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17 janvier 2020

■ ACTU - Sans-abrisme : à Paris, le Samu Social sans présidence

Depuis octobre dernier, date à laquelle Éric Pliez a démissionné du poste de président du Samu Social de Paris pour rejoindre la campagne des Municipales, celui-ci est vacant. L’État et la Ville n’ont pas trouvé d’accord sur une nomination. Le premier appelle de ses vœux celle d’un haut fonctionnaire, la Ville celle d’une personnalité indépendante. « Si le Samusocial est un Groupement d’intérêt public (GIP), son président doit avoir une liberté de parole pour présenter de façon objective la situation du sans-abrisme  », estime Bruno Morel, directeur général d’Emmaüs solidarité.

Le GIP gère notamment le 115, organise des maraudes et ouvre des centres d’hébergement d’urgence. « Si l’État a fait un effort en matière de création de places d’hébergement, la question du sans-abrisme reste cruciale : en Ile-de-France, 47 % des appelants du 115 restent à la rue faute de solution  », poursuit Bruno Morel.
Les besoins sont importants et non pourvus. Nul ne peut chiffrer exactement le nombre de personnes sans-abri. La dernière enquête nationale de l’INSEE date de 2012.
Le 30 janvier, la troisième Nuit de la Solidarité à Paris permettra un décompte plus proche de la réalité : S’inscrire pour y participer

Dénoncer les étrangers

Les associations de lutte contre l’exclusion s’inquiètent aussi de l’intervention du ministère de l’intérieur dans la nomination du président du Samusocial de Paris. Il a contré celle de l’ancien directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), critique sur la politique liée aux migrants. « Depuis deux ans, sous prétexte que les centres d’hébergement d’urgence comptent une proportion importante de personnes migrantes, ce ministère se croit autorisé à s’immiscer dans des politiques publiques qui ne le concernent pas, avec le risque de dérives que cela comporte  », alerte Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS). En effet, la majorité des familles (46 000 personnes, dont 22 000 enfants) hébergées par le Samusocial de Paris qui vivent à l’hôtel se trouvent dans une situation administrative précaire et les associations craignent que le Ministère de l’intérieur remette en cause leur droit à l’hébergement.

Depuis 2017, plusieurs circulaires (1) renforcent les pouvoirs de contrôle des étrangers par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et les préfectures dans l’hébergement généraliste. Elles appellent les professionnels à transmettre les listes des personnes hébergées demandeurs d’asile et les réfugiés. « Pour l’instant le 115 - Paris continue de pratiquer l’inconditionnalité de l’accueil mais ce principe fondamental de l’action sociale pourrait être remis en cause à l’avenir », craint Florent Gueguen.

(1) « Circulaire Collomb » du 12 décembre 2017 relative à l’examen des situations administratives dans l’hébergement ; Instruction interministérielle du 4 juillet 2019 relative à la coopération entre les services intégrés d’accueil et d’orientation (SIAO) et l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) pour la prise en charge des demandeurs d’asile et des bénéficiaires d’une protection internationale.

Retrouvez le dossier complet du numéro 1264 de Lien Social : tempête sur le 115

Consulter les ressources Lien Social sur la thématique "EXCLUSION SOCIALE"


14 janvier 2020

► FORUM - « Entr’Elles » : un lieu d’accueil et d’écoute.

Par Isabelle Lebas Conseillère conjugale et familiale, Justine Georget Éducatrice spécialisée, Florence Bocquet Assistante sociale et Conseillère conjugale et familiale.

Depuis 2018, le Samu social de l’Oise a renforcé sa mission d’accueil, d’écoute, d’accompagnement et d’orientation de femmes victimes de toute forme de violence, avec ou sans leur(s) enfant, en embauchant des professionnelles formées à ces problématiques.

