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25 octobre 2016

Discriminations : l’origine, facteur de non-emploi

Une enquête menée auprès de 760 personnes d’origine étrangère par le Défenseur des droits montre que 60 % des répondants ont « souvent » ou « très souvent » dû faire face à des discriminations sur le marché du travail. Déjà démontrée par de nombreuses études, cette discrimination liée à l’origine est étayée dans le document par de nombreux témoignages, comme celui de cette femme studieuse de 25 ans : « Aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à trouver un emploi quand d’autres de ma promotion, moins sérieux, qui ont eu des problèmes avec leurs entreprises, souvent absents aux cours et qui s’en sont sorti avec tout juste la moyenne, ont trouvé un emploi ». Après l’origine, le prénom et nom de famille représentent le deuxième critère le plus discriminant, devant la couleur de peau et les convictions religieuses, essentiellement la religion musulmane. Dans quatre cas sur dix, faire état d’un de ces éléments lors du premier contact avec un recruteur engendre une discrimination, pouvant se solder par un refus d’entretien. Mais seules 8 % des personnes entament des démarches pour faire reconnaître leurs droits, la grande majorité faisant preuve d’un « certain fatalisme » face à ces différences de traitement. Autres conséquences : la démotivation et la perte de confiance en soi, l’acceptation du déclassement avec des postes moins qualifiés et l’envie de s’expatrier pour les plus qualifiés. Un autre rapport publié le 20 septembre par France Stratégie sur le coût des discriminations sur le marché du travail montre que les femmes d’origine étrangère sont fortement pénalisées, que les entreprises sous-utilisent « des potentiels humains élevés » et que les discriminations nuisent globalement à l’économie et aux finances publiques.


24 octobre 2016

Contrats aidés : les associations montent au créneau

« Le gouvernement a mis en place une politique économique visant à lutter contre le chômage par la baisse du coût du travail et l’accès à la formation. Les effets de ces mesures ne seront pas immédiats. En revanche, les contrats aidés permettent à des personnes peu qualifiées d’occuper tout de suite un emploi. » Dans un communiqué commun, six associations d’insertion et de lutte contre l’exclusion (FNARS, Emmaüs France, UNML, MNCP, Coorace, APF) rappellent les fondamentaux de l’insertion par l’activité économique, pour répondre au récent rapport de la Cour des comptes sur « l’accès des jeunes à l’emploi ».

Un document qui dénonce des aides trop nombreuses, des résultats décevants, une surabondance d’intervenants, des cibles trop rarement atteintes… et préconise de réduire le nombre et la durée des contrats aidés dans le secteur non marchand (associations et collectivités).

L’accompagnement comme condition de réussite

Vice-présidente du Coorace, fédération d’entreprises et d’associations engagées dans l’économie sociale et solidaire, Françoise Leroy reconnaît les écueils potentiels des contrats aidés. « Un contrat aidé n’a d’intérêt que s’il est accompagné pour mettre en place un parcours d’insertion et de formation, ce qui nécessite du temps. Sinon, c’est juste de la main d’œuvre pas cher et on fait naitre de faux espoirs. »

À Besançon, son groupement d’économie solidaire expérimente cet outil au quotidien. « Ils permettent pour les salariés les plus éloignés de l’emploi d’acquérir de l’expérience, de retrouver une dynamique, de se projeter et d’organiser le retour à la vie active. Du côté des employeurs, ils peuvent permettre d’amorcer un projet, et si ça fonctionne, de créer de vrais emplois » défend-elle. Ce qui ne serait pas un luxe…


21 octobre 2016

Jeunes majeurs : un pécule versé à leur majorité

Trop souvent laissé dans l’angle mort des politiques de protection de l’enfance, les jeunes majeurs vont désormais pouvoir bénéficier d’un versement financier à leur majorité. Un décret publié le 12 octobre met en application un article de la nouvelle loi du 14 mars 2016, qui vise à bloquer sur un compte géré par la Caisse des Dépôts chaque allocation de rentrée scolaire (ARS) de l’enfant placé. À sa majorité, le jeune se verra attribuer cette somme.

Jusqu’à présent, même en cas de placement, cette allocation continuait à être versée par la CAF aux parents, sans être systématiquement dépensée pour l’enfant. En apparence légitime et juste, cette mesure suscite toutefois quelques craintes auprès des professionnels et des personnes qui accompagnent ces jeunes.

Une chance et... un risque

Certains redoutent d’abord qu’en perdant l’ARS, les parents se désinvestissent davantage de leur responsabilité éducative, qu’il faut toujours chercher à renforcer.

D’autres, comme le rapporte une note d’information de l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE) relative à la loi du 14 mars, craignent « une diminution de l’aide financière au jeune devenu majeur, au motif de l’existence du pécule ». Un risque réel, alors que de nombreux départements cherchant à faire des économies se désengagent de l’accompagnement des jeunes majeurs.


