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13 mars 2020

■ ACTU - Pandémie de coronavirus : Promesses présidentielles sans lendemain ou véritable tournant ?

Cela fait des décennies que le service public est détricoté, maille après maille. Depuis les années 1980, tous les gouvernements qui se sont succédé de gauche comme de droite ont participé à sa déstructuration. Les dépenses sociales étaient trop élevées, pesant sur la compétitivité de notre économie. Il fallait réduire les charges des entreprises et diminuer leurs impôts pour abaisser leurs coûts de production ; assouplir le code du travail, véritable carcan étouffant l’initiative privée ; flexibiliser l’emploi pour favoriser les embauches (et les licenciements) ; retarder l’âge de départ à la retraite, par manque de moyens pour la financer ; ne pas dépasser le mythique 3 % de déficit public (pourquoi pas 2 ou 4 % ? Ce chiffre a été fixé en référence avec la Sainte trinité chrétienne !) ; prendre des mesures d’austérité courageuses ; amaigrir le train de vie de l’État en supprimant massivement des postes de fonctionnaires ; fermer les services, les lits et les établissements sanitaires non rentables ; introduire des règles de gestion des administrations calquées sur l’entreprise privée dotée de toutes les vertus ; lutter contre la dette ; imposer au travail social une obligation de performance ; soumettre l’action publique aux critères de rentabilité ; introduire les pratiques de compétitivité au cœur de l’aide aux plus démunis ; conditionner le financement des associations aux preuves de leur efficience ; calquer l’offre de soin sur la gestion des stocks à flux tendu… en un mot comme en cent tout ce que le paradigme néo-libéral pouvait véhiculer comme prêt à penser, largement diffusé par nos médias, éditorialistes et autres commentateurs.

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« La santé n’a pas de prix »

Et puis, et puis, voilà que tout ce beau discours bien huilé qu’on nous a servi depuis quarante ans commence à craquer sous l’effet d’un Coronavirus ! Celui qui s’en était fait le champion proclame : « La santé n’a pas de prix, le gouvernement prendra tous les moyens nécessaires ». Disparu le refrain sur l’impérative nécessité de tenir les déficits et de freiner l’endettement de notre pays ! Mais, le meilleur était à venir : « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite, sans condition de revenus, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, au fond à d’autres, est une folie.  » Nous avons bien entendu hier soir, ce message de notre Président qui donne raison aux discours tenus à contre-courant, depuis des décennies : les secteurs du soin, du social et de l’éducatif ne peuvent et ne doivent être gérés à l’aune de la marchandisation. Ils doivent être sanctuarisés par rapport aux exigences de rendement du secteur privé. Ils n’ont pas, par essence, à être lucratifs et on ne peut réussir à mesurer leur rendement. Ces perspectives de changement qu’Emmanuel Macron affirme être prêt à assumer relèvent-elles de ces « ces promesses (qui) n’engagent que ceux qui les reçoivent  » ? Une fois la menace passée, le néo-libéralisme reprendra-t-il tous ses droits ou assiste-t-on au début de la fin d’une idéologie qui, pour avoir permis aux nantis de s’enrichir sans limites, a causé tant de malheurs pour les plus démunis ? Seul l’avenir le dira.

Jacques Trémintin

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12 mars 2020

■ ACTU - Enquête internationale - Prendre la tension des travailleurs sociaux

La Fédération internationale des travailleurs sociaux (IFSW) lance une enquête pour mesurer comment vont les professionnels, souvent sous pression. Elle appelle à répondre à son questionnaire pour améliorer les conditions de travail.

L’amplification des inégalités à travers le monde accentue la pression sur les travailleurs sociaux chargés d’accompagner les publics les plus exposés. La recherche a démontré que le stress chronique qu’ils ressentent a des incidences directes sur leur la santé tant physiologique que psychologique, affectant notamment leurs performances, sans oublier le coût social induit par l’absentéisme, la volonté de quitter son travail et le manque de satisfaction professionnelle.
Comment mesurer les effets de cette tension et en rendre compte ? La Fédération internationale des travailleurs sociaux (IFSW) mène une campagne mondiale à long terme à ce sujet en étroite collaboration avec les organisations nationales membres. Elle vient de lancer la toute première enquête mondiale permettant d’établir un état des lieux de l’environnement dans lequel les professionnels agissent au quotidien. Elle sera menée en partenariat avec le Centre universitaire de santé et de cognition de Bath Spa (lui-même associé avec le département de travail social de l’université d’Ulster). Le premier bilan de cette étude sera présenté lors de la conférence mondiale sur le travail social qui se tiendra à Calgary, au Canada, en juillet 2020.
L’Association nationale des assistants de service social (Anas) relaie cette action dans notre pays. Sa secrétaire nationale, Céline Lembert, évoque la notable augmentation du nombre de témoignages reçus : « ce n’est pas tant que les conditions de travail se seraient dégradées depuis quelques mois, mais plutôt que les professionnel(le)s s’autorisent bien plus qu’avant à les décrire par écrit, y trouvant le moyen de dénoncer un quotidien de plus en plus dégradé, à l’image de ces sorties prématurées des maternités ou de ces managements méprisants dans certains conseil départementaux. » La responsable associative explique que les mêmes constats ont pu être faits par des membres du Conseil national des personnes accueillies ou accompagnées qui remarquent combien les usagers rencontrent des travailleurs sociaux allant de plus en plus mal !
La responsable de ce projet, Jermaine Ravalier, appelle à remplir massivement ce questionnaire destiné à « démontrer le travail fantastique que les travailleurs sociaux accomplissent dans le monde entier malgré des conditions de travail souvent difficiles. Plus il y aura de personnes qui participeront à ce projet, plus nous pourrons exercer une influence dans le monde entier pour améliorer les conditions de travail des travailleurs sociaux, alors s’il vous plaît, participez !  »

Questionnaire court
Le questionnaire prend entre 10 et 15 minutes. Le recueil des données respecte l’anonymat et la confidentialité des participants. Les informations recueillies seront supprimées dès la fin de l’enquête

Accéder à l’enquête

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10 mars 2020

► FORUM - Entre AEMO des villes et AEMO des champs

Par Cécile Goursaud, éducatrice spécialisée.

