L’Actualité de Lien Social RSS


5 décembre 2018

Pour les associations… de la philanthropie

Le 29 novembre, le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation, Gabriel Attal, rendait public un plan de soutien aux associations. Axe principal : faciliter les dons aux associations de la part des grandes fortunes. Une « philanthropie à la française » (dixit le ministre) à installer, en quelque sorte.

Modèle US

Sans remettre en cause les règles du droit de succession françaises, la démarche s’inspire du modèle américain, qui permet à des milliardaires – Bill Gates – de formaliser des « giving pledge » [promesses de dons] à destination d’œuvres ou de réseaux associatifs.

Objectif renforcement

Globalement, trois objectifs sont énoncés : « un appui structurel et un accompagnement renforcé des associations », « le développement de l’engagement individuel et collectif tout au long de la vie », « faire du développement associatif, l’affaire de tous ».

Logique de mutualisation

D’autres mesures sont prévues : la réduction des cotisations patronales doit bénéficier aux structures dotées de salariés ; de même, la mutualisation est à l’ordre du jour, celle des locaux comme celle des salariés, et les regroupements seront encouragés ; enfin, des certifications de compétences et de connaissances acquises pendant les périodes d’engagement sont prévues.

Secteur fort

Le secrétaire d’État a voulu rappeler l’importance du secteur associatif : 70 000 associations se sont créées entre septembre 2017 et août 2018, pour atteindre 1,3 million de structures et 1,8 million de salariés. Le nombre de bénévoles est passé, lui, de 20 à 22 millions. C’est en outre un secteur qui ne connaît pas la crise de confiance que vivent d’autres corps intermédiaires…

À suivre ?

Tout en reconnaissant un effort, le Mouvement associatif constate qu’il s’agit davantage d’un plan d’accompagnement que d’un plan de développement du secteur, qui reste toujours, selon lui, à l’ordre du jour.

Pour aller plus loin :
29 novembre 2018 : Gabriel Attal présente la feuille de route "Vie associative" du gouvernement


28 novembre 2018

Cannabis : la pénalisation pour politique

Le 23 novembre – un vendredi soir, tard dans la soirée… – l’Assemblée nationale a adopté, par 28 voix contre 14, la création d’une amende forfaitaire (200€, initialement prévue à 300€) pour sanctionner l’usage des stupéfiants. Les chiffres officiels évoquent cinq millions de consommateurs pour l’année 2017, dont 700 000 usagers quotidiens.

Échec annoncé

Ce n’est pas ce type de mesure répressive qui va améliorer l’état sanitaire du pays. Qui plus est, un caractère inégalitaire est pointé par les opposants, qui craignent la stigmatisation des jeunes de quartiers relégués. Des magistrats, des associations, des policiers ont prédit l’échec annoncé de cette énième mesure punitive.

D’autres délits

En 2016, 83% des causes d’interpellation pour infraction à la législation sur les stupéfiants l’ont été pour usage de substances, et 6% pour trafic. L’usage illicite de stupéfiants n’est d’ailleurs pas la seule infraction ciblée : la vente ou l’offre d’alcool à un mineur, le délit de vente de tabac à la sauvette… et les mauvais traitements envers les animaux se voient aussi concernés.

Associations au créneau

Cette nouvelle amende s’inscrit dans le cadre de la loi de programmation 2019–2022 de la réforme de la justice. La Ligue des droits de l’homme rappelle que tous les dispositifs de répression en matière de drogue se sont soldés par des « échecs patents ». Un collectif inter associatif réclame le retrait de l’article. En Europe, seuls six pays pénalisent encore l’usage par de la prison ferme. Dont la France.

Livre blanc

Réunis pour l’occasion dans un même combat, les professionnels de la réduction des risques et de l’addictologie ont rédigé un livre blanc appelant à ouvrir un débat national pour une nouvelle politique des drogues « fondée sur la promotion de la santé publique et le respect des droits humains ».

Pour aller plus loin :
Livre Blanc inter-associatif sur l’article 37 du projet de loi de programmation 2018-2022 et de réforme de la justice


28 novembre 2018

À nos abonnés : un léger retard...

