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2 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Brèves de comptoir éducatives non confinées

Par Éric Jacquot, Directeur de lieu de vie et d’accueil.
Mardi 31 mars, 12h23

Pendant la crise du coronavirus et aussi avant, les éducateurs sont absents du discours politique et médiatique, ils n’existent pas, ils sont les invisibles d’un système. Ils sont pourtant au front sans masque, ni gel, un peu comme sur le toit de Tchernobyl sans protection. Ce sont les anonymes d’une société particulière fournisseur officiel de gilets jaunes.

Attention les ultras riches, il ne va pas falloir vous contenter de réparer la toiture de Notre Dame. Je ne suis pas certain que cela va suffire.

Il faudra faire les comptes après, on ne va pas pouvoir laisser passer ça.

N’y a-t-il que les paniques collectives pour redonner aux gens, un peu d’humanité ?

La veille sanitaire des bureaucrates, c’est les 35 h à la maison sur un minitel dédié en signant le formulaire A45-b2 w516 alinéa 3 du décret du 11 septembre 2001 ?

Vu le nombre d’appels, de SMS, de mails que j’ai en cette période de crise, je sais maintenant que je ne pourrai jamais être standardiste.

Bon en même temps, je fais l’éducateur avec trois enfants placés chez moi en confinement total. Je fait les courses, je suis aussi directeur, homme de ménage, veilleur de nuit, maitresse de maison, cuisinier et l’éducation nationale qui d’habitude s’empresse de foutre les gamins dont on s’occupe à la porte de leurs établissements m’inonde de mails pour les faire travailler à la maison. J’ai dû rater un épisode !

Le moment exceptionnel, c’est une seconde et après une autre.

Bas les masques où sont les masques ?

Dans une situation quand cela va trop bien, trop vite, il faut déjà se préparer au pire avant d’ouvrir le champagne.
L’origine de la maltraitance se cache souvent derrière un tableau Excel qui ignore son pouvoir de nuisance.

Il ne suffit pas de croire, encore faut-il se donner les moyens de ne pas trop y croire.
On peut décider de tout et n’arriver à rien.

Entre les effets d’annonces et la réalité, il y a nous.

Question à trois points : Quelle différence y a-t-il entre un scientifique et un technocrate ?

L’absence de masque contribue à la diffusion de la parole.

En période de COVID 19, l’abnégation est la reine des vertus mais enfin pas pour tout le monde.

La réalité, le moindre geste, la moindre des choses ne supportent pas le confinement dans un tableau Excel.

L’urgence ne se traite pas à coup de protocoles, de recommandations de sociétés de savants. Ceux qui parlent du front feraient bien d’y aller et y mètrent les mains mais pas que dans un hôpital militaire encore vide avec un masque dernière génération.

Les chiffres ne reflètent jamais une réalité, les mots sont beaucoup plus précis.

J’ai parlé à la N-1 du dircab du dispositif résilience 23HBD. Elle va convoquer le DRH dans ces prochains jours afin de définir un protocole pour évaluer un dispositif rapide de sauvetage du TITANIC.

Hier, j’ai trouvé une bouteille à la mer avec un message à l’intérieur « ici le capitaine NEMO, vous en êtes où pour la livraison des masques ? ».

Le changement c’est pour demain. Circulaire AK47COVID19, contact : demain-on- rase gratis@changer de gouv.org

Mes deux chatons apprécient cette histoire de confinement avec trois enfants de plus à la maison, c’est trois fois plus de câlins.

Le confinement est bon pour la clinique.

Aujourd’hui je leur ai fait écouter ARNO « Dans les yeux de ma mère » et après on a bossé sur le texte. Passé l’étonnement, sont venus les commentaires et les questions. On a fait la classe de la vie !

Le confinement apporte des choses concrètes sur notre façon d’être au monde.

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

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2 avril 2020

✖ TRIBUNE - Des jeunes réservés

Le 24 mars, la secrétaire d’État auprès du ministre des Solidarités et de la Santé a lancé un appel aux étudiants en travail social volontaires pour constituer une « réserve sociale ». En réaction, un Comité de mobilisation publie une tribune.

