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31 mars 2020

■ ACTU - Hommage virtuel aux morts de la rue


Un hommage a été rendu ce mardi 31 mars à 569 #mortsdelarue à 50 ans en moyenne par le collectif "Morts de la rue"
Il était prévu dans un jardin...
il s’est tenu chez vous.
Voir les hommages en vidéo sur la chaîne du collectif


LIEN SOCIAL n°1270 en accès libre


31 mars 2020

★ INITIATIVES - Covid-19 La Croix-Rouge française lance un dispositif d’écoute et de livraison solidaire pour les personnes vulnérables en situation d’isolement social.

La Croix-Rouge française lance un dispositif d’écoute et de livraison solidaire pour les personnes vulnérables en situation d’isolement social.

Pour répondre à la crise COVID-19, la Croix-Rouge française a suspendu certaines de ses activités pour se concentrer sur la réponse à l’urgence sanitaire et sociale (secours, maraudes, centres d’hébergement pour sans-abri, distribution alimentaire). Elle complète aujourd’hui sa réponse avec « Croix-Rouge chez vous », un dispositif qui s’adresse aux personnes vulnérables confinées en situation d’isolement social. En appelant le 09 70 28 30 00*, disponible 7J/7 de 8h à 20h, elles pourront bénéficier d’une écoute et d’un soutien psychologique, d’informations sur la situation, mais aussi de la possibilité de commander des produits de première nécessité livrés par des volontaires de la Croix-Rouge.

Pour les personnes vulnérables isolées, les indispensables mesures de confinement peuvent aggraver leurs fragilités. Fidèle à sa mission historique d’assistance et de protection, la Croix-Rouge française propose un dispositif au service du lien social.

Toutes les personnes vulnérables isolées et non accompagnées, peuvent appeler le 09 70 28 30 00* ouvert 7j/7 de 8h à 20h.

A leur écoute, des volontaires de la Croix-Rouge pour leur proposer une écoute chaleureuse, les rassurer, les informer, mais aussi identifier les risques et les orienter vers d’autres services si nécessaire. Des professionnels de la santé mentale sont également disponibles pour leur apporter un soutien psychologique.

« Croix-Rouge chez vous  » leur permet aussi de s’approvisionner en produits de première nécessité (denrées alimentaires, produits d’hygiène et médicaments sur ordonnance). Les demandes seront transmises sur le terrain aux unités locales de la Croix-Rouge française dont les bénévoles assureront la livraison.

Ce dispositif est d’ores et déjà disponible dans 80 départements en France Métropolitaine et devrait très vite s’étendre à tout le territoire.

Pour lui permettre de poursuivre et renforcer ses actions en réponse à l’urgence sanitaire et sociale, la Croix-Rouge française a besoin de la générosité de tous et lance un appel à dons.

Les dons peuvent être effectués sur le web : soutenir.croix-rouge.fr
ou par chèque à l’attention de Croix-Rouge française « Urgence Covid-19 » - CS 20011 - 59895 Lille cedex 9


LIEN SOCIAL n°1270 en accès libre


30 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Quel changement ?

