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7 mai 2020

• TERRAIN - Témoignage -Garder le cap au-delà des doctrines...

Par Les équipes d’encadrement et de direction de l’Établissement Médico-Éducatif Social Départemental d’Isle (Haute Vienne).

Dans un contexte d’urgence sanitaire, en dehors de la production toujours plus importante de « doctrines » et de « mémos » pas toujours descriptibles, les professionnels de l’EMESD (établissement public hospitalier), ont rapidement pensé aux lendemains, guidés par la nécessité d’accompagner autrement les usagers.

Un élan de mobilisation, dès l’annonce de la fermeture de l’établissement, a vu poindre des initiatives nombreuses de la part de la direction, de l’encadrement, des personnels de terrain. Ces derniers ont alors fourni une générosité d’efforts pour s’adapter avec ce qui devait être une continuité pédagogique, éducative, thérapeutique. Ainsi, les pratiques portées par l’ingéniosité des professionnels ont été guidées par un même élan de solidarité et de collaboration afin d’aider à mieux vivre cette période. Des groupes Whattsapp, des Padlets, des blogs, des rallyes lecture en ligne, des concours de création solidaire sont alors venus agrémenter les journées des usagers et de leurs familles.

On pointera que le « phoning social » fut accentué, approuvé voire demandé par bon nombre d’usagers, que cette évolution des pratiques ne vaudra pas pour accompagnement physique en présence des usagers mais cela est resté un lien rassurant, étayant et nous a tous ramené à l’essentiel : la nécessaire continuité de donner vie au lien social dans une période où nous vivons tous reclus dans l’entre-soi.

On applaudira les soignants, on attestera que les professionnels du travail social (notion approuvée par décret depuis 2017) ont aussi généreusement œuvré et pris des risques durant cette période. De soutien téléphonique en interventions au domicile ou sur site, ils ont montré que cet engagement ne s’appuie pas seulement sur des raisonnements d’ordre scientifique mais sur une volonté portée par un projet d’établissement au service des usagers, loin des conflits d’intérêts et corporatistes. Ce processus aura pris sa source dans une force d’intelligence collective mise au profit de la continuité d’accompagnement par la mise en commun de leurs compétences. Durant cette période, se seront également invitées de nouvelles zones de partages de pratiques par le biais d’outils numériques tout en alimentant les liens directs avec les usagers et leurs familles.

Nul doute que, de cette épreuve non choisie communément en équipe, il restera une évidente dynamique de forces collectives inscrite dans une étape de parcours singulière. Il en résultera également un potentiel accru de créativité, de coopération, de dépassement parfois de sa fonction propre de la part des professionnels d’ensemble. C’est de cette mobilisation sans failles au service des usagers, de cet engagement réel allant au-delà des repères, des références habituelles et de dépassement des « doctrines paradoxales » dont nous voulions témoigner.

L’épisode Covid-19 aura donc été un révélateur, voire un catalyseur des liens interprofessionnels dans des circonstances inédites tout en maintenant une conscience et une implication professionnelles de qualité. Il est donc évident d’écrire et d’affirmer la reconnaissance (dont on sait qu’elle ne sera pas forcément financière) qui revient aux professionnels médico-sociaux ayant fait vivre ces logiques de solidarité et d’utilité sociale durant cette crise.

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Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

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6 mai 2020

★ INITIATIVES - Le droit des femmes n’est pas confiné


Le Planning Familial, cette association féministe qui se bat depuis soixante ans pour que toutes les femmes aient accès à une contraception ou à l’interruption volontaire de grossesse, y compris les mineures, n’est pas restée inactive face à l’épidémie. Il continue à accompagner les personnes, les écoutant et les informant sans jugement mais avec pour seul but qu’elles puissent vivre une sexualité épanouie.
Dans cette émission enregistrée, une journaliste s’entretient avec la présidente et l’une des animatrices du comité local de Marseille, répondant à beaucoup de questions sur les mesures d’urgence et notamment sur le régime instauré pendant le confinement passant le délai de pratique d’IVG de sept à neuf semaines d’aménorrhées.

https://www.planning-familial.org/fr/le-planning-familial/le-planning-lance-le-podcast-au-coeur-du-planning-1255


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6 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Brèves de comptoirs éducatifs non confinées

Eric Jacquot a encore frappé : attention aux yeux ! Et pour paraphraser Georges Brassens : « Bien sûr, si l’on ne se fonde /Que sur ce qui saute aux yeux / (il) semble une brut’ raffolant de nuire à tout l’ monde / Mais une attention profonde / Prouv’ que c’est chez les fâcheux / Qu’il préfèr’ choisir les victim’s de ses petits jeux »

Intelligence artificielle et technocratie, on parle évidement ici d’un concubinage incestueux. Je ne sais pas ce qu’on va faire des gosses, il faudra voir avec l’ASE.

