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1er octobre 2020

★ INITIATIVE - Il y a entreprendre et entreprendre

L’association pour le droit à l’initiative économique (ADIE) propose aux personnes n’ayant pas accès au système bancaire traditionnel de créer leur propre entreprise, grâce au microcrédit accompagné.
Entre le 5 au 9 octobre, l’ADIE organise dans tout le pays des ateliers thématiques, forums, journées portes ouvertes, cafés créateurs... et web conférences accessibles gratuitement à tous les jeunes qui ont des projets d’entreprenariat et ont besoin d’infos et de soutien.

Pour trouver les évènements proches de son domicile, il suffit d’utiliser la carte interactive à l’adresse : https://www.adie.org/nos-ateliers/

La création d’une entreprise peut prendre une forme lucrative. Mais elle peut aussi se donner comme objectif l’utilité sociale, la viabilité économique et la gouvernance démocratique ou solidaire : c’est l’économie sociale et solidaire. Un site peut accompagner les porteurs de projet dans cette démarche : https://www.avise.org


30 septembre 2020

■ ACTU - Atteintes répétées au droit de manifester en France

L’enquête menée pendant 18 mois, par Amnesty France, est sans détour : depuis fin 2018, la répression des manifestations a été d’une ampleur inédite, dans notre pays.
« Manifester pacifiquement expose au risque de violences policières, mais aussi à celui de finir en garde-à-vue. En effet, les autorités ont instrumentalisé des lois contraires au droit international pour verbaliser, arrêter arbitrairement et poursuivre en justice des gens qui n’avaient commis aucune violence (…) Des milliers de personnes ont été verbalisées, interpellées, arrêtées et poursuivies en justice pour des activités pacifiques qui n’auraient pas dû être considérées comme des infractions. »
Le délit d’outrage concerne « tout écrit, toute image ou toute parole qui porte atteinte à la dignité ou au respect dû à une fonction publique ». Il est passible d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende. En 2019, 20 280 personnes ont été reconnues coupables de cette infraction. A Narbonne, au mois de mai 2019, quatre manifestants ont fait l’objet d’une enquête pour outrage. Ils avaient déployé une banderole sur laquelle était écrit « Oui au muguet, non au LBD ».
Depuis avril 2019, dissimuler son visage pendant les manifestations peut valoir 15 000 euros et un an d’emprisonnement. Entre avril et octobre 2019, 210 personnes ont été placées en garde à vue et 41 manifestants condamnés pour cette infraction.
La crise du Covid-19 a permis aux autorités publiques de restreindre un peu plus le droit de manifester. Les arrestations et les poursuites arbitraires qui se sont multipliées au prétexte du non-respect de la distanciation sont une atteinte au droit à la liberté de réunion pacifique en France. Un grand nombre des personnes hésitent désormais à manifester.

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/video-rapport-amnesty-international-parfois-le-droit-francais-depasse-les-limites-par-rapport-au-droit-international-denonce-l-ong_4122093.html


30 septembre 2020

■ ACTU - Frontières • Zones de non-droit

« Refuser l’enfermement », c’est la seule solution préconisée par l’association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé). Dans son rapport d’observations 2018-2019, sorti le 29 septembre, le groupement de dix des treize associations habilitées à visiter les zones d’attente des aéroports, ces lieux de privation de liberté, dresse une longue liste de graves dysfonctionnements qui bafouent les droits humains. Depuis 30 ans, malgré ses plaidoyers et ses signalements, l’Anafé constate des refus d’enregistrement de la demande d’asile, des entretiens sans interprète, l’absence d’avocat et de possibilité de téléphoner, des expulsions sans examen de la demande d’asile, l’enfermement de mineurs…

Entre janvier 2018 et juillet 2019, près de 23 000 étrangers se sont vus refuser l’entrée sur le territoire français. Plus de 15 000 ont été maintenus dans une des 96 zones d’attentes aménagées dans les ports, les gares ou les aéroports internationaux. Perçue par les autorités comme le « dernier rempart contre l’invasion », cette procédure de maintien est encadrée juridiquement et limitée à 26 jours, le temps de déterminer s’ils peuvent entrer ou doivent quitter le territoire. En théorie, des droits sont garantis à l’étranger et il bénéficie de voies de recours. Mais le prétexte du « risque migratoire » amplifié par la crainte du terrorisme engendre au quotidien des violations des droits et des décisions arbitraires.

