L’Actualité de Lien Social RSS


19 juin 2020

★ INITIATIVES - Collectif Confiné Solidaire

À l’origine, le batteur de Michael Jones, décide de lancer une suite d’accords sur ses réseaux sociaux et sa chaîne Youtube. Les artistes et musiciens du monde entier, débutants ou amateurs, sont invités à lui transmettre une vidéo dans laquelle ils sont chargés de composer sur le morceau de base. Pierre-Etienne Michelin s’occupe alors du montage et du mixage.

Depuis le 21 mars dernier, ce projet participatif qui a pris pour nom « Collectif Confiné Solidaire » a ainsi proposé cinq clips musicaux. Solidaire, parce que l’ensemble des droits d’auteurs et des bénéfices sont versés à des associations caritatives.

Collectif Confiné Solidaire – Le Clan des Confinés – Clip n°1 :

Collectif Confiné Solidaire – Le Clan des Confinés – Clip n°2 « Respire Encore »

Collectif Confiné Solidaire – Le Clan des Confinés – Clip n°3 « L’Été 2020 »

Collectif Confiné Solidaire – Le Clan des Confinés – Clip n°4 « Ça fait longtemps déjà »

Collectif Confiné Solidaire – Un Toit, Ça Ira… – Clip n°5 : « Un toit ça ira » :

Le “Collectif Confiné” souhaite désormais s’inscrire sur le long terme.

Pierre-Étienne Michelin a effectué un nouveau partenariat avec l’association “Enfants du Désert”, qui aide principalement les enfants du sud du Maroc à entrevoir un avenir meilleur. En agissant pour l’accès à l’éducation. Le Youtubeur français “Amixem” qui en est le parrain sera aussi celui de ce nouveau clip. Et la magie devrait encore opérer…

La sixième vidéo s’intitulera “Écris-Moisera publiée le 21 juin prochain


18 juin 2020

★ INITIATIVES - Evaluer les effets de la Covid sur les enfants

Un ensemble de chercheurs (1) lancent une grande recherche nationale sur la manière dont les enfants et les adolescents âgés de 9 à 16 ans ont vécu le confinement jusqu’au 11 mai et comment celui-ci a pu avoir des conséquences sur leur bien-être. Ilo s’agit d’évaluer leur état émotionnel et de résilience, ainsi qu’un éventuel Trouble de Stress Post Traumatique au cas où un proche a été hospitalisé des suites du Covid-19.
Nous analyserons pour cela leurs réponses au questionnaire ainsi que leurs dessins.
Les chercheurs lancent deux questionnaires à remplir en ligne : celui destiné aux parents prend moins de cinq minutes et celui proposé aux enfants moins de trente minutes. Le questionnaire porte sur la composition de votre foyer, votre environnement durant le confinement, ainsi que le ressenti de votre enfant durant cette période et sur l’impact du confinement sur le comportement et l’état d’esprit de votre enfant.
Toutes les réponses sont confidentielles et sont utilisées uniquement pour la recherche en santé publique. Elles ne sont nominatives et mettent en œuvre des procédures d’anonymisation prévenant tout risque de réidentification des parents (ou représentants légaux) et des enfants. Il ne sera pas possible pour les parents ou représentants légaux d’exercer leurs droits d’opposition au traitement des données ainsi transmises, ni d’exercer leurs droits d’accès, de rectification, d’effacement à ces données ou de limitation de leur traitement.

(1) hôpital Avicenne de Bobigny, Université Sorbonne Paris Nord, Santé Publique France, INSERM, Université de Tours, CN2R, EHESS, CNRS avec le soutien du Fonds FHF
https://www.psychotrauma.fr/confeado/repondant/


18 juin 2020

■ ACTU - Proches aidants • Epuisement post confinement

Les aidants craquent. Le collectif inter associatif des aidants familiaux, en collaboration avec l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) publie aujourd’hui une enquête sur les effets du confinement. Et ses constats sont alarmants : Si 67% de ces aidants étaient accompagnés avant le confinement, ce pourcentage tombe à 48% pendant le confinement laissant 52% des proches seuls avec leur parent âgé, handicapé ou malade.