Au mois d’avril, ne te découvre pas d’un fil de masque, enfin si t’en as un.

J’en connais qui ont le Moi très confiné.

Ascenseur social : Je passais en blouse blanche et avec un masque devant les locaux de BFM TV. Ils m’ont embarqué illico pour devenir expert sur un plateau télé.

En cette période de confinement, j’ai découvert que les sodas pouvaient avoir une grande valeur thérapeutique sur les enfants. Parfois mieux que les psychotropes et autres antidépresseurs. Je vais appeler le professeur Raoult pour lui en parler.

Pour les effets indésirables du soda, il y a la courbe de poids mais pour les psychotropes c’est pareil.

Le bon sens, tu peux le tuer juste par inaction.

Le transfert habite la relation éducative et pour les loyers, il faut voir avec les psys.

L’éducateur est à l’image de la démocratie, c’est une force pleine de faiblesses.

La débrouille, le bricolage que critiquent habituellement les élites car ce n’est pas une science exacte, semble devenir par moment la seule stratégie pour se procurer des masques.

J’ai une amie qui en fabrique et qui fournit plein de soignants et qui a eu le droit à un article dans le journal local. La préfecture a censuré une partie de l’article pour interdire d’écrire qu’elle en avait fait beaucoup pour les EHPAD, hôpitaux et cabinets d’infirmiers. Le monde de maintenant m’impressionne mais celui d’après à tendance à me faire encore plus peur. Bravo Marion si t’es recherchée par la police vient te réfugier chez moi.

Tiens aujourd’hui, j’ai reçu une nouvelle directive pour me dire que la prochaine directive serait encore plus directive.
Le COVID est un des révélateurs de l’esclavage moderne. Les petits, les sans grade que l’on gaze habituellement quand ils se plaignent sont aujourd’hui au front pour sauver la planète.

On les applaudit et j’espère qu’ils ne vont se contenter que de cela.

La START UP NATION est en mode avion, genre aux abonnés absents.

Je suis des cours à domicile et ce sont les enfants qui sont mes professeurs.

D’habitude il n’y a jamais un sou et là, les promesses de milliards affluent. Cela laisse un gout bizarre.

C’est dommage, je crois qu’il n’y a que la connerie qui n’ait pas d’obsolescence programmée.

Lundi prochain vous aurez des canaux de sauvetage, voilà à quel effet d’annonce ont échappé les passagers du TITANIC. Deux époques et une seule logique très libérale.

Le novlangue c’est des mots creux et vides de sens qui prennent toute la place.

Le gouvernement a toujours besoin de deux semaines de réflexion. Le COVID lui non.

Annonce officielle : Décathlon fournira la totalité de son stock de masque de plongée aux passagers du TITANIC.

Quand le monde d’avant, c’est le monde d’après, il y a une distorsion dans le temps et l’uchronie reste en suspension.

Les enfants nous révèlent à nous-mêmes, ce sont des tueurs d’illusion.

Attention, sortez à mots couverts.

Quand tu es seul, tu ne poses jamais la question, tu trouves la réponse.

Le confinement est un oxymore. C’est le mélange de « huis clos » et de « fenêtre sur cours ».
Tout seul pendant le confinement, c’est une rencontre avec soi-même. Moi j’ai décliné l’invitation, je sais déjà que je m’insupporte.

Le masque en latin se traduit par persona. En COVID c’est persona non grata.

En observant les enfants placés en période de confinement, je me pose la question s’ils ne s’étaient pas déjà, eux-mêmes placés avant en confinement, de cette société adulte qui les agresse.

Rien ne change : Par non décret, le port du niqab n’est pas encore devenu un geste barrière.
Dieu est parfait, tant qu’il n’existe pas.

« Alors que j’allais juste pisser, elle m’a fait chier » Commentaire à peine énervé de Grelin sortant des toilettes avec le chat. Confinement et intimité, bienvenue dans le réel.
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6 mai 2020

🎥 Film - Monsieur Deligny

Il devait sortir le 18 mars 2020. Un virus en a décidé autrement. « Monsieur Deligny, vagabond efficace » raconte la vie de cet éducateur célèbre qui, de l’hôpital d’Armentières près de Lille jusqu’au hameau de Graniers dans les Cévennes, inventa des lieux de vie pour faire sortir les enfants psychotiques, autistes, aux problématiques multiples, de l’enfermement.

