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15 novembre 2019

■ ACTU - Prison. L’OIP mis à l’ombre

Alors que le nombre de personnes détenues bat des records en 2019, l’État et les collectivités territoriales se désengagent vis-à-vis de l’Observatoire international des prisons (OIP). Il tire la sonnette d’alarme.

En cinq ans, l’Observatoire international des prisons (OIP) a perdu 66 % de ses subventions publiques. «  Les aides de l’État et des collectivités territoriales, qui comptaient en 2014 pour plus de la moitié de nos ressources, n’en représentent plus aujourd’hui qu’un petit quart  », alerte l’organisation. Six des huit régions qui la finançaient, deux départements et des partenaires de longue date ont coupé les robinets. Concrètement, en 2019, l’OIP perçoit 282 000 euros de moins qu’en 2014 sur un budget prévisionnel de 750 000 euros.

Clé sous la porte

Ces défections successives mettent gravement à mal les activités de l’association, alors que dans la même période, le nombre de personnes détenues s’est envolé, passant de 67 000 à près de 72 000, un record jamais atteint en temps de paix. Conséquences ? Surpopulation, violence, inactivité, perte de sens : «  un cocktail explosif qui fait sporadiquement l’actualité, avant de retomber dans l’oubli  », dénonce l’OIP. S’il touche l’ensemble du secteur associatif, ce désengagement financier reflète aussi pour l’Observatoire un choix, celui de ne pas soutenir une association souvent critique vis-à-vis des politiques publiques.

« Ce désengagement fait aussi fi de nos actions, alors que nous sommes un interlocuteur essentiel pour les dizaines de milliers de personnes, détenues ou proches de détenus, confrontées à une incarcération, dont l’ensemble des repères sont alors bouleversés », poursuit l’OIP. Depuis sa création en 1990, l’organisation constitue un pilier du monde carcéral. Elle publie des rapports qui font du bruit, la revue trimestrielle Dedans-Dehors, un ouvrage de référence : Le guide du prisonnier et anime un site internet d’information. Elle livre une expertise et constitue l’une des principales ressources en matière d’information sur la prison. L’OIP est également une force de proposition respectée et attendue pour les institutions, parlementaires, corps d’inspections ou groupes de travail ministériels qui sollicitent son analyse sur le milieu carcéral. C’est enfin et surtout un garde-fou essentiel contre les abus de pouvoir, « dans un monde clos, invisible, où il est tellement aisé de les faire prospérer et de les cacher ». 

Henri LECLERC

Sursaut citoyen

L’ensemble de ses actions étant aujourd’hui menacé, l’OIP appelle à un sursaut politique, citoyen et à un soutien financier avec un appel au don. Objectif : réunir 100 000 euros au 30 novembre. Au 14, elle a déjà récolté 70 956 euros. La preuve, s’il en fallait une, que l’organisation est considérée comme indispensable. Un détenu le confirme : « Vous ne vous rendez pas compte de ce que ça fait de recevoir un courrier de l’OIP. Ici les surveillants ont arrêté de m’emmerder et se sont mis à m’appeler Monsieur ! »


14 novembre 2019

► FORUM - Comment faire face aux violences institutionnelles ?

« Agir en homme de pensée et penser en homme d’action. » À l’image de cette maxime de Bergson, des professionnels se confrontent au remue-méninges qui leur est proposé, se risquant à déconstruire, à concevoir et à faire réfléchir.



Dès 1991, Stanislas Tomkiewicz et Pascal Vivet dénonçaient la maltraitance qui se déploie au coeur des institutions chargées de protéger les populations vulnérables qu’elles accueillent (1). Où en sommes-nous de cette réflexion ?

Par Michel Defrance, éducateur spécialisé, directeur d’institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (ITEP), retraité, « conteur d’institution »

