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25 mars 2019

Mineurs non accompagnés • Tests osseux jugés conformes

Indigne. Dans un communiqué commun, plusieurs organisations, dont Médecins du Monde, la Cimade ou la Ligue des Droits de l’Homme, s’offusquent de la décision du Conseil constitutionnel qui, le 21 mars, a déclaré conforme à la Constitution l’utilisation de tests osseux pour évaluer la minorité des mineurs isolés étrangers.
Il n’a pas retenu les arguments des 9 organisations qui l’avaient saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité. Contestés par de hautes instances scientifiques et médicales, ces tests « sont régulièrement instrumentalisés au profit d’arbitrage migratoire » juge ces associations. Ils « représentent un obstacle majeur à l’accès aux droits et aux soins » de ces enfants.

Même si le Conseil constitutionnel reconnaît « la marge d’erreur significative » de ces tests – qui va jusqu’à 24 mois, qu’il demande à ce que cette marge soit signifiée dans les conclusions, que seul le test ne peut déterminer la minorité que « le doute profite à l’intéressé », par sa décision, il valide leur utilisation.
Pour ces associations, « l’État viole son devoir de protection de l’intérêt supérieur de l’enfant pourtant garantie par la Constitution et les conventions internationales ». Elles continueront de se mobiliser pour mettre fin à cette pratique.


15 mars 2019

Habitants d’un bidonville • Leur lettre au président

« Notre objectif n’est pas de vivre de la mendicité ou de l’assistanat, pas plus que nous ne souhaitons être un poids pour l’économie de votre pays ». Les habitants d’un bidonville de Champs sur Marne, soutenu par le collectif Romeurope du Val Maubuée, écrivent à Emmanuel Macron.

Dans leur lettre ouverte datée du 12 mars, les 45 habitants signataires craignent la fin de la trêve hivernale et les menaces d’expulsion du terrain qu’ils occupent actuellement. Depuis 2012, ces familles ont subi 80 expulsions sur le même petit périmètre entre Champs sur Marne et Noisiel. « Elles passent d’une parcelle à l’autre » explique François Loret du collectif Romeurope. Une situation absurde et extrêmement préjudiciable à tout accompagnement vers l’insertion.

Les signataires de la lettre ouverte demandent un moratoire sur les expulsions et l’application de l’instruction du 25 janvier 2018 qui engage la mise en œuvre d’une stratégie territoriale de résorption des bidonvilles par un partenariat de tous les acteurs concernés. Signée par huit ministres, cette instruction prolonge celle d’août 2012 qui marquait la volonté d’un accompagnement vers l’insertion dans un temps long, semblant tourner le dos à la politique d’expulsion systématique.

Dans les faits, le collectif Romeurope rappelle qu’une expulsion a eu lieu tous les trois jours entre juin et août 2018, un « rythme effréné » qui va totalement à l’encontre de ces textes… Les habitants du bidonville de Champs sur Marne attendent maintenant une réponse… et des actes.


8 mars 2019

Handicap • La gifle de l’ONU

Il claque. Le rapport de Catalina Devandas, la rapporteuse spéciale sur les droits des personnes handicapées à l’ONU, rendu fin février, tacle la France vis à vis de la situation des personnes handicapées. La rapporteuse considère « le placement en institution » comme une « forme courante de privation de liberté propre au handicap ». Elle rappelle que selon la convention relative aux droits des personnes handicapées : « Placer une personne handicapée dans une institution, que ce soit contre son gré ou avec le consentement d’un tiers chargé de prendre les décisions à sa place, est contraire au droit et à la liberté de la personne ». Même chose lorsqu’il s’agit d’un enfant.

Appel à la désinstitutionalisation

Elle appelle à une désinstitutionalisation totale de la prise en charge du handicap, un moratoire sur les nouvelles admissions, « la redistribution aux prestations de services de proximité des fonds publics alloués aux institutions » et un meilleur soutien aux familles ou aux proches. Elle engage l’État français à une scolarisation totale de tous les enfants qui se trouvent dans les institutions médico-éducatives existantes. La « mise à l’écart » des personnes handicapées en France par des réponses « spécialisées et cloisonnées » exige, à ses yeux, une transformation de la société, notamment par une meilleure représentation des personnes handicapées dans les instances de décision des politiques liées au handicap.

