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24 septembre 2020

★ INITIATIVE - Prix « Jeunesse pour l’égalité » La 8e édition est lancée !

Concours de création de vidéos et d’affiches à destination des 11-25 ans.

C’est parti pour l’édition 2021 du Prix « Jeunesse pour l’égalité », lancé par l’Observatoire des inégalités.
Rendez-vous annuel des 11-25 ans souhaitant s’engager pour combattre les inégalités et les discriminations, il est ouvert jusqu’au 31 janvier 2021.

Cette nouvelle édition invite à réfléchir sur le thème : "Quand on veut, on peut ?". Autrement dit, est-ce que la réussite n’est qu’une question de motivation ? N’existerait-il pas des barrières visibles et invisibles qui rendraient tout ça un petit peu plus difficile ?
Par équipe de deux minimum, il s’agit de dire ce que l’on en pense, à travers une affiche ou une vidéo.
La limite pour s’inscrire et envoyer ses œuvres est fixée au 31 janvier 2021.
Ce qui À gagner ? Une place pour la cérémonie finale, organisée à Paris le 24 mars 2021 (date à confirmer), et des cartes cadeaux pour celles et ceux qui seront primés. Douze prix seront décernés au total en fonction de la catégorie d’âge (11-15 ans, 16-18 ans et 19-25 ans) et du support (affiche ou vidéo).

Une belle opportunité pour mobiliser des jeunes autour d’un projet original !


L’une des affiches lauréate de 2020 parmi celles de l’affichothèque  : https://observatoiredesinegalites.tumblr.com/

Les vidéos finalistes 2020 :


24 septembre 2020

• TERRAIN - Le travailleur social est-il un militant ?

Par Didier, Gabrielle et Jean-Marc, au nom du collectif « Avenir éducs ».

Cette question du militantisme est sûrement aussi ancienne que le travail social lui-même. Pourquoi ?
Premièrement parce que c’est bien par l’entremise de ses acteurs et de ses institutions que le militantisme est devenu en quelque sorte un principe actif du travail social.
Deuxièmement parce que les travailleurs sociaux, que les décideurs politiques voudraient réduire à de simples « intervenants sociaux », sont placés au cœur de dynamiques sociales et sociétales qui, de la petite enfance jusqu’au grand âge, les amènent à se questionner sur des thèmes aussi essentiels que la prévention, l’éducation, l’exclusion, l’insertion, la solidarité… Bref, sur ce qui fait société. Et ce, non pas de manière purement théorique et rhétorique mais en se coltinant au réel, à partir de leur « clinique », au quotidien, au sein de leurs institutions ; quand ils ont encore la possibilité d’un ancrage institutionnel et qu’ils ne se laissent pas aveugler par les mirages du travail social néo-libéralisé.
Aujourd’hui, au lendemain de la pandémie, un des enjeux fondamentaux auquel sont confrontés les travailleurs sociaux et les étudiants en travail social est l’épreuve de la « distanciation sociale ». Les rencontres avec autrui, sous l’emprise des précautions sanitaires, ne vont-elles pas déboucher sur de nouveaux modèles d’interventions socioéducatives plus digitalisés, bureaucratisés et finalement trop distanciés ? Lorsqu’en période de confinement les normes et procédures habituelles, parfois très pesantes, ont littéralement sauté, les éducateurs, les travailleurs sociaux, les formateurs, quels que soient leurs secteurs, ont œuvré, en faisant souvent preuve d’ingéniosité et d’engagement, pour maintenir un lien social, au-delà des injonctions sanitaires et en veillant à ce que celles-ci ne deviennent à jamais le seul horizon professionnel. Qu’ont-ils fait alors, si ce n’est militer et combattre pour maintenir l’humain au cœur de leur travail, en utilisant certes des machines mais en refusant la tyrannie des process (procédures techniques).
La véritable question qui se pose aujourd’hui aux travailleurs sociaux, révélée de manière inédite par les effets amplificateurs de la crise sanitaire, notamment pour ce qui est des inégalités sociales, est peut- être celle-ci : peuvent-ils encore être militants ?
Oui, à condition de défendre l’engagement relationnel, la rencontre « en présentiel », qui constituent le cœur de leurs métiers. Oui, à condition d’accompagner, de ne pas « gérer » l’autre à distance, de ne pas se laisser enfermer dans la machinerie digitale et bureaucratique. Oui, à condition de résister à la dictature algorithmique et ses solutions technologiques.
Oui, à condition de promouvoir les pratiques réflexives, d’être autorisés au pas de côté, vis-à-vis des normes, des règles et parfois même des lois. Il ne peut y avoir de travail social sans expérimentation, sans créativité, sans prises de risques : à ces conditions, les travailleurs sociaux peuvent être des militants des droits humains des militants des droits créances, mais aussi des militants des droits à désobéir…
Le partage des émotions, la simple présence, la disponibilité de l’être. Voilà ce que les travailleurs sociaux vont pouvoir donner hors des écrans. Accepter de se laisser toucher par l’autre ou bousculer dans ses représentations, accepter la confrontation : faudra-t-il militer pour cela ? Ou simplement considérer que le fait d’être auprès de l’autre est un acte militant en soi ?

