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24 novembre 2016

Éducation renforcée : Progresser en continu

Dans le champ de la justice des mineurs, la Convention nationale des associations de protection de l’enfance (Cnape) représente plus des trois quarts des centres éducatifs fermés (CEF) et la moitié des centres éducatifs renforcés (CER) associatifs. Le 7 novembre, elle rendait publique une contribution, L’après CER : créer les conditions d’une véritable (ré)insertion, faisant le constat d’une grande difficulté à mettre en œuvre des projets sur la durée et appelant à « repenser l’accompagnement des jeunes à la sortie » des CER. Pour cela, 34 recommandations, formulées autour de trois axes. D’une part, la sortie doit être envisagée dès l’accueil du jeune : projet individualisé, audiences de début et de fin de placement, coordination et décloisonnement de tous les acteurs. D’autre part, cet accompagnement de sortie doit être « progressif, spécifique, systématique et renforcé » : le retour au domicile ou le départ vers un nouveau lieu de vie doit faire l’objet d’une « transition bien spécifique ». Enfin, la Cnape préconise la mise en œuvre d’une politique publique dédiée aux 18-25 ans, qui permettrait à un référent insertion d’élaborer et de poursuivre le projet personnalisé global (logement, ressources financières, santé…) du jeune après sa majorité. Pour garantir cette « continuité éducative adaptée », la Cnape propose d’expérimenter la création d’un dispositif permanent intervenant sur un territoire donné, accompagnant le jeune dans sa poursuite de projet de sortie.


23 novembre 2016

Hausse du nombre de familles à la rue

Paris, Lille, Toulouse, Grenoble… L’observatoire national du 115 géré par la FNARS révèle une explosion du nombre de familles à la rue dans plusieurs villes et département de France. Dans la capitale, elles seraient deux fois plus nombreuses que l’hiver dernier. Conséquence : le 115 ne parvient plus à mettre à l’abri l’ensemble des familles.

Une trentaine de SDF de moins de 3 ans

La nuit du 7 novembre, 590 personnes en famille n’ont pas trouvé de place à Paris, 193 à Lille, 44 à Toulouse. En Seine-Saint-Denis 162 enfants, dont une trentaine de moins de 3 ans, ont passé la nuit dehors avec leurs parents. Le dispositif d’hébergement d’urgence est également complètement saturé dans les Alpes-Maritimes, dans le Rhône, en Seine-Saint-Denis et en Isère.
Le 115 de l’Isère était en grève le 8 novembre pour dénoncer l’absence de places disponibles et les injonctions de tri des publics en fonction de leur statut, vulnérabilité, ressources. À Caen, le 4 novembre un mouvement similaire a finalement permis d’héberger l’ensemble des personnes à la rue… dès le lendemain.

Des places supplémentaires : une volonté politique

À quand la fin de la gestion au thermomètre ? « L’an dernier, l’État a ouvert 8 000 places pendant la période hivernale et n’en a pérennisé que 2 300, déplore Florent Guéguen, directeur général de la Fnars. Extrêmement maltraitante pour les personnes, cette gestion saisonnière explique en partie qu’on n’arrive pas à sortir de la grande exclusion. »


22 novembre 2016

Les « failles » de la procédure d’asile

« Ce n’est pas une crise des réfugiés mais une crise de l’accueil que la France traverse actuellement » : dans un texte commun publié par La Croix, Laurent Gaudé, écrivain, Serge Portelli, magistrat, et Reza, photoreporter, réagissent au rapport du centre Primo Levi , Persécutés au pays, déboutés en France. En 46 pages, le document dresse un tableau des « failles de notre procédures d’asile » : non prise en compte des difficultés à raconter la torture, délais trop courts, interprètes peu formés, agents de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) suspicieux a priori…

Torturés, violés… puis déboutés

Créé en 1995 avec le soutien de Médecins du monde, d’Amnesty International France et de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, le centre Primo Levi est le principal centre de soins consacré aux réfugiés victimes de torture, de viol ou de détention arbitraire... Chaque année, l’association assure la prise en charge psycho-médicale et l’accompagnement juridique et social de près de 400 personnes. Malgré les persécutions subies, entre juin 2015 et juin 2016, 53% d’entre elles ont été déboutées du droit d’asile en premier recours. Généralement, leurs récits sont disqualifiés en quelques mots : « manque de vraisemblance », « défaut de caractère vivant », « évasif », « ne donne pas le sentiment de la réalité vécue »

