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26 février 2019

Étudiants éducateurs • Une baisse inquiétante

En 2017, 13 900 étudiants étaient inscrits dans l’un des 85 établissements dispensant une formation d’éducateur spécialisé de l’Hexagone, dont 4 300 en première année. Nombre de diplômés cette même années : 4 100.

Moins 10 %

Le recul est très net, de l’ordre de 10 % en cinq ans, « ce qui s’explique en partie », indique la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) « par le recul du nombre d’inscrits en première année depuis plusieurs années ». Les étudiants, précise encore la DREES, sont nettement plus jeunes que ceux des autres formations sociales (23 ans versus 31 ans). Si 77 % des étudiant·es de première année sont des femmes, celles-ci sont néanmoins moins nombreuses que dans l’ensemble des formations sociales (84 %).

Dégradation progressive

Jean-Marie Vauchez, Président de l’Organisation nationale des éducateurs spécialisés (ONES) n’est pas surpris de ce constat, cette baisse étant pressentie, et progressivement constatée, depuis plusieurs années.
Il avance plusieurs explications : l’image de l’éducateur s’est dégradée au fil des ans, passant d’une définition positive, engagée dans l’humain, à une définition plus sévère, assujettie au pouvoir, peu formée, éventuellement maltraitante (dont véhiculée par la télé) ; la reconnaissance salariale n’est pas au rendez-vous ; enfin, l’évolution de l’éducateur spécialisé se réduit aujourd’hui à une fonction de coordination, loin du cœur de métier…


Pour aller plus loin


19 février 2019

Ordonnance 1945 • Primauté du répressif

L’anniversaire de l’ordonnance du 2 février 1945 sur la primauté de l’éducatif sur le répressif a encore cette année donné lieu à un vaste mouvement de protestation. Plusieurs syndicats de travailleurs sociaux et de magistrats ont manifesté – dans la rue – leur opposition aux nouveaux centres fermés et établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) qui, selon eux, impose « en catimini une réforme de l’ordonnance de 1945 et du code de la justice pénale pour mineurs ».

Enfant ≠ adulte

De nouveau, ils ont contesté « cette logique sécuritaire qui aligne dangereusement la justice des enfants sur celle des adultes ». Modifiée à de nombreuses reprises depuis vingt ans, ce texte de loi emblématique est devenu instrument politique. À tel point que le Défenseur des droits, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté et la CNCDH déplorent aussi ce durcissement.

Philosophie

La justice des mineurs a besoin de moyens, de temps et de bienveillance, mettant en avant un principe : un jeune poursuivi pour un acte de délinquance est avant tout un enfant en danger et ne peut en aucun cas être réduit à son passage à l’acte. Signée de nombreuses personnalités de tous bords, une tribune intitulée La Justice des enfants et des adolescent.e.s en question, publiée dans Le Monde mi février, exhorte l’exécutif à « revenir à la philosophie générale du texte d’origine ».


15 février 2019

Film • Tranches de vie en IME

Dans la terrible jungle, documentaire de Caroline Cappelle et Ombline Ley. Avec Ophélie Lefebvre, Léa Lenoir, Médéric Sergott. 1h30.
Présenté au Festival de Cannes dans le cadre de la sélection de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (Acid).
Sortie le 13 février.

Touchant, burlesque, poétique, Dans la terrible jungle dévoile, entre documentaire et fiction, la vie quotidienne de quinze adolescents déficients visuels multi handicapés qui vivent à l’Institut médico-éducatif La pépinière à Loos (Nord). Deux jeunes cinéastes ont posé leur caméra dans son grand domaine arboré. Les jeunes héros chantent, dansent, travaillent dans les ateliers horticulture, espaces verts, conditionnement, etc. Le film nous fait partager les confidences en duo sur l’amour, les fringues et l’avenir qui doit composer avec le handicap ; des répétitions du groupe de musique en salle ou dans l’herbe particulièrement savoureuses ; un débat franc sur la vie collective avec les éducateurs. Il nous montre aussi une impressionnante crise d’angoisse de Gaël cadrée et accompagnée par Eric Glorieux, moniteur de l’atelier Espaces verts. La musique est omniprésente : Hugo chante Toujours debout de Renaud, accompagnée par Ophélie aux percussions sur un sac plastique flottant au vent. Dans l’eau de la piscine, elle entonne La femme chocolat d’Olivia Ruiz, battant la mesure avec ses jambes comme une sirène rock. Méderic lit une histoire inventée, assis sur son fauteuil roulant électrique au milieu d’un sentier. Les héros sont parfois vêtus en costume de Barman. Le spectateur démêle difficilement le réel et la fiction.

