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17 octobre 2019

Haute-Garonne - La solidarité craque


Du jamais vu. En Haute-Garonne, depuis le 11 octobre, 21 des 23 maisons des solidarités (MDS) et les services du siège de l’action sociale départementale sont totalement ou partiellement fermés : un droit d’alerte et de retrait a été déposé le 10 au soir par une intersyndicale SUD, CGT, FO.

La mobilisation a débuté le 26 septembre au service de l’aide sociale à l’enfance (ASE) de la MDS de Frouzins. Le trop plein s’est exprimé après un accès de violence d’une jeune fille contre son éducateur. Un passage à l’acte que l’équipe lit au travers de la mauvaise prise en charge de l’adolescente en besoin de soins spécifiques : impossible de trouver une place dans une structure adaptée. « A charge pour les référents ASE de trouver des solutions au jour le jour », explique Marina Lergenmuller, éducatrice à l’ASE et représentante du personnel syndiquée à Sud CT 31. Insupportable pour l’équipe qui décide d’exercer son droit de retrait.

Une situation symptomatique pour les professionnels de la dégradation des conditions d’accueil et de travail dans les structures de solidarités du département. Cette MDS est rapidement rejointe par la MDS de Cazères. Là encore, il ne reste que quatre référents ASE en poste quand ils sont officiellement onze pour répondre aux missions. Intenable. « De nombreuses mesures de protection de l’enfance ne sont pas exercées, les instances pluridisciplinaires ne peuvent pas se tenir et nombre de procédures ne sont pas respectées », avance le syndicat SUD.

Historique

Les jours suivants, d’autres MDS rejoignent le mouvement, une assemblée générale des services est organisée le 10 octobre. Elle réunit plus de 500 personnes, « fait historique » selon l’intersyndicale qui décide de déposer un droit d’alerte et de retrait pour l’ensemble des maisons des solidarités et des équipes du siège départemental. Insomnies, angoisses, perte de confiance, tension, stress… lors de cette assemblée, les professionnels déversent leur mal-être. Une enquête CHSCT s’engage et l’ensemble des services demandent à être entendus : il faudra deux jours pour que chacun puisse s’exprimer. Le 16 octobre, le département annonce un plan d’urgence devant une salle remplie de plusieurs centaines de professionnels de l’action sociale.

Sebastien Vincini, conseiller départemental PS, chargé du personnel au département de Haute-Garonne avance plusieurs mesures, notamment des créations de poste : le renforcement du pool de remplaçants déjà annoncé de 15 référents ASE et 5 AS de polyvalence par 10 puériculteurs et 5 infirmier diplômés ; la création de 16 postes de référents ASE pour limiter à 25 en moyenne le nombre de mesures ASE par agent ; la création de 8 postes de psychologues à temps plein ; mise en place d’espaces de réflexion et d’élaboration sur les pratiques ; allongement de tous les contrats à durée déterminée à un an ; accord avec les instituts de formation pour l’octroi de bourses d’études en échange d’un engagement auprès de la collectivité. Le département promet par ailleurs l’ouverture d’un service d’accueil d’urgence, de 40 places en MECS et de place pour les jeunes accompagnés en logement diffus.

Oubliés

Si l’intention est là, les professionnels maintiennent la mobilisation. L’inquiétude face à une vaste réorganisation des services dans le cadre d’un projet de territorialisation demeure importante. Et « il reste beaucoup d’oubliés », remarque Vincent Poliani, de SUD CT 31. « La polyvalence subit les disfonctionnements de la protection de l’enfance, explique sa collègue Marina Lergenmuller. Les AS croulent sous les informations préoccupantes à traiter, parfois lorsqu’elles estiment qu’il faudrait une aide éducative à domicile, elles attendent avant de la transmettre à leurs collègues de l’ASE parce qu’elles savent que la mesure ne sera pas exercée concrètement puisque l’ASE est sous l’eau… Elles gardent tant qu’elles peuvent la situation et elles craquent ». En PMI, l’absence de médecins empêche le respect de toutes ses missions. Le département compte cinq conseillères en économie sociale familiale. « Elles se partagent les 23 MDS, courent partout, n’ont pas de bureau attitré, pas d’interlocuteurs… », témoigne Martine Urzay, assistante sociale syndiquée SUD CT 31. Le département promet de revoir leur périmètre d’intervention. Pas suffisant.