Principale raison de cette solitude : la fermeture et la réduction du service intervenant. Certaines familles ont refusé l’intervention de professionnels : « Nous n’avions pas droit aux masques depuis le début du confinement », explique la mère d’une jeune adulte atteint d’une maladie neuro-évolutive. Mais 79% des aidants se sont retrouvés malgré eux dans un isolement contraint avec une intensification du soutien qu’ils apportaient déjà : « Le confinement a fait de moi : une femme de ménage, une infirmière, une secrétaire administrative, une éducatrice spécialisée et un punching-ball pour mon fils ! », explose une mère d’un enfant de moins de 20 ans atteint de troubles du spectre autistique.

PNG - 57.1 ko
Enquête CIAAF/IRES-18juin2020

Résultat : au sortir de cette période, la plupart se disent à bout. « Aider ne devrait pas rimer avec épuiser, nous sommes totalement abandonnés, mon fils est un sans solution d’accompagnement, d’hébergement… Nous faisons tout le boulot de l’Etat sans salaire, je touche 1,50 euros par jour, c’est vulgaire… C’est inadmissible ! », s’emporte le père d’une jeune adulte porteur d’une déficience intellectuelle. Ils sont 89,3% des répondants, en grande majorité des femmes, à estimer que leurs problématiques ne sont pas bien prises en compte dans les politiques publiques. Un constat qui rejoint l’étude publiée en mai par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) qui relève que huit aidants d’une personne âgée sur dix indiquaient ne pas se sentir suffisamment aidés et considérés par les pouvoirs publics. Et cela bien avant le confinement.

Pas sûr que le lancement ce mois de juin d’un numéro vert (0800 360 360) pour les personnes en situation de handicap et les aidants dans le cadre de la crise sanitaire suffise à répondre aux besoins. Promettant simplicité, agilité, rapidité, proximité pour trouver des solutions d’accompagnement et des réponses aux besoins de répit, il devrait fonctionner dès le 22 juin dans la moitié des départements et d’ici l’été sur tout le territoire, en s’appuyant sur des équipes locales en lien avec les maisons départementales des personnes handicapées.

« Je suis épuisée moralement et physiquement, je sais que je ne sortirai pas indemne de cette période », avoue la mère d’un adulte ayant un polyhandicap. Parmi les répondants de l’enquête, plus de 38% cherchent depuis le déconfinement un séjour de vacances adaptées pour leur proche, 34% un accompagnement dans leurs démarches administratives, 35% un accueil temporaire avec hébergement, 40% des services adaptés ou un accompagnement professionnel à domicile. Enfin, près de 35% évoquent le besoin d’une écoute et d’un soutien moral.

Mais l’absence d’offre adaptée ou inaccessible vu le manque de place, l’importance du reste à charge financier, la lourdeur des démarches administratives sont citées comme des freins majeurs pour accéder à ces solutions. L’annulation de nombreux séjours adaptés suite à la publication des consignes sanitaires trop difficiles à mettre en place complique un peu plus la situation. Le collectif handicaps s’alarme de ces annulations en masse. Il appelle à un assouplissement des consignes pour permettre aux personnes en situation de handicap de partir en vacances et à leurs proches de souffler.
Le collectif inter associatif des aidants familiaux demande, entre autres, le versement d’une aide financière pour les aidants et la mise en place de séjours de répit.


17 juin 2020

★ INITIATIVES - L’intervention à domicile en période d’épidémie virale

Afin d’éviter d’être contaminés ou de contaminer à leur tour, Handéo met à la disposition des 250 000 aides à domicile mais également des personnes qu’elles accompagnent, un guide de "premiers secours" pour faciliter l’appropriation des gestes barrières et l’utilisation des équipements de protection individuelle dans un contexte d’urgence sanitaire. Un ensemble de conseils pratiques, pédagogiques et accessibles en vue de s’approprier les bons gestes face au virus. La présentation des recommandations décrites dans le guide s’appuie également sur des infographies.