Mauvaise élève de l’Europe

Le rapport confirme que la « patrie des droits de l’homme » est l’un des pays européens où les chances d’obtenir l’asile sont les plus faibles. Pourtant loin d’être submergée - en 2015, elle a reçu 74 468 demandes d’asiles sur 24,5 millions de personnes migrantes dans le monde - la France « a rejeté 67% des demandes, contre 47% en moyenne dans le reste de l’Europe ». Elle arrive ainsi au 25e rang des pays en termes de taux d’octroi de l’asile politique.


21 novembre 2016

Plaidoyer pour une école inclusive et égalitaire

« Frappé » par le constat que « l’accès à l’école aujourd’hui en France n’est pas un droit effectif pour de nombreux enfants », le Défenseur des droits a consacré son rapport annuel sur l’enfance à « l’école pour tous, un droit pour chacun ».

Même si l’école ne peut pas tout, et que la loi de refondation de l’école de 2013 va « dans le sens d’une école inclusive », il constate que « trop d’enfants aujourd’hui se sentent exclus par l’institution scolaire, et nourrissent des sentiments d’injustice et de rejet ».

Les élus rappelés à l’ordre

Pour renforcer leur droit effectif à l’éducation, principalement celui des enfants en situation de précarité, vivant dans des campements, en situation de handicap ou de décrochage, il émet 30 recommandations. Parmi elles, face au refus de certains maires de scolariser des enfants d’origine étrangère, notamment issus de la communauté Rom, il rappelle aux préfets « leur obligation de se substituer » aux édiles récalcitrants. Il les invite aussi à « veiller à la prise en considération des lieux de scolarisation des enfants des familles sans logement et du calendrier scolaire, à l’occasion des décisions d’orientation assurées par les SIAO (services intégrés d’accueil et d’orientation) », notamment en cas de déménagement.

Autre rappel, à destination cette fois des conseils départementaux : leur obligation d’assurer l’accès à la scolarisation ou à la formation professionnelle pour tous les mineurs isolés étrangers présents sur leur territoire.

Mieux accompagner les élèves en situation de handicap et ceux suivis par la protection de l’enfance, mieux prévenir les ruptures scolaires : le document est un plaidoyer pour que l’école, lieu de vie fondateur pour l’avenir de l’enfant, ne soit pas celui qui rajoute des inégalités mais participe à les réduire.


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18 novembre 2016

Avignon : un festival qui a bonne mine

Du 18 au 20 novembre, pour la sixième année consécutive, le Groupement d’entraide mutuelle Mine de rien organise le Festival du film précaire. Un événement qui donne à voir les réalisations de l’atelier vidéo du GEM et d’autres réalisateurs, et qui invite le public à échanger autour du thème de la précarité. Au sens large et sans misérabilisme. Né en 2008 grâce au Collectif d’Actions des Sans Abris (CASA), ce GEM démontre que des personnes en situation d’exclusion peuvent créer l’événement et participer à la vie socioculturelle de la cité avignonnaise.

« Déchirer l’idée reçue de notre inutilité. »

La sixième édition du festival réunit une vingtaine de documentaires, de fictions et de clips, venus de Mine de rien et d’ailleurs : Paris, Suisse, Marseille, Bretagne. Ces films racontent la bipolarité (Étoile bipolaire), l’errance entre mitard et narcoleptiques (Une partie de nous s’est endormie), le tri des pauvres dans un hébergement d’urgence (L’Abri), un dispositif innovant (Un chez soi d’abord)… « Au travers des festivals du film précaire, nous pérennisons la résistance à l’événement éphémère : on se bat, on combat, on n’accepte pas, alors on dénonce, montre et on ne se résout pas, décrit le GEM. Les films, comme support de notre sensible, remuent les souffrances, les fragiles, ainsi nous joignons l’agréable à l’utile et nous, guerriers de la non-acceptation, on déchire l’idée reçue de notre inutilité »


17 novembre 2016

Suivi psy : polémique autour d’une expérimentation auprès des jeunes

La décision agite le milieu médicosocial : face à l’incapacité pour les 13 000 psychiatres français de recevoir l’ensemble des enfants en souffrance psychique, une expérimentation a été votée en première lecture le 27 octobre à l’Assemblée nationale. Elle vise à permettre la prise en charge de jeunes de 6 à 21 ans par des psychologues de ville, avec un remboursement par l’assurance maladie. Présentée par le gouvernement dans le cadre du Projet de loi de financement de la Sécurité Sociale 2017, cette expérimentation devrait débuter le 1er janvier 2017 et se poursuivre pendant quatre ans. Adressés par leur médecin traitant, scolaire ou le pédiatre, 2 000 jeunes pourront consulter un psychologue libéral.

