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• TERRAIN - L’évaluation du Projet Personnalisé d’Accompagnement De la subjectivité à l’objectivité humaine

Par Baziz Hamid, éducateur technique spécialisé et Ifires Habib, éducateur spécialisé

On est oppressé par le temps et l’organisation institutionnelle qui influent sur notre rapport à l’écrit. Ce dernier peut devenir une formalité et perdre ainsi tout son sens.

De la photographie d’un instant…

La demande institutionnelle liée à la loi 2002.2 nous impose de mettre en place un Projet Personnalisé et de l’évaluer. L’écriture du Projet Personnalisé permet d’être dans le cadre sans pour autant s’assurer de sa pertinence.
Nos souvenirs deviennent flous avec le temps, ce qui amène à construire des écrits avec un regard parfois faussé
Paramètre lié au temps
En effet, le travailleur social se retrouve à multiplier les écrits professionnels sans avoir le temps de mettre en avant l’analyse de l’accompagnement global mais plutôt l’observation d’un instant T. Il est facile de banaliser le Projet Personnalisé et de le reléguer à une formalité administrative. De ce fait, les écrits peuvent se faire rapidement, amenant le travailleur à mettre en avant une photographie de la personne ce qui favorise la subjectivité.
Paramètre lié à l’affect
Ceci ne permet donc pas de mettre en lumière les compétences de la personne mais inconsciemment de succomber à notre subjectivité. Notre jugement va être en lien avec l’attitude récente de cette personne. Le travailleur social peut sans s’en rendre compte biaiser son écrit professionnel par son affect ou par ce que la personne lui renvoie. Il est alors difficile de faire un pas de côté pour donner une présentation globale et objectivée.
Par exemple, une mise en échec d’un des objectifs du Projet Personnalisé peut renvoyer à une déception du travailleur social de ne pas avoir accomplie sa mission. En effet, parfois, nos objectifs dans le Projet Personnalisé peuvent devenir les objectifs du professionnel ce qui impact l’écrit professionnel.

…A la cinématographie de l’accompagnement
En tant que travailleurs sociaux nous avons conscience que l’objectivité n’existe pas puisque nous restons des êtres subjectifs. La question étant de savoir comment tendre vers cette objectivité tout en ayant conscience de notre subjectivité.
De plus, il ne faut pas oublier que cet écrit peut être lu par un professionnel qui ne connait pas la personne, par sa famille ou la personne elle-même. Il est donc important d’avoir un regard global prenant en compte l’environnement de la personne, ses difficultés, sa volonté et les moyens mis en œuvre par les travailleurs sociaux.
Un projet est vivant d’où l’importance d’avoir plusieurs photographies de la personne et avoir un regard cinématographique et global.
Prise en compte de notre état émotionnel
La prise en compte de notre état émotionnel permet de prendre de la distance face à la situation et à notre écrit. Il peut être pertinent d’indiquer notre émotion sur le suivi du jeune afin de voir si cela impact notre observation quotidienne.
Prise en compte des échanges en équipe
Il parait nécessaire d’échanger avec l’équipe sur les temps formels ou informels lors des réunions hebdomadaire ou temps d’analyse des pratiques. Cela permet d’avoir d’autres regards et d’apporter de la finesse dans nos observations afin que notre écrit professionnel puisse être le plus pertinent et objectif possible.
Prise en compte de l’environnement globale
Dans nos expériences, nous avons observé qu’il est indispensable de prendre en compte l’environnement de la personne afin de l’accompagner dans les meilleures conditions.
La prise en compte de l’environnement permet de cibler les besoins et de ce fait les objectifs du Projet Personnalisé de la personne.
Faire des écrits quotidiens
Nos souvenirs deviennent flous avec le temps, ce qui amène à construire des écrits avec un regard parfois faussé. Il semble donc nécessaire d’écrire régulièrement quelques lignes sur la personne afin de mettre en avant les savoirs savoir-faire, savoir-être et les états émotionnels de celle-ci… sans omettre ce qui est mis en place par le professionnel.
Mise en place de grilles d’évaluation
On est d’accord pour dire que nous ne mettons pas les personnes dans des cases, et en même temps, des critères d’évaluation peuvent permettre d’apporter un cadre à notre écrit professionnel, de parler le « même langage » et apporter du factuel.
Nous pouvons utiliser les grilles en y instaurant des « croix » par exemple : acquis, en cours d’acquisition et non acquis, mais sans oublier d’y apporter une observation. Il est également possible utiliser les items d’évaluation en les intégrants directement dans nos écrits professionnels.
L’analyse permet d’enrichir les observations du professionnel en y apportant l’environnement ainsi que ses difficultés.
Par exemple, lorsqu’il est observé qu’une personne arrive fréquemment en retard, il est nécessaire de comprendre pourquoi afin d’apporter une réponse. En effet, elle peut être en retard suite à des difficultés de sommeil, car elle manque de repère spatio-temporel, où qu’elle n’est pas motivée…
Cela permet de le mettre en avant sur un écrit professionnel et de fixer des objectifs adaptés.

Pour conclure

Un Projet Personnalisé est vivant où le travailleur social se doit de rester éveiller en mettant du sens à son écrit.
Faire vivre son écrit en l’alimentant permet de réajuster les objectifs et de les garder en tête afin d’accompagner la personne dans les meilleures conditions.
L’accompagnement quotidien doit être en lien avec les objectifs qui influent sur nos actions afin de permettre à la personne montée en compétences.
C’est pour toutes ces raisons qu’il semble important d’avoir plusieurs photographies de la personne pour tendre vers un regard cinématographique et global.


Ce texte est issu du blog https://educencours.wordpress.com , un carrefour dédié à l’univers de l’éducation spécialisée ouvert aux étudiants comme aux professionnels désireux de partager et échanger sur le quotidien de leur métier.