Entrave au droit de regard

Le rapport alerte sur la difficulté grandissante pour les associations habilitées par le ministère à remplir leur rôle de contrepouvoir démocratique. En tant qu’observatoire des pratiques de maintien et de refoulement aux frontières, l’Anafé a pour objectif de faire évoluer la législation, les pratiques et de dénoncer les violations du cadre légal. Cette évolution repose sur un dialogue avec les policiers lors des visites, mais aussi avec les services centraux. Or, couverte par sa hiérarchie, la police au frontière se sent légitime à entraver ce droit de regard.

Malgré ces difficultés, les militants associatifs parviennent à s’opposer aux atteintes à la légalité. En 2018 et 2019, l’Anafé a permis à 101 personnes de parvenir à faire enregistrer leur demande d’asile, à 98 de dénoncer des pressions et des violences policières. L’association a procuré un accompagnement à quinze enfants dont la minorité était remise en question. Ponctué de témoignages de visiteurs et d’étrangers maintenus en zone d’attente, ce rapport de 218 pages décrit un État qui bafoue le droit d’asile. Face à cette menace pour notre démocratie, l’Anafé appelle à « la mobilisation contre l’enfermement administratif des personnes étrangères, une nécessité pour garantir la sécurité, la santé physique et mentale, voire la vie des personnes en migration. » Une manière de replacer le débat : c’est une crise de l’accueil et non de la migration.


29 septembre 2020

■ ACTU - Manifestation de jeunes sans-papiers à Clermond Ferrand

Le 26 septembre, une cinquantaine de jeunes majeurs, et quelques-uns de leurs soutiens, se sont rassemblés à Clermont-Ferrand pour réclamer le droit à la dignité. Après avoir lutté pour survivre pendant plusieurs années, ils demandent la régularisation de leur situation, pour construire pleinement leur avenir et vivre librement. Au départ, seul un regroupement statique était prévu.
Mais, les jeunes ont décidé de partir en manifestation pour se rendre devant la préfecture, portant de nombreuses banderoles et cartons confectionnés par leurs soins et criant des slogans évoquant leurs revendications :
«  assez de récépissés », «  un titre de séjour !  ».

Les prises de parole ont fait état des difficultés pour avoir un logement, un travail, pour poursuivre des études, du colonialisme français, de l’égalité des droits, du racisme. Le préfet a accepté de recevoir les jeunes et leurs soutiens, pour faire avancer leur situation.
Un vœu de soutien a été voté par la majorité du Conseil municipal
de Clermont-Ferrand.


29 septembre 2020

★ INITIATIVE - Marche nationale des sans-papier

A l’appel de dix-neuf collectifs de Sans-papiers, de la Marche des solidarités, des États généraux des migrations et de plus de deux cents organisations, des Sans-papiers se mobilisent depuis quatre mois.
Acte 1 : le 30 mai des milliers de Sans-papiers et de soutiens ont bravé l’interdiction de manifester à Paris et dans plusieurs autres villes. Dans les jours et les semaines qui ont suivi des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre le racisme et les violences policières.
Acte 2 : le 20 juin des dizaines de milliers de Sans-papiers et soutiens ont manifesté à Paris, Marseille, Lyon, Lille, Rennes, Montpellier, Strasbourg et dans de nombreuses autres villes.
Acte 3 : des Sans-papiers et leurs soutiens ont commencé à marcher le 19 septembre. Ils viennent de Marseille, de Rennes, de Toulouse, de Lille, de Strasbourg, Montpellier, Bayonne, Grenoble, Le Havre… de tous nos quartiers, de toutes nos communes et traverseront le pays.
Leur destination ? Une grande manifestation le samedi 17 octobre devant l’Élysée.
Leurs revendications ? La régularisation des Sans-papiers, la fermeture des centres de rétention administrative, un logement pour toutes et tous.
Leur itinéraire ? https://marche-des-sans-papiers.org/