Suite à une erreur de notre imprimeur (la une du journal présentée à l’envers) l’ensemble des exemplaires de notre numéro daté d’hier a dû être détruit, réimprimé et réexpédié. Vous recevrez donc Lien Social à compter de demain et avant samedi selon les départements.
C’est une première en trente ans d’histoire, nous comptons sur votre compréhension... Et vous souhaitons une bonne lecture malgré tout !


22 novembre 2018

La psychothérapie institutionnelle en transmission

Il y a vingt ans, dans La Moindre des choses (documentaire de Nicolas Philibert, 1997, Lien Social n° 388), le réalisateur plantait sa caméra à la clinique de La Borde, haut lieu de la psychothérapie institutionnelle. Au fur et à mesure de la préparation d’une pièce de théâtre exigeante – Opérette, de Gombrowicz –, résidents et soignants confondus, le film évoquait la vie quotidienne de ce lieu atypique.

Accueil de la folie

Ici, dans ce Sous-bois des insensés, son fondateur, le psychiatre – psychanalyste Jean Oury, évoque le lieu qu’il a créé en 1953 et dirigé jusqu’à sa mort, en 2014. Depuis son bureau, capharnaüm de bouquins, de photos, d’objets, il raconte une vie passée à accueillir la psychose, la folie. Se revendiquant de l’héritage de François Tosquelles, avec qui il travailla à Saint-Alban, il transmet, selon la réalisatrice, « la complexité d’une pensée toujours plus élaborée au plus proche d’une pratique clinique quotidienne ».

Psychothérapie institutionnelle

Ce grand connaisseur de la psychose nous expose, avec humour, espièglerie parfois, douceur et poésie toujours, la conception et la mise en pratique de la psychothérapie institutionnelle, sur laquelle il s’appuiera toute sa vie. Une démarche avant tout humaniste, venue en heureuse alternative, à la fin de la Seconde guerre mondiale, à la brutalité asilaire qui laissait mourir, abandonnés et internés, des dizaines de milliers de personnes.

Transmission

Outre les concepts psychanalytiques qu’il explicite, Jean Oury fait appel à la philosophie, à la littérature et à l’Histoire. Tout cela est d’autant plus passionnant que, tel Fernand Deligny – à qui il fait penser sur ce plan-là –, il se moque efficacement de toutes les Hautes autorités et autres administrations tatillonnes, si éloignées du terrain.


Pour aller plus loin :
www.facebook.com/sousboisdesinsenses
www.tenk.fr/fous-a-delier/le-sous-bois-des-insenses.html


Pour organiser des projections, les associations peuvent s’adresser à : esperanzaproductions2@gmail.com


16 novembre 2018

Logements indignes, la mort chez soi

« Le logement est une des conditions sine qua non à la construction sociale de chaque individu : ne pas avoir de logement, c’est accéder plus difficilement à un travail, mettre sa santé en danger, ne pas profiter pleinement d’un accès à l’éducation et à la culture. Alors face à de tels enjeux, les habitants sont parfois poussés à accepter un logement indigne, insalubre, dangereux. » Le 14 novembre, la confédération nationale du logement (CNL) a lancé un guide intitulé Mon logement est-il décent ?

Marseille, record d’insalubrité

Triste actualité : déjà en 2015, la fondation Abbé Pierre avait évoqué 40 000 logements indignes marseillais, concernant 100 000 habitants, proportions nulle part vues ailleurs. L’effondrement meurtrier de deux immeubles, le 5 novembre dernier, est venu illustrer ce constat. Arrêtés de péril pris en vain, immeuble visé virtuellement par le plan d’habitat indigne (EHI), copropriété notoirement dégradée… mais le quartier concerné, Noailles, ne compte que 5% de logements sociaux.

Colère noire

Huit morts, et une colère noire, exprimée le 10 novembre dernier et les jours suivants : le 14 novembre, une « marche de la colère » réunissait des milliers d’habitants, aux cris de « Sang sur les mains, menottes aux poignets », ou encore « Élus, responsables, que la justice passe ». La veille, une série de perquisitions avaient eu lieu dans différents services de la mairie marseillaise et au siège du bailleur social propriétaire d’un des immeubles effondrés.

