L’Actualité de Lien Social RSS


27 octobre 2020

✖ TRIBUNE - Écrasons l’infâme


Dix jours après l’assassinat de Samuel Paty, la colère ne s’apaise pas. Au-delà de la peine, de l’effroi et du ressentiment qui animent bien d’entre nous, ce qui se joue c’est la détermination à surtout ne pas baisser la tête et à résister au fanatisme qui est passé à l’acte. Pour autant, même si les travailleurs sociaux font partie des cibles potentielles désignées par Daesh, nous devons prendre garde de ne tomber ni dans l’amalgame, ni dans l’instrumentalisation, ni dans la stigmatisation.

Non à l’amalgame. À entendre le discours ambiant, il faudrait choisir son camp : celui de la République se défendant contre un islamisme bien décidé à la détruire ou celui de minorités dominées victimes de l’islamophobie.
Rappeler combien les conditions de vie actuelle des populations issues de l’empire colonial français constitue un terreau fertile pour le terrorisme serait faire le jeu des islamistes.
Rappeler que le culte musulman peut être perverti par des dérives extrémistes criminelles serait faire le jeu de l’idéologie post-coloniale, en montrant du doigt une communauté opprimée.
Cela n’est pas sans rappeler la guerre froide au cours de laquelle les défenseurs de la liberté avec comme chef de file les USA s’opposaient aux défenseurs du prolétariat ayant à leur tête l’URSS. Dénoncer à la fois les crimes de l’impérialisme américain et à la fois la tyrannie sanguinaire soviétique revenait à se mettre à dos les deux camps, chacun vous accusant d’être complice de son adversaire.
Osons l’affirmer avec force : si nous ne pouvons qu’exécrer toute radicalisation en général et ses formes terroristes en particulier, il nous faut aussi refuser de nous focaliser sur les seules conséquences et rappeler à notre société certaines des causes des grenades qui lui explosent aujourd’hui à la figure !

Non à l’instrumentalisation. La pression est déjà forte sur les éducateurs de rue, sommés de collaborer à la détection et au signalement de tout ce qui pourrait s’identifier à une forme d’intégrisme. Après les derniers attentats, l’injonction risque encore de s’accentuer. Quelle part les professionnels du social doivent-ils prendre dans la dénonciation des dérives dont ils sont témoins ? Leur crédibilité et leur légitimité sont en jeu. Évaluer les tenants et aboutissants de la radicalisation nécessite d’entrer dans une complexité qu’on ne peut réduire au rôle d’auxiliaire des services de renseignements policiers. Le travail d’accompagnement, de soutien et d’aide réalisé chaque jour par les professionnels du social est infiniment plus utile à la lutte contre le fanatisme, que le rôle d’informateurs de police qu’on pourrait vouloir leur faire endosser. Après l’attaque brutale des services de prévention spécialisée qui intervenaient au cœur des quartiers-ghettos (affaiblis par mesure d’économie), il ne manquerait plus qu’on diabolise notre fonction.
Osons l’affirmer avec force : si nous devons continuer à aller à la rencontre des populations les plus précarisées, ce n’est pour jouer les balances.

Non à la stigmatisation. Les relents de xénophobie se mêlent aux légitimes réactions contre le terrorisme, accusant la religion islamique d’être intrinsèquement propice aux passages à l’acte radicaux. Cette essentialisation nous est étrangère. Notre formation et notre expérience professionnelle nous invitent à aborder chaque situation d’une manière singulière, sans jugement de valeur. Même si cet idéal n’est pas toujours atteint, c’est le fondement de notre déontologie. Savoir cerner les risques potentiels liés à la radicalisation requière une formation que nous n’avons pas reçue. Et ce n’est pas interventions de la préfecture venant nous décrire les indicateurs de signaux faibles et forts qui vont vraiment nous aider. Nous attendons plutôt des réponses à bien d’autres questions. Que faire quand la frustration, l’humiliation et le racisme vécus par certains jeunes les font basculer vers une idéologie qui leur fait miroiter reconnaissance et estime de soi ? Quelle perspective apporter quand la discrimination à l’emploi, au logement ou à la formation les empêchent de sortir de leur ghetto ? Comment réussir à les détourner de l’intégrisme, quand la République ne se montre pas capable de garantir les conditions de l’intégration qu’elle leur promet ? Le journaliste Vincent Gendrot infiltré dans un commissariat du XIXème arrondissement décrit les objectifs des patrouilles de police auxquelles il a participé : « la chasse aux bâtards » qui visent en priorité des noirs, des arabes ou des migrants tutoyés, insultés et frappés. Au prétexte de lutte contre le terrorisme, cela va-t-il encore s’aggraver ?
Osons l’affirmer avec force : la société qui se prépare aujourd’hui à se contenter de renforcer les moyens de répression nous inquiète.

Face aux guerres de religions du XVIIème siècle, Voltaire mena un combat que l’on peut résumer à sa formules choc : « écrasons l’infâme ». Il en appela alors à se battre contre toutes formes de superstition, de fanatisme et d’intolérance d’où qu’elles viennent. Notre action de travailleurs sociaux s’inscrit dans ce programme tout azimut de dénonciation des injustices, persécutions et discriminations, aucune iniquité ne pouvant en justifier une autre, en retour.