Les termes de violence et d’institution évoquent de nombreuses représentations. Les violences effectives ou ressenties, inacceptables pour certains, ou simples contraintes à subir pour d’autres. L’institution évoque soit l’établissement ou le service, soit la direction mais rarement une organisation qui procède de valeurs, concepts, projets rassemblant des « militants » agissant ensemble pour une cause commune. Les violences institutionnelles sont des réactions à l’encontre de ce qui s’oppose : refus d’adhérer ou d’obéir, résistance qu’il conviendrait de faire plier par la force physique ou psychique. Elles surgissent surtout face aux agressions dont les professionnels peuvent être victimes.
Lorsque la symptomatique oppositionnelle, la réactivité émotionnelle exacerbée des jeunes s’expriment, quelles attitudes, quels consensus d’intervention, quelles références théoriques viennent donner sens aux pratiques ? Les équipes sont interrogées dans leurs capacités à élaborer leurs réponses et les directions dans leurs facultés à mettre en place et soutenir les échanges, faire vivre les controverses, sécuriser les espaces de parole, animer, conduire ces élaborations interdisciplinaires, mais aussi dans leur capacité à soutenir les personnes affectées par ces évènements violents. En situation d’être insultés, menacés, bousculés, rarement frappés, les professionnels ne sont pas tous émotionnellement capables de réagir « à bon escient » avec le recul suffisant, la maîtrise nécessaire pour ne pas répondre en miroir. C’est bien grâce au travail collectif de réflexion, de respect mutuel, d’entraide, que les collègues ne se sentiront pas seuls face à leurs émotions et que leur « sécurité d’intervenir » sera suffisante. On peut intervenir à plusieurs ou se trouver malheureusement trop souvent isolé face à un jeune, mais alors faire en sorte que celui-ci perçoive que derrière son éduc il y a tous les autres… Ne pas donner à penser que l’on agit en son nom propre – ce qui pourrait être arbitraire –, mais au nom de l’institution… Les jeunes sont d’autant plus réactifs qu’ils se sentent injustement traités, insuffisamment pris en compte ou encore incompris… La prévention des comportements éducatifs irrespectueux passe par une attention de tous les instants à chacun d’entre eux. Qu’ils se rendent insupportables pour évacuer l’insupportable en eux devrait être compris et assumé par des professionnels formés à ces relations « rugueuses » qui avant de s’engager dans ces métiers de la relation à forte exposition émotionnelle devraient en mesurer les risques, les accepter et s’y préparer… « Je n’ai pas choisi ce métier pour me faire insulter. » Certes, mais un pompier n’exerce pas non plus pour se faire brûler… Être éducateur a toujours été un exercice périlleux qui suppose force morale, conviction et engagement. Les jeunes dont nous nous occupons ont besoin de notre affection et de la fermeté de nos exigences pour se sentir reconnus. Ce sont des postures à élaborer inlassablement pour ne pas laisser notre réactivité émotionnelle, notre crainte seules guider nos interventions. Maintenir « ouvert » un accès lucide à ses affects passe par l’acceptation d’un « travail sur soi » exigeant pour gérer les atteintes narcissiques que ces situations nous font connaître… La formation initiale et continue, une vie institutionnelle riche d’échanges et d’élaborations communes, de solidarité, d’humour, ainsi que des espaces de repli réflexifs comme l’analyse des pratiques et les journées d’étude en « intra » sont les principaux leviers de prévention des violences institutionnelles…

Par Jérôme Bouts, travailleur social, directeur général d’association

Christophe a 60 ans, il part à la retraite après trente-cinq années de bons et loyaux services dans une maison d’enfants à caractère social (MECS). D’abord agent technique, il n’a jamais fermé la porte de sa cuisine aux adolescents. Il m’explique avoir eu deux carrières : la seconde a commencé lorsque un directeur a décidé de le reconnaître comme éducateur technique alors qu’il exerçait déjà depuis des années, de fait, une fonction éducative. Cette décision a changé sa vie professionnelle, laissant derrière lui ce qu’il ressentait comme une violence de l’institution à son égard, un défaut de gratitude. Le philosophe et enseignant Éric Fiat nous explique qu’il faut inverser la pyramide de Maslow. Il propose la primauté d’un besoin de reconnaissance pour s’accomplir à ceux des besoins physiologiques. « Je suis moi par la grâce de toi  », nous dit-il encore. L’institution justement est censée proposer l’articulation entre les individus qui la composent et la dimension collective ; garantissant à chacun d’être reconnu mais aussi limité dans sa subjectivité au service de nos missions sociales et médico-sociales. Il apparaît pour nous que les violences institutionnelles naissent lorsque nous ne recherchons pas cet équilibre. À une époque où l’on tend à nous imposer une logique de désinstitutionnalisation, c’est au contraire le lieu institutionnel qui permet la confrontation (versus affrontement). Les conflits apparaissent lorsque cet équilibre est rompu. Ils doivent être traités en tant que tels, sans être confondus dans la gestion des institutions avec la logique de conflictualité nécessaire à des confrontations porteuses de co-constructions. D’une autre façon, quand le pédopsychiatre Philippe Jeammet nous explique que nous sommes essentiellement guidés par nos émotions, c’est justement l’institution qui propose un cadre de droit susceptible de les canaliser vers la créativité plutôt que vers la destructivité. Ainsi les violences dans les institutions arrivent lorsqu’il manque l’institutionnalisation des pratiques, lorsque celles-ci ne sont pas référées à des conceptions suffisamment partagées et arrêtées ensemble. Les pratiques ne disent en effet rien ou pas grand-chose du sens qu’on y met et c’est un lieu commun que de dire que les personnes souffrent professionnellement à partir du moment où elles ne perçoivent plus le sens de leur pratique. À l’image de ces institutions réduites à donner des directives à la place de directions. Ce refuge dans l’opératoire (les procédures) est symptomatique de cela.
Il m’apparaît que les institutions doivent faire un effort de définition des objets qui les occupent, sans quoi le sens ne peut plus ni être garanti ni guère rappelé. Il s’agit de se mettre d’accord suffisamment sur les « évidences » qui président à nos missions. Parmi mille autres exemples, on peut définir ensemble ce qu’est l’éducation : il s’agit bien d’une question de transmission de valeurs (des règles, des normes, des usages) qui s’oppose à toute idée de domination. Cela donne une direction, permet des protocoles qui offrent un espace de possibles référés et garantis par l’institution, ses cadres mais aussi par ceux qui en comprennent le sens.
Notre jeune retraité Christophe, donc, nous dit avoir pu exercer sa pratique professionnelle librement dans son institution. Pour reprendre Reynald Brizais « professionnel ni libre ni déterminé, il a été libre de choisir parmi des possibles institutionnels qu’il n’avait pas complètement choisis  ». Nous savons que les adolescents accompagnés durant toutes ces années auront bénéficié de ce cadre recherché de non-violence institutionnelle !

