreyfavre, Chargée de mission emploi-IAE à la FAS


16 juin 2020

• TERRAIN - Journal de bord - L’entre- deux - « Cela semble toujours impossible jusqu’à ce qu’on le fasse » (Nelson Mandela)

Par Laurence ORDINER- CHOFFEL Cheffe de Service FAM.

17 Mars 2020. Ce jour précis d’un épisode inédit et singulier de nos vies s’ouvre sur une période dont nous ignorons tous l’évolution et le terme. Nous sommes en alerte face à la gravité de la crise sanitaire mondiale en cours. Nous devons composer avec nos appréhensions respectives, renoncer à notre besoin de contrôler ce qui nous dépasse. Nous sommes ensemble dans une volonté commune : protéger les résidents du FAM, coûte que coûte.
Nous ouvrons notre atelier « art plastique », afin de l’unir à notre salle de réunion, et ce dans le respect des distances. Unir. Ce mot définira dès lors toutes nos actions.
Les masques sont portés, les gels hydroalcooliques trônent ci et là. Les corps sont tendus, l’attention est manifeste. L’inquiétude se transforme, laisse place à la vivacité d’esprit, aux propositions, à la créativité, à l’énergie. Les professionnels sont dans un mouvement de vie, là où les drames humains se dénombrent sur nos écrans de télévision.
Les idées fusent : réorganiser le plan de table, mettre en place l’apprentissage des gestes barrières pour nos résidents, proposer et mettre en application de nouvelles modalités de communication entre ceux- ci et leurs proches, anticiper sur le désarroi des intéressés et ses manifestations. Envisager une nouvelle vie provisoire où la joie et la légèreté s’entremêleraient avec la détermination et la rigueur.
Nous faisons face à l’humilité que nous impose cette nouvelle réalité. Notre force réside dans notre capacité à construire ensemble, à nous soutenir, à garder le sourire et même rire. Animés par cette nécessité impérieuse de sortir tous indemnes, nous décidons sans avoir besoin de l’énoncer que ce combat est désormais le nôtre. Les actes seront plus éloquents que les mots. La présence effective de chacun, constante et dynamique, en sera la démonstration.

De ces semaines chargées d’émotions contraires où la réactivité devient le maître mot, je garderai en moi à jamais cette certitude qui s’est rapidement imposée : cette mésaventure inattendue, je suis heureuse de l’avoir traversée avec tous ces professionnels impliqués, éducateurs, soignants, médecins, psychologue, services généraux si précieux au quotidien. Admirative face aux résidents qui sont parvenus à développer de nouvelles ressources dans ce contexte de confinement et nous ont conduits à donner le meilleur de nous- mêmes, jour après jour. J’éprouve de la gratitude envers les familles/ tuteurs, privés de la présence physique de leur enfant durant ces longs mois, pour leur compréhension, leur discernement et leur confiance réitérée.

Depuis le 4 Juin 2020, le déconfinement nous autorise tous à nous réapproprier nos vies a eu lieu. Les résidents du FAM vont bénéficier de leur premier week-end en famille cette semaine. Tous ont échappés au Covid 19, grâce à l’hyper vigilance des professionnels à leur égard. La contribution apportée à la protection physique et psychique des concernés a été l’affaire de chacun, quelle que soit la fonction occupée, intervenant de près ou de loin.
Nous retrouvons peu à peu notre souffle et accueillons ce doux état de soulagement, ouvrant nos bras à la liberté retrouvée.

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15 juin 2020

✖ TRIBUNE - Colos annulées

Par Jean-Michel Bocquet, directeur du Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC), chargé de cours à l’université Paris 13 et à l’Institut supérieur de pédagogie (ISP).


Face à un protocole sanitaire imposé, déconnecté de la réalité de l’accueil des enfants et des délais très courts, plus d’une trentaine de colonies de vacances jettent l’éponge pour l’été.

La crise qui touche les colos est particulièrement grave. Au regard des annonces gouvernementales récentes - protocoles sanitaires stricts et vacances apprenantes – plus d’une trentaine d’organisateurs annuleront l’ensemble de leurs colonies pour cet été. À ces associations qui ferment tout, il faut ajouter celles qui ouvriront en partie ou la peur au ventre de devoir fermer faute de pouvoir respecter le protocole sanitaire.

Les problèmes sont nombreux :

  • contraintes économiques : coûts supplémentaires liés à la prévention du COVID-19, baisse du nombre de lits,
  • délais bien trop courts pour réussir à organiser ou réorganiser les bâtiments, les séjours,
  • animateurs - certains n’ont pas pu partir en formation -, directeurs et personnels saisonniers (entretien, cuisine, etc.), impossible à recruter dans des délais si tendus,
  • distanciation physique : comment empêcher les enfants de se toucher ? Comment permettre aux animateurs et aux animatrices de consoler ou cajoler un enfant ? Comment animer des colos sans contact ? Il est bien difficile de prendre soin des enfants sans contact. Si on ajoute les boums à 1 m de distance, on peut sérieusement se poser la question de l’intérêt d’aller en colo.

Vacances apprenantes contraires à toute l’histoire des colos et aux
valeurs portées par bien des organisateurs.

