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30 janvier 2020

■ ACTU - Exil : viens voir ma maison

Avec Refuge, le photographe Bruno Fert nous plonge dans l’intimité de l’exil avec des photos puissantes rassemblées dans un livre ; exposées à Paris jusqu’au 16 février, puis dans d’autres villes.

« Habiter c’est ce que nous avons tous en commun. Que nous soyons nomades ou sédentaires, nous habitons tous. Les abris temporaires des populations migrantes reflètent leur personnalité, tout comme nos appartements ou nos maisons parlent de nous », explique le photographe Bruno Fert dans son livre (1) – soutenu par Médecins Sans Frontières et l’association Aurore - et son exposition (2), actuellement accrochée aux grilles de l’Hôtel de Ville à Paris. À partir de ce point commun, il souhaite nous amener à nous mettre à la place de l’autre en observant son lieu de vie.

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Le photographe nous livre des images d’intérieur de tentes, de cabanes ou de chambres, associées au portrait de leur(s) habitant(s) et à leur témoignage.
Ali, 18 ans, né au Koweït, apatride, vivait dans une cabane à Calais en 2016. Un poster de Spiderman et des nounours rappellent son âge. Accroché au mur, le tableau d’une maison européenne cossue représente peut-être son rêve. Ali est né dans une famille de bédouins sans droits, même pas celui à la nationalité.
En 2017, Khoke, 50 ans, vivait dans un centre de réfugiés à Hanovre (Allemagne) avec son petit-fils Karam, 6 ans. Ils sont yézidis d’Irak. Les parents et les trois sœurs de l’enfant, bloqués en Grèce, attendaient l’autorisation de l’administration européenne pour pourvoir les rejoindre. Sur la photo, une chambre très simple mais sur le sol, une nappe ronde bleu nuit sur laquelle la grand-mère a déposé des merveilles pour le repas.

« Il faut se souvenir de la manière dont étaient représentés les migrants au plus fort de leur arrivée en Europe à l’été 2015 ainsi qu’au moment où Bruno Fert commence cette série de photographies, en 2016, rappelle Michaël Neuman, directeur d’études au Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires (CRASH). À l’époque, nous croulions sous les images de foules marchant en file indienne ou entassées sur des bateaux ; des masses de gilets de sauvetage orange surmontés de visages noirs se détachant sur une eau bleue. C’étaient des images extrêmement photogéniques et dramatiquement belles. Mais, finalement, elles ne racontaient rien des gens qu’elles représentaient. » Selon lui, les personnes exilées posaient parfois dans un cadre assez archétypique, hyper répétitif et caricatural : celui du sauveteur et du sauvé ; de la main blanche qui sauve le visage noir. « La répétition trop plate de ces clichés était devenue pénible et il était important d’en sortir.  »

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(1) Refuge, Éditions Autrement, 2019. L’ouvrage a décroché le prix de photographie de l’Académie des Beaux-Arts.

(2) À découvrir sur les grilles de l’Hôtel de Ville de Paris jusqu’au 16 février mais aussi au Musée national de l’histoire de l’immigration (dix-huit photos font partie de l’exposition permanente), puis à Sète (Hérault), Bruxelles (Belgique), etc. – Informations sur : http://www.brunofert.com/


27 janvier 2020

► FORUM - Le travailleur social doit-il toujours obéir à sa hiérarchie ?

Par Didier Dubasque, assistant social Assistant social, membre du Haut Conseil du Travail Social.

Il arrive que certains professionnels mettent en œuvre le principe d’obéissance inconditionnelle à leur éthique et à leur vision de la situation. Tout cela au risque de désobéir sans état d’âme à leur hiérarchie. Ce qui, parfois, n’est pas sans certains stress, ni tensions. Le principe de désobéissance est, pour eux, érigé comme valeur fondamentale de l’autonomie du travailleur social mettant l’intérêt de l’enfant avant tout. Peut-on élever ce comportement en principe intangible ? Je ne le crois pas.