Paris Opéra

Dans la capitale, l’association des victimes de l’incendie de l’hôtel « social » Paris-Opéra (AVIPO) se bat depuis treize ans pour voir reconnue la gravité des préjudices subis en 2005 lors de l’incendie d’un hôtel dit « social » (24 morts, dont onze enfants, des dizaines de blessés, dont des personnes restées handicapées à vie). Peines minimales prononcées en 2013, victimes démunies au plan civil, errance judiciaire…

Justice reste à faire

Le 15 novembre dernier, une nouvelle procédure avait lieu, à partir du rejet des indemnisations au rabais proposées par l’assureur AXA… qu’un tiers des familles avait rejeté. « AXA refuse une négociation globale sur les préjudices spécifiques comme cela s’est fait dans d’autres affaires, et profite du désarroi des victimes confrontées aux lenteurs de la justice pour faire accepter les transactions au cas par cas et des indemnités au rabais. », dénonce Droit au logement. Le procès est prévu jusqu’au 22 novembre.


8 novembre 2018

Inégalités scolaires : peut mieux faire

Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) a récemment publié une nouvelle étude faisant apparaître une offre de formation et des moyens — humains et financiers — très inégalement répartis sur le territoire.

La France, un des plus mauvais élèves

Malgré les efforts successifs des politiques d’éducation prioritaire visant à donner davantage de moyens aux écoles situées dans les quartiers dits « défavorisés » — relégués, de fait —, les inégalités persistent et signent. La France serait même l’un des plus mauvais élèves des pays occidentaux dans ce domaine.

Différences de statut

Selon la dernière évaluation PISA de 2015, « 20 % de la variation de la performance en sciences des élèves en France est associée à des différences de statut socio-économique »… contre 13 % en moyenne dans l’ensemble des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les territoires les plus mal lotis sont les régions rurales, les quartiers relégués des grandes villes, le Nord, l’Est et l’Outremer.

Handicaps accumulés

Un exemple : les enseignants des zones prioritaires sont à la fois les plus jeunes (trois fois plus d’enseignants de moins de trente ans dans les quartiers sensibles) et les plus précaires. Les établissements sont caractérisés par un grand nombre de contractuels et un grand turnover. Le taux de réussite est fortement corrélé au contexte social.

Zones stigmatisées

La réussite au brevet de dix points inférieure dans les 10 % de communes les plus pauvres (80 % versus 90 % en moyenne sur le territoire). Et si l’on prend seulement en considération les épreuves écrites du brevet, il est même de seulement 24, 3 % dans les zones rurales, les zones urbaines précaires et l’outremer, contre 42, 8 % en moyenne sur toute la France.
En réponse à ces constats, le gouvernement a annoncé… une révision des moyens accordés à l’Éducation nationale au printemps prochain.

Pour aller plus loin : www.oecd.org/fr


31 octobre 2018

Saturnisme : la loi a du plomb dans l’aile

Du 21 au 27 octobre 2018 s’est déroulée la semaine d’action internationale pour la prévention de l’intoxication au plomb visant à promouvoir l’interdiction des peintures au plomb.

Constat de risque

À cette occasion, l’Association des familles victimes du saturnisme (AFVS) a tenu à rappeler que depuis le 12 août 2008, pour les contrats de location d’un immeuble affecté en tout ou partie à l’habitation construit avant le 1er janvier 1949, le propriétaire est tenu de produire un Constat de risque d’exposition au plomb (CREP) à la signature du bail et d’effectuer les travaux nécessaires en cas de présence de revêtements dégradés contenant du plomb.

Dix ans de loi inappliquée

La loi n’est pas appliquée, affirme, chiffres à l’appui, l’AFVS : en 2018, soit dix ans après, très peu de locataires ont reçu un CREP en annexe de leur bail de d’habitation. En effet, le 31 juillet dernier, l’AFVS a sélectionné les quarante derniers dossiers ouverts où la remise de CREP était obligatoire (contrat de location signé après le 12 août 2008 et concernant un logement construit avant 1949). Cinq locataires avaient reçu avec certitude un CREP lors de la signature du contrat de location, quatorze ne se souvenaient pas de l’avoir reçu et vingt-et-un ne l’avaient pas reçu.