Lire la tribune


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2 avril 2020

✚ COMMUNIQUÉ - COVID-19 : versement des prestations sociales le 4 avril 2020

Face à la crise épidémique, le Gouvernement a fait du maintien de la solidarité nationale une priorité. Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics et Christelle Dubos, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, ont travaillé de concert avec les caisses nationales de sécurité sociale - la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF), la Caisse centrale de la mutualité sociale agricole (MSA), l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (ACOSS) – la Banque de France, la Fédération bancaire française et les acteurs bancaires concernés afin que les personnes les plus précaires continuent de percevoir les aides auxquelles elles ont droit et d’exécuter les opérations bancaires dont elles ont besoin dans les meilleures conditions.

Le Gouvernement a décidé le versement anticipé par les CAF et caisses de MSA des prestations sociales qu’elles gèrent, afin qu’elles soient disponibles sur le compte bancaire de tous les allocataires concernés dès le 4 avril 2020. Cette décision s’applique à l’ensemble des allocations et prestations versées par ces organismes : minima sociaux (RSA, allocation adulte handicapé, …), prime d’activité, aides personnelles au logement, allocations familiales.

Les personnes bénéficiant de ces aides et souhaitant retirer de l’argent liquide, pourront dès samedi le faire soit auprès des distributeurs automatiques de billets au moyen de leur carte de retrait, soit, à défaut, en se rendant dans leur agence bancaire. Compte tenu de l’épidémie de Covid 19, et afin de permettre de respecter les gestes barrières, les autorités recommandent chaque fois que cela est possible de retirer les sommes versées dans les distributeurs de billets plutôt qu’en agence.

Les allocataires ont été informés par les CAF et caisses de MSA de ce versement précoce depuis dimanche 29 mars.

Le Gouvernement a par ailleurs réuni l’ensemble des acteurs bancaires comptant dans leurs clients des bénéficiaires des minima sociaux, et leur a demandé de prendre les mesures nécessaires pour accueillir dans de bonnes conditions les personnes qui auront besoin d’exécuter des opérations bancaires en agence.

Les établissements bancaires ont ainsi veillé :

A l’approvisionnement en liquidités suffisantes pour répondre à la demande de retrait et à l’augmentation exceptionnelle des plafonds de retraits si nécessaire.

Aux mesures de protection des publics accueillis et des agents, en lien avec les préfectures.

A la bonne information de leurs clients quant aux moyens d’exécuter leurs opérations bancaires, en leur notifiant par exemple les agences les plus proches restées ouvertes pendant la période.

Les ministres saluent l’engagement et la mobilisation des groupes bancaires et tiennent à remercier l’ensemble des personnels mobilisés, au sein des banques, des CAF, des caisses de MSA et de l’ACOSS, afin de permettre le bon versement des prestations sociales à nos concitoyens les plus fragiles.

le Gouvernement rappelle que le versement des minima sociaux par les CAF et MSA sera assuré et que la continuité des droits sera garantie. Les allocataires qui doivent faire maintenant ou prochainement une déclaration trimestrielle de ressources sont encouragés à la faire par internet. Cependant, toute personne dans l’incapacité de renouveler sa déclaration trimestrielle auprès des services des CAF verra le versement de ces aides sociales auxquelles elle avait droit jusqu’alors automatiquement renouvelé.

En France en 2018, les minima sociaux représentaient 4,25 millions d’allocations versées. 7 millions de personnes sont ainsi couvertes par les minima sociaux.


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2 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Les carences des départements