Sept adolescents et quatre professionnels ont participé au festival de Cannes en 2018, reçu une standing ovation du public et des professionnels. « Lors d’un cocktail, ils discutaient avec les gens du métier, comme des acteurs et non comme des personnes handicapées, évoque Richard Huet, cadre de direction. Une véritable valorisation des rôles sociaux, concept québécois qui nous tient à cœur. »


23 janvier 2019

Mineurs isolés étrangers : la Croix-Rouge interpellée

Un collectif d’ONG et d’associations a adressé à Libération et à Lien Social une lettre ouverte au Président de la Croix-Rouge, critiquant sévèrement ses pratiques en matière d’accueil à Paris des mineurs isolés étrangers.
Nous vous la livrons ci-dessous :

" Monsieur le président,

Nous tenons à vous alerter sur la situation critique des mineurs isolés étrangers à Paris. Nous, associations et bénévoles présents sur le terrain, sommes les témoins quotidiens de situations intolérables tant sur les plans humain, médical et juridique. Nous constatons chaque jour des conditions d’accueil et d’évaluation contrevenant à la réglementation française, aux recommandations du Défenseur des droits et aux principes internationaux régissant les droits de l’enfant. Ces observations concernent le dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers (Demie), dont la gestion a été confiée à la Croix-Rouge française par la mairie de Paris. Les dysfonctionnements de ce service sont la source de souffrances qui s’ajoutent aux parcours chaotiques de ces jeunes en demande de protection.

Humanité, impartialité, indépendance et neutralité, ces principes fondent l’action de la Croix-Rouge. Pourtant, à Paris, nous constatons un écart considérable entre ces principes et la pratique de vos services en matière d’accueil des mineurs isolés.

Vous avez dit « humanité » ?

Ce principe, qui vise à alléger les souffrances, est certainement le plus important d’entre tous. Mais où est l’humanité quand des mineurs passés par le Demie se retrouvent sans aucune aide ? Les mineurs isolés doivent bénéficier du même traitement que les autres mineurs en situation de danger et en particulier d’un hébergement, d’un accès à la santé et à la scolarisation.

En pratique, nous constatons qu’entre la date de son évaluation par le Demie et la date de la décision de placement du juge des enfants, un mineur isolé peut passer entre deux et dix-huit mois à la rue. Pour ces adolescents, ces mois perdus ont des conséquences catastrophiques (traumatismes, retard de scolarisation, perte de chance de régularisation, etc.).

En 2017, l’antenne des mineurs du barreau de Paris a recensé 509 cas de jeunes qui se sont adressés au Demie et qui n’ont pu accéder à la procédure d’évaluation ni obtenir de mise à l’abri. De son côté, sur la même période, la permanence interassociative de l’Adjie (Accompagnement et Défense des jeunes isolés étrangers) a également comptabilisé 221 cas de refus d’accès. Ces adolescents, vous le savez, ne peuvent accéder au dispositif d’hébergement d’urgence réservé aux adultes. Seuls des collectifs de bénévoles et des particuliers leur viennent parfois en aide.

À titre d’exemple, l’association Paris d’Exil a fourni, en deux ans, 21 600 nuitées dans son réseau d’hébergeurs solidaires, pour des jeunes qui, pour près de la moitié d’entre eux, seront, quelques mois plus tard, reconnus mineurs et protégés par le juge des enfants. L’association Médecins sans frontières a quant à elle mis à l’abri plus de 800 jeunes dans les six premiers mois de 2018. Alors qu’en France et partout dans le monde, votre institution soutient des personnes vulnérables, comment la Croix-Rouge française peut-elle participer à un dispositif qui laisse tant de jeunes à la rue sans protection ?