Jacques Trémintin


27 octobre 2020

■ ACTU - Département du Nord • Les allocataires du RSA dans le viseur

« Travailleurs sociaux, ne les laissons pas faire de nous des contrôleurs de gestion ou des flics ! » L’alerte, adressée aux travailleurs sociaux accompagnant des personnes allocataires du revenu de solidarité active (RSA) dans le département du Nord, émane du syndicat Sud. En cause, un mail reçu par les agents des unités territoriales de prévention et d’action sociale (UTPAS) les invitant, dans un délai très court, à « faire remonter le nom des personnes » ne respectant pas leur CER.

Le CER ? Le Contrat d’engagement réciproque. C’est ce document, signé par les allocataires du RSA, qui les lie au Conseil départemental et à Pôle Emploi. Il s’agit, pour « mériter » son allocation, de faire preuve de sa volonté de retour à l’emploi. Absences aux rendez-vous ou absences de candidatures peuvent ainsi valoir aux allocataires une suspension des aides.

Chasse aux pauvres

Début octobre, face à l’augmentation des nouvelles demandes de RSA liée à la crise sanitaire, le Conseil départemental du Nord a procédé à un sévère tour de vis. Objectif, contrôler massivement pour pouvoir réduire le nombre d’allocataires. « D’habitude, on accompagne entre 100 et 110 personnes chacun, ce qui est déjà énorme, témoigne une travailleuse sociale. Mais depuis trois semaines, on a été sollicité par un nouveau public allocataire, inconnu des services sociaux et faisant la demande d’un accompagnement au risque d’une sanction. »

Des personnes qui n’avaient pas été accompagnées depuis des années se voient tenues de répondre en urgence à des rendez-vous. D’autres entrent dans le collimateur du Département alors que, selon cette assistante sociale, elles ont pu avoir des difficultés à joindre les services. « Elles n’ont pas respecté leurs engagements, mais c’est un peu de notre faute : nous avons été disponibles uniquement par téléphone pendant le confinement, et les rendez-vous n’ont pu reprendre que de manière très restrictive à partir du mois d’août. »

Si les contrôles des allocataires sont réguliers, l’ampleur de cette nouvelle vague et l’implication des travailleurs sociaux choque une partie des équipes. En pleine crise sanitaire et économique, cette « chasse aux pauvres » interpelle. « Nous sommes déjà dans une crise importante, se désole l’assistante sociale. Les gens sont très précaires, vivent dans des logements minuscules pas du tout adaptés à leur situation familiale. Et on vient encore leur taper dessus en nous demandant de les balancer…ça me met vraiment en colère. »


23 octobre 2020

🎥 Documentaire - Le bon grain et l’ivraie

Les enfants jouent. Dans la cour d’un centre d’hébergement d’urgence d’Annecy, ils dansent, courent, se racontent des histoires… Dans le Bon grain et l’ivraie, un documentaire dont Lien Social est partenaire, Manuela Frésil filme l’hébergement d’urgence à hauteur d’enfant. Une hauteur toute particulière qui permet au spectateur de ressentir la violence du système. « La préfecture a dit de faire sortir ceux qui sont restés plus au centre et de faire entrer les nouveaux, explique un petit garçon qui ajoute : Je n’ai pas trouvé cela correct ».

Gros sacs, valises, poussettes chargées, les familles tirent leurs affaires de lieux d’hébergement en accueils de jour jusqu’à la rue où elles finissent par se retrouver. Un cercle vicieux qui semble sans fin. « Maman, où est-ce qu’on va dormir ? ». « Dans une voiture. » Malgré les nuits sans sommeil, la pluie, les bâches pour tenter un abri, les rires d’enfants et les jeux perdurent. Les apprentissages aussi sur des cahiers précieusement protégés par leurs cartables qu’ils portent sur le dos. Des forces de vie malgré l’abime de la rue.

Manuela Frésil s’implique dans son documentaire, sa caméra est prise à partie par les enfants (plus rarement leurs parents), sa voix répond aux questions qui fusent, elle-même s’interroge en voix off sur ce qu’il se passe. « Je pense que l’époque du cinéma d’observation est terminée, explique-t-elle. À partir du moment où l’on regarde les gens avec une caméra, on interagit automatiquement avec eux ». Elle ne veut pas faire semblant de ne pas être là, assure avoir été bouleversée par ce que vivaient ces enfants. Elle espère que son cinéma pourra constituer une « base de réflexion pour penser le politique ».

Le Bon grain et l’ivraie, de Manuela Frésil, 94’, sortie en salles le 28 octobre.


23 octobre 2020

■ ACTU - Pauvreté des jeunes • le gouvernement au rattrapage

Après plusieurs couacs, le 18 octobre, le Premier ministre a annoncé que 400 000 jeunes âgés de 18 à 25 ans, bénéficiaires de l’APL et étudiants boursiers toucheront une prime de 150 euros comme les adultes en situation de précarité.

