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24 novembre 2015

Bidonvilles : vingt-cinq ans de vide politique

« 25 ans de politiques coûteuses et inutiles d’expulsions des bidonvilles ». Voilà le leitmotiv d’une campagne francilienne, lancée le 13 novembre par de multiples associations qui accompagnent les habitants des bidonvilles. Le message s’est quelque peu effacé ce jour-là devant la terrible actualité.

Lien Social tient à revenir sur cette initiative, menée par le collectif Romeurope, Médecins du Monde, le Secours catholique, Amnesty international, l’Association pour l’accueil des voyageurs, et bien d’autres. Ces associations, nationales et locales, se sont réunies pour interpeller les pouvoirs publics. Elles réclament un moratoire sur les expulsions, ainsi que la mise en œuvre de projets alternatifs proposant des solutions pérennes d’habitation. En bref, la mise en place d’une réelle politique de résorption des bidonvilles.

Cet appel fait suite à une conférence régionale sur les bidonvilles, organisée par la préfecture d’Ile-de-France le 22 octobre dernier. « Aucune proposition novatrice n’a été présentée par le préfet de région » regrette Romeurope qui reconnaît toutefois la « volonté d’agir de certains élus », trop peu nombreux, et veut « s’associer à une dynamique constructive ». Il s’agit donc, avec cette campagne de revenir à la charge pour obtenir une véritable prise en considération politique du sujet.

Ces « 25 ans de politiques coûteuses et inutiles d’expulsions des bidonvilles » rappellent qu’en 1989, à Nanterre, les bidonvilles réapparaissaient. Un quart de siècle plus tard, les pouvoirs publics n’ont toujours pas bâti de réponse durable à cette question.



23 novembre 2015

Soutenir les publics vulnérables… ou accroître leurs difficultés ?

Une structure qui gère l’hébergement de personnes en très grande précarité nous fait part de ses démêlés avec une caisse d’allocations familiales. Une situation où la violence bureaucratique vient ébranler l’accompagnement au long cours mené par l’équipe de professionnels du social. Alors qu’un travail en partenariat serait, là, primordial. Éducatrice spécialisée de formation, la directrice monte au créneau dans un courrier adressé à la CAF. Une lettre sensible et sans concession, dont une copie a été envoyée à tous les partenaires sociaux de la structure.



18 novembre 2015


18 novembre 2015

La tentation du vide

« Un temps à rire et à courir / Un temps à ne pas mourir / Un temps à craindre le pire / Il fait beau comme jamais / Tant pis pour l’homme au sang sombre / Le soleil prouvé par l’ombre / Enjambera les décombres » écrivait Aragon dans un poème lucide intitulé Maintenant que la jeunesse .

Le 13 novembre, le pire a frappé les quartiers les plus vivants de la capitale. Ébranlant nos certitudes, nos rythmes heureux, notre cohésion, la mort a fauché au cœur de la vie.

Bien au-delà de la sidération, de la douleur, de la compassion, quelles répercussions ces événements vont-ils avoir sur les métiers de l’intervention sociale ? L’angoisse s’accroît. Les dangers de l’après-séisme apparaissent déjà, en termes d’instrumentalisation électorale, mais aussi d’amalgame ou de suspicion, voire de surveillance généralisée. Plusieurs associations craignent le risque de surenchère sécuritaire et de stigmatisation.

Faut-il penser avec la philosophe Cynthia Fleury que chacun doit percevoir « l’obscurité de son temps comme une affaire qui le regarde » afin d’élaborer des solutions ? Affaiblis, malmenés, désavoués parfois, l’action éducative et le travail social revendiquent leur nécessité et leur pertinence.
Plus que jamais, les éducateurs, assistants et acteurs sociaux vont devoir porter haut leur détermination, leur énergie, leur créativité. Continuer de résister contre les fermetures brutales de structures de proximité, contre l’abandon des quartiers, défendre la prévention, le devoir d’éducation spécialisée, l’avenir de nos métiers qui eux aussi tutoient la lutte contre les extrémismes.

Toutes proportions gardées, le dossier du prochain numéro de Lien Social (n° 1174, à paraître le 26 novembre), la protection des jeunes majeurs, outil essentiel mais en voie de disparition, témoignera en ce sens.


30 octobre 2015

Travail social • États généraux, version alter

Ils estiment ne pas avoir été entendus lors du déroulement officiel des États généraux du travail social. Cinq syndicats et un collectif (CGT-SUD-FSU-FAFP-UNEF et Avenir educs) ont lancé le 16 octobre à la Bourse du travail à Paris les États généraux alternatifs du travail social pour faire entendre leur voix, défendre leur métier.

