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15 avril 2020

★ INITIATIVES - Gérer le confinement avec des enfants ayant une déficience intellectuelle

Depuis le premier jour de la crise, l’équipe du Pôle Enfance et Adolescence de l’Adapei du Doubs déploie dans l’urgence des actions concrètes pour alléger le quotidien de familles qui en ont le plus besoin et leur proposer des solutions d’écoute et de répit.

Si beaucoup de familles se sont montrées réticentes au départ, elles sont aujourd’hui beaucoup plus demandeuses. Sur les trois premières semaines, le Pôle enfance et adolescence a ainsi géré 135 interventions à domicile ou dans les murs.

Mais l’Adapei entend aller plus loin. Ses équipes ont préparé un internat qui est aujourd’hui prêt à d’héberger des enfants en cas de nécessité (besoin de répit, parents hospitaliers situations de maltraitance). Dans le cadre d’une stratégie mise en place avec l’hôpital de Besançon, un autre établissement est en capacité d’accueillir des enfants porteurs du Covid-19.

Enfin, l’Adapei envisage d’organiser, de façon limitée et contrôlée, des sorties familles dans les parcs dont elle est propriétaire. « Les choses se font au fur et à mesure. Nous avons mis en place des protocoles très stricts et nous veillons à bien peser nos décisions car chacune d’elle a des implications sanitaires mais aussi managériales, car toutes ces mesures demandent beaucoup d’efforts à nos équipes  », souligne Bruno Ubbiali.


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15 avril 2020

✚ COMMUNIQUÉ – COVID-19 : le Gouvernement annonce le versement d’une aide exceptionnelle de solidarité aux foyers les plus modestes

La crise épidémique pèse lourdement sur les conditions de vies des personnes modestes, et en particulier des familles. D’une part certains ménages font face à des dépenses plus importantes du fait du confinement ou à des difficultés à subvenir à leurs besoins les plus essentiels. L’absence de cantine quasi-gratuite fait par exemple supporter à de nombreuses familles une charge financière supplémentaire pour faire déjeuner leurs enfants, alors que le recours à l’aide alimentaire est parfois devenu difficile. D’autre part ces ménages ont pu voir leurs revenus diminuer du fait de la situation épidémique.

Face à ces constats et pour soutenir les familles et les personnes les plus précaires le président de la République a annoncé dans son allocution du 13 avril 2020 le versement d’une aide exceptionnelle aux foyers les plus modestes. Cette aide a été détaillée à l’issue du conseil des ministres du 15 avril 2020.

Les foyers allocataires du revenu de solidarité active (RSA) ou de l’allocation de solidarité spécifique (ASS) percevront une aide de 150€, à laquelle s’ajoute 100€ supplémentaires par enfant à charge.

Par ailleurs, toutes les familles bénéficiaires des aides personnalisées au logement (APL) qui ne touchent pas le RSA ou l’ASS bénéficieront d’une aide de 100€ par enfant à charge.

Ces aides s’ajouteront aux aides sociales versées mensuellement toute au long de l’année, et sera versée automatiquement aux personnes qui y ont droit.

4,1 millions de foyers dont près de 5 millions d’enfants bénéficieront de cette aide exceptionnelle de solidarité versée en une fois, le 15 mai 2020, automatiquement par les caisses d’allocations familiales (CAF), les caisses de la mutualité sociale agricole (MSA) et Pôle emploi.

Ce dispositif de solidarité, absolument nécessaire pour soutenir les foyers modestes qui subissent plus durement les conséquences de la crise épidémique, représente un budget de 900 millions d’euros.

M. Olivier Véran, M. Julien Denormandie et Mme Christelle Dubos tiennent à rappeler la mobilisation totale du Gouvernement pour qu’à la crise épidémique ne s’ajoutent pas des drames humains. Cette aide exceptionnelle vient soutenir les familles modestes tout en renforçant le soutien apporté aux plus précaires en cette période de crise : maintien de l’aide alimentaire, mise à l’abri des personnes sans domicile fixe, prolongation des droits aux aides sociales, mobilisation de la réserve sociale.

Les ministres remercient les associations, les collectivités, les travailleurs sociaux, les structures sociales et médico-sociales ainsi que tous les citoyens qui, face à une crise sans précédent, font vivre cette solidarité partout en France et viennent en aide à ceux qui en ont le plus besoin.

Tableau des montants de l’aide exceptionnelle de solidarité :

Pour un foyer bénéficiaire des APL (hors bénéficiaires du RSA ou de l’ASS)

Personne seule ou en couple avec un enfant 100€

Personne seule ou en couple avec deux enfants 200€

Personne seule ou en couple avec trois enfants 300€

Personne seule ou en couple avec quatre enfants 400 €

Etc.

Pour un foyer bénéficiaire du RSA ou de l’ASS

Personne seule ou en couple 150€

Foyer avec un enfant 250€

Foyer avec deux enfants 350€

Foyer avec trois enfants 450€

Foyer avec quatre enfants 550 €

Etc.
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15 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - « CO-hésion, Vi-gilance, D-isponibilité / CO-construction, Vi-sioconférence, soliDarité...