VOIR LE GUIDE


17 juin 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Les travailleurs sociaux, plus que jamais indispensables face à la crise sociale qui s’annonce. Aidons les à défendre leurs professions !

Par Plume, assistante de service social en Centre d’hébergement.

Des enfants sélectionnés, triés par ordre de priorité
Pour retourner dans une école « confinée »
Où chaque action doit être pensée
Pour respecter les « gestes de sécurité »
Tandis que leurs camarades restent chez eux, calfeutrés.
A part Mr Blanquer,
Qui croit réellement que, dans cette pédagogie, il y a continuité ?

Des enfants ayant fait l’objet d’un placement,
N’ayant pas pu recevoir de visites de leurs parents
Pendant toute la durée du confinement
=Quelles conséquences sur le lien d’attachement ?
Les autres, restés au domicile parental,
Privés des visites des professionnels de l’enfance
Restés seuls, au domicile conjugal,
Confrontés à une explosion des violences
=Est-ce cela, la « protection de l’enfance » ?

Des enfants handicapés et leurs parents,
Après deux mois ensemble, confinés
En raison de la fermeture de leur établissement
Poussés à l’usure
Attendant le relais des professionnels
Qui ne peuvent leur proposer qu’un appui ponctuel
« Hors les murs »
Dans l’attente d’une « prochaine réouverture »...
Les poussera-t-on jusqu’à la rupture ?

Des jeunes qui voient l’année se terminer
Et leur diplôme, soudain bradé,
A coups de bricolages savamment orchestrés
= Car qui prétendra que ceux-ci auront une valeur ?
De qualification, il ne s’agira que d’un leurre !
Et, pour faire face à la précarité
Une prime de quelques centaines d’euros versée
=Merci au gouvernement pour sa charité !

Après deux mois de « perfusion » artificielle
De l’économie, grâce au chômage partiel
Des milliers de travailleurs
Vont venir rejoindre la liste des chômeurs
Quand les « premiers de cordée »
Verront leur santé sacrifiée
Et leurs droits démantelés
Au nom d’une économie à relancer
=Est-ce que, désormais, pour l’avenir,
Entre travail et santé, il nous faudra choisir ?

A la fin d’une trêve hivernale prolongée
Alors que la précarité va exploser
Avec, à la clef, un nombre croissant d’impayés de loyer
Va t on laisser des milliers de personnes, avec pour tout horizon
Les trottoirs de nos rues pour seule maison ?

Alors qu’au-delà de la crise sanitaire,
S’annonce une crise sociale sans précédent
Les travailleurs sociaux ont besoin de moyens supplémentaires
C’était sans compter sur le gouvernement
Qui répond « restrictions budgétaires »
= Pouvons nous accepter cela plus longtemps ?

Derrière les gestes « barrières »
Arrêtons de nous mettre des œillères
Les travailleurs sociaux sont en danger
Refusons de voir proliférer la misère
Soyons, les uns les autres, solidaires
Sauvons notre système de solidarité !

— -
Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous ou envoyez-nous une vidéo de 2 à 3 min à red@lien-social.com.
(Plus de précisions)


16 juin 2020

★ INITIATIVES - Intervenir à distance, vers une nouvelle proximité

Afin d’outiller les intervenants sociaux dans leurs pratiques professionnelles en cette période de réaménagements nombreux, la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et l’Association Nationale des Assistant de Service social (ANAS) se sont associée pour élaborer des mini conférences de témoignages en ligne sur des sujets clés et pour lesquels intervenants sociaux de tous métiers ont dû s’adapter, innover et faire évoluer leurs pratiques. L’idée générale est de se poser ensemble la question de ce que nous retenons de cette période de confinement en matière d’intervention sociale.