Retrouver ce texte dans Lien Social n°1279

Lecteurs à vos plumes pour le numéro spécial "Les voix de la colère"


23 septembre 2020

🎥 FILM - Le revenu universel, une utopie ?

Elles ont pédalé tout un été. Léna Le Guay et Isaline Moulin, deux jeunes membres du mouvement français pour un revenu de base, sont parties sur les routes de France avec dans leurs bagages une question : qui étaient ces « gens » derrière lesquels se retranchaient les pourfendeurs d’un revenu universel inconditionnel ? Ces « gens » qui, disait-on, profiteraient de ce revenu pour ne plus rien faire. L’argument clé qui empêche, selon elles, d’avancer vers une concrétisation de cette proposition dont Lien Social n°1278 se faisait l’écho.

Elles sont donc allées les voir pour débattre de ce revenu et en tirent un documentaire : « Les gens et le revenu universel ». Le film replace cette proposition dans son histoire, questionne les personnes : « Qu’est-ce que tu ferais si demain il y avait un revenu universel, qu’est-ce que cela changerait dans ta vie ? ». Il s’intéresse à l’expérimentation en cours en Gironde et au niveau très local par le projet Tera. Il donne du grain à moudre à la réflexion. Un documentaire désormais visible par tous en ligne :


23 septembre 2020

NÉCROLOGIE

Didier Lapeyronnie est décédé le 12 septembre.
Ce sociologue était professeur à l’Université de Bordeaux et à Sorbonne Université Il était chargé de recherche au CNRS dans le laboratoire d’Alain Touraine à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).
Il était connu pour ses travaux sur la banlieue.
Lien Social avait présenté son dernier livre qu’il avait signé avec Michel Kokoreff : « Refaire la cité. L’avenir des banlieues »
On peut retrouver sa précieuse parole sur les banlieues à l’adresse :


22 septembre 2020

■ ACTU - Cinquième branche • les propositions du rapport Vachey

Réclamée depuis des années, une cinquième branche de sécurité sociale a été créée cet été par la loi du 7 août 2020 en vue de couvrir le risque de dépendance, indépendamment de l’âge. Elle sera gérée par la caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). Reste maintenant à en définir le périmètre, la gouvernance et surtout le financement. Le rapport de l’inspecteur des finances Laurent Vachey, remis le 14 septembre, dresse une liste de propositions qui seront examinées par le gouvernement et alimenteront la future loi "Grand-âge et autonomie".

Le périmètre de la branche englobera le grand-âge et le handicap. Mais les associations du handicap sont réservées quant aux propositions du rapport de transférer certaines prestations - notamment l’allocation adulte handicapé (AAH) et l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) - vers la branche autonomie.

Concernant la gouvernance, les fédérations du secteur – Synerpa, Fehap - saluent le maintien d’une double tutelle entre l’agence régionale de santé et les départements afin de limiter les disparités géographiques, et approuvent la création de "contrats départementaux pour l’autonomie". L’Uniopss et le Collectif Handicaps valident aussi l’idée de donner à la CNSA "un rôle d’audit" pour favoriser "l’équité territoriale".

La proposition de simplifier le financement des Ehpad en mettant fin à la double tarification (ARS/départements) au profit d’une section unique financée par la sécurité sociale est approuvée par APF France handicap.