Par A. GUINEHEUX, chef de service SESSAD ITEP.

Dans notre équipe de SESSAD ITEP, nous donnons des nouvelles définitions à ce mot COVID et ce mot fait soudain moins peur...

Certes confiné, pour le moment, chacun se réinvente et se redécouvre. Du chef de service aux éducateurs spécialisés, des psychologues aux paramédicales, du médecin pédopsychiatre à la secrétaire, chacun est invité à repenser sa pratique. En temps ordinaires, la notion d’équipe se nourrit du partage d’un quotidien : face à face dans un bureau, entrecroisements, temps d’élaboration collective, moments partagés... Et puis, l’on se retrouve du jour au lendemain, chacun chez soi, et l’on se demande si ce qui semble lier l’équipe résistera à la question de la distance, de l’enfermement et de l’isolement. Car on le sait, accompagner des sujets souffrants de troubles psychiques nécessite une élaboration collective, un ancrage à la dimension institutionnelle et le déploiement d’un travail clinique qui s’enrichit du regard de chacun (au sens propre et figuré, sans doute). Et ce n’est pas si simple ! Et ça demande de l’énergie ! Et c’est dans la rencontre (entre professionnels, avec les enfants, leurs parents) que nous puisons l’énergie nécessaire pour mener à bien nos missions éducatives, pédagogiques et thérapeutiques.

Il y avait un risque, du fait du confinement de passer à une pratique du chacun chez soi et du chacun pour soi... Contraints du jour au lendemain à se cloîtrer chez soi, nous créons immédiatement un groupe WhatsApp. Ce réflexe de puiser dans les réseaux sociaux notre premier nouvel outil de travail n’est guère étonnant finalement. Car le travailleur social aime travailler en réseaux, c’est bien connu ! On retrouve ce qui fait les saveurs de notre quotidien habituel. En virtuel, sur un écran, certes, mais finalement on repère beaucoup de similitudes. Des retours d’expériences de chacun, comme quand l’on rentre d’une séance et qu’on ressent le besoin de partager ce moment à un membre de l’équipe, de l’informatif, de l’essentiel et du plus futile (Il faut dire qu’il y en a des vidéos récréatives qui tournent en ce moment !). Sur les écrans de nos smartphones, se construit une nouvelle dynamique collective. On se reconnecte les uns aux autres pour organiser l’intervention auprès des jeunes et leurs familles. On s’appelle, aussi, on ressent le besoin de se voir au travers d’une réunion visio-conférence. Et ça fait du bien, il faut le dire !

Le confinement est pesant pour chacun d’entre nous, et on mesure rapidement les effets que peuvent ressentir les enfants, les adolescents et les jeunes adultes du SESSAD. On est inquiet pour certains, moins pour d’autres... La nécessité de garder le contact est décidée en amont des recommandations de l’ARS. Comme une évidence pour tous !

Le dictionnaire Trésor de la Langue Française définit la solidarité comme le :
« Devoir moral, résultant de la prise de conscience de l’interdépendance sociale étroite existant entre les hommes ou dans des groupes humains, et qui incite les hommes à s’unir, à se porter entraide et assistance réciproque et à coopérer entre eux, en tant que membres d’un même corps social. » Sans doute qu’il y a quelque chose au-delà de nos missions de travail social qui nous a poussé à agir ainsi - comme une prise de conscience immédiate - et c’est finalement rassurant, aussi !

Cela fait maintenant 4 semaines que nous fonctionnons sous ces nouvelles modalités de travail, et les familles témoignent pour la plupart d’une reconnaissance face à la solidarité qu’elles perçoivent. L’appel reçu par le professionnel, le message posté sur le blog, les propositions d’activités diverses sont autant d’attentions qui nomment un ailleurs et qui font se sentir moins seuls, sans doute. Les échanges se maintiennent et sont garants d’une continuité dans la rencontre. Le temps du confinement est un temps de l’entre-deux. La promesse des rencontres futures permet à chacun de tenir, sans doute. Dans l’attente, la poursuite des relations est nécessaire. Il ne peut y avoir de vide entre l’avant et l’après confinement et la façon dont chaque jeune vit cette expérience est riche d’enseignements cliniques. Des jeunes dévoilent des ressources étonnantes. D’autres se montrent plus fragiles, comme on le pressentait. Certains se dévoilent davantage hors du regard du professionnel. Mais tous font face, pour le moment. Des rencontres individuelles vont s’organiser, pour les sujets les plus fragiles, et cela ne sera pas simple non plus en ces temps où la distanciation sociale est nécessaire...

Cette expérience qui se poursuit ne nous laissera pas indemne. Mais ce moment rassure sur la volonté de chacun de faire équipe et d’aller à la rencontre de l’autre, malgré tout ... Et c’est sûrement là l’essentiel ! Dans une société où libéralisme et individualisme priment, la crise COVID, nous (re)fait redécouvrir la nécessité de développer une société où l’entraide, la solidarité, et le collectif ne sont pas des mots oubliés et doivent servir de socle commun dans notre projet d’équipe médico-sociale.
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Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com. (Plus de précisions)


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15 avril 2020

★ INITIATIVES - En direct de nos amis belges - n°2


Le site www.yapaka.be a mis en ligne toute une série de vidéos très concrètes et très utiles pour aider à gérer la pandémie.

