L’Actualité de Lien Social RSS


9 juin 2020

• TERRAIN - Vidéo - Danser avec les femmes vulnérables

« Dans quel état vais-je retrouver ces femmes, très isolées pendant le confinement ? », Emmanuelle Rigaud, chorégraphe de la Compagnie les alouettes naïves (1).

Depuis 20 ans nous allons à la rencontre de nombreuses personnes souvent isolées, les femmes incarcérées, les tsiganes, les femmes victimes de violences. C’est la danse qui constitue la plupart du temps notre outil de rencontre, la danse orientale, la danse tsigane, les danses présentes dans le quotidien des personnes.

Nous ne faisons pas des actions culturelles autour de nos créations, ce sont les rencontres que nous menons dans le cadre de nos ateliers qui nous donnent envie de créer des spectacles afin de parler d’eux et d’elles. Des spectacles pluridisciplinaires : nous collaborons souvent avec des auteurs ou autrices, comme Denis Lachaud et Penda Diouf qui a écrit le texte de notre prochaine création qui part de nos rencontres avec les femmes prises en charge par la Maison des femmes de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Intitulée À corps retrouvé, elle sera créée en janvier 2021, à Paris dans le Tiers-Lieu d’art et de culture Le Vent Se Lève (2).

POUR ALLER PLUS LOIN :
Lien Social vous offre ces lectures (À lire ou relire )  :

- Lien Social n° 1235 : "Un peu de douceur dans un monde de bruit" consacré aux ateliers de Feldenkrais en centre pénitentiaire pour hommes

- Lien Social n°1206 :" Maison des femmes : attention fragile" sur les femmes vulnérables

(1) www.lesalouettesnaives.com
(2) https://leventseleve.com/
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Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

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8 juin 2020

★ INITIATIVES - « Paroles de confinés : aux oubliés, la double peine »

Pauline Bandelier, auteure de « Paroles de migrants  » (voir Lien Social 1272) lance un nouvel appel à témoignages, dans le cadre d’un livre sur lequel elle travaille et qui paraîtra à la rentrée (aux Editions Hugo et cie).

Alors que le déconfinement a commencé, la perspective d’une deuxième vague reste présente dans tous les esprits. Si vous été parmi les oubliés de cette pandémie, prisonniers, SDF, migrants en centre de rétention ou livrés à eux même dans des campements ou des centres d’hébergement précaires, personnes âgées isolées, écrivez sans tarder votre plus belle lettre pour témoigner de votre colère, de votre peur, de votre espoir ou de votre gratitude. Postez-la avant le 15 juillet 2020 par mail à paulinebandelier@gmail.com


8 juin 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Pourquoi je démissionne

Par S. K., assistante sociale.

Le confinement de la plus grande pandémie mondiale, le début d’une prise de conscience.
Quand c’est la prise de décision qui est jugée et non la décision elle-même
Quand le retour au travail est synonyme d’angoisse et de colère, il faut prendre une décision, la fuite ou le changement. Je prends la décision du changement, de l’abandon mais pas du regret.

Adieu,

Vendredi, dernier jour. Je suis assistante sociale pour la dernière fois, vous ne devez pas nous connaître parce que vous ne savez pas ce qu’on fait dans vos services.

Pour vous, je fais des dossiers MDPH, je mets en place des mutuelles et je « gère » les problèmes de logement, je cherche des solutions pour que les patients achètent des caravanes. Pourtant, ça représente 10% de mes compétences. Parce que je suis capable de faire des choses que vous ne pourriez même pas imaginer. Par exemple ...

J’ai accompagné un paraplégique de naissance à faire de la moto ; j’ai accompagné une jeune infirme motrice à faire de la plongée ; j’ai accompagné un jeune cérébrolésé à participer à un match de son équipe de foot avec 0 € de budget ; j’ai accompagné une personne atteinte de la maladie de Charcot à déménager de Lyon à Hendaye ; j’ai récolté 1400€ pour financer un voyage au Japon pour une jeune ataxique ; j’ai animé un groupe de parole pour jeunes en situation de handicap autour de leur sexualité ; j’ai écrit le projet de l’école de la vie autonome ; j’ai permis à une personne complètement dépendante d’aller en Laponie ; j’ai soutenu l’écriture d’un livre ; j’ai créé un répertoire et un guide des établissements médico-sociaux ; j’ai animé un Comité de Promotion de la Bientraitance et soutenu des cuisiniers à obtenir une formation aux repas mixés ; j’ai organisé un échange d’équipe inter établissement pour mieux comprendre la Chorée de Hungtinton ; j’ai animé un atelier cuisine ; j’ai participé à la création du jeu de Lois ; j’ai accompagné une femme non voyante à avoir un enfant ; j’ai soutenu un homme ataxique contre un grand groupe de prévoyance devant les tribunaux ; j’ai permis l’attribution de la PCH Aide Humaine au titre du Répit ; j’ai animé un groupe de travail et soutenu la création d’une association pour 6 jeunes en situation de handicap autour de la communication ; je suis sortie en discothèque avec des jeunes adultes en situation de handicap ; j’ai soutenu un projet intergénérationnel avec des jeunes filles en situation de déficience intellectuelle, un EHPAD et une école de travailleurs sociaux ; j’ai permis à un atelier IMPRO d’apprentissage cuisine de préparer et de servir le buffet de Noël de la Mairie ; j’ai assisté au décès d’un bénéficiaire ; d’ailleurs, j’ai aidé à la rédaction de 60 directives anticipées ; j’ai organisé un mariage dans un foyer ; j’ai placé deux enfants en famille d’accueil ; j’ai travaillé jusqu’à 22h, jusqu’à l’arrivée de la police ; j’ai évité l’expulsion de deux familles ; j’ai soutenu et obtenu des titres de séjour ;
Mais hier mon quotidien, c’était 5 patients, 30 mails, un dossier MDPH ; trois appels ; un passage aux toilettes et 3 cafés ; j’ai fait un DIU Répit ; je forme des professionnels ; je corrige des examens ; …