Urgence handicap

Dans le même temps, une pétition s’alarme de la « casse annoncée des institutions médico-sociales au nom d’une prétendue inclusion ». Le texte porté par le collectif SOS médico-social a obtenu près de 8 000 signatures de professionnels et d’associations. Il estime que « remplacer les établissements par des "plateformes d’orientation et de services" ne fera que renvoyer aux familles l’intégralité de l’accompagnement d’un enfant ou d’un adulte handicapé ».


1er mars 2019

Stratégie pauvreté • Des contreparties épineuses

Au moment où les acteurs régionaux de la stratégie pauvreté se réunissaient à Paris à l’occasion d’une table ronde, le premier ministre Édouard Philippe relançait le débat sur la question d’une éventuelle contrepartie demandée aux allocataires de solidarité. Question « explosive » selon ses propres dires.

« Cancer »

Mais il ne fait que ressortir un vieux serpent de mer notamment défendu par certains députés Les Républicains qui, à l’image de Laurent Wauquiez, n’hésitent pas de parler de « cancer de l’assistanat ». La question resurgit aussi à l’occasion du grand débat et fait partie des sujets cités sur la plateforme internet. Selon un « sondage » publié par le Figaro, sur 65 000 internautes, 73% pensent qu’il faut instaurer une contrepartie aux différentes allocations de solidarité.

Faire payer les pauvres

L’initiative politique répondrait-elle donc seulement à une volonté populaire de faire « payer les pauvres » ? Certains départements s’y sont essayés, à l’image du Haut-Rhin qui demande sept heures de bénévolat hebdomadaires à ses bénéficiaires du RSA. Cette mesure très controversée a été validée par le Conseil d’État, sous réserve de contribuer réellement à une meilleure insertion professionnelle du bénéficiaire.

Et le non-recours ?

Quels sont les risques de telles mesures ? Le collectif Alerte, réunissant 37 fédérations et associations nationales de lutte contre la pauvreté et l’exclusion y voit un risque de stigmatisation et de défiance vis-à-vis des plus précaires. Une telle politique pourrait en effet alimenter le vieux mythe du pauvre oisif, qui profite de ces prestations sans chercher de travail. Le collectif Alerte demande au gouvernement de lutter plutôt contre le non-recours à ces aides et de faciliter le retour à l’emploi, ce que souhaiterait l’immense majorité des bénéficiaires des minima sociaux.

Pour aller plus loin


26 février 2019

Étudiants éducateurs • Une baisse inquiétante

En 2017, 13 900 étudiants étaient inscrits dans l’un des 85 établissements dispensant une formation d’éducateur spécialisé de l’Hexagone, dont 4 300 en première année. Nombre de diplômés cette même années : 4 100.

Moins 10 %

Le recul est très net, de l’ordre de 10 % en cinq ans, « ce qui s’explique en partie », indique la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) « par le recul du nombre d’inscrits en première année depuis plusieurs années ». Les étudiants, précise encore la DREES, sont nettement plus jeunes que ceux des autres formations sociales (23 ans versus 31 ans). Si 77 % des étudiant·es de première année sont des femmes, celles-ci sont néanmoins moins nombreuses que dans l’ensemble des formations sociales (84 %).

Dégradation progressive

Jean-Marie Vauchez, Président de l’Organisation nationale des éducateurs spécialisés (ONES) n’est pas surpris de ce constat, cette baisse étant pressentie, et progressivement constatée, depuis plusieurs années.
Il avance plusieurs explications : l’image de l’éducateur s’est dégradée au fil des ans, passant d’une définition positive, engagée dans l’humain, à une définition plus sévère, assujettie au pouvoir, peu formée, éventuellement maltraitante (dont véhiculée par la télé) ; la reconnaissance salariale n’est pas au rendez-vous ; enfin, l’évolution de l’éducateur spécialisé se réduit aujourd’hui à une fonction de coordination, loin du cœur de métier…


Pour aller plus loin


19 février 2019

Ordonnance 1945 • Primauté du répressif

L’anniversaire de l’ordonnance du 2 février 1945 sur la primauté de l’éducatif sur le répressif a encore cette année donné lieu à un vaste mouvement de protestation. Plusieurs syndicats de travailleurs sociaux et de magistrats ont manifesté – dans la rue – leur opposition aux nouveaux centres fermés et établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) qui, selon eux, impose « en catimini une réforme de l’ordonnance de 1945 et du code de la justice pénale pour mineurs ».

