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30 juin 2020

« LE CARNET DE ROUTE D’UN(E) MIGRANT(E) » (1)

PÔLE FORMATION & RECHERCHE
Institut Saint-Simon

Par Fatna BELGACEM, Formatrice sur le site d’Albi

Formatrice auprès des futur(e)s éducateur(trice)s spécialisé(e)s à l’Institut Saint-Simon - Arseaa (organisme de formation en Travail Social), j’ai dû, en raison de la crise sanitaire et du confinement, m’adapter à de nouvelles modalités pédagogiques de formation à distance.
Afin de ne pas coller au schéma classique de la transmission descendante du savoir, avec des cours magistraux parfois trop théoriques, j’ai souhaité mettre en œuvre une pédagogie active.
Ainsi, pour permettre aux étudiant(e)s de travailler sur la thématique des droits des migrant(e)s, plus précisément autour des représentations des statuts des étranger(ère)s (sans papiers, demandeurs d’asile, réfugié[e]s…), j’ai inventé et proposé une démarche différente à travers un projet de travail collectif intitulé « Le carnet de route d’un(e) migrant(e) ».

Les étudiant(e)s et apprenti(e)s de première année de la promotion 2019-2022 du site d’Albi ont se sont prêté(e)s à cet exercice pédagogique ; je les en remercie. Par groupes de quatre ou cinq, ils (elles) durent imaginer puis écrire en détail le parcours migratoire d’une personne à la recherche d’une terre d’accueil, en décrivant son profil, en indiquant les causes de son départ de son pays d’origine, en racontant les étapes et les péripéties de son parcours, en indiquant les moyens de transport utilisés, en précisant les conditions de son arrivée en France ou dans un autre pays Européen, etc.

Afin de produire son exercice, chaque groupe devait s’appuyer sur des textes internationaux, européens et nationaux pour défendre les droits des personnes qui demanderaient l’asile et, donc le statut de réfugié. Chaque groupe devait également prendre en considération les dispositifs humanitaires existants pour accueillir les personnes migrantes.

À l’issue de ce travail écrit, une restitution orale a été réalisée devant l’ensemble de la promotion. La diversité des récits à la fois fictifs et réalistes présentés pendant environ vingt minutes a permis à l’ensemble des apprenant(e)s d’entrevoir combien les parcours migratoires s’apparentent souvent – sinon toujours – à de véritables « parcours du combattant », et que les lois, hélas, ne protègent pas systématiquement les personnes migrantes.
À travers cet exercice qui comporte une dimension ludique, plusieurs objectifs sérieux étaient visés : travailler en groupe ; travailler les représentations individuelles et collectives ; identifier et exploiter des ressources pertinentes ; être à la fois imaginatif et réaliste ; acquérir des connaissances à propos des droits des migrant(e)s, des systèmes frontaliers, des textes législatifs ; expérimenter l’écriture collective ; restituer son travail à l’oral.

En lisant les écrits des étudiant(e)s, à la fois créatifs, de bonne facture et qui renvoient à ce qu’il y a de plus profond dans l’humain, j’ai pensé qu’ils méritaient d’être partagés. Dans une volonté de valoriser leur travail, j’ai alors pensé à Lien Social, qui a répondu favorablement…
Au sein de notre organisme de formation, ce travail sera mis en perspective dans la cadre de conférences auxquelles nous commençons à réfléchir avec les étudiants.

Par Emilie Vidal, Elise Guybert, Zélie Mobian, Auriane Liénard
Fuir la Tchétchénie homophobe