Désormais, les professionnels attendent le résultat de l’enquête CHSCT dans les prochains jours. Tous conviennent qu’il y aura un avant et un après cette mobilisation.


9 octobre 2019

Protection de l’enfance. Maltraitance politique

M. avait 15 ans. Il venait d’Algérie. Le 28 septembre, il a sauté du toit de son foyer à Montfermeil. Ce jeune mineur isolé étranger était en grande souffrance psychiatrique ; un suivi hospitalier était prévu mais l’attestation CMU était demandée pour entamer les soins. La veille de son suicide, la cellule d’accompagnement des mineurs non accompagnés (CAMNA) de Bobigny avait appelé le foyer pour l’informer de l’arrivée de cette fameuse attestation...

La nouvelle de la mort du jeune garçon a sidéré une équipe déjà très mal en point. Elle a d’abord pensé exercer son droit de retrait. « Mais on nous a dit qu’il n’y avait pas de danger grave et imminent » explique une des éducatrices spécialisées (toutes ont souhaité gardé l’anonymat). « Or, à nos yeux, lorsque nous voyons arriver des jeunes qui sont dans une détresse totale, qui nous disent qu’ils pensent passer à l’acte, je pense qu’il y a danger grave et imminent ». Le 2 octobre, l’équipe entière a saisi la médecine du travail qui a ordonné un arrêt en prévention de risque psycho-sociaux. La CAMNA, soutenue par une large intersyndicale, a ensuite déposé un préavis de grève qu’elle entame aujourd’hui jusqu’à la fin de la semaine.

Maltraitant

Cette cellule d’accompagnement s’est ouverte en septembre 2018 avec une équipe de 10 travailleurs sociaux pour une capacité d’accueil de 300 mineurs pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance. « Dès le mois de décembre, nous avions 500 jeunes à charge pour 8 travailleurs sociaux » témoigne une éducatrice. Puis, au mois de mars, après une série d’arrêts maladies et de départs, quatre travailleurs sociaux restaient en poste pour 800 mineurs… Face à cette situation intenable, la CAMNA engage sa première grève du 23 au 26 avril 2019. Et semble être entendu : ils reçoivent le renfort de postes éducatifs, un poste d’infirmière et un poste de psychologue, au total 12 postes fixes et deux postes de remplacement.

Pourtant, six mois plus tard, la coupe déborde : « Aujourd’hui, nous « suivons » 1150 jeunes et sommes toujours 10 travailleurs sociaux, les autres postes restent vacants car le département a beaucoup de mal à recruter… » explique une éducatrice. Chacune « s’occupe » de 80 à plus de 100 enfants… insupportable. « Dans ces conditions, impossible de faire de la protection de l’enfance. Nous devenons même maltraitant avec ces jeunes. Ils sont dans des hôtels insalubres, remplis de punaises de lit, nous sommes en retard d’une semaine à un mois dans le versement des allocations (300 euros par mois) pour qu’ils puissent manger, cela entraîne de l’agressivité de leur part, mais c’est normal ! » s’emporte une éducatrice.
Par cette nouvelle grève, la CAMNA interpelle l’Etat, les élus, le département, pour trouver des réponses à cette situation « explosive ».