19 octobre 2016

Les sénateurs ne dorment pas : ils réfléchissent au revenu "de base"

L’idée d’instaurer un revenu de base, permettant à chaque individu de bénéficier d’un socle de protection minimale, fait son chemin. Un rapport d’information sur l’intérêt et les « formes possibles » de ce concept a été publié ce matin par des sénateurs, qui invitent les départements à lancer une expérimentation sur 20 000 à 30 000 personnes pendant trois ans.

Le département de la Gironde et la région Nouvelle Aquitaine se sont déjà emparés du sujet. Jean-Luc Gleyze, président (PS) du Conseil départemental vient de lancer une étude préalable à la mise en place de ce dispositif. Du scénario minimaliste – un regroupement du RSA et des APL – à la création d’un revenu de 1 000 euros par personne, quatre possibilités sont explorées. Les résultats de la recherche confiée à la Fondation Jean-Jaurès, au Centre pour la recherche économique et à l’Institut des politiques publiques devraient être connus en février 2017.

Au Conseil régional, l’élue des Verts déléguée à l’innovation sociale et sociétale, Martine Alcorta, milite elle aussi pour la mise en place d’un test sur le revenu universel. Une recherche-action menée en concertation avec des élus, des universitaires et la société civile devrait aboutir en juin 2017, avec une expérimentation espérée dans la foulée.


18 octobre 2016

La prèv’ dans l’hémicycle

La mission d’information parlementaire sur l’avenir de la prévention spécialisée, constituée en juin, a poursuivi en septembre ses auditions de représentants professionnels, sociologues, acteurs de terrain et cadres institutionnels.

Le contexte est sombre – de nombreux départements se désengagent, entraînant la fermeture des services – et l’avenir très incertain, en raison de la situation financière des collectivités locales. D’où la nécessité de rappeler l’intérêt de la prév’ sur les territoires. « J’ai fait part de la nécessité de transformer la prévention spécialisée en action obligatoire des conseils départementaux, au même titre que l’aide sociale à l’enfance, et de renouveler les textes-cadres nationaux qui datent des années soixante-dix, relate Laurent Mucchielli, sociologue. J’ai aussi alerté sur les modes d’organisation des structures, qui fonctionnent mieux quand elles sont de grande taille ».

Alexis Coutin, éducateur spécialisé dans la Drôme et défenseur de la prév’, s’interroge : « les auditions vont toutes dans le même sens, mais pour quel résultat ? De nombreuses structures ferment et cela n’intéresse que très peu. Et le débat se focalise sur les quartiers urbains, or on a aussi grandement besoin de prévention spécialisée en zone rurale ».
Un rapport doit être remis fin décembre.


17 octobre 2016

Journée du refus de la misère 2.0 : Zorro en invité d’honneur

« Ils ne paient pas d’impôts ! » « Ils sont à la rue par choix ! » « Ils gagnent plus sans travailler ! » La trentième journée du refus de la misère se veut un moment fort pour contrer les discours stigmatisant envers la population la plus précaire, souvent considérée comme assistée.

ATD Quart Monde lance donc un outil sur Twitter pour combattre en direct cette pollution des débats. Le compte @zorroclichés complète le manuel « En finir avec les idées reçues sur les pauvres et la pauvreté » dont ATD Quart Monde vient de publier la 3ème édition. Le principe est simple : si une personne affirme par exemple « les pauvres sont des fraudeurs », il suffit d’envoyer cette phrase à @zorroclichés pour obtenir un lien vers une information factuelle sur le sujet.

L’idée de cet outil est née lors de l’événement Hack la misère qui avait rassemblé une quarantaine de blogueurs, graphistes, développeurs, designers et vidéastes en mars 2015. Simplon.co, école de code s’adressant prioritairement aux personnes éloignées de l’emploi, avait hébergé cette rencontre, puis finalisé cet outil.


14 octobre 2016

Cris du silence, écrits de vérité : rendez-vous littéraire

C’est un sujet encore tabou : les violences et maltraitances subies par les femmes handicapées. Parce que quatre femmes sur cinq seraient concernées, l’association Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir (FDFA), milite pour porter ce sujet sur la place publique et accompagne ces femmes grâce à une cellule d’écoute.
Elle organise demain à Paris sa cinquième manifestation littéraire, Feuilles d’automne, intitulée cette année Cris du silence, écrits de vérité et qui réunira de nombreux écrivains en situation de handicap ou écrivant sur le handicap. Maudy Piot, présidente de FDFA, expliquait jeudi sur Vivre FM, la radio du handicap : « On crie nos violences et on ne nous entend pas. Nous souhaitons que les écrivains, par leurs écrits, portent notre parole car nous, les femmes, nous ne sommes pas réellement visibles. Le handicap dérange et les violences aussi ».
Victimes « inaudibles » et « invisibles » mais aussi « citoyennes en lutte pour être enfin entendues », sans oublier les hommes écrivant sur ces thématiques, présenteront et dédicaceront leurs ouvrages.
Plus d’infos