Par F. C. Educatrice Spécialisée dans un Foyer départemental de l’enfance.
Reçu le lundi 30 mars 8h08
Nous sommes éducatrices, éducateurs, maitresses de maison et veilleurs de nuit dans un foyer de l’enfance. Structure du département, le département chef de file de la protection de l’enfance, et nous sommes là.
Dès les premières annonces, fermeture des écoles, fermeture des restaurants, annonce du confinement, les rangs se sont éclaircis : il y a ceux qui ont été obligés de rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants, ceux qui ont été obligés de se confiner aux premiers symptômes suspects, et ceux qui se sont mis en télétravail.
Et nous sommes restés là, à réorganiser dans l’urgence nos planning pour assurer une continuité de service de manière à demeurer au service du service. Travail le week-end, allongement des amplitudes horaires, petit à petit, nous nous sommes retrouvés là où nous ne devrions pas être. En cuisine ou en course pour assurer nos subsistances et nourrir les enfants, dans la lingerie pour entretenir le linge, serpillère en main pour désinfecter les locaux, dans les hôtels à servir des repas pour toute la population se déclarant mineurs non accompagnés en cours d’évaluation, ou à effectuer des contrôles de température. La liste est longue, ce sont tous ces moments qui jalonnent la vie quotidienne.
Les premiers symptômes apparaissent chez les enfants, symptômes réels ou imaginaires, et nous sommes là à essayer de prendre du recul, agir de manière à les protéger et à prendre en compte leur besoin. Faute de moyen et de professionnels, nous sommes en situation d’évaluer ces symptômes !
Nous sommes en crise sanitaire, « en guerre » pour reprendre les mots du président Macron, et nous n’avons qu’une seule infirmière, aucun médecin et ceci pour pas moins de 200 mineurs accueillis dans cet établissement. Très rapidement, nous faisons remonter nos besoins : nous avons besoin d’aide médicale pour prendre en charge ces mineurs et d’une aide psychologique que nous n’avons plus ceci pour évaluer leur état physique et psychique ! C’est une crise ! Et elle est sanitaire !
Nous avons besoin de personnel qui prenne le relais sur l’intendance de ces maisons : entretien des locaux, entretien du linge, confection des repas, approvisionnement. Les éducateurs se retrouvent en ces lieux et places, alors que leur place devrait être de s’occuper des enfants, et uniquement de cela. Faire les devoirs, jouer avec eux, les rassurer, tout faire pour que leur vie en soit au minimum impacté.
Les protocoles tombent, les notes de services aussi, mais pas les moyens.
En l’absence de moyens réels de protection, on nous demande de respecter les mesures barrières. Nous voilà à rire du burlesque de la situation : servir une assiette à 1m de distance, s’asseoir à côté d’un enfant qui fait ses devoirs pour l’aider est évidement à proscrire.
Nous ne rions pas longtemps : contenir, consoler, partager, nos gestes du quotidien sont devenus source de danger, pour nous mais aussi pour eux.
Comment faire sans ? Comment faire avec ?
Autour de nous, le secteur privé s’adapte : des entreprises fournissent leurs moyens de protection au personnel médical ou d’autres exposés, d’autres les fabriquent. Les entreprises se mettent au service du public cet de cette crise.
Et nous, nous ne voyons rien arriver....
Nous sommes en guerre, il faut redéployer les troupes Mesdames, Messieurs les représentants du département : 2400 agents au sein de notre collectivité, et on nous oublie ! Qui pour nous aider à confectionner des repas ? Qui pour nous aider pour entretenir les locaux ? Qui pour nous aider à contenir ces enfants ? Qui pour nous aider à prendre soin d’eux ! Qui pour nous aider tout court ?
Il y a 2400 agents au sein de la collectivité !
Le département, chef de file de la protection de l’enfance, ne protège plus ses enfants ni ses agents d’ailleurs.

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1er avril 2020

★ INITIATIVES - Quand Lison chante contre la pandémie

Que fait-on quand on est éducateur spécialisé confiné chez soi ? Thomas Robert travaille en Belgique dans un établissement pour enfants porteurs de handicap. Dans son Institut médico professionnel, il animait des ateliers musicaux. Sa fille âgée de 7 ans lui a demandé d’écrire une chanson pour lutter contre le virus. Son père l’a aidée à en créer une. Il lui a proposé de la chanter. Il l’a ensuite mis en ligne sur les réseaux sociaux. A défaut de devenir le tube des cours d’école, fera-t-il le buzz dans les chambres d’enfants ? Un peu de douceur dans un monde brutalisé par ce connardevirus.


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1er avril 2020

■ ACTU - COVID-19 : maintenir l’aide alimentaire face à la crise épidémique

Communiqué de Christelle DUBOS, secrétaire d’État auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, du 31 mars 2020.
Face à une situation sanitaire exceptionnelle, le Gouvernement est entièrement mobilisé pour qu’à la crise épidémique ne s’ajoutent pas des drames sociaux. A la demande du Président de la république et en coordination avec les associations de lutte contre la précarité, le ministère des Solidarités et de la Santé met en œuvre les mesures nécessaires pour que la Solidarité nationale continue de protéger nos concitoyens les plus vulnérables.