Si je ne pense pas qu’il faille toujours obéir à sa hiérarchie, je suis convaincu qu’il faut la respecter. Comment ? En lui expliquant clairement pourquoi et comment il est éthiquement ou juridiquement impossible d’obéir à tel ou tel ordre qui a été donné. Désobéir exige de la méthode mais aussi de la ruse. Je m’explique. Sur l’aspect juridique l’argument à utiliser dans la fonction publique est inscrit dans la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires qui dispose d’un paragraphe consacré à l’obligation de désobéissance « dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public ». Admirez la précision : il faut démontrer qu’il y a illégalité et (en même temps) qu’il y a une grave compromission de l’intérêt public … un concept difficile à évaluer, mais qui donne des marges de manœuvre à celui qui dénonce un ordre illégal.

La rubrique complète de Paroles de métiers est à retrouver dans le numéro 1265 de Lien Social

Consultez les ressources de Lien Social qui abordent les mêmes thématiques :
Cadre / Ethique / Pratique professionnelle / institution


22 janvier 2020

■ ACTU - Documentaire : La protection de l’enfance vue d’M6

Réactions en chaîne après la diffusion d’un nouveau documentaire sur la protection de l’enfance dimanche dernier sur M6.

Ces dernières années, il ne se passe pas un mois sans que dans un département ou un autre, les professionnels de la protection de l’enfance alertent. En novembre dernier, dans le Loiret, ils écrivaient une lettre ouverte au conseil départemental où ils disaient ne pas vouloir « maltraiter l’enfance maltraité ».
Dans les Hauts-de-Seine, les éducateurs mobilisés dénoncent : « Les jeunes mineurs à l’hôtel sans suivi éducatif quotidien, cela n’est pas de la protection de l’enfance ».
Des alertes répétées dans un silence assourdissant.

Il aura fallu un nouveau documentaire à scandale sur M6 ce dimanche soir dans l’émission Zone interdite pour faire réagir. Dès les premières minutes le ton est lancé : « Notre enquête révèle une réalité stupéfiante » sous un titre du même tenant : « mineurs en danger : les scandaleuses défaillances de l’aide sociale à l’enfance ». Violence, prostitution, délaissement, détournement de fonds, viols… le noir tableau est contrebalancé par un seul foyer présenté comme parfait, une exception.

Chercher la cause

En creux, le documentaire montre les difficultés de recrutement et le remplacement des éducateurs par des « faisant fonction », la surpopulation des foyers, les professionnels dépassés, l’absence de places adaptées pour des enfants avec des troubles psychiatriques… mais sans en interroger la cause.
Parmi les nombreuses réactions des professionnels, Ludwig Maquet, éducateur spécialisé, réagit sur son blog : « Il n’y a pas de raisons que le travail social échappe au rouleau compresseur néolibéral ». Comme pour les hôpitaux, les Ephad, la psychiatrie… « Toute l’action sociale est concernée par ce « new management », par l’idéologie gestionnaire de rentabilité économique capitaliste » Plus loin, il ajoute : « Il est plus rentable d’embaucher au moindre coût, ou, lorsque l’on a plus le choix, d’embaucher le tout-venant parce qu’il faut bien assurer la continuité de service. Sur le dos des populations accueillies. Oui, le travail social est à l’os. C’est d’un plan Marshall du social dont nous avons besoin ».

Pouvoir des images

Un an auparavant, le documentaire « Enfants placés : les sacrifiés de la République » dans l’émission « Pièces à conviction » avait entrainé la nomination d’Adrien Taquet, secrétaire d’Etat chargé de la protection de l’Enfance. Il a été un des premiers à réagir au documentaire de M6 déclarant « son émotion » face aux images et promet une « action volontariste pour mettre fin à des situations qui gâchent des vies et ternissent l’image de toute une profession ». Il assure s’être déjà entretenu avec les six présidents de départementaux concernés par le reportage pour leurs demander de faire la lumière sur les dysfonctionnements constatés. Il veut revoir les procédures de signalements et le plan de contrôle des établissements dans tous les départements et exige une synthèse des résultats dans les trois mois. A croire qu’une image choc a plus de pouvoir que des dizaines d’alertes de professionnels.