13 octobre 2016

Handicap psychique : le rétablissement en débat à Lyon et Marseille


« Nous faisions du rétablissement depuis 40 ans, mais sans le savoir ». Responsable de communication à l’association Messidor, Corinne Mourier résume ainsi le choix du thème des assises qui se déroulent aujourd’hui à Lyon : « Handicap psychique et travail, une voie de rétablissement ».
Créée en 1975, cette association d’insertion par l’activité économique est l’une des pionnières en France de l’emploi accompagné des personnes handicapées psychiques. S’appuyant sur cette expérience, elle mène depuis 2012 une recherche pour évaluer sa méthodologie. Un éclairage scientifique qui a permis de donner un nom à sa pratique d’accompagnement professionnel : le rétablissement. Les résultats de cette recherche seront dévoilés lors des assises.

Aller vers le rétablissement

Si le rétablissement est développé depuis les années 70 aux États-Unis et au Canada, ses outils émergent en France, mais restent méconnus : Housing et Working first, médiateurs de santé pairs... À Marseille, l’Association Solidarité Réhabilitation, présidée par le Professeur Lançon, organise aujourd’hui et demain, 13 et 14 octobre, son 4ème Congrès de Réhabilitation Psychosociale.
Cet accompagnement vise le retour des personnes souffrant de troubles psychiques, vers la responsabilité de leur vie et vers une place de citoyen plus entièrement assumée. Autour du thème central de l’innovation en réhabilitation, ces deux journées permettront aux professionnels d’échanger et de questionner cette pratique de soins et les concepts qui lui sont attachés.
Programme des assises de Lyon le 13 octobre
Programme du congrès de Marseille les 13 et 14 octobre


12 octobre 2016

Une semaine dédiée aux accueils de jours


Prendre un café, une douche, accéder à une laverie, être écouté, venir chercher son courrier, pouvoir « se poser » : voilà, entre autres, ce que permettent les accueils de jour aux personnes en situation de grande précarité. Parce qu’ils jouent « un rôle déterminant dans l’accueil et l’accompagnement des personnes les plus en difficulté », la Fnars et la Fondation Abbé Pierre leur consacrent une semaine spéciale du 13 au 20 octobre, avec des événements dans chaque structure : portes-ouvertes, expositions, débats, forums, repas partagés.
En clôture de cette semaine, un colloque national intitulé Exclusion, pauvreté, invisibilité : quels défis pour les accueils de jour ? se tiendra au Forum des Images à Paris le 20 octobre.

Pour les associations, il s’agit d’une « première étape » avant de continuer à « s’inviter dans le débat public à l’occasion de la campagne présidentielle, afin que le combat contre la pauvreté devienne la priorité de tous ».
Plus d’infos sur www.fnars.org


11 octobre 2016

Consommation à moindre risque : la première salle inaugurée à Paris

Il aura fallu une loi et vingt ans de débats houleux pour permettre l’inauguration, aujourd’hui, de la première salle de consommation à moindre risque (SCMR). Adossé à l’hôpital Lariboisière dans le 10e arrondissement de Paris, cet espace de 430m2 géré par le CAARUD Gaia va permettre aux usagers de stupéfiants de consommer les produits qu’ils ont déjà en leur possession, sous la supervision d’un personnel qualifié.

Ouvert 7 jours sur 7 l’après-midi jusqu’en début de soirée, encadré par deux moniteurs éducateurs, deux éducateurs et un infirmier, ce lieu prévoit l’accueil d’une centaine de personnes par jour. Anonyme et gratuite, l’inscription fait l’objet d’un premier entretien et d’un contrat de bonne utilisation du dispositif. Ensuite, l’accès à un suivi médical et social est facilité. L’objectif est de réduire la mortalité, la morbidité, l’exclusion sociale et les troubles à l’ordre public liés à la consommation de drogues en espace urbain.

Stade expérimental

Pour calmer les protestations de certains riverains, l’association fondée en 2005 par Médecins du Monde s’engage également à gérer l’extérieur de la SCMR. Elle va organiser des maraudes quotidiennes dans les environs, réaliser un travail de responsabilisation auprès des usagers, et mettre à disposition des riverains une ligne téléphonique. Autorisée par la « loi de modernisation du système de santé » du 26 janvier 2016, l’expérimentation est programmée pour une durée de 6 ans.
À Paris, la salle ouvre au public vendredi 14 octobre, et une deuxième SCMR ouvrira à Strasbourg en novembre.