La CAF a suspendu le versement de vos droits pour les raisons suivantes : “Dossier suspendu.
La CPAM a suspendu votre majoration tierce personne car vous n’avez pas répondu à notre courrier.
La MDPH a statué sur une diminution de vos heures d’aide humaine.
Nous ne pouvons répondre favorablement à votre demande d’admission, la perspective d’une entrée est supérieure à 10 ans.
Nous ne pouvons pas vous communiquer l’information, nous devons avoir l’accord de M. Tuutt (aphasique)

Et si vous prenez deux secondes pour regarder votre collègue, vous ne voyez que 10% de ce qu’il est. Laissez-lui l’opportunité de se déployer. Laissez-lui un espace pour faire preuve de créativité, pour donner son avis, pour penser, pour réfléchir, pour prendre du recul.
Si on laissait à chaque salarié l’opportunité de se saisir de l’enjeu institutionnel et si le projet de l’établissement qu’elle qu’il soit, faisait l’objet d’un travail avec TOUS, le virage ambulatoire serait pris depuis 1985. Il faut revoir le social en mode Agile. Comment peut-on comprendre les enjeux alors qu’ils ne sont pas expliqués ?

Il faut innover. Et l’innovation n’est jamais née de l’intelligence d’une seule personne, elle naît du partage, des échanges et surtout elle est l’affaire de TOUS !
Et si on permettait aux concernés, la personne handicapée mais aussi le salarié, l’infirmier, l’ASH, le moniteur éducateur, de faire partie de l’aventure et pas seulement de la subir, quels seraient les risques ?

Mais arrête de rêver. Ce monde n’existe pas. Aujourd’hui, il y a deux catégories, les savants et les faisants.
Les savants du 21e siècle n’ont pas découvert l’électricité, mais dans la signature de leur mail et au bout de leur fiche de paie, on trouve la légitimité qu’ils se sont auto-attribués à mieux connaître cet immense terrain de jeux que les autres.
Les faisants, ce sont ceux qui se taisent et qui jouent malgré que les jeux ne soient pas appropriés, dangereux, inaccessibles. Comme sur une plaine de jeux pour enfants, il y a le Maire et les ingénieurs qui ont élaboré cet espace et les enfants qui jouent, se brûlent les genoux, tombent mais il n’y a pas de morts, en tout cas pas assez, pour qu’on se dise qu’on devrait réfléchir à améliorer encore ces espaces pour assurer le bien-être et la sécurité des enfants.

On a demandé le changement d’intervenant pour l’analyse de la pratique professionnelle, ce temps précieux pour une prise de recul, ce temps de liberté. Et finalement, il a juste disparu, sans explication. Envolé le temps de liberté.
Pas de formations, pas d’APP, pas de fédération pour créer une cohésion, une vraie équipe de travailleurs sociaux, … Parlons-en, de FEDERER. C’est difficile de fédérer mais le football y arrive pourtant, dans un pays divisé en trois peuples comme la Belgique. Vous trouvez ça impossible de fédérer une équipe pluridisciplinaire de 10 individus autour d’un bon sens commun ? OUI ! Parce qu’il n’y a pas de bon sens et pas de commun, dans cette “équipe”. Parenthèse terminée. Pas d’assistants sociaux dans les espaces collectifs thérapeutiques, pas d’assistants sociaux dans les groupes de travail, pas de clinique en travail social, et pourtant …

Elle est probablement là, dans son bureau, derrière son ordinateur, au téléphone, avec pleins de papiers partout, mais vu qu’on ne sait pas qui elle est, on ne va pas l’inviter.

Le monde du social et du sanitaire, c’est une entreprise lucrative dictatoriale sous couvert de la charité et du soutien aux pauvres. Ne sont-ils après tout pas sous le chef de nos ministres qui montrent un exemple remarquable d’honnêteté et de transparence ? Divisez pour mieux régner. Le management par l’intimidation. L’accompagnement par la procrastination. La présence et le soutien par le silence.

J’ai regardé Hors Norme et j’ai pleuré, beaucoup. C’est tellement pour ça que j’ai choisi ce métier, pour sortir du cadre, innover, faire, agir, être là. Mais dans le fonctionnement de la société, dans nos institutions protocolisées à l’extrême, le sens n’est plus qu’une question d’absence et de handicap. Le métier d’assistante sociale, je l’ai choisi parce que j’aime les gens, j’aime l’être humain, sa complexité, son potentiel. J’aime jouer avec les lois, j’aime les challenges et j’aime l’innovation. Ce n’est pas un salaire qui sera au mieux de 1700 € net, pas un beau bureau qui mettra un bout de bois entre eux et nous, pas une chaise ergonomique qui me permettra de passer 8h derrière un PC, ce n’est rien de tout ça qui m’animent mais la réussite des projets personnalisés et chaque petite victoire du quotidien. Enfin, c’est ce qui m’a animé jusqu’à ce qu’une grosse tempête vienne éteindre toutes ces flammes.

Je souhaite à tous ceux qui n’ont pas les moyens de faire leurs courses sans regarder le prix au kilo, à tous ceux qui passent au zéro déchet pour des raisons économiques avant écologiques, à tous ceux qui ont déjà versé une larme au travail, à tous ceux qui viennent la boule au ventre, à tous ceux qui ont peur de leur entretien annuel, à tous les absents des protocoles, aux ASH, aux cuisiniers, aux auxiliaires de vie, aux infirmiers, aux travailleurs sociaux, aux secrétaires et aux assistants, je vous souhaite à tous bon courage et surtout bonne chance.

Alors adieu,
Adieu à ce merveilleux métier incompris, malmené et maltraité.

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5 juin 2020

★ INITIATIVES - Les GEM sur la toile

Les GEM, qui sont organisés sous forme associative, sont dédiés aux personnes présentant un handicap résultant de troubles psychiques, d’un traumatisme crânien ou de toute autre lésion cérébrale acquise, d’un trouble du spectre de l’autisme ou autre trouble du neuro-développement, leur offrant la possibilité se soutenir mutuellement dans les difficultés rencontrées, notamment en termes d’insertion sociale, professionnelle et citoyenne.