(1) Aimer mal, châtier bien : enquêtes sur les violences dans les institutions pour enfants et adolescents, Éd Seuil.

Publié dans Lien Social n°1261 (12 novembre 2019)


7 novembre 2019

■ ACTU - Accès aux soins • reculs inédits

« Des reculs sans précédent ». Des associations et fédérations, comme Médecins du Monde, le Gisti, la Fédération des acteurs sociaux, dénoncent unanimement les mesures annoncées le 6 novembre par le gouvernement pour réduire l’accès aux soins des demandeurs d’asile et des personnes sans titre de séjour. « Aucun gouvernement n’avait osé aller aussi loin », alertent-elles. « Les mesures proposées portent gravement atteinte à la santé individuelle des personnes et vont à l’encontre de tous les principes de santé publique », affirment-elles. Lutter contre la fraude et limiter les abus sont les deux arguments avancés par le gouvernement pour restreindre cet accès aux soins.

Il instaure notamment un délai de carence de trois mois après le dépôt de la demande d’asile pour accéder à la Protection universelle maladie (PUMA) pour les demandeurs d’asile. Objectif ? « Eviter le détournement de la demande d’asile dans le seul but d’obtenir la prise en charge des soins », affirme le gouvernement. Le décret d’application est attendu avant la fin de l’année. « Cette mesure va aggraver l’état de santé de ces personnes », s’alarment les associations. Enfin, les personnes avec une obligation à quitter le territoire (OQTF) perdront leurs droits aux soins, actuellement les droits courraient sur 12 mois après le refus de la demande d’asile.

Chiffon rouge

Le gouvernement s’attaque également à l’Aide médicale d’Etat (AME) en s’appuyant sur la sortie du énième rapport d’évaluation conjointe IGAS/IGF sur ce dispositif, chiffon rouge des discours politiques droitiers sur l’immigration. « Le milliard le plus scruté de la dépense publique » avance le rapport IGAS/IGF en reprenant le propos des associations. Si le rapport avance « une présomption d’une migration pour soins », elle l’appuie sur l’étude de 180 dossiers où elle relève une prise en charge « anormalement élevée » des accouchements en soins urgents, des cancers, du diabète et des insuffisances rénales. Or, depuis toujours les associations constatent une arrivée tardive aux soins des bénéficiaires de l’AME avec des pathologies aggravées (ou des grossesses très avancées) en raison des multiples barrières déjà existantes vers leurs accès aux droits et aux soins en France.

La situation, demain, sera plus grave encore. Regroupement des demandes AME dans trois caisses d’assurance maladie (CPAM), croisements de ces fichiers avec les données du progiciel Visabio pour rejeter toutes demandes venant d’une personne avec un visa en cours, exigence de la présence physique du demandeur d’AME à la CPAM, renforcement des contrôles d’attestation d’hébergement… Ces mesures vont un peu plus compliquer l’accès à l’AME, renforcer le non-recours et grever les finances publiques.

L’introduction d’une obligation d’entente préalable avec la CPAM pour les soins considérés comme non-urgents vient ajouter une nouvelle barrière administrative importante dans ce parcours du combattant. Et pour appuyer un peu plus encore sa volonté politique de restreindre l’accès aux soins, le gouvernement vient de faire voter ce 7 novembre par l’Assemblée dans le cadre du projet de loi de Finances pour 2020 un amendement prévoyant une baisse de 15 millions de la dotation de l’Aide médicale d’Etat.