Des spécialistes reconnu(e)s du secteur de l’enfance et de la protection de l’enfance, de l’action sociale apportent leur vision sur les moins mauvaises postures à adopter : toute la semaine Lien Social, vous fera découvrir sa sélection.

Vidéos de Françoise GUILLAUME coordinatrice du Centre d’Etudes decrolyennes tournées par téléconférence le 2 avril 2020
1. En contexte de crise sanitaire, les apprentissages de l’enfant passent par le jeu et les activités non pédagogiques.
2. « L’école à la maison » en contexte de Covid-19 : quelle alliance éducative entre adultes, chacun dans les limites de son rôle, celui du parent et celui de l’enseignant ?
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14 avril 2020

★ INITIATIVES - En direct de nos amis belges - n°1


Le site www.yapaka.be a mis en ligne toute une série de vidéos très concrètes et très utiles pour aider à gérer la pandémie.

Des spécialistes reconnu(e)s du secteur de l’enfance et de la protection de l’enfance, de l’action sociale apportent leur vision sur les moins mauvaises postures à adopter : toute la semaine Lien Social, vous fera découvrir sa sélection.

Une mine de ressources pour les parents-enfants confinés : comment ne pas péter les plombs ? Des jeux, des coloriages, des activités par tranches d’âges ( pour enfants de 0 à 5 ans, pour enfants de 6 à 12 ans, pour les ados, pour toute la famille !)

Vidéos de Daniel COUM, psychologue clinicien tournées par téléconférence le 2 avril 2020
1. Crise sanitaire et sentiment d’impuissance du professionnel : quelques pistes pour aller de l’avant avec les familles
2. En contexte de confinement, comment contenir son propre débordement face à un enfant/adolescent débordé ?
3. Le confinement, une mesure de protection qui bouleverse le rôle habituel de la famille
4. Parler avec l’enfant (et non à l’enfant), une piste éducative précieuse en contexte de confinement
5. Etre parent en contexte de confinement : concilier tous les rôles est une gageure
6. En contexte de confinement, comment penser l’alliance éducative parents-enseignants autour de l’enfant ?

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11 avril 2020

★ INITIATIVES - Les personnes handicapées masquent les soignants

APF France handicap engage son réseau du secteur adapté et protégé dans la fabrication de masques homologués. Une contribution du monde du handicap au service de la protection et de la santé des Français.
Face à la crise sanitaire que traverse la France, APF Entreprises, le réseau du secteur adapté et protégé de l’association APF France handicap, s’engage dans une nouvelle forme de mobilisation en intégrant le projet « Résilience », une initiative du Haut-commissariat à l’Inclusion dans l’emploi et à l’engagement des entreprises.
Objectif ? Confectionner et conditionner des masques homologués à destination des services publics et du secteur médico-social. Une dizaine d’établissements APF Entreprises ont d’ores et déjà rejoint cette nouvelle filière inclusive.
Le projet « Résilience » est une mobilisation d’ampleur nationale portée initialement par un groupement d’une vingtaine d’entreprises du textile afin de fabriquer des masques sur le territoire français, dans les meilleurs délais et à un coût raisonnable. Au total, ce sont près de deux millions de masques qui pourront ainsi être fabriqués. Le secteur inclusif forme le noyau dur de ce projet. « C’est tout naturellement que notre réseau national y contribue », explique Serge Widawski, directeur national d’APF Entreprises. Il ajoute « C’est le sens du programme " fabrication de masques " que nous venons de démarrer. Nous avons mobilisé un nombre important de nos ressources et de nos établissements dans de nombreuses régions.  » La dizaine d’entreprises adaptées d’APF Entreprises sollicitées dans le cadre du projet Résilience devrait être en capacité de fabriquer, dans un premier temps, 80 000 masques par semaine avec environ une cinquantaine de collaborateurs en poste sur onze lignes de productions. Une production destinée aux acteurs médico-sociaux et aux services publics, durement touchés par le manque de masques.


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11 avril 2020

✚ COMMUNIQUÉ – Protection de l’enfance


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Communiqué du 6 avril 2020 adressé à Madame la ministre, garde des Sceaux, et Monsieur le secrétaire d’État en charge de la protection de l’enfance,

Nos organisations tiennent à vous alerter sur la situation des enfants en cette période de confinement. Alors qu’ils sont particulièrement vulnérables et qu’une attention particulière devrait leur être accordée, ils sont en réalité les grands oubliés.
Au risque de leur faire encourir de graves dangers.
En cette période de crise, nous constatons que les rôles et places de chacun des acteurs, tant en protection de l’enfance qu’en matière pénale sont brouillés, tant et si bien que ces missions pourtant essentielles ne sont plus assurées au mieux des intérêts des enfants et des adolescents.
Les ordonnances prises dans le domaine de la justice, en matière civile comme pénale, ne nous semblent pas de nature à résoudre les difficultés, mais au contraire à les aggraver.

