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17 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Futurs diplômés et déjà les manches retroussées La nécessité de faire appel aux étudiants en travail social.

Par Fioravanti Julie, éducatrice spécialisée en formation au sein d’Etcharry Formation Développement (établissement de formation en travail social basé au Pays Basque).

Depuis le 25 mars 2020, la commune de Bayonne a ouvert un centre de confinement pour les sans- abris situé dans la salle Lauga et piloté par l’association Atherbea.

Le gymnase accueille des sans-abris afin d’assurer leur protection et les confiner pendant cette période de pandémie. Toute une équipe de bénévoles et salariés s’organise en cette période de confinement qui n’est évidente pour personne. Ce contexte actuel, pour le moins inédit nous fait travailler ensemble avec une équipe dynamique, volontaire, prête à coopérer pour et avec toutes les personnes accueillies.

La réserve sociale a su profiter de nous tout comme nous avons su nous en saisir et profiter d’elle.

Les matinées sont rythmées par le service au comptoir où le petit-déjeuner est servi.
Chacun vaque à ses occupations et laisse le temps au temps. Les repas sont servis par les équipes qui effectuent un roulement afin d’être au rendez-vous matin, midi et soir.

L’équipe d’étudiants bénévoles d’Etcharry Formation Développement, toutes formations confondues, se mobilise dans le cadre de la réserve sociale auprès des acteurs du secteur professionnel, comme Atherbea. Toujours dans le but de tenter de faire lien avec cette période et continuer de s’investir en tant que futurs travailleurs sociaux.

Nous avons tous à nos débuts, tâté le terrain, échangé, observé et en fonction des besoins, nous organiser. Grâce à de nombreux dons, nous avons aussi pu recevoir des bouquins, de la papeterie afin que, ceux qui le souhaitent puissent laisser aller leur imagination grâce à des supports.
Nous sommes conscients que le confinement est loin d’être facile mais tâchons de faire au mieux, en fonction des aléas.

Les personnes accueillies développent le même engouement que nous tous à profiter du plein air lorsque le temps est au beau fixe malgré les conditions d’isolement. Au programme, tennis de table, badminton, ateliers manuels, cours de français, skateboard, jardinage et ateliers d’écritures. Au cours de ces derniers, les personnes accueillies se dévoilent timidement, en groupe. Tout le monde s’applaudit, rit.

Malgré certains coups durs, un sentiment de communauté plane aux dessus de nos têtes. Ce qui pourrait paraître comme un simple exercice d’écriture a finalement permis de mettre des mots sur des ressentis, pas toujours évident à partager : « ça fait du bien de pouvoir s’exprimer autrement, ça me permet de moins être penché sur la bouteille » nous révèle un accueilli.

Nous leur avons proposé un atelier appelé : « SI TU ÉTAIS FACE AU COVID-19, QUE LUI DIRAIS-TU ? ».
Nous le savons, il est parfois difficile de se livrer de façon conventionnelle. Laissons donc place à l’inventivité, nécessaire pour divertir et égayer ce quotidien pour le moins inhabituel.

En voici un exemple :
Pour toi, ennemi public numéro 1 :

Je ne comprends pas les raisons de ton existence mais je peux imaginer tes motivations, ou celles de ton créateur. A toi, organisme unicellulaire malin, toi qui es si insignifiant et qui a besoin d’un corps humain comme réceptacle pour déverser cette vague de haine et de mort.

Puis-je te poser une question ?
Es-tu le fruit d’un esprit pervers aux intentions politico-économiques ou es-tu envoyé comme une punition pour l’état de notre planète ?

A toi, dictateur universel qui est dans l’ombre, crois-tu que ton pouvoir et ton argent vont te sauver ? vas-tu pouvoir dormir sur tes deux oreilles ?

Malheureusement, je suis certain que oui.

Mais je ne veux pas m’égorger ou divaguer sur tes modes opératoires.
Parlons de ce qui compte réellement.

A toi, germe mortel, je te demande de donner une deuxième chance à l’être humain. Moi qui suis un simple écrivain, bohème et rêveur, qui croit fermement en la cohabitation entre la faune, la flore et la race humaine.

Je te demande pardon. Pardon pour la tragédie de Tchernobyl, la catastrophe de Bhopal, les incendies pétroliers du Koweït, l’inondation du fleuve jaune, le grand smog de Londres, la grande bousculade de la Mecque, les milliers de corps échoués dans la Méditerranée, la déforestation et les récents incendies de l’Amazonie, et toutes les autres innombrables erreurs humaines qui durant des siècles ont affaibli ma chère planète bleue.

Je te demande d’offrir une opportunité à l’être humain. Je suis conscient de notre désobéissance et tu as des raisons de vouloir nous exterminer. Tu as des raisons de vouloir que les fleuves reprennent leur lit, rasant toute trace humaine sur leur passage, que la faune et la végétation engloutissent des villes et ainsi, Mère Nature puisse respirer, sereine et soulagée.

Mais je t’en prie, j’implore ta clémence, aie pitié de nous, pour ne pas que les innocents expient pour les pêcheurs.

Si tout ceci est une leçon, je pense que nous l’avons compris.