Un blog partageant des ressources par et pour les Groupe d’entraide mutuelle est accessible à l’adresse https://www.mut-gem.com. On peut y trouver des idées, en proposer d’autres, entrer en contact avec d’autres GEM.

Illustration le document mis en lignes reprenant les 35 lettres quotidiennes envoyées aux GEM qui ont souhaité les recevoir. Chacune des ces lettres s’articule en deux parties :
- des contributions écrites par les GEM eux-mêmes, et qu’ils ont proposées pour être mises en partage ;
- des ressources retenues par Mut-GEM, suite à de recherches documentaires sur le Net.
Vous pouvez consulter ces lettres sous leur forme initiale en visitant le site
Dans cette compilation, vous trouverez tout d’abord des contributions libres, « à chaud », envoyées le plus souvent par les professionnels (ce sont eux qui restent les plus joignables en ces temps de confinement) mais aussi par des membres de bureaux. Certains se sont faits les porte-paroles des membres de leur GEM, d’autres ont fait part de leurs actions et de leurs ressentis.
Vous y trouverez d’autre part des liens, documents, ressources, conseils qu’il nous paraissait utile de connaître dans le contexte du confinement-Covid19
Enfin, pour conclure cette synthèse, des contributions « à froid », envoyées post-confinement témoigneront du recul pris mais aussi des interrogations quant à ce qu’il est possible de retirer de cette épreuve à laquelle personne n’était préparé ...

Accéder au document


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5 juin 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Confinement : créativité et usure (2)

Par JS, chef de service éducatif.

Transition. Il faut l’exfiltrer du territoire ennemi ! Car l’ennemi, c’est le contact humain. C’est de plus en plus chaud cette histoire. Une éducatrice m’appelle. Elle veut revenir au front depuis sa Bretagne, malgré ses peurs et l’avis de sa famille. La ouf ! On organise l’exfiltration de notre volontaire et notre revenante courageuse mais flippée prend le relais par tranche de 48h. Alors il faut trouver sa doublure. Ça marche, mais le confinement a du plomb dans l’aile et on n’est pas au bout de nos surprises.
Retour à notre volontaire. Je lui prends un rendez-vous pour qu’il aille faire le test. La relation contamine, on l’a compris. Il ne veut pas. Ok, je respecte. Tu vas voir ton médecin, tu te reposes et je prends de tes nouvelles régulièrement. La culpabilité m’envahit. « Jusqu’ici tout va bien ! Mais l’important, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage  » (4). Chaque jour qui passe est un jour de gagné quand tout le monde va bien ! Ça tourne dans ma tête, allez prends un verre de vin, ça ira mieux ! Pas si sûr !
Injonction paradoxale pour de vrai ou l’impossible mission d’accueillir en urgence en plein confinement. Le réel impitoyable et glacial nous rattrape. Il va falloir penser à réaccueillir des nouveaux et à orienter les gamins présents comme si de rien n’était : « Vous voulez dire comme avant la crise sanitaire ? Vous savez que c’était déjà tendu avant. Mais là, c’est complétement insensé ! Vous n’avez pas réfléchi à cette question là-haut ? Il y avait peut-être des choses à mettre en place, transformer des lieux, en ouvrir d’autres adaptés à la situation. Cela éviterait des fermetures en raison des contaminations et cela préserverait les lieux qui fonctionnent et les personnes qui y sont. Inventez, créez ! Venez voir sur le terrain comment on s’y prend, pour vous inspirer et nous aider… pour de vrai. Nos locaux ne sont pas vraiment adaptés à la situation. Pas sûr que quelqu’un les ait au final !  », « Et on peut fermer si les personnes ne veulent plus venir travailler ou tombent malades ?  » « Non, vous resterez ouvert quoi qu’il arrive ! »
Quitte à travailler avec des inconnus auprès des jeunes, nous avons compris. On marche sur la tête et les éducateurs sont de la chair à canon. Combien sont morts, d’ailleurs ? Juste du descendant absurde, pas d’innovation, aucune logistique aidante. Ah, si pardon ! Ils nous ont donnés des masques chirurgicaux, du gel, des gants, un peu de blouses et un seul thermomètre au bout de quelques semaines. Cela évitera que les éducateurs exercent leur droit de retrait. Mais il a fallu que notre petite association s’organise pour nous livrer ce matériel et on ne sait pas si ce sera renouvelé dans la durée. En revanche, on a reçu plein de consignes sanitaires à mettre en œuvre avec nos seuls moyens et notre huile de coude.
Sidération. En une phrase, nos chères tutelles venaient de balayer un travail digne de Fernand Deligny et de Jean Cartry réunis où nous étions passés en un temps record de l’accueil d’urgence à un lieu de vie quasiment autogéré. Mais au fait, orienter où ? La plupart des foyers ont gelé leurs admissions. Nous savions que le questionnement du début allait se poser concrètement.
On n’était pas du tout à l’aise, partagé, ambivalent et flippé : assurer nos missions, accueillir en urgence d’un côté, protéger les gamins déjà présents et les éducateurs au passage. Intenable. Le confinement commençait à prendre l’eau, d’accord mais là, tout cède ! Puis l’urgence est partout, pas que chez nous.
Les éducateurs résignés accueillent finalement un gamin fugueur gentiment déposé par les policiers. On remonte à 4 gamins. Le lendemain, un éducateur de son foyer d’origine vient le chercher. Les gamins continuent de fuguer pendant le confinement ! Le binôme éducatif fraichement constitué dans le service doute, se questionne. Il y a quelque chose qui continue à ne pas tourner rond. Et si les gamins que nous accueillons sont contaminés, on fait comment ? Et comment le savoir ? On a tenu avec notre jeune symptomatique ultra-confiné mais ce n’est pas sûr que ça marche à chaque fois.
Rupture. Papa-radiateur fatigue et voit partir en vrille tout ce qu’il avait mis en place. Moi aussi, je fatigue à distance, je craque à en pleurer, une fois de plus. Deux autres gamins sont accueillis. J’ai été appelé en pleine nuit par le service orienteur. Je connais un des gamins, je sais que ça ne va pas tenir. Pourquoi est-il toujours sur une place d’urgence, d’ailleurs ? On monte à cinq jeunes. Les deux fuguent au bout de quelques heures pour aller « faire de l’argent ». Ça sent le réseau prostitutionnel ! Encore une déclaration de fugue pour chacun. C’est la réponse toute faite. Leurs accueils n’avaient aucun sens ni pour eux ni pour nous et tout le monde a pris des risques.
Le lendemain matin, le couperet tombe à 7h30. Papa-radiateur jette l’éponge. Je n’ai pas dormi depuis l’appel téléphonique de cette nuit, car je savais que ça allait arriver. Deuxième exfiltration à organiser. Avant de partir, il blinde l’organisation du lieu de vie redevenu accueil d’urgence, en affichant les consignes de fonctionnement pour ceux qui vont prendre le relais. Mais qui ? Avant de partir, il faut faire un signalement pour ces fugueurs brutalisés par la marchandisation de l’être humain.

