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20 septembre 2016

Lutte contre le décrochage scolaire : peut mieux faire

Depuis 2008, l’Association de la Fondation Étudiante pour la Ville (AFEV) organise la Journée nationale consacrée au refus de l’échec scolaire. Si ses volontaires apportent un renfort aux équipes éducatives, 110 000 jeunes encore sont sortis du système scolaire sans diplôme en 2015.
À Paris, 500 des 5 000 décrocheurs intègrent l’École de la deuxième chance (E2C). Cet instrument de lutte contre l’exclusion par l’éducation obtient 70 % de sortie en emploi ou en formation. En 2015 pourtant, l’établissement menaçait de fermer faute de subvention suffisante.
Après un changement de direction, l’école bénéficie d’une deuxième chance. Elle ouvre même entre 30 et 50 places supplémentaires dans le cadre de conventions avec l’État et la ville de Paris. L’E2C a bénéficié du plan de 500 000 nouvelles places de formations ouvertes aux demandeurs d’emploi, lancé en mars 2016. Sauvée de justesse donc, mais jusqu‘à quand ?

À lire sur le sujet :
L’inégalité scolaire, chantier majeur
La prévention spécialisée au secours des décrocheurs



19 septembre 2016

Pauvreté : info contre intox

Pour préparer sa rentrée, le journal Valeurs Actuelles n’a rien trouvé mieux qu’exhumer un « hoax » périmé depuis… 2013. Le 29 aout, dans un dossier intitulé Les assistés : comment ils ruinent la France, l’hebdomadaire choisit d’entonner la rengaine de la famille au SMIC. Celle des travailleurs gagnant moins que les personnes dites inactives qui perçoivent le RSA. Déjà démonté en 2013, le sujet reste une fable.
Pour contrer cette intox, Claire Hédon, présidente d’ATD quart monde, adresse une lettre ouverte à Yves de Kerdrel, le directeur de la rédaction. Elle y rappelle notamment qu’une famille qui travaille perçoit au moins 500 euros mensuels de plus qu’une famille sans emploi. Elle remet également en perspective la « fraude massive à la CMU-C » de 700 000 euros, soit 14 centimes par an et par bénéficiaire. De quoi, en effet, ruiner la sixième puissance économique mondiale.
Il n’en reste pas moins que la couverture de Valeurs Actuelles a tapissé les kiosques de France pendant une semaine en pleine rentrée. De quoi essaimer la désinformation. Pour contrer cette volonté de cliver les populations, l’édition 2017 de « En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté » va sortir pour 5 euros le 3 octobre. Le livre d’ATD quart monde démonte 117 idées reçues sur la pauvreté.



16 septembre 2016

Regards Croisette sur le handicap


Aujourd’hui Cannes sort le tapis rouge pour l’ouverture du premier Festival international de film sur le handicap. Avec des courts et des longs métrages, des fictions et des documentaires, des films d’animation et des clips musicaux, une sélection jeunesse… une sélection de 130 films inédits en France propose un autre regard sur le cinéma et la différence.

« Les films du FIFH sont faits par des gens, certains handicapés, certains sur des gens handicapés et surtout avec des gens handicapés, présente le co-fondateur du festival, le dessinateur Philippe Caza. On y trouve des personnages mutiques qui ne sont pas forcément muets… Des bavards qui ne sont pas forcément bipolaires… Et des gags où l’on ne rit pas des handicapés mais avec eux. »

La difficile rencontre d’un père célibataire et de son fils autiste (Po de John Asher), l’histoire d’amour d’une femme bipolaire (Alma de Diego Rougier), le retour à la vie d’une adolescente sportive après un accident vasculaire cérébral (El despertar de Camila, de Rosario Jimenez Gili), un ancien cameraman devenu aveugle qui tourne un documentaire sur la cécité dans les montagnes boliviennes (Gabor de Sébastian Alfie)… Cette compétition internationale permet de changer d’angle de vue… sur le handicap.

Du 16 au 21 à Cannes
à la Villa Whitehouse, 127 Avenue Maréchal Juin - 06400 Cannes
Programme
Bande annonce du FIFH

À lire sur ce thème :
À Cannes, hommage aux héros du social
Le cinéma entend-il les sourds ?
Le handicap se fait une toile



15 septembre 2016

2016 : la canicule tue (toujours)

Les températures commencent juste à chuter sur l’ensemble du territoire, mais cet été, silencieusement, la canicule a de nouveau été fatale à de trop nombreuses personnes âgées. C’est ce qu’établit une analyse de l’Institut de Recherche pour la valorisation des données de Santé (IRSAN).

Cette étude révèle une surmortalité de près de 15% chez les plus de 85 ans au cours de l’épisode caniculaire de cette fin du mois d’août. Malgré la prise de conscience suscitée par les 15 000 morts de la canicule de 2003, la politique de solidarité à l’égard des personnes âgées fragilisées n’est pas encore suffisamment efficace.