Je m’appelle Abou, j’ai 25 ans et je viens de Grozny en Tchétchénie. J’ai un master en droit et je souhaite devenir avocat. Je suis homosexuel et cet aspect, qui pourrait vous paraître banal, ne me permet pas d’exister dans mon pays. Je risquais ma vie. Ma communauté et moi sommes tellement réprimandés que, selon le porte-parole du gouvernement tchétchène, Alvi Karimov, les LGBT ne sont pas présents et n’existent pas dans son État. Chez moi, depuis mon adolescence, je suis victime de nombreux délits de faciès, par les forces de l’ordre et beaucoup de civils. Je me sentais différent par rapport aux autres. Je ne rentrais plus dans les critères sociaux. Mon entourage n’a pas su se montrer présent et soutenant dans cette période de ma vie. Je n’avais plus d’amis. Les regards extérieurs étaient uniquement malveillants, m’empêchant ainsi de sortir. Je subissais constamment des agressions. Je suis jugé sur mon apparence physique, sans se poser de question… Mais moi, c’est comme ça que je me sens moi-même, et je n’ai pas envie de changer ce que je suis. Je suis homosexuel, et je ne veux pas renier ce que je suis, ce qui fait mon identité.
Ma vie était en danger. En effet, Ramzan, dirigeant de la Tchétchénie est un extrémiste. Il est impliqué dans de nombreux cas de torture et de meurtres. En 2017, un journal d’opposition russe dénonce enfin la répression contre les homosexuels. Les grands risques que nous encourons sont divulgués : être fichés par les services de sécurité, être victimes de chantage. On peut même être assassinés dans d’atroces conditions, vous vous rendez compte ? Si par miracle, nous arrivons à survivre, nous risquons l’incarcération dans des prisons qui ne respectent en rien nos droits énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 ! Cette dernière précise dans l’article 5 que « nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. » La violence est soi-disant bannie mais regardez bien la réalité du pays ! Nous sommes torturés sans fin, nous sommes laissés pour morts. Nous ne pouvons même pas trouver de protection auprès de la police. Elle nous arrête illégalement, nous fait subir des passages à tabac et nous humilie… J’avais même peur de mes proches… Ma famille pouvait même en arriver à me dénoncer, m’humilier, me frapper voire me tuer.
Mais, en mai 2017, la situation était telle que certains pays de l’Union Européenne (UE) ont décidé d’accorder des demandes d’asile aux homosexuels persécutés. J’ai toujours eu l’idée de vivre en France, je parlais un peu français à cette époque et c’est un pays où les droits de l’Homme sont appliqués. Les homosexuels ont leur place au sein de la société au même titre que les hétérosexuels. A la différence de mon pays où les violences sont motivées, ici les insultes homophobes ainsi que les agressions sont pénalisées depuis 2004. Je suis donc parti en cette direction, poursuivre ma vie. Quitter son pays est un droit édicté par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Je l’ai plus vécu comme une contrainte que comme un choix. Je n’ai pas demandé de visa pour partir en France, cela coûte cher et c’est très surveillé. Dans ma situation cela représentait encore un risque. C’est ainsi que je me suis jeté dans le premier bus, direction Kiev en Ukraine, première étape de mon long voyage. J’y suis resté une nuit et le lendemain j’ai pris un second bus pour Wroclaw où je me suis fait piller. Ces personnes m’ont pris toutes mes affaires. Il ne me restait que quelques billets en poche. Malheureusement, j’ai été stoppé à la frontière polonaise par l’agence Frontex. C’est une agence mise en place par l’UE, opérationnelle depuis 2005. Elle utilise des moyens humains et militaires disproportionnés pour empêcher les migrants d’entrer sur le territoire de l’UE, alors que le droit d’asile existe. Ceci m’a poussé à prendre un autre chemin plus hostile, en pleine nuit, dans la forêt. Je ne voyais rien et j’ai dû passer sous les barbelés de la frontière. C’est comme ça que je me suis retrouvé en Pologne. J’ai ensuite marché pour finalement prendre un bus qui m’a conduit en Allemagne et enfin un dernier pour arriver à Paris.

En France, j’ai rapidement trouvé de l’aide grâce à des associations. Elles m’ont logé et nourri pendant quelques jours et m’ont expliqué que je pouvais demander l’asile, même si c’est une procédure très longue. Le Point d’Accueil des Demandeurs d’Asile (PADA) m’a remis un formulaire de demande d’asile et a pris rendez-vous à la préfecture pour moi. J’ai dû attendre 5 jours, sans logement, avant d’avoir mon rendez-vous. Toutes mes économies étaient passées dans mon trajet. A la préfecture, ils ont relevé mes empreintes. Heureusement, elles n’avaient pas été relevées dans un autre pays sinon, la procédure de Dublin aurait dû s’appliquer. Le premier pays où je suis passé aurait pu les prendre, m’obligeant ainsi à rester dans ce pays. Si mes empreintes avaient été prises en Allemagne, la France m’aurait renvoyé en Allemagne pour déposer ma demande d’asile, alors même que mon choix était de vivre en France.

A la préfecture, après le conte de mon parcours et mes motivations à demander l’asile en France, on m’affirme que je peux y prétendre, selon l’article 18 du Pacte International relatif aux droits civils et politiques. Suite à ce rendez-vous, la procédure normale de demande d’asile a été appliquée. J’ai réalisé mon deuxième entretien à l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides) où j’ai encore une fois raconté mon parcours. Émotionnellement, ce n’était pas facile. Durant la procédure, plein de documents d’identité m’ont été demandés, ainsi que des preuves de la violence que j’ai vécue. Ils m’ont proposé une place en Centre d’Accueil pour Demandeur d’Asile (CADA). J’étais soulagé. Enfin, j’avais un hébergement et je pouvais commencer des démarches administratives pour trouver un travail et construire une vie en France. Ma demande d’asile a été étudiée pendant onze mois et non six mois comme c’est le cas depuis la loi « asile et immigration » de 2018. J’ai appris que j’avais obtenu le statut de réfugié, en application de la Convention de Genève de 1951 créée pour permettre aux personnes victimes de persécutions de chercher protection dans un pays tiers. Ces persécutions peuvent être d’ordre politique, ethnique ou social.
Ma vie a pris un nouveau tournant. Je peux me marier avec un homme. J’ai appris que c’était possible depuis déjà 7 ans ! Un jour je pourrais même devenir papa d’après la loi. Mais, malgré une politique en faveur des homosexuels, ma place dans la société est vulnérable. Certains français n’acceptent toujours pas cette orientation sexuelle… Je ne me plains pas, je ne vis pas autant de violence et n’encours pas la mort au même titre qu’en Tchétchénie. J’ai même repris le droit. Je suis heureux !


30 juin 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Finir ensemble ? Episode n°2

Par Christian Glasson, Educateur spécialisé.