Vous avez dit « impartialité » ?

Vos services se contentent souvent d’une gestion routinière des flux et des arrivées en dénaturant entièrement les textes sur la protection de l’enfance. De nombreux jeunes que nous suivons témoignent ainsi de pratiques arbitraires du Demie : refus d’évaluation purs et simples, entretiens sommaires, questions déstabilisantes, remise en cause de la validité des documents présentés, absence d’interprètes, etc.

Avec des entretiens de moins de trente minutes, menés par un seul évaluateur dont l’avis repose essentiellement sur l’apparence physique du jeune, est-il possible de soutenir sérieusement que les évaluations réalisées par le Demie sont « empreintes de neutralité et de bienveillance » comme l’exige la réglementation ? Par ailleurs, si la décision finale revient aux services du département, vous ne pouvez ignorer que les rapports d’évaluation du Demie débouchent le plus souvent sur des refus impersonnels et stéréotypés.

Vous avez dit « indépendance et neutralité » ?

En acceptant une délégation de service public pour réaliser des évaluations, votre institution est devenue un prestataire de la collectivité parisienne, sans questionner le bien-fondé de sa politique en matière d’accueil des mineurs isolés et les conditions d’exercice de cette mission. Manifestement, la collectivité parisienne n’a pas mis à disposition du Demie des moyens suffisants pour proposer à tous les mineurs qui se présentent des conditions d’accueil et d’évaluation conformes à la réglementation, aux recommandations du Défenseur des droits et aux principes internationaux régissant les droits de l’enfant (mise à l’abri systématique, temps de répit avant évaluation, entretiens multiples et approfondis, dépistage des traumatismes, etc.), mais pourtant, vous avez accepté cette mission. Dans ces conditions, peut-on encore véritablement parler d’indépendance et de neutralité de la Croix-Rouge française ?

Vous ne devez plus servir de caution

À partir d’observations menées pendant plusieurs mois début 2018, l’ONG Human Rights Watch est arrivée à la conclusion que « le traitement réservé à de nombreux mineurs non accompagnés à Paris, qui cherchent à obtenir la confirmation de leur statut, est arbitraire, nie leur droit à être entendus équitablement et ne respecte pas l’obligation de donner la priorité à l’intérêt supérieur de l’enfant ».

Elle considère en particulier que « leur droit à vivre dans la dignité et à bénéficier, en tant qu’enfants, d’une protection et d’une assistance spécifiques, parmi d’autres droits, est fragilisé ou bafoué ». Ce constat accablant fait suite à beaucoup d’autres, notamment du Défenseur des droits qui a émis de sévères critiques à l’égard de la politique parisienne relative à l’accueil des mineurs isolés.

Manifestement, l’engagement de la Croix-Rouge française dans le dispositif parisien - à la suite de l’association France terre d’asile, qui avait essuyé les mêmes critiques - n’a pas permis d’améliorer sensiblement la situation ni même de limiter les atteintes les plus graves aux droits de ces enfants. Dans ce contexte, il nous semble urgent que la Croix-Rouge française mette ses pratiques en accord avec ses principes fondamentaux ou, au contraire, qu’elle cesse de cautionner par sa présence ce dispositif inique et qu’elle renonce à y participer.

En espérant que vous saurez nous entendre, et dans l’attente d’une réponse, veuillez agréer, monsieur le président, nos salutations distinguées. "