Cordialement,

Une personne amoureuse de la vie qui croit ardemment en la paix mondiale et en l’être humain.

Merci de m’avoir écouté
J.S, Homme, 34 ans.
Lettre originale rédigée en Espagnol, traduite en Français.

Nous partageons, depuis maintenant plus d’un mois, la vie de plusieurs personnes réunies. Condensée dans un gymnase. Il suffit d’accrocher un regard, adresser un simple bonjour, et nous pouvons réussir à amorcer une discussion.

Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont contribué, à ce quotidien en étant présent et solidaires. Un grand merci à tous les bénévoles, avec lesquels ce fut un réel plaisir de travailler. Un véritable fondement moral s’est établie, qui renvoie à la conscience collective de groupe et à son implication qui en découle et fait de nous des travailleurs sociaux toujours plus impliqués.
Merci à tous les salariés qui apprennent à gérer cette situation d’urgence au quotidien et travaillent avec les moyens mis en place.

Il suffit d’accrocher un regard, adresser un simple bonjour.

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Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

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16 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - « L’Armée des ombres » (2)

Par Claire Saillour, Psychologue Clinicienne.
Grand corps malade :
Devoir renoncer à beaucoup de choses, surseoir à une grande partie de sa liberté... de mouvement, de contacts ! Un peu de mort semble alors entrer en nous-même. Les corps pèsent d’avantage, on s’engourdit. On est triste, désœuvré. Qu’est-ce qui peut aider à tenir ? A donner un sens à ce temps, en demeurant désirant, acteur, vivant, au sens de libre (pour A. Camus la liberté c’est exercer une résistance à l’oppression) ... Transformer la contrainte imposée, en un espace créatif malgré tout. Ne pas subir. Lutter contre le mal, comme on dit d’un patient qu’il se bat, qu’il lutte contre la maladie ! La prise de conscience du collectif pourrait-elle aider ? Tout le monde est touché par cette pandémie et le confinement qui en découle : non seulement la ville, la région, le pays, mais la planète entière est concernée ! Et savoir que nous ne sommes pas seuls à le vivre, mais que notre situation est partagée, offre une possibilité d’identification aux autres, crée cette condition commune et cette représentation d’un grand corps sociétal. Un sentiment d’appartenance à la communauté humaine, de solidarité aussi. Nous faisons partie d’un grand corps malade ! Tout le monde a besoin de tt le monde et a besoin d’être soutenu, aidé... Chacun a son rôle à jouer, et celui déjà de « ne pas nuire » (primum non nocere, le premier précepte du serment d’Hippocrate) est un véritable chemin de perfection : s’abstenir de tout mal et de toute injustice... et bien sûr de n’infecter et n’affecter « presque » personne ! Tant on est tjs néfaste à quelqu’un... Une solidarité de l’ombre, une passivité efficace, « pour la bonne cause », en miroir du déploiement actif des héros-soignants.
L’imagination ne pourrait-elle être aussi une vraie ressource, une sorte de perfusion du confiné ? La chloroquine de la quarantaine ! La panacée du terrier ! Trouver en soi-même des idées, des solutions, des choses à s’apporter, à se donner pr traverser ce temps vacant. Tel qui reprend ses gammes au piano, telle qui réorganise sa maison, en ravive les couleurs, qui s’essaye à de nouvelles recettes culinaires, ou lit enfin tout son soûl, ou encore qui pratique le Qi gong avec son mari...
Aide aussi à apporter au collectif, faire ce qu’on peut pour aider,
soutenir les autres (téléphoner aux isolés, aux aînés) cultiver ce lien avec la communauté, avec ses moyens propres, ses dons, ses outils. Telles ces autres femmes d’aiguille qui piquent des blouses, des masques, ces cuisinières aux fourneaux qui mitonnent des gâteaux pour les soignants débordés, nourritures du corps qui vont droit au cœur de ce personnel épuisé... Toutes ces vidéos extrêmement créatives, instructives ou drôles qui circulent sur les réseaux et qu’on peut propager comme des forces antivirales pr stimuler la pensée, encourager la réflexion, développer l’humour, ces ressources vives de l’esprit, qui sont de vrais anticorps contre l’engourdissement, la morosité, la déprime... Ainsi travailler ensemble au-delà des différences de croyance ou de motivation, lutter contre un mal qui concerne, bien au-delà des histoires individuelles, l’Histoire collective de tous. « Nous sommes tous dans le même Exil » dit Camus.

Imagine Air !