Peinture au plomb

L’association a trouvé du plomb dans des logements construits après 1949, « qui plus est dans des bâtiments à usage social » à Stains (construit en 1968) et à Besançon (construit en 1995). Il y a donc encore de la peinture au plomb en circulation et elle est utilisée bien au-delà de l’année 1949.

Discriminations entre logements

La législation applicable au Constat de risque d’exposition au plomb est complexe, déplore l’AFVS, car elle établit une discrimination entre types de logements et de locataires. L’association réclame l’extension du CREP à toutes les transactions immobilières, et à tous les lieux d’accueil du public. Aux bailleurs privés et sociaux de prendre leur responsabilité et aux organismes de gestion immobilière de remplir leur obligation de conseils…

Pour aller plus loin cliquez ici.


25 octobre 2018

Politique de la Ville : le compte n’y est pas

La Cour des Comptes est formelle. Une fois de plus, lorsque l’on considère les rapports précédents : il s’agit pour elle de donner un nouveau souffle à l’éducation prioritaire en reconsidérant les moyens affectés, en concentrant les efforts sur le premier degré et en associant l’enseignement privé sous contrat à la démarche de mixité sociale.

Des écarts non réduits

Son rapport, rendu le 17 octobre, l’écrit noir sur blanc : « L’éducation prioritaire, telle qu’elle a été mise en œuvre jusqu’à présent, n’a pas atteint son objectif », malgré le 1,6 milliard d’€ injecté en 2017. L’écart de résultat au brevet, pointe la Cour, entre un enfant scolarisé dans un réseau d’éducation prioritaire (REP) et un autre dans un établissement « favorisé » atteint entre 20 et 30 % en français et en maths ; l’objectif initial était de limiter ces écarts à… 10 %. Et, à l’entrée en 6ème, ces écarts sont acquis.

Dédoubler, dédoubler

Si le dédoublement des classes de CP et de CE1 en REP est considéré comme une démarche positive, le rapport estime qu’il faut l’élargir au CE2 ou à la grande section de maternelle dans ces établissements. Il préconise aussi une revalorisation des enseignants, et davantage d’autonomie pour les écoles concernées.

Le second degré aussi

L’inquiétude se porte également sur le collège et le lycée. Les problèmes sont divers : sécurité, moyens humains déficients, problèmes de qualification… La Cour des comptes propose de concentrer davantage de moyens dans les réseaux REP (des collèges, les lycées n’étant pas concernés).

Refonte en vue

En tout, 17 recommandations vont dans le sens de « fortifier l’autonomie » des réseaux d’éducation prioritaire, d’« ajuster la gestion des enseignants » aux besoins de celle-ci, de favoriser la mixité en révisant la carte scolaire. Une mission de refonte de l’éducation prioritaire a été lancée.

https://www.ccomptes.fr/fr/publications/leducation-prioritaire


19 octobre 2018

Handicap : précarité pour les AESH

La majorité présidentielle a récemment rejeté une proposition de loi d’un député LR visant à améliorer le statut et la rémunération des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Pour justifier sa position, le gouvernement a évoqué des orientations déjà inscrites dans sa feuille de route, dont la pérennisation de ces emplois.

Qui sont-ils ?

Actuellement, on compte environ 75 000 postes d’AESH (dont un tiers en contrats aidés) pour 175 000 élèves en situation de handicap. Anciennement appelés AVS (auxiliaires de vie scolaire), ces professionnels accompagnent des enfants scolarisés en milieu ordinaire, de la maternelle jusqu’au lycée. Les élèves concernés peuvent être en situation de handicap physique (déficients auditifs, visuels, moteurs,..) ou cognitif (autistes, hyperactifs, troubles du langage et des apprentissages…).

Que font-ils ?

Ils ont pour mission de favoriser l’autonomie des élèves, à la fois au niveau des actes de la vie quotidienne (déplacements, habillage, communication), des apprentissages (se concentrer sur la tâche, prendre des notes, comprendre la consigne…) et des relations sociales (prévenir l’isolement, favoriser les échanges). Ils peuvent soit intervenir pour un seul élève, soit pour plusieurs élèves d’une même classe, soit de manière collective dans les classes ULIS (Unités localisées pour l’inclusion scolaire).