Par Jonathan Pouvreau, Éducateur spécialisé en MECS.
Samedi 28 mars 12h39
J’œuvre au sein d’une Maison d’Enfants à Caractère Social depuis le début de l’instauration du confinement. La MECS accueille une trentaine d’enfants répartis sur différents étages en fonction de leur âge. J’y étais déjà en poste une semaine avant l’allocution du président et nous nous préparions psychologiquement à l’impact que cela aurait sur le quotidien des enfants (8-12ans pour mon groupe) et le nôtre par la même occasion.
En tant que travailleur social, nous savons automatiquement que notre principal combat ne sera pas le COVID-19. Pour nous, le combat sera d’accueillir les angoisses des enfants tout en laissant de côté les nôtres. Il sera également de faire face aux dysfonctionnements qui s’accentueront pendant le confinement avec un manque de personnel accru, des directions dépassées et très peu de moyens pour faire face à cette situation pendant des semaines.
Pour ce qui est des mesures d’hygiène et notamment les gestes barrières, ils seront quasiment impossibles à respecter avec cette population, ayant des difficultés à cohabiter, des troubles du comportements pour certains et des besoins affectifs à combler pour l’ensemble. A cela s ‘ajoutera le manque de matériel car nous ne possédons qu’une bouteille de gel hydro alcoolique sur le groupe et une réserve de 10 masques. Seuls les gants sont bien rationnés mais nous aurons la consigne de ne pas les utiliser tant qu’aucun cas de COVID-19 ne sera déclaré pour avoir du stock le moment venu. Lorsqu’il arrivera, on verra comment nous fonctionnerons concernant la quarantaine, dans l’espoir que peu d’enfants ne le contractent (seules 2 chambres vides) et pour ce qui est des professionnels : comment les remplacerons t’ont étant donné les besoins actuels ?
Les enfants vivront ensemble (dix enfants sur mon groupe) et seront confrontés à des restrictions de libertés encore plus difficiles à supporter que les adultes. La temporalité pour eux n’étant pas la même, une journée est bien plus longue. Les enfants n’auront de contacts avec leurs parents que par téléphone et sur le plan affectif, ils seront beaucoup en demande. Il s’agira pour les éducateurs de jongler entre des attitudes sécurisantes, contenantes et rassurantes pour les accompagner au mieux tout au long de la journée. Notre mission sera de les aider à occuper la journée, de faire preuve de créativité, à contenir et à enrichir les relations entre eux. Nous tournerons à cinq professionnels repérés par les enfants sur ce groupe et par moment un nouvel intérimaire qui viendra en renfort. Nous nous attendrons à des situations explosives. Elles se manifesteront par des violences physiques et verbales entre eux et avec les professionnels.
Pour ce qui est du suivi scolaire, les conditions de travail des enfants ne seront pas du tout propices à l’étude, la réflexion et l’apprentissage. Le confinement en foyer ne sera pas le même que celui au sein d’une famille, les enfants ne seront pas au même niveau d’études et ils auront des devoirs personnalisés. Le manque de professionnels ne permettra pas de mettre en œuvre un soutien pédagogique convenable ni même une régularité de travail. Le manque de matériel, seulement un ordinateur pour tout le groupe, n’arrangera rien. Déjà nous nous inquiétons beaucoup du retard que les enfants peuvent accumuler cette année, les grèves de cet hiver ayant déjà eu un impact important sur leur scolarité.
Et puis je verrai d’anciens collègues dans le champ de l’insertion qui s’organiseront de façon anarchique pour faire face à des problématiques encore bien plus graves (arrêt de nombreuses distributions alimentaires, lieux d’hébergement fermés…). Ils mettront les bouchées doubles pour sauver des vies au même titre que les soignants des hôpitaux. Je saluerai les associations qui se battent pour garantir le soin aux personnes en situation de grande précarité et je ne serai pas surpris que certaines d’entre elles attaquent l’État en justice en ce temps de crise (déjà de nombreuses plaintes déposées dont certaines pour homicide involontaire).
En vérité, nous l’avons tous déjà vu venir. Et est-ce que tout cela change grand-chose à la réalité du terrain que nous connaissons depuis des années ? Cela amplifie simplement les dysfonctionnements existants déjà et nous sommes obligés d’y mettre encore plus d’énergie.

