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13 octobre 2020

🎥 FILM - Sur le fil

La fin de vie, sujet — pourtant universel — peu audible, et si peu sexy. La réalisatrice a longuement fréquenté une unité de soins palliatifs (USP), haut-lieu de délicatesse et d’humanisme profond, où les personnes mourantes sont accompagnées avec intelligence et douceur. « Un temps particulier, où tout est suspendu, où l’on oscille entre état d’urgence et attente indéfinie… », dépeint-elle. Mais comment survivent celles et ceux qui y travaillent, ces soignants qui, au quotidien s’écoutent — ici, finement — entre collègues pour être au plus près des patients ? Vivre au quotidien avec la fin de vie de l’autre… Filmées avec une belle précision, les réunions d’équipe témoignent d’une attention hors du commun à cet autre. Professionnels et bénévoles s’épaulent, se soutiennent, comme mus par un impératif d’exception. Sensible à ce qu’elle nomme la « justesse émotionnelle », la cinéaste souligne les qualités des soignants : « de la gravité, de l’écoute, de l’empathie, du rire. Ils sont extrêmement vivants et apaisants. Ils s’accompagnent pour pouvoir accompagner ».

Est-ce suffisant pour tenir ? Probablement pas. En regard de ce huis-clos avec la mort, il faut d’autant plus vivre ses passions à l’extérieur. Pour la réalisatrice immergée dans cet univers, ce sera la danse, qu’elle qualifie de « métaphore de l’existence tangible des corps vivants ». Alors quatre danseurs viennent, ici et là, mettre en lumière cet accompagnement et illustre cet ailleurs indispensable. « La danse est la métaphore de l’existence tangible des corps vivants », résume la cinéaste.

Derrière la caméra, Perrine Michel ne cherche pas tant à se faire oublier (posture dont elle se méfie dans le cinéma documentaire, précise-t-elle) qu’à se faire accepter. Pudique et sensible, son choix de ne pas filmer les patients ni leurs proches s’est imposé. En revanche, la manière dont elle suit le travail des accompagnants, « ces vivants dont le métier est de conduire chaque personne vers la mort, que personne ne connaît, ce mystérieux équilibre qu’ils doivent trouver pour assumer ce paradoxe ». Elle les voit comme des « funambules debout sur un fil, risquant de chuter dans des méandres existentiels et de se noyer dans la perpétuelle question du sens de la vie ». Quels sont donc les balanciers dont ils disposent pour ne pas tomber ? La force de vie de ces mourants — qui aide les soignants à « tenir » — est ici superbement transcrite.

Les Équilibristes
Un documentaire de Perrine Michel. 1 h 39.
www.perrinemichel.com
Sortie nationale le 14 octobre.


13 octobre 2020

► FORUM - L’Appel du travail social en lutte

Le week-end des 3 et 4 octobre 2020, se sont tenues au CEMEA d’Aubervilliers, les cinquième rencontres nationales du travail social en lutte.

Les salariés du secteur social présents (syndiqués ou pas) venaient des Bouches du Rhône, de l’Essonne, de la Gironde, des Hauts de Seine, de l’Île et Vilaine, de l’Isère, de la Moselle, du Nord, de Paris, du Puy de Dôme, du Rhône, de Seine Saint Denis et de la Vienne. Presque tous les champs de l’action sociale étaient représentés : polyvalence de secteur, psychiatrie, handicap, protection de l’enfance, hébergement, étudiant(e)s en travail social.

Un appel a été voté à l’unanimité :

