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27 juillet 2018

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11 juillet 2018

L’avenir de la formation en travail social questionné par l’Ire

L’Interrégionale des formatrices et formateurs en travail social (l’Ire), qui regroupe une quarantaine d’adhérents, a organisé ses journées d’étude vendredi et samedi à l’Institut de formation, recherche, animation, sanitaire et social (IFRASS) de Toulouse.
Devant une centaine de formateurs et d’étudiants, Dominique Lepage, formatrice à l’Ifrass, pose le décor : il s’agit de réfléchir « à la logique techniciste dont on veut peut-être nous faire devenir des agents » sans « être perçus comme des réacs du social ». En toile de fond : la refonte des cinq diplômes d’État de niveau III des métiers du social, dont la mise en œuvre est prévue pour septembre, en l’absence de textes officiels qui se font toujours attendre. Un énième rebondissement dans ce douloureux processus entamé depuis 2014 avec le lancement des États généraux du travail social.

Contre le technicisme

Après une conférence du formateur et docteur en sociologie politique Dominique Depenne, inspirée par la philosophie lévinassienne - singularité, altérité, éthique et utopie, ou comment lutter contre le technicisme qui cherche à régir les relations humaines -, L’Ire proposait sa lecture de la refonte des diplômes. « Parmi les points positifs, le cœur de métier et la relation éducative ont été préservés dans les cinq métiers, ainsi que la possibilité de faire des stages longs, et le tuteur de stage restera un professionnel exerçant le même métier » décrit Julien Parent, co-président de l’Ire. Mais d’autres points inquiètent : la difficulté de trouver des stages réellement qualifiants, l’adossement à l’Université et ses implications, la rentrée future dans Parcoursup, l’absence d’avancée sur la gratification des stages et la disparition de la visite de stage dans le livret de formation adossé à la réforme.

Rapport de force

Dans la salle, les formateurs expriment leurs différentes craintes face à cette réforme qui risque de mettre un coup aux spécificités du travail social, en rentrant dans un modèle où l’expérience de terrain serait secondaire face aux savoirs disciplinaires. Chacun y voit le résultat d’un rapport de force entre défenseurs de l’identité des métiers et « les lobbys qui influencent le gouvernement : le groupe SOS de Jean-Marc Borello, l’entreprenariat social », avec un avantage pour les seconds.

Mais l’inquiétude va au-delà de la seule refonte des diplômes, après la diffusion du projet politique de l’Union nationale des acteurs de formation et de recherche en intervention sociale (Unaforis) présenté le 26 juin. « Il porte des projets très inquiétants : on peut lire par exemple dans son étude prospective que "le modèle de l’école, comme lieu "physique" commun et unique des apprentissages a vécu" » constate Julien Parent. Afin de peser davantage dans ce rapport de force, l’Ire annonce qu’elle se réunira à la rentrée avec d’autres partenaires, dont Avenir Éducs, l’ONES et l’ANAS.


6 juillet 2018

La rétention : une politique française assumée

Notre politique d’enfermement est « unique en Europe » déclare David Rohi de la Cimade en présentant le 3 juillet le rapport annuel 2017 sur les centres et locaux de rétention administrative. Aucun autre pays d’Europe n’enferme autant les étrangers en rétention.

Les six associations qui interviennent dans ces lieux observent une orientation politique forte avec des instructions par voie de circulaire pour « utiliser plus largement et plus systématiquement la rétention » souligne David Rohi. « Aujourd’hui, les centres de rétention sont remplis comme jamais » ajoute-t-il.

Les associations recensent des violations multiples de droits. « Nous rencontrons en rétention des parents d’enfants français, des étrangers malades, des conjoints de français, des parents d’enfants à naître » rapporte Céline Guyot de l’Assfam. L’enfermement des personnes en demande de protection internationale a atteint une échelle inédite : 3 000 personnes ont ainsi été retenues alors qu’elles venaient de Syrie, d’Iran, du Soudan, d’Irak, d’Erythrée et d’Afghanistan. La plus grande majorité a été libérée par les juges. Car l’absurde joue là en maître : « enfermer massivement ne permet pas d’éloigner beaucoup » souligne le rapport. Sur les 47 000 placements en rétention en métropole et outre-mer, 60% ne sont pas suivis par un éloignement.