(4) Hubert dans La Haine, Mathieu Kassovitz, 1995

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4 juin 2020

■ ACTU - Protection de l’enfance • Vacances méritées

Pour permettre aux enfants de partir en vacances après une période de confinement difficile, les équipes de protection de l’enfance ont anticipé : organisation de transferts et appel à des agences de voyages sociales.

Ouf ! Depuis le 2 juin, les centres de vacances et les hébergements collectifs rouvrent en zone verte ; les enfants et les jeunes de tout le territoire pourront partir en colonies de vacances à partir du 22 juin. Mais tout cela, les professionnels de la protection de l’enfance l’ignoraient avant le déconfinement. Ils ont dû réfléchir en amont à un mode de vacances permettant aux mineurs confiés de changer d’horizon durant l’été.
Le groupe Capso (1) qui gère vingt-huit établissements et services de protection de l’enfance en Auvergne-Rhône-Alpes, accueille six cents jeunes et emploie quatre cents professionnels, a pour sa part, choisi d’organiser des transferts. «  Nous avons négocié un accord d’entreprise temporaire en adaptant la durée des séjours et le ratio d’encadrement : deux professionnels pour sept mineurs », explique Nicolas Hermouet, le directeur général. L’association a loué des locaux (centres de vacances fermés, gites) dans un rayon de deux cents kilomètres pour faciliter les déplacements des enfants bénéficiant des droits de visite et d’hébergement, la logistique mais aussi la rotation des équipes tous les sept jours. « Nous tenons compte du besoin de vacances et de repos des professionnels, très mobilisés durant la crise sanitaire. » Capso a loué des locaux suffisamment vastes pour permettre des activités à l’intérieur en cas de pluie avec respect de la distanciation sociale. Les enfants pourront changer de lieu de vacances plusieurs fois durant l’été.
Les conseils départementaux, les directions territoriales de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (DTPJJ) du Rhône et de la Loire, la métropole du Grand Lyon lui apportent leur soutien en prenant en charge une partie des surcoûts liés à la crise sanitaire et à ses impacts.
Durant l’été, Capso maintiendra aussi des astreintes éducatives dans des maisons d’enfants à caractère social (Mecs) pour l’accueil éventuel de jeunes touchés par le Covid-19 durant les séjours. Sur les lieux de vacances, en sus des distanciations sociales, des masques obligatoires pour les professionnels, la température des enfants et des adultes sera prise chaque jour. En cas de suspicion, le mineur sera rapatrié dans une mecs et testé ; s’il est négatif, il rejoindra ses camarades.

Éviter les exclusions

Dès janvier, Capso a tenté d’anticiper l’organisation de séjours avec des organismes spécialisés qui, faute de visibilité sur le déconfinement, ne pouvaient pas lui certifier l’accueil des mineurs durant l’été. « Des grands opérateurs nous ont sollicités afin que nous les inscrivions quand même, sans visibilité mais avec un paiement d’arrhes, ce que nous avons refusé », dénonce Nicolas Hermouet. «  Nous avons reçu une vingtaine d’alertes de structures sociales, démarchées par ce type d’opérateurs proposant des promotions et leur demandant une réponse rapide pour leur garantir une place », confirme Laid Hamoudi, directeur général de Up’ Séjours (2), une agence de voyage associative dédiée aux enfants, adolescents et jeunes relevant de l’Aide sociale à l’enfance. Caspo lui a confié le séjour d’une trentaine d’adolescents en difficulté dans le cadre de leur parcours personnalisé. Up’ Séjours sert en effet d’interface entre les professionnels de la protection de l’enfance et les associations qui organisent des séjours de vacances - plutôt issues de l’éducation populaire. Elle propose des parcours individualisés, assure une astreinte 24 h sur 24, 7 J / 7 pour accompagner les jeunes et les animateurs en difficulté. « Cela nous évitera les appels d’organismes de séjours nous demandant de venir chercher un jeune en urgence à cause de troubles du comportement, ce qui arrive de plus en plus fréquemment depuis quelques années et place le jeune en échec  », conclut Nicolas Hermouet.

Encadrer les jeunes en difficulté

« De plus en plus d’organismes de type agences de voyages / opérateurs privés doublent l’inscription d’un enfant relevant de la protection de l’enfance. Ils partent de l’hypothèse qu’il pourra être exclu dès la première semaine et qu’il convient de ʺvendreʺ sa place à un autre », dénonce Laid Hamoudi. Une étude réalisée par Up’ Séjours confirme l’augmentation des exclusions de jeunes confiés à la protection de l’enfance des colonies de vacances (voir cartographie ci-dessous). « Des exclusions parfois justifiées mais que leurs éducateurs référents doivent gérer dans les 48 heures et ce sans avoir reçu d’alerte avant ni de rapport d’incidents. »
Pour prévenir les problèmes et éviter les expulsions, l’association suit les jeunes qu’elle inscrit dans un séjour pour régler les difficultés au jour le jour.