Nous sommes encore au front mais il n’est pas contre le virus notre combat en réalité. Nous nous battons depuis des années contre un système néo libéral qui conditionne l’esprit humain à l’individualisme et l’égoïsme. Un mode de pensée qui conduit les gens à faire des stocks de pâtes et de PQ pour s’enfermer chez eux ou encore à fuir loin des grandes villes pour ne pas à avoir à subir le pire. Notre mode de pensée à nous, l’esprit de solidarité, est à contre-courant, et la société nous refoule, nous invisibilise, comme les hommes refoulent leurs pensées altruistes et emphatiques jugées naïves voire puériles. Au même titre que nous, les caissiers et caissières des supermarchés sont dénigrés alors qu’ils s’exposent dangereusement au virus mais concrètement, ils travaillent aujourd’hui à contre cœur pour vous permettre de manger, vous, les « insérés ».
Dans ce système, on estime que si tu n’es pas « inséré », c’est par malchance ou par manque d’intelligence : « les cas sociaux ». On oublie de remettre en cause notre société et le fait que chaque individu est le produit de son environnement. Et puis il y a la reconnaissance de notre profession : « c’est bien ce que tu fais, il en faut mais c’est quand même une voie de garage ». Cela en dit long sur la valeur que notre société peut donner à nos professions. Il faut « peser lourd » aujourd’hui pour être reconnu et avoir un compte en banque bien garni.
L’idée n’est pas de faire un procès aux gens, simplement d’aider à la prise de conscience. Dire que la solidarité ne se résume pas à applaudir le personnel soignant chaque soir à 20h avant de retourner à son petit univers. Je déplore que l’on sacralise ou que l’on trouve un aspect héroïque à nos professions comme si le fait d’œuvrer dans la douleur et la souffrance était normal. Quel est cet héritage que l’on nous impose ? Sommes-nous si honorables parce que l’on a choisi l’humain, le solidaire et le soin ? Je crois bien que c’est l’inverse qui est anormal, qu’une société qui chante ce type de louanges est bien malade et dans ce cas-ci, le COVID-19 n’a rien à voir là-dedans.
Pour nous travailleurs sociaux, ce type de propos, de comportements nous paraissent totalement aberrants et tous les dysfonctionnements que notre secteur connaît actuellement ne nous surprennent plus depuis longtemps. Nous sommes tous déjà bien au clair sur ce système, les inégalités qu’il génère, la précarité, l’injustice sociale etc… Logiquement, nous évoluons parallèlement, nous devenons communautaristes, nous nous organisons dans notre coin et nous mettons en place des « systèmes D » pour pallier aux manquements de l’État.
Cependant nous avons besoin de lui autant qu’il a besoin de nous. Comme cela a déjà pu être dit par le passé, cette locomotrice et ses wagons que constituent notre société ont besoin de régulation. Notre rôle de « régulateurs » se trouve être celui, certes, de ramener les wagons qui se décrochent à l’arrière mais aussi celui d’interpeler la locomotive de tête pour lui signifier de ralentir afin que l’ensemble puisse avancer à un rythme modéré. Notre fonction est, depuis de nombreuses années, mise à mal par cette idéologie individualiste générée par ce système de pensée consistant à avancer sans se soucier des autres et de la planète soit dit en passant.
Combien de temps tout cela va-t-il encore durer ?
Cette crise sanitaire s’ajoute à une crise sociale, économique, politique et environnementale mais elle a un pouvoir que nous n’avions encore jamais connu, celui de « stopper la machine ». Même si beaucoup de « confinés » n’attendent qu’une chose, que la vie revienne à la normale, certains se recentrent et prennent conscience de ce rythme effréné dans lequel nous vivions. Peut-être que l’après COVID-19 sera l’occasion de changer, soyons optimistes. En attendant, la locomotive est à l’arrêt alors c’est peut-être le moment ou jamais de raccrocher tous les wagons.


30 mars 2020

■ ACTU - Femmes victimes de violences en confinement

La Fédération Nationale Solidarité Femmes et la Fondation des Femmes se mobilisent pour leur mise en sécurité #ToutesSolidaires

L’urgence est là. La crainte exprimée il y a quelques jours par les associations, est confirmée par les chiffres des autorités. Cette semaine les forces de l’ordre ont enregistré une augmentation significative des signalements de violences dans le couple, de +36% à Paris et de +32% en zone gendarmerie.

La Fondation des Femmes, fondation de référence en France sur les droits des femmes et la lutte contre les violences faites aux femmes, a lancé il y a quelques jours un appel à la mobilisation générale. De nombreux partenaires, donatrices et donateurs ont participé à cet élan de générosité, ce qui lui permet aujourd’hui de proposer à ses partenaires associatifs un soutien opérationnel global pour qu’aucune femme ne soit laissée sans solution.

La Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF), réseau associatif de référence sur les violences faites aux femmes grâce à ses actions d’accompagnement en centres d’accueil et d’hébergement et de plaidoyer en faveur des femmes et enfants a créé en 1992 et gère la ligne d’écoute nationale 3919 - Violences Femmes Info. Elle fait face, en cette période de confinement, à des réalités de plus en plus préoccupantes pour les femmes victimes de violences. Pour répondre à la situation d’urgence, elle lance avec l’Union Régionale Solidarité Femmes – Île-de-France (URSF IDF), son antenne francilienne, le dispositif “#ToutesSolidaires”, qui pourra être ensuite déployé dans plusieurs villes de France.

- La FNSF et son réseau, en lien avec le 3919, orienteront les femmes et leurs enfants victimes vers les structures locales dont celles de l’URSF-IDF. Elle coordonnera le dispositif et accompagnera son extension nationale, puis les sorties, en lien avec sa plateforme nationale logement et les partenariats avec les bailleurs sociaux engagés à ses côtés.

- L’URSF-IDF, grâce à la mobilisation de ses 13 associations membres de son réseau et expertes sur la question de l’accompagnement des femmes et des enfants victimes de violences, se chargera de l’évaluation de la situation, de la prise en charge sociale, psychologique et des premières démarches juridiques. Elle s’engage à les soutenir au-delà de la durée du dispositif pour une sortie durable des violences.