Deux cents personnes environ étaient présentes pour ouvrir un lieu de réflexion commune et penser « un socle pour construire le social de demain, pour cesser d’être en butte avec les idéologies impensées qui habitent la finance et détruisent les sociétés ». C’est l’une des craintes majeures ressorties de cette première rencontre : « Un vent néolibéral empoisse tout ce secteur d’activité et suscite beaucoup d’incompréhension et de colère chez les professionnels, obligés d’aller à rebours des raisons humanistes qui les ont motivés pour ces métiers relationnels exigeants », décrypte une ébauche de réflexion vers une doctrine pour le travail social, issue de ces États généraux alternatifs. Elle « dénonce l’économie au plus haut niveau d’une véritable réflexion sur la nature du social en actes et l’ouverture volontaire du champ aux discours et pratiques managériales sur fond de réduction des dépenses publiques ». Le mouvement espère s’étendre en région (un premier débat est prévu à la Bourse du travail de Lille le 26 novembre prochain sur le thème Qui gouverne le social ?).
Une journée nationale s’ébauche pour le mois de janvier, un festival du travail social se prépare pour mai, des rencontres pour redonner sens et perspectives au travail social. Des éléments absents, selon les initiateurs des EGTS alter, du rapport Bourguignon et du plan d’action gouvernemental.


22 octobre 2015

Les États généraux du travail social n’auront pas lieu

« C’est quand, les États généraux du travail social ? » Par cette question rythmant son discours lors de la présentation du rapport de la députée Brigitte Bourguignon le 2 septembre dernier, la secrétaire d’État Ségolène Neuville soulignait l’attente des travailleurs sociaux. Le gouvernement vient de donner sa réponse. À l’en croire, ils seraient terminés, à l’issue « de nombreux échanges dans les territoires au cours de l’année 2014 » et des synthèses des groupes de travail issues des travaux des assises régionales sur les cinq thèmes suivants : coordination des acteurs, formation initiale et formation continue, métiers et complémentarités, place des usagers, développement social et travail social collectif. Place désormais à la mise en œuvre, avec le Plan d’action interministériel en faveur du travail social et du développement social, présenté le 21 octobre.
Qu’y lit-on ? Les grands axes du travail social version début XXIème siècle, avec d’abord la promotion de la participation des personnes et la simplification de l’accès à l’accompagnement, grâce la mise en place d’un « premier accueil social inconditionnel de proximité » suivi d’un accompagnement par un référent de parcours ; la promotion du développement social au sein des départements, avec la fusion des schémas départementaux en un « pacte des solidarités et du développement social » ; la revalorisation du travail social, avec le reclassement en catégorie A des fonctionnaires de la filière sociale et « la modernisation de l’appareil de formation » : création d’un corpus commun de connaissances, renforcement de la qualité des formations initiales et continues, passerelles entre formations sociales et universitaires ; enfin la rénovation de la gouvernance du travail social, avec notamment la transformation du Conseil supérieur du travail social (CSTS) en Conseil interministériel du travail social (CITS).
Pour montrer l’importance accordée à la formation et donc aux jeunes pousses du travail social, c’est dans un IRTS que Ségolène Neuville a souhaité présenter jeudi 22 ce plan d’action. Le choix de Nancy pour communiquer ne doit rien au hasard, la Meurthe-et-Moselle étant l’un des départements vertueux en matière de développement social. Côté réactions, l’Unaforis a salué « un événement majeur » et « une base politiquement forte et courageuse », malgré certaines « ambiguïtés ». L’Uniopss de son côté « se félicite de l’implication politique du gouvernement sur cette thématique, qui se concrétise dans des mesures visant à favoriser la rénovation du travail social », mais regrette « qu’une conférence n’ait pas permis de matérialiser la fin des États généraux ».
Car reste, malgré l’affichage politique, un fort goût d’inachevé. Au départ ambitieux, ces états généraux censés laisser la parole au peuple des travailleurs sociaux ont rapidement tourné au fiasco. Bien peu ont pu s’exprimer et bien peu ont été entendus. Les besoins évoqués lors des assises territoriales – participation des personnes accompagnées, développement social ou décloisonnement – étaient en outre déjà largement connus. « C’est quand les États généraux du travail social ? » . Finalement, nous avons la réponse : ils n’ont pas eu et n’auront pas lieu. Repris en main par l’État, ils ont abouti à une orientation politique du travail social, avec ses insuffisances mais aussi ses perspectives intéressantes. Ceux qui restent sur leur faim peuvent toujours se tourner vers les mieux nommés États généraux alternatifs du travail social, organisés par le collectif Avenirs Educs et une demi-douzaine de syndicats.


