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24 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Corona ou pas : que font les départements ?

Par Laura, éducatrice spécialisée dans un service d’aide éducative à domicile.
Reçu le lundi 23 mars, 10h31
 

Lundi 16 mars, avec les collègues on a attendu des directives. On a attendu toute la journée. On savait que le confinement allait nous tomber sur le coin du nez !
 15h00...rien....16h00...rien...17h00 « bon les meufs ça vous dit on appelle ». 17h15 les directives tombent : pas de visite à domicile avant mardi voire vendredi, que des contacts téléphoniques. On fait partie des privilégiés qui ont un portable professionnel. Alors on rentre chez nous, on met en place le télétravail. J’ai un rapport à finir ça tombe bien, d’ailleurs la conclusion de l’écrit ne va pas dans le sens de ce que souhaite le département !
Ah oui, je m’explique : mon service est expérimental. Grossièrement, le prix de journée est bien plus bas que celui en Maison d’enfants à caractère social (MECS), dans un département qui compte à peu près 230 000 habitants. Avec cette démographie, il y a trois MECS, dont une spécialisée en MNA : celle de mon association !
Ce département, j’y suis née et j’y suis revenu à l’aube de mes 30 ans. Très vite, je me suis rendu compte que mes préconisations, mes conseils dans certaines situations n’étaient pas pris en compte. Si ce n’était que ça ! En étant expérimental, ce cher département nous fait comprendre qu’on est pour l’instant pas grand-chose et que du jour au lendemain il peut nous couper les vivres ! Il est comme un sale parent à qui on aurait avoué notre homosexualité ou qu’on a remplacé Jean-Eudes par Rayan ! Comme si nous étions le mauvais élève, le vilain petit canard !
A l’heure de cette crise, Monsieur Taquet leur a laissé de nouveau les pleins pouvoirs ! Alors, encore une fois, les personnes que nous accompagnons au sens large sont bradés. Mais là, c’est leur santé qui est bradée … et la nôtre avec ! Au-delà du port de masques et de gants, le temps c’est de l’argent. Alors ? pour la continuité des services on y va et point barre ! Les foyers suffoquent ! Et ils sont de tous types : Foyer d’accueil médicalisé ; Maison d’accueil spécialisée AM, MAS, MECS ! Au-delà du fait, on est d’accord, certaines structures avant la crise était déjà mises à mal par des directions éloignées du terrain, il y a aussi ces foutus départements qui doivent très certainement mettre la pression sur les différentes associations en France ! « Vos salariés sont à l’arrêt, alors les sousous aussi  »
L’angoisse, l’anxiété gagne toutes les couches sociales, les plus fragiles se retrouvent isolés, mais l’angoisse gagne toutes et tous, et nous travailleuses et travailleurs sociaux nous n’y échappons pas !
Mercredi 18 mars : je suis en astreinte éducative. Appel d’une mère : sa fille à fuguée et elle mère ne peut pas sortir pour déclarer la fugue, car sa santé est fragile. Il est 20h30 et je sors retrouver la jeune qui m’a indiquée où elle était. Je tente de respecter les distances, mais en vain. Elle monte dans la voiture, nous décidons qu’elle sera conduite en famille d’accueil.
Jeudi 19 mars : ma direction décide que c’est moi qui dois aller chercher la jeune pour la ramener chez elle. Il est 17h30 et cela ne dépend pas de l’astreinte. Mais je suis la salariée qui habite le moins loin du service. Alors, vogue la galère : j’y retourne.
La crise actuelle du social n’est que le révélateur des nombreux dysfonctionnement déjà existants avant cette crise sanitaire !
Alors oui j’ai peur, peur de chopper cette saloperie dans le cadre de mon travail comme lorsque je vais sortir pour récupérer des courses ! Je vais sûrement déclarer des symptômes, mais tout cela sera sûrement psychologique. Je suis dans un département où nous avons été épargnés. Mais plus maintenant, chaque jour de nouveaux cas sont détectés !
Je n’ai pas eu besoin de cette crise sanitaire pour remercier les soignants, les pompiers. Ma vie personnelle a fait que j’ai eu à faire à eux pour des proches ou pour moi-même. Et je les ai toujours remerciés à leur juste valeur ! Toutes ces infirmières doivent se souvenir de mémé Ginette qui leur a hurlé dessus parce que sa prise en charge n’allait pas assez vite et Patricia qui amenait Jessica, sa fille, pour une vulgaire entorse à 2h00 du matin et qui n’a cessé de crier son mécontentement en salle d’attente pendant que Votre grand-mère fait un AVC. On ne devrait rien dire, parce que Ginette, Patricia et Jessica applaudissent tous les soirs à 20h. Alors on leur pardonne !
J’ai fais ce métier pour un monde plus juste, pour ne pas laisser certains en dehors du cercle, pour apporter à des personnes un peu de gaieté et de joie, pour les accompagner et leur proposer de tenter de faire différemment, pour construire avec elles des outils pour qu’elles se sentent moins exclues !
Mais aujourd’hui j’ai peur, peur pour eux, pour mes proches, pour moi ! Mais le département s’en fout !