S’agissant de la protection de l’enfance vous avez, Monsieur le secrétaire d’État, adressé une lettre le 21 mars dernier aux présidents des conseils départementaux dans laquelle vous avez listé les activités vous semblant devoir être intégrées dans les plans de continuation d’activité des départements : cellule de recueil des informations préoccupantes, interventions de protection de l’enfance à domicile, permanence éducative téléphonique à destination des assistants familiaux, prise en charge au-delà des 18 ans pour éviter toute remise à la rue de jeunes majeurs non autonomes et adaptation des missions de la PMI.
Vous y avez également mentionné la priorité qui devait être donnée à la mise à l’abri des mineurs isolés étrangers, quand bien même les conditions d’évaluation de leur minorité seraient perturbées, la mise à l’abri devant dès lors être systématique.
Toutes ces préconisations, que nous rejoignons, avaient pour but, selon vos propres termes, de rappeler que « les enfants en danger et les enfants protégés doivent faire l’objet d’une vigilance encore plus forte afin que l’urgence sanitaire à laquelle nous sommes confrontés ne conduise pas à aggraver leur situation ».

Et pourtant …
Nous constatons que les situations sont très disparates selon les départements et dans nombre d’entre eux ces priorités ne sont pas assurées.
Les services de prévention et de protection de l’enfance, que ce soit dans le cadre administratif ou judiciaire, fonctionnent essentiellement par téléphone.
Alors même que ce seul contact par téléphone apparaît insuffisant, il est en outre mis à mal la plupart du temps, par l’absence de matériel professionnel mis à disposition des équipes.
La crise sanitaire conduisant également de nombreux foyers à solliciter des mainlevées de mesures, voire les contraignant à fermer, certains enfants reviennent à domicile dans des conditions mal préparées et sans aucun accompagnement éducatif effectif, ou bien sont brutalement réorientés vers d’autres structures.
L’accès aux soins est mis à mal et les services de la protection maternelle infantile ne paraissent pas partout en état de fonctionner.
En cette période où l’école ne peut que difficilement jouer son rôle habituel de détection des situations de danger, nous nous inquiétons particulièrement des capacités collectives, à les détecter et donc à apporter une protection effective aux enfants concernés.
Enfin, la situation des mineurs isolés étrangers demeure la plus préoccupante, ces derniers ne sachant vers qui se tourner pour être mis à l’abri, beaucoup sont à la rue. Une décision de la CEDH a d’ailleurs été nécessaire pour enjoindre un département à prendre un mineur en charge.

Si nous avons pu espérer que l’ordonnance n° 2020-304 du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables aux juridictions de l’ordre judiciaire statuant en matière non pénale apporterait quelques gardes-fous en matière d’assistance éducative, il n’en est rien.

L’ordonnance donne la possibilité aux juges des enfants de prononcer des non-lieux à assistance éducative sans audience et sans recueil des observations des parties. Ainsi, des mineurs isolés étrangers risquent fortement de se voir refuser le bénéfice de mesures d’assistance éducative sans avoir eu l’occasion d’être défendus et de faire valoir leurs observations.

Par ailleurs, nous ne pouvons que déplorer que cette ordonnance oublie l’enfant comme sujet de droit.
Il n’est à nul endroit prévu le recueil de ses observations ou son audition alors-même que l’enfant discernant est partie à la procédure et que son droit à être entendu est un principe consacré par la Convention internationale des droits de l’enfant.
Pourtant, les décisions qui pourront être prises par les juges des enfants, sans contradictoire réel, et pour de trop longues durées, seront lourdes de conséquences : prolongation des mesures d’assistance éducative de plein droit jusqu’à un mois après la fin de l’état d’urgence sanitaire, (sans que l’on sache s’il sera levé le 24 mai prochain) ; renouvellements de mesures pouvant aller jusqu’à neuf mois pour les placements, un an pour les mesures de milieu ouvert, sur le fondement d’un rapport éducatif, dont il n’est en nul endroit prévu les modalités effectives de communication aux parties, ou d’accès au dossier.
Par ailleurs, le recueil de l’avis écrit d’un seul parent, sans prise en compte de l’avis de l’enfant dans les mêmes conditions, vient à l’encontre de l’ exercice de l’autorité parentale conjointe, qui pourtant est et doit rester la règle, à l’exception de situations particulièrement graves (telles les violences avérées d’un parent) .
L’état d’urgence sanitaire ne justifie pas une telle disproportion dans l’atteinte aux droits des
parties.