JPEG - 87 ko
Le 18 octobre, le Premier ministre a finalement annoncé que 400 000 jeunes bénéficiaires de l’APL et étudiants boursiers toucheront une prime exceptionnelle de 150 euros d’ici la fin de l’année. ©Armelle Razongles Habitat Jeunes Espérance

On a failli s’y perdre. Le 14 octobre, Emmanuel Macron annonce la mise en place, durant la période du couvre-feu, d’une aide exceptionnelle de 150 euros (plus 100 euros par enfant) aux bénéficiaires du RSA et de l’APL, ce « qui touche très largement tous les 18 – 25 ans », précise-t-il.

Dès le lendemain, son Premier Ministre, explique que l’aide ne concernera que les bénéficiaires de l’Allocation de solidarité spécifique (ASS), de la Prime forfaitaire pour reprise d’activité, de l’Allocation équivalent retraite (AER), du Revenu de solidarité active (RSA), du Revenu de solidarité (RSO) et les bénéficiaires de l’Aide personnalisée au logement (APL) avec au moins un enfant à charge. Bref, que seuls les 18 – 25 ans qui perçoivent l’APL et qui sont parents – sûrement pas les plus nombreux - toucheront la prime de 100 euros. Comme les moins de 25 ans ne sont pas éligibles au RSA, l’aide de 150 euros ne les concerne pas.

Le 16 octobre, Bruno Lemaire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, indique alors que si, si, le gouvernement continuera à aider les jeunes notamment ceux les plus en difficultés, comme il l’a déjà fait avec la prime de 4 000 euros à l’embauche, de 8 000 euros pour un contrat d’apprentissage d’un jeune majeur et de 5 000 euros pour celui d’un mineur. Il précise que Jean Castex annoncera de nouvelles mesures le lendemain à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère. Annonces finalement reportées suite à l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine.

Une aide de 150 euros

Face à la colère des associations de solidarité et de lutte contre l’exclusion, le 18 octobre, Jean Castex met fin à ces cafouillages et annonce que les jeunes bénéficiaires de l’APL et les étudiants boursiers recevront bien une aide de 150 euros.

S’il est « soulagé que le gouvernement ait rectifié le tir » et considère cette aide comme « bienvenue », Florent Guéguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (Fas) regrette que les jeunes les plus fragiles, les plus vulnérables, sans ressources, hébergés en centre d’hébergement d’urgence (CHU), en centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), vivant à la rue ou en squat, soient exclus de cette prime.

JPEG - 82.1 ko
Donner aux jeunes les moyens de leur émancipation : une nécessité pour l’Union nationale pour l’habitat des jeunes.
©Guillaume Madec Techno Ouest Logement Jeunes

« Le recours à l’aide alimentaire constituerait-il la seule solution proposée par le gouvernement à leur détresse ?, interroge pour sa part, l’Union nationale pour l’habitat des Jeunes (UNHAJ). Alors que leur accès à l’emploi, aux stages et à l’apprentissage est rendu encore plus difficile par cette crise qui n’en finit pas et qu’il est insupportable de voir une génération sombrer dans la précarité. »

Pour Florent Guéguen « il ne s’agit pas forcément d’une mauvaise volonté de la part de l’État, cette population, inconnue des institutions sociales et de la statistique publique, reste difficile à cibler ». Face à cette réalité, l’ouverture du RSA à tous les jeunes entre 18 et 25 ans, constituait la meilleure des réponses, mais le Président de la République l’a rejetée. « Cette crise sanitaire et sociale durera au moins jusqu’à l’été 2021. Nous demandons alors que cette aide, pour l’instant ponctuelle, soit versée mensuellement aux 18 à 25 ans pendant toute la durée de la crise », revendique le directeur de la FAS.

En attendant, les différents couacs liés à ces annonces successives interrogent les associations de solidarité et de lutte contre l’exclusion. « Nous nous posons des questions sur la gestion par l’exécutif des annonces et des priorités qu’il accorde à ces aides, illustre Florent Guéguen. La jeunesse ne semble pas en constituer une. »


23 octobre 2020

• TERRAIN - Erasmus, l’enfant qui exaspère son entourage - Épisode 5 : Quand un enfant perdu symbolise l’échec de la société

On se pose souvent la question du travail réalisé auprès des enfants qui sont confiés à la Protection de l’enfance. Éric Jacquot, responsable d’un lieu de vie et d’accueil (LVA) nous propose un long récit de la prise en charge d’Erasmus que nous proposerons au lecteur en cinq épisodes, tout au long de cette semaine.