Enfant ≠ adulte

De nouveau, ils ont contesté « cette logique sécuritaire qui aligne dangereusement la justice des enfants sur celle des adultes ». Modifiée à de nombreuses reprises depuis vingt ans, ce texte de loi emblématique est devenu instrument politique. À tel point que le Défenseur des droits, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté et la CNCDH déplorent aussi ce durcissement.

Philosophie

La justice des mineurs a besoin de moyens, de temps et de bienveillance, mettant en avant un principe : un jeune poursuivi pour un acte de délinquance est avant tout un enfant en danger et ne peut en aucun cas être réduit à son passage à l’acte. Signée de nombreuses personnalités de tous bords, une tribune intitulée La Justice des enfants et des adolescent.e.s en question, publiée dans Le Monde mi février, exhorte l’exécutif à « revenir à la philosophie générale du texte d’origine ».


15 février 2019

Film • Tranches de vie en IME

Dans la terrible jungle, documentaire de Caroline Cappelle et Ombline Ley. Avec Ophélie Lefebvre, Léa Lenoir, Médéric Sergott. 1h30.
Présenté au Festival de Cannes dans le cadre de la sélection de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (Acid).
Sortie le 13 février.

Touchant, burlesque, poétique, Dans la terrible jungle dévoile, entre documentaire et fiction, la vie quotidienne de quinze adolescents déficients visuels multi handicapés qui vivent à l’Institut médico-éducatif La pépinière à Loos (Nord). Deux jeunes cinéastes ont posé leur caméra dans son grand domaine arboré. Les jeunes héros chantent, dansent, travaillent dans les ateliers horticulture, espaces verts, conditionnement, etc. Le film nous fait partager les confidences en duo sur l’amour, les fringues et l’avenir qui doit composer avec le handicap ; des répétitions du groupe de musique en salle ou dans l’herbe particulièrement savoureuses ; un débat franc sur la vie collective avec les éducateurs. Il nous montre aussi une impressionnante crise d’angoisse de Gaël cadrée et accompagnée par Eric Glorieux, moniteur de l’atelier Espaces verts. La musique est omniprésente : Hugo chante Toujours debout de Renaud, accompagnée par Ophélie aux percussions sur un sac plastique flottant au vent. Dans l’eau de la piscine, elle entonne La femme chocolat d’Olivia Ruiz, battant la mesure avec ses jambes comme une sirène rock. Méderic lit une histoire inventée, assis sur son fauteuil roulant électrique au milieu d’un sentier. Les héros sont parfois vêtus en costume de Barman. Le spectateur démêle difficilement le réel et la fiction.

Sept adolescents et quatre professionnels ont participé au festival de Cannes en 2018, reçu une standing ovation du public et des professionnels. « Lors d’un cocktail, ils discutaient avec les gens du métier, comme des acteurs et non comme des personnes handicapées, évoque Richard Huet, cadre de direction. Une véritable valorisation des rôles sociaux, concept québécois qui nous tient à cœur. »


23 janvier 2019

Mineurs isolés étrangers : la Croix-Rouge interpellée

Un collectif d’ONG et d’associations a adressé à Libération et à Lien Social une lettre ouverte au Président de la Croix-Rouge, critiquant sévèrement ses pratiques en matière d’accueil à Paris des mineurs isolés étrangers.
Nous vous la livrons ci-dessous :

" Monsieur le président,

Nous tenons à vous alerter sur la situation critique des mineurs isolés étrangers à Paris. Nous, associations et bénévoles présents sur le terrain, sommes les témoins quotidiens de situations intolérables tant sur les plans humain, médical et juridique. Nous constatons chaque jour des conditions d’accueil et d’évaluation contrevenant à la réglementation française, aux recommandations du Défenseur des droits et aux principes internationaux régissant les droits de l’enfant. Ces observations concernent le dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers (Demie), dont la gestion a été confiée à la Croix-Rouge française par la mairie de Paris. Les dysfonctionnements de ce service sont la source de souffrances qui s’ajoutent aux parcours chaotiques de ces jeunes en demande de protection.