6 novembre 2019

► FORUM - Du directeur au manager : une dérive

Par Jean-François Coffin, cadre de direction en établissement social et médico-social.
L’art de diriger, longtemps source de créativité, est de plus en plus réduit à l’application de normes et de techniques.

Le titre de directeur apparaît encore dans les offres d’emploi du secteur médico-social mais il régresse. Le titre de responsable, la fonction de chef de service ou d’adjoint de direction y apparaissent de plus en plus fréquentes. Les salaires imposés (puisque conventionnellement non négociables, sauf exception subissent les effets des mesures d’économies attendues en compensation du développement de sièges de plus en plus fournis en spécialistes et garants du respect de normes elles-mêmes de plus en plus intrusives. Ces normes se trouvent disposer d’un nombre croissant de sources d’inspiration. L’appareil bureaucratique sature nos organisations (et nos intelligences, brouillées et fatiguées) de règles de fonctionnement et de conduite (chartes managériales et autres codes de bonne conduite, modèle induit par les valeurs affichées par l’employeur).
Le champ, lui-même très prolifique, semble aspirer au contrôle des actes produits par des managers, conçus comme de possibles figures de l’excellence et de l’aboutissement concret d’une technologie de la maîtrise de soi et de la reproduction des idées et des modèles la plus fidèle qu’il soit possible de manifester dans un espace contrôlé. Les managers sont placés dans l’obligation de s’aligner ou à défaut de quitter l’organisation. Le marché de l’emploi des cadres de direction semble avoir atteint un point d’équilibre le plus souvent défavorable : plus de candidats, moins de postes, des salaries à la baisse ou une charge de travail à la hausse. L’exercice de ces fonctions de direction pour des établissements de plus de dix salariés suppose la détention d’un titre de niveau I inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), comme le prévoit le décret n° 2007-221 du 19 février 2007. Il faut bien considérer que même si le titre de directeur se trouve de moins en moins attribué, le niveau I est toujours exigé. L’écart entre les ressources et le contenu des missions tend donc à s’accroître au regard de ce qui apparaît de plus en plus fréquemment comme une tendance à transformer la fonction en coquille vide.

Cette évolution peut amener celui qui la subit à une perte de savoirs et de savoir-faire, à une déqualification de fait et à une perte de chance de trouver un autre emploi. L’intérêt du travail de directeur procède en grande partie de la possibilité laissée à celui qui l’exerce d’oeuvrer plus que de souffrir du travail. La dimension artistique du travail de direction régresse au profit d’une technique qui se décline désormais sous des aspects de plus en plus variés, mobilisant tous les compartiments d’une activité qui se doit d’être la plus prévisible et la plus normalisée possible. Des stratégies d’évitement peuvent être mises en place, mais elles ne résistent pas aux effets d’une surveillance de plus en plus complète de l’activité par des outils numériques et par les professionnels en cours de socialisation dans des pratiques professionnelles imposées.

C’est aussi une histoire de génération et l’habitus n’est pas étranger à l’idée que l’on peut être amené à se faire et la pratique que l’on peut avoir de la fonction de direction. Le simple manager en devenir peut être chargé de relayer une pensée qui lui est étrangère et contraint au soutien d’actions que sa propre personnalité, sa propre expérience, sa seule subjectivité n’auraient jamais initiées sans la pression au conformisme, à l’obéissance ou la peur de l’isolement et de la perte d’emploi. Cela ne lui serait pas venu à l’idée mais il peut être amené, par faiblesse, fragilité ou simple effet d’une dissonance cognitive à adopter les pratiques et les idées qu’il n’aurait jamais imaginées, avant de s’y aliéner peu à peu, à force de pratique et de fréquentation. Celui qui peut encore être nommé directeur par les salariés les plus anciens n’a plus de pouvoirs de direction : il ne dispose plus de l’autonomie requise pour pouvoir l’exercer dans de bonne conditions, il est contraint par des chartes, des normes, des « bonnes pratiques » des modèles issus d’une de ces « formations » dont le seul objectif consiste à réduire autant que possible les effets de la personnalité sur la pratique, dans sa forme tout autant que dans sa « technique », raison ultime de tout bon « manager » en quête de reconnaissance ou tout simplement d’emploi.