Concernant la prise en charge de la délinquance des enfants et des adolescents, nous faisons malheureusement des constats tout aussi pessimistes.
En effet, la grande majorité des professionnels de la protection judiciaire de la jeunesse n’ont pas les moyens matériels et techniques permettant un accompagnement à distance, dans le respect des mesures sanitaires, et le maintien d’un lien effectif et suivi avec les enfants et les adolescents, pour lesquels l’entretien uniquement téléphonique s’avère parfois totalement inadapté.
En détention, la situation apparaît dramatique et force est de constater l’insuffisance des moyens de protection pour éviter une propagation du virus - les gestes « barrière » étant très difficiles à respecter - , une promiscuité en promenade, des activités quasi à l’arrêt et une privation complète des contacts avec les familles, ce qui rend l’enfermement d’autant plus insupportable.
Si des structures de type foyers ou centres fermés ont vu leurs effectifs diminuer pour des solutions alternatives, pour autant, les lieux d’incarcération des mineurs sont encore trop pleins, comme en témoignent les chiffres de la région Île de France, où les établissements accueillant des mineurs étaient à saturation jusqu’il y a quelques jours et ne se vident que très lentement.

Les mineurs isolés étrangers sont particulièrement touchés par cette situation carcérale lourde, subissant parfois des transferts d’établissement intempestifs et obtenant peu de mises en liberté, faute de solutions alternatives adaptées en cette période de crise sanitaire.

L’ordonnance du n° 2020-303 du 25 mars 2020 portant adaptation de règles de procédure pénale accroît ces difficultés, en permettant notamment une prolongation de droit de la détention provisoire pour les plus de 16 ans encourant plus de sept ans d’emprisonnement.
Nous déplorons que cette ordonnance n’ait pas davantage fait primer l’éducatif, ni garanti la spécificité et la moindre sévérité pour les enfants par rapport aux majeurs. Il est à notre sens très préoccupant et peu compréhensible que pour plusieurs dispositions (prolongation de garde à vue qui peut intervenir sans présentation devant le magistrat compétent, prorogation automatique de la détention provisoire), certains mineurs puissent se voir appliquer les mêmes règles que les majeurs, règles pourtant particulièrement dérogatoires aux droits de la défense et aux libertés. Il est à noter d’ailleurs que toutes les mesures plutôt favorables portant sur les remises de peine concernent en réalité peu de mineurs, qui restent à 80 % placés sous le régime de la détention provisoire.
Par ailleurs, les seules règles spécifiquement prévues pour les mineurs, à savoir la prolongation automatique des mesures de placement (pour 4 mois), et des mesures éducatives (pour
7 mois) sans débat, ne garantissent pas le respect des droits particulièrement en ce que les placements en centre éducatif fermé n’ont pas été explicitement exclus et que ces durées sont excessives. Nous nous interrogeons ici aussi sur la notion de rapport éducatif au regard de l’absence de matériel professionnel d’une grande partie des personnels de la PJJ sus-mentionnée.

Au regard de l’ensemble de ces éléments, Madame la ministre, Monsieur le secrétaire d’État, nos organisations espèrent que de nouvelles mesures, que ce soit sur un plan matériel ou juridique, pourront être rapidement prises pour garantir la protection des enfants et des adolescents durant cette crise sanitaire.
Nous appelons également à en tirer d’ores et déjà des enseignements pour l’avenir, cette crise étant venue confirmer et mettre au jour, le délabrement général des services de prévention, de protection de l’enfance et de la protection judiciaire de la jeunesse sur lequel nous vous avions plusieurs fois alertés.
Si les places en foyer n’étaient pas aussi difficiles à trouver et suffisamment diversifiées en temps normal, si les moyens humains, matériels et techniques de tous les acteurs étaient suffisants, peut-être aurions-nous pu éviter une telle imprévisibilité.
Aussi, nous espérons que cela sera le chantier prioritaire de l’après-état d’urgence sanitaire, plutôt qu’une réforme non consensuelle du droit pénal des mineurs, notamment en redéployant les moyens substantiels actuellement dévolus aux lieux privatifs de liberté vers les services de prévention, de la protection de l’enfance, de la protection judiciaire de la jeunesse et les tribunaux pour enfants.

En vous remerciant de l’attention portée à ce courrier, nous vous assurons, Madame la ministre, Monsieur le secrétaire d’État, de notre plus haute considération.

Signataires : Avocats conseil d’entreprise (ACE), Barreau de Paris, Confédération générale du travail (CGT), Conférence des bâtonniers, Conseil national des barreaux (CNB), Convention nationale des associations de protection de l’Enfant (CNAPE), Fédération des conseils de parents d’élèves Paris (FCPE75), Fédération nationale des unions de jeunes avocats (FNUJA), Fédération SUD SANTE SOCIAUX, Fédération syndicale unitaire (FSU), Ligue des droits de l’homme (LDH), Observatoire international des prisons Section Française (OIP-SF), Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat de la magistrature (SM), Syndicat national de l’ensemble des personnels de l’administration pénitentiaire (SNEPAP-FSU), Syndicat national des personnels de l’éducation et du social – PJJ (SNPES-PJJ/FSU), Syndicat national unitaire des assistants sociaux de la fonction publique (SNUASFP-FSU), la FSU territoriale (SNUTER-FSU), Solidaires Justice, Union syndicale Solidaires.


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10 avril 2020

★ INITIATIVES - Les CONFICLOWNS !