Manque de moyens

L’Association des Directeurs au service des Personnes Agées (AD-PA) saisit donc l’occasion pour rappeler leurs promesses à l’ex-président, Nicolas Sarkozy, et à François Hollande. « Nous attendons toujours la mise en place d’une réelle prestation d’autonomie, explique Romain Gizolme, directeur de l’association qui regroupe les directeurs de services à domicile, de coordinations et d’établissements pour personnes âgées. Nous voudrions que comme chez nos voisins européens, elle permette de réduire le coût des prestations pour les personnes âgées et le renforcement des équipes de professionnels. Aujourd’hui, le secteur est sous doté que ce soit dans l’accompagnement à domicile ou en établissement. »

L’AD-PA vise le doublement des effectifs pour atteindre le taux d’encadrement actuel des établissements accueillant des personnes handicapées.


13 septembre 2016

Vers une Europe plus sociale ?

Pour aller vers le triple A social, la Commission européenne vient d’adopter un règlement visant à mieux collecter, intégrer et partager les données provenant d’enquêtes sociales. Un objectif porté par la commissaire européenne chargée de l’emploi, des affaires sociales, des compétences et de la mobilité des travailleurs, Marianne Thyssen, qui est aussi responsable des statistiques européennes. Elle précise : « C’est d’êtres humains qu’il s’agit et pas de chiffres. Les bonnes données font les bonnes politiques. »
Cette initiative vise à fournir une base factuelle pour appuyer le projet de « socle européen de droits sociaux ». L’idée consiste à définir un certain nombre de principes essentiels afin de garantir le bon fonctionnement et l’équité des marchés du travail et des systèmes sociaux. L’expérience des quinze dernières années démontre que les déséquilibres entre États peuvent déstabiliser l’ensemble de la zone euro. Il était temps d’y penser ! Mais pour autant, la vieille Europe ne se hâte que lentement : la Commission entend mettre en œuvre le règlement-cadre à partir… de 2019.



12 septembre 2016

Retour de vacances (Désolé !)

Nadja Remadna a écrit un livre passionnant qui s’intitule Comment j’ai sauvé mes enfants. Elle se revendique « Maman », habite Sevran et a bâti en réaction à la montée de la radicalisation, mais aussi des risques de délinquances dans les quartiers sensibles, une organisation : « La brigade des Mères » fédère des femmes qui veulent se mobiliser.

Dans cet ouvrage, elle interroge et même interpelle les travailleurs sociaux en général avec quelques exemples savoureux de décalages entre les réponses stéréotypées de l’ASE ou des services sociaux et le désespoir des parents. Elle critique aussi vertement les éducateurs travaillant sur les quartiers qu’elle assimile à des sortes de « complices » involontaires des « barbus » régulateurs de la violence et garants d’une certaine morale. Bien entendu, ce sont les politiques ayant pactisé qui en prennent le plus. Nadja Remadna estime qu’ils se sont appuyés par lâcheté sur ces « médiateurs religieux » pour garantir la paix sociale sans mesurer le travail souterrain de prosélytisme, de propagande islamiste et d’éloignement des « valeurs » républicaines qu’ils opéraient.

Le psy du Djihad

La critique est sans doute un peu caricaturale et généralisée à partir d’un seul exemple mais il faut faire rentrer cette réflexion de terrain dans l’ensemble des analyses portées aujourd’hui sur les phénomènes de dérive « islamo-adolescente » et qui a le mérite de n’être sous tendu par aucun intérêt politicien, ce qui devient rare. Je serais en revanche beaucoup plus méfiant de celui qui s’est autoproclamé « le psy du Djihad ». Patrick Amoyel, devenu en quelques mois la voix officielle et « scientifique » du djihadisme, défend une position entièrement basée sur une sorte de « guerre civilationnelle » qui anéantit de fait toute action éducative de terrain.

Il ne fait pas de doute que la réflexion sur le travail des éducateurs ( s’il en reste) va se trouver au cœur des polémiques à venir. Armons-nous théoriquement et conceptuellement, nous allons en avoir besoin.

Etienne Liebig

Nota - Article publié dans Lien Social n°1190
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9 septembre 2016

Calais : une contre-manifestation solidaire

Cinq jours après la démonstration de force des commerçants et routiers à Calais pour obtenir le démantèlement du camp de réfugiés établi dans la commune, les associations de soutien aux exilés organisent une démonstration de solidarité.

Demain à Norrent-Fontes (62), elles organisent la journée « Champs de résistances » pour affirmer l’inefficacité et l’inhumanité des politiques de démantèlement. Car le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a confirmé sa volonté de détruire le camp de Calais où survivent 6000 à 9000 personnes, avant la fin de l’année.