Les médecins se sont immédiatement insurgés. « Comment pouvons-nous laisser l’expertise et le suivi de nos jeunes de 6 à 21 ans entre les mains de non professionnels de santé détenant minimalement une maîtrise en psychologie ? », interroge le Syndicat des Médecins Libéraux (SML). Et de rappeler le parcours des spécialistes : « Les psychiatres ont réalisé 10 années d’études dont 4 de spécialisation en psychiatrie incluant de très nombreux stages dans les services hospitaliers et services de garde… »

La crainte d’un nivellement par le bas

Du côté des travailleurs sociaux, certains craignent un nivellement par le bas du soin, d’autres se réjouissent de voir fluidifier l’accès à un professionnel des souffrances psychiques. Tous s’accordent à constater que les centres médico-psychologiques (CMP) et les centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) sont débordés.

« Nous souhaitons trouver une solution au problème des listes d’attentes souvent très longues dans la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, affirme Michèle Delaunay, députée socialiste de Gironde et rapporteure du texte. Ce n’est pas dirigé contre les psychiatres, on veut simplement leur adresser de façon plus ciblée des jeunes avec des pathologies relevant de leur expertise. Et pas des ados avec un simple mal être qui aura disparu en quelques mois. »

Pour la députée, les résultats de cette expérimentation permettront de mieux identifier le rôle que peuvent jouer les différents professionnels. À suivre…


16 novembre 2016

La FNARS facilite le signalement des refus de soins

Pour mieux lutter contre les refus de soins du fait de la situation d’une personne, de sa nationalité ou de sa couverture sociale, la FNARS lance un outil facilitant les signalements. Refuser de soigner se traduit de différentes manières : refuser de recevoir le patient, donner des rendez-vous à plus de trois mois, orienter systématiquement vers des confrères, refuser le tiers payant ou établir un devis…

En 2009, une étude de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (IRDES) avait établi un taux de refus de soins moyen de 19,4 % opposé aux bénéficiaires de la CMU-C par les médecins généralistes. En 2010, l’enquête du collectif inter associatif sur la santé (CISS) dans 11 villes de métropole et en Corse révélait qu’un spécialiste sur cinq refusait ces mêmes patients.

Installées par décret en juillet 2016, les commissions régionales d’évaluation des pratiques de refus de soins se composent majoritairement de professionnels de santé, au détriment des représentants d’associations d’usagers, et sont présidées par le Conseil national de l’ordre des médecins.

Pour la FNARS, se doter d’un outil facilitant le recours au défenseur des Droits, au conciliateur de l’Assurance maladie ou au Conseil de l’Ordre n’est donc pas du luxe. Il permettra aussi de quantifier et d’évaluer cette pratique. Destiné aux travailleurs sociaux, le guide de lutte contre les refus de soins est consultable sur le site Internet de la FNARS.


15 novembre 2016

Santé mentale : l’avenir entre recherche et pouvoir d’agir

Une personne sur cinq sera un jour atteinte d’une maladie psychique : ce problème de santé majeur méritait donc bien un rapport. Fruit d’une enquête menée pendant 10 mois, rendu public fin octobre, ce pavé de 190 pages conduit par Michel Laforcade, directeur général de l’ARS Nouvelle Aquitaine a pour objet d’élaborer des réponses concrètes pour la mise en œuvre de la loi de modernisation du système de santé.