Clownenroute propose des ateliers, des stages clown-théâtre à des personnes issues d’établissements du secteur social et/ou médico-social. Cette pratique artistique les autorise à se révéler, se cacher, se surprendre. L’association crée des espaces de rencontres entre les personnes issues d’établissements scolaires, d’écoles de travailleurs sociaux … et du secteur spécialisé. En temps de confinement… elle s’adapte grâce à WhatsApp.

Mi-mars, on lève le nez un instant de notre train-train qui n’est jamais quotidien. On s’attend à ce ralenti étant donné la situation en France depuis quelques semaines : TCHCHCHCHCH ! Ça freine, les wagons tiennent, la locomotive s’arrête quelques minutes pour reprendre son souffle. Et oui ! « Que personne ne sorte du wagon », crie le chef de gare ! Nous sommes alors confinés. Ce n’est pas le Président de la république qui s’exprime mais le directeur de « Clownenroute ». Il vient nous signifier que le convoi ne s’arrête pas, l’association et tous les militants peuvent rester dans le train et réfléchir ensemble de chez eux, de leur compartiment, la fenêtre fermée, PRENDRE L’AIR autrement et maintenir la connexion entre les wagons et les passagers.

Mise en graine du CONFICLOWN
L’équipe des cheminots de Clownenroute, stagiaires / services civiques / salariés, mécanos, aiguilleurs, contrôleurs, conducteurs … crée le cahier de bord qui sera remis à chaque voyageur. Extrait : « L’idée est d’assurer une continuité du lien entre chaque personne qui gravite autour de Clownenroute, pour maintenir une forme d’ouverture sur la société, la vie de la / votre cité ».
« Ce confinement peut nous inviter à prendre le temps de regarder les choses différemment, de se regarder autrement, de faire un pas de coté comme votre clown ».
Trois personnes recentreront, réguleront les échanges WhatsApp si besoin… entre la recette de cuisine, les témoignages des professionnels, des habitants des institutions ou autre et l’angoisse, la peur que chacun peut nommer.
Le 20 mars TCHOUTCHOU ! le train Clownenroute repart à la conquête de nouvelles voies. Oyez, oyez voyageuses, voyageurs ; que ce soit un orteil, un talon, un seul pied ou les deux, l’engagement de chacun est extrêmement précieux. Nombreux sont les voyageurs qui affluent avec leurs valises, une véritable foir’fouille humaine : Professionnels du secteur social, médico-social, habitants d’institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (ITEP), d’établissement et service d’aide par le travail (ESAT), d’institut médico-éducatif (IME), parents, étudiants, militants forment un sacré tohu-bohu. À ce jour soixante personnes dont six travailleurs sociaux représentant six compagnies de clowns (soixante-dix personnes) enflamment la Toile.
Les voyageurs postent, publient leurs recettes de cuisine, leurs talents de dessinateur, de jardinier, de photographe. Ils partagent des films, des solos clowns, leurs états d’âmes, leurs cœurs battants, leurs rires, cris, chants. Nous téléphonons à ceux qui n’ont qui n’ont pas accès à WhatsApp pour cueillir leurs voix, mots, peurs et les offrir à la Toile ; gagner ce lien qui nous lie et relie.
Convaincus de la nécessité des rituels pour favoriser l’expression via le clown, nous en créons pour ce voyage. Chaque jour nous avons « Corum 18 de Topi », témoignage de ce clown et de son aventure sur la planète Coronavirus. Des pelotes de fil rouge se déroulent : une histoire est contée par enregistrement, chacun s’il le souhaite peut venir ajouter ces péripéties virtuellement en s’enregistrant à son tour. C’est l’histoire de TchinTchin, un petit grain de poussière parti à l’aventure. Pour cette trouvaille, une dessinatrice est venue illustrer ce conte en image. Nous avons aussi le journal de Clownenroute que l’équipe publie tous les vendredis. Et chaque semaine le témoignage de deux professionnels et de deux personnes issues d’institutions spécialisées.
Sous le masque de la différence, des corps tordus, des hésitations angoissantes, des rires, de cet imaginaire étrange et si porteur, les passagers accèdent à des désirs, à la poésie, à toutes les surprises que révèlent la vie, à s’accorder avec ses voisins voisines avec comme support un mot, un soupir, un cri qui fait naitre le désir de rencontre de l’autre, les autres avec simplicité.
Habituellement les personnes planquées derrière leurs nez rouge laissent vivre leur clown, planquées derrière nos écrans a priori les personnes osent prendre l’air autrement et se donner peut-être un autre AIR de soi…
Les témoignages des professionnels ouvrent des voies et des réflexions d’autres airs possibles.
Dans le contexte actuel, par obligation, l’institution desserre son étreinte et semble permettre aux jeunes, aux adultes accompagnés d’inventer des ressources encore inimaginées.
Peut-être idem pour les professionnels, ceux-ci semblent trouver une autre proximité dans cette distance ? Un lâcher prise d’une prise en charge car peut-être moins l’institution sur le dos ?
Bien évidemment ne soyons pas dupes, les travailleurs sociaux interviewés sur notre Toile, leurs questionnements, leurs engagements ne sont peut-être pas révélateurs de l’ensemble de notre profession... Mais ça peut cheminer...
Idem pour toutes les personnes (qui peuvent accéder à WhatsApp) ne soyons pas dupes aussi. Vous vous autorisez à parler de vos passions, de vos craintes, vos blagues ; vous êtes actrices, acteurs de ce réseau et pour vous aussi cet engagement à penser par vous-même peut cheminer auprès d’autres personnes.
Continuons à cheminer et pour cela charbonnons ensemble.

