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25 janvier 2017

L’avenir incertain de l’emploi accompagné

Après son entrée en vigueur le 29 décembre 2016, le dispositif d’emploi accompagné continue de soulever questions et inquiétudes dans le secteur médico-social. Appelé aussi « job coaching », et introduit par la loi Travail, il vise à permettre aux travailleurs handicapés mentaux et/ou psychiques d’accéder à l’emploi et de s’y maintenir grâce à un accompagnement médico-social.

Il a été initié en France par l’association lyonnaise Messidor, bien connue pour son accompagnement dans l’emploi des personnes handicapées psychiques. Sur 200 personnes accompagnées en 2016, elle fait état de 175 contrats de travail signés, dont 23 en CDI et 152 en CDD. Mais il ne suffit pas de décréter une mesure pour qu’elle se développe à large échelle, surtout quand son financement n’est pas totalement prévu.

Un financement peu clair

Certes, l’État abondera à plus de 50%, mais l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph) et du Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (Fiphfp) devront aussi mettre la main au pot.

Mais comment ? Quel sera le niveau de l’enveloppe ? « Le financement n’est pas clair », regrette l’Association nationale des directeurs et cadres d’Esat (Andicat), qui pointe aussi un « système assez lourd », nécessitant plusieurs agréments et le passage obligatoire par les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH).

Menace sur les ESAT

C’est un frein important, soulève aussi Thierry Brun, directeur de Messidor sur Handicap.fr. « Notre expérience révèle que 30% des personnes bénéficiant de notre dispositif de job coaching n’ont pas la RQTH (reconnaissance de qualité de travailleur handicapé). En les excluant des critères requis, la loi menace de supprimer les sources de financement de leur accompagnement ».

Andicat alerte également sur les menaces que l’emploi accompagné fait peser sur les ESAT, car l’emploi en milieu ordinaire n’est pas la solution pour tous. « Ce dispositif ne peut pas être un substitut du travail protégé », déclare son président Gérard Zribi, qui relève l’absence de création de places d’Esat depuis trois ans.


23 janvier 2017

Famille, institution ou domicile : la vie des personnes « très âgées »

Comment vivent les personnes de 85 ans et plus ? L’Institut National Démographique (INED) répond à cette question dans une étude sur l’évolution de l’autonomie résidentielle au regard des disparités territoriales.

Depuis des dizaines d’années les personnes « très âgées » vivent de plus en plus seules ou en couple à leur domicile, quand auparavant elles étaient davantage prises en charge par leurs proches. Cela s’explique par l’évolution de la société et des générations qui expriment un fort besoin d’indépendance, des politiques sociales qui compensent la perte d’autonomie et une meilleure situation économique pour les personnes âgées. Les femmes vivent majoritairement seules ou dans leurs familles, les hommes vieillissent davantage en couple.

Disparités territoriales

Autre constat, celui des différences qui subsistent selon les départements et les régions. C’est dans le grand Sud-Ouest que les personnes très âgées cohabitent le plus avec leurs familles ; seuls les départements de la Corse et le Gers pratiquent à plus de 20% ce mode de vie. Les différences de politiques publiques, ainsi que la proximité des familles ou encore l’état de santé et la situation économique sont les facteurs principaux de ces disparités territoriales.

Quid de la vie en institution ? C’est dans les départements de l’Ouest et du Centre de la France que les personnes très âgées y vivent le plus (plus de 25%) contrairement à l’Ile-de-France, au pourtour méditerranéen et au Nord (moins de 10%).

Il est courant aujourd’hui de vivre au-delà de 85 ans et l’autonomie résidentielle reste le principal mode de vie de ces personnes très âgées. Cependant, les auteurs de cette étude appellent à une certaine vigilance : si demain leur situation économique se précarise davantage, et si les pouvoirs publics diminuent leurs aides, les familles seront d’autant plus sollicitées « alors qu’elles assument déjà aujourd’hui l’essentiel de la solidarité à l’égard des plus fragiles. »


20 janvier 2017

Précarité : un livre, préfacé par Ken Loach s’il vous plaît...

Pour battre en brèche les clichés courants à propos du chômage et de la précarité, le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP) publie un livre collectif rassemblant 25 organisations de différents horizons.

« Chaque contributeur a témoigné de son expérience pour démonter 26 idées reçues, puis décrire et proposer des initiatives afin de démontrer la possibilité de se mobiliser autrement » explique Jean-François Yon, président du MNCP de 2004 à 2010, qui a coordonné la rédaction de ces 240 pages.