« Nous constatons depuis plusieurs années, la casse du secteur social par le biais d’attaques frontales du gouvernement, de nos financeurs et de nos patrons. Ces attaques se caractérisent par la mise en concurrence des associations, la marchandisation de notre secteur, la mise en pratique de l’austérité et l’évolution de nos métiers vers toujours plus de contrôle social dans un contexte d’offensives réactionnaires. Ces attaques ont pour conséquence la perte de sens de nos métiers, et ce n’est plus possible ! Il est aujourd’hui nécessaire de revendiquer la revalorisation de nos salaires et la défense des conventions collectives (CC66, CC51 etc.). On nous dit qu’il n’y a pas d’argent magique pour les hospitaliers ou notre secteur, mais des milliards existent pour les entreprises privées. Nos dirigeants se mettent en ordre de bataille pour continuer à attaquer et mettre à mal notre secteur, nos conditions de travail et nos conditions d’accueil des publics. Face à cela nous nous dotons d’échéances pour résister et revendiquer une véritable amélioration de nos conditions de travail et d’accompagnement des personnes accompagnées. Depuis septembre 2019, nous ne comptons pas moins de 102 luttes. Après de nombreuses expériences de luttes collectives locales et nationales telles que les mobilisations d’Angers, Lille, Nantes, Marseille, etc. En réponse à l’appel des 3ème rencontres nationales du travail social, un certain nombre de militant(e)s du secteur social se sont mis en grève reconductible pendant plusieurs semaines face à la réforme des retraites. Même en cette période de crise sanitaire, où les personnes accompagnées sont particulièrement fragilisées, nous demeurons les oublié(e)s du SEGUR, ne bénéficiant ni de reconnaissance ni de primes. C’est aujourd’hui une nécessité de s’organiser collectivement avec dates interprofessionnelles et sectorielles. »

Les cinquièmes rencontres nationales du travail social en lutte appellent à l’unanimité à une grève le 3 décembre 2020.
Elle invitent à participer à toutes les dates de lutte et soutenir tous les combats du secteur social et interprofessionnel ; à construire des AG et des actions la semaine du 16 novembre et à préparer la journée du 3 décembre avec l’ensemble des syndicats et collectifs.

Les 6ème rencontres nationales du travail social en lutte se tiendront les 13 et 14 mars 2021, à Grenoble.

Ont signé cet appel : les collectifs L’AG travail social en lutte de Grenoble (38), Les Broyés du social (86), le Collectif Pas qu’un coût (63) Collectif pedopsy du 19ème en lutte (75) Collectif travail social de Moselle (57) Collectif travail social le 35 Commob travail social, l’ IDF Commob travail social 91, le Collectif travail social du Gard, l’Hébergement en danger (69) et Le social déchainé (59) auxquels se sont joints les Unions départementales CGT 91 et 92, Solidaire Sud Santé Sociaux du Gard et de la Lozère ainsi que SUPAP-FSU


12 octobre 2020

• TERRAIN - Pandémie de Covid-19, confinement et enfants placés (1)

Les familles d’accueil sont trop souvent négligées, sinon méprisées un peu considérées comme les parents pauvres de la protection de l’enfance. L’occasion de leur donner la parole est suffisamment rare et précieux, pour que Lien Social ouvre son site à leur témoignage.
Une version courte est à retrouver dans la rubrique « Échos du terrain » dans Lien Social n°1281 du 13 octobre 2020

Enfants confiés et confinés, familles d’accueil sous pression (1)


Par trois assistants familiaux (1) et Philippe Godard (2)

Le confinement pour parer à la pandémie du covid-19 n’a pas été vécu de la même manière par tous les Français. L’attention de l’État et des médias s’est peu portée sur les enfants placés – les « enfants confiés » selon la nouvelle terminologie –, qui représentent plus de 175 000 mineurs (3). Pourtant, pour ces enfants qui ont été retirés à leurs parents pour des raisons diverses ou que leurs parents eux-mêmes ont confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance (4), le confinement impliquait non seulement la nécessité de suivre les cours en télé-enseignement comme pour les autres enfants, et celle de résider dans leur maison d’enfants (5) ou chez leur famille d’accueil, c’est-à-dire dans leur lieu de vie habituel, mais aussi l’impossibilité d’avoir des visites avec leurs parents biologiques.

Certes, les parents des enfants placés sont le plus souvent non suffisamment bons, pour reprendre l’expression de Donald Winnicott (6), et parfois même toxiques, ce qui a justifié le placement. Mais l’impossibilité de les voir n’est pas forcément bien vécue par les enfants, y compris ceux pour lesquels les parents représentent un danger. Si la situation des éducateurs dans les foyers a été très difficile, celle des « assistants familiaux », pour reprendre la terminologie désignant les « familles d’accueil » (7) depuis maintenant une quinzaine d’années, a été encore plus complexe.
Cet article, rédigé conjointement par trois assistants familiaux et l’auteur de plusieurs articles et ouvrages de pédagogie, témoigne de notre expérience propre, singulière. Nous ne sommes que trois issus de deux départements, sur plus de quarante mille assistants familiaux ; nous voulons ici parler de ce que nous avons vécu, l’analyser aussi. Les conditions qui ont été et sont encore les nôtres ne représentent pas forcément celle de l’ensemble des assistants familiaux, d’autres services de placement familial ayant des pratiques différentes de ceux auxquels nous avons affaire. Aussi, cet article se donne pour but tout d’abord d’informer sur la réalité de la situation d’une part des familles d’accueil, durant le confinement et en période ordinaire, mais aussi d’ouvrir quelques pistes pédagogiques et institutionnelles afin d’améliorer le placement des enfants, leur suivi éducatif et leur insertion dans la vraie vie adulte, notamment là où les conditions de travail des assistants familiaux sont les plus difficiles, comme pour nous. Nous voulons rompre cette sorte de loi du silence qui règne de nos jours autour du placement familial.

