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15 mai 2020

★ INITIATIVES - La parole aux enfants placés


Comment les enfants placés vivent-ils le déconfinement ?

Radio Larsen a, une fois de plus, donné la parole aux jeunes accueillis et accompagnés sur la maison d’enfants de Salengro située à Douai.

Ce dimanche 10 mai veille du dé confinement strict, Marine, Jennifer, Jo’, Fleur, Diego, Paris… ces adolescent(e)s confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance sont à l’antenne.

Quelles attentes de la reprise des contacts avec leurs familles ? Quels enseignements sur la période du confinement ? Retour aux écoles ? Liens entre les jeunes, avec les éducateurs ?... Encore un grand moment d’émotions, de lucidité, d’authenticité, et de surprises…

https://radioscarpesensee.com/emissions-jeunesse/radio-larsen/


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15 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - « L’Armée des ombres » (1)

Par Claire Saillour, Psychologue Clinicienne.

Les Héros  : On applaudit tous les soirs les soignants, rite généralisé, mais aussi soin continu, devenu incontournable, légitime et Ô combien mérité !
Protéger ce rituel de gratitude, qui rassemble la population civile, désinfecte les plaies de l’isolement, soigne les querelles de voisinage, purifie les bruits de couloir d’immeuble, nettoie les rues urbaines et villageoises, booste les quartiers fatigués qui subitement s’enfièvrent, ré ouvre des fenêtres déprimées qui apparaissent à nouveau ! Les saluts aux balcons se propagent, les regards se touchent, les sourires sont contagieux.... Cette joie sans barrière qui tout à coup chasse les miasmes de l’anonymat des villes, dé-confine le « chacun chez soi » des grands ensembles, fait circuler l’Espoir, chante la Fraternité.
Petit bénéfice secondaire de cette « drôle » de période de confinement !
Il y a aussi tous ceux qui aident à vivre : les commerçants alimentaires, les caissiers, les éboueurs, les policiers, la gendarmerie, les militaires...Tout ceux-là que nous acclamons chaque soir à pleins poumons à 20h sont ceux qui travaillent, qui parfois tels « les soignants au front », sont galvanisés par l’action, le rythme, l’intensité, l’adaptation constante à renouveler, l’énergie à déployer, les solutions à trouver, les parades à inventer... Cette catégorie est celle des actifs, des « non-confinés » !

Les Terriers : Et puis il y a « les autres », Les Confinés ! On peut dire qu’il n’y a pas qu’un confinement unique dans lequel tout le monde se reconnaîtrait mais plusieurs configurations avec des vécus bien différents.
Mais qu’on confine seul ou à plusieurs, tous en revanche sont soumis à l’isolement d’avec l’extérieur, d’avec les autres... Distanciation sociale dit-on, mais surtout distanciation physique. Certains peuvent en être rassurés, ainsi cette femme très jalouse dont le compagnon télétravaille à la maison sans risque de rencontrer une rivale. Ainsi certains malades psychiatriques se sentant d’habitude fragiles et persécutés, qui constatent que tout le monde est concerné, que la société entière souffre et pas seulement eux.
Après deux mois de ce régime sans précédent les réactions se modifient et s’amplifient chez certains. Ce qui était supportable les premiers temps, l’est moins aujourd’hui ! On devient plus vite à cran, plus irritable, sans ressources.... Quelques-uns « pètent les plombs » !
Ne plus pouvoir travailler quand on aime son travail ! Ne plus travailler quand on en a besoin pour vivre, pour se nourrir ! Faire face à une inactivité soudaine et forcée ! Affronter un temps soudain vide et sans repères ! Devoir s’abstenir de sortir quand le printemps nous appelle dehors, à quitter nos « terriers », à enlever nos pelures, nos peaux mortes de l’hiver !... A renaître nous aussi comme la nature qui reprend vie ! A se rapprocher pour recevoir, donner, pour échanger, trouver de l’aide, du soutien… ! C’est ainsi qu’on stimule les défenses naturelles ! Le mouvement, les échanges, le plaisir sont bons pour la santé. Devoir s’abstenir d’aller vers les autres quand nous sommes avant tout des êtres de relation ! Ce, d’autant qu’on est plus fragile et dépendant comme le sont les anciens, les malades, comme le sont aussi particulièrement ceux qui sont actuellement privés de travail en raison de l’épidémie ! Le terme même de confiner comporte sa charge :« Toucher aux frontières de », « Être très proche de » ... Oui, on touche à certaines limites... celles du supportable, et d’un irréductible besoin d’espace personnel. Des limites à poser aux empiétements d’une trop grande ou trop longue proximité voire promiscuité. C’est le cas de ceux qui sont confinés ensemble.
Et « être confiné » n’est-ce pas avant tout le statut du malade ? Qui s’isole pour se protéger dans un espace stérile. Les « confinés » doivent vivre comme s’ils étaient atteints d’un mal ! Ils sont mis en place de malades ! On parle de « quarantaine » ! Ils ont des prescriptions à respecter, des ordonnances qui tiennent lieu d’emploi du temps, des consignes pour garder la chambre...

