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30 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Quelques nouvelles du front…

Par Emmanuel OKOUNHOLLA, chef de service en MECS

« Oui, l’homme n’est pas fait pour vivre ni dans la pure ombre, ni dans la pure lumière. Oui, le clairobscur est le séjour le plus propre à l’homme » affirme Eric FIAT (Grandeurs et misères des hommes, in Petit Traité de dignité, mars 2010).
Abreuvé d’un flot de nouvelles plus catastrophiques les unes que les autres, via la télé tout au long du week-end, j’ai été saisi dimanche soir d’une peur panique que je ne n’avais jamais ressentie jusque-là… Une peur panique de choper le coronavirus et de le transmettre à ma chère épouse. Cette peur panique m’a habité tout au long de la nuit. J’étais terrorisé à l’idée de reprendre le boulot le lendemain matin. Au réveil, le lundi matin cette peur panique de la veille, mon passager noir, était toujours là.
Pour la première fois, depuis le début de cette pandémie, j’ai eu peur de me rendre au boulot… J’étais tétanisé à l’idée de me rendre au front… Je n’avais ni la force ni l’énergie… Mais, il fallait quand même y aller vaille que vaille ! Allez soldat, courage !!! Alors, c’est le cœur lourd et la boule au ventre que j’ai franchi les portes de la Maison d’enfants ce lundi matin. Je me suis très vite ouvert au directeur qui m’a écouté avec bienveillance et attention… J’ai lu la compréhension dans son regard…
Puis, comme chaque matin, je suis allé m’enquérir du moral des troupes. C’est avec un grand sourire que la maîtresse de maison des grands ados m’accueillit en me disant tout de go : « Bonjour Emmanuel, c’est reparti ! Il faut bien s’occuper de ses mômes ! Nous n’allons quand même pas les abandonner !!!  » Ces paroles pleines d’enthousiasme m’ont réveillé de ma torpeur et ont eu le mérite de me revigorer.
Sur un autre groupe, une autre maîtresse de maison m’a confié combien ce week-end avait été long pour elle : «  J’avais hâte d’être au boulot ! Normalement, je ne travaille pas le mercredi, mais j’ai demandé au directeur de pouvoir venir bosser…  » Quel courage, comparé à ma trouille matinale…
Une éducatrice, très enthousiaste m’a dit : « Si vous avez besoin de moi pour faire des heures en plus, je suis partante ! »
J’avoue avoir été très touché par cette détermination du personnel à continuer à s’occuper des enfants et des jeunes confinés au sein de la MECS, malgré « l’ennemi invisible  » (dixit M. MACRON) qui rôde. Si ça ce n’est pas de l’engagement, alors, il faudrait m’expliquer quel est le véritable sens de ce mot tant prisé dans notre secteur. Oui, ce matin-là et les jours précédents, j’ai vu l’engagement en acte ! Je ne parle pas de l’engagement dont certains « sachants » du secteur social et médico-social se gargarisent avec des paroles et des discours (suivez mon regard), mais celui qui se traduit au quotidien en actes et en vérité, notamment en ce temps de guerre et de pandémie !
Au sortir de cette crise sanitaire, il y a des notions comme solidarité, engagement, qu’il faudra redéfinir à l’aune de cette période si trouble et si angoissante…
Ce matin-là, les professionnels que j’ai croisés (cuisinières, homme d’entretien, éducateurs, éducatrices, maîtresses de maison, secrétaire, directeur…) ont, non seulement rallumé la flamme de l’engagement en moi et fait disparaître ma peur panique, mais ils ont, sans le savoir peut-être, fait de moi « un voleur de Beau !  »
Je tiens ici à leur dire merci.
Oui, merci à tous ces soldats de l’ombre qui, depuis le début de cette crise sanitaire, s’occupent avec une détermination admirable des enfants et des jeunes confinés en MECS.
Oui, merci à tous les professionnels de la protection de l’enfance qui, ne pouvant pas « télétravailler », sont obligés de se rendre chaque jour au front pour s’occuper de ces enfants de la République afin qu’ils ne soient ni des oubliés ni des sacrifiés… Nombre de professionnels de nos structures ont répondu présents, malgré le virus qui rôde ! Rien qu’à y penser, j’en ai les larmes aux yeux.
Il est des moments dans l’histoire d’une institution où l’abnégation et l’engagement des professionnels ont un goût d’éternité !!!
J’ai une pensée pour toutes les MECS bondées en cette période et qui ne disposent pas d’assez d’espace extérieur pour permettre aux jeunes de se défouler… Je n’ose imaginer les tensions au sein de ces structures en cette période de confinement…confinement qui risque de se prolonger…
L’histoire retiendra votre sens du devoir et du sacrifice !
Même si vous n’apparaissez pas dans le discours des politiques en ces temps si troubles, sachez que vous faites la fierté et l’honneur de ce beau et grand pays ! La France vous doit à vous aussi, soldats en seconde ligne, une reconnaissance éternelle !
Voilà pourquoi, tous les jours, en applaudissant à 20h pour remercier et encourager les soignants qui sont au premier plan de cette guerre sanitaire, j’ai toujours une pensée émue et teintée de gratitude pour les travailleurs sociaux de nos MECS qui prennent des risques inouïs pour s’occuper des enfants confinés… Merci à vous toutes et tous !!!
Puissiez-vous être associés à ces clappements vespéraux, car vous êtes des soldats de l’ombre, des sentinelles du quotidien !
Au nom de tous ces enfants accueillis et confinés en MECS en ce moment, je vous dis simplement MERCI, MERCI et Mille fois MERCI !!!
J’ose espérer qu’au sortir de cette crise, on vous donnera enfin toute la considération et la reconnaissance que vous méritez !!! Vous méritez tout notre respect !