Maelys, 25 ans, se présente pour la deuxième fois dans la structure. Elle a vécu en couple une année avec un jeune homme de 21 ans et l’a quitté à plusieurs reprises, suite à des violences psychologiques, verbales, économiques et physiques. Elle ne comprend pas pourquoi elle reprend chaque fois la vie commune. Tout comme sa famille à qui elle n’ose plus parler. Elle vient à nouveau de le quitter. Le dépôt de cette troisième plainte a été particulièrement éprouvant, se sentant jugée quand on lui a dit : « si vous repartez vivre avec lui, vous êtes responsable  ». Elle pense avoir eu un déclic, quand elle a vu la haine dans les yeux de son concubin : elle a vraiment cru qu’il allait la tuer. Depuis, il ne cesse de la harceler de messages lui promettant de changer, l’assurant qu’il prend un traitement pour se calmer. Elle ne le comprend pas : il lui dit qu’il l’aime et, en même temps, il la frappe. Au deuxième entretien, elle annonce sa décision de quitter la ville où ils ont vécu. Elle sent qu’elle doit s’éloigner. Seule une mise à distance la protègera de son amour pour lui. Elle vient dans ce lieu d’accueil pour bénéficier d’une écoute, se reconstruire et ne plus subir.
Comme pour Maelis, les professionnelles accueillent les femmes indépendamment de là où elles se situent dans le cycle des violences. La moitié d’entre elles n’ayant pas conscience de ce qu’elles vivent, il est important de les aider à repérer ces comportements abusifs. Elles refoulent ce qui les fait souffrir, pour se protéger de leur réalité insoutenable. C’est le climat de confiance qui se tisse entre elles et avec l’équipe qui va leur permettre de progresser dans leur réflexion et de comprendre comment elles se situent face à leur agresseur, au danger et à la séparation tant redoutée, décision douloureuse qui nécessite du temps. Les victimes ont été maintenues par leur conjoint dans un état de soumission. Elles ont été objectalisées. Elles sont désappropriées de leur parole. L’accompagnement consiste alors à faciliter une parole singulière leur permettant de se resituer en tant que sujet pensant, condition pour retrouver l’estime de soi et faire le deuil de la famille idéale, du compagnon pour qui elle éprouve des sentiments mêlés d’amour et de haine. Lors des premiers entretiens, une évaluation psychosociale de la situation et des violences subies est menée. Cette étape permet de poser des mots et d’exprimer les émotions. Les victimes parlent d’anxiété, de dépression mais ne sont pas toujours conscientes d’avoir été manipulées. Pour les aider à ne pas rester en surface, une écoute fondée sur une éthique analytique leur est proposée, permettant la création d’espaces de réflexion. Nombre de ces femmes présentent un syndrome post-traumatique avec pensées récurrentes et même parfois des états de confusion, une fatigue extrême générant des carences éducatives, des idées suicidaires avec de possibles passages à l’acte. Ces temps d’accueil et de soutien psychologique aideront les femmes dans le parcours thérapeutique que nous leur conseillons d’entreprendre. Pour autant, l’emprise peut perdurer même après plusieurs mois de séparation. Honorine, 30 ans, a revu son ex-compagnon. Il lui dit souffrir de la séparation et lui demande de reprendre la vie commune. Elle est attristée, en plein doute car elle l’aime encore malgré les violences qu’elle a subies. Anna, 40 ans, peu volubile, marquée par 20 ans de violences conjugales explique qu’elle aussi son ex-mari l’a relancé. Elles parlent alors de leurs peurs, de leurs doutes : « ils veulent changer, mais le peuvent-ils ? »

L’article complet de la rubrique Echo du terrain est à retrouver dans le numéro 1264 de Lien Social

Retrouvez d’autres thématiques en lien sur le site de Lien Social :
- Famille/violences conjugales
- Société/Femme


9 janvier 2020

■ ACTU - Handicap - Violences décuplées

Les personnes handicapées réclament que le calcul de l'AAH soit déconnecté des revenus du couple (ici lors d'une manifestation sur leurs droits au printemps à Paris). ©Marianne Langlet

« Dénoncer et agir ». Le Senat vient d’adopter, ce 8 janvier, une résolution pour lutter contre les violences faites aux femmes handicapées. Elles seraient quatre fois plus exposées au risque de violences sexuelles que les femmes dites valides et à 80% victimes de violences selon un rapport de la commission des droits de la femme au Parlement européen paru… en 2007.

Invisibles

« L’absence de statistiques solides fait obstacle à la mise en œuvre de politiques publiques complètes », souligne le rapport d’information du Senat « dénoncer l’invisible et agir », publié en octobre dernier. La résolution s’inscrit dans la continuité de ce rapport et demande l’établissement de statistiques précises. Ces femmes restent « invisibles et inaudibles », note le rapport. Particulièrement en France où il n’existe aucune étude précise sur ces violences spécifiques.

Autonomie

« Les violences menaçant les femmes en situation de handicap sont généralement commises par l’entourage familial ou institutionnel », soulignent les rapporteurs. Les appels reçus par la permanence d’accueil et d’accompagnement dédiée à ces violences confirment que 35% des violences signalées sont faites par le conjoint. La résolution du Sénat soutient que l’une des conditions de protection de ces femmes « réside dans le renforcement de leur autonomie ». Or, elles sont bien plus touchées par le chômage que la population générale et accèdent bien moins souvent que les hommes handicapés à des postes à responsabilité : 1% des femmes en emploi sont cadres contre 10% pour les hommes.

