L’Actualité de Lien Social RSS


2 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Les sans domicile fixe face au confinement. 2 - Des représentations sociales qui ont la peau dure

Par Kathleen BUJEDO, étudiante éducatrice spécialisée.

« D’un côté, les exclus sont toujours trop rapidement identifiés. Ou bien ils sont considérés comme inutiles, en trop, dont on ne sait quoi faire. Ou bien, ils sont des sujets considérés comme dangereux dont il faut se méfier. D’un autre côté, les exclus sont souvent rendus invisibles. On ne les entend pas, on ne veut plus les voir. En réalité, là se trouve révélée l’ambiguïté du traitement social, anthropologique et politique de l’exclusion. Ce sont deux éléments d’un dispositif dans lequel l’exclu est vu comme un humain pas tout à fait comme les autres, aux bords du social et le menaçant. Selon ce dispositif, l’exclu est dans la cité et hors de la cité, il est un élément surnuméraire dont on ne sait quoi faire et qu’il faut alors, au mieux rendre invisible, à défaut administrer pour qu’il ne trouble pas l’ordre public »(6)
Qui n’a jamais entendu une de ces phrases : « c’est son choix [de la personne sans domicile] si il vit ainsi  », «  ils ont le RSA ils peuvent s’en sortir », « Si on leur donne de l’argent, ils vont s’acheter de l’alcool  », « ils font la manche mais ils sont mieux habillés que nous  » ?
Est-ce lié à une désinformation de toutes les injustices dont sont victimes les plus précaires ? À une crédulité ? À un déni ? La personne sans domicile fait face à de nombreuses représentations qui la définissent. D’ailleurs, il n’est pas rare qu’on parle d’elle comme « Le/Un SDF ». Elle devient donc réduite à ce statut, son identité entière y étant réduite, comme on parlerait « d’un handicapé », « d’un toxicomane »… Ainsi, elles seraient reconnaissables. Dans l’imaginaire collectif, la personne sans domicile est représentée par l’image du « SDF » marginalisé qui serait sale, alcoolisé ou drogué, désocialisé. Ces représentations sont liées à mon sens à une crise sociale profonde qui divise des citoyens surmédiatisés qui ne savent pas s’ils peuvent faire confiance à leurs pairs et à l’État.

Des représentations sociales qui influent sur la survie de ces personnes et qui initient des attentes

Les personnes sans domicile peuvent être amenées à vivre des solidarités de la population : par le biais de la « manche », de dons. Si ces sollicitations ne sont pas une généralité, elles sont cependant répandues. D’un point de vue territorial, j’émets l’hypothèse que c’est aussi pour cette raison qu’elles sont concentrées dans les grandes villes. Leur accès à une réponse à leurs besoins (alimentaires, hygiènes, de santé, consommations) n’est possible que grâce à des rues animées par des passants. Et les représentations sociales vont être un facteur important dans leur survie, devant correspondre aux attentes de celles et ceux qui leur donnent. Dominique Memmi et Pascal Arduin expliquent cette idée : « Une donnée essentielle à cet égard : la très grande dépendance objective de la plupart de ces personnes à l’égard des jugements sociaux qui peuvent être portés sur elles. Comment résister, en effet, dans une telle situation de dépendance, à la définition exclusive qu’on leur fournit d’elles-mêmes, non pas comme dotées, par exemple, d’une compétence professionnelle passée mais comme ayants droit, et souvent comme affligées de manques que la communauté se devrait de prendre en charge. Assurer sa survie commande alors d’adhérer à la définition par d’autres de la légitimité de ses besoins et à une certaine représentation de soi, de s’y couler aussi parfaitement que possible en raison des bénéfices à court terme qu’elle recèle, et en dépit des inconvénients à long terme qu’elle comporte. » (7)
Une expérience que j’ai vécue peut en effet prétendre à illustrer ces propos. À côté de ma formation, je suis en emploi dans un petit bar de quartier. Aux abords de ce bar, un homme sans domicile vient quotidiennement solliciter la solidarité des passants en demandant des dons alimentaires ou de la monnaie. Nous fumons souvent une cigarette ensemble. Un jour, j’ai remarqué qu’il était habillé différemment qu’à son habitude : il portait un jean et une veste de marque, le tout propre. Je suis habituée à le voir dans un survêtement tâché et troué trop grand, alors je l’ai complimenté sur sa tenue. Il m’a alors expliqué qu’il portait des vêtements offerts par une dame qui se débarrassait des habits d’un proche mais qu’il le regrettait : il n’arrivait pas à « récolter », alors qu’habituellement à cette heure, il avait en poche de quoi acheter à manger à son chien et à lui-même. Dès le lendemain, le vieux survêtement était réintégré à sa tenue quotidienne.
Une mise en scène apparaît alors : les personnes en situation de précarité arrangent leurs images pour survivre et tenter de répondre à leurs besoins. Cette réflexion me renvoie à Marcel Mauss et à sa notion de « système social de l’échange-don » (8) : le don n’est pas désintéressé et sert à quelque chose. Dans cette relation entre le demandeur et le donneur (ou même dans le don spontané), le donneur cherche chez le demandeur une légitimité avant de donner. Si cette attente est satisfaite, le donneur pourra acquérir l’impression d’avoir bien agi et d’avoir eu un comportement socialement acceptable. Il en est de même si le donneur possible ne donne rien car il juge que l’apparence physique du demandeur n’est pas assez « appauvrie » : il n’aura pas le sentiment d’avoir mal agi, puisque la personne en face n’était pas réellement en nécessité. Il devient donc plus facile de dire non.