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

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29 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Invisibles

Par Marie, éducatrice spécialisée.
Jeudi 26 mars à 12h34

Je fais partie des invisibles. Mon métier est de représenter les « sans voix  », les « sans droits ». Aujourd’hui, plus que jamais, je réalise à quel point personne ne s’en soucie. Je commence à ressentir ce que les personnes que je rencontre, ressentent, très certainement à l’égard de notre société. Solidarité ! Ce mot qui résonne sur toutes les ondes du pays. Ce mot répété à l’envi par nos représentants : gouvernement et médias. Que connaissez-vous de la solidarité ? D’un cri du cœur, je vous demande qui applaudit chaque soir, pour moi, pour nous ? Nous, les travailleurs sociaux qui ont fait de la solidarité, notre métier. Notre manière de vivre, notre valeur première. Nous, travailleurs de l’ombre. Vous parlez de « prendre soin  » alors que nous nous battons depuis toujours, pour faire reconnaître « la création de lien  », le « care », notre façon de « prendre soin », qui est le cœur de notre profession. Encore une fois, invisibles. Parce que comment rendre visible, quantifiable, le temps passé à rassurer les personnes ? A se tenir au plus près des personnes vulnérables ? La plupart de nos actes sont impalpables, et pourtant salutaires. Un métier, aujourd’hui qui vacille. Revisité, dénaturé car nous devons restés éloignés, ne plus saluer, ne plus poser de main sur l’épaule, ne plus tenir la main, ne plus prendre dans nos bras. Nous perdons nos repères. La bonne distance dont on nous rabâche les oreilles, quelqu’un peut-il encore la définir aujourd’hui ? En ces temps difficiles, où nous travaillons sans masques, sans gants, auprès de personnes, d’êtres humains, frappés d’angoisses et de peurs comme nous le sommes toutes et tous. Nous dissimulons les nôtres, nous restons disponibles, le plus possible, le mieux possible, pour accueillir, recevoir toutes les souffrances. Je souhaite faire savoir que nous sommes un des premiers filtres aux salles d’attentes des médecins. Notre présence, notre réassurance permet à toutes et tous, de ne pas céder à la panique, de ne pas devenir fous et de prendre d’assaut, le téléphone et les urgences hospitalières. Nous aussi sommes des soignants mais des soignants oubliés. Des soignants sans blouses. Des soignants sans statut. Nous portons à bout de bras, à bout de forces, exposés au virus, ces personnes. Nous le faisons car nous l’avons toujours fait. Et nous continuerons à le faire. Nous le faisons car nous l’avons choisi. Nous restons mobilisés car nous l’avons choisi. Alors je vous le dis, nous avons besoin, nous aussi, d’être portés. Sur qui pouvons-nous compter ? Sans support, nous nous effondrerons. Sans un bruit, comme toujours. La société ne nous voit pas, ne nous entend pas. Et nous n’entendons pas non plus d’applaudissements. Comme toujours. Comme devant un sans-abri le passant détourne le regard. Nous ne voulons