En revanche, les pistes du rapport pour trouver 6 milliards d’euros d’ici à 2024 suscitent beaucoup plus de réserves. Notamment celles qui envisagent de réduire les dépenses de l’AAH par un meilleur contrôle de son attribution, de prendre en compte le patrimoine dans le calcul de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), et de réduire les exonérations fiscales et sociales sur l’aide à domicile. L’Uniopss "s’inquiète de ces propositions d’économies", et le Collectif Handicaps "rejette fermement" l’idée de "faire des économies sur le dos de leurs bénéficiaires".

L’Uniopss rappelle par ailleurs l’enjeu de cette nouvelle branche, qui est de "permettre un accès équitable à des services de qualité, en limitant le reste à charge". L’urgence liée au "manque de personnel qualifié" est rappelée par les fédérations d’employeurs.


22 septembre 2020

✖ TRIBUNE - Cherchez l’erreur !

France Stratégie, institution rattachée au premier ministre donc peu soupçonnable de manquer d’objectivité, vient de rendre le 17 septembre dernier, son rapport annuel sur l’efficacité du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi dressé par son « comité d’évaluation du CICE  ». Ce dispositif, lancé en 2013 par le président socialiste François Hollande, avait pour ambition initiale d’accroître les marges de manœuvre financière des entreprises, en réduisant les impôts qu’elles paient. L’équation était simple : elles allaient pouvoir investir et donc créer des emplois. Le bilan 2020 confirme les précédents. Entre 2013 et 2017, le coût de l’opération s’est élevé à près de 67 milliards d’euros. Le nombre d’emplois créés ou sauvegardés s’établit dans une fourchette entre 10 000 à 200 000. Chaque emploi a donc coûté aux finances publiques environ 500 000 euros... Belle réussite qui a surtout contribué, sur la même période, à voir les dividendes des actionnaires s’accroître de 20 %. On pourrait imaginer qu’après une telle débâcle, le gouvernement décide d’en finir avec cette gabegie des finances publiques. Le Président Macron a effectivement mis un terme au crédit d’impôts du CICE au 1er janvier 2019 … pour le remplacer par une réduction pérenne de charges sociales : soit 20 milliards par an ! Comme cela ne suffisait pas, l’impôt sur la production vient lui aussi d’être supprimé, réduisant d’encore 20 milliards les ressources de l’État.

L’action sociale, ça marche !

La veille du rendu de cette évaluation, soit le mercredi 16 septembre, les députés votaient une loi permettant d’étendre l’expérimentation « Territoire zéro chômeur de longue durée » (TZCLD). Ce dispositif initié par ATD Quart Monde, rejoint par d’autres acteurs de la lutte contre l’exclusion (Emmaüs France, Le Secours catholique, Le Pacte civique, La Fédération des acteurs de la solidarité…) avait été voté à l’unanimité le 29 février 2016. Il devait être expérimenté durant cinq ans dans dix territoires pilotes. Si le vote en première lecture du 16 septembre devait être confirmé, ce dispositif serait étendu à cinquante autres territoires. De quoi s’agit-il ? L’idée est d’investir les crédits, qui auraient dû être utilisés pour payer des indemnités chômage ou des prestations sociales de type RSA à des personnes sans emploi de longue durée, pour les recruter en Contrat à durée indéterminée rémunéré au SMIC. Les entreprises à but d’emploi (EBE) chargées de mener l’opération n’ont pas de mal à trouver des activités potentielles, puisque celles-ci ne doivent pas entrer en concurrence avec des services marchands locaux. On est dans le registre du maraîchage, des services à la personne, des travaux de rénovation, du transport de personnes ou des épiceries solidaires qui n’ont pas vocation à être rentables mais peuvent offrir un vrai service d’utilité publique aux populations … Aujourd’hui, 800 personnes sont ainsi employées. Non qu’il n’y ait pas de demandes potentielles d’extension du dispositif. Mais, son expérimentation a été volontairement limitée, pour en mesurer les conséquences, avant de l’étendre. Les initiateurs du projet argumentent, en tablant sur une opération blanche : 18 000 euros versés par l’Etat par an et par poste créé, en regard des 18 000 euros d’indemnités et de prestations économisées, de manque à gagner en matière de charges sociales et impôts, de coût social du chômage en termes de santé, d’accompagnement ... De fait, un rapport Igas-IGF établit le coût à 25 000 euros par personne et par an. D’un point de vue comptable, l’évaluation est délicate. Mais, ce qui n’a pas de prix, c’est par contre le rétablissement d’une forme de dignité, de sentiment d’utilité et d’estime de soi pour ces chômeurs qui retrouvent une place dans la société.