(6) Rancière J., Le partage du sensible. Esthétique et politique, Paris, Éditions La Fabrique, 2000.
(7) L’affichage du corporel comme ruse du faible : les SDF parisiens, Dominique Memmi et Pascal Arduin, Cahiers internationaux de sociologie 2002/2 (n° 113),
(8) Marcel Mauss, Essai sur le don, Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, 1923-1924.


(à suivre 3 - Les sdf fragilisés par la crise sanitaire)

— -
Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com. (Plus de précisions)


------- ------- ------
LIEN SOCIAL : numéros 1272 - 1271 - 1270 en accès libre


1er mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Les sans domicile fixe face au confinement. 1 - Etat des lieux

Par Kathleen BUJEDO, étudiante éducatrice spécialisée.

Actuellement en deuxième année de formation d’éducatrice spécialisée, la crise sanitaire que nous traversons actuellement a imposé, comme pour beaucoup de Français, mon confinement à domicile. Cette situation a cependant éveillé mon attention sur la fragilité des personnes sans domicile en France. Est-il envisageable que la crise du nouveau coronavirus illustre et aggrave la fragilité des personnes sans domicile ? Je tenterai ici modestement de réfléchir à cette question.

Qui sont ces personnes ?
L’INSEE propose une définition de la notion de personne sans domicile : « Dans le cadre de l’enquête auprès des personnes fréquentant les lieux d’hébergement ou de restauration gratuite, une personne est qualifiée de « sans-domicile » un jour donné si la nuit précédente elle a eu recours à un service d’hébergement ou si elle a dormi dans un lieu non prévu pour l’habitation (rue, abri de fortune) » (1)
Avec cette définition, nous pouvons imaginer que les besoins liés à cette situation sont importants : accès au logement, à l’hygiène, à la santé, aux ressources financières, aux droits d’asile, aux loisirs, à l’emploi, à la socialisation…
Cette situation de précarité et ces besoins non satisfaits sont à risque pour ces personnes, puisqu’elle peut les mener à l’exclusion sociale. Isabelle Vandescasteele et Alex Lefebvre (2) proposent cette définition de l’exclusion sociale : « L’exclusion sociale se définit aujourd’hui comme un processus multidimensionnel de ruptures progressives, se déclinant à la fois dans le domaine professionnel et relationnel. Ces ruptures peuvent également toucher d’autres domaines ou objets sociaux que l’emploi comme le logement ou l’accès aux soins par exemple. »