La Fable du lion et du rat :
Mis en place de « pâtir » comme des patients, dans une immense salle d’attente, armés de patience qui est aussi la qualité des jardiniers, tels sont les confinés ! Quelle sera leur récolte ? De quelle floraison leur patience sera-t-elle couronnée ? Attente, incertitude, isolement ne sont-ce pas aussi des caractéristiques des patients ? Qui pour se protéger mais aussi pour protéger les autres s’abstiennent de sorties, de contacts... pour ne pas rajouter du travail aux soignants, ne pas encombrer des lits d’hôpital.
S’immobiliser pour le bien collectif. Solidarité oblige !
Co-dépendance donc entre ceux « du front » et ceux de « deuxième ligne » les confinés... L’action héroïque des premiers est saluée, acclamée par la patience des seconds. Le respect dû aux premiers oblige la reconnaissance des seconds par leur obéissance aux strictes contraintes de cette vie de terrier ! Soutient aussi leurs efforts à « tenir bon » sur la distance dans cette vie cachée, dont l’horizon recule à mesure... Engage également une conscience accrue des places, des rôles de chacun, de l’importance de ces groupes humains que sont les actifs et les autres, les soignants et « les confinés-patients ». Qui font front commun, chacun à leur façon, devant l’ennemi soudain identifié, le virus, qui aide à retrouver un sentiment de corps social.

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Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

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14 mai 2020

★ INITIATIVES - Accompagner différemment les personnes usagères de drogues

Afin d’outiller les intervenants sociaux dans leurs pratiques professionnelles en cette période de réaménagements nombreux, la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS) et l’Association Nationale des Assistants de Service Social (ANAS) se sont associés pour élaborer des ateliers de témoignages en ligne sur des sujets clés et pour lesquels intervenants sociaux de tous métiers ont dû s’adapter, innover et faire évoluer leur pratiques. L’idée générale est de se poser ensemble la question de ce que nous retenons de cette période de confinement en matière d’intervention sociale.

Les intervenants ayant participé directement aux échanges :

- Séverine Daulon : Coordinatrice de l’insertion socio-professionnelle en service d’accompagnement dans le logement et référente vie quotidienne en hébergement collectif
- Gilles Foucaud Directeur d’un CAARUD
- Stéphanie Ladel : Addictologue et Assistante Sociale libérale
- Akim Kherbeche : Educateur spécialisé en service d’accompagnement dans le logement
- Isabelle Boisard pour l’ANAS
- Hugo Si-Hassen pour la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS)
- Marie Dumoulin pour la Fédération Addiction


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14 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Comment le confinement nous a changés

Par Sonia MATHIEU, monitrice éducatrice en formation.

Vendredi 13 mars 2020. Au-delà de toute superstition, je me souviens de ce moment si particulier. Le parking du centre de formation se vide, il est 16h30. Il fait beau et doux et le temps semble soudainement au ralenti, presque suspendu. Je reste à discuter avec un collègue, nous ressentons tous deux cette sidération et le besoin de nous exprimer, comme une urgence, avant de plonger dans ce qui nous apparait comme un océan inconnu. Vers quel rivage allons-nous naviguer à présent que le mot est tombé ?

CONFINEMENT. Pour autant, face à ce tsunami sociétal qui s’annonce, je ne peux m’empêcher d’y voir un signe évident d’un renouveau nécessaire à imaginer, à construire, à réfléchir. Des réflexions, c’est certainement ce que cette période, ce voyage inédit, auront provoqués, jusqu’au plus profond de mon petit cerveau en ébullition.

Passées les heures d’incertitudes concernant le futur proche et l’organisation à aménager, place à la réactivité et à l’adaptation. Je retourne sur mon lieu de stage dès le lundi, au grand plaisir de mon directeur, mais la boule au ventre en coulisse, soyons honnête. Les médias ont eu raison de ma capacité de discernement et je ne suis plus aussi sereine face à un danger qui apparait comme une lame de fond redoutable et qui plus est, invisible.
Pourtant en arrivant ce matin-là, je réunis l’équipe et tous les jeunes de la maison d’enfants autour de la table de jardin. Il me parait instinctivement et spontanément évident de discuter tous ensemble de la situation. Les questions fusent. On trouve des mots simples et rassurants. On s’en tient pour le moment à des constats et à des faits.