Voir cartographie rapatriements

(1) https://www.adaear.org/
(2 )https://www.upsejours.social/

À lire sur Lien Social n° 1245 : Colonies de vacances. Un idéal à sécuriser


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4 juin 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Confinement : créativité et usure (1)

Par JS, chef de service éducatif.

Fixation. Le confinement va tomber. Il reste 4 gamins dans le service. On les garde mais un seul éducateur est présent. Il vient déjà de faire sa semaine de travail en 3 jours avec le week-end et le lundi. Un remplaçant ayant travaillé la nuit précédente au service, m’appelle et me dit : « Il est fatigué, il ne faut pas le laisser seul » Je lui réponds : « Merci de me l’avoir dit. Je ne l’avais pas perçu mais je m’en doutais. »

A distance, difficile de se rendre compte réellement de la déflagration sur le terrain. Et ce mal de tête qui ne me quitte pas. C’est chaud-patate ! L’éducateur réfléchit, consulte, se frite avec sa douce, fait ses choix, s’organise, envoie sa famille en Bretagne et demande à se confiner avec les gamins comme un papa-radiateur : «  J’allume le feu tous les matins pour ne pas tricher avec le mot « foyer ». Une maison d’enfants, un foyer pour adolescents dépourvus de cheminée vivante oublient qu’on ne se réchauffe pas le ventre avec une métaphore » (1). Ok, je lui fais confiance, Il a pris sa décision, je porte sa parole. On n’a pas de cheminée pour de vrai, mais on a un homme-chauffant convaincu. C’est mieux !
Appui. Je cherche des éducateurs pour l’épauler. Ils viennent. D’autres, non. Ils ont peur. C’est quoi ce truc qui nous arrive dans la tronche ? On réfléchit. Il y a un quelque chose qui cloche. Notre éducateur-radiateur chevronné m’interpelle : « Ce n’est pas un confinement si les personnes vont et viennent. Si c’est ça, je m’enferme avec les jeunes et je jette la clé » « Ok, pas de panique ! »
Je reçois la photo de la grille cadenassée. Ce n’est pas de la rigolade. Faut que je cherche et trouve une personne suffisamment « saine d’esprit » pour accepter de s’enfermer pendant une durée incertaine avec 4 gamins, un éduc-chauffant et le virus qui, telle une ombre rôde potentiellement dans le service.
Je le trouve, il est ok ou plutôt se porte volontaire. Sans d’autre solution, l’association suit.
Télé-lien. Et les autres ? L’équipe confinée. On crée un groupe de discussion. Ça tchatche, encourage, rigole, règle des comptes l’air de rien mais surement. On en crée un deuxième en parallèle pour les confinés pestiférés, la psychologue et les cadres super-confinés. Une machine de guerre hyper connectés prend forme : réseaux sociaux, textos, appels, mails, face time, oreillettes, casques. Je ne me déplace plus sans mon portable comme un soldat sans son arme. Prêt à dégainer. C’est chaud, nous sommes en guerre ! L’ennemi est en chacun de nous. C’est pour ça que nous vivons connectés, pour « respecter les distances sociales ». Un bon geste barrière à la relation. Le paroxysme de l’idéologie de la bonne distance. Tu en as rêvé, corona l’a fait !
Logistique clinicienne. Bon, on doit s’organiser avec nos deux permanents chauffants en transformant un accueil d’urgence en lieu de vie, mais en mode survie. La directrice et moi-même organisons le soutien à distance. La bouffe, les masques, le gel hydroalcoolique, les produits désinfectants… tout est assuré. Du matin au soir, on appelle, on se rappelle, on discute encore et toujours. La nuit, on tourne dans son lit car on n’arrive pas à décrocher, on se questionne. Est-ce que ça va tenir ? Est-ce que je vais y arriver ? La directrice fait tampon avec les instances dites supérieures. Inhumain.
Et les jeunes, comment vont-ils supporter le confinement ? Les problématiques de chacun ne vont-elles pas être exacerbées, au risque d’exploser ? Et les éducateurs ? La situation est inédite où s’occuper de soi est compliqué, il faut en plus s’occuper des gosses cabossés.
Mais la relation s’établit, le transfert tourne à plein régime et parfois aussi le contre-transfert inhérent aux « attachiants ». Je m’improvise superviseur clinicien. Pas facile ce métier, finalement ! Faut la jouer fine, surtout à 23h. Des hauts, des bas, des gros coups de pompes, des coups de gueule. Petites pensées du soir à vous qui êtes au front, puisque nous sommes en guerre. Mais contre qui ?
Ah au fait ! Un de nos jeunes confinés a un traitement à prendre et c’est du lourd ! Allo l’ASE ? Ça décroche enfin. Un médecin est sur le coup et on arrive à mettre en place son renouvèlement. Heureusement que nous avions bossé juste avant sur le protocole de gestion des médicaments. Ça aide…un peu.
Notre secrétaire télétravailleuse confinée engagée assure les commandes de nourriture et ça tourne comme si nous avions toujours fait ça. Elle passe même voir les confinés pestiférés, à distance toujours. Ça fait du bien de voir quelqu’un. Et ça continue. Les clopes ? Pas question de sevrer les gamins en ce moment. Surtout que la nicotine protégerait de la contamination. Oh doucement les gars ! Allo le siège ? Vous pouvez virer de l’argent à notre éducateur radiateur pour les petits achats ? Ça suit toujours.
Le flux d’informations qui arrive chaque jour est considérable sans savoir ce qui est fiable ou pas. Hyperconnecté au boulot, hyperconnecté à l’information. Faut couper, pas si simple… On attend la bonne nouvelle, elle ne vient pas.
Je reçois des photos et des vidéos. Tout le monde fait le ménage, désinfecte, cuisine, joue, danse, se parle ou presque, se confie surtout. Les émotions ne sont pas confinées dans ce foisonnement de vie. Le service se transforme, les meubles changent de place, ça s’embellit, ça devient un cocon chaleureux. Nos deux permanents chauffants tournent aussi à plein régime… comme le transfert et les jeunes les regardent médusés. Des adultes qui tiennent la route !
On irait presque remercier le coronavirus totalitaire nous obligeant à un retour forcé aux fondamentaux si bien résumés par Jean Cartry : «  Être éducateur c’est d’abord accomplir les gestes quotidiens qui assurent la vie  » (2) et non s’engluer dans la paperasse, la rationalisation du travail ou gérer le flux de gamins plutôt que de répondre à leurs besoins ! Ces prescriptions néolibérales ont d’ailleurs implosé dès les premiers jours du confinement. Tant mieux ! Elles ne sont d’aucune utilité en temps normal et encore plus absurdes en ce moment. La crise actuelle est venue le confirmer de manière implacable. On ne reviendra pas en arrière, je ne croyais pas si bien dire !
Mais un soir, ça tombe. Une jeune pète un plomb. Elle ne supporte plus le confinement chauffant. Trop de charge émotionnelle ? C’est compliqué d’avoir autant d’attention quand on n’en a pas eu beaucoup auparavant. Elle quitte le service, un éducateur emboite ses pas dans la rue puis dans le métro, essaie de la persuader de revenir. Rien à faire, c’est trop, c’est fini. Ciao ! « Si tu es pour si peu dégouté du métier, ne t’embarque pas sur notre bateau car notre carburant est l’échec quotidien, nos voiles se gonflent de ricanements et nous travaillons fort à ramener au port de tous petits harengs alors que nous partions pêcher la baleine » (3). Ok Fernand, mais là, c’est un coup dur pour le moral. On a loupé un truc, c’est sûr. Alors, on la déclare en fugue, on encaisse en se recentrant sur les autres jeunes. Ils sont là et ont besoin que la cheminée reste allumée.
Mais on rentre dans le dur et le confinement est prolongé par notre président. Les nouvelles sont mauvaises, la vague est là et elle va durer. Notre volontaire tombe malade. Les cheminées vivantes ont du mal à supporter les courants d’air du service. Il fait froid la nuit malgré le soleil de la journée. Trompeur. Le chauffage du service ne marche pas aussi bien que les radiateurs humains. Depuis quand il n’a pas été purgé ? Personne n’a la réponse. Il ne fait pas chaud, c’est tout ce qu’on sait. Le binôme se fissure dans l’obscurité glaciale. On fait quoi ?