Un Etat qui ne parvient pas répondre à ces besoins
« Je ne veux plus (...) avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus  » clamait Emmanuel Macron en juillet 2017. Il a appuyé cet objectif par la mise en place du dispositif Logement D’abord. Sur le site du gouvernement, nous trouvons la présentation suivante concernant ce plan : « le plan quinquennal pour le Logement d’abord et la lutte contre le sans-abrisme (2018-2022) propose une réforme structurelle de l’accès au logement pour les personnes sans-domicile. Il répond aux constats d’un sans-abrisme persistant en France et d’une saturation toujours croissante des dispositifs d’hébergement d’urgence dans les territoires. Cette nouvelle stratégie a pour ambition de diminuer de manière significative le nombre de personnes sans domicile d’ici 2022. Il s’agit de passer d’une réponse construite dans l’urgence s’appuyant majoritairement sur des places d’hébergement avec des parcours souvent longs et coûteux, à un accès direct au logement avec un accompagnement social adapté aux besoins des personnes. » (3)
Cependant, la mise en place de ce dispositif n’a, en 2020, pas assez évolué pour permettre le logement de toutes les personnes sans domicile. J’ai pu évaluer cet enjeu en assistant à des commissions insertion au SIAO (4) sur le territoire Amiénois (5). Les listes d’attente sont très longues pour accéder au logement d’abord. Une autre problématique a aussi été régulièrement soulevée : des personnes qui accèdent au Logement d’Abord sont parfois marginalisées et nécessitent un accompagnement social conséquent. Le logement d’abord ne propose pas à ce jour un accompagnement suffisant pour ces profils individuels. Ainsi, il arrive que ces personnes se trouvent en difficulté lorsqu’elles intègrent un logement car elles ne disposent pas d’un accompagnement suffisant pour répondre à leurs besoins administratifs, leurs besoins en matière de santé ou encore leurs besoins d’aide à la gestion de ce logement. Elles vivent donc un échec, puisqu’elles quittent ou perdent le logement pour retourner à la rue ou dans des hébergements non pérennes.

L’État propose donc aussi d’autres possibilités comme les Hébergements d’Urgence, les Hébergements de Stabilisation, les Hébergements d’insertion. Tous ces dispositifs peuvent prétendre à fournir une allocation de subsistance aux personnes hébergées si elles n’ont pas de ressources. Cependant, là aussi, les listes d’attente pour accéder à ces dispositifs peuvent être longues. De plus, les orientations se font en fonction des missions et des financements des lieux d’hébergement. Un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale peut, par exemple, accueillir des personnes sous certain critères : sexe, âge, situation administrative, hygiène de vie (non consommateur de drogues ou d’alcool par exemple). Ces critères d’orientation peuvent ne pas correspondre à la situation individuelle des personnes demandeuses. De même, l’organisation de ces structures peut les contraindre à interrompre leur prise en charge ou contraindre l’établissement à y mettre fin. Il est en effet possible que les personnes ne supportent pas la vie en collectivité ou au contraire la solitude, ou qu’elles ne respectent pas le règlement pour des raisons personnelles. La barrière de la langue et la différence de culture peut aussi rendre très difficile l’hébergement et l’intégration des personnes d’origine étrangère. Ainsi, elles peuvent se retrouver au point de départ : faire appel au 115 et/ou au SIAO. Les situations individuelles et singulières peuvent freiner l’accès à l’hébergement.

Il existe aussi les accueils de jours, dans lesquels les personnes sans domicile peuvent se laver, se reposer, bénéficier de l’électricité, manger. Ces services sont soumis à une présence journalière : les personnes qui en bénéficient doivent retourner à la rue ou en hébergement de nuit, à la fin de la journée. Une partie de ces services sont de plus fermés le week-end.

Une problématique visible de cet ensemble de structures, c’est le financement des places. Il n’y en a pas assez de disponibles pour répondre à toutes les demandes. Ainsi, les personnes qui sollicitent un hébergement ne parviennent pas toutes à en obtenir un. De nombreux établissements dénoncent des coupes budgétaires qui ne permettent plus d’accompagner dignement les personnes accueillies.
Une autre problématique existe : ces structures sont rares en milieu rural, contraignant . à se rapprocher des villes pour parvenir à y accéder.

(1) https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1256
(2)De la fragilisation à la rupture du lien social : approche clinique des impacts psychiques de la précarité et du processus d’exclusion sociale, Isabelle Vandecasteele et Alex Lefebvre, Cahiers de psychologie clinique 2006/1 (n° 26)
(3) https://www.gouvernement.fr/logement-d-abord
(4) Service Intégré d’Accueil et d’Orientation
(5) Ces commissions ont lieu à l’Union Départementale D’Accueil et d’Urgence Sociale (USAUD). Elles réunissent des professionnels du 115, de la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de structures d’hébergement. L’objectif de ces commissions est d’orienter les personnes grâce aux informations qu’elles ont communiqué lors de leur rendez-vous de demande en matière d’hébergement sur le service SIAO.