2 octobre 2019

Formation. Du flou dans la réforme

La toile bruisse d’inquiétudes des étudiants en troisième année d’éducateur spécialisé, assistant de service social, éducateur de jeunes enfants, conseiller en économie sociale et familiale, éducateur technique spécialisé. Leur session d’examen qui aura lieu à la fin de l’année scolaire 2019-2020 valide leur cursus encore régi par la réforme de 2007 aboutissant à des diplôme de niveau III. Dernière promotion de l’ancien régime, les promotions suivantes entreront dans le nouveau cadre fixé par l’arrêté du 22 aout 2018 qui revalorise les diplômes au niveau II soit la licence.

Sans filet

Les étudiants s’interrogent : s’ils ne valident pas tous leurs domaines de compétences peuvent-ils encore repasser l’examen en conservant le bénéfice des domaines de compétences acquis pendant cinq ans comme le leur permettait l’ancien système ? Non, répond le texte. Aucun dispositif de rattrapage ou de redoublement ne semble, pour l’instant, prévu. Les étudiants devraient-ils donc reprendre la formation en deuxième année du nouveau diplôme voire tout recommencer ? Aucune information claire. Comment expliquer une telle rupture d’égalité pour les étudiants de cette promotion ? Les formateurs s’interrogent et les écoles attendent des éclairages précis. Sollicitée par Lien Social, la Direction générale de la cohésion sociale explique étudier avec le ministère de l’Enseignement supérieur « les options qui pourraient s’offrir aux étudiants n’ayant pas validé leur diplôme à l’issue de la session 2020 » et souligne qu’une « instruction est en cours de finalisation ».

Mobilisation

Lors des rencontres nationales du travail social en lutte, les 21 et 22 septembre dernier, un appel national des étudiants en travail social dénonce la précarité des étudiants et souligne que cette fragilité se complique de cette impossibilité de redoublement et de rattrapage. Par ailleurs, une pétition qui avait dépassé les 10000 signatures ce 2 octobre dénonce « l’absence de droit à l’erreur » pour cette promotion et réclame l’organisation de sessions de rattrapage. Une page Facebook : Etudiants du travail social en force ! coordonne la mobilisation dans les différentes écoles.


26 septembre 2019

Rencontres nationales. Travail social mobilisé

Les troisièmes rencontres nationales du Travail social en lutte, organisées par la Commission de mobilisation travail social IDF, les collectifs Le social déchainé (59), Le social brûle (13), Travail social de l’Oise (60) et des syndicats locaux (CGT, FSU, SUD) ont réuni une centaine de personnes à l’Université Paris-Nanterre, les 21 et 22 septembre.

Professionnels du secteur social et médico-social, étudiants en travail social, syndicats, etc. « de plus en plus nombreux à refuser le démantèlement de l’action sociale », ont pu poser leurs constats. Des constats partagés sur les répercussions des politiques de ces dix dernières années, au niveau général (dégradation des conditions de travail, généralisation des appels à projets, contrôle des personnes précaires, etc.) et ceux liés aux différents secteurs représentés (protection de l’enfance, psychiatrie, hébergement d’urgence, etc…). De leur côté, les étudiants ont dénoncé une précarisation (réduction des financements par Pôle Emploi), la dégradation du contenu et de la qualité des formations ou encore les difficultés pour trouver des stages gratifiés.

Combativité

Mais l’heure était surtout à la combativité. « Je retiens de ces journées, la qualité des débats, la détermination assez forte des participants qui nous ont permis de nous atteler assez rapidement aux propositions, apprécie Mathilde, éducatrice spécialisée et membre de la commission de mobilisation travail social IDF, co-organisatrice de ces journées. Sont ressorties : la nécessité de coordonner et d’unifier les résistances au niveau national afin de donner plus de force à nos propositions pour défendre les différents secteurs, les structures et la qualité des prises en charge. » Un appel est en cours de rédaction.

Au programme aussi : le soutien aux actions locales ; la participation aux grèves interprofessionnelles avec constitution de cortèges social / médico-social ; le soutien aux luttes des personnes concernées par les services sociaux (jeunes et anciens bénéficiaires de l’Aide sociale à l’enfance, personnes sans papiers, demandeurs d’emploi, etc.)
Et les quatrièmes journées de mobilisation nationale du Travail social en lutte sont déjà programmées aux 21 et 22 mars 2020.