Non, on ne peut plus sortir se balader à vélo, oui il faut essayer de respecter les gestes barrières, non on ne peut plus se faire un gros câlin, oui on va trouver des solutions pour que vous puissiez voir vos parents, non les sirènes ne vont pas sonner pour nous rappeler que « nous sommes en guerre », oui il va falloir assurer un suivi scolaire, et aussi….beaucoup de « on ne sait pas encore  », de « peut-être », de «  il faut attendre et apprendre la patience »… Ce tour de table, je l’ai vécu avec beaucoup d’émotion. Pour une fois, adultes et enfants, éducateurs et jeunes placés, nous étions sur le même ponton, prêts à embarquer sur le même navire pour une croisière inédite. Nous avions tous conscience, je crois, de la singularité de la situation, désemparés, inquiets, forcés de continuer à gérer et à vivre un quotidien différent.

Et puis nous avons pris le large et notre rythme de croisière au fil des jours. Des jeunes sont partis en famille d’accueil ou ont rejoint leur domicile in extrémis. Que sont-ils devenus ? Le « cahier d’orga », d’ordinaire si rempli, s’est transformé en livre blanc. Plus de transports, de rendez-vous, de droit de visite, de réunions, de sorties ciné. Tiens…c’est étrange…le vide est déstabilisant. A moins que ce ne soit enfin l’occasion de profiter de tout ce TEMPS qui nous est offert. Pas si simple cependant de renoncer à nos chères habitudes et à nos réflexes de vouloir tout structurer, prévoir, anticiper, cadrer… Ah oui, cadrer, encadrer, recadrer, tout en navigant à vue sur une mer souvent agitée. Encore une fois, profitons de ce temps pour écrire en équipe des règles de vie et un planning d’accompagnement scolaire, dehors au soleil, pendant que les jeunes circulent à vélo autour de nous. C’est pas si mal un bureau d’éducateur à ciel ouvert pendant que les enfants jouent. Jouer. Après tout, c’est ça aussi une vie d’enfants. Les règles du jeu sont aussi formatrices qu’une leçon de maths. Et ils ont vite su nous solliciter pour d’interminables parties de jeux de société entre deux réparations de chaînes de vélo déraillées. On a planté des graines, on a nettoyé le jardin, on a bougé les meubles dans les chambres, on a cuisiné, on a bricolé, on a découvert des loisirs créatifs, la couture, le tricot. On a investi les lieux et profiter des savoirs faire des uns et des autres puisque l’équipe éducative, elle aussi, s’est presque totalement reconstituée et s’est enrichie presque chaque jour de professionnels envoyés en renfort. Finalement, les jeunes ne m’ont pas semblés perturbés par ces inconnus qui partageaient leur quotidien. Finalement, cette socialisation improvisée, la seule possible, nous a appris à échanger, partager, comparer, improviser.
A titre personnel, je ne peux que me réjouir. Cette expérience de terrain est enrichissante pour l’apprenante en contrat pro que je suis. Bien sûr, il y a des éclats, des tensions, de la houle et des remous, des marées hautes et des marées basses, des tentatives d’évasion et des portes qui claquent, des injures et des violences, le langage de la souffrance. Le confinement n’est pas un long fleuve tranquille…et les canots de sauvetages inutilisables. Bien sûr, il y a la fatigue et le découragement, des jours de pluie et des remises en questions, des doutes et des désillusions…Mais finalement, après mon temps de travail, mon « quart » de navigation, j’ai au moins la possibilité de quitter cette bulle pour rejoindre ma sphère privée. Entre ces deux espaces, ces deux îlots, un léger sas de décompression de quelques miles … Je les parcours en douceur, au ralenti, profitant du paysage, laissant retomber la pression…Mais finalement, « c’est pas si pire  ». Il faut savoir relativiser, se resituer, prendre de la hauteur, garder le cap, rassembler les troupes chaque jour avec un « Salut la compagnie ! Est-ce que ça va la vie ?  » tonitruant en remontant à bord le matin, histoire de ne pas s’endormir à nouveau dans une routine grise et stérile. Alors on réfléchit à des projets, on profite pour observer et écouter encore et toujours et apprendre à se connaitre, à travailler ensemble. Pour nos petits moussaillons rebelles, bruts de pomme, abîmés… mais plein de vie.

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13 mai 2020

**SOUTIEN FINANCIER** - Subventions FAS

La Fondation JM Bruneau a proposé à la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) d’ouvrir les fonds encore disponibles au-delà des critères habituels afin de répondre à des besoins de ses adhérents générés par la situation sanitaire actuelle.
La FAS instruit également des demandes urgentes au fil de l’eau pour ne pas les faire attendre.

Pour toute précision vous pouvez contacter nathalie.crouzet@federationsolidarite.org
ou télécharger le dossier de demande de subvention


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13 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Écriture personnelle durant le confinement (2)

Par Cathy Pons, Responsable Pédagogique à l’ESEIS de Schiltigheim.