Publié dans Lien Social n°1261 (12 novembre 2019)


31 octobre 2019

■ ACTU - Autonomie • Aider les aidants


L’association nationale Jeunes aidants ensemble (JADE) propose des ateliers cinéma-répit aux jeunes. Co-fondés par une psychologue clinicienne et une réalisatrice, ils offrent un temps de répit et d’expression aux jeunes aidants.
Crédit photo : Arsène Desmichelle

Le 23 octobre, le gouvernement a présenté la Stratégie de mobilisation et de soutien des proches aidants (2020 - 2022). Objectif ? Soulager et soutenir ces derniers.
«  Enfin les aidants sortent de l’invisibilité !  », saluent nombre d’associations après la présentation de « Agir pour les aidants », la Stratégie de mobilisation et de soutien des proches aidants. « Les mesures, prévues dans les prochains mois constitueront une avancée pour des millions d’aidants de personnes en situation de handicap en France », apprécie par exemple Luc Gateau, président de l’Unapei.
Entre huit et onze millions de Français aident un proche en perte d’autonomie en raison d’un handicap, de l’âge ou d’une maladie, d’une façon régulière et non professionnelle.

Répit
Dix-sept mesures clés s’adressent directement aux aidants, parmi lesquelles : la mise en place d’une ligne téléphonique d’écoute anonyme, de partage, d’information et d’orientation ; le déploiement d’un réseau de lieux d’accueil physique ; le développement de maisons de répit sur l’ensemble du territoire. Et surtout l’indemnisation du congé du proche aidant dès le mois d’octobre 2020 pour les salariés, travailleurs indépendants et agents publics. Une indemnisation versée par la caisse d’allocations familiales (CAF) et les caisses de la Mutualité sociale agricole (MSA), pouvant aller jusqu’à trois mois ouvrés sur l’ensemble de la carrière de l’aidant. Son montant est fixé entre 43 et 52 euros par jour et son versement ouvrira des droits à la retraite.
Autre avancée saluée par les associations liées au handicap : la suppression de la fiscalité du dédommagement familial dans le cadre de la prestation de compensation du handicap (PCH), soumis à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux.

Les jeunes aidants sortent de l’ombre
Autre mesure phare : le soutien aux jeunes aidants âgés de moins de 25 ans. L’association Jeunes aidants ensemble (JADE) la salue comme « Une avancée majeure ». Elle espère toutefois « que des moyens nécessaires seront engagés afin de renforcer les dispositifs d’aide à domicile pour soulager aidés et aidants et aussi pour repérer ces jeunes (dans les établissements scolaires, les salles d’attente où ils accompagnent leur proche…) et évaluer leurs besoins. »

Les jeunes aidants de l’association JADE s’expriment aussi par le chant.

De son côté, Luc Gateau souligne que le gouvernement propose une stratégie transversale qui concrétise de nombreuses actions que l’Unapei porte depuis longtemps et précise : « La solidarité nationale doit être à la hauteur de l’engagement des aidants. Notre association suivra de près sa mise en œuvre et ne manquera pas de contribuer à son développement.  » 
Une stratégie au financement annoncé de 400 millions d’euros sur trois ans, dont 105 millions pour le droit au répit. Déjà échaudé par des promesses non tenues, le Groupe de réflexion et réseau pour l’accueil temporaire des personnes en situation de handicap (Grath) apprécie « de belles perspectives » tout en « espérant que, cette fois, la réalité sera à la hauteur des promesses. »

Chiffres clés

En 2019, près d’un Français sur six a un rôle d’aidant. 90 % des personnes concernées aident un membre de leur famille, et pour 52 % d’entre eux, un de leurs parents. 37 % des aidants ont entre 50 et 64 ans. Les femmes représentent 57 % des aidants.

En 2018, 31 % des aidants déclaraient délaisser leur propre santé.

En 2017, huit aidants sur dix avaient le sentiment de ne pas être suffisamment aidés et considérés par les pouvoirs publics.


24 octobre 2019

■ ACTU - Handicap. AESH en colère

Charlotte*, accompagnante d’élève en situation de handicap (AESH) depuis 8 ans, a reçu début octobre un appel de sa banque. « Vous êtes à 750 euros de découvert … ». Elle tombe des nues. « Personne ne m’avait prévenu, je n’ai reçu aucune excuse, aucune explication, après avoir bataillé j’ai finalement perçu le 16 octobre un acompte de 690 euros, soit 90% de mon salaire ». Charlotte comme beaucoup d’autres AESH n’a pas été payé en septembre. La rentrée est « catastrophique » pour les AESH, juge Hélène Elouard AESH du collectif AESH national CGT Educ’Action. Salaires non payés, absence de contrats, mutualisation forcée, affectations aberrantes… En 2019, déjà, l’année avait été émaillée de manifestations (comme sur la photo à Paris en février 2019) pour protester contre les conditions de travail dégradées des AESH.

