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17 décembre 2015

Hébergement • Froide gestion au thermomètre

En France, 3 798 000 personnes sont mal logées selon les derniers chiffres publiés par la Fondation Abbé Pierre.
Parmi elles, 141 500 n’ont pas de domicile. À l’heure où les plans « grand froid » s’annoncent partout en France, rejouant le triste jeu de l’ouverture des abris en fonction des températures, des professionnels alertent. Dans le Rhône, le collectif des professionnels de l’urgence sociale (PUS) lance un appel : les moyens prévus par le plan grand froid dans la région sont insuffisants.

Pourtant, chaque année, les places sont plus nombreuses mais « la demande explose », affirme le collectif. Et les places proposées ne sont pas adaptées : pas d’accompagnement social, des lieux périphériques loin des écoles, sans aide pour les transports, pas de possibilité de cuisiner, pas d’intimité… « Nous ne pouvons que nous insurger contre cette gestion humanitaire de l’exclusion qui ne règle en rien les difficultés des personnes que nous côtoyons », lance le collectif de travailleurs sociaux qui s’insurge à nouveau contre « le cache-misère » de cette « gestion au thermomètre ».

Les plans grand froid ne couvrent nulle part les besoins : en novembre 11 400 personnes ont appelé le 115 sans obtenir de réponse positive à leur demande d’hébergement soit un appelant sur deux, révèle le baromètre du 115.

Sans compter tous ceux qui n’appellent plus, découragés par des prises en charge temporaires, qui nécessitent de sans cesse rappeler le 115. Parmi ces appelants, de plus en plus de femmes : 2 400 femmes isolées et 1 500 avec des enfants ont sollicité le 115 en novembre. Or, il y a un « manque criant de réponses » adaptées à leur situation, souligne la Fnars. Tous alertent sur « la dégradation de la situation ».



14 décembre 2015

Travail social • Le peuple des invisibles

Qui sont aujourd’hui les « invisibles » du travail social ? Une étude menée par l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion auprès des travailleurs sociaux, rendue publique le 18 novembre, révèle un public très divers : des étrangers en situation irrégulière, des victimes de traite, des personnes non domiciliées, des jeunes sortants de l’aide sociale à l’enfance (ASE) sans le contrat jeune majeur dont ils auraient besoin… En bref, tous ceux qui n’entrent pas dans le « modèle de l’intégration et de l’insertion par l’emploi ».

Les travailleurs sociaux ont pointé « les effets pervers des dispositifs », notant que « l’évolution du travail social se fait à travers une tendance à la spécialisation et à la rationalisation de l’action dans une logique gestionnaire de dispositifs contraignant parfois les travailleurs sociaux à « fermer les yeux » sur les difficultés qu’ils n’ont pas les moyens de résoudre ou à se contenter de traiter les symptômes sans pouvoir agir sur les causes ».

À l’inverse, l’étude révèle également que certains travailleurs sociaux tentent de contourner les cadres institutionnels trop rigides, par des « pratiques clandestines », elles aussi invisibles, portées par des professionnels qui se perçoivent comme « des résistants à l’ordre social imposé ». Les travailleurs sociaux peuvent être des veilleurs sociaux mais aussi participer de cette « invisibilisation sociale ». « L’injonction à l’efficience et à l’évaluation » les pousse à consacrer plus de temps à l’administratif qu’à l’accompagnement. Et à s’éloigner de la réalité des personnes. « Il y a une telle volonté de contrôle avec les logiciels que cela rend le travail des travailleurs sociaux très administratif, en décalage avec leurs missions premières. C’est un véritable frein à l’accompagnement social global où on pourrait repérer le potentiel des familles », avance un travailleur social.

Par ailleurs, l’empilement des dispositifs, la spécialisation grandissante des interventions, entrainent un « découpage des publics ». Les personnes sont amenées à raconter leurs histoires à de multiples interlocuteurs, qui ne se coordonnent pas forcément, au risque de les décourager ou de brouiller les informations. Cette « superposition des échelles d’intervention renforce la tendance de chacun des acteurs professionnels à reporter sur les autres la responsabilité de certaines prises en charge ». Au risque de renvoyer ces personnes vers l’invisible.