Pour infos et obtenir les contacts locaux :
Axe ouest : 06 87 79 52 17
Axe sud-ouest : 06 84 70 79 58
Axe sud-est : 06 89 05 83 08
Axe nord-est : 06 35 40 43 23
Axe nord : 06 75 70 61 18
Axe Normandie : 07 72 22 6150

https://marche-des-sans-papiers.org/
marche.des.solidarites@gmail.com
https://blogs.mediapart.fr/marche-des-solidarites/blog/180920/marche-des-sans-papiers-lettre-emmanuel-macron


29 septembre 2020

★ INITIATIVE -Journal de bord de Trifon (1)- Lever l’ancre

Le gros temps a décalé leur départ de 24 heures. Dans la nuit de samedi à dimanche, le Trifon, un voilier de 16 mètres de long, a finalement hissé les voiles et quitté la Rochelle, cap vers la presqu’île de Crozon sur une mer agitée.

Sur le bateau, un éducateur, deux marins, un alpiniste et quatre jeunes suivis en protection de l’enfance. Ils ont entre 16 et 18 ans, en rupture scolaire, familiale, affective. « Ils ont écumé beaucoup de dispositifs », explique Guillaume Castellanos, éducateur spécialisé embarqué dans l’aventure. La toute jeune association Ocean Peak, à l’origine du projet, propose des séjours de rupture en mer et en montagne à des jeunes suivis en protection de l’enfance. Leur premier long séjour en 2018 a donné matière à un film présenté au festival du film d’aventures de la Rochelle en avril 2019.

Le confinement a ensuite remis en cause le deuxième long séjour. Le 27 septembre, ils sont partis pour 15 jours entre mer et escalade puisqu’à Crozon, ils s’arrêteront pour grimper sur les falaises avant de repartir en mer vers la Rochelle. Ce séjour a pour objectif de rompre avec un quotidien pesant. « Il permet de redécouvrir d’autres liens avec l’adulte qui ne soient pas que dans la contrainte, là ce sont les éléments naturels qui nous dictent les règles, nous sommes adultes et jeunes, ensemble face à ces éléments », témoigne Guillaume Castellanos. Lui-même n’a jamais navigué, éducateur spécialisé en maison d’enfants à caractère social (Mecs), il a pris un congé sans solde pour participer au voyage. « Un des jeunes a déjà fait du bateau. Il est possible qu’il me transmette ses savoirs, cela crée d’autres relations entre les jeunes et les adultes ».

En direct du Trifon, Guillaume Castellanos nous fera part de cette expérience éducative.
Nous publions son premier billet :

L’aventure au service de la rencontre...
L’aventure commence toujours par des rencontres, des personnes ayant un parcours singulier qui se réunissent pour construire une histoire commune à partager.
Contrainte, forcée, volontaire, organisée, prévue... Voilà une multitude de façon de se rencontrer.
Ocean Peak Project, dont l’objectif premier est l’organisation de séjours de rupture pour des adolescents de 13 à 18 ans, a fait le pari de s’appuyer sur des membres d’équipage venu de divers horizons.
Ainsi l’équipe encadrante est composée de marins, de guide de haute montagne et d’éducateur. Autant de vécus qui servent la rencontre et nourrissent l’aventure.
Quatre jeunes viennent ensuite compléter l’équipage. Quatre jeunes ayant eux aussi des parcours singulier, des vécus et des expériences qu’ils vont, sans même en avoir conscience, mettre au service du groupe.
C’est ainsi que nous nous sommes rencontrés, ce samedi 26 septembre 2020, nous les huit personnes qui allons former cette équipage durant les 14 jours à venir. Assez calme, dans l’observation, peux être même craintif, une petite blague timide, quelques rires discrets mais une volonté commune de mettre son énergie pour le collectif.
La météo nous propose une fenêtre de 48h00 à compter du dimanche 27 septembre 2020 à partir de 22h30... Les éléments en ont décidé ainsi, l’équipage de Trifon prendra la mer direction la presqu’île de Crozon.
L’aventure sera le support de la rencontre, les événements en seront les souvenirs communs.