(à suivre : « 2- Des représentations qui ont la peau dure »)

— -
Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com. (Plus de précisions)


------- ------- ------
LIEN SOCIAL : numéros 1272 - 1271 - 1270 en accès libre


30 avril 2020

★ INITIATIVES - La Prévention spécialisée active durant le confinement

Le service de prévention spécialisée "Avenir des Cités" s’est engagé dans un partenariat avec le collège Victor Hugo de Harnes afin d’identifier les élèves ne disposant pas de matériel informatique. Suite à un appel à don lancé sur les réseaux pour récupérer des ordinateurs, la solidarité a joué à plein. La CAF du Pas de Calais a fait don de 50 unités centrales. Le technicien du collège a complété le matériel (écran, clavier et souris), en le vérifiant et le formatant, vérifié et formaté avant qu’il ne soit remis en état de marche.
La livraison d’une vingtaine d’ordinateurs aux familles de Harnes Billy Montigny et Sallaumines a été assurée les Jeudi 23 avril 2020 et vendredi 24 avril.


------- ------- ------
LIEN SOCIAL : numéros 1272 - 1271 - 1270 en accès libre


30 avril 2020

■ ACTU - Formation • Interrogations en contrôle continu


« Une situation ubuesque et inique », l’inter régionale des formatrices et formateurs en travail social (L’IRE) ne décolère pas. La décision de l’Etat, annoncée le 20 avril via un courrier aux directions d’école, d’annuler toutes les épreuves orales et écrites pour tous les diplômes délivrés en 2020 en les remplaçant par un contrôle continu soulèvent de nombreuses questions. La toute jeune fédération nationale des étudiants en milieu social (FNEMS) a envoyé un questionnaire aux étudiants suite à cette annonce pour recueillir leurs réactions. Elle a reçu 800 réponses qui révèlent beaucoup d’inquiétudes : « Sur quels critères d’évaluation s’appuiera le contrôle continu ? », « Y aura-t-il un cadrage nationale ou des modalités selon les écoles ? », « Les étudiants seront-ils informés de ces critères d’évaluations ? », « Les dossiers rendus avant le confinement seront-ils pris en compte ? ».

Travailler pour rien ?

Thouraya Saïd, étudiante en troisième année d’éducatrice spécialisée et membre du comité de mobilisation des étudiant.e.s en travail social a rendu son mémoire, sur lequel elle a planché pendant plusieurs mois, la veille de l’annonce gouvernementale. Elle s’interroge : est-ce que ce dossier sera pris en compte ? La foire aux questions, publiée par le ministère une première fois le 28 avril et immédiatement corrigée le 29, donne une réponse pour les étudiants qui n’auraient pas pu rendre leurs travaux du fait du confinement : « L’étudiant n’a pas l’obligation de restituer à l’établissement de formation les productions personnelles initialement prévues ». Mais rien pour ceux qui l’aurait rendu pendant cette période. Par ailleurs, elle indique qu’aucune forme d’évaluation pendant le confinement ne sera prise en compte. Est-ce que cela signifie que les étudiants auront travaillé pour rien ?

Pour L’IRE, il s’agit « d’un manque de considération pour le travail réalisé : des écrits de certification préparés depuis des mois ne seront ni lus, ni évalués ».

Textes officiels

Les directions d’école attendent désormais les textes réglementaires pour y voir plus clair. L’IRE dénonce « le flou total et l’injustice inéluctable sur les modalités de cette évaluation : des travaux effectués en cours de formation doivent tout à coup se transformer en notes délivrant un diplôme d’Etat ! ». L’absence de tout regard extérieur risque d’engendrer de nombreuses inégalités et transformer un diplôme d’Etat en diplôme d’une école, jugent ces formateurs. Interrogée par Lien Social, la Direction générale de la cohésion sociale explique répondre dans un premier temps à ces interrogations par sa « foire aux question ». « Dans un deuxième temps, il est prévu de publier des textes de nature réglementaire qui viendront cadrer juridiquement ces modalités de certification. Des documents annexés serviront de guide pour les établissements de formation et les jurys ». Aucune précision de date.