Une force invisible nous a mis à distance

Quelle distance observer avec les enfants que l’on accompagne au quotidien ? C’est toujours une question qui me taraude. D’autant que depuis quelques jours il m’est demandé de respecter une « distance sociale » (terme qui fut de mise, employé par les pouvoir publics, alors qu’il s’agirait plutôt d’une distance physique), dans les moindres gestes que je leur adresse au fil de la journée. Très vite, les premières interrogations fusent parmi les professionnels et les enfants quant à la mise en place de telles mesures. La première journée du confinement fut l’occasion pour le directeur d’intervenir auprès de chacun, enfants et adultes, pour souligner l’importance du respect de quelques consignes. De là, à nous de jouer avec tout ce que cela comporte de risques de faire ressentir à l’autre qu’il serait pestiféré. Nous avons convenu qu’un geste nouveau serait adopté, celui du toucher par le coude pour nous saluer en nous rencontrant. À table, le « Mètre » devant nous séparer est souvent négligé par le simple fait des interactions entre moi et les enfants. C’est dans cette circonstance, que je mesure le nombre de moments où notre travail suppose d’être au contact direct avec l’autre. Que peut signifier pour le public que j’accompagne cet écart que j’adopte entre lui et moi, si subitement ? Les réconforts par ce que l’enfant nomme « câlins » où il pourra s’agir de venir coller son visage contre moi, de sentir une main bienveillante sur l’épaule, d’un dernier geste tactile avant le coucher si infime soit- il, ou une marque d’affection au moment du lever, n’ont plus cours. Je supplante tous ces mouvements du corps avec la parole, je transpose ses signes faisant bords par d’autres : ce sont les mots que j’élabore à nouveau avec lui. Lui vient se rassurer différemment, en me sollicitant encore d’avantage par le parler, plutôt que par le faire. Ici, les mots façonnent notre vivre ensemble. Le nom et l’objet ne sont reliés avant tout par convention. Il n’y a rien d’obligatoire. Lewis Carroll fait apparaître cette idée par Alice lorsqu’elle pose la question à Heumpty Deumpty :
«  Est-il absolument nécessaire qu’un nom signifie quelque chose ? S’enquiert, dubitative, Alice.
Évidemment, que c’est nécessaire répondit, avec un bref rire, Heumpty Deumpty, mon nom à moi signifie cette forme qui est la mienne, et qui est, du reste, une très belle forme. » Lorsque moi j’emploie un mot, répliqua Heumpty Deumpty d’un ton de voix quelque peu dédaigneux, il signifie exactement ce qu’il me plaît…ni plus ni moins.
La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu’ils veulent dire.
La question, riposta Heumpty Deumpty, est de savoir qui sera le maître … un point c’est tout. » (5)
Dans la circonstance le maître mot est déchu, nous en sommes devenus les leurres. Les mots nous tiennent sans que nous ayons à nous accrocher, à nous agripper d’une façon ou d’une autre. Le mode langagier est celui qui prime, c’est celui qui nous reste, pour continuer à tisser les liens. Le toucher du coude est devenu le Corona-câlin, « mais le cœur y est » disent certains.
Ce lien se renforce par la médicalisation de la structure. Tous ces gestes minuscules, ô combien importants, à l’image de la prise des températures deux fois par jour nous met, de façon obligée, en relation.

Cet acte répété est un signe fort d’attention de notre part envers les enfants. C’est ainsi qu’il se vit auprès de chacun. Il va de soi, peu importe ce qu’il s’est passé en termes de discordes, de tensions qui l’auraient précédé. Le besoin de s’assurer de sa bonne santé, la perception de ce geste attentionné l’emporte en autant de points d’attache entre les enfants et nous. Dans un contexte de défiance individuelle face à cette part invisible que constitue le virus, par ce contrôle matin et soir de leur état de santé une source de confiance semble avoir pris le dessus.

L’animation dans les rues décrut,
pourtant de quelques habitations sortaient des cris,
autant d’expressions de la difficulté de rester ensemble.

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Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

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(Plus de précisions)


29 juin 2020

■ ACTU - Pédopsychiatrie • Nouvelle Forge en surchauffe.

Un hôpital de nuit pour les enfants vivant avec des troubles psychiques est menacé de fermeture dans l’Oise. Les professionnels et les familles se mobilisent pour maintenir ce dispositif singulier.

© collectif hôpital de nuit

« Fermeture immédiate et définitive ». Le 18 mai, en visioconférence, l’équipe de l’hôpital de nuit du centre de psychothérapie et de rééducation de l’association la Nouvelle Forge entend, sidérée, la nouvelle de la bouche du directeur du pôle sanitaire de l’association la Nouvelle Forge. Cette structure singulière s’inscrit dans l’histoire de la psychothérapie institutionnelle. Créée après guerre, dirigée par François Tosquelles dans les années 1970, l’association la Nouvelle Forge compte aujourd’hui vingt-quatre établissements dans l’Oise et la Somme. Elle accompagne des enfants, adolescents et adultes qui vivent avec des troubles psychiques et des troubles du comportement.

« Ici pas de blouses blanches, une odeur de gâteau sorti du four vous accueille », raconte l’équipe dans un texte lu sur une radio locale, installé dans une maison familiale avec jardin, l’hôpital de nuit près de Senlis dans l’Oise suit 35 enfants avec des problèmes d’endormissement, des troubles divers du comportement, problèmes de séparation, d’apprentissages scolaires… L’équipe reçoit chaque nuit sept enfants et un huitième sur une période de trois semaines (pour un séjour de répit ou un projet d’orientation en internat). Quatorze professionnels, éducateurs spécialisés, infirmiers, maîtresse de maison et psychologue se relaient auprès d’eux. La même équipe, deux éducateurs et/ou infirmiers et une maîtresse de maison, accueille l’enfant 16h à 9h le lendemain matin. « Nous dépassons volontairement les cadres horaires pour pouvoir travailler la continuité avec les enfants, créer une ambiance familiale, qu’ils s’endorment avec les même personnes qu’ils vont trouver au réveil », explique une éducatrice spécialisée.