Rentrée inclusive

Pourtant, le ministère de l’Education avait promis une rentrée pleinement inclusive avec des « contrats robustes » pour les AESH (voir le dossier du n°1259 de Lien Social). Désormais, plus de CDD d’un an mais de trois ans renouvelable une fois avant un CDI. « Des contrats ne sont pas encore arrivés, certains travaillent sans, d’autres ont signé des contrats ancien modèle d’un an au mois de juin. On leur promettait un avenant avant la fin septembre, à ce jour, ils n’ont toujours rien », détaille Hélène Elouard. Une circulaire appelait à prendre en compte le temps invisible du travail des AESH : réunions, rencontres avec les parents, préparation… avec une annualisation du temps de travail sur 41 semaines et non 39 comme auparavant. « Sauf que cette circulaire est mal interprétée par les rectorats qui incluent ces heures dans le temps de travail effectif au sein de l’établissement », explique Hélène Elouard.

Batailler

Autre promesse : des affectations anticipées pour une rentrée préparée par des rencontres avec les parents et les futurs accompagnés. Charlotte, après de multiples demandes auprès du rectorat sur sa future affiliation, apprend le 30 août qu’elle reste dans le même lycée où elle suivait à temps plein une jeune fille. A la rentrée, on lui indique qu’elle accompagnera désormais cinq élèves. Elle bataille à nouveau pour finalement obtenir l’accompagnement d’une seule lycéenne. Son ancienne élève reste sur le carreau, sans accompagnement appropriée. L’installation des pôles inclusifs d’accompagnement localisés sensés mutualiser les moyens pour mieux répondre aux besoins entraine, selon Hélène Elouard, une mutualisation forcée qui dégrade les conditions de travail des AESH au détriment de l’accompagnement des élèves.

La machine bugge. Pas assez d’agents administratifs pour régulariser toutes les situations, les changements de contrats, l’installation des PIALS, s’excusent les académies. Dans plusieurs départements, des AESH protestent comme à Rouen le 9 octobre dernier où ces professionnels se sont rassemblés devant le rectorat pour déposer une alerte sociale sur leur situation.
Pour une large intersyndicale la coupe est pleine. Elle appelle à une mobilisation nationale le 20 novembre prochain. Charlotte n’ira pas manifester. Pour s’en sortir en septembre sans paye, cette mère célibataire de deux enfants a dû aller chercher des colis alimentaires au Secours populaire… Impossible pour elle de sacrifier un jour de salaire.

* Le prénom a été modifié


17 octobre 2019

■ ACTU - Haute-Garonne - La solidarité craque


Du jamais vu. En Haute-Garonne, depuis le 11 octobre, 21 des 23 maisons des solidarités (MDS) et les services du siège de l’action sociale départementale sont totalement ou partiellement fermés : un droit d’alerte et de retrait a été déposé le 10 au soir par une intersyndicale SUD, CGT, FO.

La mobilisation a débuté le 26 septembre au service de l’aide sociale à l’enfance (ASE) de la MDS de Frouzins. Le trop plein s’est exprimé après un accès de violence d’une jeune fille contre son éducateur. Un passage à l’acte que l’équipe lit au travers de la mauvaise prise en charge de l’adolescente en besoin de soins spécifiques : impossible de trouver une place dans une structure adaptée. « A charge pour les référents ASE de trouver des solutions au jour le jour », explique Marina Lergenmuller, éducatrice à l’ASE et représentante du personnel syndiquée à Sud CT 31. Insupportable pour l’équipe qui décide d’exercer son droit de retrait.

Une situation symptomatique pour les professionnels de la dégradation des conditions d’accueil et de travail dans les structures de solidarités du département. Cette MDS est rapidement rejointe par la MDS de Cazères. Là encore, il ne reste que quatre référents ASE en poste quand ils sont officiellement onze pour répondre aux missions. Intenable. « De nombreuses mesures de protection de l’enfance ne sont pas exercées, les instances pluridisciplinaires ne peuvent pas se tenir et nombre de procédures ne sont pas respectées », avance le syndicat SUD.

Historique

Les jours suivants, d’autres MDS rejoignent le mouvement, une assemblée générale des services est organisée le 10 octobre. Elle réunit plus de 500 personnes, « fait historique » selon l’intersyndicale qui décide de déposer un droit d’alerte et de retrait pour l’ensemble des maisons des solidarités et des équipes du siège départemental. Insomnies, angoisses, perte de confiance, tension, stress… lors de cette assemblée, les professionnels déversent leur mal-être. Une enquête CHSCT s’engage et l’ensemble des services demandent à être entendus : il faudra deux jours pour que chacun puisse s’exprimer. Le 16 octobre, le département annonce un plan d’urgence devant une salle remplie de plusieurs centaines de professionnels de l’action sociale.