Des enfants interpellés à domicile

« L’utilisation massive de la rétention révèle donc une efficacité limitée, dans un contexte de privation de liberté traumatisant » pointe le rapport. Les associations dénoncent notamment le placement toujours plus important d’enfant en rétention. En 2017, 304 enfants ont subi cette mesure en métropole, environ 2 500 à Mayotte. Pour « une seule raison : le confort de l’administration pour faciliter la logistique du départ » appuie Mathias Venet de l’Ordre de Malte. « Ils arrivent souvent hagards et inquiets après avoir été interpellés à domicile à 6 heures du matin avec leur famille par un escadron de policiers » témoigne-t-il. Une pratique française déjà sanctionnée à cinq reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme.

Mais rien n’annonce l’arrêt de cette politique. La future loi sur l’asile et l’immigration prévoit de doubler la durée de rétention. Elle franchit une « ligne rouge » selon David Rohi : désormais même les personnes qui ne font pas l’objet d’une mesure d’éloignement du territoire pourront être placées en rétention, le temps d’étudier leur situation administrative… Les centres de rétention n’ont pas fini d’être pleins.


4 juillet 2018

Psychiatrie, action radicale et plan ministériel

Sept agents hospitaliers campent sur le toit de l’hôpital psychiatrique Pierre Janet du Havre depuis le 25 juin. « Les perchés » demandent la venue de la directrice de l’Agence régionale de santé de Normandie pour qu’elle constate sur place les conditions d’accueil des patients et de travail du personnel. Soutenus par une intersyndicale SUD, CGT, CFDT, ils mènent une grève reconductible afin d’obtenir la création de 50 postes, la suppression des lits supplémentaires provoquant de la sur-occupation, l’arrêt des fermetures des structures extérieures proches de la population. Ces revendications rejoignent celles des grévistes de la faim de l’hôpital psychiatrique du Rouvray. Début juin, ils avaient fini par obtenir 30 postes supplémentaires après 28 jours sans s’alimenter.

Halte à la suroccupation

Si mardi 3 juillet, le député France insoumise François Ruffin a participé à l’assemblée générale de l’hôpital psychiatrique du Havre, c’est bien que la question touche plus largement le traitement de la santé mentale en France. Partout le nombre de malades augmente, alors que les budgets restent constants. Le 28 juin 2018, Agnès Buzyn a dévoilé sa feuille de route sur ce sujet devant le 1er Comité stratégique de la santé mentale et de la psychiatrie (CSSMP). Le plan de la ministre des solidarités et de la santé part d’un constat : « La demande de soins est en augmentation constante notamment pour les troubles anxiodépressifs, les psycho-traumatismes, les troubles du comportement, les addictions. La prévention et les interventions précoces sont insuffisantes et les diagnostics trop tardifs. Les ruptures de parcours sont trop nombreuses et entraînent une détérioration des trajectoires de soins et de vie. De plus, la stigmatisation relative aux troubles psychiques est encore trop prononcée. »

37 mesures pour quel budget ?

« Pour porter une vision positive de la santé mentale et promouvoir une psychiatrie qui ne soit plus le parent pauvre de la médecine », la ministre propose 37 mesures déclinées autour de trois grands axes d’intervention : la prévention, l’accès au soin en formant les médecins généralistes, l’inclusion sociale des personnes en situation de handicap psychique. Instance composée de 29 experts du médicosocial, le Comité stratégique de la santé mentale et de la psychiatrie est chargé d’organiser une prise en charge sur-mesure. Si le ministère évalue le coût économique et social des troubles mentaux à 109 milliards d’euros par an, le budget alloué à la mise en place de sa nouvelle stratégie reste flou. Pas certain que ça suffise à rassurer les « perchés ».


2 juillet 2018

Protection de l’enfance : des assises mouvementées

« Je ne travaille pas directement dans la Protection de l’enfance mais je suis venu par solidarité, raconte Thierry Creis, infirmier psychiatrique dans un service pour adultes du CHU de Nantes. On voit débarquer des jeunes de 13 ans parce qu’il n’y a pas de place en pédopsychiatrie. On est obligés de les mettre à l’isolement pour les protéger. » Le syndicaliste de Sud est resté bloqué devant les portes de la Cité des congrès de Nantes, comme les quelque 200 travailleurs sociaux venus pour casser l’ambiance des 11èmes assises de la protection de l’enfance.