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23 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Nous sommes là…

Par Pascal Seynave, Assistant de service social.
Reçu le vendredi 20 mars 17h16

Nous sommes présents, dans les établissements, les institutions. Les travailleurs sociaux et médico-sociaux sont là. Pour faire leur travail auprès des personnes les plus vulnérables. Auprès des personnes précipitées dans la précarité par un système impitoyable. Auprès des personnes ignorées par une idéologie économicopolitique inhumaine. Auprès des personnes stigmatisées par des dispositifs d’aide de plus en plus restrictifs. Auprès des personnes de plus en plus soupçonnées de se complaire dans l’assistanat.

Le travail social est parfois dénigré par les dominants, oublié par les décideurs. Il est de plus en plus regardé comme une sorte d’émanation superflue et dispendieuse de deniers publics par ces nouveau décideurs et manageur qui s’expriment en « ing », les spécialistes du « vous allez voir ce que vous allez voir », les persécuteurs des bénéficiaires du RSA « on va les mettre au boulot ».

Tout comme le secteur de la santé martyrisé depuis des années par la politique du rendement et de l’austérité, le travail social est démantelé, abimé, affamé. Au niveau sanitaire, nous payons aujourd’hui cette casse organisée de l’hôpital en perte de vie humaine et en rupture du lien social. Les applaudissements ne feront pas oublier la responsabilité des gouvernants même si, hypocritement, ils s’en réjouissent médiatiquement.

Cette pandémie aura une fin, il faudra reconstruire, envisager l’avenir, refaire société. D’aucuns (et parmi eux, les dominants ne sont pas les derniers) nous promettent des lendemains qui chantent. Le monde sera donc plus beau, plus solidaire, plus raisonnable…

Je ne sais pas…Tant les dégâts sont déjà si importants. Je pense à la situation des prisons, aux minima sociaux qui permettent à peine de vivre, au système scolaire dont le confinement accentue le rôle de reproduction des inégalités, aux travailleurs de la nouvelle économie dont la crise révèle la situation d’extrême précarité et aux gens qui vivent dehors : SDF, Migrants sans toit...

Mais nous seront présents, comme nous le sommes aujourd’hui. Et nous ferons notre travail avec l’espoir de changer le monde…QUAND MEME !

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23 mars 2020

■ ACTU - La prison ne peut faire face au confinement

Dans un communiqué commun, l’Association des avocats pour la défense des droits des détenus, l’Association nationale des juges de l’application des peines, l’Observatoire international des prisons-section française, le Syndicat des avocats de France et le Syndicat de la magistrature s’inquiètent de la situation dans les prisons.

La France vient d’être condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour les conditions de détention indignes qu’elle impose à ses détenus : 144 établissements pénitentiaires ou quartiers sont en situation de suroccupation. Les personnes incarcérées y vivent à 2, 3 voire 4 dans des cellules exiguës, quand ils ne sont pas dans des dortoirs de 6 ou 8.

Difficile à l’extérieur, le confinement imposé par la pandémie du Coronavirus y est presque impossible. A la promiscuité en cellule s’ajoute la multiplication des contacts à l’occasion des promenades ou des douches collectives. Si l’épidémie devait se diffuser en détention, les unités sanitaires des établissements pénitentiaires, déjà surchargées et en sous-effectif, ne seraient pas prêtes à faire face à un afflux massif de malades.

La situation déjà difficile risque de s’aggraver encore et de devenir explosive, suite à la suppression des cours, ateliers, interventions, formations et surtout parloirs, les rares facteurs d’apaisement en détention qui apportent un peu de respiration et de possibilité de sortir des cellules. Seules les promenades ont été maintenues.

Pourtant, des solutions existent. Charline Becker, coordinatrice de l’Observatoire international des prisons pour le Sud-Est les énumère « il est possible de suspendre les comparutions immédiates qui sont sept huit fois plus pourvoyeuses d’incarcération que les procédures de jugement ordinaires, mais aussi d’éviter les détentions provisoires quand il y a décision de report, en privilégiant les contrôles judiciaires.
Quand il y a jugement, on peut aussi multiplier les mesures alternatives à la prison. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui se produit, notamment pour les placements sous surveillance électronique, du fait de la carence d’agents capables de gérer la mise sous bracelet. Chaque juridiction fonctionnant de manière autonome, chaque parquet et tribunal réagit de manière dispersée
 ».