Volonté politique

« Les maltraitances évoquées et dénoncées par ce reportage sont la négation même du travail social », réagit à son tour l’organisation nationale des éducateurs spécialisés qui regrette que son alerte en 2012 sur « le recours massif » aux « faisant fonction » sans qualification dans les structures n’ait pas été entendue. Elle appelle à un « pilotage national renforcé ». Dans un communiqué commun, la CNAPE, les Apprentis d’Auteuil, le GEPSO, Nexem, SOS village d’enfants, l’Uniopss « partagent la même indignation face à de telles violences et l’exigence d’y remédier au plus vite » tout en regrettant qu’un seul exemple de bon fonctionnement ait été montré en contrepoint « laissant penser, à tort, qu’il s’agit d’une exception ». Ils appellent à une politique publique ambitieuse « avec de réels moyens d’action » rappelant au passage que le financement de la stratégie de prévention et protection de l’Enfance présentée par Adrien Taquet en novembre dernier reste à définir.


20 janvier 2020

► FORUM - Quand la souffrance d’une professionnelle ne trouve pas d’issue.

Par une travailleuse sociale anonyme préférant rester anonyme.

En ce mois de novembre une de nos collègues s’est suicidée. Après un reclassement dû à un grand mal-être en MECS, elle venait de débarquer dans notre gigantesque SESSAD, espérant sûrement y trouver de la ressource, du sens. Son geste fatal nous questionne tous. Voici le texte qu’il m’a inspiré.

Elle est partie sans faire de bruit. Elle est partie comme tant d’autres avant comme combien d’autres après ? Elle est partie laissant ceux qui restent avec leurs questions ce qu’ils ont dit, pas dit, fait, pas fait... Mais là-haut, se posent-ils la question ? Se posent-ils des questions ? Se demandent-ils s’ils ont une part de responsabilité ? Se cachent-ils derrière « ça s’est passé en dehors du travail » ?

Se demandent-ils ce qu’il en aurait été si on avait eu des espaces d’analyses des espaces de convivialité des espaces d’humanité ?

Je ne la connaissais pas, juste croisé dans les couloirs, échangé quelques mots entre 2 dossiers, et pourtant… Pourtant son geste résonne, résonne grave. Est-il vraiment l’heure de s’interroger sur la qualité de vie au travail ?
(...)

La rubrique complète Espace du lecteur est à retrouver dans le numéro 1265 de Lien Social dès demain.

Consultez les ressources de Lien Social qui abordent les mêmes thématiques :
- l’usure professionnelle
- Travail social et risque professionnel


17 janvier 2020

■ ACTU - Sans-abrisme : à Paris, le Samu Social sans présidence

Depuis octobre dernier, date à laquelle Éric Pliez a démissionné du poste de président du Samu Social de Paris pour rejoindre la campagne des Municipales, celui-ci est vacant. L’État et la Ville n’ont pas trouvé d’accord sur une nomination. Le premier appelle de ses vœux celle d’un haut fonctionnaire, la Ville celle d’une personnalité indépendante. « Si le Samusocial est un Groupement d’intérêt public (GIP), son président doit avoir une liberté de parole pour présenter de façon objective la situation du sans-abrisme  », estime Bruno Morel, directeur général d’Emmaüs solidarité.