Comment définir ce métier ?

Nous n’avons pas attendu le confinement pour comprendre que le métier d’assistant familial n’était pas compris, ni du grand public, ni – et cela est plus grave – chez les éducateurs qui se trouvent, hiérarchiquement, à l’échelon supérieur, les éducateurs de placement. Nous avons en effet constaté, dans nos départements, lors du confinement, que la plupart des éducateurs référents des enfants placés s’en sont peu préoccupés (8) et n’ont pas semblé comprendre les particularités du confinement pour un enfant placé – les témoignages recueillis vont tous dans ce sens. L’un des buts de cet article est d’expliquer ce qui s’est réellement passé pour nous (9), comment nous l’avons vécu, comment les enfants placés eux-mêmes l’ont vécu et, pourrions-nous dire, nous l’ont fait vivre…
Remontons à l’immédiat après-guerre ; nous étions désignés comme des « nourricières », ce qui avait le mérite de délimiter très précisément le cadre du métier. À l’époque, ces personnes avaient la vocation d’accueillir et de nourrir les enfants qu’elles recevaient dans leur famille, et leurs tâches s’organisaient autour de ce type d’accueil. En 1992, la dénomination changea pour celle de « familles d’accueil » (10). Pour notre part, nous trouvons ce terme juste, car nous étions alors des couples avec enfants, une « famille », donc, qui ouvre ses portes pour accueillir des enfants en grande difficulté. L’implication de la famille était mise en évidence : il s’agit bien – et c’est toujours le fond de notre travail – de former une famille qui accueille un, deux ou trois enfants « supplémentaires », qui ne sont pas issus biologiquement du couple parental. Pourtant, la date de cette transformation – 1992 – ne doit pas faire illusion : dès cette époque, la notion de famille était entrée en crise et vivait des évolutions fondamentales, avec l’augmentation du taux des divorces puis, plus récemment, la possibilité de former un couple homosexuel. La famille traditionnelle a vécu, c’est un fait incontestable (11).
Les institutions ont accompagné cette évolution, y compris dans ses hésitations, voire ses errements éducatifs. Pour prendre un seul exemple technique, en 1997, le ministère de l’Emploi et de la Solidarité définissait la « parentalité » comme un « ensemble des savoir-être et savoir-faire affectifs, techniques, intellectuels et sociaux que les hommes et les femmes doivent mettre en œuvre pour éduquer les enfants » : le ministère évoque des « hommes » et des « femmes », et non des « pères et mères » ou des « familles ». Dans le même temps, les aides à domicile pour personnes âgées obtinrent la possibilité de passer une validation des acquis de l’expérience et une meilleure reconnaissance professionnelle. Ainsi, nous avions pu noter un début d’intérêt pour les personnes travaillant avec l’humain, mais d’un autre côté, les anciennes formes « traditionnelles » d’organisation pour élever les enfants, à savoir les familles, étaient comme dissoutes et ramenées à la simple juxtaposition d’hommes et de femmes. Comme si la fonction parentale était mise en doute, sans même insister sur l’absence de référence à la famille dans une définition aussi fondamentale d’un concept au succès grandissant comme celui de parentalité.
C’est ainsi qu’en 2005 (12), nous sommes passés à la dénomination d’ « assistant familial ». Qu’est-ce que cela peut bien signifier ? Notre nomenclature des métiers regorge d’« assistants », surtout des « assistantes » d’ailleurs, reposant ainsi le cadre hiérarchique…, Nous savons que l’« assistante dentaire » assiste le dentiste dans sa tâche, mais l’« assistant familial », lui, n’assiste pas la famille. Nous accueillons l’enfant, voire les enfants, de la famille biologique, et tout se passe comme si nous exercions un métier que la société ne sait pas nommer. Car ce nom d’ « assistants familiaux » ne correspond pas à notre fonction, et cela nous dérange que l’évolution de notre société aboutisse à ne plus savoir nommer des faits aussi fondamentaux, et simples, en réalité, que celui d’accueillir un enfant au cœur d’une famille. Nous le constatons y compris lorsque, suite à une fugue par exemple, nous nous présentons à la gendarmerie ou au commissariat et que, là, personne ne sait ce qu’est un assistant familial…
La formation elle-même entretient cette incompréhension. Nous recevons une formation de 240 heures qui est, chez nous en tout cas, largement inappropriée et inadaptée aux besoins réels. Les cours sur la petite enfance sont trop nombreux, puisque nous sommes presque tous parents de deux ou trois enfants. Pourquoi ne pas aborder les thèmes vraiment intéressants ? Ceux que les formateurs abordent avec les éducatrices et éducateurs spécialisés et les éducatrices de jeunes enfants sont-ils trop complexes pour un diplôme de bas niveau, ce qui supposerait que les assistants familiaux sont eux-mêmes d’un niveau scolaire bas ? La réalité est beaucoup plus complexe que cela, et même si nous ne sommes pas toutes et tous d’accord entre nous, même si les formateurs comme les familles d’accueil perçoivent bien des différences de positionnement éthique et professionnel, il n’empêche que cette formation devrait avoir pour but de créer une éthique chez les professionnels qui n’en manifestent pas toujours, et d’élever le niveau d’exigence de l’ensemble de la profession, en termes d’éthique là encore, et aussi de pédagogie, de déontologie et de capacité à faire valoir l’intérêt de l’enfant lorsqu’il fait face aux institutions (13).