En France l’aide alimentaire vient aider 5,5 millions de personnes, nombreuses à y avoir recours de manière quotidienne. Le maintien de l’aide alimentaire est une priorité pour nos concitoyens les plus précaires face à la crise épidémique.

« État, associations, collectivités, citoyens – nous devons collectivement nous mobiliser pour maintenir le secours porté aux plus démunis de nos concitoyens. L’aide alimentaire doit s’adapter à une situation rendue complexe par l’épidémie, tant pour les associations que pour les personnes qui y ont recours. Mais nous n’avons pas d’autre choix car il nous faut la maintenir à tout prix.  »
Christelle Dubos, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Solidarités et de la Santé

C’est pourquoi les décisions suivantes ont été prises :

• Les préfets, avec l’appui des commissaires à la lutte contre la pauvreté, sont chargés de coordonner la poursuite des activités de distribution alimentaire avec les collectivités locales - en particuliers les services sociaux des Mairies (centre communaux d’action sociale), les agences régionales de santé, les associations et acteurs privés (grande distribution, agro-alimentaire, agriculteurs) pouvant apporter leur concours.
• Les dons et la collecte de denrées alimentaires sont élargis à titre exceptionnel à toutes les associations et non plus aux seules associations habilitées au titre de l’aide alimentaire. Les contrôles seront levés tant que durera l’épidémie.
• L’État se charge de coordonner au niveau national et au niveau déconcentré la mise à disposition des stocks proposés par une série de nouveaux donateurs : CROUS, restaurateurs, industriels, cuisines centrales, … Les moyens habituellement mobilisés par l’Etat via le FEAD et les crédits pour les épiceries sociales sont évidemment maintenus pendant la crise (30% des volumes de l’aide alimentaire).
• L’ensemble des structures mobilisées devront veiller au respect strict des consignes sanitaires et de sécurité, pour protéger autant les bénéficiaires que les bénévoles et le personnel. Les modalités de distribution pourront à ce titre être adaptées, notamment en allongeant les créneaux d’ouverture, en utilisant dans la mesure du possible des locaux plus grands et en prévoyant la préparation à l’avance de colis pour diminuer le temps de présence sur place. Les actions de distribution bénéficieront de dérogations aux mesures de restriction à la circulation.
• Pour soutenir l’activité des associations et des structures d’aide alimentaire, le Gouvernement et les associations ont appelé à la mobilisation bénévole des Français. Sur jeveuxaider.gouv.fr, toute personne qui souhaite se porter volontaire pour intégrer la réserve civique et participer aux distributions d’aide alimentaire proche de chez elle. La mobilisation de la réserve sociale à travers les étudiants en travail social volontaires viendra également soutenir l’activité des associations et des structures sociales.
• Les dispositifs de soutien à l’activité des entreprises mises en place de façon exceptionnelle par le Gouvernement seront aussi ouverts aux associations et notamment aux associations d’aide alimentaire.
• Une surveillance accrue des lieux de stockage des denrées est également demandée aux préfets pour éviter toute recrudescence des actes de vol.
• Les Caisses d’allocations familiales pourront par ailleurs débloquer pour les familles qui en font la demande une aide financière individuelle d’urgence, leur permettant de subvenir à leurs besoins.


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1er avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Pas d’école pour les enfants des travailleurs sociaux

Par C. ALLUAUME, Assistante sociale en réanimation et médecine néonatale.
Reçu le dimanche 29 mars, 18h34.