Tchou tchou.
Suzanne Guiho et Guilhem Julien

clownenroute.com


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10 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Qui se soucie des enfants ?

Par RR, Educateur Spécialisé en CDEF.

Les décisions politiques annoncées il y a trois semaines, au nom de la santé, sont inédites et entravent notre bien-être à tous : privation de la liberté de circuler librement, limitation des interactions sociales, suspension de l’école… Car oui, nous n’éduquons plus la jeunesse, elle ne s’ouvre plus au monde. La scolarité se fait à domicile, au mieux. Pourtant, malgré les efforts des parents, les enfants n’ont pas les mêmes bénéfices qu’à l’école : professionnels spécialisés et pédagogues qui enseignent, socialisation avec les pairs, ouverture sur le monde par la diversité de personnes qui entourent les enfants.

Alors, qu’en est-il des enfants placés ? Sans surprise, c’est pire pour eux. Déjà fragilisés par un parcours de vie douloureux, ils peuvent pour certains se retrouver désormais confinés avec leurs parents, pour ceux dont c’était le projet à moyen terme. Très peu de suivi pour ces jeunes, aucune assurance que les difficultés qu’ont rencontrées les parents par le passé ne se réitèrent pas, en particulier dans un contexte difficile comme celui du confinement 24 heures sur 24 avec l’ensemble de la famille.

Pour les jeunes qui restent en foyer, ce n’est pas non plus la panacée. Ils se retrouvent confinés avec d’autres jeunes placés, chacun ayant ses fragilités et ses difficultés, dans un lieu où le vivre ensemble, toute la journée, est vite insupportable. Car c’est de cela dont il est question. Il est difficile pour chacun d’entre nous de vivre le confinement, source d’angoisses, qui isole, nous fait tourner en rond, et bien plus. Imaginons ce que ces jeunes vivent. Ils sont les uns avec les autres, systématiquement, doivent supporter toutes les expressions de mal-être des autres, tout en se débattant avec leurs propres angoisses. Si, pour chacun de nous, nous sommes malgré tout un peu en contact avec nos proches ou nos amis, les jeunes placés sont eux pour la plupart privés de lien avec l’extérieur, si ce n’est avec les professionnels qui se relaient pour les accompagner au mieux. Pas d’accès au soutien familial, ni au milieu ordinaire, ni à la scolarité. Et tous sont dans la même situation, entre eux.

Le résultat, au quotidien, est visible. En trois semaines, les jeunes semblent plus renfermés sur eux-mêmes, les conflits sont fréquents, des fugues inévitables, et la scolarité est compliquée.
Comment faire, en effet ? Nous sommes éducateurs, avec un groupe de jeunes qui n’est absolument pas du même niveau scolaire. Faire de l’individuel, c’est notre métier. Mais il nous faut du temps pour cela. Jamais, nous ne pouvons faire ce que les écoles font. Car la première des choses est de donner envie aux jeunes. Envie de travailler, même s’ils ne sont pas à l’école mais dans leur foyer, même s’ils ne voient pas leurs professeurs, même si nous ne sommes pas capables de les aider dans toutes les matières, même si l’année scolaire est finie.
On fait, on bidouille avec les mails reçus des professeurs et collègues de structures. Heureusement qu’ils sont là pour que les jeunes se sentent moins abandonnés. Car oui, les jeunes au CDEF se sentent isolés. Les seuls liens qu’ils ont sont avec nous ou les professeurs par mail, voire leurs référents ASE quand ils ont de la chance d’avoir un professionnel consciencieux qui appelle régulièrement. Le psychologue de l’établissement lui, « travaille à distance », mais est en fait aux abonnés absents, lorsque les jeunes ont le plus besoin de lui.
Enfin, le COVID-19. Il y a deux semaines, il y a eu de forts soupçons qu’un jeune l’ait contracté. Aucune certitude, pas de test pour les jeunes de la protection de l’enfance. Pas de masque non plus. Alors, on l’isole comme on peut, autant qu’on peut. Mais il est avec les autres jeunes, avec les professionnels au foyer. L’isolement est difficile pour ces jeunes qui ont un fort besoin de lien. Est-ce bien humain de laisser seul dans sa chambre un jeune pendant 14 jours ?
Du coup, on tempère, on n’applique pas une quarantaine stricte, d’ailleurs, dans notre structure, ce n’est pas réalisable. Alors maintenant, on se questionne. Les autres enfants risquent de contracter le COVID-19, nous aussi. Nous allons le ramener chez nous ?
Nous travaillons pour des jeunes qui sont placés « pour leur sécurité », on est en droit de se questionner sur leur sécurité réelle, qu’ils soient renvoyés chez eux, sans soutien, ou au foyer.