3 décembre 2015

Calais • Alerte de la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté

« Vider la jungle ». Pour la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, l’objectif des transferts groupés de réfugiés de Calais, vers des centres de rétention partout en France, est clair. Elle utilise un outil rare, qui marque la gravité des faits constatés : la recommandation en urgence, publiée ce 2 décembre.
En juillet 2015, lors d’un contrôle aléatoire du centre de rétention administrative de Coquelles près de Calais, les contrôleurs du CGLPL observent « une pratique de transferts groupés de personnes, au total 91 personnes depuis le mois de juin 2015 au rythme de cinq par jour ». Les retenus sont envoyés vers d’autres centres de rétention, pourtant celui de Coquelles n’est pas complet.
Quelques mois plus tard, la CGLPL est alertée de la mise en place d’un dispositif, depuis le 21 octobre – date de la visite de Bernard Cazeneuve à Calais – qui, cette fois, gagne de l’ampleur : entre 19 et 52 personnes sont déplacées quotidiennement vers 7 CRA : Metz, Marseille, Rouen- Oissel, Paris-Vincennes, Toulouse Cornebarrieu, Nîmes et le Mesnil-Amelot. Un dispositif dénoncé par de nombreuses associations.
Ces personnes sont transférées directement depuis le commissariat de Coquelles. Elles y sont retenues suite à une vérification d’identité ou placées en garde à vue pour avoir tenté une intrusion dans la zone contrôlée de l’Eurotunnel.
La CGPL organise trois visites, deux au commissariat de Coquelles et l’un à Paris-Vincennes qui confirment l’existence de cette pratique : le 27 octobre, 46 personnes sont envoyées en avion du commissariat vers le CRA de Nîmes. Dans sa recommandation, la contrôleuse constate que le droit des personnes n’est pas respecté et ces transferts ne sont pas conformes aux textes qui cadrent la rétention administrative. Adeline Hazan appuie sur « les conditions indignes pour les personnes concernées comme pour le personnel » : accueillis dans des préfabriqués de l’hôtel de police, les personnes sont parfois quatre dans des cellules de 7,40 m2, treize dans une cellule collective de 11m2 sans autre équipement que deux bat-flanc en béton, sans WC, ni point d’eau…
L’accès aux droits est lui totalement bafoué : pas d’information individualisée, des procédures « rédigées de manière stéréotypée voire similaire », des obligations à quitter le territoire distribuées à la pelle sans indication précise du pays de retour…
Dans sa réponse à la CGLPL, le ministre de l’Intérieur assure que depuis le 1er novembre, l’ampleur de ces transferts groupés a diminué - actuellement une dizaine de personnes seraient transférées chaque jour.
Adeline Hazan reste ferme et demande l’arrêt de cette pratique « dont l’intention n’était pas d’éloigner les personnes mais uniquement de désengorger Calais ». Un dispositif illégal et qui n’atteint même pas son but officiel puisque les personnes retenues ne peuvent être renvoyées vers leurs pays d’origine que sont la Syrie, l’Afghanistan, l’Erythrée et le Soudan. Sur les 779 personnes retenues entre le 21 octobre et le 10 novembre, 518 ont été libérées et… sont retournées à Calais.



27 novembre 2015

Jeunesse en danger, prévention en péril

Le Conseil départemental des Yvelines devrait décider le 18 décembre de la suspension — ou non — du financement de la prévention spécialisée, entraînant à terme la fin de l’action éducative auprès de plus de 3 000 jeunes en difficulté. Les équipes rappellent aux élus que la jeunesse des quartiers populaires « n’est pas dangereuse. Elle est en danger ». Dans une lettre ouverte les professionnels appellent les conseillers départementaux à revenir sans délai sur cette décision, qu’ils qualifient de « brutale et dangereuse pour les jeunes, pour leurs parents, pour la cohésion sociale ».

Lien Social reviendra début 2016 sur les graves difficultés de la prévention spécialisée.



24 novembre 2015

Bidonvilles : vingt-cinq ans de vide politique

« 25 ans de politiques coûteuses et inutiles d’expulsions des bidonvilles ». Voilà le leitmotiv d’une campagne francilienne, lancée le 13 novembre par de multiples associations qui accompagnent les habitants des bidonvilles. Le message s’est quelque peu effacé ce jour-là devant la terrible actualité.