- La Fondation des Femmes se chargera quant à elle d’apporter les moyens pour l’ouverture de places pouvant aller jusqu’à 320 hébergements en résidences universitaires sur tout le territoire jusqu’au 31 juillet 2020. D’autres places en urgence pourront être débloquées en hôtellerie classique et financées par la Fondation des Femmes en fonction des besoins ; le financement des produits de première nécessité dont les lits bébé, et le soutien pour acquérir du matériel informatique et toute autre dépense liée à l’afflux de charge de travail que cette situation inédite provoque, grâce aux financements apportés par ses donateurs.trices et mécènes.

Nous sommes fières de la mobilisation sans précédent de nos équipes, des équipes de la FNSF et de nos partenaires et mécènes. Grâce à leur efficacité, dès aujourd’hui, aucune femme ne sera laissée sans solution pendant toute la durée du confinement”. Anne-Cécile MAILFERT, présidente de la Fondation des Femmes.

L’ensemble de la FNSF, du 3919 aux 67 associations Solidarité Femmes, est totalement et résolument mobilisé pour relever le défi de la crise actuelle avec engagement et professionnalisme pour être plus que jamais présent aux côtés des femmes victimes de violences et de leurs enfants”. Françoise BRIÉ, Directrice Générale de la Fédération Nationale Solidarité Femmes.

L’Union Régionale Solidarité Femmes avec ses 13 associations va coordonner le dispositif « #ToutesSolidaires » pour permettre aux femmes et leurs enfants victimes dans l’urgence du confinement, d’être soutenu.e.s dans des lieux sécurisés”. Brigitte CHABERT, Directrice Générale de l’association Du Côté Des Femmes.

Dans les jours qui viennent, la collecte se poursuit. Nous appelons citoyen.n.es et entreprises qui peuvent nous aider pour répondre à cette urgence à se mobiliser, à faire un don ou à nous contacter sur fondationdesfemmes.org et sur solidaritefemmes.org. Chaque euro supplémentaire permettra de nouveaux moyens. Ne laissons aucune femme sans réponse face au danger !


A propos de la Fondation des Femmes
La Fondation des Femmes est la fondation de référence en France sur les droits des femmes et la lutte contre les violences dont elles sont victimes. Grâce aux dons qu’elle reçoit, elle apporte un soutien financier, juridique et matériel aux initiatives associatives à fort impact, sur tout le territoire.
Pour en savoir plus : www.fondationdesfemmes.org


A propos de la FNSF
La Fédération Nationale Solidarité Femmes est le réseau associatif de référence sur les violences à l’encontre des femmes. En 2018, son réseau a assuré le suivi de 30 000 femmes et procédé à l’hébergement de 5000 femmes et enfants. Elle est constituée de 67 associations expertes et spécialisées sur l’ensemble du territoire français. Le 3919, a recueilli plus de 80 000 appels en 2019.
Pour en savoir plus : www.solidaritefemmes.org


30 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Quelques nouvelles du front…