28 septembre 2020

■ ACTU - Briançon • Fermeture annoncée du Refuge solidaire

Le Refuge solidaire, qui depuis 2017 accueille pour quelques nuits des personnes exilées arrivant par la montagne dans la ville de Briançon, est menacé de fermeture le 28 octobre par le nouveau maire LR, Arnaud Murgia. Celui-ci ne souhaite pas renouveler la convention, mise en place par l’ancienne municipalité, qui avait mis à disposition gracieusement ce local et en payait les charges. Arguant d’un problème de sécurité du bâtiment, l’élu considère surtout que « c’est à l’État de gérer la problématique de l’immigration ».

11 000 personnes accueillies

Depuis son ouverture, le lieu a déjà accueilli quelques 11 000 personnes, une trentaine par jour, parfois beaucoup plus. Un collectif de bénévoles et une coordinatrice salariée y assurent l’accueil, les repas, les soins, l’aide aux démarches administratives. Ils sont épaulés par une permanence de Médecins du Monde et de l’hôpital de Briançon. De fait, la traversée des cols alpins est dangereuse, surtout l’hiver et sans équipement ; les maraudes citoyennes qui réunissent habitants et professionnels de la montagne secourent régulièrement des personnes égarées, avec des engelures ou en état d’hypothermie. « Ces dernières semaines ce sont surtout des familles qui arrivent, des femmes enceintes ou avec des bébés, qui doivent avoir un accès aux soins », note la référente de Médecins du Monde. « Pourquoi casser quelque chose qui marche ? », se demande la coordinatrice du lieu. Nous assurons une veille sanitaire et la paix sociale, si le refuge ferme il y aura des personnes à la rue, cela va créer des tensions ».

Soutiens en nombre

Depuis l’annonce de fermeture, les soutiens à l’association affluent de toutes parts. Avec notamment une pétition et une tribune signée par de nombreuses personnalités. Dans une lettre au ministre de l’Intérieur, la commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’inquiète « des entraves au travail des associations et des conséquences humanitaires dramatiques pour les migrants » à Briançon et Calais, et demande au ministre de « prendre les décisions opportunes pour permettre aux associations de poursuivre leurs activités », « conformément au principe de fraternité ».


28 septembre 2020

🎥 FILM • Laëtitia (2)

Ce qu’un éducateur peut dire, après avoir regardé la série de Jean-Xavier de Lestrade sur France 2.

Du côté des professionnels

Qu’en est-il de la représentation de la protection de l’enfance dans la fiction faisant le récit du viol, meurtre et dépeçage de Laëtitia Perrais vivant en famille d’accueil en Loire atlantique ? C’est, sans doute, son angle mort, son scénario se montrant bien plus erratique.

On voit apparaître la même travailleuse sociale tout au long des six épisodes. Celle-ci semble exercer son métier à tous les postes. Elle commence par assurer une mesure d’Aide éducative en milieu ouvert, puis de référente ASE et enfin d’éducatrice du foyer « La Providence » : peu d’intervenants ont ainsi ce don d’ubiquité leur permettant d’être partout, même successivement ! Au passage, d’ailleurs, elle change de nom : Madame Paillard dans les quatre premiers épisodes et Madame Prieur, dans les deux derniers. Par trois fois, elle s’entretient avec le gendarme responsable de l’enquête. En soi, rien d’étonnant qu’elle soit convoquée. Ce qui l’est plus, c’est qu’à chaque fois, cela se passe dans une salle de restaurant autour d’une table dotée d’une belle nappe blanche ! Alors, qu’elle a derrière elle toute une équipe, elle apparaît bien seule. Et la première fois où elle rend visite à Jessica, après la disparition de Laëtitia (dans le second épisode), c’est en soirée, en affirmant d’emblée que ce n’est pas très professionnel de passer si tard (!), comme si elle n’avait pas trouvé le temps de le faire dans la journée. Concédons, toutefois, que le fonctionnement de Gilles Patron, véritable électron libre, prenant seul l’initiative de parler aux journalistes, d’intervenir dans la manifestation des magistrats ou de rencontrer le Président de la République démontre combien le Conseil départemental, son employeur, a brillé alors par son absence et son laxisme.
Tous ces détails semblent montrer une ignorance du fonctionnement de ces services, compensée par des improvisations assez hasardeuses du scénario.
Se pose, toutefois, la question : comment est-il possible que cette professionnelle, engagée depuis longtemps dans la protection de l’enfance, ne se soit rendu compte de rien ? La fiction évoque les atteintes sexuelles dont se rend coupable Gilles Patron sur une amie des jumelles. Ce dernier est entendu à ce propos par la gendarmerie et reçu par l’ASE. Les protestations véhémentes qu’il profère et l’absence de témoin bloque toute procédure : c’est l’éternelle confrontation de la parole de l’adulte contre celle de l’enfant. L’échange entre la travailleuse sociale et les deux sœurs, que décrit bien la fiction, ne permet pas d’étayer le soupçon, Jessica et Laëtitia niant tout geste déplacé. Difficile d’aller plus loin, dans de telles conditions.