La personnalité multifacette de Deligny attire le réalisateur du documentaire, Richard Copans, « C’est un homme habité par les images, habité par le désir de faire du cinéma ». Son film révèle la correspondance que Deligny entretient pendant vingt ans avec François Truffaut. « Il va l’aider et Truffaut l’aidera », explique-t-il.

Richard Copans a été le directeur de la photographie du film « Ce gamin là », produit par François Truffaut et dont le scénario a été écrit en partie par Fernand Deligny. Il a donc été au côté de l’éducateur dont il dit admirer « la constances de ses initiatives, parce que j’y vois la quête d’une liberté ». En attendant sa sortie en salles, le documentaire en VOD est visible en ligne.

MONSIEUR DELIGNY, VAGABOND EFFICACE un film de Richard Copans - Bande annonce from Shellac films on Vimeo.


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5 mai 2020

★ INITIATIVES - Handicap visuel - Chanter confinés

Les résidents en situation de handicap visuel avec troubles associés et l’équipe encadrante du Centre Escolore à Égliseneuve-près-Billom (Puy-de-Dôme) ont profité du confinement pour écrire une chanson et réaliser un clip.

Avril 2020. Pas simple d’être confinés. Comme pour nombre d’entreprises, le Covid-19 a stoppé l’activité de l’établissement et service d’aide par le travail (Esat) du Centre Escolore, géré par l’association Valentin Haüy.
Le Centre compte aussi deux foyers de vie et un service d’accueil et à la vie sociale (SAVS). « L’isolement ou la peur du virus peuvent survenir mais pour faire face à l’événement tragique du Covid 19 qui nous oblige à la distanciation sociale, Stéphane, éducateur du foyer de vie a proposé un projet pas tout à fait comme les autres », explique l’équipe.
Alors que d’habitude près de vingt-cinq résidents vivent au foyer d’hébergement intégré à l’établissement adapté, aujourd’hui ils ne sont que treize à partager un quotidien devenu bien différent avec le confinement : obligation de porter un masque voire dans certaines situations des gants, de respecter les distances avec les autres, de déjeuner ou de dîner à deux sur une grande table.
Pierre Lisze, le directeur du Centre est toujours présent, en alternance avec Séverine, son adjointe.

Aux fourneaux, le cuisinier fait mijoter les légumes du potager plantés par les travailleurs quelques semaines avant que le virus ne vienne se propager en France et ailleurs… « Des asperges font le bonheur des uns, d’autres savourent les premières fraises. » Pendant ce temps, Stéphane, l’animateur du foyer de vie a donc proposé à Aurélien, Dominique, Sébastien, Michaël, Didier et Aurélie de devenir compositeurs, chanteurs et acteurs. Une expérience immortalisée dans le clip ʺTrop de temps tue le tempsʺ.


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5 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Proximité et télétravail