Humanité, impartialité, indépendance et neutralité, ces principes fondent l’action de la Croix-Rouge. Pourtant, à Paris, nous constatons un écart considérable entre ces principes et la pratique de vos services en matière d’accueil des mineurs isolés.

Vous avez dit « humanité » ?

Ce principe, qui vise à alléger les souffrances, est certainement le plus important d’entre tous. Mais où est l’humanité quand des mineurs passés par le Demie se retrouvent sans aucune aide ? Les mineurs isolés doivent bénéficier du même traitement que les autres mineurs en situation de danger et en particulier d’un hébergement, d’un accès à la santé et à la scolarisation.

En pratique, nous constatons qu’entre la date de son évaluation par le Demie et la date de la décision de placement du juge des enfants, un mineur isolé peut passer entre deux et dix-huit mois à la rue. Pour ces adolescents, ces mois perdus ont des conséquences catastrophiques (traumatismes, retard de scolarisation, perte de chance de régularisation, etc.).

En 2017, l’antenne des mineurs du barreau de Paris a recensé 509 cas de jeunes qui se sont adressés au Demie et qui n’ont pu accéder à la procédure d’évaluation ni obtenir de mise à l’abri. De son côté, sur la même période, la permanence interassociative de l’Adjie (Accompagnement et Défense des jeunes isolés étrangers) a également comptabilisé 221 cas de refus d’accès. Ces adolescents, vous le savez, ne peuvent accéder au dispositif d’hébergement d’urgence réservé aux adultes. Seuls des collectifs de bénévoles et des particuliers leur viennent parfois en aide.

À titre d’exemple, l’association Paris d’Exil a fourni, en deux ans, 21 600 nuitées dans son réseau d’hébergeurs solidaires, pour des jeunes qui, pour près de la moitié d’entre eux, seront, quelques mois plus tard, reconnus mineurs et protégés par le juge des enfants. L’association Médecins sans frontières a quant à elle mis à l’abri plus de 800 jeunes dans les six premiers mois de 2018. Alors qu’en France et partout dans le monde, votre institution soutient des personnes vulnérables, comment la Croix-Rouge française peut-elle participer à un dispositif qui laisse tant de jeunes à la rue sans protection ?

Vous avez dit « impartialité » ?

Vos services se contentent souvent d’une gestion routinière des flux et des arrivées en dénaturant entièrement les textes sur la protection de l’enfance. De nombreux jeunes que nous suivons témoignent ainsi de pratiques arbitraires du Demie : refus d’évaluation purs et simples, entretiens sommaires, questions déstabilisantes, remise en cause de la validité des documents présentés, absence d’interprètes, etc.

Avec des entretiens de moins de trente minutes, menés par un seul évaluateur dont l’avis repose essentiellement sur l’apparence physique du jeune, est-il possible de soutenir sérieusement que les évaluations réalisées par le Demie sont « empreintes de neutralité et de bienveillance » comme l’exige la réglementation ? Par ailleurs, si la décision finale revient aux services du département, vous ne pouvez ignorer que les rapports d’évaluation du Demie débouchent le plus souvent sur des refus impersonnels et stéréotypés.

Vous avez dit « indépendance et neutralité » ?

En acceptant une délégation de service public pour réaliser des évaluations, votre institution est devenue un prestataire de la collectivité parisienne, sans questionner le bien-fondé de sa politique en matière d’accueil des mineurs isolés et les conditions d’exercice de cette mission. Manifestement, la collectivité parisienne n’a pas mis à disposition du Demie des moyens suffisants pour proposer à tous les mineurs qui se présentent des conditions d’accueil et d’évaluation conformes à la réglementation, aux recommandations du Défenseur des droits et aux principes internationaux régissant les droits de l’enfant (mise à l’abri systématique, temps de répit avant évaluation, entretiens multiples et approfondis, dépistage des traumatismes, etc.), mais pourtant, vous avez accepté cette mission. Dans ces conditions, peut-on encore véritablement parler d’indépendance et de neutralité de la Croix-Rouge française ?

Vous ne devez plus servir de caution

À partir d’observations menées pendant plusieurs mois début 2018, l’ONG Human Rights Watch est arrivée à la conclusion que « le traitement réservé à de nombreux mineurs non accompagnés à Paris, qui cherchent à obtenir la confirmation de leur statut, est arbitraire, nie leur droit à être entendus équitablement et ne respecte pas l’obligation de donner la priorité à l’intérêt supérieur de l’enfant ».