CICE & TZCLD au banc d’essai

Quand on nous dit qu’il n’y a plus d’argent, il faut bien distinguer. Pour les retraites, les hôpitaux, le chômage, l’action sociale …, c’est le cas. On ne cesse de nous le répéter : il faut réduire la dépense publique qui accroit des déficits que les générations futures auront à rembourser. Par contre, quand il s’agit d’abreuver les caisses des entreprises, les milliards coulent à flot ! Au moins, si cette manne dispendieuse permettait de créer de l’emploi…
Mais, tout un chacun peut aisément faire le calcul.

D’un côté, il a fallu que les finances publiques consacrent sur cinq ans près de 500 000 euros pour la création ou la sauvegarde d’un seul emploi dans le secteur privé grâce au CICE. La théorie du ruissellement est vaste tromperie : non les milliards donnés aux entreprises ne retombent pas sur les salariés sous forme de réduction du chômage. D’autant que cela n’empêche pas certaines d’entre elles de licencier après avoir touché le pactole !

De l’autre, si l’on s’en tient à la vision la plus pessimiste, celle du rapport de l’IGAS, sur la même durée de cinq années, le coût par poste créé grâce aux entreprises à but d’emploi se monterait à 35 000 euros ! L’opération « Territoire zéro chômeur de longue durée  » vérifie donc les intuitions de départ : personne n’est inemployable, ce n’est pas l’argent qui manque et ça n’est pas le travail qui fait défaut !

500 000 euros pour un poste de travail que rien ne garantit dans le temps contre 35 000 euros pour un emploi pérenne : cherchez l’erreur !

La comparaison entre le CICE et le TZCLD démontrent, une fois de plus, que les politiques d’action sociale, tant décriées sont infiniment plus efficaces pour combattre l’exclusion et la pauvreté que les politiques de soutien au secteur lucratif. D’après l’INSEE, en 2014, le taux de pauvreté monétaire s’établissait à 14,1 % de la population et l’intensité de la pauvreté à 20,1 %. Ces deux indicateurs s’élèveraient respectivement à 22,0 % et à 37,3 % de la population sans l’existence des transferts sociaux et fiscaux.

Pourtant, le choix qui est fait n’est pas celui de l’action sociale. Etendre de 10 à 50 le nombre de territoires à bénéficier du TZCLD semble constituer un effort surhumain. Mais c’est sans commune mesure avec le doublement des subventions accordées au secteur marchand : aux 20 milliards de réduction de cotisations sociales accordés généreusement par le Président Macon en remplacement du CICE se sont rajoutés les 20 milliards de suppression de l’impôt à la production. Il faudra don trancher entre les 150 candidatures en attente de ce dispositif, seuls cinquante d’entre eux devant être éligibles. On expliquera aux autres que la compétitivité de nos entreprises constitue la principale priorité. Assurément, ils comprendront : les dividendes des actionnaires passent avant les chômeurs de longue durée.

Jacques Trémintin


21 septembre 2020

■ ACTU - C’est pas du luxe • reporté

Nous avions annoncé la tenue du festival « C’est pas du luxe » dans Lien Social n°1279. Cet événement particulier, dont c’était la cinquième édition, propose « un croisement des mondes » entre des institutions culturelles et des structures sociales, accueils de jour, centre d’hébergement, pensions de familles…

En raison de la situation sanitaire, les organisateurs viennent de décider de reporter cette rencontre qui devait avoir lieu du 25 au 27 septembre à Avignon. L’équipe organisatrice assure « que l’événement se déroulera avec encore plus de force et de sens, dans les rues et lieux avignonnais, dès que cela sera possible ».

Une œuvre sera malgré tout présentée : Prendre place, portée par le photographe Christophe Loiseau et le vidéaste, Nicolas Tourte. Elle donne vie à un tableau de Brueghel le jeune en faisant jouer les scènes représentées à quarante participants hébergés dans les structures de la Fondation Abbé Pierre.