(1) Jean Cartry, Petites chroniques d’une famille d’accueil, 2ème édition, 1998, Dunod.
(2) Jean Cartry, Ibid.
(3) Fernand Deligny, Graine de crapule (1ère parution en 1945), 1998, Dunod

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29 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - L’échappée brève, le retour.

Par Éric Jacquot.

Après 56 jours de confinement heureux, il a décidé de le rester par confort et aussi pour observer le monde d’après ! Le prince des aphorismes nous livre quelques maximes … dé confinées.

Bref barjotage :
Barjoter c’est perdre un instant dans une réflexion sans but précis.
Barjoter c’est bricoler de l’acceptable.
Barjoter c’est faire un bricolage entre savoir et réalité.
Barjoter c’est être sérieux sans se prendre au sérieux.
Barjoter c’est prendre le temps de réfléchir et de se tromper.
Barjoter c’est rêver l’impossible et le rendre possible.

Il y a forcément de la poésie dans ces instants qui arrêtent les trains et les avions.

Ce qu’il y a de dramatique dans le placement, c’est quand un enfant n’existe institutionnellement que par son symptôme.

J’en connais un, qui un jour m’a copieusement insulté. Un peu plus tard, il est venu s’excuser en me disant que ce n’était pas de sa faute, c’était juste parce qu’il avait des troubles du comportement. Je me suis dit, après coup « en voilà un qui va s’en sortir ».

Ignorer la difficulté de ce métier, c’est ajouter de la difficulté.

Il ne faut pas les prendre que pour des blaireaux destructeurs et violents. Il faut leur apprendre le maniement des mots et des émotions et ceci même au prix qu’ils soient bien critique à l’égard de nos méthodes. Ce jour-là quand ils nous critiquent c’est qu’on a réussi une partie du travail.

On ne peut pas continuer de faire de la protection de l’enfance, le terrain de jeux des spéculateurs, des gens de pouvoir et de ceux qui savent.

Le centre du dispositif, ce n’est pas l’enfant mais le pognon.

Une décision dans l’administration devient immédiatement surannée avant qu’elle soit mise en œuvre.

Pour te dire qu’ils apprécient ton boulot, les enfants placés te disent qu’il ne sert à rien. C’est de loin, le plus beau des compliments.

Le tableau Excel est catégorique : à quatre il est interdit de regarder la guerre de Troie à la télévision et à deux on ne peut pas monter dans une Fiat Uno.

Le premier des gestes barrières quand on ne sait pas, c’est de fermer sa gueule.
Changer d’avis, c’est en général plus couteux que de rester con.

Il y a des silences entre les mots qui en disent plus longs sur l’auteur que ce qu’il pourrait en dire lui-même.

La confiance ne se décrète pas.

Pour partir du mauvais pied, il y a une chance sur deux sauf quand tu croises un technocrate.

D’une situation facile certains on l’art de la compliquer. En général ce sont les gens qui ne sont pas sur le terrain.

L’autre jour, enfin c’était en novembre 2019, un référent de l’ASE me dit qu’il était trop prématuré de demander au juge des enfants des droits d’hébergements pour un père et un enfant qui en faisaient la demande. Je le prie de m’éclairer sur la situation, il me répond alors sans sourciller qu’il n’avait pas encore pris connaissance de ce nouveau dossier !

Quand tu empêches tout le monde de se procurer des masques, parce qu’il y a pénurie, je trouve suspect de menacer d’une amende de 135 euros ceux qui après le déconfinement, n’en auraient pas.

Le COVID a le mérite d’avoir démasqué une partie des imposteurs.

L’aveuglement Jacobin fait que quand l’État n’a pas les moyens de faire quelque chose, il interdit aux autres de le faire à sa place en les menaçant des pires représailles.
Les agences, les experts et les élites sont confinés dans la satisfaction d’eux-mêmes et dans une forme d’arrogance impudique.