Nous accueillons les premiers bébés nés de Maman Covid. Ces mamans sont pour la plupart en réanimation et nous accompagnons les papas comme nous le pouvons.
Nous continuons également d’accompagner les familles ayant des grands prématurés ! Et oui, comme pour beaucoup d’autres soins, le Covid n’a pas annulé d’autres maladies ou hospitalisations.
J’ai réussi à trouver une solution pour continuer à intervenir à l’hôpital. Mais, à quel prix... ! Il m’a fallu batailler auprès des écoles, car je ne suis pas soignante mais assistante sociale. Je suis pourtant personnel hospitalier. On parle de solidarité mais certains jouent sur les mots. Il a donc fallu se réorganiser et ne plus compter sur l’école qui se devait d’accueillir les enfants du personnel hospitalier.
On parlait de culpabilité ! Les directrices de notre école nous ont bien fait culpabiliser. Quelle mauvaise mère étais-je, pour laisser mes enfants à l’école pendant le confinement.
Peut-être parce que des familles avaient besoin d’aide, d’accompagnement. Sûrement, parce que des enfants ont besoin de sortir en sécurité. Également, parce que des familles doivent être orientées dans des structures adaptées à leur sortie. Et, pour un bon nombre d’autres raisons.
Non je ne vais pas au travail par plaisir en ce moment.
Oui, je côtoie cette maladie, tout en devant quémander la moindre protection.
Aujourd’hui, j’ai été partagée entre le souhait de faire le métier que j’ai toujours voulu faire, même si les conditions ne sont pas les meilleures, et le souhait d’abandonner et de quitter le navire.
Finalement je continue et j’enfouis ma rancœur. Malheureusement, celle-ci ressortira.
Ce soir je voulais remercier tous ces directrices, directeurs, professeurs qui accueillent les enfants de l’ensemble du personnel hospitalier puis à partir de demain les enfants de policier, de pompiers etc.
Je souhaite crier ma colère auprès de ces directrices qui m’ont fait culpabiliser et qui m’ont mis des bâtons dans les roues pour accueillir mes enfants et qui ont fait de mêmes pour mes collègues.

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31 mars 2020

■ ACTU - Hommage virtuel aux morts de la rue


Un hommage a été rendu ce mardi 31 mars à 569 #mortsdelarue à 50 ans en moyenne par le collectif "Morts de la rue"
Il était prévu dans un jardin...
il s’est tenu chez vous.
Voir les hommages en vidéo sur la chaîne du collectif


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31 mars 2020

★ INITIATIVES - Covid-19 La Croix-Rouge française lance un dispositif d’écoute et de livraison solidaire pour les personnes vulnérables en situation d’isolement social.

La Croix-Rouge française lance un dispositif d’écoute et de livraison solidaire pour les personnes vulnérables en situation d’isolement social.

Pour répondre à la crise COVID-19, la Croix-Rouge française a suspendu certaines de ses activités pour se concentrer sur la réponse à l’urgence sanitaire et sociale (secours, maraudes, centres d’hébergement pour sans-abri, distribution alimentaire). Elle complète aujourd’hui sa réponse avec « Croix-Rouge chez vous », un dispositif qui s’adresse aux personnes vulnérables confinées en situation d’isolement social. En appelant le 09 70 28 30 00*, disponible 7J/7 de 8h à 20h, elles pourront bénéficier d’une écoute et d’un soutien psychologique, d’informations sur la situation, mais aussi de la possibilité de commander des produits de première nécessité livrés par des volontaires de la Croix-Rouge.

Pour les personnes vulnérables isolées, les indispensables mesures de confinement peuvent aggraver leurs fragilités. Fidèle à sa mission historique d’assistance et de protection, la Croix-Rouge française propose un dispositif au service du lien social.

Toutes les personnes vulnérables isolées et non accompagnées, peuvent appeler le 09 70 28 30 00* ouvert 7j/7 de 8h à 20h.

A leur écoute, des volontaires de la Croix-Rouge pour leur proposer une écoute chaleureuse, les rassurer, les informer, mais aussi identifier les risques et les orienter vers d’autres services si nécessaire. Des professionnels de la santé mentale sont également disponibles pour leur apporter un soutien psychologique.

« Croix-Rouge chez vous  » leur permet aussi de s’approvisionner en produits de première nécessité (denrées alimentaires, produits d’hygiène et médicaments sur ordonnance). Les demandes seront transmises sur le terrain aux unités locales de la Croix-Rouge française dont les bénévoles assureront la livraison.

Ce dispositif est d’ores et déjà disponible dans 80 départements en France Métropolitaine et devrait très vite s’étendre à tout le territoire.

Pour lui permettre de poursuivre et renforcer ses actions en réponse à l’urgence sanitaire et sociale, la Croix-Rouge française a besoin de la générosité de tous et lance un appel à dons.