(1) Qui souhaitent rester anonymes par crainte de représailles et de perdre leur travail.

(2) Ancien formateur occasionnel dans un institut régional de travail social, auteur de livres documentaires pour la jeunesse, ainsi que de Graines de futur (Arbois, Cet Atelier, là, 2020), sur une maison d’enfants à caractère social, et de l’essai Pédagogie pour des temps difficiles. Cultiver des liens qui nous libèrent (Montréal, éditions Écosociété, à paraître en janvier 2021).

(3) Voir <drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG...> .

(4) Parfois appelée dans certains départements « Pôle Enfants Confiés ».

(5) MECS : Maisons d’Enfants à Caractère Social.

(6) Donald Winnicott, La famille suffisamment bonne, éditions Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2014 (textes revus par Winnicott en 1965).

(7) Le terme d’assistant familial est celui qui est utilisé officiellement, mais il ne parle pas au grand public. Celui de famille d’accueil (qui a plus de sens par ailleurs) est plus compréhensible, et c’est donc celui-ci que nous utiliserons de préférence ici.

(8) En tant que formateur d’assistants familiaux, Philippe Godard a reçu, pendant le confinement, des dizaines de messages de familles d’accueil affirmant tous que les éducateurs référents des enfants avaient, dans le meilleur des cas, pris deux ou trois fois des nouvelles des enfants placés, et qu’ils n’avaient proposé comme seules solutions, pour soulager les familles d’accueil de la pression que le confinement créait, que de l’occupationnel, surtout à travers des jeux vidéo ou des sites webVoir <insee.fr/fr/statistiques/4285341> .

(9) Dans cet article, le « nous » signifiera les trois « familles d’accueil » que nous sommes, en espérant que les autres assistants familiaux qui se reconnaîtront dans nos descriptions et analyses le feront savoir – précisons encore une fois que Ph. Godard n’est pas assistant familial

(10) Voir <cairn.info/revue-spirale-2001-2-pag...> .

(11) Voir <insee.fr/fr/statistiques/4285341>

(12)Voir <legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?c...>

(13) Par « institutions », nous entendons ici non seulement les institutions du social et du médico-social, mais aussi l’école, à tous les niveaux, car la vie de l’enfant placé à l’école n’est pas un long fleuve tranquille, et hélas, c’est l’institution elle-même qui met souvent des bâtons dans les roues aux enfants différents. Voir à ce sujet le rapport du Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) de 2016, sur les inégalités sociales et migratoires, sous-titré Comment l’école amplifie-t-elle les inégalités ?, sur <www.cnesco.fr/wp-content/uploads/20...>

Suite demain (2) « Comment les enfants placés ont vécu ce confinement ? »


12 octobre 2020

🎥 FILM - La première marche

Youssef Belghmaidi, Yanis Khames, Luca Poissonnet, Annabelle Redortier vivent en Seine-Saint-Denis. Ces quatre étudiants de l’université Paris 8 en sciences politiques décident d’organiser la première marche des fiertés en banlieue via leur association Saint-Denis Ville au Coeur. Avec humour, joie de vivre et une volonté à toute épreuve, la petite bande d’amis se démène pendant six mois pour que cette première marche soit une vraie réussite.