Mais, un autre élément permet peut-être de comprendre la situation. L’équipe ASE du sud Loire avait, quelques années auparavant, retiré une adolescente d’une autre famille d’accueil sur laquelle pesait une suspicion identique. Informé par un article de presse, le Président du Conseil général avait fait annuler cette décision, sans consulter au préalable ses services ne serait-ce que pour en vérifier le bienfondé. Il avait même voulu sanctionner l’Inspecteur à l’enfance en charge du dossier, prétextant une faute professionnelle : celui-ci avait, sans rentrer dans les détails, répondu au journaliste qui l’interrogeait que sa décision était mûrement réfléchie. En posant un acte impulsif et douteux, un pouvoir politique loin du terrain invalidait brutalement l’évaluation de professionnels aguerris. Constatons qu’un Conseil départemental veut, d’un côté sanctionner l’un de ses cadres pour une déclaration anodine et, de l’autre, laisse l’agent contractuel Gilles Patron, placé sous son autorité, prendre seul l’initiative de parler aux journalistes, d’intervenir dans la manifestation des magistrats ou de rencontrer le Président de la République … en véritable électron libre. Y a-t-il une simple corrélation ou un vrai rapport de cause à effets entre ce désaveu humiliant et, quelques années plus tard, la difficulté à décider de retirer Jessica et Laëtitia de la famille d’accueil Patron, alors que les deux jeunes-filles niaient avoir subi la moindre agression et que le même Président était encore en poste (son successeur sera élu fin mars 2011) ? La question reste posée !
A défaut d’avoir pu entrer plus avant dans les (dys)fonctionnements des services sociaux qui sont restés, là comme toujours, mutiques, il est difficile de reprocher au réalisateur d’être resté approximatif à leur propos.
Ces quelques réserves une fois émises quant au rôle de l’ASE, il reste une peinture sociétale d’une grande finesse et d’une grande sensibilité.

Épilogue

Quelles leçons est-il possible de retirer de ce terrible fait divers ?

Retenons-en trois.

- La première incite à ne pas tomber dans le biais de généralisation : l’immense majorité des 300 000 enfants pris en charge par la protection de l’enfance ne subissent pas une telle destinée. L’immense majorité des assistants familiaux font excellemment leur travail. L’immense majorité des situations d’agression sexuelle qu’elles soient intra-familiales ou intra-institutionnelles sont gérées avec diligence, réactivité et efficacité. L’immense majorité des adultes ayant vu leur enfance broyée ne deviennent pas des Tony Meilhon. Il était important de donner un coup de projecteur sur cette sordide affaire. Mais, de la même façon que l’on parle rarement des trains qui arrivent à l’heure, il est peu fréquent que l’on fasse le récit du cheminement de celles et ceux qui s’en sortent, réservant les feux des projecteurs au échecs.

- Le second enseignement tient dans les modalités d’organisation des services de l’ASE : demander à chacun de ses professionnels de suivre entre 30 et 35 situations d’enfants placés en famille d’accueil ne leur permet pas d’être dans la proximité susceptible de détecter facilement un malaise ou un dérapage potentiel. Si l’on veut favoriser une plus grande vigilance, il faut aussi faire en sorte que les familles d’accueil se sentent (et soient) moins seules.