Il y a de quoi dans cette situation anéantir un enfant. Ne pas être adoptable signifie sans doute ne pas être aimable pour qui que ce soit. Vous vous rendez compte de ce qu’il peut ressentir ? Au niveau narcissique, il n’y a rien de pire et le pire reste à venir, il va errer d’établissement en établissement, comme la patate chaude que l’on se refourgue en disant qu’on lui a trouvé un projet adapté à son profil ! Ceux qui exaspèrent leur entourage, on se les refourgue comme une marchandise sans utilité et sans tenter de comprendre ce qui peut les amener à se mette dans cet état et sans jamais interroger nos parts de responsabilités individuelles et collectives.
Au LVA, inconsciemment nous avons participé à cette débandade coutumière de nos services sociaux qui n’ont de social qu’une appellation non contrôlée. Nous avons participé à l’exclusion d’un enfant, nous avons contribué à produire de l’inhumain. Nous sommes coupables de complicité d’un système qui se croit au-dessus du sujet. Je sais maintenant que nous sommes capables de créer des monstres en toute impunité, que la société viendra plus tard punir pour X raisons. En fin de compte, le système est plus fort que tout et nous continuons d’alimenter de références psycho-socio-éducatives nos façons de croire que l’on est important dans un système qui broie de l’humain sans culpabiliser puisqu’on fait un boulot validé par un diplôme, au service d’un État kafkaïen qui s’affiche comme bienveillant.
Pourquoi la psychiatrie n’a jamais voulu prendre sérieusement le relais ? Elle l’a fait timidement sans réelle conviction en proposant une pharmacopée sous forme de camisole chimique se révélant proprement inefficace. La seule fois où il été en observation dans un hôpital spécialisé, le premier soir, deux colosses de la sécurité l’ont mis à l’isolement, il a ensuite été dopé et attaché sur un lit, une journée entière.
J’ai fait remarquer au psychiatre que nous, dans la protection de l’enfance, si on avait fait pareil, nous aurions été directement accusés de maltraitance. Il a discrètement souri sans s’étendre sur le sujet.
Je ne lui jette pas la pierre à ce type, mais bon, il pourrait au moins se battre pour avoir les moyens de faire son travail d’une façon correcte. Les fermetures de lits, le peu de moyens alloués à la psychiatrie font que nos prisons recèlent au moins 40 % de gens psychotiques qui n’auraient rien à faire dans ce genre d’endroits inappropriés à leur problématique. Les autres sont dans la rue, on les appelle les SDF et ils exaspèrent leur entourage. Les quelque 20 % restant sont suivis dans des établissements dénués de tous moyens pour faire du bon boulot. Il n’y a pas besoin de la COVID pour dire que l’hôpital est malade et que dans ces conditions, il est impossible de soigner correctement.
Est-ce la société que l’on a rêvée ? Ou pour qui certains ont voté ?
Les gens qui exaspèrent, on les classe, on les isole puis on les punit. Ils sont au ban de notre société, ils sont à la marge et tout le monde veut s’en débarrasser et personne ne cherche à les comprendre ou à les excuser. Ils sont coupables de nous exaspérer et c’est suffisant pour ne leur trouver aucune excuse. Moins on les voit, mieux on se porte. La société de consommation ne souffre pas qu’on la dérange et les perturbateurs doivent être éloignés.
Deligny l’a bien compris et dans Les Vagabonds efficaces, il fait l’apologie de ces graines de crapule. Il voit en eux comme un signe de résistance au milieu hostile qui les agresse pour leur différence et leur incapacité à s’adapter à ce milieu. Pour lui comme pour Winnicott, il voit un signe de bonne santé dans cette rébellion contre l’establishment et une société égocentrée sur sa norme.
Ceux qui exaspèrent leur entourage ne sont pas près d’être compris, car ils gênent le bourgeois qui sommeille en nous. Personne ne veut avoir à faire à eux. Il faut donc les ostraciser et les rendre invisibles pour faire semblant de vivre dans le meilleur des mondes sans avoir à rendre des comptes à l’immoralité. Et l’État dans sa grande mansuétude nous dégage gentiment de toutes responsabilités. Nous sommes coupables mais pas responsables car nous avons la liberté d’obéir.
Les gens qui exaspèrent leur entourage peinent à trouver de bons avocats, ils ne sont rentables pour personne sauf quand ils seront peut-être terroristes car cela paie plus et ce n’est pas dans le social qu’ils vont trouver ce dont ils ont besoin.
Ce sont des graines de crapule qui produisent de l’indifférence ou un répulsif à la bienséance.
Les mauvaises graines, on a tendance à les éliminer mais dans le cas Erasmus ne reste-t-il pas encore des pistes à explorer ?
Nous l’avons compris, je pense que sa seule référence positive est cette assistante familiale qu’il appelle « Maman ». Alors pourquoi continuer dans cette obstination à vouloir les empêcher de se voir de se rencontrer ou simplement de vivre ensemble ?
Nous, au LVA, nous avons continué d’entretenir ce lien entre Erasmus et cette dame très attachante dans ses façons de gérer une situation délicate où l’ASE ne lui faisait aucun cadeau. A quelques occasions, je me suis même permis de l’appeler « Maman », plaisanterie qui au passage était loin de plaire à Erasmus. Nous avons ensemble réussi à maintenir contre vents et marées, un coup de téléphone par semaine et deux visites par an avec une sortie ensemble sur une journée. Le constat est simple, c’est qu’à chaque fois tout s’est très bien passé.
Pas facile à faire valider par l’Aide sociale à l’efnance qui disait que nous entretenions de l’illusion et qu’il fallait couper net ce lien pathologique. Nous nous sommes battus pour cela et cela n’était pas sans risque car l’ASE attendait patiemment qu’il y ait un accident pour mettre fin à notre désobéissance et la sanctionner au minimum par un « on avait bien raison ».
Je ne comprends pas cette obstination idéologique de l’ASE à vouloir l’éloigner de cette famille.
Etant donné son état actuel plus qu’inquiétant, il serait bon de tenter autre chose et ne pas laisser cet enfant sans autres solutions que de le changer d’établissement. Il n’est plus scolarisé et son état et de plus en plus dépressif. Il est shooté par son traitement et il ne va pas bien du tout.
Tenter de le rapprocher de cette famille serait un aveu d’échec pour l’ASE mais qu’est ce qui les empêche de se remettre en cause qui plus est pour sauver un enfant confié qui fait naufrage.
Cet entêtement est incompréhensif et moi si j’en avais la possibilité, je ferais une tentative d’accueil chez sa « Maman ». Je suis certain que ce serait loin d’être pire que ce qu’il vit actuellement et cela pourrait peut-être apporter un intérêt thérapeutique surprenant et bien meilleur qu’une camisole chimique imposée sous les ordres du DSM5 et qui n’a actuellement aucun résultat positif sur son état.
Je dénonce et je propose car je ne veux pas être complice d’une gabegie, dont seul Erasmus fait les frais. Je n’ai pas choisi ce métier pour me taire et suivre le mouvement de gens qui s’occupe d’un dossier au lieu de s’occuper d’un sujet.
Une pensée pour Maman.


