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18 octobre 2016

La prèv’ dans l’hémicycle

La mission d’information parlementaire sur l’avenir de la prévention spécialisée, constituée en juin, a poursuivi en septembre ses auditions de représentants professionnels, sociologues, acteurs de terrain et cadres institutionnels.

Le contexte est sombre – de nombreux départements se désengagent, entraînant la fermeture des services – et l’avenir très incertain, en raison de la situation financière des collectivités locales. D’où la nécessité de rappeler l’intérêt de la prév’ sur les territoires. « J’ai fait part de la nécessité de transformer la prévention spécialisée en action obligatoire des conseils départementaux, au même titre que l’aide sociale à l’enfance, et de renouveler les textes-cadres nationaux qui datent des années soixante-dix, relate Laurent Mucchielli, sociologue. J’ai aussi alerté sur les modes d’organisation des structures, qui fonctionnent mieux quand elles sont de grande taille ».

Alexis Coutin, éducateur spécialisé dans la Drôme et défenseur de la prév’, s’interroge : « les auditions vont toutes dans le même sens, mais pour quel résultat ? De nombreuses structures ferment et cela n’intéresse que très peu. Et le débat se focalise sur les quartiers urbains, or on a aussi grandement besoin de prévention spécialisée en zone rurale ».
Un rapport doit être remis fin décembre.


17 octobre 2016

Journée du refus de la misère 2.0 : Zorro en invité d’honneur

« Ils ne paient pas d’impôts ! » « Ils sont à la rue par choix ! » « Ils gagnent plus sans travailler ! » La trentième journée du refus de la misère se veut un moment fort pour contrer les discours stigmatisant envers la population la plus précaire, souvent considérée comme assistée.

ATD Quart Monde lance donc un outil sur Twitter pour combattre en direct cette pollution des débats. Le compte @zorroclichés complète le manuel « En finir avec les idées reçues sur les pauvres et la pauvreté » dont ATD Quart Monde vient de publier la 3ème édition. Le principe est simple : si une personne affirme par exemple « les pauvres sont des fraudeurs », il suffit d’envoyer cette phrase à @zorroclichés pour obtenir un lien vers une information factuelle sur le sujet.

L’idée de cet outil est née lors de l’événement Hack la misère qui avait rassemblé une quarantaine de blogueurs, graphistes, développeurs, designers et vidéastes en mars 2015. Simplon.co, école de code s’adressant prioritairement aux personnes éloignées de l’emploi, avait hébergé cette rencontre, puis finalisé cet outil.


14 octobre 2016

Cris du silence, écrits de vérité : rendez-vous littéraire

C’est un sujet encore tabou : les violences et maltraitances subies par les femmes handicapées. Parce que quatre femmes sur cinq seraient concernées, l’association Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir (FDFA), milite pour porter ce sujet sur la place publique et accompagne ces femmes grâce à une cellule d’écoute.
Elle organise demain à Paris sa cinquième manifestation littéraire, Feuilles d’automne, intitulée cette année Cris du silence, écrits de vérité et qui réunira de nombreux écrivains en situation de handicap ou écrivant sur le handicap. Maudy Piot, présidente de FDFA, expliquait jeudi sur Vivre FM, la radio du handicap : « On crie nos violences et on ne nous entend pas. Nous souhaitons que les écrivains, par leurs écrits, portent notre parole car nous, les femmes, nous ne sommes pas réellement visibles. Le handicap dérange et les violences aussi ».
Victimes « inaudibles » et « invisibles » mais aussi « citoyennes en lutte pour être enfin entendues », sans oublier les hommes écrivant sur ces thématiques, présenteront et dédicaceront leurs ouvrages.
Plus d’infos


13 octobre 2016

Handicap psychique : le rétablissement en débat à Lyon et Marseille


« Nous faisions du rétablissement depuis 40 ans, mais sans le savoir ». Responsable de communication à l’association Messidor, Corinne Mourier résume ainsi le choix du thème des assises qui se déroulent aujourd’hui à Lyon : « Handicap psychique et travail, une voie de rétablissement ».
Créée en 1975, cette association d’insertion par l’activité économique est l’une des pionnières en France de l’emploi accompagné des personnes handicapées psychiques. S’appuyant sur cette expérience, elle mène depuis 2012 une recherche pour évaluer sa méthodologie. Un éclairage scientifique qui a permis de donner un nom à sa pratique d’accompagnement professionnel : le rétablissement. Les résultats de cette recherche seront dévoilés lors des assises.