Continuité éducative

C’est le principe de cette structure : construire un cadre sécurisant face aux angoisses et cauchemars. Or, c’est justement cette amplitude horaire, hors cadre, qui est avancée pour justifier une fermeture. Autre problème évoqué : les travaux, coûteux, que nécessiterait le lieu. L’équipe se dit prête à déménager même si, à l’origine, le choix d’une maison pour sortir les enfants et leurs familles de l’ambiance de l’hôpital faisait partie intégrante du projet.

Depuis le 16 mars, crise sanitaire oblige, l’hôpital de nuit ne reçoit plus d’enfant. Les professionnels en télétravail appellent les familles toutes les semaines pour les soutenir. A l’approche du déconfinement, il est demandé à l’équipe de les questionner sur leurs besoins d’accueil. Le 18 mai, les professionnels sont censés présenter leur protocole de reprise. Ils n’en ont pas le temps. Le directeur leur annonce la fermeture immédiate de la structure. « Nous étions choqués. Nous savions que ce dispositif était menacé depuis des années mais nous pensions que nous aurions le temps d’arrêter doucement l’activité, d’y préparer les enfants et les familles », réagit l’éducatrice spécialisée. Rien n’est prévu. Alertés les délégués syndicats et les membres du comité social et économique assurent ne jamais avoir entendu parler de ce projet. « Comment était-il possible que nous n’étions pas informés de cette fermeture ? Embarrassée, la direction nous a assuré que le document nécessaire nous serait proposé », témoigne Rachid Zehar, délégué CGT à la Nouvelle Forge.

Maladresse de communication

Contactée, la directrice générale de l’association, Valérie Paparelle, avance « un mouvement d’emballement à partir d’une réflexion sur le projet d’établissement mais pas de fermeture prévue ». Que s’est-il donc passé lors de cette réunion ? « Une maladresse dans la communication », assure-t-elle. D’ailleurs, depuis ce directeur de pôle a fait l’objet d’une rupture conventionnelle. « C’est un fusible, ils espèrent que son départ va calmer le jeu mais il n’a fait qu’appliquer ce qui lui était demandé », affirme Rachid Zehar. Valérie Paparelle reconnaît en effet que « réfléchir à des lits de répit fait partie des pistes prioritaires mais pas forcément dans ce cadre là ». « La mode est à l’ambulatoire, à la désinstitutionalisation », renchérit Rachid Zehar.

Si la direction recule, l’équipe reste pour l’instant mobilisée. Réunis en un collectif de l’hôpital de nuit, professionnels et familles des enfants suivis ont lancé une pétition en ligne qui comptait 1250 signatures ce lundi. Une centaine de personnes, selon les syndicats, ont manifesté devant l’hôpital le 26 juin.

Pour les salariés, cette menace de fermeture est l’arbre qui cache la forêt d’une réorganisation générale de l’association. Juste avant sa disparition en 1994, François Tosquelles, invité à participer à un ouvrage collectif concluait sa contribution ainsi : « Je reste convaincu que tant qu’il y a des hommes à la surface du monde, quelque chose de leur démarche reste acquis, se transmet, disparaît parfois, mais aussi ressurgit quoi qu’il en soit de catastrophes mortifères qui nous assaillent souvent ».