Premiers signataires :
Admie (Association pour la Défense des Mineurs Isolés Étrangers), ADDE (Avocats pour la Défense des Droits des Étrangers), Association Encrages Baam (Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants), Collectif les Midis du MIE, CGT Croix-Rouge française, CGT Aide sociale à l’enfance Paris, CPMJIE (Collectif Parisien pour la Protection des Jeunes et Mineurs Isolés Étrangers), Défense des enfants international (DEI-France), Fasti (Fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleur·euse·s immigré·e·s), Enfants Venus d’Ailleurs (EVA), Fédération de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture-CGT, Gisti (Groupe d’Information et de soutien des immigré·e·s), LDH Paris 18 (Ligue des Droits de l’Homme 18e arrdt), LDH Paris 5/13 ( Ligue des Droits de l’Homme 5e et 13e arrdt), Mrap (Mouvement contre le Racisme et l’Amitié entre les Peuples), Mrap fédération Paris, Médecins Sans Frontières, Médecins du Monde, Paris d’Exil, Syndicat Sud Croix-Rouge française, Syndicat National des personnels de l’éducation et du social 75 (snpes-pjj/fsu 75), Timmy, Utopia 56, RESF (Réseau Éducation Sans Frontières), SAJE (Soutien et Accompagnement des Jeunes Étrangers)


17 janvier 2019

Un documentaire "accablant" ? Consternant surtout.

Comment réagit un praticien de la protection de l’enfance, spectateur de la soirée diffusée hier soir sur l’ASE par France 3 et promettant d’être "accablant" ? Ce travail journalistique comporte en premier lieu de grossières erreurs : des familles d’accueil qui ne bénéficieraient d’aucune formation (alors que le Diplôme d’état d’assistant familial existe …depuis 2006 !) ou des enfants placés à qui l’on refuserait l’adoption (alors que ce n’est possible … qu’après accord préalable parental).

Généralisation facile

Puis, vient cette surévaluation des dysfonctionnements : aussi insupportable soit-elle, la proportion des 177.000 enfants placés victimes de maltraitance reste à établir. Sans oublier l’effet pervers de généralisation. Si certains magistrats n’écoutent effectivement pas l’enfant, beaucoup le reçoivent en début d’audience, seul, avant sa famille et les travailleurs sociaux.

Si certaines ASE jettent parfois les jeunes à la rue à 18 ans, bien d’autres les accompagnent jusqu’à leurs 21 ans. Si certaines familles d’accueil continuent scandaleusement à exercer malgré leur condamnation pour maltraitance, celles qui dérapent se voient le plus souvent suspendues dès la première suspicion.

Une réalité financière, certes...

Mais cette émission renvoie néanmoins crûment aux réalités de terrain : pénurie de places dans les foyers, sous-dimensionnement des équipes d’internat, familles d’accueil insuffisamment soutenues, hébergements en hôtel compensant le manque de structures adaptées, pléthore des quarante mesures suivies par le professionnel, pathologies psychiatriques non soignées par un hôpital lui-même en surcharge, cohabitation des agresseurs et victimes par manque de solutions relais, pénurie d’intervenants qualifiés dans les établissements aux conditions les plus dégradées…

Alertes répétées

Les professionnels ne cessent d’alerter et de dénoncer ces dérives, mais leur voix pèse peu face au dogme de la réduction des dépenses sociales. Ils se sont engagés pour protéger l’enfant, mais se retrouvent à cautionner les maltraitances institutionnelles. Que faire, quand rien ne change : démissionner ou se résigner ?
Autre piste : rester mobilisé, continuer de protéger l’Enfance, croire en nos métiers... Malgré tout.


PS : suite à la publication de notre chronique, nous avons reçu cette réaction, via Twitter : « Votre papier comporte de grossières erreurs !!!
1) L’obtention d’un agrément n’est pas conditionnée à l’obtention du diplôme d’état.
2) L’adoption est possible et facilité depuis 2016 grâce la procédure de déclaration de délaissement parental. »

Voici la réponse de Lien Social :

Ce Monsieur a tort sur le premier point et raison sur le second.
Tort sur la première remarque parce que mon papier n’évoque à aucun moment l’obligation du diplôme d’état pour avoir l’agrément. Il contredit simplement l’affirmation selon laquelle les familles d’accueil ne bénéficieraient d’aucune formation. Le diplôme permet simplement de bénéficier du renouvellement automatique de l’agrément qui est autrement revue tous les cinq ans
Effectivement, la procédure judiciaire de délaissement parental favorise l’adoption, à condition toutefois que l’ASE présente les preuves comme quoi tout le soutien éducatif a pu être apporté aux parents, pour éviter ce délaissement.