30 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Histoire de confinements

Par Soline, Assistante service social
Je vous fais juste part de quelques constats de travail. Cette dame d’origine portugaise, mais peut-être a-t-elle la nationalité française, je ne sais pas je n’ai pas regardé. Pour elle, c’est comme pour beaucoup, il y a un monde entre les annonces et la réalité. La CAF dit maintenir les droits. En ce qui concerne cette dame, ils ont retenu une somme énorme de RSA après réévaluation de ses droits de ... l’année dernière !! Elle a trop perçu, se retrouve donc en dette, et ils retiennent le montant de la dette sur ses droits actuels... Donc, rien pour vivre depuis le 15 mars, et seulement 350 euros à partir du mois prochain. Elle vit seule avec ses deux enfants, doit payer le loyer et les factures, etc... Ils me fatiguent ces administrations. Un autre Monsieur s’est vu couper l’AAH car il n’a pas fourni son nouveau titre de séjour, pour lequel il avait rendez-vous en préfecture le premier jour du confinement... Les titres de séjours périmés sont pourtant prolongés automatiquement pour trois mois à cause du contexte. La CAF le sait et est donc dans l’illégalité. Comme d’hab... Et quand on les appelle, ils ne veulent pas nous parler, parce que l’allocataire n’est pas présent lors de l’appel...!! Fatiguant...
Hier, j’ai rendu visite à deux familles avec la voiture du boulot, pour distribuer des jouets d’Emmaüs, et surtout les voir en direct : tout le monde était content de se voir, les familles et moi ! Ça faisait drôle de rouler dans Toulouse après toutes ces semaines de confinement ! Je n’étais pas seule dans les rues, mais il n’y avait pas grand monde. Je n’ai pas été inquiétée par les flics, ni à pied, ni en vélo, ni en voiture. J’ai des collègues qui ont été contrôlés plusieurs fois, d’autres pas du tout, c’est très aléatoire. C’était triste quand même de voir toutes des devantures fermées, les rues désertes ou presque, comme un jour férié d’hiver...

— -
Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com. (Plus de précisions)

« »


------- ------- ------
LIEN SOCIAL : numéros 1272 - 1271 - 1270 en accès libre


29 avril 2020

■ ACTU - Table ronde du confiné

Le mercredi 29 avril s’est tenue une « table ronde du confiné  » sur Youtube à laquelle ont assisté 554 internautes.

Trois intervenants y ont débattu : Didier Dubasque, Assistant social, membre du Haut conseil du travail social, Guy Hardy assistant social, membre de l’association européenne des thérapeutes familiaux et Jacques Trémintin, travailleur social en protection de l’enfance et chroniqueur à Lien Social.
Ont été abordés :
- Le processus de dégradation de l’action sociale,
- La nécessaire mutation des pratiques professionnelles, ainsi que
- La créativité que les travailleurs sociaux ont su mettre en œuvre face à l’épidémie.

L’événement en vidéo :


29 avril 2020

★ INITIATIVES - La revue Union Sociale

La revue Union Sociale éditée par l’UNIOPSS est confrontée, tout comme Lien Social, aux difficultés d’impression et de routage. Elle propose ses numéros des mois d’avril et de mai en format électronique et en libre diffusion. On peut y retrouver notamment un dossier central est consacré à la transformation de l’offre.


------- ------- ------
LIEN SOCIAL : numéros 1272 - 1271 - 1270 en accès libre


29 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Télétravail et confinement : chronique de l’adaptabilité en temps de « Pandémie »

Par A. K. Educateur Spécialisé en CHRS
Voilà maintenant quatre semaines que LAHSo, notamment Accueil et Logement, le Service Habiter et près de la moitié de l’humanité vivent une période sans précédent dans l’Histoire moderne, où nous sommes chacun et chacune appelés à vivre dans nos grottes respectives, loin de tout contact et interactions sociales ; loin de ce qui fait l’humain en somme : « L’homme est un animal social » disait Aristote… je crois que la planète entière serait prête à valider le bon sage grec, en ce jour..
Notre pratique s’articule justement dans ce lien, dans ce contact, relégué aujourd’hui au rang de la prohibition. L’annonce du confinement a d’emblée suscité une montagne de questionnements quant à notre pratique avec pour axe névralgique certainement celui ci : comment accompagner… sans être vraiment là ?! Un questionnement porté par de nombreux doutes, doutes au combien non rassurés par les annonces présidentielles des premières heures, au sujet de notre secteur. Et bien que le pays soit quasi à l’arrêt, force est de constater que les problématiques des personnes accompagnées, elles, sont encore en marche. Marche parfois encore plus soutenue, et haletante.