L’occasion aussi de réfléchir sur le sens de la vie ! Qui sommes-nous ? En situation de crise, de perte de repères, comme à chaque étape de notre dvpt où un bouleversement remet en cause notre identité, nos « parties bébé » sont sollicitées. L’enveloppe groupale du collectif, du solidaire peut aider à retisser le sentiment d’identité du patient-confiné. Nous sommes forcés à penser, à ouvrir les yeux, à une attitude de recherche du sens, telle est une certaine bienfaisance de l’épidémie du coronavirus. Le confiné est convié à puiser en lui-même des capacités de résilience, à creuser en lui pour faire fond sur une nouvelle terre d’où rejaillir... S’éclairer à d’autres lumières, s’abreuver à de nouvelles sources, s’enrichir de nourritures complémentaires, accueillir des apports inédits, faire et laisser se faire un travail de pensée... Dé-couvrir pour chacun ce que ce temps-là nous dit, à quelle nouveauté il nous ouvre, à quelle initiation dans les deux acceptions du terme, il nous invite ! A la fois un début et une nouvelle connaissance ! Un forage vertical en soi-même en somme à la recherche de nouveaux espaces, de terres inexplorées (terra incognita) à oser s’autoriser ! Comme cette jeune patiente confinée rassurée par le conseil de sa thérapeute au téléphone, de « convoquer son imagination » pour sortir de l’angoisse qui l’étreint... Oui, faire preuve d’audace, d’imagination, se laisser inspirer ! Là aussi ds les deux acceptions de ce terme : oser respirer ds cette ambiance irrespirable et écouter le message du vent pr devenir créatif !
Cette situation de pandémie nous appelle finalement à répondre individuellement à une mise à l’épreuve (indépendamment de celle de tomber malade) par une capacité à mobiliser nos ressources intérieures, propres, personnelles, ensommeillées et parfois inconnues de nous-même, mais qui attendent d’être éveillées comme la princesse des contes qu’on
a su sortir de sa torpeur pour danser sa vie. Elle nous appelle également à la compassion, à « pâtir avec », à être solidaire de la souffrance et dans la souffrance ! Pour tenter de la soulager ensemble... Qu’on soit au front ou dans les terriers des confinés !

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15 mai 2020

■ ACTU - Etablissements sociaux • Santé publique France recense les cas de Covid 19

Beaucoup de professionnels du social ont continué leurs missions pendant le confinement, notamment, dans les structures d’hébergement et les institutions de la protection de l’enfance, si certains ont pu recourir au télétravail, d’autres sont restés dans les lieux avec une question longtemps sans réponse : où et comment se procurer le matériel de protection, surtout les masques ? Est-ce que l’absence de masque dans une grande partie de ces établissements au moment du pic épidémique a pu conduire à des contaminations parmi les personnes accueillies et les professionnels ? En l’absence de toute étude pour l’instant, difficile de répondre à cette question.

Les Ehpad en première ligne

Dans son bulletin national hebdomadaire du 14 mai, Santé publique France signalait 40 503 cas de COVID-19 rapportés du 1er mars au 11 mai parmi les membres du personnel des établissements sociaux et médico-sociaux dont 19 156 cas confirmés par un test. Les professionnels des établissements hébergeant des personnes âgées sont les plus concernés : 15548 cas confirmés signalés à Santé publique France.

Parmi les autres structures du social, Santé publique France réalise une surveillance pour celles recevant des personnes handicapées ou celles de la protection de l’enfance. Les structures du handicap compte 8641 cas dont 3157 confirmés par test parmi les professionnels, 7640 cas parmi les résidents dont près de 3000 confirmés et 268 personnes décédées.

Dans les établissements de la protection de l’enfance, Santé publique France recense 952 cas parmi les professionnels (dont 265 confirmés) et 447 parmi les enfants accueillis dont 107 confirmés. L’organisme public corrige des informations erronées qui ont circulé suite à la publication d’un bulletin précédent. Aucun enfant de la protection de l’enfance n’est décédé des suites du Covid 19.

Point épidémiologique du 14 mai 2020


15 mai 2020

★ INITIATIVES - La parole aux enfants placés


Comment les enfants placés vivent-ils le déconfinement ?

Radio Larsen a, une fois de plus, donné la parole aux jeunes accueillis et accompagnés sur la maison d’enfants de Salengro située à Douai.

Ce dimanche 10 mai veille du dé confinement strict, Marine, Jennifer, Jo’, Fleur, Diego, Paris… ces adolescent(e)s confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance sont à l’antenne.

Quelles attentes de la reprise des contacts avec leurs familles ? Quels enseignements sur la période du confinement ? Retour aux écoles ? Liens entre les jeunes, avec les éducateurs ?... Encore un grand moment d’émotions, de lucidité, d’authenticité, et de surprises…

https://radioscarpesensee.com/emissions-jeunesse/radio-larsen/


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15 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - « L’Armée des ombres » (1)

Par Claire Saillour, Psychologue Clinicienne.

Les Héros  : On applaudit tous les soirs les soignants, rite généralisé, mais aussi soin continu, devenu incontournable, légitime et Ô combien mérité !
Protéger ce rituel de gratitude, qui rassemble la population civile, désinfecte les plaies de l’isolement, soigne les querelles de voisinage, purifie les bruits de couloir d’immeuble, nettoie les rues urbaines et villageoises, booste les quartiers fatigués qui subitement s’enfièvrent, ré ouvre des fenêtres déprimées qui apparaissent à nouveau ! Les saluts aux balcons se propagent, les regards se touchent, les sourires sont contagieux.... Cette joie sans barrière qui tout à coup chasse les miasmes de l’anonymat des villes, dé-confine le « chacun chez soi » des grands ensembles, fait circuler l’Espoir, chante la Fraternité.
Petit bénéfice secondaire de cette « drôle » de période de confinement !
Il y a aussi tous ceux qui aident à vivre : les commerçants alimentaires, les caissiers, les éboueurs, les policiers, la gendarmerie, les militaires...Tout ceux-là que nous acclamons chaque soir à pleins poumons à 20h sont ceux qui travaillent, qui parfois tels « les soignants au front », sont galvanisés par l’action, le rythme, l’intensité, l’adaptation constante à renouveler, l’énergie à déployer, les solutions à trouver, les parades à inventer... Cette catégorie est celle des actifs, des « non-confinés » !