Par Habib Ifires, Éducateur spécialisé

Ce Mardi 17 Mars est annoncé le début du confinement et où je travaille c’est le début du télétravail… Quelle drôle d’idée !
Impossible d’accompagner les personnes à distance… Impossible d’être éducateur spécialisé à distance, mais quelle connerie ! Oui, oui il s’agit des premières idées qui me traversent l’esprit…
Comment accompagner ? Comment faire face aux difficultés de ces personnes avec qui on travaille ? Et très vite, la réalité est la ! On n’a pas le choix … donc quitte à ne pas avoir le choix autant bien le faire ou tout du moins, autant faire au mieux, être le plus bienveillant possible.
Cette distance permet de renforcer des liens entre les collègues et d’être plus que jamais solidaire et unis pour faire EQUIPE ! C’est le moment de s’entraider, de se remonter le moral, d’accepter le rythme de chacun et de pouvoir même à distance travailler dans l’optique d’accompagner les personnes !
On va me dire : mais qu’est-ce que vous faîtes ?
C’est simple… on fait de l’ordi, de l’ordi et encore de l’ordi ! On discute projet, on effectue des évaluations, on prend le temps de penser pour revenir plus fort et dans les meilleures conditions ! En tout cas maintenant l’outil informatique on maîtrise et les réunions à distance n’ont plus de secret pour nous !
Et les personnes accompagnées dans tout ça ?
On fait au mieux ! On innove, on improvise, on crée …
Avec certains un simple appel est suffisant, pour d’autres on envoie des sms en plus, puis des mails ... on peut même faire des appels visio et s’il est nécessaire, des visites à domicile sont possibles.
Malgré la distance, l’humain reste la priorité ! On discute de tout et de rien. Le sujet du coronavirus est inévitable, mais on ne fait pas de fixette sur ça. Après avoir tenté de diminuer les angoisses, on échange sur la meilleure série du moment, le repas du week-end, sur le dernière album écouté… On s’intéresse et on donne un peu de nous. On discute du quotidien de chacun, on propose des stratégies pour diminuer l’ennuie, pour s’occuper et pour maintenir le lien entre les jeunes.
Dans certains cas, ce confinement permet même de créer plus de lien avec les familles et avec certains jeunes qui sont plus distants lorsque l’on est en institution …
Ah ! Quand la distance rapproche… Qui l’aurai cru ? Quelle drôle d’expérience quand même…
Alors oui, cet accompagnement est particulier et pas simple… pas simple pour eux, pour nous … et en même temps il nous remet sur quelques points à notre place d’éducateur spécialisé. Pas celui de super-héros, pas celui qui est indispensable … juste celui qui est là, de prêt ou de loin mais qui fait au mieux pour accompagner et qui disparaîtra un jour.
Bref, ce n’est pas simple tout le temps ce travail à distance, le quotidien manque par moment… et oui on parle bien de distance... on a plus le temps jouer avec les mots et de parler ou de se questionner sur la distance ou la proximité.
Comme m’a dit une collègue un jour : "L’éducateur doit accepter avec humilité qu’il travaille en vue de sa propre disparition"

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4 mai 2020

★ INITIATIVES - Mineurs isolés : l’école sans école

A Paris, l’école des sans école continue son travail malgré le confinement. Cette association donne des cours à des jeunes isolés étrangers, rejetés par l’aide sociale à l’enfance, en attente de reconnaissance de leur minorité voire en attente de scolarisation lorsqu’ils ont été reconnus mineurs. Leur objectif n’est pas de remplacer l’école mais de permettre que ces adolescents continuent d’apprendre. En parallèle, ils bataillent pour qu’ils soient enfin scolarisés. Et que le droit à la scolarisation de tous soit respecté.


4 mai 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Merci à la DDCS

Par Paola Dumont, assistante de service social en CHRS,

Voilà en photo ce que la DDCS a remis à certaines de nos associations toulousaines, gestionnaires de centres d’hébergement. A charge pour les travailleurs sociaux et leurs cadres de bien vouloir découper des masques dans ces “draps” et de les remettre aux collègues et usagers.

Ces bouts de tissu s’avèrent n’être que des torchons qui ne nous protègent pas et ne tiennent pas plus de trois lavages...
Après un lavage, ils se rétractent un peu et miracle... on voit les yeux !

Après quatre lavages ils ont tellement rétréci que ça devient des masques pédiatriques.
Après cinq lavages, c’est poubelle car ils s’effilochent trop.
Dans la notice on nous suggère gentiment de déplier un trombone pour le mettre sur le dessus du nez, pour une meilleure protection !

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Assistante sociale en CHRS, je ne comprends pas ce qu’il y a réellement derrière cette façon de faire. De l’incompétence ? Une bonne dose de bêtise ? Ou carrément du mépris ? Cela ne peut se résumer à ces mots, mais le problème est que je n’en trouve pas d’autres.

Ma réaction, mon souci n’ont même pas à voir avec le danger potentiel que constituent ces choses (on ne peut décidément pas appeler ces choses “des masques” !!) pour la santé de ceux qui les porteront, mais m’amènent une nouvelle fois à m’interroger sur la perception, la considération que ces gens ont pour nous, pour les professionnels du social et pour ceux que nous accompagnons. Et ce qui me désole aussi, ce sont les réactions spontanées de collègues qui se sont portés volontaires pour aider au découpage de ces choses. Je ne leur en veux pas, ce n’est pas du tout le propos, mais je suis révoltée par ce que cela signifie : nous avons bien intégré que nous ne valons pas plus que ça. « C’est le social, c’est normal, nous acceptons de bricoler, de faire avec ce que nous avons sous la main, de pallier l’urgence avec le moins que rien, avec pire que le rien, de ramasser les torchons que l’on veut bien nous octroyer et trouver anecdotique qu’il en soit ainsi  ».