29 juin 2020

► BILLET D’HUMEUR - Retour sur Benni

Le 22 juin, Lien Social a présenté sur son site le premier film de la réalisatrice allemande Nora Fingscheidt. Il ne fallait pas le rater. D’autant que le nombre de salles le projetant n’est pas très élevé. Que penser de ce long métrage ? Mettant en scène les troubles du comportement d’une enfant de 9 ans aux prises avec les services sociaux mis successivement en échec, reconnaissons-le : il est bluffant. Bien sûr, on pourra toujours ergoter, en affirmant que la protection de l’enfance ne se résume bien entendu pas au portrait de cette petite fille, la problématique qui est la sienne ne dépassant pas 2 % des enfants pris en charge en France. On pourra aussi rappeler que les carences affectives précoces ne provoquent pas non plus toutes des manifestations aussi spectaculaires. Ce n’est d’ailleurs pas parce qu’elle se déplient à bas bruit qu’elles sont moins destructrices ! On pourra aussi gloser sur cette mère en grande difficulté que d’aucuns présenteront comme caricaturale. Heureusement, que tous les parents ne montrent pas tous une telle détresse. Sans oublier l’excellence du travail quotidien des professionnels de terrain qui ne se réduit pas à leurs revers systématiques qui traversent le film, de bout en bout. Mais, il faut le dire haut et fort : tout cela existe, bel et bien. Les professionnels de la protection de l’enfance ne rencontrent pas que cela, mais ils vivent aussi avec de telle situations ! Et c’est tout l’intérêt de ce film que de présenter ces problématiques, en tentant de les rendre un plus compréhensibles au spectateur candide. Les Maisons d’enfants à caractère social, les Foyers de l’enfance, les familles d’accueil, les ITEP (Institut Thérapeutique Éducatif et Pédagogique) et les services de pédopsychiatrie y sont parfois confrontés. Tous ces enfants ne sont pas des clones de « Benni », loin s’en faut, même si certains lui ressemblent étrangement. Explosant d’une colère, d’une rage et d’une violence qui leur échappent, ces mômes sont en même temps très attachants, n’attendant qu’une chose, c’est d’être aimés. Cela le film le montre très bien. Espérons que sa mise en scène chasse le fantasme qu’il suffirait "d’une bonne claque" pour remettre les choses en place. Ce que déploient les professionnels sur le terrain, c’est au contraire, énormément de temps et d’énergie pour faire progresser l’enfant. De la bienveillance, de la patience et du contrôle de soi, ils en ont à revendre. Là aussi, le film rend hommage à cet investissement qui crève l’écran. Les personnages de ce film sont criants de vérité et d’authenticité. Helena Zengel est stupéfiante : comment cette petite fille réussit-elle à retransmettre ce que vit et fait vivre Benni ? L’assistante sociale de l’enfant, qui finit par s’effondrer, est tout à fait représentative de ces référents ASE qui suivent pendant des années les enfants qui leur sont confiés tout en se heurtant à un manque de places d’accueil … et qui craquent, parfois, eux aussi. Micha, simple aide à la vie scolaire sans formation, réagit avec ses tripes et apparaît comme une ressource incontournable. Il y en a beaucoup de cet acabit qui côtoient les professionnels qualifiés et diplômés, sans être toujours reconnus à leur juste valeur. Si on nous demande de plus en plus de remplir de la paperasse, de décliner un projet individualisé et de coter les actes accomplis en les reportant dans les tableaux SERAFIN-PH, on a aussi et surtout besoin d’être capable de gérer une crise et d’apaiser une colère là, tout de suite, maintenant. C’est ce savoir-faire et ce savoir-être s’exprimant au quotidien chez les professionnels de terrain qu’il faut préserver et transmettre aux nouvelles générations de travailleurs sociaux. On peut considérer Benni comme un concentré de différents profils de jeunes souffrant de troubles du comportement. Si nombre d’entre eux s’en sortent, réussissant grâce à leur famille et aux professionnels, certains ne cessent de trébucher. Comment faire face à ces personnalités complexes ? Sans doute pas les accueillir sur de gros collectifs dans lesquels le nombre d’éducateurs est réduit, par mesure d’économie. C’est le meilleur moyen de faire vivre à tout le monde une succession d’échecs. Il faut plutôt se tourner vers de très petites unités, un encadrement suffisamment étoffé, un quotidien source de sens et d’éprouvés renarcissisant, une approche innovante et renouvelée. C’est possible ! C’est ce que démontrent les séjours de rupture qui mettent en œuvre ces pratiques. Mais, il n’est pas obligatoire d’aller au bout du monde pour y avoir recours. Si Benni fuit, une fois de plus, le séjour de rupture au Kenya qui lui est proposé, elle réagit positivement au séjour sylvestre qu’elle vit aux côtés de de Micha. Mais, ce n’est conçu que comme une parenthèse, là où cela pourrait être pensé d’une manière bien plus pérenne. Pour paraphraser le dicton « Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance », on pourrait dire : « vous trouvez ces dispositifs trop coûteux, vous préférez donc les dégâts à l’âge adulte de ces troubles non accompagnés dans l’enfance ? »

Jacques Trémintin


29 juin 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Finir ensemble (1) ? Episode n°1


Par Christian Glasson, Educateur spécialisé.

C’est ici, au sein de la maison d’enfants, que j’ai perçu le point de bascule entre la normalité, le cours normal des évènements, celui avec lequel on s’habitue, celui qui devient presque une routine, si tant est que dans une telle institution il puisse y en avoir une, et l’inédit, l’improbable encore la veille. C’est dans un environnement entre ville et campagne que se déroule la scène. Les bruits de circulation se sont peu à peu tus, nous percevons subitement
plus nettement le retentissement des sirènes lancinantes des secours. Elles ne sont pas forcément liées à la pandémie en cours. Mais, mon inquiétude à ce sujet m’empêche de ne pas les associer. Le tintement des cloches des églises marquant le temps qui s’écoule est lui aussi plus discernable. C’est Francisco qui nous le fera remarquer à table. C’est sûr, il se passait quelque chose qui, hier encore, paraissait éloignée. Si bien qu’entre l’annonce de la
fermeture de toutes les écoles le jeudi 12 mars pour le lundi 16 mars et celle d’un confinement plus rigoureux à respecter, décrété le 17 mars à 12h, nous nous étions déjà retranchés, en limitant au strict minimum les déplacements lors de ce week-end du 14-15 mars 2020. Nous étions comme animés par une défiance maladive, face à un danger venu de l’extérieur.