Cette troisième session s’est déroulée sur le sujet de l’accompagnement à distance et de son impact sur la relation avec les personnes. En effet de nombreuses modalités et initiatives de soutien et d’accompagnement ont vu le jour durant cette période pour proposer malgré des conditions d’interventions particulière une écoute, un soutien, un accompagnement selon des modalités dont il peut être intéressant de se demander ce que nous en retiendrons à l’avenir.

Les intervenants ayant participé directement aux échanges :
— Eva Leroux, Coordinatrice socio-professionnelle dans le secteur de l’IAE
Communauté d’Auray - Quiberon
— Eve Chrétien, Assistante Sociale sur le pole logement et accompagnement social
Association l’Etage
Membre du CA de la Fédération des acteurs de la solidarité
— Eloise Chotte, Chef de service social au sein d’un service d’accompagnement dans le logement Association Coallia
— Laure Maillard, Assistante de service social en polyvalence de secteur

A l’animation des échanges :
Christophe Anche, membre de l’ANAS)
Coline Derreyfavre, Chargée de mission emploi-IAE à la FAS


16 juin 2020

• TERRAIN - Journal de bord - L’entre- deux - « Cela semble toujours impossible jusqu’à ce qu’on le fasse » (Nelson Mandela)

Par Laurence ORDINER- CHOFFEL Cheffe de Service FAM.

17 Mars 2020. Ce jour précis d’un épisode inédit et singulier de nos vies s’ouvre sur une période dont nous ignorons tous l’évolution et le terme. Nous sommes en alerte face à la gravité de la crise sanitaire mondiale en cours. Nous devons composer avec nos appréhensions respectives, renoncer à notre besoin de contrôler ce qui nous dépasse. Nous sommes ensemble dans une volonté commune : protéger les résidents du FAM, coûte que coûte.
Nous ouvrons notre atelier « art plastique », afin de l’unir à notre salle de réunion, et ce dans le respect des distances. Unir. Ce mot définira dès lors toutes nos actions.
Les masques sont portés, les gels hydroalcooliques trônent ci et là. Les corps sont tendus, l’attention est manifeste. L’inquiétude se transforme, laisse place à la vivacité d’esprit, aux propositions, à la créativité, à l’énergie. Les professionnels sont dans un mouvement de vie, là où les drames humains se dénombrent sur nos écrans de télévision.
Les idées fusent : réorganiser le plan de table, mettre en place l’apprentissage des gestes barrières pour nos résidents, proposer et mettre en application de nouvelles modalités de communication entre ceux- ci et leurs proches, anticiper sur le désarroi des intéressés et ses manifestations. Envisager une nouvelle vie provisoire où la joie et la légèreté s’entremêleraient avec la détermination et la rigueur.
Nous faisons face à l’humilité que nous impose cette nouvelle réalité. Notre force réside dans notre capacité à construire ensemble, à nous soutenir, à garder le sourire et même rire. Animés par cette nécessité impérieuse de sortir tous indemnes, nous décidons sans avoir besoin de l’énoncer que ce combat est désormais le nôtre. Les actes seront plus éloquents que les mots. La présence effective de chacun, constante et dynamique, en sera la démonstration.

De ces semaines chargées d’émotions contraires où la réactivité devient le maître mot, je garderai en moi à jamais cette certitude qui s’est rapidement imposée : cette mésaventure inattendue, je suis heureuse de l’avoir traversée avec tous ces professionnels impliqués, éducateurs, soignants, médecins, psychologue, services généraux si précieux au quotidien. Admirative face aux résidents qui sont parvenus à développer de nouvelles ressources dans ce contexte de confinement et nous ont conduits à donner le meilleur de nous- mêmes, jour après jour. J’éprouve de la gratitude envers les familles/ tuteurs, privés de la présence physique de leur enfant durant ces longs mois, pour leur compréhension, leur discernement et leur confiance réitérée.