Les Terriers : Et puis il y a « les autres », Les Confinés ! On peut dire qu’il n’y a pas qu’un confinement unique dans lequel tout le monde se reconnaîtrait mais plusieurs configurations avec des vécus bien différents.
Mais qu’on confine seul ou à plusieurs, tous en revanche sont soumis à l’isolement d’avec l’extérieur, d’avec les autres... Distanciation sociale dit-on, mais surtout distanciation physique. Certains peuvent en être rassurés, ainsi cette femme très jalouse dont le compagnon télétravaille à la maison sans risque de rencontrer une rivale. Ainsi certains malades psychiatriques se sentant d’habitude fragiles et persécutés, qui constatent que tout le monde est concerné, que la société entière souffre et pas seulement eux.
Après deux mois de ce régime sans précédent les réactions se modifient et s’amplifient chez certains. Ce qui était supportable les premiers temps, l’est moins aujourd’hui ! On devient plus vite à cran, plus irritable, sans ressources.... Quelques-uns « pètent les plombs » !
Ne plus pouvoir travailler quand on aime son travail ! Ne plus travailler quand on en a besoin pour vivre, pour se nourrir ! Faire face à une inactivité soudaine et forcée ! Affronter un temps soudain vide et sans repères ! Devoir s’abstenir de sortir quand le printemps nous appelle dehors, à quitter nos « terriers », à enlever nos pelures, nos peaux mortes de l’hiver !... A renaître nous aussi comme la nature qui reprend vie ! A se rapprocher pour recevoir, donner, pour échanger, trouver de l’aide, du soutien… ! C’est ainsi qu’on stimule les défenses naturelles ! Le mouvement, les échanges, le plaisir sont bons pour la santé. Devoir s’abstenir d’aller vers les autres quand nous sommes avant tout des êtres de relation ! Ce, d’autant qu’on est plus fragile et dépendant comme le sont les anciens, les malades, comme le sont aussi particulièrement ceux qui sont actuellement privés de travail en raison de l’épidémie ! Le terme même de confiner comporte sa charge :« Toucher aux frontières de », « Être très proche de » ... Oui, on touche à certaines limites... celles du supportable, et d’un irréductible besoin d’espace personnel. Des limites à poser aux empiétements d’une trop grande ou trop longue proximité voire promiscuité. C’est le cas de ceux qui sont confinés ensemble.
Et « être confiné » n’est-ce pas avant tout le statut du malade ? Qui s’isole pour se protéger dans un espace stérile. Les « confinés » doivent vivre comme s’ils étaient atteints d’un mal ! Ils sont mis en place de malades ! On parle de « quarantaine » ! Ils ont des prescriptions à respecter, des ordonnances qui tiennent lieu d’emploi du temps, des consignes pour garder la chambre...

La Fable du lion et du rat :
Mis en place de « pâtir » comme des patients, dans une immense salle d’attente, armés de patience qui est aussi la qualité des jardiniers, tels sont les confinés ! Quelle sera leur récolte ? De quelle floraison leur patience sera-t-elle couronnée ? Attente, incertitude, isolement ne sont-ce pas aussi des caractéristiques des patients ? Qui pour se protéger mais aussi pour protéger les autres s’abstiennent de sorties, de contacts... pour ne pas rajouter du travail aux soignants, ne pas encombrer des lits d’hôpital.
S’immobiliser pour le bien collectif. Solidarité oblige !
Co-dépendance donc entre ceux « du front » et ceux de « deuxième ligne » les confinés... L’action héroïque des premiers est saluée, acclamée par la patience des seconds. Le respect dû aux premiers oblige la reconnaissance des seconds par leur obéissance aux strictes contraintes de cette vie de terrier ! Soutient aussi leurs efforts à « tenir bon » sur la distance dans cette vie cachée, dont l’horizon recule à mesure... Engage également une conscience accrue des places, des rôles de chacun, de l’importance de ces groupes humains que sont les actifs et les autres, les soignants et « les confinés-patients ». Qui font front commun, chacun à leur façon, devant l’ennemi soudain identifié, le virus, qui aide à retrouver un sentiment de corps social.

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14 mai 2020

★ INITIATIVES - Accompagner différemment les personnes usagères de drogues

Afin d’outiller les intervenants sociaux dans leurs pratiques professionnelles en cette période de réaménagements nombreux, la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS) et l’Association Nationale des Assistants de Service Social (ANAS) se sont associés pour élaborer des ateliers de témoignages en ligne sur des sujets clés et pour lesquels intervenants sociaux de tous métiers ont dû s’adapter, innover et faire évoluer leur pratiques. L’idée générale est de se poser ensemble la question de ce que nous retenons de cette période de confinement en matière d’intervention sociale.