Le GIP gère notamment le 115, organise des maraudes et ouvre des centres d’hébergement d’urgence. « Si l’État a fait un effort en matière de création de places d’hébergement, la question du sans-abrisme reste cruciale : en Ile-de-France, 47 % des appelants du 115 restent à la rue faute de solution  », poursuit Bruno Morel.
Les besoins sont importants et non pourvus. Nul ne peut chiffrer exactement le nombre de personnes sans-abri. La dernière enquête nationale de l’INSEE date de 2012.
Le 30 janvier, la troisième Nuit de la Solidarité à Paris permettra un décompte plus proche de la réalité : S’inscrire pour y participer

Dénoncer les étrangers

Les associations de lutte contre l’exclusion s’inquiètent aussi de l’intervention du ministère de l’intérieur dans la nomination du président du Samusocial de Paris. Il a contré celle de l’ancien directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), critique sur la politique liée aux migrants. « Depuis deux ans, sous prétexte que les centres d’hébergement d’urgence comptent une proportion importante de personnes migrantes, ce ministère se croit autorisé à s’immiscer dans des politiques publiques qui ne le concernent pas, avec le risque de dérives que cela comporte  », alerte Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS). En effet, la majorité des familles (46 000 personnes, dont 22 000 enfants) hébergées par le Samusocial de Paris qui vivent à l’hôtel se trouvent dans une situation administrative précaire et les associations craignent que le Ministère de l’intérieur remette en cause leur droit à l’hébergement.

Depuis 2017, plusieurs circulaires (1) renforcent les pouvoirs de contrôle des étrangers par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et les préfectures dans l’hébergement généraliste. Elles appellent les professionnels à transmettre les listes des personnes hébergées demandeurs d’asile et les réfugiés. « Pour l’instant le 115 - Paris continue de pratiquer l’inconditionnalité de l’accueil mais ce principe fondamental de l’action sociale pourrait être remis en cause à l’avenir », craint Florent Gueguen.

(1) « Circulaire Collomb » du 12 décembre 2017 relative à l’examen des situations administratives dans l’hébergement ; Instruction interministérielle du 4 juillet 2019 relative à la coopération entre les services intégrés d’accueil et d’orientation (SIAO) et l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) pour la prise en charge des demandeurs d’asile et des bénéficiaires d’une protection internationale.

Retrouvez le dossier complet du numéro 1264 de Lien Social : tempête sur le 115

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14 janvier 2020

► FORUM - « Entr’Elles » : un lieu d’accueil et d’écoute.

Par Isabelle Lebas Conseillère conjugale et familiale, Justine Georget Éducatrice spécialisée, Florence Bocquet Assistante sociale et Conseillère conjugale et familiale.

Depuis 2018, le Samu social de l’Oise a renforcé sa mission d’accueil, d’écoute, d’accompagnement et d’orientation de femmes victimes de toute forme de violence, avec ou sans leur(s) enfant, en embauchant des professionnelles formées à ces problématiques.