- Enfin, le risque zéro ne pourra jamais être atteint. Il existera toujours des prédateurs susceptibles de se glisser dans les services au contact avec des enfants, sans qu’ils soient systématiquement détectés, voire détectables. Cela peut se passer dans les écoles, dans les clubs sportifs, dans les centres aérés, dans les institutions religieuses … mais aussi dans les services de protection de l’enfance. Il y aura toujours des enfants privés d’affection, attentifs à celle qu’on leur propose ou qui ont intégré la passivité et l’inertie comme mode de survie ou encore qui sont terrorisés et paralysés face aux agressions subies. Des dérapages, des crimes seront toujours le produit de la rencontre des uns et des autres. Ce constat n’a pour objectif ni de se résigner, ni de minimiser. Bien entendu qu’il faut se montrer vigilant et proactif. Ce comportement permettra de prévenir beaucoup de situations à risque. Pour autant, si on ne doit pas se réfugier dans l’impuissance, il est parfaitement illusoire de prétendre pouvoir toujours éviter de tels drames.

Jacques Trémintin

À voir :
• La critique du livre d’Ivan Jablonka qui a inspiré le scénario
• La bande annonce
• Le replay des six épisodes de Laëtitia


25 septembre 2020

🎥 FILM • Laëtitia (1)

Ce qu’un éducateur peut dire, après avoir regardé la série de Jean-Xavier de Lestrade sur France 2.

Deux lundis de suite (les 21 et 28 septembre), France 2 a programmé en première partie de soirée six épisodes d’une mini-série consacrée à l’affaire Laëtitia . Ce fait divers, qui remonte à janvier 2011, bouscula tant la protection de l’enfance que le système judiciaire, l’opinion publique que la classe politique. Cette jeune adulte, placée avec sa sœur jumelle dans la même famille d’accueil depuis ses treize ans, est alors victime d’un crime particulièrement glauque : violée, tuée, puis démembrée par Tony Meilhon, elle fut jetée au fond de deux étangs distincts. Cette horreur ne se suffisant pas à elle-même, vint se rajouter la révélation ultérieure de l’agression sexuelle que Jessica, la sœur de Laëtitia, avait subie de la part de Gilles Patron, l’assistant familial chez qui elle était placée.

De cette affaire, Jean-Xavier de Lestrade nous en propose un récit nuancé, alternant le déroulement de l’enquête avec des retours en arrière sur le cheminement des principaux protagonistes du drame. Le réalisateur a fait le choix de ne pas donner dans le pathos, ni le gore mais de décrire avec fidélité, pudeur et distance le déroulement des faits, en dressant des portraits d’une grande pertinence.

L’éclairage des personnalités

Les troubles de la personnalité de Tony Meilhon, encore aggravés par une toxicomanie envahissante, sont d’un réalisme particulièrement cru. L’acteur qui interprète ce maléfique personnage reproduit des postures et des expressions hallucinantes, avec une authenticité glaçante. Sa première apparition à l’écran donne le sentiment d’une terrifiante monstruosité. Le retour sur son enfance montre un être très tôt cabossé, comme pris dans un engrenage infernal, passant instantanément de la bienveillance à des actes psychopathes. Le spectateur pourra s’étonner qu’on ait pu laisser un tel individu agir librement. Les services sociaux, mais aussi psychiatriques en croisent régulièrement de ces profils potentiellement violents. Ce qui est étonnant, ce n’est pas qu’ils passent parfois à l’acte… mais qu’ils ne le fassent pas plus souvent ! Les accompagner et les soutenir serait possible, non pour garantir le risque zéro, mais pour tenter de les canaliser. Encore faudrait-il que 20 % des postes de psychiatres censés soigner ces patients souffrant de troubles mentaux ne soient pas dépourvus et que leurs services ne soient pas asséchés par des économies budgétaires. Il en va de même pour les Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation (SPIP) chargés du suivi des condamnations avec sursis et mises à l’épreuve (ce qui était le cas pour Tony Meilhon). Il serait pertinent que chaque professionnel qui y travaille ne ploie pas sous le poids de 150 dossiers à suivre !

L’immaturité du père des deux jumelles crève l’écran. L’amour infini de Franck Perrais pour ses filles n’a d’égal que ses immenses difficultés à exercer sa fonction parentale. Sa volonté de bien faire est impressionnante. Mais, son impuissance à y arriver l’est tout autant. En un temps où l’on met facilement en avant la nécessité de développer le potentiel des familles, il est judicieux de montrer ce que les professionnels de la protection de l’enfance rencontrent au quotidien : des hommes et des femmes qui progressent dans leurs compétences à faire grandir leur enfant, mais aussi d’autres qui sont dans une incapacité permanente à se comporter d’une façon responsable et mature, malgré tous les efforts pour les y aider.