Depuis le 4 Juin 2020, le déconfinement nous autorise tous à nous réapproprier nos vies a eu lieu. Les résidents du FAM vont bénéficier de leur premier week-end en famille cette semaine. Tous ont échappés au Covid 19, grâce à l’hyper vigilance des professionnels à leur égard. La contribution apportée à la protection physique et psychique des concernés a été l’affaire de chacun, quelle que soit la fonction occupée, intervenant de près ou de loin.
Nous retrouvons peu à peu notre souffle et accueillons ce doux état de soulagement, ouvrant nos bras à la liberté retrouvée.

— -
Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous ou envoyez-nous une vidéo de 2 à 3 min à red@lien-social.com.
(Plus de précisions)


15 juin 2020

✖ TRIBUNE - Colos annulées

Par Jean-Michel Bocquet, directeur du Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC), chargé de cours à l’université Paris 13 et à l’Institut supérieur de pédagogie (ISP).


Face à un protocole sanitaire imposé, déconnecté de la réalité de l’accueil des enfants et des délais très courts, plus d’une trentaine de colonies de vacances jettent l’éponge pour l’été.

La crise qui touche les colos est particulièrement grave. Au regard des annonces gouvernementales récentes - protocoles sanitaires stricts et vacances apprenantes – plus d’une trentaine d’organisateurs annuleront l’ensemble de leurs colonies pour cet été. À ces associations qui ferment tout, il faut ajouter celles qui ouvriront en partie ou la peur au ventre de devoir fermer faute de pouvoir respecter le protocole sanitaire.

Les problèmes sont nombreux :

  • contraintes économiques : coûts supplémentaires liés à la prévention du COVID-19, baisse du nombre de lits,
  • délais bien trop courts pour réussir à organiser ou réorganiser les bâtiments, les séjours,
  • animateurs - certains n’ont pas pu partir en formation -, directeurs et personnels saisonniers (entretien, cuisine, etc.), impossible à recruter dans des délais si tendus,
  • distanciation physique : comment empêcher les enfants de se toucher ? Comment permettre aux animateurs et aux animatrices de consoler ou cajoler un enfant ? Comment animer des colos sans contact ? Il est bien difficile de prendre soin des enfants sans contact. Si on ajoute les boums à 1 m de distance, on peut sérieusement se poser la question de l’intérêt d’aller en colo.

Vacances apprenantes contraires à toute l’histoire des colos et aux
valeurs portées par bien des organisateurs.

Les « vacances apprenantes » sont la reprise d’une idée XIXème siècle : la colonie scolaire. Ce modèle a été rejeté dès le Front populaire en raison de son absence de résultat. Wilfred Bion, pasteur suisse et inventeur des colos disait déjà il y 140 ans : « Notre temps met trop au premier plan le développement intellectuel des enfants et s’occupe trop peu de leur développement physique et moral... Certes, la science et l’instruction sont de grandes et magnifiques choses, mais la santé et la force du corps, une âme noble et pure sont des biens tout aussi précieux. »

Pourtant, le projet de vacances apprenantes est la seule réponse du gouvernement aux difficultés des colonies de vacances.
Il existe le droit commun et quelles aides sectorielles pour des organisateurs affiliés au secteur touristique mais la grande majorité des colos n’entrent pas dans le cadre du tourisme puisque ce sont des actions d’éducation populaire. Si les plus grands opérateurs voient dans les colos apprenantes une manne financière, il ne s’agit pas d’une aide. Les colos représentent le seul secteur pour lequel l’État impose un modèle pour pouvoir recevoir une aide indirecte puisque ce sont les familles qui en bénéficient.
Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse et Gabriel Attal, son Secrétaire d’État, espèrent faire partir 250 000 enfants en plus en cet été grâce aux vacances apprenantes. Pour mémoire, les colos ont emmené 850 000 enfants en vacances en 2019. Comment donc augmenter de manière si importante le nombre de départs, alors que bon nombre d’associations renoncent à organiser des colos ou réduisent le nombre de places disponibles ?