Les deux artistes sont allés dans une douzaine de structures pour identifier quelles scènes chacun avait envie de reproduire, étudier les postures, les costumes. Ensuite, les personnes posaient en costume puis les scènes étaient incrustées dans le tableau final qui devrait ainsi s’animer devant les spectateurs. Ce travail sera proposé au public les 26 et 27 septembre sur la place Saint-Didier.


17 septembre 2020

■ ACTU - Droit à l’école • Le maire de Stains rappelé à l’ordre

Francesca a bientôt 5 ans. Elle va enfin découvrir sa classe et ses camarades de maternelle. Le maire de Stains (93), Azzedine Taïbi vient d’être condamné à l’inscrire. Traduit le 15 septembre devant le tribunal administratif de Montreuil pour discrimination dans l’accès à l’école, il va devoir se conformer à la loi. Pour le collectif #EcolePourTous, cette rentrée aurait dû être celle de la fin du combat. Il n’en est rien. Cette année encore, les militants pour la scolarisation des enfants en situation de grande précarité se heurtent à des refus d’inscription, notamment en Seine-Saint-Denis.

Pourtant, un décret d’application signé en juin devait mettre fin à l’une des causes majeures de discrimination dans l’accès à l’école. En effet, il lève l’obligation de présenter un justificatif de domicile, factures d’électricité ou de téléphone, impossibles à produire pour des familles vivant en bidonvilles, en squat, à la rue ou en hôtel. Cette évolution a été arrachée après deux ans de lutte par Anina Ciuciu, avocate, présidente de l’Association pour la scolarisation des enfants tsiganes (Aset 93) et marraine du collectif.

Appliquer la loi

Une simple déclaration sur l’honneur aurait donc dû permettre à Francesca de sortir du bidonville où elle réside, pour prendre le chemin des écoliers. Pourtant, le maire communiste de Stains (93) a persisté à rejeter son inscription, malgré l’insistance depuis neuf mois de son père, ouvrier en bâtiment. Après s’être vu refuser la domiciliation administrative au CCAS de Stains, il a pu cette fois s’appuyer sur ce nouveau décret pour déposer un référé liberté.

Alors que le maire adjoint à la réussite éducative de Stains se défendait en arguant qu’il ignorait ce nouveau texte, le juge rappelle aux édiles que nul n’est censé ignorer la loi. Un jugement prometteur pour les enfants qui restent privé de leur droit. Le collectif #EcolePourTous prévient les élus récalcitrants, il accompagnera désormais toutes les familles victimes de telles infractions devant la justice : « Ce décret, on s’est battu pour l’obtenir, on se battra pour le faire respecter ! »


16 septembre 2020

■ ACTU - Calais • Casser la solidarité

« Il est interdit toute distribution gratuite de boissons et denrées alimentaires dans les rues listées ci-dessous ». Cet arrêté préfectoral du Pas-de-Calais a été remis le jeudi 10 septembre par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin à la maire de Calais, Natacha Bouchart. Un texte pensé pour éviter d’être retoqué en justice comme l’ont été les multiples tentatives d’arrêtés municipaux pour interdire ces distributions alimentaires aux exilés de Calais. Un appui fort pour la politique de la maire de Calais et « une nouvelle démonstration du harcèlement dont font l’objet les défenseurs des droits des migrants dans la région », s’insurge Cécile Coudriou, présidente d’Amnesty international France.

L’arrêté qui court jusqu’au 30 septembre délimite des rues du centre-ville interdites aux distributions. L’association Saalam est notamment visée. « Nous donnons tous les matins des petits déjeuners dans le centre-ville, nous faisons également le tour des différents campements, au total environ 1000 petits déjeuners chaque jour », détaille Claire Millot de Saalam. Vendredi matin, l’association a poursuivi son action. « Nous nous étions dit qu’ils n’oseraient pas intervenir aussi vite, le matin de la publication de l’arrêté… », explique-t-elle. Ils ont pourtant osé. Sept bénévoles de l’association ont été verbalisés pour ne pas avoir respecté l’arrêté. « Nous avons l’intention de contester ces PV mais pour l’instant c’est compliqué parce que les policiers n’ont donné aucun papier. Ils ont dit aux bénévoles qu’ils les recevraient chez eux ». Depuis, l’association s’est déplacée de quelques rues pour sortir de la zone interdite.