Hakin Atoni et Baptiste Etchegaray, dont c’est le premier documentaire, suivent toute l’organisation, filment de la première réunion à la marche finale en juin 2019. « BANLIEUSARD.E.S et FIER.E.S » , la banderole qui ouvre cette première marche inscrit la lutte LGBT+ dans un territoire où être lesbienne, gay, bi, trans, queer s’ajoute à d’autres discriminations contre l’islam, la pauvreté, les préjugés sur la banlieue.

Ce documentaire nous amène au cœur de la réflexion de ces jeunes hommes et femmes qui revendiquent une approche intersectionnelle, notion sociologique et politique qui révèle la pluralité des discriminations de classe, de sexe, d’origine. Youssef l’exprime plus directement : « C’est quand on cumule les discriminations et qu’on se retrouve piégé dans une espèce de sac de nœud social qui fait qu’on arrive à se représenter nulle part ». Par ce documentaire entièrement auto-produit, né de l’envie de suivre cette initiative, les deux réalisateurs ont voulu « montrer, au delà de l’organisation de cet événement inédit, une nouvelle génération et ses aspirations ».

Sortie en salles ce 14 octobre.


12 octobre 2020

✖ TRIBUNE - Faut-il croire en la parole de l’enfant ?

Décidément, France 2 affectionne tout particulièrement les faits divers autour de la protection de l’enfance. Après l’excellente fiction sur l’affaire Laëtitia diffusée les 21 et 28 septembre, c’est au tour d’une autre dramatique programmée les 5 et 12 octobre. Après avoir abordé les violences vécues par deux enfants placés en famille d’accueil, voilà qu’avec « Le mensonge » est traitée cette fois-ci l’affaire Iacono. Rappelons les faits : en 2000, Gabriel Iacono accuse son grand-père de l’avoir violé. Jugé en Cour d’Assise en 2009, Christian Iacono est condamné à 9 ans d’incarcération, peine confirmée en 2011 en appel. En mai 2011, Gabriel se rétracte et se bat pour obtenir la révision du procès de son grand-père. Ce qui sera fait en 2014. Il témoignera en 2015, au nouveau procès, expliquant ses mensonges par le besoin d’attirer l’attention de ses parents sur lui et de conforter son père dans la haine qu’il vouait à son propre père. Pris dans l’engrenage de ses déclarations, il lui fallut onze ans pour abandonner ses accusations. Christian Iacono est acquitté.
Au-delà de la dimension éminemment dramatique de cette erreur judiciaire qui ruina la vie de toute une famille, on trouve au cœur de cette affaire la question de la parole de l’enfant : peut-on faire confiance à son témoignage ?
D’aucuns citeront l’affaire d’Outreau comme archétype du mensonge récurrent des enfants ! A tort, car si treize adultes ont bien été acquittés, quatre autres ont été condamnés et douze enfants reconnus par la justice victimes de viols, d’agressions sexuelles, de corruption de mineurs et de proxénétisme qu’ils avaient dénoncés.
Alors, les enfants mentent-ils ou disent-ils vérité ? Les deux mon capitaine … comme chacun d’entre nous.
L’étude menée par la chercheuse américaine, Bella DePaulo, auprès de plusieurs centaines de volontaires a démontré que chacun d’entre eux mentait en moyenne deux fois et demi par jour (1). Sauf à être des êtres exceptionnels, nous trichons donc toutes et tous avec la vérité de façon délibérée : à 80% par égoïsme (pour se protéger) et à 20% par altruisme (pour ne pas faire de la peine à autrui).
Pour quelles raisons, un enfant serait-il le seul à ne jamais mentir ?
Ce qui ne veut pas dire qu’il faille invalider systématiquement son témoignage.
On peut affirmer qu’il ment et en même temps il dit la vérité. Enfin, il dit surtout « sa » vérité. Il dit sa souffrance, son mal-être, son traumatisme, comme il le peut. Parfois, il réussit à désigner ceux qui lui font du mal. Parfois, il utilise une échappatoire quand il ne peut raconter directement ce qu’il vit. Parfois, les mécanismes de la mémoire traumatique font resurgir des flashs les agressions qu’il a subi, des années après seulement.
Chaque situation est complexe et singulière et il faut se garder de « toujours croire un enfant », tout autant que de « toujours se méfier de sa parole  ».