7 janvier 2019

2019, année électrique

Vous avez aimé le printemps 1968 ? Vous allez adorer l’hiver 2019.

Au RSA, Léo doit se contenter d’un reste à vivre de 3 € par jour. Karima se prive de repas pour permettre à sa fille de 5 ans de s’alimenter. Il fait 12° au domicile de cette famille qui n’a pas les moyens de se chauffer. « Aucune cause ne justifie de telles violences » a réagi notre Président. Mais ce n’était pas de cette violence-là, invisible et quotidienne, dont il parlait. Non, c’était à propos de celle des damnés qui ont mis le feu aux symboles de la richesse, de l’opulence et du luxe dans les quartiers huppés de la capitale en décembre. Humiliés, méprisés et avilis, ils ont « traversé la rue » pour exprimer leur rage et leur colère.

Depuis quarante ans, les gouvernements successifs cherchent à rendre notre pays attractif aux capitaux circulant à travers le monde à la recherche des meilleurs profits : réduction des impôts pour les plus riches, diminution des charges pour les employeurs, généreuses subventions aux investisseurs. Il faut bien que quelqu’un paie. Ce sont les dépenses sociales qu’il faut réduire !

Willie est maltraité par son beau-père. Le juge a décidé de le retirer de sa famille. L’ASE n’a à lui proposer qu’un « placement à domicile ». Elle a fermé ses foyers, pour faire des économies. Youssouf vient juste d’avoir 18 ans. Mineur non accompagné, son accueil vient de s’arrêter. Ses éducateurs, l’indignation au cœur, le voient s’éloigner sans aucune solution que la rue. Le 115 refuse une nouvelle fois à Karim de dormir au chaud cette nuit : plus de place. Marina est autiste. Sa maman a été contrainte d’arrêter de travailler pour la garder les six demi-journées où elle n’est pas prise en charge dans cet hôpital de jour saturé.

Non, la violence n’est pas la bonne solution. Non, les dégradations ne sont pas la bonne réponse. Non, l’émeute n’est pas la bonne réaction. Mais, que faire d’autre quand la frustration, l’injustice et l’iniquité poussent à la désespérance ?

Jacques Trémintin

Nota - La lecture de nos infréquentables chroniqueurs reste le privilège des abonnés de Lien Social, mais pour le plaisir, nous les partagerons de temps en temps sur ce site. Attention tout de même : si vous vous attachez à eux autant que nous le sommes, vous prenez le risque de vous abonner à votre tour... Cela dit, rassurez-vous, en nous lisant tout entier, vous ne ferez que soutenir un journal indépendant !


19 décembre 2018

Droit de manifester - Jeunesse en danger

Les dernières semaines ont été marquées par des manifestations d’un nouveau type, dont certaines violentes. Les lycéens, simultanément aux Gilets jaunes, ont manifesté en nombre. Mais en face, les violences policières ont été, comme rarement, à l’ordre du jour.

Jeunes dans la rue

Des jeunes ont été blessés par des tirs tendus de flahball, brutalement arrêtés sans raison apparente, transportés dans des commissariats éloignés au mépris des procédures légales… La fin de l’année 2018 a vu, dans de nombreuses villes de France, des lycéens et des manifestants agenouillés, mains derrière la tête, évoquant l’humiliation subie pendant plus de deux heures par de trop nombreux jeunes de Mantes-la-Jolie (la Ligue des droits de l’homme a évoqué une « humiliation d’État »).

Grenades

Le Défenseur des droits s’est d’ailleurs autosaisi de cette question. Le SNPES-PJJ/FSU a fermement dénoncé « la répression policière qui s’abat sur ces jeunes manifestants et la judiciarisation outrancière de ce mouvement ». Faisant le constat d’un « usage illégitime et disproportionné » des grenades de désencerclement et des lanceurs de balles de défense (LBD), la LDH exige leur interdiction.