Verbalisation des bénévoles

L’association Utopia56 ne change rien à ses pratiques. « Nous n’allons pas nous retirer du terrain parce qu’il y a des besoins que l’Etat ne couvre pas donc quitte à se faire verbaliser, on continue », affirme Pierre Roques, coordinateur de l’association pour Calais. Son équipe ne distribue pas de repas mais va à la rencontre des nouveaux arrivants dans le centre-ville pour essayer de répondre à leurs besoins, donner des boissons chaudes et de l’eau. « Un de nos bénévoles a été verbalisé et les policiers ont pris les identités des autres en leur disant qu’ils allaient l’être », témoigne Pierre Roques. Même chose à l’Auberge des migrants qui compte deux verbalisations, là encore annoncées à l’oral sans papier délivré. Pourtant l’association distribue 200 à 300 repas par jour à la limite de la zone interdite, dans un endroit en principe « autorisé ». « Mais depuis le 11 septembre, la police nous visite tous les jours pour nous mettre la pression, comme nous l’a dit le numéro deux de la police calaisienne : « Vous comprenez l’esprit de l’arrêté, c’est qu’il n’y ait plus de distributions en centre-ville » », rapporte François Guennoc de l’Auberge des migrants.

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Deux fois par semaine, l’Auberge des migrants distribue 1200 sachets avec de quoi manger pendant une journée.

Zone interdite

La préfecture est claire : « la localisation des dispositifs humanitaires doit être et rester localisée à l’extérieur du centre-ville, dans des lieux suffisamment éloignés des secteurs habités et des grandes voies de circulation ». La Vie Claire, seul opérateur mandaté par l’Etat pour distribuer des repas, se trouve en effet sur deux points éloignés d’environ 40 minutes à pied du centre-ville. Elle distribue, selon les chiffres de l’Etat, 2000 repas par jour depuis le mois de septembre. Mais elle touche deux campements sur les sept que comptent actuellement Calais. « Beaucoup d’exilés vivent au centre-ville depuis les deux gros démantèlements du mois de juillet, explique Pierre Roques. Le premier a eu lieu le 10 juillet, lors de la visite de Gerald Darmanin. Environ mille personnes ont été expulsées d’une zone industrielle à la périphérie de Calais, justement proche des distributions de repas de la Vie active. Les personnes se sont alors retrouvées en errance dans le centre-ville où elles ont trouvé refuge sous les ponts, près des canaux… ».

Associations ciblées

Une partie s’est réinstallée dans les bois, un campement qui lui même a été démantelé le 30 juillet…. Pour Pierre Roques, cet arrêté s’inscrit dans une politique de criminalisation de l’action associative. Les 15 à 20 bénévoles de son association sont « constamment victimes de harcèlement policier et d’intimidation, leurs voitures font l’objet de contrôles parfois jusqu’au niveau du liquide lave-glace…. Il faut que nous soyons irréprochables car la moindre défaillance sera utilisée contre nous ». Des pratiques qui dépassent aujourd’hui la seule ville de Calais comme le révèle le rapport de l’Observatoire des libertés associatives qui doit sortir dans les prochains jours.


14 septembre 2020

■ ACTU - Mineurs isolés étrangers • Errance inédite dans Paris

Depuis fin 2016, une trentaine de mineurs isolés étrangers, en majorité marocains, vivent dans un square à la Goutte d’Or à Paris. Polytoxicomanes, parfois victimes de réseaux, rétifs à l’accompagnement par la Protection de l’enfance, ce public nouveau déroute. Pour les aider au mieux, le sociologue Olivier Peyroux préconise un partenariat entre travailleurs sociaux, soins, services d’enquête et justice.
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Dans le square Alain Bashung, quartier de la Goutte d’Or à Paris, vivent une trentaine de mineurs isolés étrangers âgés de 9 à 17 ans et quelques très jeunes majeurs, en majorité des garçons. Les premiers arrivés fin 2016, venaient tous du Maroc. Aujourd’hui, la plupart sont partis dans d’autres villes, remplacés par d’autres auxquels se sont rajoutés des Algériens et quelques Tunisiens.
Installés dans un quartier inscrit dans le dispositif Politique de la ville, ces mineurs constituent un public nouveau : en errance, très mobile, difficile à accrocher par les travailleurs sociaux. Cumulant les problématiques (délinquance, violences, polytoxicomanies), il relève à la fois de la Protection de l’enfance, de la police et de la justice mais refuse bien souvent les solutions que proposent les travailleurs sociaux.