Malgré tout, il faut poursuivre l’activité pour réaliser les gestes d’aide indispensables pour permettre à la personne de vivre …assurer ces besoins vitaux dont parle A. Maslow dans les premiers échelons de sa Pyramide : les besoins physiologiques (se nourrir, se laver, boire…), se sentir en sécurité. Ces gestes que ne peuvent plus réaliser seules ces personnes pour les raisons évoquées plus haut et qui doivent être relayés par la famille ou un professionnel quand cette dernière est inexistante ou éloignée au risque de ne plus pouvoir « vivre » à domicile pour la personne aidée.

Après un temps d’adaptation nécessaire, l’obtention du matériel indispensable aux « gestes barrières » ou la débrouillardise comme le souligne Myriam citée ci-dessus, Martine souligne que : « la peur a cédé la place à un autre sentiment… la joie ! Oui, il peut être joyeux d’aller chez des personnes seules, isolées de leur famille, car le « Rester chez vous  » éloigne, écarte, sépare pour un temps. Mais que ce temps paraît long à ceux qui attendent et qui ne peuvent plus faire seuls. La joie d’aider une personne âgée à se lever le matin, à faire sa toilette, à choisir ses vêtements, à préparer son petit déjeuner… le Covid 19 ne me prendra pas cette joie, certainement pas, car je protège et me protège derrière un masque, des lunettes de protection et des gants. Ne dit-on pas que les vrais sourires se lisent dans les yeux or mon masque s’arrête juste en-dessous… Mon planning est fortement allégé car ne sont préservées que les missions d’aide à la personne. Les interventions concernant l’entretien du logement sont supprimées pour respecter les consignes du gouvernement. Soit, je comprends…. Mais pas tout à fait ! Car ces missions de ménage ne se concentrent pas uniquement sur la dextérité à manier un balai ou sur l’efficacité à brancher un aspirateur sans se prendre les pieds dans le fil ! Ce sont avant tout des missions de rencontres, de regards échangés, de paroles prononcées et données. Il s’agit de ruptures de l’isolement pour certains, de connexion vers l’extérieur pour d’autres. Ce sont ces petits riens qui donnent sens au métier d’aide à domicile. Et en ce sens, je trouve réducteur de considérer ces missions à de simples actes non prioritaires. Il faudrait faire un grand ménage dans la manière de voir et de considérer notre métier ! » A. Maslow ne parle-t-il pas d’un besoin social, d’appartenance ? Alors qu’en fait-on ? Martine, dans ses propos évoque l’activité ménagère telle qu’elle est réellement, un moyen de conserver le lien social qui aura fait défaillance durant ce confinement pour certains, certaines personnes dépendantes et seules à leur domicile. Alors que le métier d’aide à domicile est souvent défini par sa tâche (l’activité ménagère) et non par le lien social qu’il apporte comme le souligne B. Ennuyer sociologue dans « Les aides à domicile : une profession qui bouge, un rôle clé mais toujours un manque de reconnaissance sociale » Gérontologie et société n°104.
Et voilà que maintenant le gouvernement parle d’une reconnaissance financière pour les soignants au vu de leur investissement durant cette période inédite. Il aura fallu cette « catastrophe » humaine, économique pour se rendre compte de leur présence indispensable au quotidien pour prendre soin de nous tous. Mais, qu’en est-il des professionnels exerçant le métier d’aide à la personne à domicile ?
A nouveau, ces professionnels, qui travaillent souvent avec un temps partiel subit, avec un salaire inférieur au Smic, qui ont montré leur professionnalisme durant ce confinement, sont les « oubliés » des futures décisions gouvernementales, les invisibles de notre système d’aide à la personne. Alors même que nous avons et aurons besoin de ces professionnels, puisque l’évolution de la pyramide des âges et la courbe démographique affirment une évolution du nombre de personnes de 65 ans et plus qui représenteront 28,5 % de la population de l’Union Européenne en 2080 contre 18,9 % en 2015 (site de Eurostat Statistics Explained).
Ne voulons-nous pas tous que nos proches aînés vivent au mieux ? Dans un souci d’éthique et de dignité, pourquoi ne valorisons-nous pas ce métier qu’exercent, dans l’ombre, un nombre important d’hommes et majoritairement de femmes, ayant une faible qualification ? Ces professionnels exercent un métier complexe, nécessitant des prises d’initiatives, d’être compétent, en conformité avec les missions confiées mais également être « en situation » et s’adapter face à la réalité des diverses situations d’accompagnement.
Nous avons tous besoins d’eux, qui agissent avec bienveillance auprès de nos aînés, des personnes plus vulnérables, ils permettent le maintien de ce lien social, entre « l’extérieur » et leur domicile, d’éviter l’exclusion en respectant leurs dernières volontés, parfois en les soutenant vers l’ultime voyage, la fin de vie.
Et pourtant, il n’est pas valorisé et manque aujourd’hui crûment de reconnaissance sociale et financière, même durant cette situation sanitaire que nous vivons, ces professionnels n’ont pas été reconnus à leur juste valeur. Il semblerait en cette période de confinement, que, seules les hôpitaux publics ou privés dans lesquelles exercent des professionnels soignants, visibles par tous, bénéficient de cette reconnaissance chaque soir depuis le début du confinement. Même les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ont attendus un moment avant d’être prises en considération depuis le début de cette pandémie. Nous avons besoin de tous ces professionnels, soignants, travailleurs sociaux qui vouent leur investissement professionnel aux plus fragiles d’entre nous.
A moins qu’il ne s’agisse d’un manque de considération de la place de nos aînés dans une société où l’orientation de la politique sociale n’a pas pour principale préoccupation celle de la place de la personne âgée ?
Une prise de conscience sociétale de l’existence des aides à domicile, du bien-être qu’ils apportent à nos aînés, aux personnes dépendantes en répondant à leurs besoins, leurs désirs dont le principal est souvent de continuer à vivre à leur domicile, ne permettrait-il pas, enfin, de reconnaître à leur juste valeur ces professionnels ?
Par cet écrit, je voulais rendre hommage, à ma manière, à celles et ceux que je côtoie depuis de nombreuses années, actifs dans l’ombre des domiciles des personnes dépendantes, et qui permettent de maintenir le lien social dont toute personne a besoin pour « exister », pour ne pas « renoncer » ou « sombrer », surtout en période de confinement, pour regarder vers l’avenir, même quand celui-ci est assombri par l’âge ou la maladie.
Merci à vous, professionnels de l’aide à domicile, d’avoir pris soin de nos grands-parents, de nos parents, de nos familles alors que nous étions confinés et dans l’incapacité de prendre nous-même soin de ceux que l’on aime.