Pour ce qui est des équipements de protection, Charline Becker déplore qu’aucun des 100 000 masques que l’administration pénitentiaire affirme vouloir mettre à disposition de son personnel ne soient proposés aux détenus, pas plus d’ailleurs que les solutions hydroalcooliques interdits en détention. Elle en appelle « à un geste fort qui pourrait se concrétiser sous forme de gratuité des communications téléphoniques passées depuis la détention qui sont actuellement beaucoup plus couteuses qu’à l’extérieur.  »

Voilà des propositions simples et pas chères qui qui pourraient tenter de prévenir les risques des mutineries qui ont éclaté en Italie dans vingt-sept prisons, entraînant la mort de 12 détenus et laissant 40 surveillants blessés.


23 mars 2020

■ ACTU - Crise COVID-19 : Le 3919 - Solidarité Femmes poursuit son activité

Le 3919 - Solidarité Femmes poursuit son activité
La FNSF met en place son plan de continuité pour la ligne nationale d’écoute VIOLENCES FEMMES INFO pendant la crise du COVID-19.
Le réseau d’associations Solidarité Femmes reste aussi mobilisé pour faire fonctionner les centres d’hébergement et les structures de proximité locales.
De la ligne d’écoute nationale 3919 Violences Femmes Info aux centres d’accueil et d’hébergement des 67 associations Solidarité Femmes, La Fédération Nationale Solidarité Femmes reste pleinement mobilisée aux côtés des femmes victimes de violences, durant la crise due au Coronavirus.
Le central d’appels, qui porte la ligne d’écoute nationale 3919, Violences Femmes Info, a été transféré vers des téléphones portables, et les écoutantes de la FNSF peuvent ainsi poursuivre leur mission de soutien, de conseil, d’information et d’orientation. Le système fonctionne depuis 9 heures samedi 21 mars, date à laquelle environ 200 appels se sont présentés.
Le 3919 sera opérationnel du lundi au samedi de 9h à 19h.
Le numéro est toujours gratuit et confidentiel.
Les écoutantes et chargées de pré-accueil, proposeront des orientations vers les structures de proximité, en lien avec les équipes des associations Solidarité Femmes et les partenaires de la FNSF.
Les femmes et enfants mis en sécurité dans les centres d’hébergement du réseau Solidarité Femmes (2 800 places) sont confinés mais leur suivi s’organise avec les équipes professionnelles. Pour les femmes accompagnées dans les centres d’accueil ou les femmes qui souhaitent contacter ces dispositifs pour la 1ère fois, elles peuvent appeler le 3919 et les numéros indiqués via les infographies du site de la FNSF.
Pour la gestion des situations de femmes en urgence, en particulier celles évaluées comme à risque, le 3919 et les associations locales restent en lien avec les services de police, de gendarmerie, de justice et l’hébergement d’urgence.


23 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - « Quintes-sens [c]e »

Par Adeline Lavigne, Educatrice Spécialisée, Diplômée en Sciences Humaines.
Samedi 21 mars, 10h03.

Le contexte actuel que nous traversons et qui file la toile de l’Histoire présente, qui nous relie les uns aux autres, est source de préoccupations majeures, d’interrogations multiples, d’incertitudes innombrables, teintées d’émotions plurielles, manifestes, vives, légitimes.

Cette situation de grande alerte sanitaire, nous frappant, tous, tout un chacun, et chacun des nôtres, à échelle planétaire, mondiale, nationale, sur le versant professionnel, amical, familial, sur le plan personnel, privé, intime, au et par-delà les langues, les cultures, les sociétés, les civilisations, dans une universalité embrassée touchant de plein fouet notre condition d’Homme, notre statut d’Être Humain, notre état d’Être Vivant, vient suspendre nos vies aux fils des Parques, fines tisserandes de l’existence, du destin, du sort.

Depuis plusieurs décennies déjà, et avec force, s’enracine puissamment, dans nos esprits, dans nos consciences, dans notre praxis, la question du « sens » et de sa « quête perpétuelle », de notre dynamique de « questionnements », de l’élaboration permanente de notre « positionnement », le plus juste, le plus adapté , le plus respectueux, mis au service de la notion d’ « humanité » — d’« humanitude » (1) —, soutenant le concept de « valeurs », étayant l’idée même d’« accompagnement », dans une (dé)marche se réclament d’une conduite éthique, résolument humaine.
Aujourd’hui, plus que jamais, la notion, la nature, le fondement même du « sens » apparaît, dans cette marche inexorable de l’Humanité, en route vers une quête d’infini et d’absolu.

Plus que jamais, il apparaît. Plus éclatant, plus lumineux, plus aveuglant. Plus certain, plus sûr, plus évident. Plus pur, plus brut, plus franc. Plus cristallin, plus authentique, plus transparent, il paraît, se révélant sur la ligne d’horizon, dans sa magie et sa puissance, éclaboussant de sa lumière la face du monde de sa présence.