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com. (Plus de précisions)


LIEN SOCIAL n°1270 en accès libre


10 avril 2020

✚ COMMUNIQUÉ – Surpopulation carcérale, covid-19 et confinement : un cocktail explosif.



Les associations de la FARAPEJ s’inquiètent du confinement dans le confinement.
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La pandémie de Covid-19 que connaît notre pays touche de plein fouet nos prisons. S’ajoutant à la surpopulation carcérale chronique, elle rend la vie des personnes détenues encore plus difficile : celles-ci vivent une situation de confinement exceptionnel dans le confinement qui est leur condition habituelle.

Les visiteurs de prison n’ont plus accès aux parloirs. Les activités socio-culturelles et d’enseignement, le sport en salle, les cultes et la formation professionnelle sont suspendus. L’accès au travail, d’abord conditionné à l’application de précautions sanitaires, est maintenant interrompu. Après avoir été fortement limitées, les visites aux parloirs, parloirs familiaux et unités de vie familiale ont été, elles aussi, suspendues.

La tension provoquée par les mesures de confinement au sein des établissements et le sous-effectif des personnels pénitentiaires occasionné par la pandémie rendent plus difficile, en retour, la vie quotidienne des personnes détenues. Les uns et les autres, personnes incarcérées et membres du personnel, doivent gérer l’anxiété d’un confinement collectif dans un espace réduit et, dans beaucoup de cas, surpeuplé.

Toutes les associations, membres de la FARAPEJ, expriment leur solidarité à ceux qui souffrent de cette situation, les personnes détenues et leurs proches, comme les personnels pénitentiaires et leurs familles.

La FARAPEJ reconnaît des mesures prises par le gouvernement en faveur des personnes détenues : un abondement à leur compte téléphonique afin de maintenir les liens familiaux, la gratuité de la télévision afin d’atténuer l’effet de la suppression des activités, ainsi qu’un accroissement de l’aide aux plus démunis afin de pallier l’impossibilité de travailler.

La FARAPEJ s’associe aux organisations qui demandent des mesures d’urgence pour réduire significativement la population carcérale, au-delà de la recommandation faite aux juges de différer la mise en application de courtes peines d’emprisonnement. Elle approuve les mesures qui sont prises pour faire sortir de prison des personnes condamnées à de courtes peines ou en fin de peine.

La situation d’entassement dans les prisons, avec, dans les maisons d’arrêt, un nombre important de détenus dormant sur des matelas au sol, additionné au stress de l’épidémie et au manque cruel d’activité est génératrice de tensions pouvant facilement virer à la violence.

La FARAPEJ et les associations du réseau signataires demandent, pendant la période de confinement :

● Que des savons, masques, gants, produits désinfectants soient rendu disponibles dans les cellules où règne la plus grande promiscuité.

● Que des parloirs-vidéo soient organisés pour les personnes détenues avec de jeunes enfants, en utilisant des outils micro-informatiques ou les installations vidéo habituellement utilisées pour la communication avec des magistrats.

● Qu’une attention particulière soit accordée à la prise en charge effective des personnes libérées de prison et à leur orientation vers des structures capables de les assister dans le contexte du confinement.

● Qu’une vigilance particulière soit accordée aux personnes détenues malades et en particulier aux conditions et lieux de leur hospitalisation.

● Que des rendez-vous téléphoniques soient organisés entre les personnes détenues et leur visiteur de prison.

● Que soit généralisée la pratique déjà mises en œuvre dans plusieurs établissements : les visiteurs de prison et autres intervenants extérieurs peuvent adresser des courriels aux personnes détenues qu’ils visitent ; ces courriels sont adressés à l’établissement pénitentiaire qui en fait une copie à l’attention de la personne détenue.

● Que, s’agissant des personnes en cours d’instruction dont le courrier est lu par le juge, la procédure de lecture et de réexpédition à l’établissement concerné soit accélérée.

● Que l’acquisition d’enveloppes, de papier et de timbres soit rendue gratuite pour les personnes détenues.

● Que les familles et les proches des personnes détenues malades et des personnes décédées du Covid-19 soient informés de la façon la plus humaine possible.

Si la crise que nous traversons est préoccupante pour la société civile, elle l’est bien plus encore dans nos prisons où la surpopulation carcérale et les conditions inhumaines et dégradantes relevées dans l’arrêt récent de la CEDH aggravent considérablement le risque sanitaire de cette population dont l’État a la responsabilité. C’est pourquoi, nous souhaitons vivement que les mesures prises aujourd’hui dans le but de réduire aujourd’hui la surpopulation carcérale se prolongent au-delà de la crise et aboutissent enfin à la mise en place d’une incarcération respectueuse de la dignité humaine.


LIEN SOCIAL n°1270 en accès libre