Par Emmanuel OKOUNHOLLA, chef de service en MECS

« Oui, l’homme n’est pas fait pour vivre ni dans la pure ombre, ni dans la pure lumière. Oui, le clairobscur est le séjour le plus propre à l’homme » affirme Eric FIAT (Grandeurs et misères des hommes, in Petit Traité de dignité, mars 2010).
Abreuvé d’un flot de nouvelles plus catastrophiques les unes que les autres, via la télé tout au long du week-end, j’ai été saisi dimanche soir d’une peur panique que je ne n’avais jamais ressentie jusque-là… Une peur panique de choper le coronavirus et de le transmettre à ma chère épouse. Cette peur panique m’a habité tout au long de la nuit. J’étais terrorisé à l’idée de reprendre le boulot le lendemain matin. Au réveil, le lundi matin cette peur panique de la veille, mon passager noir, était toujours là.
Pour la première fois, depuis le début de cette pandémie, j’ai eu peur de me rendre au boulot… J’étais tétanisé à l’idée de me rendre au front… Je n’avais ni la force ni l’énergie… Mais, il fallait quand même y aller vaille que vaille ! Allez soldat, courage !!! Alors, c’est le cœur lourd et la boule au ventre que j’ai franchi les portes de la Maison d’enfants ce lundi matin. Je me suis très vite ouvert au directeur qui m’a écouté avec bienveillance et attention… J’ai lu la compréhension dans son regard…
Puis, comme chaque matin, je suis allé m’enquérir du moral des troupes. C’est avec un grand sourire que la maîtresse de maison des grands ados m’accueillit en me disant tout de go : « Bonjour Emmanuel, c’est reparti ! Il faut bien s’occuper de ses mômes ! Nous n’allons quand même pas les abandonner !!!  » Ces paroles pleines d’enthousiasme m’ont réveillé de ma torpeur et ont eu le mérite de me revigorer.
Sur un autre groupe, une autre maîtresse de maison m’a confié combien ce week-end avait été long pour elle : «  J’avais hâte d’être au boulot ! Normalement, je ne travaille pas le mercredi, mais j’ai demandé au directeur de pouvoir venir bosser…  » Quel courage, comparé à ma trouille matinale…
Une éducatrice, très enthousiaste m’a dit : « Si vous avez besoin de moi pour faire des heures en plus, je suis partante ! »
J’avoue avoir été très touché par cette détermination du personnel à continuer à s’occuper des enfants et des jeunes confinés au sein de la MECS, malgré « l’ennemi invisible  » (dixit M. MACRON) qui rôde. Si ça ce n’est pas de l’engagement, alors, il faudrait m’expliquer quel est le véritable sens de ce mot tant prisé dans notre secteur. Oui, ce matin-là et les jours précédents, j’ai vu l’engagement en acte ! Je ne parle pas de l’engagement dont certains « sachants » du secteur social et médico-social se gargarisent avec des paroles et des discours (suivez mon regard), mais celui qui se traduit au quotidien en actes et en vérité, notamment en ce temps de guerre et de pandémie !
Au sortir de cette crise sanitaire, il y a des notions comme solidarité, engagement, qu’il faudra redéfinir à l’aune de cette période si trouble et si angoissante…
Ce matin-là, les professionnels que j’ai croisés (cuisinières, homme d’entretien, éducateurs, éducatrices, maîtresses de maison, secrétaire, directeur…) ont, non seulement rallumé la flamme de l’engagement en moi et fait disparaître ma peur panique, mais ils ont, sans le savoir peut-être, fait de moi « un voleur de Beau !  »
Je tiens ici à leur dire merci.
Oui, merci à tous ces soldats de l’ombre qui, depuis le début de cette crise sanitaire, s’occupent avec une détermination admirable des enfants et des jeunes confinés en MECS.
Oui, merci à tous les professionnels de la protection de l’enfance qui, ne pouvant pas « télétravailler », sont obligés de se rendre chaque jour au front pour s’occuper de ces enfants de la République afin qu’ils ne soient ni des oubliés ni des sacrifiés… Nombre de professionnels de nos structures ont répondu présents, malgré le virus qui rôde ! Rien qu’à y penser, j’en ai les larmes aux yeux.
Il est des moments dans l’histoire d’une institution où l’abnégation et l’engagement des professionnels ont un goût d’éternité !!!
J’ai une pensée pour toutes les MECS bondées en cette période et qui ne disposent pas d’assez d’espace extérieur pour permettre aux jeunes de se défouler… Je n’ose imaginer les tensions au sein de ces structures en cette période de confinement…confinement qui risque de se prolonger…
L’histoire retiendra votre sens du devoir et du sacrifice !
Même si vous n’apparaissez pas dans le discours des politiques en ces temps si troubles, sachez que vous faites la fierté et l’honneur de ce beau et grand pays ! La France vous doit à vous aussi, soldats en seconde ligne, une reconnaissance éternelle !
Voilà pourquoi, tous les jours, en applaudissant à 20h pour remercier et encourager les soignants qui sont au premier plan de cette guerre sanitaire, j’ai toujours une pensée émue et teintée de gratitude pour les travailleurs sociaux de nos MECS qui prennent des risques inouïs pour s’occuper des enfants confinés… Merci à vous toutes et tous !!!
Puissiez-vous être associés à ces clappements vespéraux, car vous êtes des soldats de l’ombre, des sentinelles du quotidien !
Au nom de tous ces enfants accueillis et confinés en MECS en ce moment, je vous dis simplement MERCI, MERCI et Mille fois MERCI !!!
J’ose espérer qu’au sortir de cette crise, on vous donnera enfin toute la considération et la reconnaissance que vous méritez !!! Vous méritez tout notre respect !

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com. (Plus de précisions)