Accords défendants

Situé à 70 kilomètres de la « jungle », le campement de Norrent-Fontes est lui aussi menacé. Pourtant il est habité par 250 exilés depuis 2008, en vertu d’un accord passé entre les collectivités locales, les associations et les exilés. Ce campement, financé par le Réseau des Élus Hospitaliers a, comme de nombreux autres, été toléré et reconnu par les autorités préfectorales. L’audience au tribunal de Béthune aura lieu le mercredi 14 septembre pour statuer sur sa destruction.

Les nombreuses associations organisatrices de cette journée appellent le gouvernement à instaurer un moratoire sur les expulsions et destructions d’abri tant que des solutions adaptées ne seront pas réfléchies. Elles souhaitent également la mise en place de Maisons des Migrants, invitent à renégocier avec la Grande-Bretagne les accords du Touquet, ainsi que le règlement Dublin III qui empêche les demandeurs d’asile de déposer leur dossier dans le pays de leur choix.

À LIRE AUSSI
Répression sans fin à Calais


8 septembre 2016

Moral des ménages... au chômage

La revue Economie et Statistique de l’INSEE a publié une étude intitulée « Chômage et santé mentale en France ». Rappelons en premier lieu la définition que fait l’OMS de la santé mentale : « un état de bien‐être permettant à chacun de reconnaître ses propres capacités, de se réaliser, de surmonter les tensions normales de la vie, d’accomplir un travail productif et fructueux et de contribuer à la vie de sa communauté ».

Les auteurs de l’étude, Sylvie BLASCO - Université du Maine- et Thibault BRODATY - Université Paris Est Créteil), partent du constat que si l’on prend davantage en compte aujourd’hui la gestion des troubles mentaux chez les personnes occupant un emploi (risques psycho-sociaux), il n’en va pas de même pour celles qui sont au chômage. Pourtant, le risque de connaitre l’expérience du chômage s’est accru et sa durée s’est prolongée.

Dépression majeure

Ce travail de recherche novateur a bel et bien établi un lien de causalité entre chômage et trouble de la santé mentale.
L’échantillon de l’étude a été constitué grâce à l’enquête « Santé et itinéraire professionnel » et les données ont été recueillies via des « questionnaires diagnostics » et par l’étude de la consommation de médicaments psychotropes de 2006 à 2010. Les résultats soulignent la présence de troubles de dépression majeure et d’anxiété généralisée chez les chômeurs hommes essentiellement et en particulier lorsque le chômage advient en deuxième partie de carrière.

Cette recherche montre donc qu’il importe de mettre en place des politiques publiques d’accompagnement psychologique des chômeurs afin de prévenir, dans certains cas, l’apparition de troubles mentaux.

Lire l’étude complète ici


7 septembre 2016

Hello (again), réédition solidaire

Hello, le guide destiné aux réfugiés et ceux qui les accueillent a été réédité pendant l’été. Financés par le Guide du Routard et Voyageurs du monde, ces 5000 nouveaux exemplaires sont distribués par la FNARS auprès des associations adhérentes qui accompagnent les personnes migrantes.

Sortis à l’automne 2015, les 4000 premiers tirages de ce dictionnaire visuel universel avaient rapidement été épuisés.
Avec ses 88 pages, en images - pour être utiles aux personnes ne comprenant pas un mot de français - Hello décline cinq rubriques : pratique, hébergement, santé-hygiène, nourriture, loisirs.

Élaboré par des travailleurs sociaux et des personnes accompagnées, cet outil d’information et d’accès aux droits permet de comprendre les besoins de base d’une personne réfugiée en France. Sa version numérique est téléchargeable ici.


6 septembre 2016

La famille, première source de revenus des 18-24 ans

Des jeunes très dépendants financièrement de leurs parents : voilà ce que montre une étude de l’INSEE portant sur les ressources des 18-24 ans en 2014. Ainsi, 7 jeunes sur 10 reçoivent un soutien financier régulier, 9 sur 10 quand ils sont étudiants. Près de 60 % des jeunes de cette tranche d’âge vivent au domicile parental, les autres reçoivent une aide mensuelle familiale de 500 euros en moyenne. Sans surprise, si tous les étudiants sont aidés quel que soit leur milieu social, les enfants de cadres reçoivent des montants 2,5 fois supérieurs aux enfants d’ouvriers, soit en moyenne 450 euros par mois contre 220 euros. Les 18-24 ans qui travaillent (30 %) gagnent en moyenne 1 250 euros par mois, et près d’un jeune étudiant sur quatre exerce une activité rémunérée. Quatre jeunes adultes sur dix perçoivent une allocation pour boucler leurs fins de mois : bourse d’étude, aides au logement, allocation chômage, RSA, ou encore garantie jeunes. Mais les destinataires de ces revenus sociaux restent majoritairement les étudiants : ainsi, moins d’un cinquième des jeunes adultes au chômage ou inactifs perçoit une allocation chômage. Une faible couverture « caractéristique de la période d’insertion professionnelle », quand ces jeunes aux faibles ressources ne parviennent pas à réunir « les conditions d’accès à un revenu de remplacement ».