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25 mai 2016

Mad Pride versus Fada Pride

Fous et alors ? Pour changer le regard des malades sur eux-mêmes et celui des autres sur la maladie psychique, la Mad Pride défile une fois par an dans Paris depuis 2014. Le 11 juin, elle sèmera ses grains de folie entre l’hôpital psychiatrique Saint-Antoine et la place de la République. Partant d’un lieu symbolique d’enfermement pour aller vers un lieu symbolique de démocratie, cette marche vise à revendiquer la pleine citoyenneté des personnes en difficulté psychique et promouvoir leur inclusion sur le plan économique, social, environnemental et culturel.

Le Cercle de Réflexion et de Proposition d’Actions sur la psychiatrie ne se reconnaît pas dans la légèreté de cet événement. « Nous déplorons que les organisateurs de cette mascarade parisienne, aient mis un étouffoir sur les protestations et les revendications des personnes aux prises avec les institutions psychiatriques, en ne gardant de tout cela qu’une vague revendication pour une dignité des personnes atteintes de pathologie mentale. » Majoritairement composée de patients ou ex-patients de la psychiatrie, l’association appelle donc au boycott de la Mad Pride.

Ces militants des droits fondamentaux des personnes psychiatrisées se reconnaissent davantage dans le manifeste de la Fada Pride. Organisée le 4 juin à Marseille, elle se veut également festive, mais se réunit autour de la dénonciation des maltraitances dans les lieux de soins, de la privation de liberté, du gavage médicamenteux… La marche sudiste revendique donc : l’abandon d’une culture de la contrainte, la création de lieux d’apaisement de crise encadrés, l’application de la CMU par tous les médecins, le droit de discuter des traitements, l’accès à un chez soi et à des revenus suffisants…

Le 5 juin 2016 à Marseille et le 11 juin à Paris



19 mai 2016

Handicap sensoriel : Colin-Maillard pour tous !

Trois duos, trois défis : à gauche, une personne déficiente visuelle, à droite une personne qui ne l’est pas. Et toutes deux, les yeux bandés. Il s’agit, dans un temps donné, de taper une phrase sur le clavier d’un ordinateur, de rassembler la somme de 17 € 88 le plus vite possible, ou encore de séparer trois jaunes d’œuf de leurs blancs sans les casser. Autrement dit, quel serait notre quotidien si nous perdions la vue ? Et qui sont les vainqueurs — haut la main — de ce genre de challenge ? Pour relever le défi, c’est ici !
Avant tout empreinte d’un esprit de lutte en faveur des personnes déficientes visuelles, cette initiative non moins ludique est celle de l’association Valentin Haüy, reconnue d’utilité publique depuis 1891.
Nul doute qu’elle saura inspirer les travailleurs sociaux qui partagent le quotidien des personnes aveugles et malvoyantes.

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12 mai 2016

Autisme et culture, dans un futur proche

J-5... Le Festival du Futur Composé fête sa 9ème édition cette année à Paris. Manifestation culturelle atypique, elle associe des artistes professionnels à de jeunes adultes vivant avec des troubles autistiques. Résultat : des productions remarquables, opéra-ballet, concerts et expositions se succèdent du 17 Mai au 30 Juin dans des salles parisiennes renommées. Une trentaine d’institutions spécialisées participent à l’événement, auquel les équipes éducatives et environ deux cents jeunes se sont préparés des mois durant.

Ce Festival, qui se déroule (seulement !) tous les deux ans, est organisé et produit par l’association du Futur composé. Créée en 2000, elle souhaite ainsi favoriser l’accès des personnes autistes aux pratiques culturelles et les rendre actrices du champ culturel. Par son action quotidienne, l’association entend bien changer le regard du grand public sur le handicap et inscrire ses jeunes talents, plus que dans le spectacle, dans une communauté autre. Futur composé, ou comment, en lui ouvrant leurs portes, les lieux culturels ouvrent l’esprit de leurs spectateurs...

Toute la programmation à découvrir ici.