pas voir la détresse de l’autre. Cette détresse dans le regard, la voyez-vous enfin à travers le nôtre ? Notre énergie s’amenuise au rythme de celle de la peau de nos mains, que nous usons au savon. A l’heure d’une société qui prône le « sans engagement », le « sans contact  », et la suprématie des réseaux sociaux. Que vivez-vous à l’heure où je vous parle ? Sans notre engagement, auprès des plus démunis, et auprès de vous, que feriez-vous ? Êtes-vous satisfaits de cette période, où nous n’avons plus le droit de nous toucher, de nous approcher ? Le « sans contact » est-il un progrès ? Et les réseaux sociaux, ces experts de la communication, vous suffisent-ils à vous épanouir ? Vous suffisent-ils à nourrir le lien social ? Suffisent-ils à vivre pleinement vos relations ? Cette situation de crise n’est-elle pas l’occasion de revenir à l’essentiel ? De repenser le lien social ? De faire société autrement ? Ce texte est un chant du cygne. Nous sommes à bout de forces, à l’agonie, dans l’indifférence générale. Les yeux du monde, braqués sur le personnel médical, la grande distribution, les transports, les éboueurs, les journalistes et j’en passe. Alors je vous demande de regarder plus loin, à l’horizon, bien plus loin que le bout de votre nez.
Plus loin car il s’agit aussi de l’avenir. Car oui la solidarité nous sauvera. Mais une solidarité pour chacune, chacun d’entre nous. Une solidarité différente de celle d’aujourd’hui. Une solidarité réinventée, ensemble. Nous l’avons toujours cru. Pour commencer, dans vos prières et vos hommages, ne nous oubliez plus.
Marie

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29 mars 2020

■ ACTU - Crise sanitaire : soigner malgré tout


Depuis le mardi 17 mars 2019, du fait de la situation de confinement généralisée à laquelle nous contraint la pandémie de coronavirus, le Centre Primo Levi a fermé ses portes pour une durée indéterminée. Il n’est cependant pas question pour nous d’abandonner à leur sort nos patients. L’ensemble de l’équipe du Centre Primo Levi est mobilisée depuis le début de cette crise sanitaire et vous fera part chaque semaine, sous un angle différent, des ajustement mis en place pour affronter cette période compliquée.

Dès l’annonce de la période de confinement, l’équipe du Centre Primo Levi a décidé de s’adapter en tenant compte des contraintes imposées et d’opérer une réorganisation profonde de son fonctionnement afin de préserver d’une part, le lien avec les patients et d’autre part, un cadre de travail collectif et pluridisciplinaire, et ce malgré la distance.

Une réaction immédiate a été nécessaire et le maintien du travail en pluridisciplinarité est apparu comme un élément essentiel pour pouvoir accompagner au mieux les patients durant cette période anxiogène et éprouvante sur le plan psychologique et matériel. Le soutien apporté au niveau médical, psychologique, social et juridique est plus que jamais articulé pour garantir la cohérence du dispositif de soins et maintenir une présence régulière auprès des patients.