Sebastien Vincini, conseiller départemental PS, chargé du personnel au département de Haute-Garonne avance plusieurs mesures, notamment des créations de poste : le renforcement du pool de remplaçants déjà annoncé de 15 référents ASE et 5 AS de polyvalence par 10 puériculteurs et 5 infirmier diplômés ; la création de 16 postes de référents ASE pour limiter à 25 en moyenne le nombre de mesures ASE par agent ; la création de 8 postes de psychologues à temps plein ; mise en place d’espaces de réflexion et d’élaboration sur les pratiques ; allongement de tous les contrats à durée déterminée à un an ; accord avec les instituts de formation pour l’octroi de bourses d’études en échange d’un engagement auprès de la collectivité. Le département promet par ailleurs l’ouverture d’un service d’accueil d’urgence, de 40 places en MECS et de place pour les jeunes accompagnés en logement diffus.

Oubliés

Si l’intention est là, les professionnels maintiennent la mobilisation. L’inquiétude face à une vaste réorganisation des services dans le cadre d’un projet de territorialisation demeure importante. Et « il reste beaucoup d’oubliés », remarque Vincent Poliani, de SUD CT 31. « La polyvalence subit les disfonctionnements de la protection de l’enfance, explique sa collègue Marina Lergenmuller. Les AS croulent sous les informations préoccupantes à traiter, parfois lorsqu’elles estiment qu’il faudrait une aide éducative à domicile, elles attendent avant de la transmettre à leurs collègues de l’ASE parce qu’elles savent que la mesure ne sera pas exercée concrètement puisque l’ASE est sous l’eau… Elles gardent tant qu’elles peuvent la situation et elles craquent ». En PMI, l’absence de médecins empêche le respect de toutes ses missions. Le département compte cinq conseillères en économie sociale familiale. « Elles se partagent les 23 MDS, courent partout, n’ont pas de bureau attitré, pas d’interlocuteurs… », témoigne Martine Urzay, assistante sociale syndiquée SUD CT 31. Le département promet de revoir leur périmètre d’intervention. Pas suffisant.

Désormais, les professionnels attendent le résultat de l’enquête CHSCT dans les prochains jours. Tous conviennent qu’il y aura un avant et un après cette mobilisation.


9 octobre 2019

■ ACTU - Protection de l’enfance. Maltraitance politique

M. avait 15 ans. Il venait d’Algérie. Le 28 septembre, il a sauté du toit de son foyer à Montfermeil. Ce jeune mineur isolé étranger était en grande souffrance psychiatrique ; un suivi hospitalier était prévu mais l’attestation CMU était demandée pour entamer les soins. La veille de son suicide, la cellule d’accompagnement des mineurs non accompagnés (CAMNA) de Bobigny avait appelé le foyer pour l’informer de l’arrivée de cette fameuse attestation...

La nouvelle de la mort du jeune garçon a sidéré une équipe déjà très mal en point. Elle a d’abord pensé exercer son droit de retrait. « Mais on nous a dit qu’il n’y avait pas de danger grave et imminent » explique une des éducatrices spécialisées (toutes ont souhaité gardé l’anonymat). « Or, à nos yeux, lorsque nous voyons arriver des jeunes qui sont dans une détresse totale, qui nous disent qu’ils pensent passer à l’acte, je pense qu’il y a danger grave et imminent ». Le 2 octobre, l’équipe entière a saisi la médecine du travail qui a ordonné un arrêt en prévention de risque psycho-sociaux. La CAMNA, soutenue par une large intersyndicale, a ensuite déposé un préavis de grève qu’elle entame aujourd’hui jusqu’à la fin de la semaine.

Maltraitant

Cette cellule d’accompagnement s’est ouverte en septembre 2018 avec une équipe de 10 travailleurs sociaux pour une capacité d’accueil de 300 mineurs pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance. « Dès le mois de décembre, nous avions 500 jeunes à charge pour 8 travailleurs sociaux » témoigne une éducatrice. Puis, au mois de mars, après une série d’arrêts maladies et de départs, quatre travailleurs sociaux restaient en poste pour 800 mineurs… Face à cette situation intenable, la CAMNA engage sa première grève du 23 au 26 avril 2019. Et semble être entendu : ils reçoivent le renfort de postes éducatifs, un poste d’infirmière et un poste de psychologue, au total 12 postes fixes et deux postes de remplacement.

Pourtant, six mois plus tard, la coupe déborde : « Aujourd’hui, nous « suivons » 1150 jeunes et sommes toujours 10 travailleurs sociaux, les autres postes restent vacants car le département a beaucoup de mal à recruter… » explique une éducatrice. Chacune « s’occupe » de 80 à plus de 100 enfants… insupportable. « Dans ces conditions, impossible de faire de la protection de l’enfance. Nous devenons même maltraitant avec ces jeunes. Ils sont dans des hôtels insalubres, remplis de punaises de lit, nous sommes en retard d’une semaine à un mois dans le versement des allocations (300 euros par mois) pour qu’ils puissent manger, cela entraîne de l’agressivité de leur part, mais c’est normal ! » s’emporte une éducatrice.
Par cette nouvelle grève, la CAMNA interpelle l’Etat, les élus, le département, pour trouver des réponses à cette situation « explosive ».