Indépendance

Le Senat « appelle à une réflexion sur l’allocation adultes handicapés (AAH) qui prenne en compte l’importance de celle-ci, dans le contexte de violences au sein du couple, pour l’autonomie par rapport au conjoint violent ». Alors, que la récente réforme du calcul de l’AAH, qui prend désormais en compte les revenus du couple, prive les personnes handicapées vivant en couple de la revalorisation à 900 euros par mois de l’AAH, cet appel résonne particulièrement. Sera-t-il entendu ?

Pour aller plus loin :
Le rapport Violences, femmes et handicap : dénoncer l’invisible et agir

La résolution du Sénat


8 janvier 2020

► FORUM - Avons-nous toujours besoin du travail d’équipe ?

Par Christine Maurey Assistante de service social de formation dans le champ du handicap.
Probablement non. C’est beaucoup plus simple de travailler seul. Il faut juste que la charge ne soit pas trop lourde. C’est ce que je me dis quand je bosse dans mon jardin. Dès que c’est difficile, je dois faire appel à quelqu’un. C’est désagréable parfois de devoir demander de l’aide… Par contre, pratiquement tous les matins, en pénétrant dans mon lieu de travail, cette institution dédiée aux enfants en panne sur le plan sensoriel, je me dis que, seule, on n’est finalement pas grand-chose. On arrive à peu et surtout, on risque de se tromper dans la finalité et le sens qu’on donne à son travail. Est-ce que je dis cela en le pensant vraiment ou parce que j’arrive en fin de carrière ? Plus j’avance, moins je sais faire seule ou plutôt plus j’aime faire avec les autres ? Parce que je pense davantage au résultat pour l’enfant qu’à ma propre satisfaction ? Ou bien parce que je goûte davantage le savoir-faire de l’autre que le mien que je connais bien ? Je me fais confiance, donc je m’ouvre à l’autre et en même temps, quand je doute, l’équipe n’est-elle pas là pour me rassurer ? Il n’y a pas longtemps, un ancien élève âgé de 32 ans téléphone et demande à me parler. Ça fiche un coup de vieux ! « Maman dit toujours que tu nous as sauvés, que c’est grâce à toi qu’elle a pu s’en sortir, tu te rappelles que mon père était violent ? ». Sensible aux compliments, comme tout humain, j’avoue ressentir de la satisfaction à entendre le jeune me faire ce retour. Je me souviens bien de ce petit garçon que j’avais nommé Djamel dans mon bouquin.
Mais, j’ai surtout le souvenir de m’être affrontée à l’équipe et d’avoir travaillé un peu seule contre tous. Et au final, j’en garde un goût amer : le danger d’avancer en solo ne serait-il pas justement la tentation de la gratification personnelle ? C’est relativement facile de s’en contenter voire de la rechercher et on a besoin de cela aussi, non ? A l’inverse, cette année, il m’a été donné de mesurer la portée du travail en équipe. Une situation douloureuse et violente s’est posée à nous : la situation malheureusement pas rare d’un jeune garçon victime d’abus sexuels d’un « tonton ». Nous avons avancé ensemble, en équipe, à coup de discussions animées, de coups de gueules, d’écrits compliqués à faire, de confrontations avec d’autres services, de colères et/ou émotions nous submergeant parfois. Mais malgré cela ou grâce à cela, nous avons réussi à protéger un enfant et un prédateur est en prison. Il est relativement difficile de quantifier nos réussites, d’évaluer le positif dans nos métiers dits du « social ». Mais il y a une seule chose dont je suis certaine au bout de ces trente années de travail en équipe, c’est que toute cette mosaïque de fonctions, toute cette conjugaison de professionnels, toutes ces humanités rassemblées, permettent de créer un puzzle riche et puissant, surtout s’adaptant plus juste du projet d’accompagnement d’une personne. C’est bien la somme des idées et au final, les décisions communes prises qui amènent un contexte soignant lui permettant de se sentir bien et donc d’évoluer. Certes c’est difficile mais nécessaire. Je citerai Christine Vander Borght : «  le travailler ensemble n’est pas un fait de nature : c’est une construction sociale, une création contextuelle et culturelle des rapports à autrui, une conquête sur le fratricide et la loi du plus fort ». J’ai l’habitude de dire : mettons-nous autour d’une table, on sera moins bête à plusieurs que seul. Mais si, mais si, je le pense vraiment.
A publié en 2016 « Chroniques d’une assistante sociale en milieu médico-social » (L’Harmattan)