Affiner les techniques de recueil de la parole de l’enfant permet non d’éviter toute erreur mais de les cerner. Que ce soit ses capacités linguistiques limitées qui l’amènent à acquiescer même s’il n’a pas compris la question, l’immaturité de sa mémoire (surtout s’il est très jeune) moins apte qu’un adulte à gérer et à hiérarchiser à la fois les informations récentes et celles qui sont plus anciennes, sa forte suggestibilité qui implique que tout propos inducteur peut contaminer définitivement son récit, l’habitude qui lui a été inculquée, pendant des années, de ne pas contredire l’adulte (ce qui le fait répondre automatiquement oui aux questions posées...) … l’ensemble de ces éléments n’implique aucunement que son propos ne soit pas fiable. Il démontre simplement la nécessité d’une solide formation de la part des enquêteurs.

S’il revient à la justice d’établir une vérité judiciaire, ce n’est pas le cas pour les travailleurs sociaux. Ecoutons à ce propos les sages conseils de Francis Mahé, co-fondateur et ancien Président de l’AFIREM : « Qu’est-ce que cela veut dire quand un travailleur social dit à un enfant : ‘’je te crois’’ Cela veut dire adhérer sans preuves. Certes, il n’a pas besoin de preuves puisque ce n’est pas son job. Si la procédure se met en route, il y aura des gens qui vont chercher des preuves et qui peuvent disqualifier le ’’je te crois’’. Je préfère ‘’je t’ai entendu, ce que tu me dis est d’une importance considérable pour toi, je sais que tu souffres. D’autres personnes vont être chargées de chercher des preuves. Si elles n’en trouvent pas, cela ne voudra pas dire que rien ne s’est passé. Je serai quant à moi toujours là pour t’accueillir.’’ Je pense que c’est beaucoup plus sain de dire cela à un môme que de dire ‘’je te crois’’. »

Ce qui compte pour les travailleurs sociaux, ce n’est pas d’établir la culpabilité de l’auteur présumé des maltraitances, ni de démontrer la validité des témoignages des petites victimes, mais d’accompagner avec la même bienveillance et empathie l’enfant pour l’aider à grandir, que ses accusations aboutissent ou non à une condamnation.

Jacques Trémintin

(1) « Claudine Biland « Psychologie du menteur », Odile Jacob, 2004


12 octobre 2020

► FORUM - Bon anniversaire mamie !