29 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Invisibles

Par Marie, éducatrice spécialisée.
Jeudi 26 mars à 12h34

Je fais partie des invisibles. Mon métier est de représenter les « sans voix  », les « sans droits ». Aujourd’hui, plus que jamais, je réalise à quel point personne ne s’en soucie. Je commence à ressentir ce que les personnes que je rencontre, ressentent, très certainement à l’égard de notre société. Solidarité ! Ce mot qui résonne sur toutes les ondes du pays. Ce mot répété à l’envi par nos représentants : gouvernement et médias. Que connaissez-vous de la solidarité ? D’un cri du cœur, je vous demande qui applaudit chaque soir, pour moi, pour nous ? Nous, les travailleurs sociaux qui ont fait de la solidarité, notre métier. Notre manière de vivre, notre valeur première. Nous, travailleurs de l’ombre. Vous parlez de « prendre soin  » alors que nous nous battons depuis toujours, pour faire reconnaître « la création de lien  », le « care », notre façon de « prendre soin », qui est le cœur de notre profession. Encore une fois, invisibles. Parce que comment rendre visible, quantifiable, le temps passé à rassurer les personnes ? A se tenir au plus près des personnes vulnérables ? La plupart de nos actes sont impalpables, et pourtant salutaires. Un métier, aujourd’hui qui vacille. Revisité, dénaturé car nous devons restés éloignés, ne plus saluer, ne plus poser de main sur l’épaule, ne plus tenir la main, ne plus prendre dans nos bras. Nous perdons nos repères. La bonne distance dont on nous rabâche les oreilles, quelqu’un peut-il encore la définir aujourd’hui ? En ces temps difficiles, où nous travaillons sans masques, sans gants, auprès de personnes, d’êtres humains, frappés d’angoisses et de peurs comme nous le sommes toutes et tous. Nous dissimulons les nôtres, nous restons disponibles, le plus possible, le mieux possible, pour accueillir, recevoir toutes les souffrances. Je souhaite faire savoir que nous sommes un des premiers filtres aux salles d’attentes des médecins. Notre présence, notre réassurance permet à toutes et tous, de ne pas céder à la panique, de ne pas devenir fous et de prendre d’assaut, le téléphone et les urgences hospitalières. Nous aussi sommes des soignants mais des soignants oubliés. Des soignants sans blouses. Des soignants sans statut. Nous portons à bout de bras, à bout de forces, exposés au virus, ces personnes. Nous le faisons car nous l’avons toujours fait. Et nous continuerons à le faire. Nous le faisons car nous l’avons choisi. Nous restons mobilisés car nous l’avons choisi. Alors je vous le dis, nous avons besoin, nous aussi, d’être portés. Sur qui pouvons-nous compter ? Sans support, nous nous effondrerons. Sans un bruit, comme toujours. La société ne nous voit pas, ne nous entend pas. Et nous n’entendons pas non plus d’applaudissements. Comme toujours. Comme devant un sans-abri le passant détourne le regard. Nous ne voulons pas voir la détresse de l’autre. Cette détresse dans le regard, la voyez-vous enfin à travers le nôtre ? Notre énergie s’amenuise au rythme de celle de la peau de nos mains, que nous usons au savon. A l’heure d’une société qui prône le « sans engagement », le « sans contact  », et la suprématie des réseaux sociaux. Que vivez-vous à l’heure où je vous parle ? Sans notre engagement, auprès des plus démunis, et auprès de vous, que feriez-vous ? Êtes-vous satisfaits de cette période, où nous n’avons plus le droit de nous toucher, de nous approcher ? Le « sans contact » est-il un progrès ? Et les réseaux sociaux, ces experts de la communication, vous suffisent-ils à vous épanouir ? Vous suffisent-ils à nourrir le lien social ? Suffisent-ils à vivre pleinement vos relations ? Cette situation de crise n’est-elle pas l’occasion de revenir à l’essentiel ? De repenser le lien social ? De faire société autrement ? Ce texte est un chant du cygne. Nous sommes à bout de forces, à l’agonie, dans l’indifférence générale. Les yeux du monde, braqués sur le personnel médical, la grande distribution, les transports, les éboueurs, les journalistes et j’en passe. Alors je vous demande de regarder plus loin, à l’horizon, bien plus loin que le bout de votre nez.
Plus loin car il s’agit aussi de l’avenir. Car oui la solidarité nous sauvera. Mais une solidarité pour chacune, chacun d’entre nous. Une solidarité différente de celle d’aujourd’hui. Une solidarité réinventée, ensemble. Nous l’avons toujours cru. Pour commencer, dans vos prières et vos hommages, ne nous oubliez plus.
Marie

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com. (Plus de précisions)


29 mars 2020

■ ACTU - Crise sanitaire : soigner malgré tout


Depuis le mardi 17 mars 2019, du fait de la situation de confinement généralisée à laquelle nous contraint la pandémie de coronavirus, le Centre Primo Levi a fermé ses portes pour une durée indéterminée. Il n’est cependant pas question pour nous d’abandonner à leur sort nos patients. L’ensemble de l’équipe du Centre Primo Levi est mobilisée depuis le début de cette crise sanitaire et vous fera part chaque semaine, sous un angle différent, des ajustement mis en place pour affronter cette période compliquée.