Trajectoires douloureuses

Les jeunes marocains ont fui des situations familiales compliquées. Les parents ont quitté la campagne pour travailler dix heures d’affilée dans une grande ville. Livrés à eux-mêmes – les grands-parents sont restés au village -, déscolarisés, consommateurs de haschich, ces jeunes sont mal considérés. D’autres, nés hors mariage ou mis à la rue par leur beau-père après le remariage de leur mère, sont rejetés. En migrant vers l’Europe - Espagne, Suède, France -, ils espèrent passer du statut de « looser » à celui de « winner ». Par besoin de reconnaissance, ils postent d’ailleurs chaque jour des selfies avec des vêtements siglés ou des liasses de billets dans la main.
Les jeunes algériens ont des profils plus variés : beaucoup migrent en France faute de perspectives professionnelles et personnelles dans leur pays. Si certains arrivent à s’en sortir en rejoignant des membres de leur famille, d’autres restent seuls – ceux que l’on retrouve dans le square de la Goutte d’Or ou dans d’autres villes – et sont parfois victimes de réseaux de compatriotes qui les forcent à commettre des actes de délinquance.
La situation par rapport aux habitants, aux commerçants et aux autres jeunes du quartier est difficile compte-tenu du comportement menaçant de ces mineurs et des délits qu’ils commettent. Des affrontements réguliers peuvent dégénérer en rixe d’autant plus facilement que les produits consommés quotidiennement les désinhibent. « Il y a eu un pic de tension en 2018, apaisé depuis mais la situation reste compliquée car source d’insécurité, observe Olivier Peyroux, sociologue à Trajectoires, une association chargée d’un rapport sur la question en 2018 par la ville (1). Ces mineurs relèvent de la protection de l’enfance mais les professionnels peinent à les accrocher en raison de leurs addictions et de la présence de réseaux qui les utilisent »

Partenariat indispensable

Fin 2017, la mairie / département de Paris a confié leur accompagnement aux équipes de prévention du Centre action sociale protestant (Casp) pour assurer une maraude quotidienne, les repas, l’accueil de nuit et inciter les enfants et les ados à aller vers les dispositifs de Protection de l’enfance.
Aujourd’hui, malgré une prise en charge plus importante, ces mineurs isolés étrangers – aujourd’hui appelés mineurs non accompagnés – sont toujours là.
Pour Trajectoires, « un travail commun entre les services de protection de l’enfance, le soin et les services d’enquête s’impose, le seul volet éducatif ou répressif ne suffit pas. Le jeune doit être protégé des réseaux et accompagné par des éducateurs. » Une option choisie par la Suède, confrontée à ces situations dès 2012. Des équipes de travailleurs sociaux et de policiers maraudent ensemble. Une solution efficace pour aider les jeunes à s’en sortir. Olivier Peyroux appelle aussi à une désectorisation de leur suivi éducatif. Aujourd’hui, ce suivi peut démarrer à Paris, durer trois mois avant de s’arrêter quand le jeune part vivre dans une autre ville. « Un maillage territorial pourrait éviter ces situations ». Autre solution adoptée par les travailleurs sociaux : aider les jeunes qui sont passés par un autre pays et ont accroché avec un éducateur, à le rejoindre pour entrer en foyer ou en famille d’accueil. Le retour dans les familles d’origine est beaucoup plus délicat, celles-ci n’ayant pas toujours envie que leur enfant revienne.
« Ces mineurs viennent interroger les pratiques du travail social : la protection de l’enfance doit s’adapter à eux. Il s’agit d’un phénomène relativement récent qui nécessite d’abattre les cloisons de la sectorisation et à penser des dispositifs pluri-acteurs  », conclut Olivier Peyroux.

(1) Disponible à cette adresse.
Olivier Peyroux vient de publier Les fantômes de l’Europe, les migrants face aux politiques migratoires (Éd. Non Lieu)

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À lire Une tentative d’expulsion ratée, un article de Myriam Léon paru dans Lien Social 1239 en 2018 :
lire l’article

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À écouter :
La Goutte d’Or face aux mineurs isolés, épisode 1 de la série Les villes transformées par l’exil : mes voisins migrants, France Culture, 2018.