Aller vers le rétablissement

Si le rétablissement est développé depuis les années 70 aux États-Unis et au Canada, ses outils émergent en France, mais restent méconnus : Housing et Working first, médiateurs de santé pairs... À Marseille, l’Association Solidarité Réhabilitation, présidée par le Professeur Lançon, organise aujourd’hui et demain, 13 et 14 octobre, son 4ème Congrès de Réhabilitation Psychosociale.
Cet accompagnement vise le retour des personnes souffrant de troubles psychiques, vers la responsabilité de leur vie et vers une place de citoyen plus entièrement assumée. Autour du thème central de l’innovation en réhabilitation, ces deux journées permettront aux professionnels d’échanger et de questionner cette pratique de soins et les concepts qui lui sont attachés.
Programme des assises de Lyon le 13 octobre
Programme du congrès de Marseille les 13 et 14 octobre


12 octobre 2016

Une semaine dédiée aux accueils de jours


Prendre un café, une douche, accéder à une laverie, être écouté, venir chercher son courrier, pouvoir « se poser » : voilà, entre autres, ce que permettent les accueils de jour aux personnes en situation de grande précarité. Parce qu’ils jouent « un rôle déterminant dans l’accueil et l’accompagnement des personnes les plus en difficulté », la Fnars et la Fondation Abbé Pierre leur consacrent une semaine spéciale du 13 au 20 octobre, avec des événements dans chaque structure : portes-ouvertes, expositions, débats, forums, repas partagés.
En clôture de cette semaine, un colloque national intitulé Exclusion, pauvreté, invisibilité : quels défis pour les accueils de jour ? se tiendra au Forum des Images à Paris le 20 octobre.

Pour les associations, il s’agit d’une « première étape » avant de continuer à « s’inviter dans le débat public à l’occasion de la campagne présidentielle, afin que le combat contre la pauvreté devienne la priorité de tous ».
Plus d’infos sur www.fnars.org


11 octobre 2016

Consommation à moindre risque : la première salle inaugurée à Paris

Il aura fallu une loi et vingt ans de débats houleux pour permettre l’inauguration, aujourd’hui, de la première salle de consommation à moindre risque (SCMR). Adossé à l’hôpital Lariboisière dans le 10e arrondissement de Paris, cet espace de 430m2 géré par le CAARUD Gaia va permettre aux usagers de stupéfiants de consommer les produits qu’ils ont déjà en leur possession, sous la supervision d’un personnel qualifié.

Ouvert 7 jours sur 7 l’après-midi jusqu’en début de soirée, encadré par deux moniteurs éducateurs, deux éducateurs et un infirmier, ce lieu prévoit l’accueil d’une centaine de personnes par jour. Anonyme et gratuite, l’inscription fait l’objet d’un premier entretien et d’un contrat de bonne utilisation du dispositif. Ensuite, l’accès à un suivi médical et social est facilité. L’objectif est de réduire la mortalité, la morbidité, l’exclusion sociale et les troubles à l’ordre public liés à la consommation de drogues en espace urbain.

Stade expérimental

Pour calmer les protestations de certains riverains, l’association fondée en 2005 par Médecins du Monde s’engage également à gérer l’extérieur de la SCMR. Elle va organiser des maraudes quotidiennes dans les environs, réaliser un travail de responsabilisation auprès des usagers, et mettre à disposition des riverains une ligne téléphonique. Autorisée par la « loi de modernisation du système de santé » du 26 janvier 2016, l’expérimentation est programmée pour une durée de 6 ans.
À Paris, la salle ouvre au public vendredi 14 octobre, et une deuxième SCMR ouvrira à Strasbourg en novembre.