Lien Social tient à revenir sur cette initiative, menée par le collectif Romeurope, Médecins du Monde, le Secours catholique, Amnesty international, l’Association pour l’accueil des voyageurs, et bien d’autres. Ces associations, nationales et locales, se sont réunies pour interpeller les pouvoirs publics. Elles réclament un moratoire sur les expulsions, ainsi que la mise en œuvre de projets alternatifs proposant des solutions pérennes d’habitation. En bref, la mise en place d’une réelle politique de résorption des bidonvilles.

Cet appel fait suite à une conférence régionale sur les bidonvilles, organisée par la préfecture d’Ile-de-France le 22 octobre dernier. « Aucune proposition novatrice n’a été présentée par le préfet de région » regrette Romeurope qui reconnaît toutefois la « volonté d’agir de certains élus », trop peu nombreux, et veut « s’associer à une dynamique constructive ». Il s’agit donc, avec cette campagne de revenir à la charge pour obtenir une véritable prise en considération politique du sujet.

Ces « 25 ans de politiques coûteuses et inutiles d’expulsions des bidonvilles » rappellent qu’en 1989, à Nanterre, les bidonvilles réapparaissaient. Un quart de siècle plus tard, les pouvoirs publics n’ont toujours pas bâti de réponse durable à cette question.



23 novembre 2015

Soutenir les publics vulnérables… ou accroître leurs difficultés ?

Une structure qui gère l’hébergement de personnes en très grande précarité nous fait part de ses démêlés avec une caisse d’allocations familiales. Une situation où la violence bureaucratique vient ébranler l’accompagnement au long cours mené par l’équipe de professionnels du social. Alors qu’un travail en partenariat serait, là, primordial. Éducatrice spécialisée de formation, la directrice monte au créneau dans un courrier adressé à la CAF. Une lettre sensible et sans concession, dont une copie a été envoyée à tous les partenaires sociaux de la structure.



18 novembre 2015


18 novembre 2015

La tentation du vide

« Un temps à rire et à courir / Un temps à ne pas mourir / Un temps à craindre le pire / Il fait beau comme jamais / Tant pis pour l’homme au sang sombre / Le soleil prouvé par l’ombre / Enjambera les décombres » écrivait Aragon dans un poème lucide intitulé Maintenant que la jeunesse .

Le 13 novembre, le pire a frappé les quartiers les plus vivants de la capitale. Ébranlant nos certitudes, nos rythmes heureux, notre cohésion, la mort a fauché au cœur de la vie.

Bien au-delà de la sidération, de la douleur, de la compassion, quelles répercussions ces événements vont-ils avoir sur les métiers de l’intervention sociale ? L’angoisse s’accroît. Les dangers de l’après-séisme apparaissent déjà, en termes d’instrumentalisation électorale, mais aussi d’amalgame ou de suspicion, voire de surveillance généralisée. Plusieurs associations craignent le risque de surenchère sécuritaire et de stigmatisation.

Faut-il penser avec la philosophe Cynthia Fleury que chacun doit percevoir « l’obscurité de son temps comme une affaire qui le regarde » afin d’élaborer des solutions ? Affaiblis, malmenés, désavoués parfois, l’action éducative et le travail social revendiquent leur nécessité et leur pertinence.
Plus que jamais, les éducateurs, assistants et acteurs sociaux vont devoir porter haut leur détermination, leur énergie, leur créativité. Continuer de résister contre les fermetures brutales de structures de proximité, contre l’abandon des quartiers, défendre la prévention, le devoir d’éducation spécialisée, l’avenir de nos métiers qui eux aussi tutoient la lutte contre les extrémismes.

Toutes proportions gardées, le dossier du prochain numéro de Lien Social (n° 1174, à paraître le 26 novembre), la protection des jeunes majeurs, outil essentiel mais en voie de disparition, témoignera en ce sens.


30 octobre 2015

Travail social • États généraux, version alter

Ils estiment ne pas avoir été entendus lors du déroulement officiel des États généraux du travail social. Cinq syndicats et un collectif (CGT-SUD-FSU-FAFP-UNEF et Avenir educs) ont lancé le 16 octobre à la Bourse du travail à Paris les États généraux alternatifs du travail social pour faire entendre leur voix, défendre leur métier.