Le confinement est propice au bricolage éducatif.

La commande sociale n’a rien à voir avec la réalité du sujet.

A 18 ans un enfant placé depuis la pouponnière à l’ASE devrait être autonome financièrement, avoir un métier, un appartement et un plan de carrière. Comment voulez-vous qu’ils ne soient pas tous un peu rebelle ?

Laissons-leur le temps d’être des enfants.

L’incasable est en fait celui qui a tout compris, tant qu’on le rejette c’est qu’il existe et qu’il est au centre du dispositif.

Quand tu ne leur demande rien, ils sont bien embêtés et alors ils te donnent ce que tu n’aurais jamais osé leur demander.

L’expertise n’a rien à voir avec l’expérience.

Le coronavirus c’est de la démocratie à prix coutant.

Ce matin, un enfant plein de pâte à tartiner de chocolat autour de la bouche est venu me parler. Je lui ai demandé s’il n’était pas le fils à dégueulasse et il m’a répondu avec humour « oui Papa ».

Transformer l’école en garderie, c’est donné à voir ce que l’on pense de nos enseignants et de l’enseignement en général.

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28 mai 2020

■ ACTU - Crise sanitaire • Mineurs abandonnés

« Si il n’y avait pas eu les associations et les collectifs, nous aurions eu des mineurs qui mourraient de faim et seraient à la rue en pleine crise sanitaire », Clémentine Bret, référente mineurs en danger de Médecins du Monde ne cache pas sa colère. Déjà abandonnés en temps normal, les mineurs en procédure pour faire reconnaître leur minorité et leur isolement se sont retrouvés totalement livrés à eux-mêmes pendant le confinement.

Malgré les nombreuses alertes, aucune aide, ni hébergement n’a été proposé à ces mineurs. Pourtant, le 22 mars, le secrétaire d’Etat chargé de la protection de l’enfance, Adrien Taquet, l’assurait : « évalué mineur ou majeur, chaque jeune qui le demande sera mis à l’abri ». Une annonce sans effet.
« Une des grosses difficultés pendant cette crise sanitaire, c’était simplement de subvenir à leurs besoins primaires », rapporte la référente. A Paris, les associations les Midis du MIE et Timmy ont distribué plus de 7300 repas.

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Distribution de repas par les Midis du MIE © LesMIDISduMIE

Médecins sans Frontières a financé la mise à l’abri en hôtels de 170 enfants à Paris, Bordeaux et Marseille. Les collectifs citoyens ont, de leurs côtés, hébergés 107 mineurs à Paris. La Casa, jeune collectif d’associations parisiennes de soutien aux migrants, a financé en urgence des places à l’hôtel pour 12 jeunes mineurs et trois jeunes majeurs. Parmi eux, quatre jeunes ont été touchés par le Covid 19. Or, impossible de respecter des mesures de confinement à deux par chambre, dans un hôtel qui accueillait également des personnes âgées fragiles. Médecins sans frontières a dû batailler pour réussir à les faire entrer dans un centre spécial Covid destiné… aux adultes à la rue.

Seul, dehors

« Partout, le refus de reconnaissance de leur minorité par les conseils départementaux a servi de prétexte aux autorités pour se renvoyer la balle au détriment de leur santé », dénoncent Médecins sans Frontières et Médecins du Monde. A Paris, entre le 15 mars et le 15 mai, les deux associations, en partenariat avec le Comede, ont réalisé 400 consultations médicales et 730 consultations psychologiques pour des mineurs en recours. « Je ne sais pas si on peut s’imaginer ce que c’est d’être dehors, livré à soi-même, dans la période de confinement, quand plus personne n’était dans la rue, que toutes les portes étaient closes, certains nous demandaient même ce qu’il se passait parce qu’ils n’avaient pas eu l’info sur le confinement », témoigne Clémentine Bret. Si Médecins du Monde a observé une dégradation nette de l’état de santé somatique des 75 jeunes qu’elle suivait, elle a été surtout effarée de l’impact sur leur état psychologique qui a demandé 340 consultations psychologiques ou psychiatriques par leurs équipes.

Face à ces situations, les associations ont fait beaucoup plus de signalements auprès de l’ASE, elles n’ont cessé d’envoyer courriers et alertes aux collectivités, sans réponse. « D’habitude, nous avons quand même un peu d’écho, souligne Clémentine Bret. Là rien et une désorganisation totale et complète. J’en veux pour preuve la proposition qui a été finalement faite par la mairie de Paris, deux semaines avant la fin du confinement : un gymnase ». Ce lieu de 60 places, géré par France Terre d’asile, se retrouve depuis le début de la semaine en quarantaine après que plusieurs cas de Covid19 aient été diagnostiqués. Médecins du Monde avait jugé l’endroit « totalement inadapté aux consignes sanitaires et à l’accueil de mineurs. Ce n’était pas un dispositif protection de l’enfance mais un sas vers des dispositifs adultes à la fin du confinement ». Médecins du Monde et Médecins sans Frontières ont refusé d’avoir recours à ce dispositif. Les associations ont donc finalement saisi la justice, demandant et obtenant la protection et l’hébergement en urgence de 70 jeunes.


28 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Brèves de pensée de confinée…qui sort pour aller travailler (3)

Par E.G., Travailleuse sociale.