22 octobre 2020

• TERRAIN - Erasmus, l’enfant qui exaspère son entourage - Épisode 4 : Anamnèse

On se pose souvent la question du travail réalisé auprès des enfants qui sont confiés à la Protection de l’enfance. Éric Jacquot, responsable d’un lieu de vie et d’accueil (LVA) nous propose un long récit sur la prise en charge d’Erasmus que nous proposons au lecteur en cinq épisodes, tout au long de cette semaine.

Je vais maintenant revenir sur une partie de son histoire, de sa naissance à maintenant, pour tenter de vous éclairer sur son histoire personnelle et affiner la compréhension d’une situation qui est loin d’être simple.
Il ne faut jamais réduire un sujet à ses symptômes, le symptôme c’est ce qui cherche à se dire chez le sujet que l’on accompagne supposait Winnicott et c’est notre façon d’appréhender notre travail au LVA même si c’est parfois bien compliqué. La théorie et le terrain ne font pas forcement bon ménage… Et ce n’est pas Winnicott qui pourrait contredire cet adage, lui qui a tenté d’accueillir à son domicile une jeune fille. Le couple Winnicott n’a tenu que trois mois avant de rendre les armes et constater l’échec de cet accueil.
Erasmus est né en région parisienne d’une mère et d’un père toxicomanes. A sa naissance, il a subi un long et pénible sevrage des nombreuses et dangereuses substances qu’ingérait sa mère.
Dans un autre registre, il me fait penser un peu à Jean-Baptiste Grenouille de Süskind.
Il est placé à la pouponnière et là commence sa longue et difficile découverte du monde où il va devoir vivre. Le sevrage et ses conséquences n’ont semble-t-il interrogé personne. C’est pourtant une période terrible de souffrance et de manque pour un nourrisson. Pas facile de commencer par cela dans la vie et il y a de quoi être en colère. Quels sont les dégâts causés sur son organisme par la prise de drogue de sa mère ? C’est pareil, on ne se pose pas la question, on ne cherche pas, on juge celui qui est maintenant dans le passage à l’acte. C’est plus facile, en tous cas, car il n’a même pas la possibilité de se défendre. Il n’a aucune excuse. Il est seulement exaspérant.
Sa mère signe un certificat d’abandon, il ne la reverra plus.
Son père sera retrouvé un peu plus tard en état de décomposition dans une rivière méridionale. Il a été assassiné sur fond de règlement de compte d’un trafic de drogue. Sa mère sera incarcérée peu après, car avec la grand-mère d’Erasmus, elles ont assassiné le compagnon de cette dernière pour lui voler son argent. La grand-mère décède en prison et pour la mère, je n’en sais pas plus.
Pendant sa période chez nous, Erasmus a toujours refusé de parler de sa mère biologique. Il niait complètement son existence et le simple fait d’ouvrir une brèche sur cette femme le mettait dans tous ces états. Vous comprendrez aisément que l’on n’ait jamais insisté à ce sujet. L’appeler par son nom de famille provenant de l’union de ses parents biologiques a toujours provoqué chez lui de grosses crises, que ce soit chez nous où à l’école. Les rentrées scolaires avec l’appel des élèves par leur prénom et nom de famille ont toujours été à l’origine de crises et le début d’intégrations difficiles. La planche était savonnée administrativement en toute légalité.
Question : pourquoi un enfant abandonné par ses parents porte-t-il obligatoirement le nom de ses parents biologiques ? Peut-il en changer ?
Il est confié au service adoption de son département et à une ou plusieurs familles d’accueil et à un ou deux établissements par la suite, je ne sais pas exactement. Il devient pupille de l’état et un conseil de famille se réunit au moins une fois par an pour statuer sur sa situation actuelle et définir si la prise en compte du sujet Erasmus est pertinente. J’ai rencontré à cet endroit des personnes qui connaissaient « le dossier » et qui portaient un intérêt certain pour cet enfant. Nous n’avons pas été invités comme à l’habitude au dernier conseil de famille. C’est un endroit où on venait exposer l’état de la prise en charge devant une assistance pluridisciplinaire composée de multiples instances telles que par exemple, la préfecture, des associations de pupilles de l’état, des psychologues, le service adoption et autres personnes qui semblaient bien connaitre la situation de ce garçon.
Nous n’avons pas été invité à cette dernière réunion ; pourquoi ?
Était-ce parce ce que nous étions en proie aux difficultés évoquées au début de ce texte ou bien parce ce que nous émettions des doutes par rapport à quelques décisions historiques prises par le service adoption qui nous invitait habituellement à cette réunion ?