Maelys, 25 ans, se présente pour la deuxième fois dans la structure. Elle a vécu en couple une année avec un jeune homme de 21 ans et l’a quitté à plusieurs reprises, suite à des violences psychologiques, verbales, économiques et physiques. Elle ne comprend pas pourquoi elle reprend chaque fois la vie commune. Tout comme sa famille à qui elle n’ose plus parler. Elle vient à nouveau de le quitter. Le dépôt de cette troisième plainte a été particulièrement éprouvant, se sentant jugée quand on lui a dit : « si vous repartez vivre avec lui, vous êtes responsable  ». Elle pense avoir eu un déclic, quand elle a vu la haine dans les yeux de son concubin : elle a vraiment cru qu’il allait la tuer. Depuis, il ne cesse de la harceler de messages lui promettant de changer, l’assurant qu’il prend un traitement pour se calmer. Elle ne le comprend pas : il lui dit qu’il l’aime et, en même temps, il la frappe. Au deuxième entretien, elle annonce sa décision de quitter la ville où ils ont vécu. Elle sent qu’elle doit s’éloigner. Seule une mise à distance la protègera de son amour pour lui. Elle vient dans ce lieu d’accueil pour bénéficier d’une écoute, se reconstruire et ne plus subir.
Comme pour Maelis, les professionnelles accueillent les femmes indépendamment de là où elles se situent dans le cycle des violences. La moitié d’entre elles n’ayant pas conscience de ce qu’elles vivent, il est important de les aider à repérer ces comportements abusifs. Elles refoulent ce qui les fait souffrir, pour se protéger de leur réalité insoutenable. C’est le climat de confiance qui se tisse entre elles et avec l’équipe qui va leur permettre de progresser dans leur réflexion et de comprendre comment elles se situent face à leur agresseur, au danger et à la séparation tant redoutée, décision douloureuse qui nécessite du temps. Les victimes ont été maintenues par leur conjoint dans un état de soumission. Elles ont été objectalisées. Elles sont désappropriées de leur parole. L’accompagnement consiste alors à faciliter une parole singulière leur permettant de se resituer en tant que sujet pensant, condition pour retrouver l’estime de soi et faire le deuil de la famille idéale, du compagnon pour qui elle éprouve des sentiments mêlés d’amour et de haine. Lors des premiers entretiens, une évaluation psychosociale de la situation et des violences subies est menée. Cette étape permet de poser des mots et d’exprimer les émotions. Les victimes parlent d’anxiété, de dépression mais ne sont pas toujours conscientes d’avoir été manipulées. Pour les aider à ne pas rester en surface, une écoute fondée sur une éthique analytique leur est proposée, permettant la création d’espaces de réflexion. Nombre de ces femmes présentent un syndrome post-traumatique avec pensées récurrentes et même parfois des états de confusion, une fatigue extrême générant des carences éducatives, des idées suicidaires avec de possibles passages à l’acte. Ces temps d’accueil et de soutien psychologique aideront les femmes dans le parcours thérapeutique que nous leur conseillons d’entreprendre. Pour autant, l’emprise peut perdurer même après plusieurs mois de séparation. Honorine, 30 ans, a revu son ex-compagnon. Il lui dit souffrir de la séparation et lui demande de reprendre la vie commune. Elle est attristée, en plein doute car elle l’aime encore malgré les violences qu’elle a subies. Anna, 40 ans, peu volubile, marquée par 20 ans de violences conjugales explique qu’elle aussi son ex-mari l’a relancé. Elles parlent alors de leurs peurs, de leurs doutes : « ils veulent changer, mais le peuvent-ils ? »

L’article complet de la rubrique Echo du terrain est à retrouver dans le numéro 1264 de Lien Social

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- Famille/violences conjugales
- Société/Femme


9 janvier 2020

■ ACTU - Handicap - Violences décuplées

Les personnes handicapées réclament que le calcul de l'AAH soit déconnecté des revenus du couple (ici lors d'une manifestation sur leurs droits au printemps à Paris). ©Marianne Langlet

« Dénoncer et agir ». Le Senat vient d’adopter, ce 8 janvier, une résolution pour lutter contre les violences faites aux femmes handicapées. Elles seraient quatre fois plus exposées au risque de violences sexuelles que les femmes dites valides et à 80% victimes de violences selon un rapport de la commission des droits de la femme au Parlement européen paru… en 2007.

Invisibles

« L’absence de statistiques solides fait obstacle à la mise en œuvre de politiques publiques complètes », souligne le rapport d’information du Senat « dénoncer l’invisible et agir », publié en octobre dernier. La résolution s’inscrit dans la continuité de ce rapport et demande l’établissement de statistiques précises. Ces femmes restent « invisibles et inaudibles », note le rapport. Particulièrement en France où il n’existe aucune étude précise sur ces violences spécifiques.

Autonomie

« Les violences menaçant les femmes en situation de handicap sont généralement commises par l’entourage familial ou institutionnel », soulignent les rapporteurs. Les appels reçus par la permanence d’accueil et d’accompagnement dédiée à ces violences confirment que 35% des violences signalées sont faites par le conjoint. La résolution du Sénat soutient que l’une des conditions de protection de ces femmes « réside dans le renforcement de leur autonomie ». Or, elles sont bien plus touchées par le chômage que la population générale et accèdent bien moins souvent que les hommes handicapés à des postes à responsabilité : 1% des femmes en emploi sont cadres contre 10% pour les hommes.