15 octobre 2015

Chibanis • Une fausse bonne nouvelle

Les Chibanis et Chibanias, « cheveux gris » en arabe, pourront retourner longtemps dans leur pays d’origine et retrouver leurs proches sans craindre de perdre leurs prestations sociales en France. Voilà comment communique le ministère des Affaires sociales autour du décret publié au Journal officiel du 6 octobre dernier, attendu depuis la loi DALO de 2007 et qui met en place une « aide à la réinsertion sociale et familiale » des personnes immigré(e)s retraité(e)s. Aujourd’hui, risquant de perdre l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) – conditionnée à six mois de résidence en France par an minimum – et l’allocation logement notamment – huit mois en France minimum – les Chibanis renoncent souvent à cette possibilité. La nouvelle aide se substituera donc en janvier 2016 à ces prestations, pour un montant minimal de 600 euros par an pour les personnes aux ressources annuelles comprises entre 6 000 et 6 600 euros, et un montant maximal de 6 600 euros par an, soit 550 euros par mois, pour les ressources inférieures à 600 euros. Mais les conditions pour en bénéficier sont tellement restrictives qu’elles ne concerneront que 500 personnes, estime le Gisti, loin des 35 000 annoncées par le ministère. « L’idée de départ n’est pas mauvaise, consistant à faciliter les aller-retour de ces personnes qui sont d’ici et de là-bas, et donc à respecter leur droit à la liberté de circulation, explique Antoine Math, membre du Gisti et chercheur sur les questions sociales et économiques. Mais avec des conditions telles que vivre en foyer – ce qui exclut ceux qui, comme à Marseille, vivent dans des hôtels meublés- et retourner au pays six mois par an et plus – ce qui conduira à la perte totale des droits sociaux en France – ce dispositif est ridicule. Il vise à réaliser des économies avec le retour définitif des personnes dans leur pays d’origine ». Salah Amokrane, coordinateur général de l’association toulousaine Tactikollectif, qui s’est fortement mobilisée via le collectif « Justice et dignité pour les chibani-a-s », voit lui dans ce décret « plutôt un progrès, mais qui va concerner peu de monde et qui reste à la marge par rapport à la situation générale des Chibanis, à qui la CARSAT continue à réclamer des trop-perçus et qui peinent à accéder à leurs droits sociaux ». L’heure de la fin de l’« injustice » envers ceux « qui ont tant apporté à la France », selon les mots du ministre de la ville Patrick Kanner lors de la publication du décret, n’a donc pas encore sonné.


9 octobre 2015

Loi immigration • La délation légalisée

La future loi sur l’immigration, dont le vote solennel est prévu au Sénat le 13 octobre prochain, ouvre « une brèche dangereuse » selon la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars) et l’association nationale des assistants de service social (Anas). Dans ce texte, les articles 8 et 25 conjugués permettent aux agents préfectoraux de vérifier les informations délivrées pour l’obtention ou le renouvellement de la carte de séjour pour en contrôler leur véracité. L’école, la santé, l’emploi et le social sont directement concernés. À tout moment, même pour s’assurer de la poursuite des conditions d’admission au séjour, la préfecture pourra exiger de ces administrations toute information relative à la situation de la personne bénéficiaire du titre de séjour. L’enfant va-t-il bien à l’école ? Les soins sont-ils bien suivis ? La personne travaille-t-elle bien chez vous ? Hébergez-vous bien telle personne ? Désormais, si le texte passe en l’état, les professionnels du social et du soin, public ou privé, seront tenus d’y répondre sous peine d’amende de 7 500 euros. Une levée très inquiétante du secret professionnel, alertent la Fnars et l’Anas, qui dénoncent une « légalisation de la délation ». Par ailleurs, comme à chaque discussion sur le droit des étrangers, l’Aide médicale d’Etat a subi une attaque en règle par le Sénat.
Cette aide médicale qui permet l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière a été tout simplement rayée du texte de loi et remplacée par une aide médicale d’urgence (AMU). L’AMU limiterait l’accès aux soins pour les maladies graves, les grossesses, les vaccinations réglementaires et les examens de médecine préventive… Une aberration pour la santé publique qui, espèrent les associations, sera repoussée par la commission des lois.