Faiblesse du statut… et de la formation

Le manque de formation de ces agents (60 heures de formation seulement) et leur statut extrêmement précaire pose problème. Payés 700 € pour 24 heures par semaine, ils sont, en plus, très souvent recrutés en CDD. Des contrats parfois renouvelés jusqu’à six fois avant de déboucher sur un CDI. Pour faciliter les embauches, le gouvernement vient d’assouplir les conditions de recrutement. Désormais, une expérience de neuf mois dans le secteur du handicap (elle était auparavant de deux ans) ou simplement le bac (même sans expérience) suffisent pour postuler.


16 octobre 2018

Un travail de génie

Par Stéphane Rullac, professeur en innovation sociale à la Haute École Spécialisée de Suisse Occidentale (HES-SO) de Lausanne
Ce texte est paru dans Lien Social n°1237 (16–29 octobre), 30 ans d’indépendance, p.46. L’auteur y plaide pour un corpus spécifique au travail social.

Le débat franco-français à propos du travail social est piégé par son histoire. Penser l’évolution et la reconnaissance de ce champ professionnel nécessite d’abord de prendre conscience de ce qui nous détermine, autant dans la richesse du passé que dans les impasses dont nous héritons. […] Pour le dire simplement, la France a développé deux rationalités distinctes pour penser le travail social, dans une
dichotomie malheureuse. La première consiste à partir de la pratique comme point de départ et d’arrivée, dans une logique clinique qui porte en elle le rejet d’une standardisation des processus professionnels.

Deux postures

La seconde consiste, à partir de savoirs scientifiques, en passant par le champ
de pratiques comme terrain de recherche, pour revenir aux savoirs scientifiques.
Malgré leurs divergences, ces deux postures se rejoignent sur le refus d’institutionnaliser d’un corpus scientifique spécifique au travail social. Dans le premier cas, il s’agit de sauvegarder la liberté nécessaire dont la relation a besoin pour s’épanouir, en dehors d’une formalisation scientifique qui repose sur une représentation caricaturale d’un scientisme radical. Dans le second cas, il s’agit de sauvegarder le statu quo des disciplines, dans lesquelles le travail social est exclu en France, dans une représentation caricaturale de ce champ professionnel comme un champ de pratiques ne formant pas un corpus de connaissances spécifiques. Dans les deux cas, le travail social est exclu de la sphère des professions complexes « sur autrui », qui disposent d’un droit à se penser par elles-mêmes.

Génie de l’expertise

Cette autorisation repose notamment sur la possibilité de développer une expertise scientifique, et notamment le doctorat dans le cadre d’un champ disciplinaire. Finalement, ces deux représentations empêchent d’obtenir ce qu’elles revendiquent, c’est-à-dire une reconnaissance du travail social dans le « génie » de son expertise qui se construit au plus près des personnes accompagnées. Cet état de fait laisse un trou de la pensée qui pèse sur la capacité des travailleurs sociaux à se penser par eux-mêmes et à aider à faire penser la société à partir de son point de vue ancré dans les relations avec les plus faibles.

Harmonisation, stagnation

Cette situation problématique est un construit historique qui a amené ce champ professionnel à s’institutionnaliser en dehors du monde académique, en créant un appareil de formation indépendant. Dès lors, les écoles du travail social forment à des pratiques qu’elles ne contribuent pas à penser, et les universités forment à des théories qu’elles ne contribuent pas à pratiquer. Malgré l’harmonisation de Bologne qui oblige aujourd’hui à intégrer cet appareil de formation professionnel dans le champ académique, le statut de ces écoles restent en l’état. Pire, pour préparer les nouveaux diplômes gradés Licence, elles doivent subir une tutelle universitaire, par convention, qui est le garant de la qualité scientifique. En 2014, à Melbourne, une définition internationale définit pourtant le travail social comme un champ professionnel et disciplinaire.

Vers une reconnaissance entière

Pour sortir aujourd’hui de notre impasse française, qui s’avère être une curiosité à l’échelle mondiale, il nous faut résoudre cet héritage du passé dichotomique et construire un système de formation et de recherche académique (et non strictement universitaire), qui syncrétique enfin la pratique et le savoir dans un même paradigme au service de la professionnalisation du travail social, jusqu’au doctorat.
C’est à ce prix que l’expertise du travail social pourra se développer et être reconnue.