Deux cents personnes environ étaient présentes pour ouvrir un lieu de réflexion commune et penser « un socle pour construire le social de demain, pour cesser d’être en butte avec les idéologies impensées qui habitent la finance et détruisent les sociétés ». C’est l’une des craintes majeures ressorties de cette première rencontre : « Un vent néolibéral empoisse tout ce secteur d’activité et suscite beaucoup d’incompréhension et de colère chez les professionnels, obligés d’aller à rebours des raisons humanistes qui les ont motivés pour ces métiers relationnels exigeants », décrypte une ébauche de réflexion vers une doctrine pour le travail social, issue de ces États généraux alternatifs. Elle « dénonce l’économie au plus haut niveau d’une véritable réflexion sur la nature du social en actes et l’ouverture volontaire du champ aux discours et pratiques managériales sur fond de réduction des dépenses publiques ». Le mouvement espère s’étendre en région (un premier débat est prévu à la Bourse du travail de Lille le 26 novembre prochain sur le thème Qui gouverne le social ?).
Une journée nationale s’ébauche pour le mois de janvier, un festival du travail social se prépare pour mai, des rencontres pour redonner sens et perspectives au travail social. Des éléments absents, selon les initiateurs des EGTS alter, du rapport Bourguignon et du plan d’action gouvernemental.


22 octobre 2015

Les États généraux du travail social n’auront pas lieu

« C’est quand, les États généraux du travail social ? » Par cette question rythmant son discours lors de la présentation du rapport de la députée Brigitte Bourguignon le 2 septembre dernier, la secrétaire d’État Ségolène Neuville soulignait l’attente des travailleurs sociaux. Le gouvernement vient de donner sa réponse. À l’en croire, ils seraient terminés, à l’issue « de nombreux échanges dans les territoires au cours de l’année 2014 » et des synthèses des groupes de travail issues des travaux des assises régionales sur les cinq thèmes suivants : coordination des acteurs, formation initiale et formation continue, métiers et complémentarités, place des usagers, développement social et travail social collectif. Place désormais à la mise en œuvre, avec le Plan d’action interministériel en faveur du travail social et du développement social, présenté le 21 octobre.
Qu’y lit-on ? Les grands axes du travail social version début XXIème siècle, avec d’abord la promotion de la participation des personnes et la simplification de l’accès à l’accompagnement, grâce la mise en place d’un « premier accueil social inconditionnel de proximité » suivi d’un accompagnement par un référent de parcours ; la promotion du développement social au sein des départements, avec la fusion des schémas départementaux en un « pacte des solidarités et du développement social » ; la revalorisation du travail social, avec le reclassement en catégorie A des fonctionnaires de la filière sociale et « la modernisation de l’appareil de formation » : création d’un corpus commun de connaissances, renforcement de la qualité des formations initiales et continues, passerelles entre formations sociales et universitaires ; enfin la rénovation de la gouvernance du travail social, avec notamment la transformation du Conseil supérieur du travail social (CSTS) en Conseil interministériel du travail social (CITS).
Pour montrer l’importance accordée à la formation et donc aux jeunes pousses du travail social, c’est dans un IRTS que Ségolène Neuville a souhaité présenter jeudi 22 ce plan d’action. Le choix de Nancy pour communiquer ne doit rien au hasard, la Meurthe-et-Moselle étant l’un des départements vertueux en matière de développement social. Côté réactions, l’Unaforis a salué « un événement majeur » et « une base politiquement forte et courageuse », malgré certaines « ambiguïtés ». L’Uniopss de son côté « se félicite de l’implication politique du gouvernement sur cette thématique, qui se concrétise dans des mesures visant à favoriser la rénovation du travail social », mais regrette « qu’une conférence n’ait pas permis de matérialiser la fin des États généraux ».
Car reste, malgré l’affichage politique, un fort goût d’inachevé. Au départ ambitieux, ces états généraux censés laisser la parole au peuple des travailleurs sociaux ont rapidement tourné au fiasco. Bien peu ont pu s’exprimer et bien peu ont été entendus. Les besoins évoqués lors des assises territoriales – participation des personnes accompagnées, développement social ou décloisonnement – étaient en outre déjà largement connus. « C’est quand les États généraux du travail social ? » . Finalement, nous avons la réponse : ils n’ont pas eu et n’auront pas lieu. Repris en main par l’État, ils ont abouti à une orientation politique du travail social, avec ses insuffisances mais aussi ses perspectives intéressantes. Ceux qui restent sur leur faim peuvent toujours se tourner vers les mieux nommés États généraux alternatifs du travail social, organisés par le collectif Avenirs Educs et une demi-douzaine de syndicats.