Les intervenants ayant participé directement aux échanges :

- Séverine Daulon : Coordinatrice de l’insertion socio-professionnelle en service d’accompagnement dans le logement et référente vie quotidienne en hébergement collectif
- Gilles Foucaud Directeur d’un CAARUD
- Stéphanie Ladel : Addictologue et Assistante Sociale libérale
- Akim Kherbeche : Educateur spécialisé en service d’accompagnement dans le logement
- Isabelle Boisard pour l’ANAS
- Hugo Si-Hassen pour la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS)
- Marie Dumoulin pour la Fédération Addiction


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14 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Comment le confinement nous a changés

Par Sonia MATHIEU, monitrice éducatrice en formation.

Vendredi 13 mars 2020. Au-delà de toute superstition, je me souviens de ce moment si particulier. Le parking du centre de formation se vide, il est 16h30. Il fait beau et doux et le temps semble soudainement au ralenti, presque suspendu. Je reste à discuter avec un collègue, nous ressentons tous deux cette sidération et le besoin de nous exprimer, comme une urgence, avant de plonger dans ce qui nous apparait comme un océan inconnu. Vers quel rivage allons-nous naviguer à présent que le mot est tombé ?

CONFINEMENT. Pour autant, face à ce tsunami sociétal qui s’annonce, je ne peux m’empêcher d’y voir un signe évident d’un renouveau nécessaire à imaginer, à construire, à réfléchir. Des réflexions, c’est certainement ce que cette période, ce voyage inédit, auront provoqués, jusqu’au plus profond de mon petit cerveau en ébullition.

Passées les heures d’incertitudes concernant le futur proche et l’organisation à aménager, place à la réactivité et à l’adaptation. Je retourne sur mon lieu de stage dès le lundi, au grand plaisir de mon directeur, mais la boule au ventre en coulisse, soyons honnête. Les médias ont eu raison de ma capacité de discernement et je ne suis plus aussi sereine face à un danger qui apparait comme une lame de fond redoutable et qui plus est, invisible.
Pourtant en arrivant ce matin-là, je réunis l’équipe et tous les jeunes de la maison d’enfants autour de la table de jardin. Il me parait instinctivement et spontanément évident de discuter tous ensemble de la situation. Les questions fusent. On trouve des mots simples et rassurants. On s’en tient pour le moment à des constats et à des faits.

Non, on ne peut plus sortir se balader à vélo, oui il faut essayer de respecter les gestes barrières, non on ne peut plus se faire un gros câlin, oui on va trouver des solutions pour que vous puissiez voir vos parents, non les sirènes ne vont pas sonner pour nous rappeler que « nous sommes en guerre », oui il va falloir assurer un suivi scolaire, et aussi….beaucoup de « on ne sait pas encore  », de « peut-être », de «  il faut attendre et apprendre la patience »… Ce tour de table, je l’ai vécu avec beaucoup d’émotion. Pour une fois, adultes et enfants, éducateurs et jeunes placés, nous étions sur le même ponton, prêts à embarquer sur le même navire pour une croisière inédite. Nous avions tous conscience, je crois, de la singularité de la situation, désemparés, inquiets, forcés de continuer à gérer et à vivre un quotidien différent.

Et puis nous avons pris le large et notre rythme de croisière au fil des jours. Des jeunes sont partis en famille d’accueil ou ont rejoint leur domicile in extrémis. Que sont-ils devenus ? Le « cahier d’orga », d’ordinaire si rempli, s’est transformé en livre blanc. Plus de transports, de rendez-vous, de droit de visite, de réunions, de sorties ciné. Tiens…c’est étrange…le vide est déstabilisant. A moins que ce ne soit enfin l’occasion de profiter de tout ce TEMPS qui nous est offert. Pas si simple cependant de renoncer à nos chères habitudes et à nos réflexes de vouloir tout structurer, prévoir, anticiper, cadrer… Ah oui, cadrer, encadrer, recadrer, tout en navigant à vue sur une mer souvent agitée. Encore une fois, profitons de ce temps pour écrire en équipe des règles de vie et un planning d’accompagnement scolaire, dehors au soleil, pendant que les jeunes circulent à vélo autour de nous. C’est pas si mal un bureau d’éducateur à ciel ouvert pendant que les enfants jouent. Jouer. Après tout, c’est ça aussi une vie d’enfants. Les règles du jeu sont aussi formatrices qu’une leçon de maths. Et ils ont vite su nous solliciter pour d’interminables parties de jeux de société entre deux réparations de chaînes de vélo déraillées. On a planté des graines, on a nettoyé le jardin, on a bougé les meubles dans les chambres, on a cuisiné, on a bricolé, on a découvert des loisirs créatifs, la couture, le tricot. On a investi les lieux et profiter des savoirs faire des uns et des autres puisque l’équipe éducative, elle aussi, s’est presque totalement reconstituée et s’est enrichie presque chaque jour de professionnels envoyés en renfort. Finalement, les jeunes ne m’ont pas semblés perturbés par ces inconnus qui partageaient leur quotidien. Finalement, cette socialisation improvisée, la seule possible, nous a appris à échanger, partager, comparer, improviser.
A titre personnel, je ne peux que me réjouir. Cette expérience de terrain est enrichissante pour l’apprenante en contrat pro que je suis. Bien sûr, il y a des éclats, des tensions, de la houle et des remous, des marées hautes et des marées basses, des tentatives d’évasion et des portes qui claquent, des injures et des violences, le langage de la souffrance. Le confinement n’est pas un long fleuve tranquille…et les canots de sauvetages inutilisables. Bien sûr, il y a la fatigue et le découragement, des jours de pluie et des remises en questions, des doutes et des désillusions…Mais finalement, après mon temps de travail, mon « quart » de navigation, j’ai au moins la possibilité de quitter cette bulle pour rejoindre ma sphère privée. Entre ces deux espaces, ces deux îlots, un léger sas de décompression de quelques miles … Je les parcours en douceur, au ralenti, profitant du paysage, laissant retomber la pression…Mais finalement, « c’est pas si pire  ». Il faut savoir relativiser, se resituer, prendre de la hauteur, garder le cap, rassembler les troupes chaque jour avec un « Salut la compagnie ! Est-ce que ça va la vie ?  » tonitruant en remontant à bord le matin, histoire de ne pas s’endormir à nouveau dans une routine grise et stérile. Alors on réfléchit à des projets, on profite pour observer et écouter encore et toujours et apprendre à se connaitre, à travailler ensemble. Pour nos petits moussaillons rebelles, bruts de pomme, abîmés… mais plein de vie.