Dès l’annonce de la période de confinement, l’équipe du Centre Primo Levi a décidé de s’adapter en tenant compte des contraintes imposées et d’opérer une réorganisation profonde de son fonctionnement afin de préserver d’une part, le lien avec les patients et d’autre part, un cadre de travail collectif et pluridisciplinaire, et ce malgré la distance.

Une réaction immédiate a été nécessaire et le maintien du travail en pluridisciplinarité est apparu comme un élément essentiel pour pouvoir accompagner au mieux les patients durant cette période anxiogène et éprouvante sur le plan psychologique et matériel. Le soutien apporté au niveau médical, psychologique, social et juridique est plus que jamais articulé pour garantir la cohérence du dispositif de soins et maintenir une présence régulière auprès des patients.

Pour que l’activité du centre de soins puisse se redéployer dans le cadre d’interactions à distance, trois grandes mesures ont été adoptées. Celles-ci ont notamment été rendues possibles grâce à nos bailleurs (qui ont réaffirmé leur soutien en débloquant rapidement certains financements alloués) et aux différents dispositifs administratifs dont le Centre Primo Levi bénéficie en tant qu’employeur.

La création d’une permanence téléphonique

La situation de confinement étant anxiogène pour de nombreux patients, en raison de leur précarité sanitaire et des reviviscences qu’elle suscite chez celles et ceux qui ont déjà vécu des situations d’enfermement, il était indispensable de maintenir un lieu d’accueil symbolique mais réel pour préserver le lien existant entre les patients et le Centre Primo Levi, en tant qu’institution.

Une permanence téléphonique est ainsi assurée le matin du lundi au vendredi, afin de recevoir les demandes des patients et de les orienter au mieux. Chaque patient a été informé de cette mesure. Les personnes chargées d’accueil restent à l’écoute, conseillent, accompagnent et rassurent. Cela permet de préserver la qualité de la relation et le cadre de travail, éléments essentiels pour chacun.

La mise en place de consultations par téléphone ou visioconférence

Le lien avec l’équipe soignante du Centre Primo Levi est maintenu malgré la distance. Chaque patient a été contacté individuellement et il a été proposé à chacun de poursuivre le suivi à distance, par téléphone ou par visioconférence.

Dans la mesure du possible, pour ce qui concerne les psychologues, les rendez-vous sont maintenus aux jours et horaires habituels, afin de s’inscrire dans la continuité des consultations en présentiel et maintenir un repère. Toutefois, cela n’est pas toujours possible, certains patients n’étant pas en capacité matérielle de s’isoler pour bénéficier d’un espace d’écoute contenant. Dans ce cas, la relation avec l’équipe soignante est maintenue a minima, selon d’autres modalités. Les patients peuvent également joindre la permanence téléphonique pour une mise en lien avec les différents professionnels qui les suivent habituellement.

Si nécessaire, les échanges peuvent se tenir avec interprète professionnel. Quand cela est possible, ce sont les interprètes habituellement mobilisés qui interviennent à distance, afin de préserver un cadre sécurisant pour les patients.

Le maintien de la réunion hebdomadaire d’équipe

Enfin, la réunion hebdomadaire de synthèse d’équipe est maintenue, à distance et dans un format réduit. Cela est primordial pour maintenir les échanges entre professionnels et favoriser les interactions autour d’une même situation clinique. Grâce aux moyens technologiques, les professionnels de la clinique se réunissent par visioconférence autour de la directrice du centre de soins. Cela permet d’assurer la continuité de l’un des piliers de notre association : le travail en pluridisciplinarité.

Extrait de L’info, la lettre du centre primo Levi
Centre Primo Levi, vivre après la torture.