Indépendance

Le Senat « appelle à une réflexion sur l’allocation adultes handicapés (AAH) qui prenne en compte l’importance de celle-ci, dans le contexte de violences au sein du couple, pour l’autonomie par rapport au conjoint violent ». Alors, que la récente réforme du calcul de l’AAH, qui prend désormais en compte les revenus du couple, prive les personnes handicapées vivant en couple de la revalorisation à 900 euros par mois de l’AAH, cet appel résonne particulièrement. Sera-t-il entendu ?

Pour aller plus loin :
Le rapport Violences, femmes et handicap : dénoncer l’invisible et agir

La résolution du Sénat


8 janvier 2020

► FORUM - Avons-nous toujours besoin du travail d’équipe ?

Par Christine Maurey Assistante de service social de formation dans le champ du handicap.
Probablement non. C’est beaucoup plus simple de travailler seul. Il faut juste que la charge ne soit pas trop lourde. C’est ce que je me dis quand je bosse dans mon jardin. Dès que c’est difficile, je dois faire appel à quelqu’un. C’est désagréable parfois de devoir demander de l’aide… Par contre, pratiquement tous les matins, en pénétrant dans mon lieu de travail, cette institution dédiée aux enfants en panne sur le plan sensoriel, je me dis que, seule, on n’est finalement pas grand-chose. On arrive à peu et surtout, on risque de se tromper dans la finalité et le sens qu’on donne à son travail. Est-ce que je dis cela en le pensant vraiment ou parce que j’arrive en fin de carrière ? Plus j’avance, moins je sais faire seule ou plutôt plus j’aime faire avec les autres ? Parce que je pense davantage au résultat pour l’enfant qu’à ma propre satisfaction ? Ou bien parce que je goûte davantage le savoir-faire de l’autre que le mien que je connais bien ? Je me fais confiance, donc je m’ouvre à l’autre et en même temps, quand je doute, l’équipe n’est-elle pas là pour me rassurer ? Il n’y a pas longtemps, un ancien élève âgé de 32 ans téléphone et demande à me parler. Ça fiche un coup de vieux ! « Maman dit toujours que tu nous as sauvés, que c’est grâce à toi qu’elle a pu s’en sortir, tu te rappelles que mon père était violent ? ». Sensible aux compliments, comme tout humain, j’avoue ressentir de la satisfaction à entendre le jeune me faire ce retour. Je me souviens bien de ce petit garçon que j’avais nommé Djamel dans mon bouquin.
Mais, j’ai surtout le souvenir de m’être affrontée à l’équipe et d’avoir travaillé un peu seule contre tous. Et au final, j’en garde un goût amer : le danger d’avancer en solo ne serait-il pas justement la tentation de la gratification personnelle ? C’est relativement facile de s’en contenter voire de la rechercher et on a besoin de cela aussi, non ? A l’inverse, cette année, il m’a été donné de mesurer la portée du travail en équipe. Une situation douloureuse et violente s’est posée à nous : la situation malheureusement pas rare d’un jeune garçon victime d’abus sexuels d’un « tonton ». Nous avons avancé ensemble, en équipe, à coup de discussions animées, de coups de gueules, d’écrits compliqués à faire, de confrontations avec d’autres services, de colères et/ou émotions nous submergeant parfois. Mais malgré cela ou grâce à cela, nous avons réussi à protéger un enfant et un prédateur est en prison. Il est relativement difficile de quantifier nos réussites, d’évaluer le positif dans nos métiers dits du « social ». Mais il y a une seule chose dont je suis certaine au bout de ces trente années de travail en équipe, c’est que toute cette mosaïque de fonctions, toute cette conjugaison de professionnels, toutes ces humanités rassemblées, permettent de créer un puzzle riche et puissant, surtout s’adaptant plus juste du projet d’accompagnement d’une personne. C’est bien la somme des idées et au final, les décisions communes prises qui amènent un contexte soignant lui permettant de se sentir bien et donc d’évoluer. Certes c’est difficile mais nécessaire. Je citerai Christine Vander Borght : «  le travailler ensemble n’est pas un fait de nature : c’est une construction sociale, une création contextuelle et culturelle des rapports à autrui, une conquête sur le fratricide et la loi du plus fort ». J’ai l’habitude de dire : mettons-nous autour d’une table, on sera moins bête à plusieurs que seul. Mais si, mais si, je le pense vraiment.
A publié en 2016 « Chroniques d’une assistante sociale en milieu médico-social » (L’Harmattan)