Le sens, ce sens, tant recherché, tant convoité, tant sacralisé, semble enfin avoir trouvé toute la nature, la profondeur et l’ampleur de son âme, toute l’envergure de sa raison d’être, toute sa raison d’exister. Plus que jamais.

Plus que jamais, le sens, ne semble plus à rechercher. Il n’est plus à trouver. Il est là. Il existe. Il se révèle et s’impose à nous comme une Vérité et une Réalité absolue. Voyons-le. Nous n’avons qu’à regarder…

Dans cette houle qui déferle sur l’Humanité toute entière, capable d’un anéantissement conséquent, certains demeurent, bien présents. ILS sont là, ILS subsistent, ILS résistent.

Souvent (dis)qualifiés, et répondant parfois à des qualificatifs aux tons dépréciatifs, fréquemment dépeints sous les traits d’un caractère revendicatif, contestataire, réfractaire, frondeur, révolté, entêté, rebelle, ILS se dressent, s’édifiant en personnalités complexes, difficilement domptables, laborieusement canalisables.
Personnalités au tempérament parfois qualifié de belliqueux, séditieux, subversif, ILS portent, dans les discours et au travers du langage, les a priori, les représentations, les clichés, les jugements, les regards et les propos-sanctions de certains, par condamnation anticipée, par accès d’impulsivité, par raccourcis empressés, par ignorance, ou par phénomènes-réponses purement réactionnels.

Accoutumés à cette cohorte de qualificatifs à connotation négative, tout autant qu’habitués à ce silence le plus complet concernant leur métier, leur engagement, leurs missions, leurs fonctions, leur travail, ILS s’accommodent, modestement, humblement, placidement, de cette place — ou de son absence — qu’on leur accorde dans l’esprit, l’inconscient collectif, et le cœur de cette société, composée de leurs semblables, dont ILS partagent le statut d’Homme.

Chevaliers Secrets, Invisibles, Méconnus, ILS ont fait de la résistance leur cheval de bataille, portant leur esprit critique en bannière, pourfendant l’air du temps de leur parole tranchante, martelant leurs arguments dans une cadence effrénée, galopant l’épée hors du fourreau, pour servir le sens de leur actions, et signer, de leur présence éloquente, un courage et une témérité rarement inégalés.
Brandissant leur investissement chevaleresque, en qualité de défenseurs des personnes accompagnées, servant leurs intérêts, dans une grande visée d’amélioration de la démarche qualité, et une quête éperdue d’une cohérence et d’une cohésion, de l’ordre du sacré, guidés par leur foi et leur ferveur, dans l’exercice héroïquement banal de leur accompagnement trivial, ILS ennoblissent le monde de leur cœur — de leur courage —, s’érigeant en remparts contre l’égoïsme et l’individualisme.

Chevaliers, à la noblesse de cœur et d’esprit avérée, ILS se veulent gardiens et défenseurs des droits comme des personnes.

Justiciers masqués d’anonymat, Super-Héros costumés de philanthropie, ILS mettent leur identité combative, leur engagement, leur investissement, leur ferveur, leur foi, leur âme, au service des publics accompagnés, coûte que coûte, en toute circonstance, au travers de leur positionnement éducatif, relevant d’un militantisme caractérisé.

Au sein d’Institutions diverses et variées, de Foyers de Vies, d’Accueils ou d’Hébergements, servant l’Aide Sociale à l’Enfance, comme la Maison Départementale des Personnes Handicapées, en structures ou à domicile, par delà les rues, dans les quartiers, dans le vaste champ du social, comme du médico-social, servant la prévention, au service d’une veille sociale prégnante, ils œuvrent, investissant les lieux d’accompagnement de leur présence.
ILS sont là, ILS demeurent, ILS résistent.

Véritables Cerbères et sentinelles à l’affût des incohérences, de l’incongruence et de l’illogisme, qu’ILS dénoncent tout autant qu’ILS combattent, ILS se réclament de toutes les batailles et font face, fièrement, fidèlement, en assurant l’arrière-front. Et, aujourd’hui encore, ILS veillent, ILS luttent, ILS combattent.
Héros du quotidien, du banal, du trivial, des temps jadis, des temps modernes et des temps futurs, voilés d’anonymat et habillés de discrétion, dont le superpouvoir est de passer inaperçu, ILS nourrissent le « sens », de par leur abnégation insondable, leur dévotion incommensurable, leur présence significative.

Dans leur grandeur d’âme infinie, ILS participent de la marche des Hommes, grande, humble, triomphale, accompagnant de leur pas engagé, les parcours au gré des méandres de la vie. Et aujourd’hui encore, et plus que jamais, ILS sont là.
ILS sont là. Bien présents. Et dans leur engagement manifeste et significatif, et, participant de cette grande marche du monde et de l’Humanité, ILS viennent définir, par leurs actes, leurs actions, leur assiduité, leur présence, l’essence même du mot « sens ».