Le problème donc, ce n’est pas le danger, c’est que la même histoire se répète encore et encore : quelle est la place, quelle est l’importance accordée par l’État et à travers lui la société pour ces publics auprès desquels nous intervenons ? Ces gens, ces « pauvres », ces migrants, ces handicapés, ces familles, ces usagers, ces accompagnés, ces gosses, ces hébergés, ces derniers de cordée, ces travailleurs dont ils font partie pour beaucoup que nous applaudissons aux balcons, caissières, éboueurs, aides-soignantes, femmes de ménages, que méritent-ils finalement ? Qui sont-ils pour celles et ceux qui ont trouvé approprié de leur distribuer ces choses ?
Le bricolage, la débrouille font partie intégrante de nos pratiques depuis toujours et loin de moi l’idée de dénigrer cela, car c’est aussi une part de notre identité. Innover, créer, faire avec, avec peu, avec tous, et à partir de rien parvenir à des réussites, à de beaux projets aboutis qui permettent une survie inespérée de bien des parcours. Mais pas là, pas aujourd’hui, pas dans ce contexte !
Ces cartons de torchons auraient dû être renvoyés à leur expéditeur ! Quelle image avons-nous de nous-mêmes pour accepter cela ? Quelle perception de l’essentialité de notre profession avons-nous pour accepter ce mépris ? Mal nous considérer, c’est mal considérer nos publics… Car c’est bien à ce constat que ces méprisables bouts de torchons me renvoient encore et encore chaque fois que je les regarde : si nous ne sommes rien, c’est que les publics que nous accompagnons ne sont rien. Ils ne sont même pas les derniers de cordée, ils ne sont tout simplement pas sur la corde.

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4 mai 2020

• TERRAIN - Témoignage vidéo - Les personnes avec handicap face à l’épidémie

Comment les foyers qui accueillent des personnes en situation de handicap font-ils face au coronavirus ? S’il n’est déjà pas facile pour tout un chacun de supporter le confinement, les plus fragiles le vivent parfois avec encore plus d’angoisse. L’UNAPEI (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis) propose un petite video donnant la parole aux professionnels : l’obstruction à la liberté d’aller et venir pour éviter la contagion, la distance sociale impossible à tenir lors des toilettes, la faiblesse du 1,5 équivalents temps plein pour accompagner médicalement les résidents…


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3 mai 2020

★ INITIATIVES - Table ronde Epsilon Melia

Et si le confinement rendait possible l’impossible d’hier pour nos établissements sociaux et médico-sociaux ?
Dans ce contexte difficile, aux conséquences d’ores et déjà énormes, ce qui apparaissait il y a encore quelques semaines comme impossible, problématique voir incongru, s’impose aujourd’hui comme une nécessité, une solution, voir un remède.

Les scientifiques trouveront un traitement, c’est une question de temps, nous leur faisons confiance. En revanche nous ne pensons pas, et à vrai dire nous ne souhaitons pas, que dans les établissements sociaux et médico-sociaux le cours des choses reprenne à l’identique.

Nous désirons, au moyen de cette table ronde, témoigner des transformations que ce contexte amène dans nombre d’institutions, ces lieux de vie que sont les MECS, les CHRS, FAM, MAS, Foyers, SAMSAH, SAVS, SESSAD, EPHAD : maintien de l’accompagnement des personnes en situations vulnérables malgré des équipes en sous-effectif et des règles strictes de confinement et de distanciation sociale, mais aussi capacité d’adaptation de chacun, élan de solidarité, nouvelle dynamique… Les exemples sont nombreux. Notre intervention a pour but de les partager avec vous !

Cette expérience du confinement au sein des établissements est vectrice de changement. Il nous faut apprendre à travailler autrement en réinterrogeant les contraintes qu’on nous a imposé, repenser nos manières de vivre aussi dans ces lieux, dits de vie. Nous devons faire émerger de nouvelles formes de solidarité, de spiritualité et d’éthique.

Cette table ronde a été animée par :
• Agnès Jégo – Thérapeute Familiale Systémicienne – Praticienne de l’analyse des Pratiques
• Isabelle Jarrige – Psychologue clinicienne – Ancienne cheffe de service établissement de la protection de l’enfance – Formatrice – Praticienne de l’analyse des Pratiques
• Cédric Lopez – Ancien directeur d’établissements du champ du handicap – Formateur – Praticien de l’analyse des Pratiques
• Stéphanie Rohrbach – Éducatrice Spécialisé – Formatrice Spécialiste Autisme – Praticienne de l’analyse des Pratiques
• Eric Waroquet- Ancien directeur d’établissements du champ social et médico-social – Directeur pédagogique – co-fondateur d’Espilon Melia- Praticien de l’analyse des Pratiques


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