Les dons peuvent être effectués sur le web : soutenir.croix-rouge.fr
ou par chèque à l’attention de Croix-Rouge française « Urgence Covid-19 » - CS 20011 - 59895 Lille cedex 9


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30 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Quel changement ?

Par Jonathan Pouvreau, Éducateur spécialisé en MECS.
Samedi 28 mars 12h39
J’œuvre au sein d’une Maison d’Enfants à Caractère Social depuis le début de l’instauration du confinement. La MECS accueille une trentaine d’enfants répartis sur différents étages en fonction de leur âge. J’y étais déjà en poste une semaine avant l’allocution du président et nous nous préparions psychologiquement à l’impact que cela aurait sur le quotidien des enfants (8-12ans pour mon groupe) et le nôtre par la même occasion.
En tant que travailleur social, nous savons automatiquement que notre principal combat ne sera pas le COVID-19. Pour nous, le combat sera d’accueillir les angoisses des enfants tout en laissant de côté les nôtres. Il sera également de faire face aux dysfonctionnements qui s’accentueront pendant le confinement avec un manque de personnel accru, des directions dépassées et très peu de moyens pour faire face à cette situation pendant des semaines.
Pour ce qui est des mesures d’hygiène et notamment les gestes barrières, ils seront quasiment impossibles à respecter avec cette population, ayant des difficultés à cohabiter, des troubles du comportements pour certains et des besoins affectifs à combler pour l’ensemble. A cela s ‘ajoutera le manque de matériel car nous ne possédons qu’une bouteille de gel hydro alcoolique sur le groupe et une réserve de 10 masques. Seuls les gants sont bien rationnés mais nous aurons la consigne de ne pas les utiliser tant qu’aucun cas de COVID-19 ne sera déclaré pour avoir du stock le moment venu. Lorsqu’il arrivera, on verra comment nous fonctionnerons concernant la quarantaine, dans l’espoir que peu d’enfants ne le contractent (seules 2 chambres vides) et pour ce qui est des professionnels : comment les remplacerons t’ont étant donné les besoins actuels ?
Les enfants vivront ensemble (dix enfants sur mon groupe) et seront confrontés à des restrictions de libertés encore plus difficiles à supporter que les adultes. La temporalité pour eux n’étant pas la même, une journée est bien plus longue. Les enfants n’auront de contacts avec leurs parents que par téléphone et sur le plan affectif, ils seront beaucoup en demande. Il s’agira pour les éducateurs de jongler entre des attitudes sécurisantes, contenantes et rassurantes pour les accompagner au mieux tout au long de la journée. Notre mission sera de les aider à occuper la journée, de faire preuve de créativité, à contenir et à enrichir les relations entre eux. Nous tournerons à cinq professionnels repérés par les enfants sur ce groupe et par moment un nouvel intérimaire qui viendra en renfort. Nous nous attendrons à des situations explosives. Elles se manifesteront par des violences physiques et verbales entre eux et avec les professionnels.
Pour ce qui est du suivi scolaire, les conditions de travail des enfants ne seront pas du tout propices à l’étude, la réflexion et l’apprentissage. Le confinement en foyer ne sera pas le même que celui au sein d’une famille, les enfants ne seront pas au même niveau d’études et ils auront des devoirs personnalisés. Le manque de professionnels ne permettra pas de mettre en œuvre un soutien pédagogique convenable ni même une régularité de travail. Le manque de matériel, seulement un ordinateur pour tout le groupe, n’arrangera rien. Déjà nous nous inquiétons beaucoup du retard que les enfants peuvent accumuler cette année, les grèves de cet hiver ayant déjà eu un impact important sur leur scolarité.
Et puis je verrai d’anciens collègues dans le champ de l’insertion qui s’organiseront de façon anarchique pour faire face à des problématiques encore bien plus graves (arrêt de nombreuses distributions alimentaires, lieux d’hébergement fermés…). Ils mettront les bouchées doubles pour sauver des vies au même titre que les soignants des hôpitaux. Je saluerai les associations qui se battent pour garantir le soin aux personnes en situation de grande précarité et je ne serai pas surpris que certaines d’entre elles attaquent l’État en justice en ce temps de crise (déjà de nombreuses plaintes déposées dont certaines pour homicide involontaire).
En vérité, nous l’avons tous déjà vu venir. Et est-ce que tout cela change grand-chose à la réalité du terrain que nous connaissons depuis des années ? Cela amplifie simplement les dysfonctionnements existants déjà et nous sommes obligés d’y mettre encore plus d’énergie.