De la nécessité de se protéger à la construction d’une cabane

Dès le vendredi 13 mars, quelques adolescents eurent l’envie de construire une cabane en bambou. Une des Cheffes de service les autorisa à la bâtir à un endroit défini : sur la rive
opposée du ruisseau qui nous sépare du parking. Ils sentirent dans l’expression de cette offre comme un défi qui leurs fut lancé. « Elle nous l’a dit comme si elle pensait qu’on n’allait pas y arriver !  » Ce fut la phrase qui jalonnera toute la mise en œuvre de leur édifice. Cette phrase les tiendra pourtant jusqu’au bout, durant une petite semaine. Elle les avait endurcis, leur conviction fut sans faille. Surtout pour Etan et Mathéo. Les deux frères, à la fois agacés, transformèrent le ton ironique par lequel avait été prononcée selon eux l’autorisation en une force. Mais ce désir de se mettre à l’abri, à l’écart, n’était-il pas lié avec l’actualité à laquelle ils accèdent ? Ce désir de « bousculer les habitudes et les repères pour plonger dans un monde nouveau, permettant d’espérer la création d’un univers où pourrait naître d’autres productions imaginaires (…) » (2) devenait incontournable.

Lors de leur chantier, en tant qu’adultes nous fûmes invités par eux, afin de leur prêter main
forte. Nous étions déjà à leur côté pour veiller à l’utilisation des outils mis à disposition (scie, marteau, bêche, sécateur). À partir de cette invitation, des échanges plus féconds de savoir-faire eurent cours, ce qui non seulement accélérait l’exécution de certaines tâches, mais aussi valorisait les uns aux yeux des autres. Chacun prit conscience qu’il y a toujours à prendre et à apprendre auprès de l’autre. En parlant en particulier avec Etan, je m’aperçus qu’il regorgeait d’idées et d’ingéniosité, tout en étant imbibé des vidéos sur Youtube (3) de ce type qui construit des piscines et des habitations souterraines en pleine jungle avec des moyens ancestraux. Je n’avais pas encore repéré chez lui cet intérêt. Nous échangeâmes un moment, en nous voyant déjà en train d’élaborer ces constructions fantasques. Ce qui se passait là permit aux enfants et aux adultes de se rassembler. Si les deux frères avaient pris l’initiative, Lucas, Théo, Clément, Théo, Axel, même Quentin, se regroupèrent par moment pour se répartir le travail, chacun en fonction de son habileté et de ses compétences ou de sa force et de son ingéniosité. Cette initiative de construire une cabane symbolisait à elle toute seule ce qui advint : « (…) d’autres manières d’être avec les autres et au monde  » (4) Cette première réalisation ne devait être que la première d’une série qui allait prendre naissance dans l’esprit de certains, enfants comme éducateurs. J’y reviendrai.

L’animation dans les rues décrut,
pourtant de quelques habitations sortaient des cris,
autant d’expressions de la difficulté de rester ensemble.

(1) Confinement est basé sur l’étymologie latine cum/finir, finir ensemble
(2) Mr. Tfue HOCINI, Faroudja, (sous la direction de), Jean-Louis Le Run, Catherine Potel-Baranes, l’enfant et ses espaces, édition érès collection enfances & psy, n°33, Ramonville Saint-Agne, 2006,166p.
(3) https://youtu.be/e-vZ_rBUCcw
(4) HOCINI, Faroudja, (sous la direction de), Jean-Louis Le Run, Catherine Potel-Baranes, l’enfant et ses espaces, édition Érès collection enfances & psy, n°33, Ramonville Saint-Agne, 2006,166p.

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(Plus de précisions)


27 juin 2020

★ INITIATIVES - Pour une ville accessible aux personnes avec handicap

L’UNAPEI avait lancé la campagne « C’est ma ville, c’est ma voix », à l’occasion des élections municipales du mois de mars 2020, en donnant la parole à des personnes en situation de handicap et à leurs familles. L’occasion, à la veille du second tour le 28 juin, de rappeler les attentes concrètes de citoyens rarement prises en compte par les candidats. Les maires peuvent agir pour mieux les inclure dans la vie des communes et répondre à leurs légitimes besoins. Le feront-ils, s’ils sont élus ?

Témoignage de Geoffrey  : « Le 15 mars, je vais voter pour le candidat qui s’engagera pour que les personnes handicapées puissent avoir accès comme les autres aux services publics. »

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Témoignage de Maïté  : « cette année, je vais voter pour le candidat qui va s’engager pour rendre les crèches ouvertes à tous les enfants »

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Témoignage de Soufian  : « Je vais voter pour le candidat qui s’engagera pour que les personnes handicapées puissent avoir accès comme les autres à un logement. »


26 juin 2020

★ INITIATIVES - Tous fragiles, tous concernés !

Une nouvelle vidéo à ne pas manquer. Celle du Psychodon qui a organisé le 12 juin un plateau dédié aux risques psychiques chez les jeunes. Didier Meillerand animait un débat auquel participaient deux jeunes ambassadrices en santé mentale de la Fondation ARHM (Action Recherche Handicap et santé Mentale) ainsi que deux psychiatres Alice Oppetit et Olivier Phan. Ils répondent aux questions posées sur Facebook. Le rappeur Gringe et Lou Benmenni-Leprince, psychologue représentante de la Croix-Rouge témoignent des solutions mises en œuvre pendant cette crise sanitaire, économique et psychique.


26 juin 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Confinement chauffant (6)

Par JS, chef de service éducatif.