Le sens n’est plus à chercher. Il n’est plus une question, une quête, un Graal sacré… Il est devenu réponse. Le sens…C’est EUX. ILS l’incarnent. ILS en sont la substance, la quintessence.
Parce qu’« Être présent, c’est bien plus qu’être là  » (2), ILS se manifestent dans toute leur conviction, ILS sont là, ILS veillent, ILS guerroient, en étant présents dans les structures, en n’abandonnant pas leur poste, en livrant une bataille rageuse contre l’ennemi invisible, annihilateur d’Humanité, en soutenant le lien social, couronné de solidarité et de bienveillance.
Je veux bien sûr parler d’Eux, de Vous, de Nous : LES TRAVAILLEURS SOCIAUX.

(1) Gineste, Y., Pellissier, J., (2007). Humanitude, Comprendre la vieillesse, prendre soin des hommes vieux (Armand Colin). Paris, France : Hors collection.
(2) Tels sont les propos de Malcolm Forbes.

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22 mars 2020

■ ACTU - COVID-19 : les aides sociales seront versées automatiquement

La solidarité nationale doit se poursuivre, surtout en période épidémique : le Gouvernement annonce que le versement des aides sociales par les Caisses d’allocations familiales (CAF) sera assuré et la continuité des droits garantie.

Tous ceux qui doivent faire maintenant ou prochainement une déclaration trimestrielle de ressources sont encouragés à le faire par internet. Cependant, toute personne dans l’incapacité de renouveler sa déclaration trimestrielle auprès des services des CAF verra le versement des prestations auxquelles elle avait droit jusqu’alors automatiquement renouvelé. Ce dispositif mis en place par les CAF permettra la continuité des droits pour celles et ceux qui en ont besoin.

Sont en particulier ainsi concernés : le revenu de solidarité active (RSA), le revenu de solidarité (RSO) dans les outremers, l’allocation adulte handicapés (AAH), l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH), et l’ensemble des aides sociales versées sous condition de ressource par les CAF. Les aides au logement seront automatiquement maintenues.

Par ailleurs, les droits à l’allocation adulte handicapées (AAH) et à l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) qui arriveraient à échéance seront automatiquement prorogés de six mois.

De la même manière, les droits à la complémentaire santé solidaire et de l’aide au paiement d’une assurance complémentaire de santé dont le bénéfice expirera au cours des prochains mois seront prolongés jusqu’au 1er juillet 2020.

Ces dispositions seront votées en application du Projet de loi d’urgence présenté au Parlement cette semaine.

Les ministres tiennent à remercier l’ensemble des agents des CAF, des Caisses primaires d’assurance maladie et des caisses de Mutualité sociale agricole qui malgré un contexte difficile assurent la continuité du soutien aux Français les plus fragiles.

Julien DENORMANDIE
Ministre auprès de la Ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, chargé de la Ville et du Logement

Sophie CLUZEL
Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée des Personnes handicapées

Christelle DUBOS
Secrétaire d’État auprès du ministre des Solidarités et de la Santé


22 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Faire sortir le plus de patients possibles

Par L. S., assistante sociale hospitalière au sein d’une clinique et d’un centre de réadaptation.
Vendredi 20 mars, 15h30

Depuis la survenue de la pandémie, ma mission a changé : dorénavant, je dois faire sortir le plus vite possible les patients. La raison en est double. Tout d’abord, nous avons la consigne de faire de la place pour les personnes victimes du Covid-19 qui pourraient arriver. Mais, il y a aussi pour les malades présents, le risque de contagion que constitue la vie en collectivité. Leur repas leur sont servis dans les chambres où ils sont confinés. Mais cela ne les met pas à l’abri d’une éventuelle contamination. D’autant que nous n’avons pas de possibilité de dépistage, ce qui majore les risques. Autre conséquence de cette situation, j’ai été contrainte de modifier complètement mon discours qui est à l’inverse de celui que je tenais auparavant. Le travail du service social consistait jusqu’alors à proposer aux familles l’intervention des services d’aide à domicile pour le ménage, pour les courses ou pour l’entretien du linge. Aujourd’hui, la plupart de ces organismes réduisent leurs prestations ou les suppriment carrément pour les personnes les plus autonomes, refusant de prendre de nouveaux patients. Je ne peux donc plus proposer leurs services. Ce que je suis obligée de faire, c’est de solliciter la solidarité familiale : inviter les proches à prendre soin de leur malade ou chercher avec ce dernier, quand il est isolé, la nièce, la cousine ou la partie de la famille la plus éloignée qui pourraient lui venir en aide. La guerre sanitaire incite à s’entraider les uns, les autres. Cela fait naître un sentiment de laissé-pour-compte. Mais, nous n’avons pas le choix. Heureusement, des EHPAD acceptent encore d’accueillir certains patients qui sont dans l’incapacité de retourner vivre seuls chez eux ou qui ne peuvent pas compter sur leur famille. Nous mesurons chaque jour l’importance de notre rôle pour faire sortir le plus possible les personnes hospitalisées. Mais, nous nous rendons compte aussi de la responsabilité que nous prenons par rapport à notre propre famille. Nous ne disposons pas de tenue spécifique, portant les mêmes vêtements au travail et à la maison. Nous travaillons avec des téléphones et ordinateurs professionnels qui ne sont pas régulièrement désinfectés. À tout moment, nous pouvons être exposés au virus et le ramener chez nous.