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13 mai 2020

**SOUTIEN FINANCIER** - Subventions FAS

La Fondation JM Bruneau a proposé à la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) d’ouvrir les fonds encore disponibles au-delà des critères habituels afin de répondre à des besoins de ses adhérents générés par la situation sanitaire actuelle.
La FAS instruit également des demandes urgentes au fil de l’eau pour ne pas les faire attendre.

Pour toute précision vous pouvez contacter nathalie.crouzet@federationsolidarite.org
ou télécharger le dossier de demande de subvention


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13 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Écriture personnelle durant le confinement (2)

Par Cathy Pons, Responsable Pédagogique à l’ESEIS de Schiltigheim.

Malgré tout, il faut poursuivre l’activité pour réaliser les gestes d’aide indispensables pour permettre à la personne de vivre …assurer ces besoins vitaux dont parle A. Maslow dans les premiers échelons de sa Pyramide : les besoins physiologiques (se nourrir, se laver, boire…), se sentir en sécurité. Ces gestes que ne peuvent plus réaliser seules ces personnes pour les raisons évoquées plus haut et qui doivent être relayés par la famille ou un professionnel quand cette dernière est inexistante ou éloignée au risque de ne plus pouvoir « vivre » à domicile pour la personne aidée.

Après un temps d’adaptation nécessaire, l’obtention du matériel indispensable aux « gestes barrières » ou la débrouillardise comme le souligne Myriam citée ci-dessus, Martine souligne que : « la peur a cédé la place à un autre sentiment… la joie ! Oui, il peut être joyeux d’aller chez des personnes seules, isolées de leur famille, car le « Rester chez vous  » éloigne, écarte, sépare pour un temps. Mais que ce temps paraît long à ceux qui attendent et qui ne peuvent plus faire seuls. La joie d’aider une personne âgée à se lever le matin, à faire sa toilette, à choisir ses vêtements, à préparer son petit déjeuner… le Covid 19 ne me prendra pas cette joie, certainement pas, car je protège et me protège derrière un masque, des lunettes de protection et des gants. Ne dit-on pas que les vrais sourires se lisent dans les yeux or mon masque s’arrête juste en-dessous… Mon planning est fortement allégé car ne sont préservées que les missions d’aide à la personne. Les interventions concernant l’entretien du logement sont supprimées pour respecter les consignes du gouvernement. Soit, je comprends…. Mais pas tout à fait ! Car ces missions de ménage ne se concentrent pas uniquement sur la dextérité à manier un balai ou sur l’efficacité à brancher un aspirateur sans se prendre les pieds dans le fil ! Ce sont avant tout des missions de rencontres, de regards échangés, de paroles prononcées et données. Il s’agit de ruptures de l’isolement pour certains, de connexion vers l’extérieur pour d’autres. Ce sont ces petits riens qui donnent sens au métier d’aide à domicile. Et en ce sens, je trouve réducteur de considérer ces missions à de simples actes non prioritaires. Il faudrait faire un grand ménage dans la manière de voir et de considérer notre métier ! » A. Maslow ne parle-t-il pas d’un besoin social, d’appartenance ? Alors qu’en fait-on ? Martine, dans ses propos évoque l’activité ménagère telle qu’elle est réellement, un moyen de conserver le lien social qui aura fait défaillance durant ce confinement pour certains, certaines personnes dépendantes et seules à leur domicile. Alors que le métier d’aide à domicile est souvent défini par sa tâche (l’activité ménagère) et non par le lien social qu’il apporte comme le souligne B. Ennuyer sociologue dans « Les aides à domicile : une profession qui bouge, un rôle clé mais toujours un manque de reconnaissance sociale » Gérontologie et société n°104.
Et voilà que maintenant le gouvernement parle d’une reconnaissance financière pour les soignants au vu de leur investissement durant cette période inédite. Il aura fallu cette « catastrophe » humaine, économique pour se rendre compte de leur présence indispensable au quotidien pour prendre soin de nous tous. Mais, qu’en est-il des professionnels exerçant le métier d’aide à la personne à domicile ?
A nouveau, ces professionnels, qui travaillent souvent avec un temps partiel subit, avec un salaire inférieur au Smic, qui ont montré leur professionnalisme durant ce confinement, sont les « oubliés » des futures décisions gouvernementales, les invisibles de notre système d’aide à la personne. Alors même que nous avons et aurons besoin de ces professionnels, puisque l’évolution de la pyramide des âges et la courbe démographique affirment une évolution du nombre de personnes de 65 ans et plus qui représenteront 28,5 % de la population de l’Union Européenne en 2080 contre 18,9 % en 2015 (site de Eurostat Statistics Explained).