La rubrique complète de Paroles de métiers est à retrouver dans le numéro 1264 de Lien Social

Retrouvez d’autres thématiques en lien sur le site de Lien Social :
Protection de l’enfance/ Maltraitance / Abus sexuel / Pratique professionnelle


3 janvier 2020

■ ACTU - Sans-abrisme - Les associations présentent leurs vœux

En 2019, cent quarante-six enfants sont nés dans la rue. Onze y sont morts. À Paris, cinq cents mineurs y dorment chaque soir. Face à la réalité insoutenable du sans-abrisme, le collectif des associations unies (CAU) a interpellé le président de la République à la veille de ses vœux, dans un tribune publiée par le Parisien, largement diffusée sur les réseaux sociaux. Il réclame « une action enfin déterminée pour les personnes sans-abri et mal logées  » et présente dix vœux pour sortir de la crise.

« Vivre à la rue, on en meurt », campagne de la Fondation Abbé Pierre Les enfants d’abord
Le CAU appelle à des mesures d’urgence pour qu’aucun enfant ne soit contraint de vivre à la rue en janvier 2020 ; à une mobilisation immédiate de l’État, des collectivités et des entreprises pour la mise à disposition des locaux vacants. Il demande aussi la fin du tri des personnes et des familles sans domicile dans l’accès ou le maintien dans l’hébergement.
Il réclame ensuite la résorption des bidonvilles, des squats et des campements indignes ; la mise en œuvre du droit à la domiciliation des personnes sans domicile sur l’ensemble du territoire ; la fin des expulsions avec le concours de la force publique prononcées par les Préfets sans solution alternative digne au 31 mars ; le renoncement à toutes les mesures d’économies réalisées depuis 2017 sur les APL ; l’augmentation du nombre de logements dignes et durables pour les ménages mal-logés ou non logés ; l’attribution de davantage de logements sociaux aux personnes les plus pauvres et modestes et enfin, la mise en place d’un Grand plan national de lutte contre l’habitat indigne.

« Le 31 décembre, à l’occasion de la présentation de ses vœux, le Président de la République n’a évoqué ni les situations d’exclusion sociale, ni annoncé la priorité à la lutte contre la pauvreté et le sans-abrisme, regrette Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS). Nous continuerons à alerter sur cette situation très inquiétante et nous réfléchissons à une action militante de rue, une action d’interpellation pour la mi-février. »

Consulter les ressources Lien Social sur la thématique "EXCLUSION SOCIALE/Logement"


2 janvier 2020

► FORUM - Le jeu comme médiateur en protection de l’enfance.

Par Magali FOURMONT éducatrice spécialisée et Eva RENAUD psychologue.

SYSTEMO est né en 2016 de la rencontre entre deux professionnelles en AEMO à la recherche d’un support à même de permettre l’expression des émotions.

Notre constat de départ était simple : les émotions sont omniprésentes, utiles, mais parfois encombrantes, source d’incompréhension tant avec soi-même qu’avec les autres, et peuvent aboutir à des situations dysfonctionnelles. Après avoir utilisé lors de nos entretiens familiaux de nombreux supports déjà existants, comme par exemple, les figurines du film des studios Pixar « Vice Versa », nous avons eu l’envie de créer notre propre outil. Ainsi, étant deux ferventes joueuses dans la vie de tous les jours, nous sommes parties de l’idée d’un jeu de plateau, où il serait possible d’avancer son pion au gré de nos souvenirs personnels ou interpersonnels. Vint alors le moment de la confection du prototype : à nous les bouts de cartons, la pâte Fimo, le Papier Canson, les ciseaux, etc. ! Puis, avec l’aide d’un infographiste faisant partie du Conseil d’administration de notre association, nous avons rendu notre jeu plus présentable. Cet outil, soutenu par le service AEMO de l’ADSEA17LP de la Charente Maritime, a été expérimenté auprès d’une trentaine de familles, puis de deux groupes d’adolescents au sein d’une Maison d’Enfants à Caractère Social. Les retours par le biais de questionnaires anonymes ont été particulièrement positifs. En novembre 2018, nous avons eu l’opportunité de présenter SYSTEMO à un colloque professionnel organisé par le thérapeute familial Eric TRAPPENIERS à Lille et portant sur le thème des émotions. Comme son nom l’indique, SYSTEMO vise à aborder la question des émotions au sein du système relationnel familial ou groupal. Ce jeu est donc avant tout coopératif. Tout le groupe, représenté par un pion Arbre, joue ensemble contre l’adversaire, un pion Robot, symbole du vide émotionnel. Ces deux pions se déplacent sur un plateau à la manière du Jeu de l’Oie qui est composé de 35 cases, 5 d’entre elles étant dédiées au Robot, les 30 autres étant réparties selon différentes couleurs symbolisant une émotion : rouge pour la colère, jaune pour la joie, gris pour la tristesse, bleu pour la peur et vert pour la fierté. Le but du jeu est de parvenir à la case Arrivée avant le Robot. Pour cela, les uns après les autres, les joueurs lancent un dé à six faces, dont cinq représentent les couleurs « émotion » et la sixième le robot. Si le dé tombe sur une face « émotion », le joueur évoque un souvenir ou une anecdote s’y rapportant. Le reste du groupe peut lui venir en aide si l’inspiration lui fait défaut. L’avantage avec les émotions, c’est qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, ainsi si ce qui est évoqué est collégialement considéré comme étant en lien avec le thème révélé par le dé, le pion Arbre avance alors sur la case du plateau de la couleur correspondante. Si le dé tombe sur la face Robot, c’est le pion Robot qui est déplacé sur la case Robot du plateau et ainsi de suite. Notre médiateur ludique repose sur trois postulats de départ (…)