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22 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Beaucoup de questions … peu de réponses

Par L. M., Éducateur spécialisé en MECS,
Reçu le jeudi 19 mars, 22h09

La particularité de notre collectif au sein d’un dispositif de la protection de l’enfance est d’accueillir sur un petit groupe des ados au profils complexes (notification MDPH Institut médico éducatif/Institut thérapeutique éducatif et pédagogique sans prise en charge médico-sociale puisque ceux-ci la refusent, suspicions de troubles d’ordre psy mais sans prise en charge puisque ceux-ci la refusent, état d’errance psy et physique, déscolarisation, délinquance, addictions, états de fugues...).
Plus de la moitié de nos suivis, du moins sur le collectif, s’effectue à partir du domicile ou là où ils se trouvent puisqu’ils ne supportent pas plus le collectif que le placement en tant que tels.

Nous avons donc un effectif réduit de jeunes sur le collectif, mais ceux-ci précisément m’amènent à partager ces éléments avec vous :

En temps normal, nous mobilisons des moyens internes et partenariaux afin de tenter de faire bouger leurs situations. L’expérience démontre que nous les protégeons malgré eux, malgré la non demande et apprenons à nous en satisfaire (l’éducation spécialisée se situe alors dans cette marge de tolérance, cet impossible pour ces « incasables » pour qui nous sommes actuellement la seule possibilité d’accompagnement social).

Ces jeunes présentent des profils différents mais ont un rapport similaire à l’autorité et le cadre du confinement leur est bien évidemment impossible à tenir.

Actuellement une jeune femme vit la nuit, part du foyer en fin d’après-midi et rentre vers 6h du matin en général, elle fait alors un brin de rangement/ménage, prend un petit déjeuner et se couche pour sa nuit vers 7h30. Nous avons pour consigne de ne pas trop « l’embêter  », de toute façon pas d’école, de dispositif de mobilisation externe, le tout est de continuer à la protéger ! Nous avons pu la rassurer quant aux stocks de tabac mais aussi alimentaires ; reste le message de l’intérêt du confinement qui ne passe pas. Quid du contenu de ses nuits ? Avec qui ? Fait-elle ou ferait-elle partie de ces sujets porteurs sans symptômes ?

Un autre jeune est en réel état d’errance psychologique et physique, il faut qu’il bouge, sorte, vadrouille, nous identifions plus ou moins l’évolution de ses circuits et fréquentations (famille en situation de grande précarité, SDF, jeunes au profil délinquant de type dealer ou voleur de scooters...). Nous lui achetons son tabac, afin de limiter ses dizaines d’aller et venues quotidiens pour « aller taxer une clope  ». Il parvient, pour l’instant, à ne pas trop bouger (en tout cas au jour 2 du confinement, il rentrait à 2h du matin, puisqu’il a aussi sa vie nocturne et ses convocations au commissariat nous donnent des précisions quant à ses activités).

Enfin, une autre jeune qui présenterait plus un profil d’addiction aux écrans la nuit avec troubles du sommeil le jour, nous ne la voyons pas beaucoup en journée puisqu’elle reste dans sa chambre. L’expression de sa problématique en deviendrait même une « qualité » en ces temps de confinement ?

Nous travaillons ensemble à l’année la gestion de nos angoisses quant à leurs situations, nos incapacités à faire mieux, à faire plus pour ces jeunes.

Nous observons que plusieurs collègues sont en arrêt. C’est une réalité à l’année, mais celle-ci est plus prégnante actuellement. Certains m’envoient, en message privé, le mécontentement de devoir poser des jours de congés pour ne pas revenir. D’autres semblent présenter des profils d’âge ou de santé (je n’ai pas à en juger) incompatibles avec l’actualité.
Il reste alors les membres dévoués (ou insouciants ?) présentant des valeurs (ou de la stupidité ?), professionnels jeunes ou expérimentés, qui sont présents au poste. Chacun d’entre nous est membre d’une famille qui nous a élevé (ou parent d’enfants confinés...). Un roulement allégé est établi et la communication avec notre hiérarchie est fluide : priorité à la garde de nos propres enfants avec adaptation des emplois du temps, budgets d’activités d’intérieur : graines à semer, puzzles, jeux de société, même le rétroprojecteur de la salle de réunion est réquisitionné pour des séances vidéo. Ce n’est pas pour autant que les jeunes s’y inscrivent plus qu’en temps ordinaire, nous animons ces activités en espérant les accrocher un peu, quelques minutes, voire plus par ci par là. Du moins nous sommes présents pour animer leur lieu de vie !