Pour que l’activité du centre de soins puisse se redéployer dans le cadre d’interactions à distance, trois grandes mesures ont été adoptées. Celles-ci ont notamment été rendues possibles grâce à nos bailleurs (qui ont réaffirmé leur soutien en débloquant rapidement certains financements alloués) et aux différents dispositifs administratifs dont le Centre Primo Levi bénéficie en tant qu’employeur.

La création d’une permanence téléphonique

La situation de confinement étant anxiogène pour de nombreux patients, en raison de leur précarité sanitaire et des reviviscences qu’elle suscite chez celles et ceux qui ont déjà vécu des situations d’enfermement, il était indispensable de maintenir un lieu d’accueil symbolique mais réel pour préserver le lien existant entre les patients et le Centre Primo Levi, en tant qu’institution.

Une permanence téléphonique est ainsi assurée le matin du lundi au vendredi, afin de recevoir les demandes des patients et de les orienter au mieux. Chaque patient a été informé de cette mesure. Les personnes chargées d’accueil restent à l’écoute, conseillent, accompagnent et rassurent. Cela permet de préserver la qualité de la relation et le cadre de travail, éléments essentiels pour chacun.

La mise en place de consultations par téléphone ou visioconférence

Le lien avec l’équipe soignante du Centre Primo Levi est maintenu malgré la distance. Chaque patient a été contacté individuellement et il a été proposé à chacun de poursuivre le suivi à distance, par téléphone ou par visioconférence.

Dans la mesure du possible, pour ce qui concerne les psychologues, les rendez-vous sont maintenus aux jours et horaires habituels, afin de s’inscrire dans la continuité des consultations en présentiel et maintenir un repère. Toutefois, cela n’est pas toujours possible, certains patients n’étant pas en capacité matérielle de s’isoler pour bénéficier d’un espace d’écoute contenant. Dans ce cas, la relation avec l’équipe soignante est maintenue a minima, selon d’autres modalités. Les patients peuvent également joindre la permanence téléphonique pour une mise en lien avec les différents professionnels qui les suivent habituellement.

Si nécessaire, les échanges peuvent se tenir avec interprète professionnel. Quand cela est possible, ce sont les interprètes habituellement mobilisés qui interviennent à distance, afin de préserver un cadre sécurisant pour les patients.

Le maintien de la réunion hebdomadaire d’équipe

Enfin, la réunion hebdomadaire de synthèse d’équipe est maintenue, à distance et dans un format réduit. Cela est primordial pour maintenir les échanges entre professionnels et favoriser les interactions autour d’une même situation clinique. Grâce aux moyens technologiques, les professionnels de la clinique se réunissent par visioconférence autour de la directrice du centre de soins. Cela permet d’assurer la continuité de l’un des piliers de notre association : le travail en pluridisciplinarité.

Extrait de L’info, la lettre du centre primo Levi
Centre Primo Levi, vivre après la torture.