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9 mai 2016

La rue, trop féminine…

Dans un bilan qui recense les demandes faites au 115 pendant l’hiver 2015-2016, la Fédération Nationale des Associations d’accueil et de Réinsertion Sociale (Fnars) dénonce la situation alarmante des femmes contraintes à vivre dans la rue et en appelle aux pouvoirs publics.
En effet, la Fnars souligne une augmentation significative du nombre de femmes isolées ayant recours au numéro d’urgence. Une hausse de 13% dans les 45 départements étudiés (et de 10% pour Paris) par rapport à l’hiver dernier, une majorité d’entre elles ayant entre 18 et 24 ans. Ce constat inquiétant montre non seulement l’incapacité à répondre à la demande d’hébergement de ce public fragile mais également une montée de la vulnérabilité sociale des femmes seules.

De manière plus générale, le bilan fait état de 65 000 personnes ayant appelé le 115 dans les 45 départements en question (hors Paris), soit 440 000 demandes d’informations ou d’hébergement. Sur ce nombre d’appelants, 57% restent sans solutions d’hébergement, quant aux autres, ils se voient proposer une solution précaire d’une nuit en structure hivernale.
La Fnars relève également une augmentation des demandes de prestations (maraudes, aide alimentaire, santé, etc.) qui témoigne d’une précarisation importante des personnes à la rue et note une diminution globale des nuitées d’hôtel au profit de créations de places d’hébergements. Enfin, déplorant que l’hôtel demeure « une variable d’ajustement à la fermeture des places hivernales », la Fnars réaffirme la nécessité de trouver des solutions pérennes et adaptées aux personnes vivant dans la rue plutôt qu’une précarisation des réponses apportées qui restent « inutiles et coûteuses ».

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3 mai 2016

Christophe Sirugue au secours de la Loi Travail

D’après Christophe Sirugue, il manquerait quarante voix (Le Parisien) pour que la loi Travail passe à l’Assemblée sans recours à l’article 49.3 - qui permet au gouvernement de « forcer le passage » législatif. Voilà qui paraît bien peu... Depuis aujourd’hui, le député socialiste doit assumer la mission ingrate de convaincre ses pairs des atouts de la loi El Khomri, qui cristallise les tensions depuis plus de deux mois.

Le 18 avril, c’est également ce parlementaire de gauche qui remettait à Manuel Valls un rapport sur la « réforme des dispositifs de soutien aux revenus d’activités modestes ». Retour sur quelques éléments de réponse proposés pour améliorer l’accès des personnes aux minima sociaux.
En premier lieu, l’ouverture du RSA à partir de 18 ans (au lieu de 25 ans aujourd’hui) pour soutenir les jeunes dans leur recherche d’emploi ou de formation. Ensuite, faciliter l’accès des personnes à leurs droits ; en effet on compte toujours 30% de non recours aux minimas sociaux dans la population. Enfin, un montant fixe des allocations sur une période de trois mois rendrait plus prévisible le budget des ménages.
Au-delà de ces pistes, ce qui intéressera surtout les travailleurs sociaux c’est la préconisation de revoir la politique d’accompagnement des allocataires et de fixer des obligations de financements aux départements.
Mais ce ne sont pour l’heure que des propositions...



27 avril 2016

Nuit debout : les travailleurs sociaux aussi !

Une nouvelle commission « Action Travail Social » a été créée aujourd’hui par le mouvement Nuit Debout, Place de la République à Paris.
Au cœur des discussions, les bouleversements constatés par les travailleurs sociaux dans leurs pratiques professionnelles, auxquelles de nouvelles normes sont imposées. La marchandisation du travail inquiète et « le désengagement des pouvoirs publics au profit des logiques d’économie de marché » mobilise les professionnels de l’action sociale.
Parmi les points évoqués au cours de cette première réunion de la commission : « le remaniement de la Convention Collective 66, la refonte des métiers et des diplômes du social, les Investissements à Impacts Sociaux, le déconventionnement des équipes de prévention spécialisée » et bien-sûr, la loi El Khomri. Autant de sujets régulièrement décryptés dans les colonnes de Lien Social.