19 septembre 2019

Pauvreté des enfants. Quelle stratégie ?

« Injuste et de plus en plus proche. » Ainsi apparait la pauvreté aux enfants. À l’occasion de la 13ème édition de son baromètre sur la pauvreté, présenté le 10 septembre, le Secours populaire a donné la parole aux 8 - 14 ans.

62 % d’entre eux ont de plus en plus peur de la pauvreté, soit 4 % de plus qu’en 2015. « La perception des situations de pauvreté de leurs camarades augmente : ils déclarent de plus en plus que dans leur classe ou leur école, des enfants par manque d’argent ne vont jamais au cinéma, au musée ou dans des parcs d’attraction, évoque Étienne Mercier, co-directeur du département opinion d’Ipsos, coréalisateur de l’enquête. Mais aussi que certains de leurs camarades ne portent jamais de nouveaux vêtements ou de nouvelles chaussures, faute d’argent ou encore qu’ils ne peuvent pas manger en quantité suffisante ou de manière variée. »

Du côté des adultes, le Secours Populaire souligne que si la proportion de Français déclarant avoir déjà été sur le point de connaître une situation de pauvreté est en recul cette année, ces résultats ne doivent pas cacher une accentuation de la fragilisation des catégories les moins aisées de la population.

Angle mort

Le 12 septembre, Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté, faisait le point sur la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté qui souffle sa première bougie. Il se félicite entre autres de l’investissement social pour les très jeunes enfants via les crèches et le soutien à la parentalité, mais aussi de la lutte contre les privations avec des petits déjeuners offerts dans 400 écoles, l’accès à la cantine à 1 € pour les enfants pauvres dans près de 4 000 communes.

Pour le collectif Alerte, la Stratégie de lutte contre la pauvreté contient des avancées timides et des reculs certains. Il pointe des aspects positifs sur la prévention, l’accès aux droits, la lutte contre « les inégalités de naissance » mais dénonce le fait que cette Stratégie « laisse sur le bas-côté une partie significative des populations les plus précaires qu’il est urgent de soutenir et d’accompagner selon des principes d’universalité et d’inconditionnalité nécessaires à l’éradication de la grande pauvreté. »

Il alerte par exemple sur le fait que le pouvoir d’achat de ces personnes a diminué avec la baisse des APL et la désindexation des allocations logement et des prestations familiales ou encore que le nombre de personnes et de familles vivant à la rue, en campement ou en bidonville bondit. Il appelle à « un changement de cap. »


17 septembre 2019

Élisabeth Zucman. Le polyhandicap en deuil

Quiconque rencontrait Élisabeth Zucman, femme minuscule, volubile et curieuse, tombait sous son charme. Pionnière de la reconnaissance des droits des personnes polyhandicapées, elle est décédée le week-end dernier à l’âge de 89 ans.

Élisabeth Zucman était une compagne de route de Lien Social. « Je garde tous les numéros depuis le premier », nous rappelait-elle à chaque rencontre. Elle intervenait régulièrement dans nos colonnes, envoyant ses textes manuscrits – à l’écriture serrée -, à l’ancienne, par la Poste.

Dès 1963, médecin de rééducation fonctionnelle, elle choisit de travailler auprès d’enfants polyhandicapés, alors appelés « arriérés profonds » pour lesquels il n’existait rien. La sécurité sociale ne prenait en charge aucun de leurs soins. Ils vivaient dans leur famille, dans des hôpitaux asilaires sans soins appropriés ni stimulation. Leur espérance de vie n’excédait pas trois ans. En 1964, elle négocie avec des patrons hospitaliers, leur prise en charge individuelle par la sécurité sociale et l’année suivante, elle fonde le Comité d’études, d’éducation et des soins des personnes polyhandicapées (Cesap).