Chez Laëtitia, ce qui frappe, c’est la joie de vivre et la spontanéité, l’ingénuité et l’envie de mordre à pleines dents la vie qui s’ouvre à elle. Les gros plans sur son visage éclatant de plaisir sont en décalage avec le drame qui se vit en elle et qui l’amènera à prendre tous les risques. Les épisodes de vie des jumelles qui s’égrènent tout au long de la série permettent de mesurer les épreuves qu’elles ont endurées. L’intervention de la protection de l’enfance, ne leur a pas permis une triple peine. Des parents trop en difficulté eux-mêmes pour s’occuper d’elles sereinement. Un prédateur qui se cache derrière un assistant familial qui devait les protéger et non en faire sa proie. Un écorché de la vie qui se transforme en tortionnaire.

Jessica, quant à elle, se sacrifie en devenant l’objet sexuel de Gilles Patron. Son attente d’affection, sa demande d’adoption et sa quête d’affiliation peuvent en partie expliquer sa soumission. Sa résignation et sa docilité face à son agresseur sont d’autant moins étonnantes que ce sont ces mêmes postures qui lui ont permis de survivre toute son existence. Les enfants victimes n’ont guère de solutions face aux épreuves qu’ils subissent : à côté de la demande de protection qu’on attend d’eux, on trouve très souvent l’hétéro-agression (violence dirigée vers autrui sous forme de délinquance, de brutalité, de colère…), l’auto-agression (dépression, scarification, boulimie, anorexie…) ou encore l’effacement et la renonciation à se défendre. Tous ces traits de caractère n’induisent pas un passé traumatique, mais un passé traumatique peut entraîner ces traits de caractère. Jessica n’a cessé de subir passivement ce qui lui arrivait, comme le montrent très bien les scènes de la fiction retraçant le cheminement de son enfance.

Ce qui marque dans le portrait des magistrats et des enquêteurs, c’est bien le calme et la maîtrise dont ils font preuve. Et c’est justement cette attitude qui leur permet de gérer cette affaire avec méthode et sang-froid. Leur émotion est à fleur de peau. Mais, ils se doivent de ne pas craquer pour aller au bout de leur mission. Ils y parviennent, malgré la tempête médiatique et politique qui les cerne. On est loin de l’hystérie qui va commencer à se déployer autour d’eux.

Car, face à la charge émotionnelle qui gagne progressivement le spectateur, il n’y a finalement que deux réactions qui, par leur exaltation, tranche avec la dignité qui traverse cette fiction : celles de Gilles Patron et du Président Sarkozy. Le premier, assistant familial autoritaire et dominateur, s’en prend publiquement à la justice accusée de laxisme et pourfend les délinquants sexuels pour qui il réclame le rétablissement de la peine de mort. Le second promet de sanctionner les magistrats qui n’ont pas su deviner ce qu’allait commettre Tony Meilhon : ils auraient dû savoir qu’en le libérant, il assassinerait quelqu’un.
Gilles Patron sera condamné à 8 ans d’incarcération, le 28 mars 2014, pour les viols répétés sur Jessica. Nicolas Sarkozy, quant à lui, est en attente de deux procès ; il est mis en examen dans deux procédures ; il a cumulé six autres implications (pour trois d’entre elles, il a bénéficié d’un non-lieu). Belle indignation que celles de ces « présumés coupables », pour reprendre l’expression employée pour désigner le meurtrier, par Nicolas Sarkozy, ancien avocat ayant oublié les fondamentaux de ses cours de droit (tant qu’on n’a pas été déclaré coupable par un tribunal, on est réputé innocent !). Gilles Patron, qui en appelait à plus de sévérité, devrait apprécier de sortir un jour de prison, sans qu’on lui refuse sa libération par crainte d’une récidive. Quant à Nicolas Sarkozy, son sort dépend de ces juges qu’il a toujours trouvés trop permissifs : suivant ses conseils, ce serait justice qu’ils ne le soient pas avec lui.