Neuf mois d’attente pour une prise en charge

Profitant de cette vitrine de la profession, ils ont témoigné des difficultés du suivi du public accueilli par l’Aide sociale à l’enfance en Loire Atlantique, des neuf mois d’attente pour la prise en charge d’un enfant jugé en danger, du non accueil des mineurs non accompagnés… Organisée les 28 et 29 juin 2018 à Nantes par le Journal des acteurs sociaux en collaboration avec le Conseil départemental, cette édition réunissait 2 000 professionnels autour du thème : « Dans la famille “jeprotègelenfant" je voudrais… Tous ceux qui répondent à ses besoins. »

Pour l’occasion, la CFDT, la CGT et le syndicat Sud ont constitué le collectif de la protection de l’enfance 44. Pour eux, la communication autour de l’événement cherche à masquer des manques à tous les niveaux : de travailleurs sociaux pour évaluer, d’éducateurs pour accompagner, de places en familles d’accueil, de lits dans les établissements médico-sociaux… Le collectif aurait dû s’exprimer en ouverture du colloque pendant 15 minutes, mais la délégation étant accompagnée de nombreux collègues en colère, l’allocution n’a pas eu lieu.

Les manifestants privés de Cité

Interdits de Cité, les acteurs de terrain ont commencé par perturber l’entrée des Assises. Après deux heures de négociations infructueuses, les CRS sont venus protéger le déroulement du colloque. Les manifestants ont donc raconté leur quotidien devant le centre des congrès. « J’en ai marre de dire aux enfants que je vais les protéger, quand je sais que je n’en ai pas les moyens », lance un éducateur venu d’Île-de-France. Ils ont scandé des slogans, fait un sit in, quatre d’entre eux ont brièvement été arrêtés, dont une mineure venue avec son père…

Pendant ce temps à l’intérieur, comme en témoigne Didier Dubasque sur son blog, les besoins fondamentaux de l’enfant étaient rappelés : physiologiques élémentaires, protection de toute forme de violence, possibilité de construire une relation affective sécurisée, de vivre des expériences « d’exploration du monde », d’avoir des règles et de limites en vue de contenir ses émotions et vivre en société, de s’inscrire dans une histoire narrative, d’être valorisé et d’avoir confiance. Le lendemain, la ministre de la santé et de la solidarité Agnès Buzyn a rappelé que ces fondamentaux devaient s’exercer dans un budget contraint.


25 juin 2018

Grève à la PJJ Île-de-France

Hier, lundi 25 juin, le SNPES-PJJ/FSU et la CGT PJJ ont appelé à une grève nationale afin de permettre aux personnels de manifester leur mécontentement et d’obtenir les moyens nécessaires à l’exercice de leurs missions. Ce mouvement vise à dénoncer la suppression brutale de deux postes d’éducateur·trices dans les deux équipes du Service territorial éducatif de milieu ouvert (STEMO) de l’Est parisien, alors que des renforts étaient attendus en raison de l’activité croissante de ces deux unités.

70 mesures sur liste d’attente

À l’Unité éducative de milieu ouvert (UEMO) Goubet, dans le 19ème arrondissement, en plus de la fermeture d’un poste, le contrat d’une éducatrice contractuelle prend fin et deux éducatrices partent en congé maternité. L’effectif réel, au 1er septembre 2018, sera de 4,6 équivalents temps plein (ETP) au lieu de neuf prévus normalement. Malgré l’anticipation de l’équipe, 40 jeunes actuellement accompagnés ne pourront plus l’être. À cela, s’ajoutent 40 mesures en attente.

À l’UEMO Paris Chemin Vert (11ème arrondissement), dix-huit accompagnements de jeunes sont à répartir et 30 mesures sont en attente. « Malheureusement, cette situation ne constitue en aucun cas une exception à la PJJ, déplore Sophie Benhaïm de la CGT PJJ Île-de-France et Outremer (IDF-OM) : « Nombreux sont les services dépourvus de moyens nécessaires à l’exercice de leurs missions. Sur notre territoire, il manque 58 postes d’éducateurs pour mettre en œuvre les décisions judiciaires ordonnées ».

Un déficit de 58 postes sur le territoire

En 2017, le nombre de décisions judiciaires confiées à la PJJ s’est accru de 9% au niveau national, dont les deux tiers concernent l’IDF-OM. Face à cette impossibilité de conduire les missions éducatives, l’intersyndicale souligne que « dans un contexte de plus en plus sécuritaire, la PJJ fait le choix politique de déployer des moyens considérables pour financer des lieux de privation de liberté, au détriment des autres modes de prises en charge  ».

Les professionnels en grève exigent la réouverture des deux postes dans l’Est parisien et la création de postes sur la région au vu de l’augmentation des mesures PJJ.