Depuis et jusqu’à la fin de sa vie, elle a bataillé pour la reconnaissance des droits aux soins et à l’éducation des personnes polyhandicapées. Conseillère du Centre technique national d’études et de recherches sur les handicaps et les inadaptations (CTNERHI), elle a publié de nombreux rapports et ouvrages sur la question.

Une pionnière

Dans un hommage publié sur Twitter, l’Unapei 62 salue celle qui : « a été une pionnière dans l’histoire du polyhandicap ; contribuant par son énergie, son engagement, son humanisme et son éthique à la reconnaissance des personnes polyhandicapées et à la considération de leur humanité. »

« Par son engagement aux côtés d’autres pionniers, elle a contribué à l’émergence de véritables approches médicale et sociale de la personne polyhandicapée et de sa famille, rappelle pour sa part le Groupe Polyhandicap France, dont elle était présidente d’honneur. Elle a développé une clinique créative qui, s’appuyant sur des compétences professionnelles complémentaires, fut une véritable révolution au service d’une cause ne mobilisant alors que quelques vagues et vaines expressions d’une compassion sociale sans lendemain. »

Lien Social perd une amie.


11 septembre 2019

Justice des mineurs – L’alerte des professionnels

Ce 11 septembre, en Conseil des ministres, Nicole Belloubet, ministre de la Justice, présentait la réforme de la justice des mineurs. Cette réforme attendue de l’ordonnance de 45 ne sera pas votée par l’Assemblée mais passera par ordonnances.

Elle avance une « présomption de discernement », soit un seuil d’irresponsabilité pénale à 13 ans. La réforme laisse cependant la possibilité au procureur ou au juge de motiver leur décision s’ils souhaitent engager des poursuites pénales en dessous de 13 ans. Dans une contre-proposition à la réforme publiée en avril dernier, des professionnels de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), éducateurs, psychologues, magistrats avançaient un seuil irréfutable d’irresponsabilité pénale à 14 ans.

Mise à l’épreuve éducative

La réforme installe une nouvelle procédure qui supprime la procédure d’instruction devant le juge des enfants, permet un jugement en trois mois suivi d’une « mise à l’épreuve éducative » sur 6 à 9 mois avant la décision sur la sanction du juge des enfants. « Elle prend en compte l’évolution du mineur, sa personnalité, les efforts accomplis et/ou les incidents survenus » avance le ministère.

« C’est une rupture fondamentale avec l’esprit de l’ordonnance de 45 » réagissent plusieurs syndicats (CGT-PJJ, SNPES-PJJ, FSU) mobilisés ce même jour à Paris (photo) pour demander « des moyens pour l’éducation pas pour l’enfermement ». « On est sur une institution qui va promouvoir des mesures de contrôle, des mesures probatoires où la dimension éducative sera réduite à un paravent », s’emporte Vito Fortunato éducateur PJJ du SNPES-PJJ qui craint un bouleversement complet des pratiques des professionnels.
La nouvelle procédure est « un leurre », selon Aurore Trepp de la CGT-PJJ. « Désormais, le jugement sur la culpabilité interviendra dans les 10 jours à trois mois là où actuellement nous pouvons avoir 6, 8, 10 mois pour travailler, nous éducateurs, avec un adolescent sur sa responsabilité et qu’il puisse arriver à l’audience en disant : « j’ai compris ». La nouvelle procédure ne lui laisse plus ce temps là. Elle commence par poser la culpabilité puis interroge : si tu te tiens bien pendant la période de mise à l’épreuve alors la dispense de peine sera peut-être possible ».

Vingt nouveaux centres éducatifs fermés

La possibilité d’une audience unique qui juge à la fois de la culpabilité et de la peine reste possible, une sorte de comparution immédiate pour les mineurs, s’alarment les syndicats qui rappellent que, contrairement à une idée répandue, la justice des mineurs n’est pas laxiste. Selon eux, c’est ce faux procès qui pousse aujourd’hui le politique vers toujours plus de répressif. L’annonce de la création de 20 centres éducatifs fermés signe, pour ces professionnels, le choix du répressif sur l’éducatif. « Ce sont des antichambres de la prison » tranche Vito Fortunato qui rappelle les critiques répétées de ces centres par la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté. Et leurs coûts bien plus importants que ceux des mesures en milieu ouvert.