Nous disposons bien d’une dizaine de masques que personne ne met, le petit flacon de gel qu’il nous reste ne descend pas vite parce que peu de collègues l’utilisent, le savon un peu plus ! Le nombre de cinq contacts quotidiens, entre collègues, jeunes et nos propres famille est aussi largement dépassé …
Notre direction nous rappelle les consignes de sécurité, nous les avons même placardées un peu partout au foyer !
Qu’en est-il des toux dans le creux du coude ? De la distance d’un mètre minimum dans une maison de type familiale ? Lorsqu’il faut rappeler aux jeunes à chaque nouvelle arrivée d’un éducateur que « Non ! on ne se sert pas la main !  » Des dérogations leur sont distribuées. Mais, comme à l’année, la réponse policière et/ou pénale met toujours autant de temps à s’exprimer.

Nos jeunes auraient presque finalement un peu de « chance » face à cette épidémie puisqu’ils pourraient n’être que porteurs asymptomatiques ? Qu’en est-il de nous, puisque nous apprenons que les cas de covid aggravés ne touchent pas que les plus âgés, le pic de l’épidémie n’est pas à son apogée et que le nombre de lits est déjà saturé.. . Oui, nous allons tous être touchés et oui, ce seront des formes bénignes pour la plupart d’entre nous !

Notre travail, à l’année, de gestion des angoisses et des représentations, nos valeurs et notre mobilisation tant éthique que professionnelle ne nous mettraient-ils pas en danger ? Combien de fois ai-je entendu depuis que je suis éducateur que nous n’allons pas laisser notre peau sur « l’autel du social » ?
J’ai peut-être un SUR MOI un peu trop exigeant mais non, je ne souhaite pas « déserter ». Je souhaite y retourner parce que finalement mon métier prend tout son sens pour ces jeunes qui n’ont d’autre lieu de vie, d’autres adultes « fiables » que nous ?

Nous n’en sommes qu’aux premiers jours de confinement. D’un point de vue clinique nous observerons avec intérêt et dévotion l’évolution de leurs comportements, je reste cependant très inquiet...

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22 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Le soin n’est pas que médical

Par F. G., chef de service en résidence sociale.
Reçu le jeudi 19 mars, 16h21

Nous, travailleurs sociaux, sommes également du personnel soignant. Soignant d’une société qui produit des exclus et d’un monde qui ne tourne plus vraiment rond.
Nous sommes soignants des injustices et des disparités, en soins palliatifs des systèmes qui dysfonctionnent. Nous sommes soignants des fragiles et de ceux qui ont besoin de protection. Nous soignons des enfants, des personnes handicapées, des grands exclus ou des personnes exilées. Comme autant de maux d’une société qui écrit sur le fronton de ses mairies l’égalité et la fraternité, nous soignons pour que chacun puisse y envisager sa place.
Nous n’avons ni gyrophare, ni blouse blanche. Nos services de réanimation s’appellent CHRS, 115, HUDA ou Foyer de l’enfance. Ils sont ouverts 365 jours par an, 24h/24h et accueillent celles et ceux pour qui il est soudainement devenu vital de trouver un abri.
La misère et la détresse ne se confinent pas. Les angoisses et les craintes non plus. Pour respecter les consignes sanitaires, les portes des établissements se ferment mais elles laissent béantes les blessures et les peurs. Elles imposent un huis clos précaire où cohabitent des personnes qui ne sont pas choisies, et restreignent les soupapes que constituent les contacts extérieurs… De soignants, nous devons alors pompiers.
Il y a peu de profession qui puissent se targuer d’un tel engagement de ses acteurs. Le dévouement des soignants dans les hôpitaux – s’il doit être applaudit- ne doit pas éclipser celui des travailleurs sociaux qui chaque jour prennent leur service sans disposer de masques ou de gel hydroalcoolique. Qui chaque jour mettent leurs angoisses personnelles en sourdine pour pouvoir recevoir et accompagner celles des autres. Qui chaque jour s’exposent dans la promiscuité des institutions sans pont aérien ni institution de campagne. Qui au nom de la continuité des missions qui leur sont confiées ne regardent ni leurs heures, ni leurs congés et font preuve d’une solidarité exemplaire au sein des équipes ...
Je suis fier aujourd’hui de faire partie de cette profession. Fier de l’abnégation qu’elle représente et de la vision fraternelle de la société qu’elle véhicule. Fier de mes collègues qui se battent au quotidien pour offrir le meilleur dans les conditions les pires.