Le cahier des charges concernant les vacances apprenantes a été envoyé à tous les organisateurs le mercredi 10 juin, or l’Union nationale des centres sportifs de plein air (UCPA) a annoncé dès le 6 juin ouvrir 40 000 places sur le dispositif… Bon nombre d’organisateurs ont l’impression que les informations ne sont pas données de manière équitable à tous ; qu’entre ceux présents aux négociations et les autres, les chances de survivre à la crise sont inégales.

Alerte non entendue

Depuis la fin du mois de mars plusieurs organisations de colos ont alerté sur la situation mais il semble que les organisations présentes aux négociations avec le ministre n’aient pas voulu entendre ou qu’elles aient fait le choix de défendre leur place plutôt que l’intérêt de tout le secteur. Les propositions du Collectif Camps Colos sont restées sans réponse, sans invitation. Pourtant, ses membres connaissent bien le champ des colos… Lue et relayée, la tribune publiée dans le quotidien Libération le 11 mars n’a pas pesé… Et pourtant, elle dit vrai (1).

Les colos ne feront jamais de plan social, de licenciements massifs, ce sera une lente chute vers le dépôt de bilan, l’arrêt d’activité et la vente de patrimoine. Quand il ne restera que des gros opérateurs, la colo solidaire, attentive aux plus fragiles, présente dans des territoires ruraux, n’existera plus. Un pan entier de la richesse humaine de notre pays disparaitra définitivement.

Fin de la mixité sociale

Pourtant, les colos ce sont des enfants qui partent mais ce sont aussi les seuls endroits qui reçoivent ceux confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE), qui permettent aux familles d’accueil de souffler, qui acceptent des enfants en situation de handicap pour proposer du répit aux familles, qui offrent l’opportunité aux enfants des quartiers pauvres ou populaires de découvrir la montagne, la campagne ou la mer.
Les animateurs et animatrices y apprennent les responsabilités, gagnent un peu d’argent de poche ; des jeunes découvrent et se forment aux métiers du care ; des filles et des garçons de 21 ans se frottent au management d’équipe ; des jeunes apprennent à d’autres jeunes ; des souvenirs et des découvertes fortes pour des ados ; l’apprentissage de l’autonomie, de la liberté, parfois des amitiés fortes, de la séparation ou de l’amour ; des jeunes qui plus tard seront ceux qui s’engagent dans les crises ; un espace d’épanouissement pour des enfants et des ados en rupture d’apprentissage ou en difficultés scolaires ; des emplois pour des personnels saisonniers ; de l’activité économique pour des territoires pauvres et ruraux.

Les colos, c’est… du contact, des liens, des rencontres, des massages, des pleurs, des joies et embrassades… Les colos ce n’est pas de la distanciation physique et des devoirs scolaires.

Si elles disparaissent ou deviennent uniquement un produit de loisir, il n’existera plus de lieu d’apprentissage en dehors de la forme scolaire, ni de lieu construisant les mixités et les rencontres.

Retrouvez le dossier : Colonies de vacances • Un idéal à sécuriser dans Lien Social du 19 février 2019.
De moins en moins fréquentées, les colonies de vacances ne jouent plus la carte de la mixité sociale. Elles deviennent un produit. Pour éviter que le secteur du tourisme ne les dévore, la résistance s’organise.

À LIRE : Communiqué de presse du 15 juin du ministère des solidarités et de la santé concernant les vacances apprenantes pour les enfants de l’Aide Sociale à l’Enfance

(1) https://www.liberation.fr/checknews/2020/05/13/les-colonies-de-vacances-pourront-elles-avoir-lieu-cet-ete_1788124

Crédit photos : Association La Bêta-Pi - Maison de Courcelles - DR


15 juin 2020

• TERRAIN - Journal de bord - De la proximité sociale à la distanciation sociale et réciproquement ou Les éducateurs de rue étaient-ils au front ?