Le ministère souligne que le Parlement a désormais un an pour débattre et modifier le projet de loi de ratification de cette réforme qui devrait entrer en vigueur le 1er octobre 2020.


3 septembre 2019

Droit à l’éducation • Enfants privés d’école

« Nous sommes des enfants vivant en squats, en bidonvilles, en hôtel sociaux, des enfants des gens du voyage, des mineurs isolés étrangers, nous avons tous en commun d’avoir rencontré ou de rencontrer encore de grandes difficultés pour accéder, rester et réussir à l’école ». Anina Ciuciu est la marraine du collectif #Ecolepourtous, créé en novembre dernier, il interpelle, ce mardi 3 septembre, le ministre de l’éducation en rappelant que 100 000 enfants restent aux portes des écoles. Il propose leurs mesures pour que le droit à l’éducation soit respecté pour tous.

Née dans une famille rom roumaine, Anina Ciuciu a connu de grandes difficultés pour accéder à l’école. La grande précarité, la vie en bidonville et en squat, les difficultés administratives, le racisme, autant de barrière qu’elle et sa famille ont dû surmonter pour que la petite fille soit scolarisée. « Grâce aux efforts de mes parents, grâce un peu à la chance et grâce à a rencontre d’une maîtresse, j’ai pu entrer à l’école » raconte aujourd’hui celle qui vient de finir l’école du Barreau et rêve de devenir avocate pour « défendre la justice pour tous ».

À ces côtés, dans le collectif, Saifoulaye Sow, jeune mineur isolé qui n’a pu accéder à l’école qu’après deux années de bataille pour faire reconnaître sa minorité et qui craint aujourd’hui de voir tous ses efforts pour entrer en CAP détruits par un refus de contrat jeune majeur. Il demande que la présomption de minorité permette l’accès à l’école et que le contrat jeune majeur obligatoire conforte les parcours des jeunes étudiants. Ritchy Thibault, enfant du voyage, estime avoir eu de la chance : il est un des rares de son entourage a être allé à l’école mais il témoigne d’une scolarité teintée de racisme, coincé en fond de classe avec des crayons. Il demande la mise en place d’une réelle politique de médiation scolaire.

Diana Rupa, rom roumaine, évoque avec émotion, les actes de racisme qui l’ont obligé à abandonner l’école. Elle plaide pour une réelle politique de prévention contre le racisme. Un racisme qui suinte à chaque étape de ces enfants sur le chemin de l’école. La mairie a refusé l’inscription de Slavi Miroslavov, jeune bulgare vivant en bidonville, il n’avait pas d’attestation de domiciliation. Une directrice d’école à l’écoute lui a finalement permis de débloquer la situation mais la scolarité du jeune homme a été hachée par les expulsions. Il réclame une simplification des inscriptions et une trêve scolaire des expulsions. Ces demandes ont été remises par le collectif à la défenseure des droits des enfants, Gisèle Avenard. En attendant une réponse du ministre de l’Education nationale.


12 juillet 2019

Handicap : Mobilisation nationale en chantier

Simplifier la vie des personnes handicapées ; décomplexifier l’accès à la Prestation de compensation du handicap (PCH) ; améliorer son articulation avec l’Allocation pour l’éducation de l’enfant handicapé ((AAEH) ; soutenir la parentalité ; doper le fonctionnement des Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) et envisager un pilotage national ; coconstruire les politiques publiques avec les personnes concernées ; limiter les départs en Belgique…
Autant de propositions présentées le 10 juillet par le comité de pilotage de la 5ème Conférence nationale du handicap (CNH) intitulée « Tous concernés, tous mobilisés » à Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées. Un comité de pilotage composé de trente-cinq personnes, acteurs de la société civile et membres du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH). Entre décembre et juin 2019, il a planché sur les cinq chantiers de la CNH avec de nombreux acteurs - personnes en situation de handicap, administrations centrales, Caisse nationale de l’autonomie (CNSA), etc. - Un travail de concertation unanimement salué.