Ne voulons-nous pas tous que nos proches aînés vivent au mieux ? Dans un souci d’éthique et de dignité, pourquoi ne valorisons-nous pas ce métier qu’exercent, dans l’ombre, un nombre important d’hommes et majoritairement de femmes, ayant une faible qualification ? Ces professionnels exercent un métier complexe, nécessitant des prises d’initiatives, d’être compétent, en conformité avec les missions confiées mais également être « en situation » et s’adapter face à la réalité des diverses situations d’accompagnement.
Nous avons tous besoins d’eux, qui agissent avec bienveillance auprès de nos aînés, des personnes plus vulnérables, ils permettent le maintien de ce lien social, entre « l’extérieur » et leur domicile, d’éviter l’exclusion en respectant leurs dernières volontés, parfois en les soutenant vers l’ultime voyage, la fin de vie.
Et pourtant, il n’est pas valorisé et manque aujourd’hui crûment de reconnaissance sociale et financière, même durant cette situation sanitaire que nous vivons, ces professionnels n’ont pas été reconnus à leur juste valeur. Il semblerait en cette période de confinement, que, seules les hôpitaux publics ou privés dans lesquelles exercent des professionnels soignants, visibles par tous, bénéficient de cette reconnaissance chaque soir depuis le début du confinement. Même les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ont attendus un moment avant d’être prises en considération depuis le début de cette pandémie. Nous avons besoin de tous ces professionnels, soignants, travailleurs sociaux qui vouent leur investissement professionnel aux plus fragiles d’entre nous.
A moins qu’il ne s’agisse d’un manque de considération de la place de nos aînés dans une société où l’orientation de la politique sociale n’a pas pour principale préoccupation celle de la place de la personne âgée ?
Une prise de conscience sociétale de l’existence des aides à domicile, du bien-être qu’ils apportent à nos aînés, aux personnes dépendantes en répondant à leurs besoins, leurs désirs dont le principal est souvent de continuer à vivre à leur domicile, ne permettrait-il pas, enfin, de reconnaître à leur juste valeur ces professionnels ?
Par cet écrit, je voulais rendre hommage, à ma manière, à celles et ceux que je côtoie depuis de nombreuses années, actifs dans l’ombre des domiciles des personnes dépendantes, et qui permettent de maintenir le lien social dont toute personne a besoin pour « exister », pour ne pas « renoncer » ou « sombrer », surtout en période de confinement, pour regarder vers l’avenir, même quand celui-ci est assombri par l’âge ou la maladie.
Merci à vous, professionnels de l’aide à domicile, d’avoir pris soin de nos grands-parents, de nos parents, de nos familles alors que nous étions confinés et dans l’incapacité de prendre nous-même soin de ceux que l’on aime.

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12 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Écriture personnelle durant le confinement (1)

Par Cathy Pons, Responsable Pédagogique à l’ESEIS de Schiltigheim.

Le confinement… le 17 mars, une date qui restera dans les mémoires pour cause de Codiv19, une situation sanitaire inédite qui nous impose de « rester chez nous » jusqu’à nouvel ordre… A l’annonce du confinement par Mr Macron, et soutenus par notre direction après la fermeture de notre établissement, le suivi pédagogique des stagiaires dans notre Ecole Supérieure Européenne de l’Intervention Sociale s’organise rapidement « à distance ». Les Responsables pédagogiques de chaque filières (Assistant de Vie aux Familles, Moniteur Educateur, Technicien de l’Intervention Sociale et Familiale, Animateur BPJEPS, Conseiller en Economie Sociale Familiale, Educateur Spécialisé, Assistant de Service Social…) s’organisent avec leurs équipes de formateurs pour maintenir le suivi pédagogique de leurs différents stagiaires. Certains d’entre eux sont en situation d’emploi et d’autres en stage dans le secteur médico-social. De futurs travailleurs sociaux animés par le désir de l’accompagnement, du soutien, de la prise en charge des personnes dépendantes, fragilisées par leur situation personnelle, par diverses situations de handicaps ou encore par l’âge.

Responsable de formation depuis plusieurs années auprès de différents groupes tels que Surveillants de Nuit, Maitres de Maison, Assistants Maternels et Assistants de Vie aux Familles (ADVF) préparant un Titre Professionnel, dans cette situation inédite et guidée par mes propres valeurs, mes convictions, mes connaissances de ces secteurs d’activités, il m’est apparu important de maintenir le contact, le lien avec chacun d’entre eux au moyen de courriels réguliers et/ou appels téléphoniques durant ce temps de confinement.