4ème semaine de confinement :

Encore une semaine devant nous. Situation sans fin. On n’aperçoit pas le bout. Pas de lueur. Nous avançons dans le noir. L’impatience rime avec tout. Mais surtout, nous prend au cou. Besoin de respirer. Besoin d’air. Un air d’ailleurs, avec une autre vue… Balcon vue sur la mer, prêt à y plonger. On est blasé mais on continu d’avancer. Avancer vers un espoir inconnu. Inconnu de tous.
Trop de journées qui se ressemblent … et semblent les mêmes. Comme une journée qui n’en finit plus.
L’air nous manque. Les rires légers. Trouver la force d’avancer. Pas le choix. On ne peut aller que de l’avant. Plus de retour en arrière. Nous reste la nostalgie d’un passé. Passé de rencontre, passé de rire, de partage. Vacances passées. Pas de rime avec le présent. Nous reverrons nos règles de conjugaison et de grammaires pour réinventer notre futur.
De moins en moins de pensées. De plus en plus de vide. La réalité laisse de plus en plus de place aux rêves. Une vie fantasmée…
Le confinement monte à la tête. Certains ne pourront pas tenir. Il faut qu’on trouve une solution. Une échappatoire. Un autre confinement…
Nous restons là, à essayer de les aider, sans vraiment savoir comment faire. Il nous manque la formule magique. Notre boîte à outils habituelle est bien démunie. La désinfection ne suffit plus à les protéger. Nos conseils deviennent, pour certains, plus pesants qu’apaisants. Mais quoi faire ? Quoi dire ? Parler de ce qu’il y a la télé ? Mais pas des infos…s’il vous plait…
Aucune évasion possible … impossible de fuir cette réalité. Une réalité qui semble tellement peu réaliste.
Ils viennent toujours poser la même question. Comme si, nous avions LA réponse : « À quand la fin de ce temps ? » …

5ème Semaine de confinement :

Après trois jours sans visite, bizarrement tout est calme … quasi absent. Même pas énervés contre nous, même pour des futilités. Sont-ils asphyxiés ? Abasourdis par trop de confinement ? Ils n’en peuvent, peut-être, juste plus de ce que l’on leur rabâche depuis tant de jours… d’ailleurs, il faut arrêter de compter les jours. Cette distanciation sociale ne sera pas sans double effets … je crains l’après. Nous présents, qui devons répéter, nous avons le mauvais rôle, pourtant nous sommes quand même là. Ce qui nous rejoindront, après cette première bataille, auront surement le blason doré, avec des mots remplies de gaieté … petite facilité quand on vient après …
Les pensées sont de moins en moins structurées. Le temps qui passe floute l’avenir. Pas de vision. Pas de mot pour rassurer. Toujours pas de réponse à leur apporter.
Préparons une évasion … oh jolie blague, qui ne fait même plus sourire… même l’ironie ne vient plus. L’humour a du mal prendre … La fantaisie ne vient quasi plus ici…
Ils pensent tous aller gambader dans quelques semaines … naïveté ou espoir pour avancer ? Quoi dire ? Ils espèrent un retour à la « normale » … alors qu’il n’y a plus ni norme ni normalité encore applicable…
Certains ne tiennent plus. Tournent. Attendent de l’autre côté du portail…défiance de la liberté ?
Plus de projet…comment continuer avancer sans projection… Ni date ni action à venir. Futur brumeux ou carrément planqué dans la noirceur. Le manque de projection sur l’avenir paralyse les pensées...
On va y arriver… il n’y a pas d’autre choix. Pas de raccourci. Juste suivre le chemin sans savoir où il nous mène. Destination inconnue. Surprise du chef ? Chef Covid !
Le retour de certains amène l’amertume. Pas de bons conseils s’il vous plait. Ça pourrait nous froisser… Il fallait être là ! Là au début. Là quand ils avaient besoin d’être rassurés. Maintenant, il faut juste suivre sans vouloir tout changer … pas de révolution maintenant.
Respirons. Cette douceur ensoleillée est toujours là. Elle veut nous dire quelque chose. Besoins de s’exprimer. Nous aider peut-être…
Pourquoi ne pas profiter du jardin. Ils ne voient pas l’intérêt ni la chance. Donnons-leur l’idée de tourner, jardiner… profiter. L’herbe nous appelle. Les boutons d’or illuminent cette verdure. Créons-nous un chemin dans cet écrin. Pas d’attestation. Pas de durée chronométrée. Alors profitez ! Profitez de l’espace ! Les distances peuvent être appliquées sans difficultés ! De quoi s’aérer … Vous avez le temps devant vous ! Le soleil se prête à l’activité. Donc sortez ! Faites revivre ce lieu. Ce sera tellement mieux. Sortons tondeuse, bêche et râteau, vous aurez de quoi vous occuper. Tendez l’oreille si vous n’êtes pas sûr. Vous pourrez entendre la douceur de l’herbe qui murmure. Elle s’impatiente de ne plus vous voir. Allez-y alors, vous avez le droit. Durée illimitée !

6ème semaine de confinement

L’humain s’habitue tant bien que mal à tout. On le voit. On le sait. On le constate avec ces semaines derrière nous. Une routine s’est posée. Les gens s’habituent. Même inconfortable, la majorité a compris et s’est créé un nouveau quotidien. Plus simple … plus sain peut-être aussi… ?
Ce confinement imposé, sera peut-être pour certains un révélateur de potentialité. Nous sommes toujours là pour les soutenir, les guider s’ils le souhaitent, mais, de plus loin. Ils réapprennent à faire des choses par eux-mêmes, par la force des choses, par impatience, par ennui… mais ils le font. Faudra qu’ils s’en souviennent. Il faut créer du bon avec cette épreuve. Tout ceci ne doit pas être pour rien. Nous devons nous en servir pour continuer à les faire avancer. Avancer vers un mieux. Continuer leur ascension. Potentiel oublié. Champs des possibles qu’ils ne voient pas, ne voient plus depuis longtemps.
Difficile de garder la tête froide dans ce nouveau quotidien avec les arrivants de l’après. On restera fidèle à nos convictions. Nous nous adapterons. Nous sommes habitués. Nous ferons plus et avancerons. Certaines choses ne changeront pas.
Une vie reprend. Certains s’activent au jardin. Passent le temps. Occupent le vide. Commencent le déconfinement en restant dans la légalité. Ils profitent même de leur balcon.

8ème semaine

Ça y est, nous y sommes. L’après est devant nous. Difficile à imaginer mais il est là. Ce demain tant attendu va bientôt se conjuguer au présent.

Appréhension et doutes subsistent. Ferons-nous ce qu’il faut ?… Demain nous le dira !

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