10 octobre 2016

Tirs à boulets rouges sur le budget 2017 de la Justice

Malgré une augmentation de 320 millions d’euros, le budget 2017 de la Justice, présenté fin septembre par le Garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas, suscite de nombreuses critiques au sein des Services pénitentiaires insertion et probation (SPIP).
Si l’UFAP UNSA Justice salue la rallonge budgétaire, le syndicat déplore sa répartition et réaffirme que « les SPIP se refusent à rester, encore et toujours, sur la paille… » Le premier syndicat de l’administration pénitentiaire rappelle que « les différentes structures pénitentiaires sont devenues de véritables pétaudières tellement la surpopulation pénale y est importante » et dénonce une précarisation du personnel d’insertion et de probation.
De son côté, la CGT insertion-probation constate qu’avec un budget total de 6,9 Milliards d’euros, « la France est loin, très loin, d’atteindre la position des ministères de la justice les mieux dotés en Europe et souffre toujours d’un service public de la Justice exsangue ». D’autant que cette somme doit être amputée de 1,153 milliard d’euros pour l’achat de terrains permettant de créer 10 000 nouvelles places de prison, comme l’a annoncé le gouvernement.

Une impasse « coûteuse et inefficace »

Cette politique du « tout carcéral » avait pourtant été fermement dénoncée quelques jours auparavant dans un communiqué, signé notamment par le Syndicat de la magistrature : « À l’heure où plusieurs de nos voisins européens ferment des prisons, où les États-Unis réalisent que l’incarcération de masse les a menés dans une impasse coûteuse et inefficace, la France, elle, fait le choix d’une continuité aux coûts économiques, sociaux et humains exorbitants ».
Les choix budgétaires ne s’orientent donc pas vers la prévention, l’accompagnement et le suivi en milieu ouvert, au grand dam des professionnels du secteur.


7 octobre 2016

Les mineurs isolés de Haute-Garonne saisissent la justice

Après la lutte des travailleurs sociaux contre la politique du département de Haute-Garonne à l’égard des mineurs isolés, dont Lien social s’était fait l’écho, la bataille se poursuit sur le volet judiciaire.

Six avocates ont saisi vendredi 30 septembre le juge des tutelles du tribunal de grande instance de Toulouse afin de « mettre un terme à l’atteinte à la dignité » des jeunes mineurs isolés de Haute-Garonne et « à la mise en péril de leur avenir ». Elles défendent plus de 75 mineurs isolés « hébergés depuis plusieurs mois, voire depuis près d’une année pour certains d’entre eux, dans des hôtels, sans être scolarisés ni suivre une formation professionnelle, sans disposer de titre de transport, sans bénéficier d’un quelconque suivi-socio-éducatif » ni de « vêtements adaptés et d’argent de poche ».

Les premières audiences doivent débuter la semaine prochaine et si le juge des tutelles statue en faveur des jeunes, ce qui est probable, le Conseil départemental sera contraint d’assurer un accompagnement conforme à celui de n’importe quel mineur. « Ce n’est pas une procédure simple à vivre pour les jeunes et il ne s’agit aucunement d’évaluer le travail des professionnels de l’ASE mais bien d’intervenir en soutien, précise Me Sara Khoury, avocate au barreau de Toulouse. L’ASE a des obligations, elle ne les remplit pas, ce n’est pas tolérable ni légal ».


6 octobre 2016

Être aidant familial et travailler : une situation délicate

Depuis 7 ans, le 6 octobre est la Journée des aidants. Elle met en lumière ces 11 millions de Français, parents, conjoints, enfants, proches, qui prennent soin au quotidien d’une personne fragilisée, malade ou handicapée. En 2016, l’événement est plus particulièrement dédié aux aidants actifs, soit plus de la moitié. D’après l’enquête Macif–Unaf, Être aidant et travailler, réalisée en 2015 auprès de 371 salariés aidants, un sur cinq préfère taire sa situation auprès de son employeur et s’adapte en jonglant entre les RTT, les congés, les arrêts maladie. Les femmes assument majoritairement ce rôle, réduisant si besoin leur temps de travail voire cessant leur activité professionnelle, au risque de se précariser, s’isoler et s’épuiser.