Elle considère en particulier que « leur droit à vivre dans la dignité et à bénéficier, en tant qu’enfants, d’une protection et d’une assistance spécifiques, parmi d’autres droits, est fragilisé ou bafoué ». Ce constat accablant fait suite à beaucoup d’autres, notamment du Défenseur des droits qui a émis de sévères critiques à l’égard de la politique parisienne relative à l’accueil des mineurs isolés.

Manifestement, l’engagement de la Croix-Rouge française dans le dispositif parisien - à la suite de l’association France terre d’asile, qui avait essuyé les mêmes critiques - n’a pas permis d’améliorer sensiblement la situation ni même de limiter les atteintes les plus graves aux droits de ces enfants. Dans ce contexte, il nous semble urgent que la Croix-Rouge française mette ses pratiques en accord avec ses principes fondamentaux ou, au contraire, qu’elle cesse de cautionner par sa présence ce dispositif inique et qu’elle renonce à y participer.

En espérant que vous saurez nous entendre, et dans l’attente d’une réponse, veuillez agréer, monsieur le président, nos salutations distinguées. "

Premiers signataires :
Admie (Association pour la Défense des Mineurs Isolés Étrangers), ADDE (Avocats pour la Défense des Droits des Étrangers), Association Encrages Baam (Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants), Collectif les Midis du MIE, CGT Croix-Rouge française, CGT Aide sociale à l’enfance Paris, CPMJIE (Collectif Parisien pour la Protection des Jeunes et Mineurs Isolés Étrangers), Défense des enfants international (DEI-France), Fasti (Fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleur·euse·s immigré·e·s), Enfants Venus d’Ailleurs (EVA), Fédération de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture-CGT, Gisti (Groupe d’Information et de soutien des immigré·e·s), LDH Paris 18 (Ligue des Droits de l’Homme 18e arrdt), LDH Paris 5/13 ( Ligue des Droits de l’Homme 5e et 13e arrdt), Mrap (Mouvement contre le Racisme et l’Amitié entre les Peuples), Mrap fédération Paris, Médecins Sans Frontières, Médecins du Monde, Paris d’Exil, Syndicat Sud Croix-Rouge française, Syndicat National des personnels de l’éducation et du social 75 (snpes-pjj/fsu 75), Timmy, Utopia 56, RESF (Réseau Éducation Sans Frontières), SAJE (Soutien et Accompagnement des Jeunes Étrangers)


17 janvier 2019

Un documentaire "accablant" ? Consternant surtout.

Comment réagit un praticien de la protection de l’enfance, spectateur de la soirée diffusée hier soir sur l’ASE par France 3 et promettant d’être "accablant" ? Ce travail journalistique comporte en premier lieu de grossières erreurs : des familles d’accueil qui ne bénéficieraient d’aucune formation (alors que le Diplôme d’état d’assistant familial existe …depuis 2006 !) ou des enfants placés à qui l’on refuserait l’adoption (alors que ce n’est possible … qu’après accord préalable parental).

Généralisation facile

Puis, vient cette surévaluation des dysfonctionnements : aussi insupportable soit-elle, la proportion des 177.000 enfants placés victimes de maltraitance reste à établir. Sans oublier l’effet pervers de généralisation. Si certains magistrats n’écoutent effectivement pas l’enfant, beaucoup le reçoivent en début d’audience, seul, avant sa famille et les travailleurs sociaux.

Si certaines ASE jettent parfois les jeunes à la rue à 18 ans, bien d’autres les accompagnent jusqu’à leurs 21 ans. Si certaines familles d’accueil continuent scandaleusement à exercer malgré leur condamnation pour maltraitance, celles qui dérapent se voient le plus souvent suspendues dès la première suspicion.

Une réalité financière, certes...