Jacques Trémintin

(suite lundi matin Laëtitia (2) « du côté des professionnels »)

À voir :
• La critique du livre d’Ivan Jablonka qui a inspiré le scénario
• La bande annonce
• Le replay des six épisodes de Laëtitia


24 septembre 2020

■ ACTU - Rétention administrative • Une politique inhumaine

Le 22 septembre, cinq associations ont présenté un rapport sur les centres et locaux de rétention administrative. Elles y dénoncent une année 2019 marquée par le durcissement de la politique d’enfermement et des violations massives des droits.

« Enfermer plus et plus longtemps et ce malgré les conséquences inhumaines  ». Telle semble être la volonté du gouvernement, selon les cinq associations présentes en centre de rétention administrative (CRA) (1) qui ont présenté le mardi 22 septembre leur 11ème rapport annuel (2). Un rapport sévère.

En 2019, 53 273 personnes ont été enfermées en CRA en métropole et en outre-mer (dont 47 % à Mayotte), soit 23 % de plus qu’en 2018. Parmi elles, 3 380 enfants (contre 1 429 en 2018) dont des nourrissons. La rétention a également concerné 264 mineurs isolés sur le territoire français selon leurs déclarations, que l’administration a considérés comme majeurs sans plus d’évaluation pour déterminer leur âge. 60 % ont été libérés par des juges, ce qui souligne le caractère abusif de ces pratiques.

Tout-enfermement

L’année 2019 a été marquée par l’entrée en vigueur de la loi du 10 septembre 2018 réformant une nouvelle fois le droit des personnes étrangères. Elle permet notamment le doublement de la durée maximale de rétention (90 jours contre 45).
Une mesure qui a conduit à un allongement de la durée moyenne d’enfermement dans les centres de rétention administrative (CRA), dont les taux d’occupation restent importants ces dernières années. Ce changement législatif est allé de pair avec l’accroissement sans précédent du nombre de places dans les CRA : 1 700 en 2019 (contre 1 000 en 2017) ; sans compter quatre constructions prévues. « Encore plus de personnes enfermées et réprimées  », pointent les associations.
Si les données récoltées témoignent d’une augmentation du nombre d’éloignements en valeur absolue, rapportée au nombre de mesures d’éloignement prises cette même année, l’efficacité de cette politique reste faible.
Les associations dénoncent également un défaut d’examen des situations individuelles. Ainsi, des ressortissants originaires d’États défaillants ou en situation de conflits armés, ont été privés de liberté aux fins d’être reconduits dans leurs pays malgré les menaces pesant sur leur vie. Si la majorité d’entre eux échappent de justesse à l’éloignement, certains - Afghans et Soudanais, notamment - ont été renvoyés vers ces territoires dangereux pour eux.
« Le recours excessif à la rétention et le défaut de discernement conduisent régulièrement à l’enfermement de personnes particulièrement vulnérables qui souffrent parfois de pathologies physiques ou mentales graves  », poursuivent les associations. Elles observent une augmentation sans précédent des faits de violences et d’actes désespérés, tels que des automutilations, des grèves de la faim et des tentatives de suicide. Trois personnes sont décédées en 2019 dont une par suicide.

Enfermés malgré le Covid

Durant la crise sanitaire, des CRA ont tardé à prendre des mesures sanitaires utiles pour prévenir l’exposition des personnes enfermées faisant peser sur elles un risque de contamination. Des cas avérés montrent que le respect du droit à la santé a pu passer après la volonté d’éloigner, quelles que soient les circonstances.
Aujourd’hui, pour l’expulser, le PCR d’une personne retenue doit être négatif. Certaines refusent de passer le test– ce qui est leur droit – et sont parfois condamnées à de la prison ferme ou du sursis.
Face à l’ensemble de ces considérations, les associations jugent « urgent de revoir l’usage massif de l’enfermement des étrangers qui découle de la politique française d’éloignement alors que des solutions alternatives peuvent être envisagées. »


(1) ASSFAM-Groupe SOS Solidarités, France terre d’asile, Forum Réfugiés-Cosi, La Cimade et Solidarité Mayotte.

(2) https://www.lacimade.org/publication/rapport-national-2019-sur-les-centres-et-locaux-de-retention/?utm_content=contenu