Criminalisation

Un communiqué de quatre organisations, dont de parents d’élèves, a dénoncé la recrudescence des violences des forces de l’ordre, la criminalisation des mobilisations, et le refus des déferrements systématiques des jeunes devant le juge des enfants. Depuis plusieurs mois, Amnesty tire la sonnette d’alarme sur les menaces pesant sur le droit de manifester : manifestations fréquemment interdites, pratiques policières contestables, stratégies de tension appuyées sur un usage disproportionné de la force, journalistes menacés… Mi décembre, la police des polices avait initié 22 enquêtes, dont quinze à la suite de plaintes déposées par des manifestants « gilets jaunes », une journaliste et six lycéens.

Pour aller plus loin :
https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/actualites/usage-excessif-de-la-force-lors-des-manifestations

http://snpespjj.fsu.fr/La-multiplication-des-deferrements-a-l-encontre-des-manifestant-e-s-mineur-e-s.html

https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/communique-de-presse/2018/12/maintien-de-lordre-le-defenseur-des-droits-instruit-plusieurs-saisines


12 décembre 2018

Justes images du travail social

C’est suffisamment rare pour être salué : en quelques semaines, deux films (français) extirpent le travail social de son invisibilité, et ce avec une certaine justesse, bénéficiant tous deux d’un côté grand public dû à la présence d’actrices et d’acteurs reconnus.

Adoption

« Les gens seront heureux de voir à quoi servent leurs impôts ! » s’exclame l’acteur Gilles Lellouche, qui endosse le rôle d’un assistant familial dans le film Pupille. En effet, là, une dizaine de personnes se mobilisent pour tracer au mieux le destin d’un bébé abandonné. Quelle réponse sociétale, et comment la montrer, à ces détresses ?

Réalité de terrain

Il s’agit en effet d’accouchement sous X. La jeune mère a deux mois pour revenir sur sa décision… ou pas. Pendant cette période éminemment délicate, ce temps suspendu, les services de l’aide sociale à l’enfance vont porter cet enfant, dénicher une mère adoptante, observer, échanger, élaborer une solution.

Délicatesse

Avec un savoir faire et un savoir être touchants, les travailleurs sociaux ne cesseront de parler au bébé, mais aussi d’échanger, de croiser leurs regards sur chaque candidat à l’adoption, de faire émerger un avenir possible pour un enfant né sous X. Cette force, cette pensée collective donne des fruits évidents. L’empathie, dans les entretiens parfois hautement sensibles, y est montrée de belle manière.

Hommages

« C’est un hommage à la République française, à ses travailleurs sociaux, ses éducateurs », affirme la réalisatrice Jeanne Herry, qui dit « aimer les métiers et les gens au travail ».
Autre film, Les Invisibles (critique dans Lien Social n° 1242, en date du 8 janvier 2019). Là, face au problème croissant du sans abrisme féminin, trois assistantes sociales se démènent…

L’image de l’AS

Après un travail d’investigation et d’immersion d’une année dans des centres d’accueil de différentes villes, le cinéaste, Louis-Julien Petit, est motivé par l’humanité des travailleuses sociales qu’il côtoie. Dans un contexte de pénurie de moyens, parfois d’administrations desséchées, ce travail devient une démarche de résistance pour trouver une solution.

Justesse et drôlerie

Tourné comme une fiction, avec parfois ressorts tragi-comiques, il s’agit bien là de transformation sociale, voire de résistance. Le film s’appuie à la fois sur la justesse de jeu de deux comédiennes archi reconnues – Corinne Masiero, Audrey Lamy – et sur la résilience des femmes accueillies qui, dans leur propre rôle, contribuent à la force de ces Invisibles. En ces temps de désespérance, tout cela est fortement roboratif.


À voir

  • Pupille, film de Jeanne Herry. 1h47. Avec Sandrine Kiberlain (Karine), Gilles Lellouche (Jean), Élodie Bouchez (Alice), Miou-Miou (Irène)…
    Sur les écrans depuis le 5 décembre 2018.
  • Les Invisibles, film de Louis-Julien Petit. Avec Audrey Lamy, Deborah Lukumuena, Noémie Lvovsky, Corinne Masiero.
    Sortie en salles le 9 janvier 2019.