Mais cette émission renvoie néanmoins crûment aux réalités de terrain : pénurie de places dans les foyers, sous-dimensionnement des équipes d’internat, familles d’accueil insuffisamment soutenues, hébergements en hôtel compensant le manque de structures adaptées, pléthore des quarante mesures suivies par le professionnel, pathologies psychiatriques non soignées par un hôpital lui-même en surcharge, cohabitation des agresseurs et victimes par manque de solutions relais, pénurie d’intervenants qualifiés dans les établissements aux conditions les plus dégradées…

Alertes répétées

Les professionnels ne cessent d’alerter et de dénoncer ces dérives, mais leur voix pèse peu face au dogme de la réduction des dépenses sociales. Ils se sont engagés pour protéger l’enfant, mais se retrouvent à cautionner les maltraitances institutionnelles. Que faire, quand rien ne change : démissionner ou se résigner ?
Autre piste : rester mobilisé, continuer de protéger l’Enfance, croire en nos métiers... Malgré tout.


PS : suite à la publication de notre chronique, nous avons reçu cette réaction, via Twitter : « Votre papier comporte de grossières erreurs !!!
1) L’obtention d’un agrément n’est pas conditionnée à l’obtention du diplôme d’état.
2) L’adoption est possible et facilité depuis 2016 grâce la procédure de déclaration de délaissement parental. »

Voici la réponse de Lien Social :

Ce Monsieur a tort sur le premier point et raison sur le second.
Tort sur la première remarque parce que mon papier n’évoque à aucun moment l’obligation du diplôme d’état pour avoir l’agrément. Il contredit simplement l’affirmation selon laquelle les familles d’accueil ne bénéficieraient d’aucune formation. Le diplôme permet simplement de bénéficier du renouvellement automatique de l’agrément qui est autrement revue tous les cinq ans
Effectivement, la procédure judiciaire de délaissement parental favorise l’adoption, à condition toutefois que l’ASE présente les preuves comme quoi tout le soutien éducatif a pu être apporté aux parents, pour éviter ce délaissement.


7 janvier 2019

2019, année électrique

Vous avez aimé le printemps 1968 ? Vous allez adorer l’hiver 2019.

Au RSA, Léo doit se contenter d’un reste à vivre de 3 € par jour. Karima se prive de repas pour permettre à sa fille de 5 ans de s’alimenter. Il fait 12° au domicile de cette famille qui n’a pas les moyens de se chauffer. « Aucune cause ne justifie de telles violences » a réagi notre Président. Mais ce n’était pas de cette violence-là, invisible et quotidienne, dont il parlait. Non, c’était à propos de celle des damnés qui ont mis le feu aux symboles de la richesse, de l’opulence et du luxe dans les quartiers huppés de la capitale en décembre. Humiliés, méprisés et avilis, ils ont « traversé la rue » pour exprimer leur rage et leur colère.

Depuis quarante ans, les gouvernements successifs cherchent à rendre notre pays attractif aux capitaux circulant à travers le monde à la recherche des meilleurs profits : réduction des impôts pour les plus riches, diminution des charges pour les employeurs, généreuses subventions aux investisseurs. Il faut bien que quelqu’un paie. Ce sont les dépenses sociales qu’il faut réduire !

Willie est maltraité par son beau-père. Le juge a décidé de le retirer de sa famille. L’ASE n’a à lui proposer qu’un « placement à domicile ». Elle a fermé ses foyers, pour faire des économies. Youssouf vient juste d’avoir 18 ans. Mineur non accompagné, son accueil vient de s’arrêter. Ses éducateurs, l’indignation au cœur, le voient s’éloigner sans aucune solution que la rue. Le 115 refuse une nouvelle fois à Karim de dormir au chaud cette nuit : plus de place. Marina est autiste. Sa maman a été contrainte d’arrêter de travailler pour la garder les six demi-journées où elle n’est pas prise en charge dans cet hôpital de jour saturé.

Non, la violence n’est pas la bonne solution. Non, les dégradations ne sont pas la bonne réponse. Non, l’émeute n’est pas la bonne réaction. Mais, que faire d’autre quand la frustration, l’injustice et l’iniquité poussent à la désespérance ?

Jacques Trémintin

Nota - La lecture de nos infréquentables chroniqueurs reste le privilège des abonnés de Lien Social, mais pour le plaisir, nous les partagerons de temps en temps sur ce site. Attention tout de même : si vous vous attachez à eux autant que nous le sommes, vous prenez le risque de vous abonner à votre tour... Cela dit, rassurez-vous, en nous lisant tout entier, vous ne ferez que soutenir un journal indépendant !