SYSTEMO en pratique
Nous rencontrons la famille M. en situation de crise. Les parents ne parviennent plus à asseoir leur autorité auprès de leurs quatre enfants. Débordés, les parents utilisent des méthodes éducatives plutôt coercitives basées sur des cris, des menaces, voire de la violence. Les enfants, de leur côté, présentent de plus en plus de troubles du comportement (provocation, opposition, défiance), qui s’externalisent aussi dans le milieu scolaire. Nous proposons SYSTEMO au moment où les parents font le choix de mettre les deux ainés en internat scolaire. Par la médiation, les enfants s’autorisent à exprimer leur sentiment d’abandon, de rejet et leur colère de devoir quitter le domicile. Quelle n’est pas leur surprise, lorsqu’ils constatent, au tour de leur mère, que celle-ci éprouve de la tristesse liée à la prise de conscience de son sentiment d’impuissance à élever ses enfants. Par l’intermédiaire du jeu, la situation est redéfinie sous un autre angle : le comportement des enfants n’est plus perçu comme la seule cause des difficultés mais dans un contexte plus large où les responsabilités sont partagées. La crise familiale se distend et les enfants partiront bien à la rentrée prochaine en internat, mais avec une tout autre lecture de la situation.

La totalité de l’article est à retrouver dans le numéro 1262 de Lien Social

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24 décembre 2019

► FORUM - Le travail pair : un métier nouveau pour le repenser le travail social.

Par Sylvain Pianese, chargé de mission Relais Azanam.
Phénomène émergeant, le travail pair se déploie peu à peu dans les institutions du travail social et du médico-social. Cela ne se fait pas sans soulever de nombreuses questions, souvent épineuses. Il ne paraît en effet pas évident pour les équipes de voir un usager, ou ex-usager de services, intervenir aux côtés des professionnels. Au-delà de l’effet symbolique, les travailleurs pairs remettent en perspective l’accompagnement social tel qu’il est proposé traditionnellement.