Les lieux de soutien à la pratique professionnelle durant la formation étant momentanément suspendus et ces conditions qui demande à tous, professionnels, employeurs de s’adapter et de trouver une organisation tout en maintenant l’accompagnement des personnes plus vulnérables à domicile, je pressentais déjà le besoin d’échanges que ressentiraient ces professionnels intervenant seuls au domicile de particuliers.
Depuis ce début de pandémie, chaque soir à 20 heures, relayé par les médias, nous remercions tous les soignants qui font un travail extraordinaire, mais qu’en est-il des aides à domicile (226 000 professionnels dont 97% de femmes, chiffre indiqué dans les Dernières Nouvelles d’Alsace du 30 avril 2020) ? N’auraient-ils pas, eux aussi, droit à une reconnaissance publique alors qu’ils continuent à prendre soin de nos aînés et des personnes dépendantes dans leur domicile durant ce temps de confinement en bravant eux aussi les risques de contamination ?
Sont-ils les « oubliés » de ce confinement comme le titre cette semaine les Dernières Nouvelles d’Alsace ?
Mes échanges « à distance » avec mon groupe de stagiaires (toutes des femmes), aides à domicile en activités professionnelle, m’ont amené à encourager l’une ou l’autre à m’apporter un témoignage de leur « continuité de service » durant cette période si « étrange » que nous vivons. Car, qui mieux que celles qui sont sur le terrain, pour apporter un regard sur ce qu’elles vivent au quotidien dans l’accompagnement à domicile des personnes dépendantes ?
Au bout d’un mois de confinement, Martine (stagiaire ADVF), a accepté d’écrire et partager avec moi ce que qu’elle a appelé la « Parole d’une ADVF » : « Nous entamons la 4ème semaine de confinement et le message « Restez chez vous » continue à nous abreuver ! Mais que signifie au juste cette injonction gouvernementale ? Son sens me paraît pourtant clair ; il s’agit de rester chez nous pour freiner, voire enrayer la propagation de ce nouveau virus, le Coronavirus. Nous sommes amenés à fortement restreindre nos interactivités en restant chez nous car ce virus présente la particularité d’être hautement contagieux. Pourtant, l’agitation dans les hôpitaux est à son comble. Ces établissements publics ou privés accueillent, en ces jours d’extrême violence, tous ceux qui, malgré eux, ne restent pas chez eux. Il y a d’abord les malades atteints par le Covid 19 et ensuite, les soignants. Les uns, parce qu’ils ont besoin d’être soignés, les autres, parce qu’ils soignent. Ces derniers, au péril de leur vie, ne restent pas chez eux ! On dit qu’ils sont en première ligne ! Le pays est à l’arrêt… ou presque. En effet, il existe des secteurs d’activité qui continuent de fonctionner pour permettre à ceux qui restent chez eux de pouvoir bénéficier d’un semblant de vie normale. Et voilà que l’on parle des caissières, celles qui dans la vie ordinaire sont souvent invisibles au regard de nos vies trépidantes de clients ! Et voilà que l’on parle des éboueurs, ceux qui débarrassent nos rues de nos poubelles, juchés à l’arrière d’un camion puant !

Et voilà que l’on parle de ces métiers qui, du fait de la situation inédite que vit notre pays et plus largement la planète, sont devenus les métiers indispensables au bon fonctionnement de la nation (…) Nous entamons la 4ème semaine de confinement et depuis hier, j’entends pour la première fois parler d’un autre métier devenu presque…. Indispensable. Et voilà que l’on parle des aides à domicile, celles, car se sont pour la grande majorité des femmes de bonne volonté, qui continuent à visiter à domicile les plus fragiles, nos aînés…. Vos parents ou grands-parents ! Je suis l’une d’entre elles !  » Il aura fallu un mois avant de parler de ces femmes et de ces hommes, engagés dans l’accomplissement des gestes quotidien pour permettre le maintien de nos aînés, des personnes dépendantes par l’âge ou la maladie à leur domicile. Certains n’ayant pas de famille à proximité de leur lieu de vie, ou seuls par choix ou accident de la vie.

Et pourtant, toutes ces professionnelles aussi ont à affronter « l’ennemi invisible », sans être forcément protégées comme les consignes le préconisent. L’une d’elles, Myriam, dans nos échanges, me confiait dès le début du confinement « quand je rentre chez moi, après des journées intenses, je dois laver beaucoup de linge pour éviter l’infection, travailler à l’extérieur et ce dans des conditions plus difficiles et risquées que d’habitude (toujours pas de masques et gants suffisants) d’où système D et concentration maximum pour ne pas faire d’erreurs, stress pour se changer, mettre les masques quand on en a cousu. C’est dur de travailler dans la peur  ».
Ou encore Martine, qui poursuis : « Les premiers jours, j’avais la peur au ventre car l’ennemi est invisible. Il se cache, se camoufle, se planque et soudain, il peut se montrer, se déclarer, se pointer ».

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