2 octobre 2015

L’ASE 44 en grève

Les services de l’Aide Sociale à l’Enfance sont chargés à la fois d’une mission de prévention prévoyant l’accompagnement des familles et des enfants en difficulté et de protection permettant de répondre aux décisions du juge des enfants, quant à la mise à l’abri d’un milieu familial par trop dysfonctionnant ou maltraitant. Quand une décision de justice ordonne un retrait sans délai au regard du danger couru, la mesure est exécutoire immédiatement. Ne pas l’appliquer constitue un risque immédiat pour l’enfant de non assistance à personne en péril. C’est pourtant ce qui se déroule en Loire-Atlantique, depuis quelques années. Aujourd’hui, si 135 enfants sont en attente d’une mise à l’abri, c’est toute la chaîne qui est embolisée. Le service des informations préoccupantes voit affluer les enquêtes à réaliser, sans pouvoir réagir en temps et en heure. Le secteur de l’aide éducative administrative tout comme celui des AEMO judiciaires ne peuvent faire autrement que de faire patienter de longs mois, avant de pouvoir donner suite aux accompagnements qui leur sont demandés. Le dispositif d’accueil d’urgence est saturé. Les services de placement familial croulent sous les demandes, sans pouvoir y répondre. Les maisons d’enfant à caractère social, comme les foyers d’adolescents ont une longue liste d’attente. Les lieux de vie, pourtant exceptionnellement nombreux dans le département, n’ont pas plus de disponibilités. Les professionnels de l’aide sociale à l’enfance assistent impuissants à la dégradation des situations des enfants et des familles, sans pouvoir leur proposer la moindre solution. Trop, c’est trop. La mobilisation a commencé par la grève du 29 septembre de la délégation de Saint Nazaire qui, profitant de la venue de la vice-présidente du Conseil départemental, a provoqué une rencontre. Les agents du département sont appelés par les syndicats à une nouvelle grève le lundi 5 octobre pour protester contre une situation devenue totalement ingérable.


28 septembre 2015

Bidonvilles • Une population mise au ban

« Ils viennent le matin à 7 heures et nous disent : vous avez dix minutes puis vous sortez », témoigne Paris Radu. « J’ai pris deux - trois affaires avant que nos baraques soient cassées par des bulldozers ». Un scénario répété tellement de fois que ce Roumain, installé en France depuis 10 ans, père de deux enfants, ne se souvient plus du nombre d’expulsions subies. Le collectif national droit de l’homme, Romeurope, dans son dernier rapport national d’observation pour 2014, intitulé Le droit et les faits , détaille les atteintes fondamentales faites aux enfants qui vivent dans les bidonvilles, atteinte dans leur accès à des conditions de vie dignes, à la scolarisation, aux soins... « Pas un seul enfant vivant en bidonville n’a pas connu au moins une expulsion », souligne Guillaume Lardanchet, président de Romeurope et directeur de Hors la rue qui s’inquiète de « l’impact à long terme » de cette politique du « bannissement ».
Une politique qui coûte très cher : le collectif chiffre entre 30 et 40 millions d’euros les sommes dépensées pour expulser et détruire les bidonvilles. « Est-ce que cet argent là, de l’argent public, ne pourrait pas être utilisé autrement, en particulier pour financer des processus d’intégration, d’accompagnement qui aujourd’hui n’existent pas ? », questionne François Loret, membre du collectif Romeurope du Val Maubuée. Si 2014 comptabilise un peu moins d’expulsions que 2013, reste qu’en moyenne trois lieux de vie ont été détruits par semaine… Au total, plus de 13 000 personnes ont subi ces destructions, une politique qui s’est accélérée en 2015 : 8 334 personnes ont été chassées de leurs lieux de vie depuis le début de l’année, dont 4 277 personnes pour les seuls mois de juillet et aout 2015. Une politique qui ne mène nulle part, dénonce Romeurope, si ce n’est à empêcher toute construction d’une réponse publique cohérente pour, réellement, faire disparaître ces symptômes de misère extrême que sont les bidonvilles. « Nous demandons la stabilisation des personnes et la sécurisation des lieux de vie, car aucune politique publique ne peut être construite sur les expulsions systématiques », insiste la déléguée générale de Romeurope, Manon Fillonneau. Par sécurisation, le collectif entend, l’accès à l’eau, l’électricité, mais aussi la sécurisation liée au trafic routier. « Stabilisons les personnes dans des lieux de vie, appuie François Loret, pour permettre un temps de transition suffisant, l’accompagnement social nécessaire, pour que les familles aient la possibilité de sortir d’une situation catastrophique par le haut, par l’accès au travail, la scolarisation des enfants, l’accès aux soins et l’accès au logement ». Pour l’heure, les politiques publiques restent muettes. La circulaire d’août 2012 qui prévoyait une réflexion et des solutions en amont des expulsions est rarement ou mal appliquée. Les arrêtés municipaux se multiplient, passant outre les processus juridiques qui imposent un cadre légal et des droits à respecter. La mission Adoma de résorption des bidonvilles, lancée en 2014, ne concerne à ce jour que 63 ménages relogés dont 16 en Ile-de-France. Des « mesurettes » dénonce Romeurope « uniquement destinées à certaines personnes sélectionnées sur des critères opaques et contestables ».

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