Le savoir expérientiel enrichit le travail social

Le travail social s’inscrit historiquement sur une professionnalisation validée par des savoirs académiques, développés dans les centres de formation. Les travailleurs pairs, dont les aptitudes professionnelles se sont construites à travers une trajectoire de vie marquée par le stigmate et la domination, ont développé des savoirs expérientiels fondés par une approche empirique. De par leur position interstitielle, qualifiée par leur statut d’intervenant au sein d’une institution dont ils ont déjà utilisé les services, les travailleurs pairs apportent une dimension nouvelle dans le travail social : la metis de l’intervention. Décrite par Michel Autès, elle se présente comme une intelligence pratique, rusée qui permet d’adapter ses réponses selon les situations. Si l’observation et l’accompagnement permettent de soutenir les personnes ou les groupes les plus en difficulté, les savoirs expérientiels valorisent profondément la (re)connaissance des publics. Le pragmatisme avec lequel ils exercent, l’empathie dont ils font preuve, leur connaissance des réseaux et des publics accueillis font de ce métier une nouvelle pierre angulaire dans le travail social.
Cela se traduit au quotidien par une capacité à rejoindre et dialoguer avec des personnes éloignées des services (par exemple, accéder à des terrains d’interventions inaccessibles aux professionnels comme des squats ou bidonvilles) ; faire émerger une parole invisible (par la relation de confiance et l’empathie qui peuvent s’instaurer) ; anticiper et désamorcer des situations de crises et, in fine, mieux connaître les publics accompagnés. Aussi, certains travailleurs pairs évoquent une capacité « d’écoute profonde » qui leur permet d’écouter et comprendre les troubles qu’une personne peut exprimer, du fait qu’ils ont vécu ces mêmes difficultés. Ces nouvelles approches sont aussi le marqueur d’une meilleure prise en compte des publics. Les structures employeurs font souvent état d’une plus grande qualité de la relation avec les publics. Dans le champ de la santé mentale, on constate une diminution des hospitalisations liées à une meilleure prise en compte de la parole de la personne et donc du soin. Au fil de nos rencontres, nous observons que les travailleurs pairs apportent des points de remise en question sur le fonctionnement structurel des équipes. Ayant fait l’usage des services sociaux et médico-sociaux, ils ont une observation critique des pratiques professionnelles (par exemple le jugement qui peut être porté sur les personnes accompagnées). C’est par leur regard d’ancien usager qu’il peuvent remettre en question certains points qui ne paraissent pas adaptés dans l’accompagnement. Cet aspect est éminemment constructif et précieux pour bâtir une relation d’aide plus proche des personnes concernées. Le souhait d’exercer en tant que travailleur pair émane souvent de deux événements : avoir pris de la distance sur son parcours personnel pour accompagner ses pairs, mais aussi de faire évoluer l’accompagnement des professionnels. C’est pourquoi, s’ils peuvent apporter une dimension critique, elle se situe le plus généralement dans une optique constructive plutôt que subversive.

Un changement de paradigme

Pour autant, l’émergence de ce nouvel atome dans la sphère du travail social ne se fait pas sans réticence de la part des professionnels. Cela peut se traduire par le refus d’intégrer un travailleur pair sous prétexte d’employer un « travailleur social au rabais » ou, lorsqu’un intervenant pair exerce, le reléguer dans une position subalterne.

(…)
La totalité de l’article est à retrouver dans le numéro 1257 de Lien Social

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20 décembre 2019

■ ACTU - La Solidarité vue des Hauts-de-Seine


Les professionnels du 92 participent à toutes les mobilisations contre la réforme des retraites, ici le 5 décembre. ©commission de mobilisation du travail social IDF

Dans les Hauts-de-Seine, les professionnels du social se mobilisent face à la dégradation de leur secteur.

« Efficacité », « modernisation », « transformation de l’action publique », « performance de la relation usager ». Le département des Hauts-de-Seine justifie ainsi la réorganisation de son pôle solidarité. « Les équipes et les services ne sont plus spécialisés », annonce-t-il. Il fixe un cap : « la polyvalence des agents ». Les quatre services existants : personnes âgées, protection maternelle et infantile, services sociaux et protection de l’enfance fusionnent. Ils se réorganiseront autour de trois unités : accueil, évaluation, accompagnement. Et les professionnels seront mélangés dans chacune d’elles.

Polyvalent

« Une professionnelle de la protection de l’enfance pourra accompagner une personne au RSA, les assistantes de polyvalence faire un suivi en protection de l’enfance… », avance Maud*, référente socio-éducatif. Le département assure que des formations sont proposées et défend la nécessité d’un décloisonnement des services. « Mais il aurait fallu l’anticiper, nous ne sommes pas préparés à cette réorganisation. Certains collègues pourraient se sentir en grande insécurité face à des situations qu’ils n’ont pas l’habitude d’accompagner », poursuit-elle. Cette réorganisation et la crainte de la disparition des spécificités métier ont mis les professionnels dans la rue, les 21 novembre et 13 décembre.

L’hôtel, seul

La dernière mobilisation a pris un tour dramatique. La veille, dans un hôtel de Suresnes, un adolescent de 17 ans a été poignardé par un autre de 16 ans, tous deux été suivis par la protection judiciaire de la jeunesse, placés dans cet hôtel par la protection de l’enfance. « Depuis longtemps, nous alertons : les jeunes mineurs à l’hôtel sans suivi éducatif quotidien, cela n’est pas de la protection de l’enfance », s’emporte Maud. « Nous avions prévenu : faute de suivi digne de ce nom, il y aura des drames », renchérit Camille, éducatrice spécialisée en psychiatrie, syndiquée CGT. Le 17 décembre, le secrétaire d’Etat chargé de la protection de l’enfance, Adrien Taquet, a annoncé saisir l’Igas pour mener une mission de contrôle de l’Aide sociale à l’enfance des Hauts-de-Seine et un état des lieux national « sur la situation des mineurs hébergés dans des lieux non-habilités ». Pour Camille, le constat est depuis longtemps connu des professionnels ; ils attendent des moyens à la hauteur de leurs besoins.