5 décembre 2018

Pour les associations… de la philanthropie

Le 29 novembre, le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation, Gabriel Attal, rendait public un plan de soutien aux associations. Axe principal : faciliter les dons aux associations de la part des grandes fortunes. Une « philanthropie à la française » (dixit le ministre) à installer, en quelque sorte.

Modèle US

Sans remettre en cause les règles du droit de succession françaises, la démarche s’inspire du modèle américain, qui permet à des milliardaires – Bill Gates – de formaliser des « giving pledge » [promesses de dons] à destination d’œuvres ou de réseaux associatifs.

Objectif renforcement

Globalement, trois objectifs sont énoncés : « un appui structurel et un accompagnement renforcé des associations », « le développement de l’engagement individuel et collectif tout au long de la vie », « faire du développement associatif, l’affaire de tous ».

Logique de mutualisation

D’autres mesures sont prévues : la réduction des cotisations patronales doit bénéficier aux structures dotées de salariés ; de même, la mutualisation est à l’ordre du jour, celle des locaux comme celle des salariés, et les regroupements seront encouragés ; enfin, des certifications de compétences et de connaissances acquises pendant les périodes d’engagement sont prévues.

Secteur fort

Le secrétaire d’État a voulu rappeler l’importance du secteur associatif : 70 000 associations se sont créées entre septembre 2017 et août 2018, pour atteindre 1,3 million de structures et 1,8 million de salariés. Le nombre de bénévoles est passé, lui, de 20 à 22 millions. C’est en outre un secteur qui ne connaît pas la crise de confiance que vivent d’autres corps intermédiaires…

À suivre ?

Tout en reconnaissant un effort, le Mouvement associatif constate qu’il s’agit davantage d’un plan d’accompagnement que d’un plan de développement du secteur, qui reste toujours, selon lui, à l’ordre du jour.

Pour aller plus loin :
29 novembre 2018 : Gabriel Attal présente la feuille de route "Vie associative" du gouvernement


28 novembre 2018

Cannabis : la pénalisation pour politique

Le 23 novembre – un vendredi soir, tard dans la soirée… – l’Assemblée nationale a adopté, par 28 voix contre 14, la création d’une amende forfaitaire (200€, initialement prévue à 300€) pour sanctionner l’usage des stupéfiants. Les chiffres officiels évoquent cinq millions de consommateurs pour l’année 2017, dont 700 000 usagers quotidiens.

Échec annoncé

Ce n’est pas ce type de mesure répressive qui va améliorer l’état sanitaire du pays. Qui plus est, un caractère inégalitaire est pointé par les opposants, qui craignent la stigmatisation des jeunes de quartiers relégués. Des magistrats, des associations, des policiers ont prédit l’échec annoncé de cette énième mesure punitive.

D’autres délits

En 2016, 83% des causes d’interpellation pour infraction à la législation sur les stupéfiants l’ont été pour usage de substances, et 6% pour trafic. L’usage illicite de stupéfiants n’est d’ailleurs pas la seule infraction ciblée : la vente ou l’offre d’alcool à un mineur, le délit de vente de tabac à la sauvette… et les mauvais traitements envers les animaux se voient aussi concernés.

Associations au créneau

Cette nouvelle amende s’inscrit dans le cadre de la loi de programmation 2019–2022 de la réforme de la justice. La Ligue des droits de l’homme rappelle que tous les dispositifs de répression en matière de drogue se sont soldés par des « échecs patents ». Un collectif inter associatif réclame le retrait de l’article. En Europe, seuls six pays pénalisent encore l’usage par de la prison ferme. Dont la France.

Livre blanc

Réunis pour l’occasion dans un même combat, les professionnels de la réduction des risques et de l’addictologie ont rédigé un livre blanc appelant à ouvrir un débat national pour une nouvelle politique des drogues « fondée sur la promotion de la santé publique et le respect des droits humains ».

Pour aller plus loin :
Livre Blanc inter-associatif sur l’article 37 du projet de loi de programmation 2018-2022 et de réforme de la justice