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12 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Écriture personnelle durant le confinement (1)

Par Cathy Pons, Responsable Pédagogique à l’ESEIS de Schiltigheim.

Le confinement… le 17 mars, une date qui restera dans les mémoires pour cause de Codiv19, une situation sanitaire inédite qui nous impose de « rester chez nous » jusqu’à nouvel ordre… A l’annonce du confinement par Mr Macron, et soutenus par notre direction après la fermeture de notre établissement, le suivi pédagogique des stagiaires dans notre Ecole Supérieure Européenne de l’Intervention Sociale s’organise rapidement « à distance ». Les Responsables pédagogiques de chaque filières (Assistant de Vie aux Familles, Moniteur Educateur, Technicien de l’Intervention Sociale et Familiale, Animateur BPJEPS, Conseiller en Economie Sociale Familiale, Educateur Spécialisé, Assistant de Service Social…) s’organisent avec leurs équipes de formateurs pour maintenir le suivi pédagogique de leurs différents stagiaires. Certains d’entre eux sont en situation d’emploi et d’autres en stage dans le secteur médico-social. De futurs travailleurs sociaux animés par le désir de l’accompagnement, du soutien, de la prise en charge des personnes dépendantes, fragilisées par leur situation personnelle, par diverses situations de handicaps ou encore par l’âge.

Responsable de formation depuis plusieurs années auprès de différents groupes tels que Surveillants de Nuit, Maitres de Maison, Assistants Maternels et Assistants de Vie aux Familles (ADVF) préparant un Titre Professionnel, dans cette situation inédite et guidée par mes propres valeurs, mes convictions, mes connaissances de ces secteurs d’activités, il m’est apparu important de maintenir le contact, le lien avec chacun d’entre eux au moyen de courriels réguliers et/ou appels téléphoniques durant ce temps de confinement.