Le champ du positif

« Les chômeurs ne cherchent pas de travail », « sont incasables quand ils ont un handicap », « le chômage c’est la faute du droit du travail, des étrangers », « les intermittents du spectacle sont des privilégiés », « l’économie sociale et solidaire crée de faux emplois », « le néolibéralisme est incontournable » : autant de poncifs battus en brèche dans cet ouvrage. Préfacé par Ken Loach, « Chômage, précarité : halte aux idées reçues ! » montre aussi comment les associations, les syndicats et les collectifs tentent d’enrayer les mécanismes d’exclusion.

Le mouvement Colibris, Attac, ATD quart monde, le Coorace, la CGT, AC !, l’APF… avec leur spécificité mais tous ensemble, ces organismes se battent pour faire avancer les solidarités. « En donnant à voir la mise en œuvre d’actions sociales, d’initiatives économiques, de revendications de chômeurs, ce livre veut couvrir le champ des réactions positives, montrer l’exemple en se serrant les coudes et pourquoi pas amplifier le mouvement » espère Jean-François Yon.


18 janvier 2017

Transport : les dommages collatéraux de l’Ubérisation

Conflit entre taxis et VTC, ubérisation : la régulation des transports de personnes a fréquemment fait la une de l’actualité en 2016. Aujourd’hui, elle risque de faire une victime collatérale : la coopérative Transport Challenger, qui réinsère depuis trois ans en région parisienne d’anciens détenus, grâce à son activité de transport adapté destinée aux personnes en situation de handicap. En cause : la loi Grandguillaume, promulguée le 30 décembre 2016, qui vise à empêcher des pratiques de dumping social par les plateformes de réservation type Uber.

Celles-ci ont en effet détourné le statut LOTI (loi d’orientation des transports intérieurs), conçu pour le transport de groupe de moins de 10 personnes, afin de concurrencer les taxis et les VTC. La loi Grandguillaume prévoit désormais de réserver le statut LOTI aux véhicules d’au moins dix personnes dans les villes de plus de 100 000 habitants.

Réinsertion sociale

« Ces évolutions législatives mettent en péril notre activité : soit nous devons changer notre flotte de véhicules pour utiliser des bus de 10 places minimum, soit nous devons exercer dans le secteur du VTC avec des voitures de luxe, explique Marc Boitel, gérant de Transport Challenger. Dans les deux cas cela représente un lourd investissement et ne correspond pas aux besoins des personnes que nous transportons. Mais surtout, le statut "Loti" est le seul qui permette l’emploi de personnes au casier judiciaire "ouvert" ». Les quatre chauffeurs de la coopérative, « très appréciés et très professionnels », risquent donc de perdre leur emploi. « Auparavant travailleur social, j’ai voulu créer cette activité car je constatais les grandes difficultés de réinsertion sociale et économique des personnes sous main de justice. Aujourd’hui nous sommes les sacrifiés du conflit entre les taxis et le VTC », poursuit Marc Boitel.

Lauréate de plusieurs prix de l’innovation sociale et solidaire, la coopérative souhaite bénéficier d’un système dérogatoire à la nouvelle loi. Elle espère obtenir des soutiens et invite sympathisants à se réunir ce soir à 19h à la bourse du travail à Paris.


Sur le même sujet :
Émission Vivre FM du 18 janvier 2017 :
"Ulysse, une entreprise de transport créée par une personne handicapée".


16 janvier 2017

Non-recours aux aides : éclairage sur un combat à mener

À l’image de l’ACS (Aide à la Complémentaire Santé) ou du RSA (Revenu de Solidarité Active), le taux de non-recours à l’Allocation personnalisée pour l’autonomie (APA) reste très important. Entre 20 et 28% des potentiels bénéficiaires personnes ne la sollicitent pas, selon une récente étude de la DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques).

Attribuée et versée par les Conseils Départementaux, l’APA est une prestation de compensation de la dépendance accessible à toute personne de plus de 60 ans rencontrant une incapacité à réaliser les actes de la vie quotidienne, à domicile ou en institution. Après une évaluation médico-sociale, son montant est attribué en fonction des revenus.

Manque d’information

L’analyse de la DREES, réalisée auprès des professionnels de terrain de quatre départements, concerne les personnes, vivant à domicile, pour qui le recours à l’APA est le plus faible. Parmi les deux principales causes : le manque d’information sur l’existence de ce droit et un défaut de communication, entrainant une mauvaise connaissance du dispositif.

D’abord parce que les amalgames génèrent la non-demande : les personnes pensent que l’allocation sera récupérée sur leur succession – ce qui est vrai mais dans certains cas seulement -, ou encore qu’elle est liée à des conditions de ressources – à nuancer aussi. Il appartient donc aux pouvoirs publics de faire des efforts en direction des potentiels bénéficiaires.