Par J. F. TrAumAt.
Lorsque l’ordre de confinement obligatoire est tombé, je me suis retrouvé complètement déstabilisé. A titre personnel bien sûr, comme à peu près tout un chacun, mais aussi d’un point de vue professionnel. Peut-il en effet exister plus grand paradoxe pour un éducateur en prévention spécialisée, dont la fonction consiste principalement à aller dans l’espace public d’un quartier à la rencontre des jeunes les plus en difficultés, que de devoir rester claquemuré chez lui pour travailler ? Comment transformer ce qui représente soixante-dix pourcents de notre temps d’activités, le « travail de rue », en … télétravail de rue ???

Ce défi en apparence incommensurable m’a d’abord plongé dans un abîme de perplexité : mes missions centrées sur les relations humaines, les rencontres sociales et l’accompagnement éducatif, avaient-elles encore un sens dans ce contexte de distanciation radicale ? Coupé physiquement de mon territoire de St-Michel, de ses habitants et commerçants, des publics qui sont les nôtres, à qui et à quoi pouvais-je bien servir à présent tout seul dans mon coin ?

Une fois dépassée la phase de sidération liée à cet « évènement » extraordinaire, ma conscience professionnelle s’est vite réveillée. En effet, l’association pour laquelle je travaille a fait le choix de la continuité du service : il nous fallait donc tenter d’assurer une continuité éducative avec les jeunes de 11 à 25 ans que nous accompagnions déjà.