29 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Sacerdoce ou fardeau

Par Sophie Constant, assistante de service social.
25 mars, 13h51
Par ces temps qui courent, nous pensons aux soignants, médecins, caissiers … à toutes ces personnes qui sont en première ligne pour mener ce combat contre ce mal que nous ne connaissons pas.
Mon combat à moi, a été de penser à ma famille, mes enfants, mon mari… J’ai donc fui la M.E.C.S où je travaillais, pour garder mes enfants auprès de moi et profiter d’eux, sniffer du bébé….
Et pourtant, est ce que je profite aujourd’hui… ?
Une fois cette décision prise, mon amie ou ennemie, la culpabilité est venue pointer le bout de son nez et accompagne mes journées, depuis maintenant une semaine et demie… Bien grand nombre de travailleurs sociaux « à la maison » doivent avoir cette sensation désagréable, qui est mienne aujourd’hui.
Nous travailleurs de l’ombre, nous professionnels du cousu-main, nous sommes une nouvelle fois des oubliés pour ceux qui nous gouvernent. L’angle mort, comme ils disent dans les médias. Pas de moyens supplémentaires, pas de gels, pas de masques… quelques recommandations distillées … Mais là est une autre question…
Ici, je souhaite parler du fait que j’ai choisi la profession d’Assistante de Service Social et j’ai choisi encore plus de me tourner vers la protection de l’enfance. Telle une vocation, un sacerdoce, j’avais envie et j’ai toujours l’envie de revêtir ce costume qui tisse chaque jour un lien social, premier parpaing à notre humanité et à notre Société.
Pourtant, aujourd’hui, ce sacerdoce, mon sacerdoce est petit à petit en train de devenir un fardeau, en ces temps de crise. J’ai fait un choix et ce choix, j’ai l’impression aujourd’hui de « le payer… ».
La culpabilité de ne pas être auprès des familles et jeunes que j’accompagne.
La culpabilité de ne pas être auprès de ses collègues de travail.
La culpabilité de ne pas faire le travail auquel je crois.
La culpabilité que peuvent nous renvoyer certains bien-pensants et bien faisant…
La culpabilité de culpabiliser….
Est-ce que cela fait de nous «  des montres d’égoïsme » d’être auprès de nos familles faute de solutions de garde… ? Est-ce que cela fait de nous des moins « bons professionnels  », des professionnels qui ne s’investissement pas ... ?
J’ai choisi aujourd’hui ne pas être une Superbe-ASS, mais d’être une maman. Est-ce que cela fait de moi, de nous, de mauvais professionnel(le)s du social… ?
Il y aura un avant et après crise. Cela remue, me remue par rapport aux valeurs du travail social et aux fondamentaux auxquels je crois ….
Il faudra se relever pour se battre pour cet angle mort de la Société.
Il faudra se relever pour faire que ce sacerdoce ne soit pas un fardeau…

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com. (Plus de précisions)


28 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Sensation d’abandon

Par Aurélien, éducateur spécialisé en MECS
24 mars, 8h06

Je souhaite vous faire part de mon témoignage. Je suis sur Lyon.
Après quelques jours d’arrêt maladie, j’ai repris ce matin et aucun changement.
On nous en demande toujours de mettre en place de plannings, des activités, la classe, la médiation, une présence contenante, de rassurer les enfants sur le Covid-19. Et de proposer un large panel d’activités … tout en étant seul, désespérément seul, avec 6,8,10 enfants sur le groupe. Une situation explosive car les enfants ne peuvent plus voir leurs parents. On nous met un seul ordinateur à disposition pour aller chercher les devoirs, mais aucun protocole d’hygiène n’est mis en place.
Le ménage est fait, mais trop peu par rapport à ce que ça devrait être.
Notre inquiétude !? « Il ne faut pas la montrer aux enfants ». Sauf que j’ai une famille à la maison, une femme enceinte et que je ne suis pas superman !
Je me sens seul, abandonné et sans ressources. Ironique pour quelqu’un qui est censé accompagner des jeunes à profil abandonnique. Qui nous aide ?

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

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28 mars 2020

★ INITIATIVES - Une initiative solidaire et généreuse

Domicile Action Trégor est une association d’aide à domicile qui intervient auprès des familles, des personnes isolées et des personnes en situation de handicap dans département des Côtes d’Armor.

En 2009, année du 20e anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, a germé l’idée d’élaborer un livre de recettes dans le prolongement de l’atelier de cuisine “Petit gourmand deviendra grand ! ”. Cette action se donnait pour ambition de permettre à de jeunes mamans ou à de futures mamans (la présence des papas étant fortement souhaitée) de mieux maîtriser l’alimentation de leurs enfants, d’échanger entre elles ainsi qu’avec des professionnels de la nutrition et de l’enfance. Deux objectifs étaient visés : favoriser la relation parents-enfants, le “faire ensemble”, et une meilleure connaissance des droits de l’enfant, dont “le droit à l’éducation”, “le droit à la santé” et “le droit aux loisirs”. Le projet fut couronné de succès, puisqu’un livre de recettes fut édité (“P’tits plats en famille ! ”) et fut vendu à 3000 exemplaires.

Aujourd’hui, face au confinement des enfants dans les familles et les foyers, l’association a décidé de rendre librement accessible, sur son site internet, ce livre de cuisine. Ce guide permet d’animer des ateliers de confection de plats simples ne demandant que peu de matériel.

https://www.flipsnack.com/domicileactiontregor/p-tits-plats-en-famille.html