Mode dégradé

A l’Aide sociale à l’enfance, Maud suit 47 situations contre 25 cinq ans auparavant. « Nous ne pouvons plus travailler sur le fond des situations familiales qui amènent au placement. Nous mettons des pansements sur des fractures ouvertes », témoigne-t-elle. « En psychiatrie, nous avons des listes d’attente de 6 à 8 mois pour les CMP, 12 lits d’hospitalisation en psychiatrie adolescente pour tout le secteur Nord, des professionnels en libéral qui ne prennent plus de nouveaux patients », ajoute Camille. Elle observe les difficultés de ses collègues en protection de l’enfance : « Nous suivons beaucoup de jeunes en psychiatrie qui nécessitent des prises en charge en protection de l’enfance. Or, l’absence de place en foyer, les délais très long pour que les mesures de protection soient mises en œuvre, le turn over des professionnels qui quittent le secteur parce qu’ils ne trouvent plus sens à leur métier s’ajoutent aux difficultés de la psychiatrie ». Cette constante dégradation du secteur médico-social, d’autant plus dans un département qui se targue d’un budget excédentaire, nourrit la colère des professionnels.

Ils se sont mis en grève reconductible depuis le 5 décembre rejoignant la mobilisation générale contre la réforme des retraites. « Cette attaque contre les retraites est, pour nous, une attaque de plus des fondements du système de solidarité et de redistribution, elle relève de la même logique de destruction qui touche le travail social et le met à mal », pense Camille. Elle espère que, si le mouvement l’emporte, les revendications sectorielles du travail social « ces invisibles qui accompagnent des invisibles » seront peut-être mieux entendues.

* les prénoms ont été changés, les professionnels témoignent sous anonymat.


17 décembre 2019

► FORUM - Accompagner à l’ère du numérique.

Par Youssef El Masoudi, éducateur de prévention en Master 2.

Les éducateurs de prévention sont confrontés à un pari que certains d’entre eux ont déjà réussi à relever : la sociabilité numérique juvénile.

En 2009, moins de la moitié des jeunes âgés de 12 à 19 ans équipés d’un téléphone portable possédaient un smartphone. Aujourd’hui, ils sont 97 % et ils n’utilisent plus prioritairement leur appareil pour téléphoner, mais davantage pour écouter de la musique ou accéder à internet. Ainsi, d’une utilisation par les adolescents de la Toile quasi invisible pour l’éducateur de rue, nous sommes passés, avec la prolifération des téléphones mobiles, à une hypervisibilité de cette pratique. Désormais, les jeunes se connectent partout où il existe du réseau. Cette hyperconnectivité inquiète, questionne et embarrasse les professionnels. Quelles postures adopter face à l’émergence de ces pratiques numériques envahissantes ? Comment gérer le smartphone des jeunes lors des temps d’activités ? Faut-il aller à leur rencontre sur les réseaux sociaux ? Face à ces questions complexes, les éducateurs éprouvés bricolent des réponses singulières et temporaires. Cet article propose de mettre au jour certaines d’entre elles afin de faire avancer le débat concernant les outils numériques dans la relation éducative.

Eprouvant portable
La première pratique éprouvée par les usages numériques des jeunes est le travail de rue. C’est d’ailleurs à partir de cette dernière que débute la majorité des relations éducatives en prévention spécialisée. Depuis quelques années, sur ces espaces-temps, les professionnels sont confrontés à des adolescents utilisant leur portable en permanence. Dans ce contexte, avoir leur attention afin de discuter avec eux devient une épreuve. Face à la puissante attractivité du smartphone, certains éducateurs, qui arrivent en proposant une simple discussion, ont peu de chances de capter durablement l’attention de leur public. De plus, cette priorité attentionnelle accordée aux écrans irrite ces professionnels. Elle symbolise pour eux la déshumanisation qu’engendre la multiplication des outils technologiques. Par conséquent, certains éducateurs refusent d’utiliser ces nouveaux outils dans leurs pratiques.


En revanche, d’autres éducateurs agrémentent leur action de cette communication 2.0 qui plaît tant aux adolescents. Cette approche hybride dynamise leur travail et le rend plus attractif. Par exemple, en allant sur Snapchat, ils vont à la rencontre des jeunes ou plutôt ils partent de là où est leur attention, pour la ramener vers eux et leur activité. Ainsi, d’une communication intermédiée avec eux, ils arrivent à créer des temps de rencontres physiques. L’outil numérique n’est plus envisagé uniquement comme une barrière mais aussi comme une éventuelle passerelle.