Je n’en sais rien, mais j’espère qu’ils n’ont pas trouvé une excuse bidon pour dire que nous ne pouvions pas venir. Lors d’un conseil d’administration de notre association, un membre de notre instance associative m’avait conseillé d’envoyer un courrier recommandé pour insister sur notre participation à ce conseil de famille. Pour des raisons obscures et en pensant aussi à ne pas déclarer la guerre au service adoption, je n’ai pas suivi son bon conseil. J’en assume l’entière responsabilité et je regrette maintenant ce manquement. Pour me trouver une excuse, je pourrais dire que nous avions déjà fort à faire avec Erasmus et que je n’ai pas voulu assumer la tâche de nous mettre à dos, en plus, le service placeur.
Mais bon, ce n’est pas suffisant, les travailleurs sociaux comme moi savent souvent s’inventer des excuses imparables en employant des mots vides de sens empruntés à la rhétorique à la mode des gens qui savent. Je n’en suis pas fier car le courage m’a manqué. Les travailleurs sociaux participent souvent à leur insu à détruire du sujet et le sujet c’est Erasmus.
Qu’avions-nous à dire vraiment devant cette instance qu’est le conseil de famille ?
On avait à dire bien des choses en somme et sans faire trop court, on aurait pu dire que l’on trouvait bizarre qu’à cet enfant, on lui interdise d’appeler son assistante familiale de référence par le nom de maman. Ce n’était pas de sa faute à elle, c’était Erasmus qui l’avait décidé et nous avons vu plus en avant que c’est lui qui décide. Pourquoi avoir voulu extraire de sa vie cette femme qui, aux yeux d’Erasmus, représentait la figure maternelle ? Pourquoi vouloir lui interdire toutes formes de communication même par téléphone, demandes faites pourtant à l’initiative de cet enfant ? Est-ce parce ce que la référente ASE du service adoption ne pouvait pas encaisser cette personne ? Est-ce une raison suffisante ?
Quels dégâts cet oukase a-t-il produit chez l’enfant d’autant que pour une raison qui nous échappe il a été déclaré non adoptable ? Que peut ressentir un enfant à qui un service administratif déclare qu’il ne pourra jamais être adopté ? Dans quel état cela peut-il le mettre : s’effondrer ou se révolter ? Pour quelles raisons la personne qu’il a choisie symboliquement pour représenter ce manque est interdite de tous contacts ? Quel est le véritable sens d’une telle décision ? Il n’a personne à qui s’identifier et quand il trouve une référence éducative et maternelle porteuse de sens pour lui, on lui interdit de la voir ! De quel droit ?
Cet aveuglement sordide me sort par les yeux surtout quand on l’a déclaré interdit d’adoption. Quelle possibilité a-t-il de se sortir de ce piège pervers ? Il est dans une impasse. Alors il défonce ce qui lui fait face et il exaspère son entourage. Cet aveuglement sert-il à laisser au service placeur la possibilité d’accuser ceux qui partagent son quotidien d’incompétence éducative. Drôle de système dont seul Erasmus paiera les mensualités à vie.

Demain, ultime épisode : Quand un enfant perdu symbolise l’échec de la société


21 octobre 2020

★ INITIATIVE - Mieux accompagner les mineurs isolés étrangers

La fondation Apprentis d’Auteuil a conçu une formation en ligne pour les travailleurs sociaux qui s’occupent de mineurs non accompagnés (MNA). « Le but est de sensibiliser aux besoins spécifiques de ces jeunes dont l’accompagnement ne se limite pas à la prise en charge administrative, afin de proposer un accompagnement éducatif de qualité », rappelle la fondation.

Intitulée « l’accompagnement des MNA en Europe, les réponses des professionnels », cette formation lancée le 16 octobre sera gratuite pour les 1000 premiers inscrits. « Ce sujet n’est pas traité dans la formation des travailleurs sociaux, alors que ce public augmente et concerne toute l’Europe, et représente un vrai défi pour les professionnels », constate Jean Dzene, responsable du programme international enfants en situation de rue.

Projet européen

La conception de ce MOOC (massive open course), d’une durée de 5 heures, est le fruit de trois ans de travail avec des éducateurs italiens, allemands et grecs, ainsi que des chercheurs anglais, belges et français. Partant de l’expérience d’acteurs de terrain, il propose des textes et des interviews d’experts et de travailleurs sociaux, des réflexions pour ajuster sa pratique professionnelle, et des outils pratiques à utiliser avec les jeunes.