Une occasion en or de mettre à l’œuvre une compétence maîtresse dans l’accompagnement social, l’adaptabilité : de la réorganisation des outils à un accompagnement modifié, en passant par le lien aux partenaires (pour ceux encore présents) ... notre pratique a dû être remodelée autour de la notion de télétravail, pourtant tant éloignée de nos métiers. Bienvenue dans l’accompagnement 3.0, où la connexion internet a remplacé le bureau. Où le mailing y construit le lien. Où la 4G est reine.

Fermement installés devant nos ordinateurs personnels, le téléphone bien accroché à nos écoutilles, nous faisons face. Face aux doutes des personnes, face à leurs démarches obligatoires devant une administration fonctionnant au ralenti, face à l’élaboration, seul.e.s Seul.e.s oui, car, malgré les grands renforts de confcall’, ce qui fait l’équipe et, par analogie, ce qui soulage, n’est plus. Terminé les échanges interstitiels où différentes propositions pouvaient émerger, les voici remplacés par l’appel en visio. Terminé la blague de la collègue au détour d’un bureau qui pouvait faire prendre conscience de ; terminé la contemplation sur un trajet lors d’une visite à domicile qui, l’espace d’un instant, soulageait l’esprit… La réflexion est constante, et elle se fait seule, occupant une charge mentale des plus importantes.

Un confinement qui appelle à l’introspection : personnelle en premier lieu. Mais également du service. Voilà le temps de nous poser, penser ce que nous nous laissons peu le temps de faire jusqu’ici : repenser nos outils, notre organisation, se recentrer sur notre philosophie d’accompagnement, pour la développer, l’adapter, la sublimer. Notre pratique en ressortira-t-elle modifiée ? Sans aucun doute. Grandie ? Faisons-en le pari !
— -
Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com. (Plus de précisions)