Attention dispersée
Les jeunes utilisent leur smartphone dans la rue mais également lors des temps d’activités collectives que leur proposent les éducateurs. Cet usage n’est pas sans poser de difficultés aux professionnels. En effet, en même temps qu’ils participent à l’activité principale, les jeunes effectuent d’autres tâches. Autrement dit, ils pratiquent la pluriactivité et cela bouleverse les normes et les règles sociales sur lesquelles les éducateurs avaient l’habitude de s’appuyer pour animer leurs activités. L’attention des adolescents est dispersée et leur engagement s’en trouve diminué. Ainsi, ils transgressent une règle sociale chère aux éducateurs, celle d’accorder l’entièreté de son attention à l’activité principale que l’on entreprend. De plus, l’intervention des éducateurs pour réguler l’utilisation du portable génère régulièrement des conflits tant les jeunes sont attachés à leur objet. Face à cette difficulté, certains professionnels ont fait le choix d’intégrer le smartphone dans la conception même de l’activité. Par exemple, certains vont l’utiliser avec les jeunes pour réaliser un atelier photo, écouter de la musique ou bien effectuer des recherches d’informations sur internet. Cette pratique crée une culture commune entre les jeunes et les éducateurs, favorisant ainsi le rapprochement autour d’une dynamique partagée.

La totalité de cet article est à retrouver dans Lien Social n°1260 du 29.10.19

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12 décembre 2019

ACTU - Hébergement • Diktat du thermomètre.

Chaque jour, 500 enfants restent à la rue à Paris. Samu social, Emmaüs, Armée du Salut et d’autres, alertent une nouvelle fois ce 12 décembre. « Jeunes mères en sortie de maternité qui dorment à la rue ou dans des salles d’attente des hôpitaux, accouchement dans les locaux associatifs, enfant mort-né faute d’hébergement », d’année en année, les associations constatent une dégradation et une augmentation des situations dramatiques à la rue.

Le 29 novembre, l’Etat a annoncé l’ouverture de 6400 places temporaires sur les 14 000 que prévoit le plan hivernal. « Cela veut dire que certains locaux prévus pour l’hébergement et la mise à l’abri des personnes et familles sans domicile fixe sont actuellement disponibles et leur ouverture reportée à la chute des températures », s’emportent les associations qui demandent une mobilisation nationale immédiate de toutes les places disponibles.

A Toulouse, le Groupement pour la défense du travail social (GPS) déplore la mort de trois personnes à la rue au cours du mois de novembre. Les travailleurs sociaux dénoncent la saturation du dispositif d’urgence : en 2018, 95% des appels au 115 ont été rejetés et pourtant il enregistre malgré tout 245 demandes d’hébergement par jour. Sur ces demandes, 44% n’obtiennent pas d’hébergement et 75% des hébergements obtenus sont une place en gymnase. Pour une nuit.

Dans ce contexte, beaucoup renoncent à faire appel au 115. « Nous, travailleurs sociaux et médico-sociaux, dénonçons une politique de l’hébergement déshumanisée, une politique sociale du chiffre et du calcul qui laissent une grande partie de la population sdf sur le carreau », s’insurge le GPS.

Gestion au thermomètre

Jusqu’à quand cette « gestion au thermomètre » va –t-elle se poursuivre ?
Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publiée ce même 12 décembre montre une diminution régulière depuis 2008 du taux d’encadrement des centres d’hébergement et de réinsertion sociale, d’urgence, d’accueil pour demandeur d’asile, maisons relais, établissements d’accueil mère enfant…

En France, en 2016, 132 200 personnes étaient hébergées dans ces 3000 structures d’accueil. Au total, 140 000 places permanentes. Plus de 30 000 personnes y travaillent, pour les deux-tiers, des femmes. Elles occupent à 49% des fonctions éducatives, pédagogiques ou sociales. Les éducateurs spécialisés sont la fonction la plus représentée, 15% des équivalents temps plein ; ils sont à 87% diplômés d’Etat.

Fin 2016, en moyenne, un établissement comptait cinq personnes en équivalent temps plein. Au global, le taux d’encadrement a diminué de 6 points depuis la fin 2008. Et dégradé d’autant l’accompagnement des personnes vers le logement pérenne.

Le prochain numéro 1264 de Lien Social consacrera son dossier à l’hébergement d’urgence.

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