La rubrique complète de Paroles de métiers est à retrouver dans le numéro 1264 de Lien Social

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Protection de l’enfance/ Maltraitance / Abus sexuel / Pratique professionnelle


3 janvier 2020

■ ACTU - Sans-abrisme - Les associations présentent leurs vœux

En 2019, cent quarante-six enfants sont nés dans la rue. Onze y sont morts. À Paris, cinq cents mineurs y dorment chaque soir. Face à la réalité insoutenable du sans-abrisme, le collectif des associations unies (CAU) a interpellé le président de la République à la veille de ses vœux, dans un tribune publiée par le Parisien, largement diffusée sur les réseaux sociaux. Il réclame « une action enfin déterminée pour les personnes sans-abri et mal logées  » et présente dix vœux pour sortir de la crise.

« Vivre à la rue, on en meurt », campagne de la Fondation Abbé Pierre Les enfants d’abord
Le CAU appelle à des mesures d’urgence pour qu’aucun enfant ne soit contraint de vivre à la rue en janvier 2020 ; à une mobilisation immédiate de l’État, des collectivités et des entreprises pour la mise à disposition des locaux vacants. Il demande aussi la fin du tri des personnes et des familles sans domicile dans l’accès ou le maintien dans l’hébergement.
Il réclame ensuite la résorption des bidonvilles, des squats et des campements indignes ; la mise en œuvre du droit à la domiciliation des personnes sans domicile sur l’ensemble du territoire ; la fin des expulsions avec le concours de la force publique prononcées par les Préfets sans solution alternative digne au 31 mars ; le renoncement à toutes les mesures d’économies réalisées depuis 2017 sur les APL ; l’augmentation du nombre de logements dignes et durables pour les ménages mal-logés ou non logés ; l’attribution de davantage de logements sociaux aux personnes les plus pauvres et modestes et enfin, la mise en place d’un Grand plan national de lutte contre l’habitat indigne.

« Le 31 décembre, à l’occasion de la présentation de ses vœux, le Président de la République n’a évoqué ni les situations d’exclusion sociale, ni annoncé la priorité à la lutte contre la pauvreté et le sans-abrisme, regrette Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS). Nous continuerons à alerter sur cette situation très inquiétante et nous réfléchissons à une action militante de rue, une action d’interpellation pour la mi-février. »

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2 janvier 2020

► FORUM - Le jeu comme médiateur en protection de l’enfance.

Par Magali FOURMONT éducatrice spécialisée et Eva RENAUD psychologue.

SYSTEMO est né en 2016 de la rencontre entre deux professionnelles en AEMO à la recherche d’un support à même de permettre l’expression des émotions.