2 octobre 2019

■ ACTU - Formation. Du flou dans la réforme

La toile bruisse d’inquiétudes des étudiants en troisième année d’éducateur spécialisé, assistant de service social, éducateur de jeunes enfants, conseiller en économie sociale et familiale, éducateur technique spécialisé. Leur session d’examen qui aura lieu à la fin de l’année scolaire 2019-2020 valide leur cursus encore régi par la réforme de 2007 aboutissant à des diplôme de niveau III. Dernière promotion de l’ancien régime, les promotions suivantes entreront dans le nouveau cadre fixé par l’arrêté du 22 aout 2018 qui revalorise les diplômes au niveau II soit la licence.

Sans filet

Les étudiants s’interrogent : s’ils ne valident pas tous leurs domaines de compétences peuvent-ils encore repasser l’examen en conservant le bénéfice des domaines de compétences acquis pendant cinq ans comme le leur permettait l’ancien système ? Non, répond le texte. Aucun dispositif de rattrapage ou de redoublement ne semble, pour l’instant, prévu. Les étudiants devraient-ils donc reprendre la formation en deuxième année du nouveau diplôme voire tout recommencer ? Aucune information claire. Comment expliquer une telle rupture d’égalité pour les étudiants de cette promotion ? Les formateurs s’interrogent et les écoles attendent des éclairages précis. Sollicitée par Lien Social, la Direction générale de la cohésion sociale explique étudier avec le ministère de l’Enseignement supérieur « les options qui pourraient s’offrir aux étudiants n’ayant pas validé leur diplôme à l’issue de la session 2020 » et souligne qu’une « instruction est en cours de finalisation ».

Mobilisation

Lors des rencontres nationales du travail social en lutte, les 21 et 22 septembre dernier, un appel national des étudiants en travail social dénonce la précarité des étudiants et souligne que cette fragilité se complique de cette impossibilité de redoublement et de rattrapage. Par ailleurs, une pétition qui avait dépassé les 10000 signatures ce 2 octobre dénonce « l’absence de droit à l’erreur » pour cette promotion et réclame l’organisation de sessions de rattrapage. Une page Facebook : Etudiants du travail social en force ! coordonne la mobilisation dans les différentes écoles.


26 septembre 2019

■ ACTU - Rencontres nationales. Travail social mobilisé

Les troisièmes rencontres nationales du Travail social en lutte, organisées par la Commission de mobilisation travail social IDF, les collectifs Le social déchainé (59), Le social brûle (13), Travail social de l’Oise (60) et des syndicats locaux (CGT, FSU, SUD) ont réuni une centaine de personnes à l’Université Paris-Nanterre, les 21 et 22 septembre.

Professionnels du secteur social et médico-social, étudiants en travail social, syndicats, etc. « de plus en plus nombreux à refuser le démantèlement de l’action sociale », ont pu poser leurs constats. Des constats partagés sur les répercussions des politiques de ces dix dernières années, au niveau général (dégradation des conditions de travail, généralisation des appels à projets, contrôle des personnes précaires, etc.) et ceux liés aux différents secteurs représentés (protection de l’enfance, psychiatrie, hébergement d’urgence, etc…). De leur côté, les étudiants ont dénoncé une précarisation (réduction des financements par Pôle Emploi), la dégradation du contenu et de la qualité des formations ou encore les difficultés pour trouver des stages gratifiés.

Combativité

Mais l’heure était surtout à la combativité. « Je retiens de ces journées, la qualité des débats, la détermination assez forte des participants qui nous ont permis de nous atteler assez rapidement aux propositions, apprécie Mathilde, éducatrice spécialisée et membre de la commission de mobilisation travail social IDF, co-organisatrice de ces journées. Sont ressorties : la nécessité de coordonner et d’unifier les résistances au niveau national afin de donner plus de force à nos propositions pour défendre les différents secteurs, les structures et la qualité des prises en charge. » Un appel est en cours de rédaction.

Au programme aussi : le soutien aux actions locales ; la participation aux grèves interprofessionnelles avec constitution de cortèges social / médico-social ; le soutien aux luttes des personnes concernées par les services sociaux (jeunes et anciens bénéficiaires de l’Aide sociale à l’enfance, personnes sans papiers, demandeurs d’emploi, etc.)
Et les quatrièmes journées de mobilisation nationale du Travail social en lutte sont déjà programmées aux 21 et 22 mars 2020.