La formation comprend un module sur les raisons de l’exil et les attentes des MNA par rapport aux éducateurs. Le deuxième module donne des outils pour bien les accueillir à leur arrivée en maison d’enfants. Le troisième est centré sur la relation au quotidien, avec un chapitre consacré à la gestion des émotions. Le dernier module aide à préparer la sortie du jeune et à construire un réseau de relations.

Outils pratiques

Voici quelques exemples des ressources proposées : un atelier "parcours de vie", avec une fiche pédagogique à imprimer ; un kit de jeu de société pour mesurer l’autonomie du jeune ; un QCM interrogeant la posture éducative ; des saynètes interactives proposant plusieurs réactions possibles ; une activité "éco-carte" pour visualiser les forces et faiblesses du réseau de relations du jeune.

Déjà disponible en français et anglais, la formation sera bientôt accessible en grec, allemand et italien.

Lien de connexion à la plateforme : http://digitalnotebooks.riseup.ai/


21 octobre 2020

🎥 Documentaire - Sortir de l’hébergement d’urgence

le 16 octobre dernier, notre site avait donné l’information d’une diffusion sur France 3 Occitanie le 19 octobre à 23 h, dans le cadre de la collection "Esprits publics", du documentaire de Florence Mary "Le temps qu’il faut" : sur l’association Toit à moi qui accompagne les personnes sans domicile fixe le temps qu’il leur faut pour se reconstruire.

Il est désormais possible de regarder ce doc en replay jusqu’au 19 novembre à l’adresse suivante :

https://www.france.tv/france-3/occitanie/la-france-en-vrai-midi-pyrenees/2046955-emission-du-lundi-19-octobre-2020.html

Le texte du vendredi 16 octobre :

En 2007 l’association Toit à moi nait d’une idée un peu folle : au lieu de donner un peu de monnaie de temps en temps aux personnes à la rue, pourquoi ne pas mutualiser cet argent et acheter des appartements pour reloger et accompagner ces personnes ?

Dans son documentaire, Le temps qu’il faut, Florence Mary suit cette initiative d’abord entièrement portée par des bénévoles, l’association s’est ensuite professionnalisée ; elle s’appuie sur des travailleurs sociaux et des bénévoles pour accompagner les personnes le temps qu’il leur faut pour se reconstruire. Présentes dans cinq villes (Toulouse, Nantes, Angers, Bordeaux, Lyon), elle gère désormais 29 appartements.

« J’ai passé plus de dix ans dans la galère. A la fin le 115, on ne veut même plus y aller, on préfère dormir dehors dans des endroits à peu près à l’abri. On n’aime plus aller dans des foyers parce que c’est la cata dans les foyers », explique Nathalie accompagnée par l’association. Cette dernière lui a permis de se poser dans un appartement, d’entreprendre une cure pour surmonter son addiction pour finalement retrouver un logement dans le parc social.
Le documentaire vante les actions de l’association, montre le travail de réseau pour trouver des financements, un travail moins difficile dès lors que l’association possède de la valeur immobilière, soit une quinzaine d’appartements… En creux, il dévoile les failles du dispositif d’hébergement actuel.

A voir sur France 3 Occitanie le lundi 19 octobre à 23 h dans le cadre de la collection "Esprits publics".


21 octobre 2020

🎥 Documentaire - « La réponse de l’autre, entendre la souffrance adolescente »

Ils sont adolescents et ils ont été confiés à l’aide sociale à l’enfance. Violents, fugueurs, ils ne trouvent pas leur place dans les foyers d’accueil. On les surnomme les « incasables ». Mais en Auvergne, dans une maison isolée au milieu des bois, des éducateurs et une psychanalyste leur proposent un lieu de vie différent, qui se réclame de l’héritage de Freud et de Dolto. Pas de programme, mais un quotidien à vivre ensemble pour que ce temps partagé permette la parole, apaise la violence et libère ces adolescents des énigmes douloureuses de leur passé. Ensemble, adultes et jeunes cherchent des réponses.

Manon Salmon, ancienne éducatrice, a porté le projet de filmer un lieu accueillant des jeunes, en s’intéressant à ceux-ci, mais aussi au personnel, psy et éducateurs, qui tentent de leur montrer qu’un nouveau chemin de vie est possible.

Elle a choisi le lieu de vie des quatre chemins qui porte un idéal à deux niveaux : celui d’une organisation démocratique horizontale, et celui d’une prise en charge alternative pour des adolescents en grande difficulté. « Il m’importait de mettre en relief les questionnements de l’équipe pluri-professionnelle sur leur pratique autant que la manière dont les jeunes se saisissaient ou non des accompagnements » explique-t-elle. Sa volonté est clairement de «  privilégier celles et ceux qui tentent d’innover, pour réfléchir avec eux, aux possibilités et limites de leurs propositions », en opposition aux mutations à l’œuvre qu’elle dénonce : « uniformisation des pratiques et primauté d’une logique quantitative au détriment de la qualité du lien dans l’accompagnement éducatif dans le secteur social »

Manon Salmon est lauréate du concours Graine de doc 2019.