Nous sommes encore au front mais il n’est pas contre le virus notre combat en réalité. Nous nous battons depuis des années contre un système néo libéral qui conditionne l’esprit humain à l’individualisme et l’égoïsme. Un mode de pensée qui conduit les gens à faire des stocks de pâtes et de PQ pour s’enfermer chez eux ou encore à fuir loin des grandes villes pour ne pas à avoir à subir le pire. Notre mode de pensée à nous, l’esprit de solidarité, est à contre-courant, et la société nous refoule, nous invisibilise, comme les hommes refoulent leurs pensées altruistes et emphatiques jugées naïves voire puériles. Au même titre que nous, les caissiers et caissières des supermarchés sont dénigrés alors qu’ils s’exposent dangereusement au virus mais concrètement, ils travaillent aujourd’hui à contre cœur pour vous permettre de manger, vous, les « insérés ».
Dans ce système, on estime que si tu n’es pas « inséré », c’est par malchance ou par manque d’intelligence : « les cas sociaux ». On oublie de remettre en cause notre société et le fait que chaque individu est le produit de son environnement. Et puis il y a la reconnaissance de notre profession : « c’est bien ce que tu fais, il en faut mais c’est quand même une voie de garage ». Cela en dit long sur la valeur que notre société peut donner à nos professions. Il faut « peser lourd » aujourd’hui pour être reconnu et avoir un compte en banque bien garni.
L’idée n’est pas de faire un procès aux gens, simplement d’aider à la prise de conscience. Dire que la solidarité ne se résume pas à applaudir le personnel soignant chaque soir à 20h avant de retourner à son petit univers. Je déplore que l’on sacralise ou que l’on trouve un aspect héroïque à nos professions comme si le fait d’œuvrer dans la douleur et la souffrance était normal. Quel est cet héritage que l’on nous impose ? Sommes-nous si honorables parce que l’on a choisi l’humain, le solidaire et le soin ? Je crois bien que c’est l’inverse qui est anormal, qu’une société qui chante ce type de louanges est bien malade et dans ce cas-ci, le COVID-19 n’a rien à voir là-dedans.
Pour nous travailleurs sociaux, ce type de propos, de comportements nous paraissent totalement aberrants et tous les dysfonctionnements que notre secteur connaît actuellement ne nous surprennent plus depuis longtemps. Nous sommes tous déjà bien au clair sur ce système, les inégalités qu’il génère, la précarité, l’injustice sociale etc… Logiquement, nous évoluons parallèlement, nous devenons communautaristes, nous nous organisons dans notre coin et nous mettons en place des « systèmes D » pour pallier aux manquements de l’État.
Cependant nous avons besoin de lui autant qu’il a besoin de nous. Comme cela a déjà pu être dit par le passé, cette locomotrice et ses wagons que constituent notre société ont besoin de régulation. Notre rôle de « régulateurs » se trouve être celui, certes, de ramener les wagons qui se décrochent à l’arrière mais aussi celui d’interpeler la locomotive de tête pour lui signifier de ralentir afin que l’ensemble puisse avancer à un rythme modéré. Notre fonction est, depuis de nombreuses années, mise à mal par cette idéologie individualiste générée par ce système de pensée consistant à avancer sans se soucier des autres et de la planète soit dit en passant.
Combien de temps tout cela va-t-il encore durer ?
Cette crise sanitaire s’ajoute à une crise sociale, économique, politique et environnementale mais elle a un pouvoir que nous n’avions encore jamais connu, celui de « stopper la machine ». Même si beaucoup de « confinés » n’attendent qu’une chose, que la vie revienne à la normale, certains se recentrent et prennent conscience de ce rythme effréné dans lequel nous vivions. Peut-être que l’après COVID-19 sera l’occasion de changer, soyons optimistes. En attendant, la locomotive est à l’arrêt alors c’est peut-être le moment ou jamais de raccrocher tous les wagons.

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