Notre constat de départ était simple : les émotions sont omniprésentes, utiles, mais parfois encombrantes, source d’incompréhension tant avec soi-même qu’avec les autres, et peuvent aboutir à des situations dysfonctionnelles. Après avoir utilisé lors de nos entretiens familiaux de nombreux supports déjà existants, comme par exemple, les figurines du film des studios Pixar « Vice Versa », nous avons eu l’envie de créer notre propre outil. Ainsi, étant deux ferventes joueuses dans la vie de tous les jours, nous sommes parties de l’idée d’un jeu de plateau, où il serait possible d’avancer son pion au gré de nos souvenirs personnels ou interpersonnels. Vint alors le moment de la confection du prototype : à nous les bouts de cartons, la pâte Fimo, le Papier Canson, les ciseaux, etc. ! Puis, avec l’aide d’un infographiste faisant partie du Conseil d’administration de notre association, nous avons rendu notre jeu plus présentable. Cet outil, soutenu par le service AEMO de l’ADSEA17LP de la Charente Maritime, a été expérimenté auprès d’une trentaine de familles, puis de deux groupes d’adolescents au sein d’une Maison d’Enfants à Caractère Social. Les retours par le biais de questionnaires anonymes ont été particulièrement positifs. En novembre 2018, nous avons eu l’opportunité de présenter SYSTEMO à un colloque professionnel organisé par le thérapeute familial Eric TRAPPENIERS à Lille et portant sur le thème des émotions. Comme son nom l’indique, SYSTEMO vise à aborder la question des émotions au sein du système relationnel familial ou groupal. Ce jeu est donc avant tout coopératif. Tout le groupe, représenté par un pion Arbre, joue ensemble contre l’adversaire, un pion Robot, symbole du vide émotionnel. Ces deux pions se déplacent sur un plateau à la manière du Jeu de l’Oie qui est composé de 35 cases, 5 d’entre elles étant dédiées au Robot, les 30 autres étant réparties selon différentes couleurs symbolisant une émotion : rouge pour la colère, jaune pour la joie, gris pour la tristesse, bleu pour la peur et vert pour la fierté. Le but du jeu est de parvenir à la case Arrivée avant le Robot. Pour cela, les uns après les autres, les joueurs lancent un dé à six faces, dont cinq représentent les couleurs « émotion » et la sixième le robot. Si le dé tombe sur une face « émotion », le joueur évoque un souvenir ou une anecdote s’y rapportant. Le reste du groupe peut lui venir en aide si l’inspiration lui fait défaut. L’avantage avec les émotions, c’est qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, ainsi si ce qui est évoqué est collégialement considéré comme étant en lien avec le thème révélé par le dé, le pion Arbre avance alors sur la case du plateau de la couleur correspondante. Si le dé tombe sur la face Robot, c’est le pion Robot qui est déplacé sur la case Robot du plateau et ainsi de suite. Notre médiateur ludique repose sur trois postulats de départ (…)

SYSTEMO en pratique
Nous rencontrons la famille M. en situation de crise. Les parents ne parviennent plus à asseoir leur autorité auprès de leurs quatre enfants. Débordés, les parents utilisent des méthodes éducatives plutôt coercitives basées sur des cris, des menaces, voire de la violence. Les enfants, de leur côté, présentent de plus en plus de troubles du comportement (provocation, opposition, défiance), qui s’externalisent aussi dans le milieu scolaire. Nous proposons SYSTEMO au moment où les parents font le choix de mettre les deux ainés en internat scolaire. Par la médiation, les enfants s’autorisent à exprimer leur sentiment d’abandon, de rejet et leur colère de devoir quitter le domicile. Quelle n’est pas leur surprise, lorsqu’ils constatent, au tour de leur mère, que celle-ci éprouve de la tristesse liée à la prise de conscience de son sentiment d’impuissance à élever ses enfants. Par l’intermédiaire du jeu, la situation est redéfinie sous un autre angle : le comportement des enfants n’est plus perçu comme la seule cause des difficultés mais dans un contexte plus large où les responsabilités sont partagées. La crise familiale se distend et les enfants partiront bien à la rentrée prochaine en internat, mais avec une tout autre lecture de la situation.

La totalité de l’article est à retrouver dans le numéro 1262 de Lien Social

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