Il est vrai que le métier d’éducateur de rue, depuis sa création dans les années 60, a toujours su suivre les évolutions de la jeunesse « inadaptée », en s’adaptant à elle comme aux changements de la société, en restant instituant sans être dans l’institué, sans jamais se figer, ni s’ossifier, grâce à une remise en question permanente. Mais là, dans ce contexte soudain et exceptionnel, impossible d’innover, d’inventer un nouveau « texte » qui pouvait nous permettre d’entrer en contact avec des jeunes jusqu’ici inconnus. N’en déplaise à certains technocrates et « managers » du travail social, leur fameuse « rue numérique » est une vue de l’esprit qui ne peut exister. Sûrement plus fumeuse que fameuse, elle supposerait de « rencontrer » virtuellement le public en « fréquentant » les espaces numériques qu’il occupe, c’est-à-dire en s’immisçant dans les réseaux sociaux pour permettre une première accroche puis, si possible, un début de relation éducative. Justement, c’est impossible. Croire le contraire, c’est prendre les jeunes pour bien plus naïfs qu’ils ne le sont, c’est penser qu’ils ne sont plus méfiants, ne maîtrisent pas ce qu’ils y postent et qui peut y avoir accès ; c’est n’avoir pas bien saisi la subtilité et le travail dans la durée que requiert la construction d’une relation de confiance ; ni surtout la présence, l’engagement et la proximité physiques que cela demande à l’éducateur.
Donc, non, il n’était pas question dans cette situation inédite de chercher à augmenter le nombre de « nouveaux jeunes rencontrés » pour remplir la colonne d’un tableur dans un rapport d’activités. Nous avons plutôt décidé de nous consacrer à garder le lien avec tous ceux dont nous avions le numéro de téléphone ou de messagerie instantanée, et de prendre attache avec d’autres jeunes par le biais de nos partenaires. Cela représentait déjà beaucoup de contacts et allait demander bien plus de temps que je l’imaginais. Dès les deux premières conversations téléphoniques, soit une heure trente, j’ai compris que le besoin de prévention (primaire) sanitaire auprès de nos publics était plus qu’utile, concernant la pandémie et les gestes barrières : in-dis-pen-sable. En effet, entre la non-information des uns, les informations mal comprises par les autres ou l’incrédulité totale (bonjour les théories du complot !), le non-respect de la loi de confinement était plus répandu que le virus lui-même.
Alors, pendant deux mois, tous les jours, inlassablement, j’ai expliqué, déconstruit, argumenté, répété, insisté, rabâché, jusqu’à n’avoir plus de salive, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à parfois monter le ton… et se radoucir rapidement ; puis je les ai écoutés, questionnés, rassurés et réconfortés, en dédramatisant, en parlant de l’après, de leurs futurs projets, en plaisantant beaucoup, pour rire franchement, oublier un moment ce terrible isolement - parfois miroir de la solitude de leur vie- pour empêcher au mieux les « pétages de plombs » et chasser pour un temps leurs angoisses de la mort. Autant de moments de vie partagés et importants dans cette épreuve commune et pourtant si personnelle. Finalement, ces jeunes, c’est en quelque sorte leur rapport au monde que nous les avons aidés à questionner. N’est-ce pas cela la substantifique moëlle de notre travail ?
De manière plus matérielle, nous avons aussi contribué à ce que certains enfants et jeunes bénéficient des moyens nécessaires à la "continuité pédagogique" annoncée, en faisant le lien entre la Ville, les établissements scolaires et les familles. D’autres, majeurs, ont pu recevoir par notre intermédiaire, des aides d’urgence ou avoir accès, comme également beaucoup de familles très fragilisées, surtout à partir du deuxième mois, au réseau solidaire des distributions alimentaires particulièrement actif et efficace. Les échanges d’informations, les retours d’expériences et la réflexion partagés en permanence avec, d’une part l’ensemble de notre équipe éducative, d’autre part l’ensemble des acteurs de terrain institutionnels et associatifs, via les groupes de messageries en ligne, ont été autant de réponses innovantes et adaptées à une situation de crise. Notre retrait de la rue, pour éviter une exposition en première ligne alors que nous ne sommes ni soignants ni fournisseurs alimentaires, que notre public était en grande partie confiné et donc « invisibilisé », s’est avéré être une sage décision. Nos pratiques numériques et téléphoniques de cette période contrainte, si elles ne peuvent se substituer à notre présence sociale physique, ont au moins pallié et parfois même renforcé les relations éducatives préexistantes. Cela aura amené une fois de plus la prévention spécialisée a démontré sa capacité à s’adapter sans cesse, à toujours se renouveler, voire même à se réinventer un peu. Quel en sera l’impact sur nos pratiques à venir ? Vers toujours plus de technicisme ou davantage de relations inter-personnelles ?
Alors que le déconfinement est intervenu, je m’interroge sur le rôle qu’il nous faut jouer. Une chose est sûre : entre intervention sociale et relations sociales, notre choix sera vite fait.
Nous sommes plus qu’heureux de retrouver enfin la rue. « C’est pas nous qui sommes à la rue, c’est la rue qu’est à nous ! »

(1) La Rue Ketanou – La Rue Kétanou « En attendant les caravanes »- 2001

— -
Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous ou envoyez-nous une vidéo de 2 à 3 min à red@lien-social.com.
(Plus de précisions)


12 juin 2020

★ INITIATIVES - Le Hip Hop de l’exil

Les 29 et 30 novembre 2019, se tenaient à Briançon, des ateliers musicaux pour permettre aux personnes exilées d’extérioriser leurs maux et leurs parcours. « Utiliser la musique comme seul support pour faire sortir les choses qui sont à l’intérieur de vous, qui vous font souffrir ou vous rendent heureux » tel est le programme de cette session organisée Médecins du Monde, PASo, Refuges Solidaires, la Mjc-Centre Social du Brianconnais et animé pat Wanny S-King, artiste lui-même originaire de la ville de Bukavu en République Démocratique du Congo. Cette courte vidéo publiée le 8 juin sur Youtube nous fait pénétrer au cœur de cet atelier.