Le billet de L’irrÉDUCtible, éducatrice spécialisée,

Le 19 octobre l’une de mes mamies fêtera ses 75 ans ! Ce n’est pas rien. Elle est née à la fin de la guerre, et depuis elle n’a pas arrêtée. Elle a passé sa vie à s’occuper des gens. Prendre soin de leur santé. Bon, évidemment elle ne le faisait pas gratuitement, en soit tu devais la payer en soumsoum, puis après, elle gérait avec les gars tu vois. Mais, tout de même au départ elle était très appréciée. Elle était capable de soigner un peu toutes sortes de choses. Elle connaissait beaucoup de professionnels de santé. Autant vous dire que son réseau fonctionnait du tonnerre. Quelqu’un débarquait pour une rage de dent, BIM mamie était dans le coup. Bon, par contre, il faut avouer qu’elle était un peu envahissante, à chaque fois, elle était là et tu devais faire avec. C’était pratiquement impossible de ne pas passer par mamie, dès que t’avais un problème. Elle était d’une curiosité maladive. Surtout que, malgré qu’elle soit payée pour son aide, tout à coup elle a commencé à avoir des problèmes de blé, mémé. T’imagines un peu le boulet ? La vieille est envahissante, t’es obligé de la payer et malgré ça, elle va venir se plaindre qu’elle n’a plus un rond. Alors, forcément tu te dis, qu’elle crève mamie ! Si j’ai besoin d’aide, je passe directement par la personne concernée, je la paye et on n’en parle plus. Sauf que les vieux c’est increvable, surtout mamie. Le comble c’est qu’elle s’est mise à faire des emprunts aux voisins parce qu’elle ne s’en sortait plus. On se demande encore ce qu’elle a bien pu faire de sa thune ? Alors forcément les gens ont commencé à être colère. Bah oui, tu files de l’argent à une vieille pour t’aider et au final tu ne sais pas trop ce qu’elle en fait. Niveau éthique, il y a quelques doutes qui se sont installées. Alors ça a commencé à chahuter, les rumeurs ont fusé, « mamie s’est trop endettée », « elle mange trop, t’as vu son bide ? », « elle se tape des gigolos », j’ai même entendu dire qu’elle achetait des armes, mais ça me parait gros quand même, mamie avec une kalachnikov, le délire ! Puis, d’autres ont dit que tout ça c’est des conneries. Qu’elle n’est pas du tout endettée. Elle garde tout bien au chaud et serait tout de même dans des affaires pas très claires. Bon, elle arrive à ses 75 ans et tout de même, pas de bol, elle l’a chopé. Le Covid. En plein dans sa tronche, à l’aube de son anniversaire. Beaucoup pensent qu’elle ne va pas s’en remettre. D’autres sont plus optimistes car, mine de rien, elle est coriace. Chaque année elle se tape la grippe et elle tient le coup. A tous les coups elle va devoir se faire vacciner, alors là ça serait le pompon s’il ne lui reste plus que trois Francs Six sous. Ils vont l’achever. En tous cas, si ça vous branche de lui envoyer un petit gâteau d’anniversaire, elle sera sûrement ravie. Mais n’oubliez pas d’écrire son prénom sur le gâteau, elle a tendance à l’oublier. Elle s’appelle « Sécurité Sociale  ».


9 octobre 2020

★ INITIATIVE - Exposition photo Fondation Le Refuge : DU REJET AU REFUGE


À découvrir du 5 au 18 octobre 2020, sous la Canopée des Halles à Paris, en plein air :
le portrait de 17 jeunes LGBT+ accompagnés par la Fondation Le Refuge, ces 17 dernières années.

Des jeunes qui ont décidé de porter la voix des milliers de personnes victimes de LGBT-phobies rejetés chaque année par leur famille en raison de leur orientation sexuelle ou identité de genre juste parce qu’elles sont ce qu’elles sont.

Des jeunes touchants et courageux, ayant été confrontés à des situations de violences infra-familiales et/ou en difficulté d’acceptation d’eux-mêmes, pour montrer que malgré le rejet familial et/ou sociétal, on peut se reconstruire et vivre sa vie pleinement.


9 octobre 2020

■ ACTU - Finance à impact • le DALO, produit d’investissement

La finance à impact s’intéresse au social. Après le lancement d’un nouvel appel à projet pour des contrats à impact social et environnement par Olivia Grégoire, Secrétaire d’Etat chargée de l’économie sociale, solidaire et responsable, fin septembre, arrive un nouveau prêt à impact social.

Proposé par la Caisse d’Epargne, il est destiné aux bailleurs sociaux et promoteurs immobiliers et assure : « plus votre projet est vertueux, plus notre taux est bas ». La Caisse d’Epargne a défini huit thématiques sociales et environnementales comme l’inclusion, le vieillissement, le handicap, la mixité urbaine ou la santé des occupants.

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Un premier prêt a été signé le 1er octobre avec la régie immobilière de la ville de Paris (RIVP), qui recevra 25 millions d’euros contre l’engagement de reloger 20% de ménages prioritaires selon le droit au logement opposable (DALO). Dans son dernier bilan, la RIVP indique avoir attribué 2617 logements ; elle s’engage donc a reloger un peu plus de 500 familles prioritaires DALO. Un prêt susceptible d’obtenir une bonification, soit un taux d’intérêt plus bas de 0,15% sur le taux annuel, si le bailleur atteint ou dépasse cette barre des 20%.

La particularité du dispositif : la bonification, si elle est obtenue, sera reversée à la Fondation Abbé Pierre (FAP). La Caisse d’Epargne prévoit une bonification de 650 000 euros sur la totalité du prêt à partager entre la RIVP et la FAP. A partir de quelle durée et de quel taux cette somme est calculée ? Impossible de le savoir. La banque refuse de communiquer ces données.