18 juin 2018

Le CESE plaide la cause des jeunes majeurs

« Rendre plus visible » la situation des jeunes majeurs et mieux « sécuriser leur parcours », telle est elle l’ambition du Conseil économique social et environnemental (CESE) dans son avis rendu public le 13 juin. Pris en étau entre une politique de protection de l’enfance mal gouvernée, des coupes budgétaires et un manque de connaissances de leurs besoins, ces jeunes « vivent une injonction à l’autonomie » précoce, brutale et globale : il leur faut d’un seul coup se préparer à l’emploi, trouver un logement, se construire un réseau social, le tout sans filet familial.
Le CESE prône donc la fin des « sorties sèches » de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), mais plutôt de l’assortir d’une garantie de ressources ou d’un droit spécifique prévoyant une prise en charge jusqu’à la fin des études ou du premier emploi. Il préconise aussi de reconnaître aux jeunes « un droit d’expérimenter », avec possibilité de retour vers l’ASE en cas de difficultés, et un accès inconditionnel au logement.

Gâchis social

Accompagnement renforcé pour favoriser l’autonomie, ouverture vers des personnes-ressources et constitution d’un réseau, meilleure information sur les bonnes pratiques départementales : toutes les préconisations du CESE vont dans le sens d’une amélioration indispensable de leur situation. La loi rénovant la protection de l’enfance du 14 mars 2016 était restée bien timide à leur égard, notamment parce que les sénateurs, dont beaucoup sont des conseillers départementaux, étaient inquiets pour les finances. Et on ne compte plus les départements mettant fin aux contrats jeunes majeurs…
Au-delà de la « souffrance individuelle » des jeunes concernés, ces choix politiques engendrent pourtant un « gâchis économique et social » rappelle le CESE. Car l’interruption de l’accompagnement empêche souvent « une insertion professionnelle et sociale créatrice de richesses et occasionnant des économies de long terme pour les dépenses sociales ». Enfin, le Conseil estime que « cesser l’aide à 18 ans prive largement de leur sens les efforts quotidiens des jeunes et des travailleuses sociales et des travailleurs sociaux pendant la minorité ».


15 juin 2018

Homosexuel, Moussa risque d’être expulsé dans un État homophobe

Deux mois de prison ferme et deux ans d’interdiction de territoire, la condamnation de Fodé-Moussa Camara est tombée mardi 12 juin en fin d’après-midi. Son délit ? Il a refusé d’embarquer dans un avion qui devait le ramener dans son pays d’origine, la Guinée Conakry. Acrobate de cirque, il est arrivé en France en 2015 avec un visa de travail. Il a alors fait une demande d’asile, expliquant qu’en tant homosexuel il craignait pour sa vie. Soutenu par l’association Aides dont il est militant, il affirme avoir vu son compagnon être brulé vif par sa famille en raison de son orientation sexuelle. En Guinée, l’homosexualité est passible de trois ans de prison, mais son rejet par la population peut conduire à la mort. Sa demande d’asile a cependant été refusée en 2017 et en mars, le jeune homme de 28 ans a été arrêté et placé en centre de rétention à Nîmes suite à un contrôle d’identité.

Brûlé vif par sa famille

Dans un communiqué, Aides « exige la libération de Moussa et le réexamen de sa demande d’asile, et demande la protection de l’État pour toute personne gay, bi, lesbienne ou trans arrivant de pays notoirement homophobes et dangereux ». Malgré ses nombreux soutiens, notamment la maire de Paris Anne Hidalgo et le secrétaire général du PCF Pierre Laurent, le tribunal de Lyon, ville où il a refusé son embarquement, a décidé de l’incarcérer. « Notre militant Fodé Moussa Camara va donc rester en détention jusque début juillet. Il reste menacé d’expulsion dès sa sortie vers la Guinée où il risque la mort, » souligne Aides. Une demande d’annulation du jugement a été déposée par son avocate, Me Florence Alligier, car l’interprète présente pendant le procès ne parlait pas le Soussou, la langue de Moussa.