Les « vacances apprenantes » sont la reprise d’une idée XIXème siècle : la colonie scolaire. Ce modèle a été rejeté dès le Front populaire en raison de son absence de résultat. Wilfred Bion, pasteur suisse et inventeur des colos disait déjà il y 140 ans : « Notre temps met trop au premier plan le développement intellectuel des enfants et s’occupe trop peu de leur développement physique et moral... Certes, la science et l’instruction sont de grandes et magnifiques choses, mais la santé et la force du corps, une âme noble et pure sont des biens tout aussi précieux. »

Pourtant, le projet de vacances apprenantes est la seule réponse du gouvernement aux difficultés des colonies de vacances.
Il existe le droit commun et quelles aides sectorielles pour des organisateurs affiliés au secteur touristique mais la grande majorité des colos n’entrent pas dans le cadre du tourisme puisque ce sont des actions d’éducation populaire. Si les plus grands opérateurs voient dans les colos apprenantes une manne financière, il ne s’agit pas d’une aide. Les colos représentent le seul secteur pour lequel l’État impose un modèle pour pouvoir recevoir une aide indirecte puisque ce sont les familles qui en bénéficient.
Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse et Gabriel Attal, son Secrétaire d’État, espèrent faire partir 250 000 enfants en plus en cet été grâce aux vacances apprenantes. Pour mémoire, les colos ont emmené 850 000 enfants en vacances en 2019. Comment donc augmenter de manière si importante le nombre de départs, alors que bon nombre d’associations renoncent à organiser des colos ou réduisent le nombre de places disponibles ?

Le cahier des charges concernant les vacances apprenantes a été envoyé à tous les organisateurs le mercredi 10 juin, or l’Union nationale des centres sportifs de plein air (UCPA) a annoncé dès le 6 juin ouvrir 40 000 places sur le dispositif… Bon nombre d’organisateurs ont l’impression que les informations ne sont pas données de manière équitable à tous ; qu’entre ceux présents aux négociations et les autres, les chances de survivre à la crise sont inégales.

Alerte non entendue

Depuis la fin du mois de mars plusieurs organisations de colos ont alerté sur la situation mais il semble que les organisations présentes aux négociations avec le ministre n’aient pas voulu entendre ou qu’elles aient fait le choix de défendre leur place plutôt que l’intérêt de tout le secteur. Les propositions du Collectif Camps Colos sont restées sans réponse, sans invitation. Pourtant, ses membres connaissent bien le champ des colos… Lue et relayée, la tribune publiée dans le quotidien Libération le 11 mars n’a pas pesé… Et pourtant, elle dit vrai (1).

Les colos ne feront jamais de plan social, de licenciements massifs, ce sera une lente chute vers le dépôt de bilan, l’arrêt d’activité et la vente de patrimoine. Quand il ne restera que des gros opérateurs, la colo solidaire, attentive aux plus fragiles, présente dans des territoires ruraux, n’existera plus. Un pan entier de la richesse humaine de notre pays disparaitra définitivement.

Fin de la mixité sociale

Pourtant, les colos ce sont des enfants qui partent mais ce sont aussi les seuls endroits qui reçoivent ceux confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE), qui permettent aux familles d’accueil de souffler, qui acceptent des enfants en situation de handicap pour proposer du répit aux familles, qui offrent l’opportunité aux enfants des quartiers pauvres ou populaires de découvrir la montagne, la campagne ou la mer.
Les animateurs et animatrices y apprennent les responsabilités, gagnent un peu d’argent de poche ; des jeunes découvrent et se forment aux métiers du care ; des filles et des garçons de 21 ans se frottent au management d’équipe ; des jeunes apprennent à d’autres jeunes ; des souvenirs et des découvertes fortes pour des ados ; l’apprentissage de l’autonomie, de la liberté, parfois des amitiés fortes, de la séparation ou de l’amour ; des jeunes qui plus tard seront ceux qui s’engagent dans les crises ; un espace d’épanouissement pour des enfants et des ados en rupture d’apprentissage ou en difficultés scolaires ; des emplois pour des personnels saisonniers ; de l’activité économique pour des territoires pauvres et ruraux.

Les colos, c’est… du contact, des liens, des rencontres, des massages, des pleurs, des joies et embrassades… Les colos ce n’est pas de la distanciation physique et des devoirs scolaires.

Si elles disparaissent ou deviennent uniquement un produit de loisir, il n’existera plus de lieu d’apprentissage en dehors de la forme scolaire, ni de lieu construisant les mixités et les rencontres.

Retrouvez le dossier : Colonies de vacances • Un idéal à sécuriser dans Lien Social du 19 février 2019.
De moins en moins fréquentées, les colonies de vacances ne jouent plus la carte de la mixité sociale. Elles deviennent un produit. Pour éviter que le secteur du tourisme ne les dévore, la résistance s’organise.

À LIRE : Communiqué de presse du 15 juin du ministère des solidarités et de la santé concernant les vacances apprenantes pour les enfants de l’Aide Sociale à l’Enfance

(1) https://www.liberation.fr/checknews/2020/05/13/les-colonies-de-vacances-pourront-elles-avoir-lieu-cet-ete_1788124

Crédit photos : Association La Bêta-Pi - Maison de Courcelles - DR