Une nouvelle réunion de la commission « Action Travail Social » est d’ores et déjà fixée pour le vendredi 29 avril, pardon, le 60 mars…



27 avril 2016

Nuits et jours debout

IL Y A UN MYSTÈRE FRANÇAIS encore plus grand que celui de la graisse de canard qui ne donne pas de cholestérol ou de Drucker qui présente en 2016 une émission le dimanche, c’est le regard que les Français portent sur leur jeunesse. Une étude parue dans le Figaro nous informe qu’une grande majorité des Français aurait une mauvaise opinion des jeunes. Qu’ils considèrent comme velléitaires, fainéants, toujours sur leurs téléphones portables, incapables de se prendre en charge, parasitant les parents, j’en passe et des meilleures.

Plus étrange encore, ces Français sont les seuls dans le monde occidental à porter un tel jugement sur leur jeunesse ; pourtant on constate que grosso modo, les jeunes ont à peu près les mêmes comportements de New York à Londres en passant par la place de la République à Paris. À ce propos d’ailleurs, le mépris de certains politiques pour les « Nuit debout » est surprenant.

Car, somme toute, les jeunes réunis à travers la France, plutôt issus des classes moyennes et bourgeoises, recréent des agoras de discussions démocratiques tels qu’en rêvent tous les dirigeants du monde. On se rassemble, on discute, on invente, on rêve et l’on cherche le moyen de se faire entendre. Sommes-nous si fiers de nous, adultes, responsables, politiques, intervenants sociaux que nous puissions nous passer des idées de la jeunesse ? Qu’avons-nous à leur offrir de si merveilleux qu’ils soient satisfaits ?

Je rappelle à ces vieux barbons sûrs d’eux, que toutes les dernières inventions utiles de type « Blablacar, Uber et autres applications de smartphones » ont germé dans la tête de jeunes post-adolescents, conscients de leur époque. Je rappelle aussi que, quoi que l’on fasse ou dise, ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui imposeront leurs modes de pensée, leur mode d’agir et que l’un dans l’autre, la génération au pouvoir s’adaptera en grognant comme elle l’a toujours fait. Oui, les jeunes sont dans la rue ! Mais où peuvent-ils être ? À l’Assemblée nationale ? Oui les jeunes gueulent et manifestent pour se faire entendre ! Mais qui les représente ? Quel responsable politique parle au nom de la jeunesse ?

Ce mouvement, comme tous les mouvements de jeunesse actuels, est international, il dépasse les frontières et les clivages politiques. On comprend qu’il y ait de la résistance ! Mais les digues cèderont, c’est une question de temps.

Etienne Liebig

Nota - Article publié dans Lien Social n°1184
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25 avril 2016

Investissement social • L’ONES tire le signal d’alarme

Des « dérives graves », c’est ce que l’Organisation nationale des éducateurs spécialisés pressent devant l’arrivée des Social impact bond, contrat à impact social, en France (voir LS n° 1183 et 1184). Ces contrats d’un nouveau genre ouvrent aux investisseurs privés le financement d’actions sociales avec retour sur investissement si le projet est concluant. « Certaines grosses associations sont parties prenantes car elles jouissent d’une place prépondérante due à l’importance des fonds publics qui leur sont attribués. En coulisses, elles se croient suffisamment puissantes pour au mieux s’opposer au pire, résister aux obligations de résultats et prérogatives des investisseurs et des banques. Elles pensent malgré tout maintenir une certaine maitrise du jeu » avance l’ONES qui estime qu’elles se méprennent et risquent de se « mettre sous tutelle » face à l’inévitable pression et ingérence des investisseurs.
Les travailleurs sociaux, prédit l’ONES, entreront alors dans « une logique de rentabilité » et non plus de temps long et de prise en compte des personnes dans leur globalité.



14 avril 2016

Polyhandicap : un Livre Blanc et un Pacte

« Polyhandicap et Citoyenneté – Un défi pour tous ». L’Union Nationale des Associations de Parents d’Enfants Inadaptés (UNAPEI) publie sous ce titre un Livre Blanc dans le but de susciter la réflexion sur la prise en charge des personnes polyhandicapées « niées dans leurs droits et leur citoyenneté ». Pour l’UNAPEI, ce qui constitue le « socle de notre République : liberté, égalité, fraternité » leur reste difficilement accessible et représente même des droits fondamentaux bafoués.