Cynisme et irresponsabilité

La Lesbian and Gay Pride de Lyon dénonce dans un communiqué une décision inhumaine. « Elle a été prise au cours d’une audience ahurissante et au mépris des droits les plus élémentaires de Fodé-Moussa Camara. En prononçant cette condamnation, l’État français témoigne de son refus d’appliquer en pratique la Convention de Genève de 1951, supposée garantir la protection des personnes face aux persécutions. »


11 juin 2018

Psychiatrie : briser les tabous

Aujourd’hui et jusqu’au 19 juin, l’Unafam organise la 5ème édition de Psycyclette, randonnée cyclotouriste de plus de mille kilomètres contre les idées reçues. Le départ a été donné ce matin du centre hospitalier Buëch Durance de Laragne-Montéglin, dans les Hautes-Alpes. Plus de cent « psycyclistes » y participent, malades, soignants et bénévoles. Ils tentent ainsi, à chaque étape – 12 villes traversées –, de « briser les tabous sur les maladies psychiques » à travers des débats et manifestations festives : on y parlera santé mentale, accompagnement des malades et lutte contre la stigmatisation.

Une discipline marginalisée ?

En mai, dans une lettre ouverte à la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buyzin, l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam) a fait part de deux craintes : d’une part, la grande consultation sur la stratégie de transformation du système de santé a identifié six pathologies chroniques, liste dans laquelle ne figure aucune pathologie psychiatrique. L’Union nationale demande que la schizophrénie fasse partie des pathologies retenues. D’autre part, le décret « relatif aux domaines d’intervention, aux conditions et aux règles s’appliquant à l’infirmier exerçant en pratique avancée » ne retient pas non plus d’inscription pour la psychiatrie, alors qu’une diminution du nombre des psychiatres est annoncée. L’Unafam rappelle que la psychiatrie « est une discipline médicale comme les autres ».


8 juin 2018

Psychiatrie : grève à l’hôpital du Rouvray, suite et fin.

Un accord a finalement été conclu entre la direction de l’hôpital psychiatrique du Rouvray, près de Rouen et les salariés en grève de la faim depuis dix huit jours. D’après les informations de nos confrères de France Bleue, le protocole d’accord permettrait la création de 30 postes au sein de l’établissement hospitalier.

Hier les salariés en grève avaient bloqué la circulation à Sotteville-lès-Rouen, soutenus par les cheminots. « Nous étions décidés à occuper l’Agence régionale de la santé, expliquait alors Bruno Fresnard, délégué CGT et gréviste de la faim. Mais contre toute attente, la préfète nous a proposé une rencontre. Par la suite, l’agence régionale de la santé a reçu une délégation de l’intersyndicale, et la direction des ressources humaines a accepté d’entamer des négociations en début d’après-midi. »

La création de 52 postes était revendiquée

Cet après-midi, après six heures de discussions, la rencontre s’était achevée sur la décision de trouver une solution de sortie de crise avant la fin de la journée. « Nous ne céderons pas sur notre revendication première, la création de 52 postes d’aide soignants et d’infirmiers, précisait le syndicaliste, ambulancier depuis 29 ans dans l’établissement. Actuellement, nous recevons des patients en grande souffrance dans des conditions indignes. »

Avec une capacité de 545 lits, le sureffectif s’élève régulièrement à 30 à 40 places. L’usage de lits de camp installés dans des bureaux, les salles de télévision ou dans des chambres d’isolement est donc devenu une pratique courante. « J’ai la sensation de faire du mauvais travail tous les jours », expliquait également un aide-soignant gréviste de la faim.

Une détermination sans faille

Ce ressenti était d’ailleurs bien résumé par leur slogan : « Des moyens pour soigner, pas pour enfermer. » De nombreux membres du personnel approuvant cette lutte rejoignaient ponctuellement le mouvement d’occupation des locaux administratifs.

Face à cette colère, le Ministère de la santé avait proposé, mercredi dernier, un audit flash. Une proposition vécue comme une provocation par les grévistes. Pour eux la situation est connue depuis longtemps : l’hôpital est le troisième établissement français au niveau de l’accueil... Mais reste au vingtième rang dans les montants des budgets.

Hospitalisations

« Moi je ne suis pas là pour faire du chiffre mais pour soigner des gens, avait témoigné Jean-Yves Herment, infirmier gréviste de la faim et délégué syndical CFDT. Quand théoriquement nous devrions être quatre, nous sommes trois, ou deux. Aujourd’hui, nous mettons notre vie en danger, pas pour obtenir de l’argent, juste pour pouvoir soigner correctement. 52 postes ça représente un budget de 2,5 millions d’euros par an sur un budget d’établissement de 100 millions. »

Débuté il y a près de trois mois, ce mouvement avait pris voilà dix-huit jours la forme d’une grève de la faim. Et après les cheminots, les dockers étaient décidés à apporter leur renfort.

Plusieurs grévistes ont été hospitalisés après la signature de cet accord, rejoignant ainsi leurs camarades déjà placés sous surveillance médicale.