A voir sur le samedi 24 octobre à 21h sur Public Sénat.

La présentation du documentaire sera suivie d’un débat présenté par Jérôme Chapuis.


21 octobre 2020

• TERRAIN - Erasmus, l’enfant qui exaspère son entourage - épisode 3 : Entre épuisement et soulagement

On se pose souvent la question du travail réalisé auprès des enfants qui sont confiés à la Protection de l’enfance. Éric Jacquot, responsable d’un lieu de vie et d’accueil (LVA) nous propose un long récit sur la prise en charge surréaliste d’Erasmus que nous proposons au lecteur en cinq épisodes, tout au long de cette semaine.

J’ai souvent rêvé que je lui retournais une grande claque dans le visage. La dernière fois c’était avant le début de la période de confinement quand il m’a craché au visage pour me donner le coronavirus car il avait entendu que les vieux étaient des sujets à risque. Ce jour-là, il venait de tousser intentionnellement sur un autre jeune et je l’avais réprimandé. Il m’a alors craché au visage en se sauvant et en me disant que j’allais mourir.
Sur le coup, j’étais sidéré et je n’ai pas pu prendre le temps pour lui expliquer la gravité de son geste. Ma boîte à outils était vide. Il venait d’atteindre sans doute mes limites et cette sorte de menace de mort par procuration, associé à un crachat au visage très humiliant m’indiquait qu’il fallait que je passe le relais à ma collègue pour ne pas commettre l’irréparable. La période était propice à toutes sortes de fantasmes et les discours contradictoires au sujet du coronavirus n’avaient rien de rassurant et étaient impropres à calmer le jeu, surtout pour moi en tant que permanent responsable d’un Lieu de vie et d’accueil (LVA) sachant la possible galère qui allait advenir. Quand j’ai rendu compte de cet épisode de crachat et de menace à sa référente de l’aide sociale, elle m’a fait une réponse plus que stupéfiante et loin d’être au niveau de la situation « ce n’est pas grave, il n’a pas le COVID ». Je ne ferai pas plus de commentaires ici mais elle aussi m’a sidérée dans sa légèreté et sa grande distanciation professionnelle.
Le soir même dans mon sommeil, j’ai revu la scène et je lui ai mis illico la grande baffe qu’il aurait peut-être mérité de recevoir pour de vrai et qu’il savait d’avance que jamais il ne la recevrait. Du coup en rêvant cela et en me rendant compte qu’il avait une sorte de prescience qu’il ne risquait rien, je lui ai mis un énorme coup de poing au visage qui lui éclata le nez. Dans ce rêve, il y avait beaucoup de sang et j’éprouvais presque du plaisir à le voir en souffrance à son tour. Ce sentiment de plaisir m’a beaucoup gêné au réveil puis au travail, je ne savais pas comment le prendre. Erasmus était allé chercher chez moi, une facette que je ne me connaissais pas et j’étais mal à l’aise de devoir assumer cette violence qui devait sommeiller en moi presque à l’insu de mon plein gré ! J’avais là aussi encore une raison de lui en vouloir, il démontrait chez moi ce que j’espérais pouvoir me cacher. J’étais touché et son pouvoir ne se réduisait pas au présentiel, il avait en effet, un réel impact sur moi dans son absence.
La période de 10 semaines de confinement ne m’a pas permis de revenir sur ce sujet avec lui. Il a passé la moitié de cette période avec trois éducateurs (trices) qui se relayaient auprès de lui seul, deux jours de suite. Le deuxième jour chacun(e) de mes collègues me disaient ne plus pouvoir le supporter. Nous nous sommes répartis les autres et personnellement j’en ai pris trois à mon domicile.
Je dois avouer que j’ai eu un confinement heureux, je le raconte dans mes brèves de confinement sur le site de PSYCHASOC.
Erasmus était devenu, compte tenu de sa dangerosité pour les autres, impossible à faire cohabiter avec aucun d’entre eux. L’opération a été coûteuse en argent et en énergie mais nous n’avions que cette solution pour prendre le moindre risque.
En cours de confinement, il est parti vers un autre établissement prétendument mieux adapté et muni d’une équipe soignante avec psychologue et psychiatre. Enfin, c’est ce qu’on nous a raconté et comme on commençait à être au taquet en cette période compliquée, nous nous en sommes contentés. C’est dommage de le dire mais c’était un vrai soulagement de le voir partir pour les adultes et pour les enfants. J’ai même entendu dire que l’un d’entre nous avait ouvert le champagne à cette occasion. C’était un de nos stagiaires mais cela m’a glacé le sang.
Les dernières nouvelles que j’ai obtenues de lui ne sont pas très bonnes, loin d’être rassurantes mais je ne m’étendrai pas ici sur le sujet et c’est dommage. Je ne tiens pas à faire subir à notre association un procès en diffamation car il ne suffit pas de décrire la réalité pour avoir raison, le droit est beaucoup plus subtil que cela.

Prochain épisode : Anamnèse