Articuler le soin et le social

Premier constat, les Français ne sont pas égaux dans le traitement des maladies psychiques. Si « des innovations remarquables » existent depuis des années, « les meilleures solutions restent souvent confidentielles ». Porteur de l’idée que « lorsque la guérison n’est pas possible, mieux vaut bien vivre sans être guéri qu’enfermé dans le soin en attendant une guérison qui ne viendra pas », le rapport préconise donc une plus grande diffusion des expériences favorisant un parcours qui articule soins et accompagnement social. Il souligne aussi qu’elles ont souvent le mérite d’être à la fois bénéfiques et peu onéreuses.

« Pour que la culture de la preuve
l’emporte sur la culture de l’opinion »

Soin ambulatoire, housing first, réhabilitation, Groupes d’entraide mutuelle : le rapport promeut la présence sur l’ensemble des territoires de différentes pratiques professionnelles, qui permettent à la personne malade de récupérer son pouvoir d’agir en s’appuyant sur ses compétences. Alors que la recherche sur les maladies psychiques ne représente que 2 % de la recherche médicale, Michel Laforcade préconise également de changer de braquet « pour que la culture de la preuve l’emporte sur la culture de l’opinion ». C’est l’une des conditions pour aboutir à déstigmatiser les maladies mentales et, dès lors, garantir la citoyenneté des malades.


14 novembre 2016

Emploi accompagné : des solutions au développement

La 20ème Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées (SEEPH), débute aujourd’hui, associant l’ADAPT et la Fegapei pour la promotion de l’emploi accompagné en milieu ordinaire.
Le soutien durable dans l’emploi de personnes en situation de handicap est d’ailleurs l’une des rares mesures de la loi Travail à ne pas avoir déclenché d’hostilités. Aussi appelé « job coaching », déjà développé en France par quelques pionniers comme l’association lyonnaise Messidor, il constitue une voie d’intégration professionnelle prometteuse pour les personnes en situation de handicap mental ou psychique, pourvu bien-sûr que l’alliance du médico-social et de l’entreprise fonctionne.

Depuis 2013, la Fegapei pilote une expérimentation dans cinq régions en partenariat avec les ARS, accompagnant 132 personnes en contrat de travail (CDI et CDD), 29 en recherche d’emploi et 95 entreprises. Une évaluation par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), avec l’université Paris-Diderot, vise à en extraire un modèle économique, organisationnel et méthodologique, pertinent et transférable.

L’ADAPT développe aussi des dispositifs d’emploi accompagné dans ses établissements et services et participe au programme européen DESC (Disabilities Equality Security Careers). Financé par la Commission européenne depuis 2014, il identifie les bonnes pratiques qui sécurisent les parcours des jeunes dès l’école, puis lors de l’accès l’emploi dans le milieu protégé et le milieu ordinaire. Les enseignements du programme DESC et les travaux conduits en France et en Europe sont présentés aujourd’hui au CENTQUATRE-PARIS.
Le programme ici


10 novembre 2016

Instances participatives : le temps de l’officialisation

« La reconnaissance du savoir de la personne même si elle est en précarité, ça permet de se sentir à nouveau citoyen. Nous apportons un autre éclairage sur des sujets qui nous touchent, au-delà du thème de l’hébergement, comme par exemple la nourriture ou la violence faite aux femmes. » Actrice des premières instances participatives des personnes prises en charge par un dispositif d’accueil de sans-abri, Dominique Pion salue la parution le 26 octobre du décret qui officialise le Conseil national des personnes accueillies ou accompagnées (CNPA) et les conseils régionaux (CRPA).

"Une mise en lumière
de la valeur de notre travail"

Résidente d’une maison relais à Marseille, sa participation à ces groupes de concertation l’a déjà conduite à siéger au comité régional de l’habitat et de l’hébergement. « Cette inscription dans la loi va peut-être donner encore plus de poids à notre parole au niveau régional. Nous avions déjà une bonne écoute, mais c’est un pas de plus, une mise en lumière de la valeur de notre travail. »
Expérimentés depuis 2012, les CNPA et CRPA réunissent les personnes accueillies ou accompagnées, ou l’ayant été, et les intervenants sociaux pour échanger, réfléchir, construire et alerter des pouvoirs publics sur les sujets qui les concernent.
Parallèlement, le ministère des Affaires sociales diffuse un « kit de la participation citoyenne aux politiques de solidarité » pour accompagner les organismes désireux de s’engager dans ce type de démarche. Il se décline en 12 fiches illustrées avec des exemples d’outils et de pratiques inspirantes.