Ensuite, certaines personnes ne souhaitent pas solliciter cette prestation. Pour les professionnels de terrain, la crainte d’une stigmatisation, les problèmes d’accessibilité, la difficulté d’accepter cette aide en nature (qui se traduit par l’intervention de professionnels au domicile par exemple), le délai des procédures administratives, la présence d’alternatives etc. comptent parmi les raisons de ce choix.

Éthique

L’étude, qui rappelle la nécessaire liberté et la dignité de tout un chacun, se pose néanmoins la question de la limite du choix personnel de non-recours à une aide humaine. Jusqu’où va le droit au risque ? Pour les professionnels de terrain, il s’agit de discerner ce qui relève du « risque normal et acceptable, inhérent somme toute à la vie de l’individu, de ce qui représente une véritable mise en danger de l’individu lui-même ou d’autrui et nécessite la mise en place de mesures spécifiques ».

Une réflexion salutaire à mener pour répondre avec un peu de hauteur de vue aux questions d’action sociale telles qu’elles sont posées dans le contexte politique actuel…


13 janvier 2017

Mineurs isolés étrangers en souffrance : prévenir pour mieux guérir

Mercredi, une marche silencieuse a été organisée par le réseau éducation sans frontières (RESF) à Châlons-en-Champagne, pour rendre hommage à Denko Sissoko. Le jeune malien, hébergé dans un foyer, s’est donné la mort vendredi dernier car il craignait, selon ses amis, d’être prochainement expulsé.
À ce stade, si les raisons de son geste restent difficiles à établir de façon certaine, une question s’impose : combien sont-ils à passer à l’acte ? À vivre dans la crainte, parfois le rejet institutionnel, après l’exil, la séparation, le deuil, autant de sources de lourdes souffrances psychiques ?

Pour les professionnels travaillant auprès d’eux, il n’est pas toujours facile d’en repérer les signes. Le réseau InfoMIE a donc développé un outil de compréhension, afin de les accompagner dans Le repérage des signes de souffrance chez le/la jeune isolé-e étranger-ères , titre du guide paru en novembre 2016.

Expériences complémentaires

Psychiatres, psychologues, travailleurs sociaux et associations ont participé à son élaboration dans un souci de complémentarité des expériences. Le guide propose d’abord une sensibilisation aux « facteurs de vulnérabilité et situations à risques » que peuvent connaitre les jeunes. Il explore différents facteurs comme l’écart culturel important entre le pays d’origine et le pays d’accueil ; un parcours de vie difficile ; la barrière de langue ; les complexités administratives qui laissent toujours dans l’attente et l’angoisse du futur, etc.

Une deuxième partie recense les éléments plus ou moins visibles sur lesquels les professionnels se doivent d’être vigilants : un sentiment de persécution, des troubles alimentaires ou du sommeil, une addiction, l’apathie, des idées noires, sont autant de signes de la souffrance du jeune.

Ouvrir le dialogue

Enfin, pour éclairer cette question et « aller plus loin », cinq dossiers sont proposés sur des thèmes plus généraux comme la dépression, le stress post traumatique ou le suicide. Une réflexion qui permet d’ouvrir le dialogue et de proposer une orientation adaptée avant un éventuel passage à l’acte, si toutefois les institutions laissent aux professionnels la possibilité de le faire.

Consultation libre du guide Le repérage des signes de souffrance chez le/la jeune isolé-e étranger/ères


11 janvier 2017

La Fas (ex-Fnars) organise son congrès solidaire

Demain et vendredi à Dijon, pour ses 60 ans, la Fédération des acteurs de la solidarité (ex-FNARS) appelle les Français à voir les politiques sociales non pas comme un coût, mais un investissement.

Dans un pays où la pauvreté et les inégalités augmentent, les associations de lutte contre l’exclusion clament que les mesures préventives sont moins onéreuses et plus qualitatives que l’urgence. « Nous demandons le développement du logement très social, la fusion des dix minimas sociaux en une allocation unique de 850 euros avec versement automatique pour éviter les non recours, et le doublement des postes d’insertion par l’activité économique, précise Florent Gueguen, directeur de la fédération. Dans un contexte de division, de débat sur la pauvrophobie, d’attaques sur l’assistanat, notre congrès veut démontrer que les politiques de solidarité bénéficient à tout le monde ».