29 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Sacerdoce ou fardeau

Par Sophie Constant, assistante de service social.
25 mars, 13h51
Par ces temps qui courent, nous pensons aux soignants, médecins, caissiers … à toutes ces personnes qui sont en première ligne pour mener ce combat contre ce mal que nous ne connaissons pas.
Mon combat à moi, a été de penser à ma famille, mes enfants, mon mari… J’ai donc fui la M.E.C.S où je travaillais, pour garder mes enfants auprès de moi et profiter d’eux, sniffer du bébé….
Et pourtant, est ce que je profite aujourd’hui… ?
Une fois cette décision prise, mon amie ou ennemie, la culpabilité est venue pointer le bout de son nez et accompagne mes journées, depuis maintenant une semaine et demie… Bien grand nombre de travailleurs sociaux « à la maison » doivent avoir cette sensation désagréable, qui est mienne aujourd’hui.
Nous travailleurs de l’ombre, nous professionnels du cousu-main, nous sommes une nouvelle fois des oubliés pour ceux qui nous gouvernent. L’angle mort, comme ils disent dans les médias. Pas de moyens supplémentaires, pas de gels, pas de masques… quelques recommandations distillées … Mais là est une autre question…
Ici, je souhaite parler du fait que j’ai choisi la profession d’Assistante de Service Social et j’ai choisi encore plus de me tourner vers la protection de l’enfance. Telle une vocation, un sacerdoce, j’avais envie et j’ai toujours l’envie de revêtir ce costume qui tisse chaque jour un lien social, premier parpaing à notre humanité et à notre Société.
Pourtant, aujourd’hui, ce sacerdoce, mon sacerdoce est petit à petit en train de devenir un fardeau, en ces temps de crise. J’ai fait un choix et ce choix, j’ai l’impression aujourd’hui de « le payer… ».
La culpabilité de ne pas être auprès des familles et jeunes que j’accompagne.
La culpabilité de ne pas être auprès de ses collègues de travail.
La culpabilité de ne pas faire le travail auquel je crois.
La culpabilité que peuvent nous renvoyer certains bien-pensants et bien faisant…
La culpabilité de culpabiliser….
Est-ce que cela fait de nous «  des montres d’égoïsme » d’être auprès de nos familles faute de solutions de garde… ? Est-ce que cela fait de nous des moins « bons professionnels  », des professionnels qui ne s’investissement pas ... ?
J’ai choisi aujourd’hui ne pas être une Superbe-ASS, mais d’être une maman. Est-ce que cela fait de moi, de nous, de mauvais professionnel(le)s du social… ?
Il y aura un avant et après crise. Cela remue, me remue par rapport aux valeurs du travail social et aux fondamentaux auxquels je crois ….
Il faudra se relever pour se battre pour cet angle mort de la Société.
Il faudra se relever pour faire que ce sacerdoce ne soit pas un fardeau…

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28 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Sensation d’abandon

Par Aurélien, éducateur spécialisé en MECS
24 mars, 8h06

Je souhaite vous faire part de mon témoignage. Je suis sur Lyon.
Après quelques jours d’arrêt maladie, j’ai repris ce matin et aucun changement.
On nous en demande toujours de mettre en place de plannings, des activités, la classe, la médiation, une présence contenante, de rassurer les enfants sur le Covid-19. Et de proposer un large panel d’activités … tout en étant seul, désespérément seul, avec 6,8,10 enfants sur le groupe. Une situation explosive car les enfants ne peuvent plus voir leurs parents. On nous met un seul ordinateur à disposition pour aller chercher les devoirs, mais aucun protocole d’hygiène n’est mis en place.
Le ménage est fait, mais trop peu par rapport à ce que ça devrait être.
Notre inquiétude !? « Il ne faut pas la montrer aux enfants ». Sauf que j’ai une famille à la maison, une femme enceinte et que je ne suis pas superman !
Je me sens seul, abandonné et sans ressources. Ironique pour quelqu’un qui est censé accompagner des jeunes à profil abandonnique. Qui nous aide ?

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28 mars 2020

★ INITIATIVES - Une initiative solidaire et généreuse

Domicile Action Trégor est une association d’aide à domicile qui intervient auprès des familles, des personnes isolées et des personnes en situation de handicap dans département des Côtes d’Armor.

En 2009, année du 20e anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, a germé l’idée d’élaborer un livre de recettes dans le prolongement de l’atelier de cuisine “Petit gourmand deviendra grand ! ”. Cette action se donnait pour ambition de permettre à de jeunes mamans ou à de futures mamans (la présence des papas étant fortement souhaitée) de mieux maîtriser l’alimentation de leurs enfants, d’échanger entre elles ainsi qu’avec des professionnels de la nutrition et de l’enfance. Deux objectifs étaient visés : favoriser la relation parents-enfants, le “faire ensemble”, et une meilleure connaissance des droits de l’enfant, dont “le droit à l’éducation”, “le droit à la santé” et “le droit aux loisirs”. Le projet fut couronné de succès, puisqu’un livre de recettes fut édité (“P’tits plats en famille ! ”) et fut vendu à 3000 exemplaires.