Les lieux de soutien à la pratique professionnelle durant la formation étant momentanément suspendus et ces conditions qui demande à tous, professionnels, employeurs de s’adapter et de trouver une organisation tout en maintenant l’accompagnement des personnes plus vulnérables à domicile, je pressentais déjà le besoin d’échanges que ressentiraient ces professionnels intervenant seuls au domicile de particuliers.
Depuis ce début de pandémie, chaque soir à 20 heures, relayé par les médias, nous remercions tous les soignants qui font un travail extraordinaire, mais qu’en est-il des aides à domicile (226 000 professionnels dont 97% de femmes, chiffre indiqué dans les Dernières Nouvelles d’Alsace du 30 avril 2020) ? N’auraient-ils pas, eux aussi, droit à une reconnaissance publique alors qu’ils continuent à prendre soin de nos aînés et des personnes dépendantes dans leur domicile durant ce temps de confinement en bravant eux aussi les risques de contamination ?
Sont-ils les « oubliés » de ce confinement comme le titre cette semaine les Dernières Nouvelles d’Alsace ?
Mes échanges « à distance » avec mon groupe de stagiaires (toutes des femmes), aides à domicile en activités professionnelle, m’ont amené à encourager l’une ou l’autre à m’apporter un témoignage de leur « continuité de service » durant cette période si « étrange » que nous vivons. Car, qui mieux que celles qui sont sur le terrain, pour apporter un regard sur ce qu’elles vivent au quotidien dans l’accompagnement à domicile des personnes dépendantes ?
Au bout d’un mois de confinement, Martine (stagiaire ADVF), a accepté d’écrire et partager avec moi ce que qu’elle a appelé la « Parole d’une ADVF » : « Nous entamons la 4ème semaine de confinement et le message « Restez chez vous » continue à nous abreuver ! Mais que signifie au juste cette injonction gouvernementale ? Son sens me paraît pourtant clair ; il s’agit de rester chez nous pour freiner, voire enrayer la propagation de ce nouveau virus, le Coronavirus. Nous sommes amenés à fortement restreindre nos interactivités en restant chez nous car ce virus présente la particularité d’être hautement contagieux. Pourtant, l’agitation dans les hôpitaux est à son comble. Ces établissements publics ou privés accueillent, en ces jours d’extrême violence, tous ceux qui, malgré eux, ne restent pas chez eux. Il y a d’abord les malades atteints par le Covid 19 et ensuite, les soignants. Les uns, parce qu’ils ont besoin d’être soignés, les autres, parce qu’ils soignent. Ces derniers, au péril de leur vie, ne restent pas chez eux ! On dit qu’ils sont en première ligne ! Le pays est à l’arrêt… ou presque. En effet, il existe des secteurs d’activité qui continuent de fonctionner pour permettre à ceux qui restent chez eux de pouvoir bénéficier d’un semblant de vie normale. Et voilà que l’on parle des caissières, celles qui dans la vie ordinaire sont souvent invisibles au regard de nos vies trépidantes de clients ! Et voilà que l’on parle des éboueurs, ceux qui débarrassent nos rues de nos poubelles, juchés à l’arrière d’un camion puant !

Et voilà que l’on parle de ces métiers qui, du fait de la situation inédite que vit notre pays et plus largement la planète, sont devenus les métiers indispensables au bon fonctionnement de la nation (…) Nous entamons la 4ème semaine de confinement et depuis hier, j’entends pour la première fois parler d’un autre métier devenu presque…. Indispensable. Et voilà que l’on parle des aides à domicile, celles, car se sont pour la grande majorité des femmes de bonne volonté, qui continuent à visiter à domicile les plus fragiles, nos aînés…. Vos parents ou grands-parents ! Je suis l’une d’entre elles !  » Il aura fallu un mois avant de parler de ces femmes et de ces hommes, engagés dans l’accomplissement des gestes quotidien pour permettre le maintien de nos aînés, des personnes dépendantes par l’âge ou la maladie à leur domicile. Certains n’ayant pas de famille à proximité de leur lieu de vie, ou seuls par choix ou accident de la vie.

Et pourtant, toutes ces professionnelles aussi ont à affronter « l’ennemi invisible », sans être forcément protégées comme les consignes le préconisent. L’une d’elles, Myriam, dans nos échanges, me confiait dès le début du confinement « quand je rentre chez moi, après des journées intenses, je dois laver beaucoup de linge pour éviter l’infection, travailler à l’extérieur et ce dans des conditions plus difficiles et risquées que d’habitude (toujours pas de masques et gants suffisants) d’où système D et concentration maximum pour ne pas faire d’erreurs, stress pour se changer, mettre les masques quand on en a cousu. C’est dur de travailler dans la peur  ».
Ou encore Martine, qui poursuis : « Les premiers jours, j’avais la peur au ventre car l’ennemi est invisible. Il se cache, se camoufle, se planque et soudain, il peut se montrer, se déclarer, se pointer ».

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12 mai 2020

■ ACTU - Protection de l’enfance • Guide du déconfiné

Ce 11 mai, jour de déconfinement, le secrétaire d’Etat chargé de la protection de l’enfance, Adrien Taquet, présentait (enfin) le plan de déconfinement très attendu pour le secteur de la protection de l’enfance. « Loin de rassurer, la perspective du déconfinement inquiète les permanents de Lieu de vie et d’accueil, les assistants familiaux tout comme les autres acteurs de la protection de l’enfance car elle est synonyme d’augmentation des demandes d’accueil souvent en urgence », prévenait dès le 4 avril, la fédération nationale des lieux de vie et d’accueil dans un courrier au ministère. L’augmentation de 90% des appels au 119 observée entre le 13 et le 19 avril annonce la dégradation des situations familiales pendant le confinement. Les acteurs du secteur l’observe déjà : le déconfinement qui s’amorce sera accompagné d’une forte demande d’accueil alors que, bien avant cette crise sanitaire, ce secteur alertait sur la dégradation de ses conditions d’accueil et de travail….

Tests, masques et gels

Le plan rappelle que le déconfinement doit être progressif, adapté à la situation sanitaire des départements. Il tente de répondre à une inquiétude du secteur : la crainte de voir arriver, avec l’augmentation des accueils d’urgence, des jeunes porteurs du Covid dans des structures jusqu’alors préservées. Certains professionnels demandent un test PCR avant l’arrivée du jeune dans son lieu d’accueil. Le plan ne prévoit ce test que si l’enfant présente des symptômes. S’il revient positif, la recherche de cas contacts sera alors effectué et le jeune isolé selon des modalités proposées dans le guide.