Je tombe sur l’appel de Vincent Lindon dans Médiapart. Il m’inspire, il est bien ce mec. En plus, il fait des propositions après avoir consulté des économistes. La contribution Jean Valjean pour taxer les plus riches au bénéfice des plus pauvres. Rien de nouveau, mais tout est quantifié et on pourrait la pérenniser. Faut juste une volonté politique, et hop ! Il continue. On s’attaque à la corruption dans les hautes sphères de l’État. Le plan de bataille est bon. Je me dis que nous devons entrer en résistance. J’envoie cet appel à quelques éducateurs, mais j’y vais mollo. Je ne veux pas les inonder de messages. Ne pas imposer son propre désir aux autres. Un classique dans la relation éducative. Mais pourtant, c’est un moteur ? Paradoxe à ne pas résoudre.
C’est plus fort que moi, je reviens à la charge. Nos missions vont se réduire à une peau de chagrin à la merci de nos tutelles « non étayantes » si on ne se mobilise pas, alors que les besoins vont exploser. Le monde d’après ne peut pas être celui d’avant en pire. Le MEDEF (10) nous dit qu’il va falloir travailler plus. On le fait déjà, merci. Et une revalorisation des salaires des travailleurs sociaux ? L’éventuelle prime, c’est bien mais c’est qu’une fois ! Nous, on voudrait travailler mieux surtout, et continuer à intervenir au bénéfice de la prévention qui fait partie d’une des missions de la protection de l’enfance. Ce sera plus efficace pour les gamins et les familles.
Les collègues, si vous voulez aider, organisons la résistance ensemble. Il faut défendre notre job qui est cohérent, quant aux besoins. Notre projet initial vient du terrain et non d’un appel d’offre avec un cahier des charges trop ficelé.
Si on ne peut plus proposer un hébergement à des jeunes majeurs sans un contrat avec l’ASE avec le raz de marée à venir, on va dire à beaucoup de personnes : désolé, on ne peut rien faire pour vous. Impensable.

Procédure. Mais ça bloque au niveau associatif pour le retour de certains. La responsabilité pénale de l’employeur est en jeu. Pour dé confiner totalement le service, il faut écrire son plan et le passer en Comité social et économique. Ça va prendre un peu de temps et empêcher le retour du personnel administratif. Ok, je vais donc tourner à 50 heures par semaine, quelques temps encore. Je suis pris d’un vertige, en écrivant ces mots. Comment j’ai fait pour tenir ? Est-ce que je vais y arriver avec ce qui m’attend, sans savoir ce qu’il en sera. Le virus nous rend aveugle. Ne pas céder à l’angoisse qui paralyse. C’est terrible !
Je fais un dernier tour dans le service. Tout est mis à jour pour garantir la sécurité des personnes. Mais ça, c’est fait depuis le début de toute façon. J’ai besoin de vérifier quand même. Est-ce que ça suffira ? Il n’y a pas de raisons, on s’en est sorti jusqu’à maintenant. Tictac tic-tac, je redoute l’atterrissage. Et les règles de vie ? Va falloir les changer avec les gamins, notamment pour les heures de sorties. Les vannes s’ouvrent lundi et nous restons en zone rouge.

Fluides. Je suis en repos mais je reste avec le travail en tête. Comme une addiction. On n’arrive pas à s’en défaire malgré l’épuisement. J’appelle notre artiste-éducatrice pour lui transmettre des informations que je n’ai pas eu le temps d’écrire dans le cahier la veille. Je lui laisse un message. Elle me rappelle mais pour autre chose et m’envoie une vidéo édifiante. Une canalisation des eaux usées vient de céder sous la pression d’un bouchon dans un coude. La directrice, qui est d’astreinte, a appelé le numéro d’urgence du bailleur. Un plombier s’est déplacé, mais il ne peut rien faire. Il envoie un camion pour déboucher la canalisation et aspirer la flotte.
- Il y a 2 centimètres d’eau dans une chambre et ça coule à torrent depuis le plafond.
- Je prends ma douche et j’arrive.
- Ça ne sert à rien de venir, on va se débrouiller.
- Hors de question de vous laisser gérer ça tout seul.

Une fois sur les lieux, la situation est critique mais la bonne humeur permet de faire face. On évacue l’eau avec les moyens du bord. Le matériel de ménage ne tient pas le choc. Il faut vraiment donner les bons outils aux personnes. Notre sauveur arrive avec son camion aspirant-déboucheur. Il prend la situation en main, libère la colonne pendant que nous aspirons la flotte, mais pas que ! On prend des photos pour la déclaration de sinistre et on filme pour la postérité. Une fois débouchée, la colonne est réparée aux petits oignons. Ça tiendra provisoirement. Il en profite même pour faire de l’éducatif avec un gamin qui lui demande une clope. Rencontre. Il nous demande si ça va aller et part la conscience tranquille.
On finit le nettoyage, on condamne la chambre jusqu’à sa désinfection. Le Corona est toujours présent même si on en parle moins. Apprendre à vivre avec ? Hors de question. Pas d’adaptation, de la résilience. On rigole de cette aventure dramatique et merdique qui n’en finit pas mais qui nous soude et modifie profondément notre manière d’être au travail, du fait de notre quasi-vivre ensemble. Nous sommes plus authentiques et les gamins le perçoivent. C’est gratifiant mais que c’est dur ! Bas les masques tout en les gardant sur le visage. Encore un paradoxe à ne pas résoudre ! Et notre jouissance dans tout ÇA ? Pulsion de vie et pulsion de mort s’entremêlent. Il va falloir retourner s’allonger sur le divan.
Avant, pendant et après. En tout, nous avons hébergé onze adolescents pendant le confinement. Un jeune a été réorienté vers son foyer d’origine, cinq ont fugués et cinq sont toujours parmi nous. Aucun projet d’orientation n’a été mis en œuvre lors de cette la période alors que les tutelles le demandaient pour « fluidifier » les places d’urgence. Ce n’était ni réalisable, ni adapté au contexte. Il semble que les demandes d’admissions en urgence soient restées très faibles dans notre département. Pour quelle raison ? Cela reste à déterminer.
Comment nous en sommes arrivés-là ? La protection de l’enfance ne protège pas les gamins les plus vulnérables et ne prévient plus leurs besoins. Elle était à genou avant la crise sanitaire. Elle va en ressortir à terre.
Chez nous, on colmate, mais on ne rénove pas. Le bateau fuit et coule doucement mais surement.
Planifions la contribution Jean Valjean en urgence car on ouvre les vannes lundi…

(10) J’ai oublié la signification.