Aujourd’hui, face au confinement des enfants dans les familles et les foyers, l’association a décidé de rendre librement accessible, sur son site internet, ce livre de cuisine. Ce guide permet d’animer des ateliers de confection de plats simples ne demandant que peu de matériel.

https://www.flipsnack.com/domicileactiontregor/p-tits-plats-en-famille.html


28 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - « Nous avons créé un cocon »

Par Camille FLATREAUD, Educatrice de jeunes enfants
Lundi 23 mars 2020

Notre lieu de vie accueille sept enfants souffrant de troubles psychologique et/ou du comportement. Ils étaient scolarisés en "Institut médico éducatif", en "Unités localisées pour l’inclusion scolaire" ou en classe d’intégration jusqu’à la fermeture de leurs établissements. Dès que le confinement a été décidé, l’équipe a choisi de passer en régime de vacances d’été. Le matin, nous assurons une activité scolaire, l’après-midi nous proposons des ateliers créatifs, sportifs et ludiques. Nous avons, en plus, la chance d’avoir un jardin où les enfants peuvent jouer. Étant donné leur pathologie, nous sommes attentifs à respecter un planning ritualisé avec des repères identifiables dans le temps, ce qui permet de les apaiser et de les contenir. Nous sommes, chaque jour, trois en permanence avec eux. Les référents ASE, les psychologues qui suivent les enfants, l’hôpital de jour qui les
Accueillent se montrent disponibles uniquement par téléphone. Or, l’entretien téléphonique n’est pas vraiment une solution pour ceux qui ont besoin de soins. Les enfants que nous accueillons ont pu garder contact avec leurs familles par courrier et par téléphone, les visites médiatisées ayant été suspendues.
Si tout se passe bien pour l’instant, c’est parce que nous sommes une petite équipe soudée qui sait partager ses émotions et communiquer sur ses conflits (inhérents à tout collectif), tournée vers le même objectif : répondre aux besoins des enfants que nous accueillons. Mais, il ne faut pas aussi oublier la composition actuelle du groupe : aucun enfant n’est violent, comme cela peut se passer parfois, ce qui pourrait alors miner la stabilité de notre lieu. Les sept professionnels de l’équipe ont fait le choix de privilégier leur travail. Aucun ne s’est mis en arrêt, ni n’a fait valoir son droit de retrait. J’ai moi-même envoyé mes deux filles chez leur père, en leur expliquant qu’il fallait que je m’occupe des enfants qui n’avaient pas la chance d’avoir une famille sur qui compter. A titre personnel, ce n’est pas simple à vivre, les contacts par Skype ne remplaçant pas la vie de famille. Au niveau professionnel, nous sommes à flux tendu, avec un risque d’épuisement. Que se passera-t-il si un enfant ou un éduc’ tombe malade ? Nous ne disposons ni de gel, ni de gants, ni de masques, juste une chambre qui peut servir à l’isolement. Heureusement, nous sommes soutenus par le Président de notre association qui va essayer de trouver des relais pour nous seconder. Mais l’arrivée d’une nouvelle personne perturberait le groupe d’enfants. L’équilibre que nous avons trouvé pourrait vite devenir précaire. Et si la situation a pu être bien gérée la première semaine, nous sommes beaucoup plus inquiets, en cas de prolongation sur six semaines, comme l’information nous en est parvenue.

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

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27 mars 2020

■ ACTU - Les visiteurs de prison s’inquiètent du confinement dans le confinement

Communiqué de l’ANVP (association nationale des visiteurs de prison)

La pandémie de Covid-19 rend la vie des personnes détenues extrêmement difficile. Elles vivent une situation de confinement exceptionnel dans le confinement qui est leur condition habituelle.