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21 mars 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Les uns partent brutalement, les autres restent

Par C. B, monitrice éducatrice dans un service d’urgence
Reçu le jeudi 19 mars 12h18.
Le jour de l’annonce du président, je suis chez moi devant mon écran, avec ma famille. L’annonce tombe : fermeture de toutes les structures scolaires. Bon, je sens que mes prochains jours de boulot vont être sympas, me dis-je avec humour. Je travaille ce week-end, mais, à part les restrictions concernant les sorties de loisirs, nous ne pouvons que faire des pronostics sur notre avenir proche et celui des enfants, toujours avec humour.
Nous travaillons habituellement à trois adultes pour sept enfants âgés entre 3 et 10 ans (maitresse de maison et éducateurs). Dès le vendredi matin, toutes les visites médiatisées et rendez-vous médicaux sont annulés. Tous les Centres médicopsychologiques et Centres d’Action Médico-Sociale Précoce ferment. Un smartphone nous a été donné pour les appels en visio avec les parents « si besoin ».
Sur le foyer d’urgence, nous sommes beaucoup trop de professionnel, au vu des consignes annoncées. Il faut épurer, et vite, apparemment. Nous n’avons pas toutes les informations mais nous avons tous compris que la situation est grave. Nous avançons heure par heure et la suite va être longue et difficile pour tous.
Lundi soir, nous sommes trois éducateurs pour cinq jeunes. Nous sommes trois car deux des enfants présents sur l’urgence ont un accompagnement bien particulier dû à leur handicap. D’après notre direction, c’est encore trop, beaucoup trop d’adultes.
En 48 H, c’est à dire entre le lundi matin 8h et le mardi soir 18h, nous forçons le départ de trois enfants, le mot exact serait « éjection ». Car, alors que nos bases éducatives nous imposent une réflexion autour du travail de séparation, le risque de propagation du virus, lui, nous impose un balayage des pratiques éducatives au profit d’un nettoyage sanitaire.
Sans équivoque, « Claire » doit quitter le foyer d’urgence pour une MECS, un départ, en urgence et définitif après huit mois ici, balayés en 1h30. Nous rangeons ses affaires dans des sacs de course, emballons un cadeau en vitesse, vite un bisou et au revoir… De toute façon, notre avis a peu d’importance, au vu des consignes sanitaire qui nous ont été données. Nous savons tous que « nous n’avons pas le choix ». Puis une fratrie est à son tour renvoyée chez sa mère en une heure. Les enfants, eux, étaient ravis, car la juge avait ordonné un placement à domicile. Mais, pour cette famille, tout le travail repartira de zéro.
Finalement, nous, éducateurs, tentons de chercher le moins pire dans le pire. Ces départs sont positifs pour les jeunes, ils sont juste « mal faits, trop rapides et non travaillés ». Quelles seront les conséquences de ces séparations brutales pour ces enfants ont 4, 5 et 7 ans ? Quelles vont être les effets sur ces familles à l’équilibre déjà fragile ? Et pire, que montrons-nous à ces enfants ?
Le cas de « Marc », 9 ans : mi-temps en Institut thérapeutique éducatif et pédagogique (ITEP)/ /hôpital de jour et mi-temps en Foyer d’urgence/Maison d’enfants à caractère social. On travaille la sortie de cet enfant depuis des mois. Le lundi matin, nous recevons un appel de tous les professionnels qui prennent en charge le jeune : ils ferment tous leur porte, ce dernier devant rester confiné ici sur l’urgence. L’ITEP compatit et propose un soutien mais les consignes sanitaires sont strictes : pas de circulation des personnes en dehors de son « habitation ». Ils ne peuvent qu’appeler.
Notre question : comment allons prendre soin de cet enfant qui a besoin de circuler pour ne pas exploser ? Marc nécessite à lui tout seul un éducateur en plus sur le groupe. Mais il est inconcevable d’être trois pour quatre enfants au regard de la situation actuelle. Nous sommes dans une impasse : protéger les professionnels d’un risque sanitaire grave ou protéger cet enfant et le groupe de son mal être ? Quelle est la solution la moins pire ?
Je parle de lui mais les quatre enfants qui restent sur le service d’urgence ont bien compris ce qui se passe pour eux : ils n’ont pas le droit de sortir, ni d’aller à l’école, ni de voir leur famille. Ils doivent rester avec leurs éducateurs. « Pourquoi les autres enfants sont partis et pas eux », demandent-ils ?
Nous leur répondons que c’est comme ça et que les chefs en ont décidé ainsi. Nous tentons de les rassurer, en leur disant que nous allons quand même nous amuser ensemble pendant ces « petite vacances » …
Et bien sûr le service d’urgence reste ouvert 24h/24H et 7 jours sur 7… des entrées sont donc à prévoir car nous n’avons plus que quatre jeunes et nous avons de la place.

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