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Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous ou envoyez-nous une vidéo de 2 à 3 min à red@lien-social.com.
(Plus de précisions)


25 juin 2020

✚ COMMUNIQUÉ – Guide ministériel Protection de l’enfance

La Direction générale de la cohésion sociale a édité le guide ministériel Protection de l’enfance « Actualisation des consignes nationales pour la phase 3 de la levée du confinement des missions de protection de l’enfance, dans le respect des règles sanitaires et des impératifs de distanciation physique », adressé aux têtes de réseaux nationales du secteur de la protection de l’enfance ainsi qu’aux directions enfance-famille des conseils départementaux.
Accéder au guide en cliquant ici


25 juin 2020

■ ACTU - Sexualité en séjours adaptés • L’amour à la page ?

Les séjours adaptés permettent aux personnes avec un handicap intellectuel de vivre une parenthèse hors institution ou famille. L’été est souvent synonyme d’amours de vacances, ces personnes peuvent-elles les vivre sereinement ?

L’heure des vacances d’été a sonné. Les personnes en situation de handicap intellectuel s’inscrivent ou se font inscrire par les associations gestionnaires d’établissements ou les parents dans des séjours adaptés collectifs ou en milieu ordinaire (campings, centres de vacances), organisés par des associations et des organismes spécialisés.
Durant ces vacances à la mer, à la montagne où à la campagne, ceux-ci prennent-ils en compte la vie affective et sexuelle des vacanciers ? « Oui, nous militons pour un accompagnement global de la personne handicapée et ces questions en font partie. Nous inscrivons donc les adultes dans les séjours adaptés agréés par le Conseil national des loisirs et du tourisme adapté (CNLTA). Leurs animateurs encadrants suivent obligatoirement deux journées de sensibilisation au handicap qui abordent la vie affective et sexuelle », explique Luc Gateau, président de l’Unapei. Une sensibilisation préconisée par les textes règlementaires.
Cependant, ces questions ne seront vécues sereinement que si les professionnels les ont travaillées en amont tout au long de l’année. « Dans nos associations, ils sensibilisent au consentement, à la contraception, au désir de grossesse, ce qui n’est pas forcément le cas des parents dont l’enfant majeur vit à domicile  », poursuit Luc Gateau. Ces discussions n’étant pas forcément faciles à concevoir pour eux, les équipes des structures gérées par l’Unapei organisent des rencontres avec eux et leur enfant adulte pour évoquer ses désirs et besoins «  Pour les parents, apprendre que leur enfant, même majeur, est amoureux nécessite souvent un accompagnement, des explications pour que ce dernier vive sa vie affective le plus sereinement possible, évoque le président de l’Unapei. L’été constitue une parenthèse, le séjour peut devenir un moment de découverte pour ces adultes en situation de handicap intellectuel. Nous parlons beaucoup de société inclusive, nous n’avons donc pas à les traiter comme des enfants qui n’auraient pas accès à une vie affective et sexuelle. »

Couples vacanciers

« Cette question est de plus en plus prise en compte dans la société et de façon systématique dans les séjours organisés par les organismes de vacances adaptées affiliés au CNLTA, complète Pascaline Martineau, sa déléguée générale. Nous inscrivons d’ailleurs beaucoup plus de couples qu’il y a quelques années. Les organismes apportent une attention toute particulière au respect de l’intimité et de la vie affective des vacanciers accueillis et forment leurs équipes en ce sens. »

Les dossiers d’inscription et la fiche sanitaire fournissent aussi des indications (contraception, vie de couple, etc.). Si les animateurs encadrants des séjours adaptés agréés par le CNLTA rencontrent des difficultés liées à ces questions, ils peuvent solliciter un référent de l’organisme organisateur disponible tout au long du séjour, un éducateur du foyer de vie de l’adulte ou sa famille.


Consignes sanitaires de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) concernant l’organisation de séjours de vacances adaptés aux personnes en situation de handicap

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À retrouver, les dossiers consacrés par Lien Social au thème Sexualité et handicap :
L’autre libération sexuelle - Lien Social n°1241
Le handicap selon Eros - Lien Social n° 1187
Sexualité et handicap : dépasser les bonnes intentions - Lien Social n° 1163

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Quatre vidéos accessibles à tous pour aborder la sexualité par le Centre ressources handicap et sexualité avec sous-titres et LSF
https://cerhes.org/4-videos-accessibles-a-tous-pour-aborder-la-sexualite/

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Le 9 octobre 2020, le CNLTA organise la formation « Sexualité et handicap en séjour de vacances adaptées », en direction des professionnels des organismes de vacances adaptées.