------- ------- ------
LIEN SOCIAL : numéros 1272 - 1271 - 1270 en accès libre


28 avril 2020

► FORUM - Et si nous mettions de temps en temps nos lunettes d’enfants

Espace du lecteur
Par Marie-Dominique Chevalier, Assistante familiale

Voici des histoires qui auraient pu prendre des proportions incroyables aux yeux des services sociaux, si nous ne prenions pas garde et regardions ce qui se passe avec nos yeux d’adultes uniquement.
Voici l’histoire de Josette, six ans, qui est en famille d’accueil depuis ses 20 mois. C’est une petite fille sans histoire, qui évolue bien. Elle est très curieuse, elle s’intéresse à tout. Elle est accueillie pour des négligences éducatives. Il y aurait eu, paraît-il un contexte plus ou moins incestueux ; nous n’en avons pas la preuve. C’est de l’ordre de la rumeur.
Revenons à Josette ; elle est tellement curieuse, qu’elle observe les adultes et reproduit tous leurs gestes. Lors de sorties, elle prend un vieil appareil photo pour faire semblant de réaliser un reportage. Son assistante familiale lui octroie le droit d’utiliser un petit appareil numérique pour que Josette puisse voir ce qu’elle photographie et ainsi travailler les différents angles etc. L’assistante familiale faisait confiance à Josette et la laissait faire.
Un jour où Josette était à l’école, l’assistante familiale effectuait un peu de rangement et de ménage dans la chambre de l’enfant. Elle tombe sur l’appareil photo et sa curiosité aidant, elle jeta un coup d’œil aux photos. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant des photos du séant de Josette. Mille questions lui vinrent à l’esprit : Josette a-t-elle été abusée ? Josette aurait-elle assisté à des séances de photos pornographiques et reproduirait-elle ce qu’elle avait vu ? On nous a bien dit que le climat familial n’était pas sain : dois-je intervenir auprès du référent ?
De retour de l’école pour le repas de midi, l’assistante familiale demande à Josette si elle veut bien lui montrer les photos prises durant le week-end. Sans hésiter, Josette prend l’appareil et montre. A la vue des photos « dénudées » l’assistante familiale demande à Josette. Pourquoi as-tu fait des photos de ton derrière dénudé ? Et tout naturellement, Josette répond : « je n’ai jamais vu mon derrière puisque c’est dans mon dos, alors pour voir comment c’est, je l’ai pris en photo, voilà !!! » Il n’y avait donc rien de pernicieux, d’ordre sexuel. C’était juste de la curiosité.
Que ce serait-il passé si l’assistante familiale, dérangée par les photos avait recontacté les services sociaux ? On peut aussi se dire que Josette évolue dans un climat de confiance et peut parler librement sans être jugée. Elle ne pense pas « à mal ». Elle sait que l’on va l’écouter. A quoi bon cacher les choses ? Souvent l’adulte a une vision des choses complètement faussée par un regard biaisé, « intoxiqué ».
Enrique a lui aussi été vu comme un petit garçon vicieux. C’est l’hiver, il fait très froid et pour se rendre à l’école, Enrique met un caleçon long sous son pantalon. Enrique est lui aussi, accueilli chez une assistante familiale. A 16h00, l’assistante familiale est interpellée par l’enseignante qui explique qu’Enrique a baissé son pantalon dans la cour de récréation. L’assistante familiale, bienveillante, dit qu’elle va reprendre avec Enrique. De retour à la maison, elle demande à Enrique : « Pourquoi as-tu baissé ton pantalon ?  » Et là il lui répond : « mes copains ne me croyaient pas quand je leur ai dit que j’avais mis un caleçon long, alors j’ai voulu leur montrer  » Encore une fois, il n’y avait rien de dramatique. Il a suffi, tout comme avec Josette de leur expliquer qu’il y a des choses qu’il ne faut pas faire, sous peine de croiser des regards « toxiques ».

Il me semble important dans les professions du social de se montrer bienveillant et de se fier à la parole de l’enfant quand celle-ci est spontanée, du style ; « dis, tu m’expliques ce que tu as fait ? » Nous devons reconnaître l’enfant en tant que tel, avoir un regard chaleureux. Il faut que les lieux d’accueil permettent aux enfants d’évoluer dans un environnement éducatif, stable et structuré pour que l’enfant s’ouvre sur le monde et se sente en confiance. Il se peut qu’avec tout ceci, il y ait moins de non-dits, et de « cachoteries ».


------- ------- ------
LIEN SOCIAL : numéros 1272 - 1271 - 1270 en accès libre


28 avril 2020

★ INITIATIVES - Appel à témoignage vidéo

À l’heure où la France est arrêtée pour faire face à cette crise sanitaire, nous applaudissons à nos fenêtres chaque soir le personnel soignant mais aussi les éboueurs, les caissiers, les transporteurs ; tous ceux qui permettent à notre société de tenir en cette période difficile.

De cette minorité qui continue à aller travailler, il y a aussi tous les travailleurs sociaux. Car le handicap, la détresse sociale ne disparaissent pas pendant le confinement. Au contraire, il les exacerbe mettant des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes encore plus en souffrance.
Face à des conditions de travail encore plus difficiles qu’à l’accoutumé, les travailleurs sociaux sont encore là afin de les soutenir et les accompagner du mieux possible.

Éducateur spécialisé mais aussi réalisateur, j’aimerais mettre en lumière ce que nous sommes, nous travailleurs sociaux, au travers de ce que nous vivons actuellement car nous sommes aussi en première ligne. C‘est pourquoi, je cherche des témoignages de professionnels sur le terrain ou en télétravail dans le but d’en faire un documentaire.
Comment ? En échangeant avec vous via des appels vidéos et en filmant ces entretiens.
J’aimerais que vous puissiez me raconter votre quotidien, comment vous le vivez, connaître les organisations au sein de votre structure, de votre service. J’aimerais mettre également en avant toutes les initiatives que nous sommes capables de faire car nous sommes aussi très créatifs. Et donc tout simplement vous donner la parole.

N’hésitez pas à me contacter.

À très bientôt.

Rodolphe Hamel
rodolphehamel.video@gmail.com
rodolphehamel.com"


------- ------- ------
LIEN SOCIAL : numéros 1272 - 1271 - 1270 en accès libre