Rentabiliser une obligation légale

Autre interrogation : quelles seront les actions menées par la RIVP pour atteindre ce résultat alors qu’elle dit elle-même avoir du mal à atteindre les 18% actuels de familles DALO relogées, notamment en raison de leurs revenus souvent extrêmement faibles ? Si Serge Contrat, directeur de la RIVP, assure vouloir « mobiliser ses collaborateurs » et « sensibiliser ses réservataires », rien de clair sur les actions pour améliorer le logement de ces ménages.
Fabrice Gourgeonnet, directeur du développement Caisse d’Epargne, éclaire les conditions du prêt : « C’est un engagement de l’entreprise vis-à-vis de son banquier, ce n’est pas un engagement vis-à-vis de l’usage des fonds, ces 25 millions d’euros ne sont pas destinés à financer cette ambition qu’à l’entreprise sur la loi DALO, c’est un crédit corporate fait à l’entreprise pour ses projets ». Pas de lien donc entre l’utilisation du prêt et l’atteinte de l’objectif.

Enfin, comment comprendre cette incitation financière à reloger des familles à qui le droit au logement opposable a été reconnu ? Ces familles ont justement saisi la commission de médiation de leur département après avoir trop longtemps attendu une proposition des bailleurs sociaux d’un logement adapté à leurs besoins. En Ile-de-France, plus de 20 000 ménages prioritaires DALO attendent un logement. Le prêt de la Caisse d’Epargne s’il montre en creux l’échec du DALO interroge également sur la possibilité de rentabiliser une obligation légale ? « Nous avons d’un côté une politique de ces établissements bancaires qui conduit à déposséder l’action publique de ses moyens, par l’évasion fiscale notamment, et de l’autre côté un rachat à bon compte d’une conscience morale avec ce type d’opération », réagit Jean-Baptiste Jobard du collectif des associations citoyennes, un collectif qui suit depuis ses débuts l’implantation en France de la finance à impact. Il rappelle que selon le classement des banques réalisé par les Amis de la Terre, la Banque populaire, Caisse d’Epargne (BPCE) maintient 81 filiales dans des paradis fiscaux et manque de transparence sur ces opérations financières.


9 octobre 2020

• TERRAIN - L’Assemblée générale de l’IFSW

Du 11 au 13 juillet se tenait l’assemblée générale de l’IFSW (International Federation of Social Workers). Compte tenu de la crise sanitaire, la rencontre à Calgary a été annulée au profit d’une version novatrice à distance.

Ainsi, cette organisation a permis de réunir 91 des 128 pays regroupés au sein de l’IFSW. L’ANAS (Association Nationale des Assistants de Service Social) y participait.
Marie-Geneviève Mounier a rendu compte de ces trois journées riche d’échanges sur :

https://www.anas.fr/Retour-sur-l-assemblee-generale-de-l-IFSW-a-laquelle-participait-l-ANAS_a1667.html


8 octobre 2020

■ ACTU - Mineurs isolés • Violentes frontières

« Ce sont avant tout des enfants. » Malgré l’évidence, la réalité de terrain contraint les acteurs associatifs à le rappeler. Les mineurs isolés étrangers devraient être considérés comme ce qu’ils sont : des enfants en danger entrant sous la responsabilité de la protection de l’enfance. Mais au quotidien, nombre de ces mineurs se voient contraints de survivre à la rue et dans les campements aux conditions indignes.

Saisissant l’opportunité de l’examen de la France par le Comité des droits de l’enfant de l’ONU début octobre, un collectif de plusieurs associations parmi lesquelles Médecins du Monde, Amnesty International ou encore la Cimade publie un rapport. Objectif, interpeller sur la situation de ces jeunes sur trois frontières : franco-italienne, franco-espagnole et franco-britannique.

Riche de nombreux témoignages, le rapport pointe les manquements des autorités. Contrôlés dans le train à Menton et renvoyés à l’errance en Italie alors qu’ils se déclarent mineurs, survivant dans des campements systématiquement démantelés à Calais, ces jeunes vulnérables se voient privés, en toute illégalité, d’une prise en charge par la protection de l’enfance.
Leur sort avait déjà interpelé la défenseure des enfants. Saisie pour un jeune de onze ans ayant vécu dans les campements du nord de la France, la Cour européenne des droits de l’homme a également condamné la France pour traitement dégradant. Au tour du comité de l’ONU de se prononcer.