Réduire la pauvreté

L’édition 2017 accueillera les ministres du Logement et de l’Habitat durable, Emmanuelle Cosse, et du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, Myriam El Khomri.
Au cours d’une table ronde politique, les candidats à l’élection présidentielle ou leurs représentants devront également prendre position sur les propositions de la Fédération pour réduire la pauvreté.
La plateforme de propositions est consultable sur www.congres-solidarite.com


9 janvier 2017

La Garantie jeunes généralisée

Depuis janvier 2017, la Garantie jeunes concerne l’ensemble du territoire français. Expérimentée depuis 2013, cette allocation de 471 € est destinée aux 16-25 ans en situation de vulnérabilité, dont le revenu est inférieur au RSA. Son objectif est de permettre l’accompagnement intensif vers l’emploi pendant un an de personnes ne bénéficiant pas de suivi social ou d’intervention publique. En septembre 2016, 79 000 entrées dans le dispositif et 190 000 bénéficiaires potentiels étaient comptabilisés.

Stabiliser dans l’accompagnement

« L’aspect collectif et intensif a du bon, constate Benoît, coordinateur Garantie jeunes à la mission locale de Val de Reuil dans l’Eure. On voit se mettre en place de la solidarité dans la débrouille, du transfert de compétences. » Ce territoire est l’un des dix premiers à avoir expérimenté la Garantie jeunes. « Au départ, il a fallu s’habituer à faire des ateliers en groupe avec une dizaine d’entrées par mois. Maintenant, la contrainte repose surtout sur l’aspect très administratif de ces suivis. Nous aimerions pouvoir consacrer plus de temps aux jeunes qu’à la paperasse. Mais ça c’est déjà beaucoup amélioré. »

Trois parcours types

Commandée par le ministère du travail, une évaluation issue d’une collaboration entre l’Université Paris XIII et le Centre d’études et de l’emploi a permis de dégager trois parcours types. Le premier aboutit à une réelle insertion professionnelle, bien que précaire (CDD et intérim). Le deuxième amène les jeunes aux abords de l’emploi et leur redonne confiance, mais sans créer de véritable dynamique. Le dernier ne fait pas évoluer leur situation par rapport à l’emploi, tant ils sont « empêchés » par des problèmes physiques, psychiques, sociaux et économiques.


6 janvier 2017

Marseille : des Gaulois de toutes les couleurs


Une femme de chambre en grève pose sous l’affiche d’un promoteur immobilier. Une danseuse de cabaret Raï fixe fièrement l’objectif dans une cuisine éclairée au néon. Un bulldozer détruit une tour de la cité des Créneaux, tandis que la tour Zaha Hadid se dresse au loin sur le front de mer. À Marseille, la photographe Yohanne Lamoulère a choisi son camp, les quartiers nord, où elle vit depuis 2009. Son Rolleiflex s’attache à ses obsessions photographiques : les jeunes, les quartiers, le déterminisme social et la capacité de certains à y échapper.
Son regard inspiré de la tradition documentaire s’expose au théâtre du Merlan jusqu’au 11 février. La sélection appartient au projet La France vue d’ici, porté par le festival Images singulières de Sète, en partenariat avec Mediapart. Une trentaine de photographes y donnent à voir un pays “bouleversé”, en crise. À 36 ans, l’ex Nîmoise diplômée de l’école de photo d’Arles voit d’un mauvais œil la main-basse sur Marseille des promoteurs, sous prétexte de rénovation. Elle se dépêche donc de photographier ce Marseille qui lui rappelle sa vie, sa mère algérienne, son père français, son bout d’adolescence aux Comores… Ce parcours qui lui semble si naturel et lui fait dire : « Mes Gaulois sont de toutes les couleurs. »
Main-basse sur Marseille, exposition au Théâtre du Merlan jusqu’au 11 février


5 janvier 2017

Campagne présidentielle : les associations à l’offensive

Marre « d’être sages », stop aux « contre-vérités » et à « l’instrumentalisation de la misère humaine à des fins politiciennes » : 51 associations (ATD QUART Monde, FAS (ex-FNARS), Emmaüs, Croix Rouge française, …) ont lancé leur « autre campagne » hier. Un « exercice nouveau » parce qu’« on ne peut pas subir un tel décalage entre la réalité de ce que vivent les personnes (…) et les discours politiques » explique Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre.

À l’approche du scrutin présidentiel, il est temps pour ces acteurs de la solidarité de mettre fin aux idées reçues. Parmi elles, « l’assistanat », là où ils relèvent plutôt un « non recours aux droits » selon François Soulage, président du collectif Alerte. « Notre objectif, in fine, c’est que cette campagne présidentielle n’oublie pas les 9 millions de personnes qui vivent aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté, qui sont très largement exclues du débat politique, exclues des propositions et des priorités des principaux candidats à l’élection » déclare Florent Guéguen, directeur général de la Fas. Les associations attendent donc beaucoup plus que de simples visites comme celle du candidat LR François Fillon, mardi dans un centre Emmaüs parisien.
Cette autre campagne débutera fin janvier sur internet et les réseaux sociaux.