Le port du masque est recommandé pour les professionnels mais pas obligatoire. Une façon de se dégager les départements de leur obligation de fournir des masques aux structures de la protection de l’enfance ? « Sur divers départements, nos employeurs n’ont engagé aucune protection, ni masques, ni gel…. Et rechigne en plus à nous rembourser si nous faisons nous même les achats pour nous protéger, nous et les enfants accueillis », tweete le syndicat professionnel des assistants familiaux. Le masque n’est pas recommandé pour les enfants protégés mais il peut être proposé aux adolescents lorsque le respect des gestes barrières s’avère difficile, précise le plan.

Jeunes isolés

Autre grande inquiétude : la prise en charge des jeunes majeurs. Le plan prévoit la prolongation de deux mois de l’article 18 de la loi d’urgence sanitaire qui empêche toute fin de prise en charge des jeunes de moins de 21 ans par les départements. « Malheureusement rien n’a été prévu pour ces derniers lorsque leur minorité a été contestée par un conseil départemental avant le début du confinement, souligne le Gisti. Il ou elle doivent attendre, le plus souvent dans la rue ou dans des squats, qu’un ou une juge des enfants veuille bien statuer sur leur demande ». A Paris, alerte l’association, une centaine de mineurs seraient dans cette situation sans aucune prise en charge et sans perspective de voir leur recours rapidement étudié vu la baisse d’activité liée à la crise du tribunal pour enfant. Après une bataille devant la justice, la ville de Paris a finalement été contrainte, par une ordonnance du 15 avril, d’ouvrir un lieu d’hébergement … dans un gymnase. Inacceptable, tranche le Gisti, qui accompagne une nouvelle saisine de la justice pour exiger une prise en charge adaptée, en hébergement individuel, répondant aux exigences liées à la crise sanitaire.


12 mai 2020

**SOUTIEN** - Déconfinement : Voir Ensemble se mobilise pour un après solidaire

Le lundi 11 mai, la France commence un déconfinement progressif dans le strict respect de mesures sanitaires comme les gestes barrières.
Les différentes dispositions prises pour limiter la résurgence de la maladie sont nécessaires mais suscitent une inquiétude légitime chez les personnes déficientes visuelles.
Avant la pandémie, elles bénéficiaient d’une entraide spontanée de la part de nos concitoyens dans leur quotidien, comme dans les transports, dans la rue, pendant leurs courses… Mais qu’en sera-t-il maintenant alors qu’on parle de « distanciation sociale » ?
Voir Ensemble va lancer, à partir du 18 mai, une campagne pour sensibiliser le grand public à l’importance de l’aide qu’ils peuvent apporter aux personnes aveugles et malvoyantes même dans cette situation inédite.
Le handicap visuel n’est pas contagieux mais la solidarité oui.
Pour l’après, refusons l’isolement et l’individualisme, adoptons des gestes solidaires !
https://www.voirensemble.asso.fr/


11 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Covid de sens ? Le syndrome du repenti.

Par Vince, Educateur spécialisé.