Cette situation préoccupante tient pour beaucoup au manque d’information. Plus de 70 % des salariés aidants ignorent les aides financières, humaines ou techniques, mises à leur disposition. Ainsi, la loi de 2016 relative à « l’adaptation de la société au vieillissement » autorise désormais les salariés aidants à prendre un « congé de proche-aidant » de trois mois renouvelables, avec la possibilité de négocier un temps partiel avec l’employeur. La loi prévoit également le droit au répit pour permettre aux proches aidants de se reposer ou de s’accorder du temps libre. Au-delà de les valoriser, cette journée des aidants peut donc les aider à mieux s’informer.

L’aide à domicile, un secteur toujours fragile

Dans un récent sondage réalisé par l’ADMR, 63 % des français disent ne pas se sentir prêts à affronter seuls une situation familiale complexe : naissance multiple, maladie grave d’un enfant ou perte d’autonomie d’une personne âgée. Les attentes concernant le développement des services d’aide à la personne sont donc fortes. 8 % des Français considèrent qu’il est souhaitable de développer l’aide aux aidants (tâches ménagères, prise en charge ponctuelle, déplacements…).

Justement, la secrétaire d’État chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie, Pascale Boistard a annoncé lors des Assises nationales de l’Aide à domicile le 19 septembre que le fonds de soutien aux « bonnes pratiques », créé en juillet, sera doté en 2017 de 50 millions d’euros. Géré par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), ce « coup de pouce » doit soutenir les contrats passés entre les Conseils départementaux et les services d’aide à domicile.

Le compte n’y est pas

Signalant depuis des mois que la loi n’est pas appliquée dans la majorité des départements, les quatre fédérations associatives de l’aide à domicile (Una, ADMR, Adessadomicile et Fnaafp/CSF) ont réagi vertement à cette annonce. « Madame la secrétaire d’État, ce n’est pas d’un coup de pouce dont le secteur a besoin, mais d’un réel financement à la hauteur des besoins des personnes et des coûts de revient des services. » Près d’un an après son adoption, la mise en œuvre de loi d’adaptation de la société au vieillissement - dont de nombreux décrets n’ont pas encore été publiés - reste poussive.

Le programme des événements de la Journée des aidants


4 octobre 2016

À Hayange, les valeurs du FN en action

Majoritaire dans quatorze mairies, le Front National entend bien montrer qu’il sait user de son pouvoir. Dernier scandale : le maire d’Hayange, en Moselle, veut expulser le Secours populaire d’un local prêté par la municipalité précédente. Un prêt convenu sans droit ni titre. Et que l’édile Fabien Engelmann remet en cause pour des raisons purement politiques « Ce sont des gens qui ont une idéologie communiste », a-t-il benoîtement expliqué à nos confrères du Monde. L’association caritative s’insurge contre ce « crime contre la solidarité » et s’inquiète pour l’avenir des 770 bénéficiaires sur la commune, voulant croire que « la haine ne passera pas ». Or, elle est déjà passée. Avec moins de 35% des voix et lors d’une quadrangulaire, mais pas de quoi empêcher le maire frontiste de mener sa politique de manière décomplexée, à l’instar des autres élus de son parti.

Politique décomplexée
Ainsi à Fréjus, un centre social a été expulsé de ses locaux, comme nous l’avons relaté dans Lien Social, et à Mantes-la-Ville, la Ligue des droits de l’homme a subi le même sort. Enfin à Marseille, le maire de secteur Stéphane Ravier « reprend en main » à sa façon l’espace culturel de la Busserine... Cette nouvelle affaire fait donc office de piqûre de rappel : une fois élu, le FN ne se contente pas de faire de la figuration.