Nous aussi

Si Annie Coletta, présidente de l’Association des directeurs de MDPH, partage les constats du groupe de pilotage, elle souligne la nécessité de ne pas rester « à moyens constants » pour rendre les MDPH plus efficaces. D’autres représentants d’associations pointent la nécessité d’ouvrir de nombreuses places dans les établissements médico-sociaux pour enfants et adultes handicapés ou encore de prendre en compte la spécificité des enfants polyhandicapés dans une « future société inclusive ». Lahcen Er Rajaoui, président de Nous Aussi, l’association française des personnes handicapées intellectuelles, demande l’accessibilité de toute l’information les concernant notamment grâce au Facile à lire et à comprendre (Falc).
Sophie Cluzel rendra ses arbitrages à l’automne à l’occasion d’un « Grand forum national pour une société inclusive ». 



8 juillet 2019

Protection de l’Enfance : Quel pacte ?

« Le pacte pour l’enfance, c’est l’ensemble de ma politique », expliquait, le 26 juin dernier, le secrétaire d’État chargé de la protection de l’Enfance, Adrien Taquet, aux journalistes qui tentaient d’avoir des précisions sur le calendrier des annonces concernant la réforme de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).
Ce jour là, les six groupes de travail restituaient leurs travaux au secrétaire d’État chargé de la protection de l’Enfance. Le communiqué du ministère indiquait « remettre cette politique publique à hauteur d’enfant », mais encore ? Des annonces étaient attendues lors des assises de la protection de l’enfance ces 4 et 5 juillet à Marseille. Finalement, la présentation du pacte est annoncée pour l’automne.

Bribes de mesures

Quelques mesures ont été avancées : permettre la saisine d’au moins deux juges pour les décisions les plus complexes, élargissement aux enfants protégés du programme « devoirs faits » - qui permet aux élèves de faire leurs devoirs en classe plutôt qu’à la maison - et du soutien scolaire numérique prévu pour les enfants hospitalisés. Création d’un « album de vie » pour chaque enfant pris en charge par l’ASE (outil déjà utilisé par de nombreuses équipes) et mise en place d’indicateurs pour évaluer la prise en compte de la parole de l’enfant.

Professionnels mobilisés

« Aucune véritable réponse aux préoccupations exprimées par les professionnels de terrain », souligne la commission de mobilisation du travail social d’Ile-de-France. Plusieurs collectifs manifestaient devant les Assises pour rappeler la situation désastreuse de la protection de l’Enfance dans de nombreux départements. « Partout dans les territoires, le manque insupportable de places d’accueil, la dégradation sans précédent des conditions de prise en charge des enfants confiés par le juge, la politique dévastatrice d’appel à projet, la surcharge dramatique des structures d’accueil, les conditions de travail dégradées des professionnels du social ont conduit le secteur à se mobiliser à plusieurs reprises », rappelle un communiqué intersyndical le jour des Assises.

Deux vitesses

Rien dans les premières annonces d’Adrien Taquet pour les rassurer. Rien non plus sur la situation des mineurs isolés étrangers alors que le Conseil constitutionnel examinera mardi 9 juillet la question prioritaire de constitutionnalité posée par 22 organisations sur la création d’un fichier biométrique des mineurs non accompagnés qui, selon elles, porte « une atteinte injustifiée et disproportionnée à l’exigence constitutionnelle de protection de l’intérêt supérieur de l’enfant ». Elles dénoncent « l’impact dramatique de ce fichier sur la protection de ces enfants vulnérables ». Un fichier qui entérine l’existence d’une protection de l’Enfance à deux vitesses.