Le confinement a au moins une conséquence vertueuse. Il permet une forme d’introspection existentielle, une occasion de se pencher sur ses habitus, ses valeurs, ses modes de consommation… Ainsi replié dans sa bulle qu’il croit hermétique, le confiné se retrouve dans une posture quasi mystique où il va chercher à donner un peu plus de sens à son existence, à interroger ce qu’il a été jusqu’à lors.
Le plus gros problème dans cette quête d’identité, c’est que le confiné n’est justement pas dans une bulle si hermétique que cela. Son cocon est infiltré de rayons médiatiques surpuissants. Les ondes, mêmes les mauvaises, savent traverser les murs. Les chaînes d’infos, la radio, tout le rappelle à sa condition presque inéluctable de reclus. Pire encore, internet régit sa vie sociale. Il se croit protégé chez lui alors qu’il est exposé quotidiennement aux plus grands risques de manipulation qui soient.
Chacun est susceptible d’être atteint du syndrome du repenti, avec cette volonté farouche de remettre en question tous ses principes, rechercher un nouveau paradigme. Curieux ce sentiment de liberté alors que nous sommes enfermés, n’est-ce pas ? Illusion dites-vous ?
Tout est une histoire de fenêtres. Celles que nous ouvrons à 20h00 pour applaudir et avoir le sentiment d’exister aux yeux des autres. Et celles que nous ouvrons frénétiquement sur nos navigateurs pour nous relier à la communauté virtuelle.
Nos errances domestiques ne sont finalement qu’un reflet d’Éros et Thanatos. Seuls face nos pulsions de vie ou de mort, nous réagissons à des signaux reçus de toutes parts : communiqués, flashs infos, chroniques, réseaux sociaux, messages… Selon la pulsion qui nous anime prioritairement, nous devenons nous-mêmes des transmetteurs et des signifiants, plus ou moins fiables, plus ou moins objectifs. Nous transmettons tantôt des peurs, tantôt de l’espoir. Nous oscillons entre colère et résignation, entre pessimisme et foi, entre doute et certitude.
Comment transformer le penser en agir ?
Des projections conditionnelles.
Nos portes sont closes, devenues étrangement hostiles aux étrangers. Des sursauts d’humanisme nous poussent à éprouver le lien malgré tout. De réunions Zoom en apéros WhatsApp, nos tentatives de relation prennent parfois des airs désespérés. Etrange coïncidence tout de même que cette homonymie entre la communauté et le serveur : le fameux réseau.
Bref, toujours est-il que nous ne savons pas comment nous allons sortir de toute cette histoire, dans quel état, avec quelles ressources, quelles angoisses.
Nous identifions à peine comment nous traversons nous-mêmes ce trou noir. Alors comment est-il possible de l’envisager pour autrui ?
Certains n’auront malheureusement pas pu bénéficier de conditions favorables à la phase d’introspection. Le repentir ne serait-il pas un luxe de nanti ? Avec une surface habitable suffisante et beaucoup de bienveillance ce n’est déjà pas facile. Alors, sans trop préjuger de quoi que ce soit, on peut aisément considérer que la vie de famille dans un 40 mètres carrés du 12ème étage d’une tour de cité n’offre pas les mêmes chances de prise de recul et d’analyse.
Il est quand même plus confortable de réfléchir à la condition humaine seul et bien installé dans un transat du jardin plutôt que dans un salon encombré de monde sous tension. Pas besoin de grandes compétences empathiques pour mesurer cela. La sortie de confinement tant attendue ne sera sans doute pas l’occasion de partager des vécus identiques, ni même d’exprimer des émotions communes. Nous nous sommes confinés en quittant une société inégalitaire, nous la retrouverons ; c’est bien là une triste évidence. Peut-être même cette crise aura renforcé les inégalités.
L’effet catharsis de cette période de vie ne sera sans doute possible que chez ceux qui auront eu les moyens de mettre en abyme dramatique leurs vécus de confinés. La capacité à l’abstraction peut être salutaire, à condition d’avoir eu les moyens de penser.
Comment allons-nous aider les plus fragiles à vivre le vertige du déconfinement ?
Des enjeux sociétaux incertains.
Aurons-nous eu suffisamment de temps pour capitaliser nos réflexions ? Aurons-nous pu transformer un acte autocentré (le confinement, en tant qu’outil de protection personnelle) en acte altruiste (le confinement, en tant qu’acte de bienveillance communautaire) ?
Rien n’est moins sûr. L’expérience des grands drames de l’humanité nous a montré que la mémoire collective est loin d’être infaillible. Certains réflexes grégaires sont assez décourageants, il faut bien l’admettre.
Et pourtant, il va nous falloir nous pencher sur la question sociale, pour de vrai, celle-là même que les pouvoirs publics ont tant délaissée depuis des années au profit de l’économie et du capital. Humainement nous demeurons bien imparfaits, nous le savons. Il semblerait que cette caractéristique soit inscrite dans notre patrimoine génétique. Quand bien même nos efforts cognitifs et intellectuels nous encouragent à dépasser nos limites, force est de constater que nous avons besoin d’une autre force pour régir le vivre ensemble.
Cette force là c’est la politique. C’est notre capacité à organiser la vie sociale qui va déterminer notre pouvoir de réaction.
Aider les plus fragiles ? Oui, belle et noble idée. Développée depuis des lustres mais abandonnée à la seule bonne volonté de la charité publique. Désormais, investir dans l’humain, tel serait le challenge. Donner aux institutions les moyens d’œuvrer avec responsabilité dans le bon sens commun. On a pu mesurer dans l’urgence ce que pouvait donner l’abandon par les pouvoirs publics de notre système de santé. Tâchons de ne pas reproduire ces erreurs sur le système social. Ne serait-il pas judicieux de donner aux travailleurs sociaux non plus des obligations de résultats mais des obligations de moyens ? On ne pourra pas toujours compter uniquement sur les facultés de résilience soutenues par de simples bonnes volontés. Tant que notre société considérera l’humain comme une variable d’ajustement économique, nous serons condamnés à être les pantins d’un capitalisme décomplexé et arrogant.
Avec un certain cynisme répondant en écho au mépris de l’État, je dirais que cette crise sanitaire n’aura sans doute pas permis d’exterminer tous les pauvres. Loin s’en faut. Va-t-on seulement pouvoir s’occuper dignement de ceux qui restent ou faut-il compter sur d’autres opportunités de pandémies ?

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Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

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