L’ouvrage pointe les manquements observés à l’encontre du droit des personnes polyhandicapées et soumet des solutions à mettre en œuvre par les pouvoirs publics, les associations ou les personnels des structures médico-sociales.
Au-delà de la réflexion qui doit être menée, l’UNAPEI souhaite obtenir d’eux des engagements concrets : elle propose donc l’organisation, dans chaque région, de rencontres et conférences-débats à l’issue desquelles pourra être signé un « Pacte Polyhandicap ». Lequel se construit autour de cinq axes : un accompagnement précoce et continu, des dispositifs globaux de prise en charge, une offre de soins suffisante, des formations pour les professionnels et une gestion adaptée des établissements.
La première rencontre aura lieu en Région Centre, le 23 Avril à Orléans sur le thème « Polyhandicap et citoyenneté : utopie ou réalité ? »

Grâce à l’influence de médecins et psychiatres, la France a progressivement reconnu le polyhandicap dans les années 1960. « Le polyhandicap se caractérise par la présence de déficiences associées et recouvre des situations très variées. Il s’agit d’un handicap grave à expression multiple, associant déficience motrice et déficience mentale sévère ou profonde entraînant une restriction extrême de l’autonomie et des possibilités de perception, d’expression et de relation. » (unapei.org)
Mais ce n’est qu’en 1989 que l’acception officielle du terme a fait l’objet d’un décret et a ouvert la voie à des dispositions spécifiques. Aujourd’hui, à travers ce Livre Blanc, l’UNAPEI pose la question de la place que la société est prête à laisser à ces personnes dans la création d’un autre vivre ensemble, ainsi que celle des droits et de la reconnaissance qu’elle voudra bien leur accorder.

Réalisé en collaboration avec le Comité d’études, d’éducation et de soins auprès des personnes polyhandicapées (Cesap), le Groupe Polyhandicap France (GPF) et le Comité de liaison et d’action des parents d’enfants et adultes atteints de Handicap Associés (CLAPEAHA), le Livre Blanc est téléchargeable gratuitement sur le site de l’UNAPEI.



6 avril 2016

SPIP : une audience Place Vendôme

Après plusieurs semaines de mobilisation, l’intersyndicale Insertion Probation a été reçue par le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, ce lundi 4 Avril. D’après l’organisation - qui représente 84 % des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP) et la totalité de leurs directeurs (DPIP) - le garde des sceaux a non seulement promis une nouvelle rencontre sous huit jours, mais s’est montré « à l’écoute » et a fait preuve « d’ouverture ».

Il faut dire qu’il devenait difficile de faire autrement... Le mouvement de contestation des services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) ne cesse en effet de prendre de l’ampleur, atteignant plus de 80% des services, et comptabilise plus d’une centaine d’assemblées générales organisées sur l’ensemble du territoire. L’intersyndicale Insertion Probation réclame une égalité de traitement pour la retraite, une augmentation des effectifs, une amélioration des conditions de travail, la reconnaissance des missions et des personnels par l’Administration Pénitentiaire (AP), la renégociation, notamment du statut des CPIP.

Pour illuster ses revendications, l’intersyndicale avance notamment l’exemple édifiant d’un service de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis qui serait pour moitié composé de stagiaires. Et rappelé le nombre de personnes placées sous main de justice dont les SPIP doivent assurer le suivi : 250 000.
Les personnels des SPIP mobilisés dénoncent également la tournure sécuritaire que prend la définition de leurs missions.

GRÈVE DU ZÈLE

Contrainte par l’interdiction de grève appliquée aux professionnels du secteur, le mouvement a mis en œuvre le boycott de réunions et pratique la grève du zèle. En la matière, il vise un point sensible : les signalements des comportements de « radicalisation » sont rédigés a minima.

En réaction au « silence assourdissant » que lui avait opposé l’AP dès les débuts du mouvement, l’Intersyndicale avait dû solliciter des audiences auprès des différents ministères. Mais c’est surtout au niveau local que les initiatives ont fleuri et que les actions menées vers les politiques ont été les plus fortes : les personnels des SPIP ont sollicité les parlementaires et élus locaux qui se sont fait leurs porte-parole auprès du gouvernement.

Malgré l’ouverture du dialogue, l’intersyndicale reste mobilisée, et pour peser dans le débat, annonce une manifestation nationale le 10 Mai à Paris.