Les visiteurs de prison n’ont plus accès aux parloirs. Après avoir été fortement limitées, les visites des proches aux parloirs, les parloirs familiaux et unités de vie familiale ont été, eux aussi, suspendus. Les activités socio-culturelles et d’enseignement, le sport en salle, les cultes et la formation professionnelle sont suspendus. L’accès au travail, d’abord conditionné à l’application de précautions sanitaires, est maintenant aussi suspendu.

La tension provoquée par les mesures de confinement au sein des établissements et le sous-effectif des personnels pénitentiaires occasionné par la pandémie rendent plus difficile, en retour, la vie quotidienne des personnes détenues. Les uns et les autres, personnes incarcérées et membres du personnel, doivent gérer l’anxiété d’un confinement collectif dans un espace réduit et, dans beaucoup de cas, surpeuplé.

L’Association Nationale des Visiteurs de Prison, ANVP, et l’ensemble des visiteurs de prison expriment leur solidarité à ceux qui souffrent de cette situation, les personnes détenues et leurs familles, comme les personnels pénitentiaires et leurs familles.

L’ANVP se félicite des mesures prises par le gouvernement en faveur des personnes détenues : un abondement à leur compte téléphonique afin de maintenir les liens familiaux, la gratuité de la télévision afin d’atténuer l’effet de la suppression des activités, ainsi qu’un accroissement de l’aide aux plus démunis afin de pallier l’impossibilité de travailler.

La situation d’entassement dans les prisons, avec, dans les maisons d’arrêt, un nombre important de détenus dormant sur des matelas au sol, additionné au stress de l’épidémie et au manque cruel d’activité est génératrice de tensions pouvant facilement virer à la violence.

L’ANVP s’associe aux organisations qui demandent des mesures d’urgence pour réduire significativement la population carcérale, au-delà de la recommandation faite aux juges de différer la mise en application de courtes peines d’emprisonnement. Elle se félicite des mesures prises pour faire sortir de prison des personnes en détention préventive, ou condamnées à de courtes peines ou en fin de peine, dès lors qu’elles qui ne présentent pas de risque pour la société.
L’ANVP demande, pendant la période de confinement :

Ø Que des rendez-vous téléphoniques soient organisés entre les personnes détenues et leur visiteur de prison.

Ø Que soit généralisée la pratique déjà mise en œuvre dans plusieurs établissements : les visiteurs de prison peuvent adresser des courriels aux personnes détenues qu’ils visitent ; ces courriels sont adressés à l’établissement pénitentiaire qui en fait une édition à l’attention de la personne détenue.

Ø Que, s’agissant des personnes en cours d’instruction dont le courrier est lu par le juge, la procédure de lecture et de réexpédition à l’établissement concerné soit accélérée.

Ø Que l’acquisition de papier, d’enveloppes et de timbres soit rendue gratuite pour les personnes détenues.

Ø Que des parloirs-vidéo soient organisés pour les personnes détenues et leurs jeunes enfants en utilisant des outils micro-informatiques ou les installations vidéo habituellement utilisées pour la communication avec des magistrats.

Ø Qu’une attention particulière soit accordée à la prise en charge effective des personnes libérées de prison et à leur orientation vers des structures capables de les assister dans le contexte du confinement.


27 mars 2020

■ ACTU - COVID 19 - Dispositions spécifiques Mineurs - Jeunes majeurs isolés

Retrouvez ici les mesures spécifiques liées à la gestion de l’épidémie de COVID-19 impactant les mineur.e.s isolé.e.s et les jeunes majeur.e.s. Explications des mesures, conseils, mise à jour quotidienne.

http://www.infomie.net/spip.php?rubrique356


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source : InfoMIE, centre ressources sur les mineurs isolés étrangers


26 mars 2020

■ ACTU - Handicap : des professionnels envoient un message positif

La maison d’accueil spécialisée (Mas) de Oignies (Pas-de-Calais), gérée par APF France Handicap, partage une vidéo pleine d’espoir sur l’accompagnement des personnes en situation de handicap en période de Covid-19. Le confinement n’empêche pas l’humour.