L’assistance éducative en milieu ouvert (AEMO) constitue un champ d’intervention éducative qui parle peu de lui et se définit bien moins au regard d’autres champs de l’éducation spécialisée tel le handicap. Cette mesure est instituée par le juge des enfants, au titre de l’article 375 du code civil, au bénéfice de l’enfant qui, en danger avéré, continue à vivre avec ses parents. Au-delà du contrôle exercé par les services pour s’assurer du bon développement du mineur, elle apporte « aide et conseils » à la famille pour lui permettre de sortir des difficultés parentales, matérielles et relationnelles. L’intervention se déroule, la plupart du temps, à partir du domicile familial. Ce déplacement des travailleurs sociaux sur le lieu de résidence des personnes se fait dans des territoires disparates : villes, milieu rural, semi rural, montagnes, îles. Ces modalités ne sont pas sans conséquences, ni difficultés dans le quotidien du professionnel : contraintes de trajet à la campagne, face aux manques de dispositifs, avec l’obligation d’accompagnements liés à la carence de modes de transport. L’éducateur est alors amené à déployer d’autres compétences : il doit s’adapter et innover en pensant son travail différemment.

La rubrique complète de Matière à pensée est à retrouver dans le numéro 1268 de Lien Social

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6 mars 2020

■ ACTU - Handicap psychique : le grand oublié

« Le handicap psychique reste un impensé de la Conférence nationale du handicap du 11 février dernier », estiment l’Association des Itep et de leur réseaux (AIRe), Santé Mentale France, l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam) ainsi que l’Uniopps. Une conférence qui s’est déroulée le jour où la Loi Handicap (1) soufflait ses quinze bougies. Elle reconnaissait pour la première fois dans les textes le handicap psychique. « Cet anniversaire représentait une belle occasion pour relancer l’action publique en faveur d’une population oubliée, ignorée et très souvent stigmatisée », estiment les associations.
Si elles se réjouissent de l’annonce de mesures ciblées, d’échéances précises et d’engagements volontaristes en faveur de nombreuses catégories de personnes en situation de handicap, elles jugent que celles-ci ne rendent que plus criante l’absence de proposition en direction du handicap psychique. « Il semble ainsi non seulement invisible, ce que l’on savait déjà, mais aussi impensé  », déplorent-elles.
« Les professionnels d’AIRe travaillent auprès de jeunes, nous attendions la reconnaissance de la nécessité de leur proposer un parcours modulé et varié, illustre François Delacourt, le vice-président de l’association. Nous militons pour qu’ils bénéficient d’un accompagnement médical, social et éducatif ; pour qu’ils puissent alterner école, sport, etc. et milieu protégé. »

Déception
Les associations sont d’autant plus déçues que les annonces préliminaires à la CNH et son dossier de presse avaient fait naître quelques espoirs, tel celui lié à des avancées sur la Prestation compensation du Handicap (PCH) pour les personnes souffrant d’un handicap psychique. « Comment expliquer leur absence dans les propositions finales ? Comment ne pas s’indigner quand sont ainsi renvoyées tant de personnes en situation de handicap psychique à leur isolement, leur manque d’accompagnement et l’absence de reconnaissance de leur souffrance ?  », s’indignent-t-elles. Elles appellent le gouvernement à agir sur le sujet.

(1) Loi pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées.
À lire aussi :
ACTU - Handicap. Tous mobilisés
ACTU - Handicap - Stop pauvreté

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2 mars 2020

► FORUM - Quelle place pour la sexualité en institution ?

Par Audrenne HENKE, Directrice d’établissement médico-social.

« Dit Mme HENKE tu fais quand une chambre pour couple ?  » « Bientôt » « Ha, c’est pas trop tôt !  ». La sexualité dans les institutions et plus particulièrement dans les établissements recevant un public d’adultes en situation de handicap intellectuel, reste encore peu présente. Elle fait l’objet d’une grande diversité dans les autorisations et les pratiques : on la nie, on laisse faire en fermant les yeux, on l’interdit d’une manière plus ou moins explicite ou appliquée, on autorise certaines pratiques comme la masturbation individuelle… Mais peu de chambres permettent de recevoir un(e) conjoint(e). Nous avons peur du regard des familles, de passer à côté d’un consentement, de gérer des orgasmes bruyants et du plaisir démonstratif.
En outre, de quoi parle-t-on : de l’hétérosexualité, de l’homosexualité, de multipartenaires ? Où commence l’autorisation et jusqu’où va-t-elle ? Le handicap fige le temps et arrête les générations : pas de procréation souhaitée, donc pas de sexualité envisageable. Au-delà des risques réels ou fantasmés, c’est bien la sexualité de ces personnes dans son ensemble qui est perçue comme un problème. La société nomme les interdits et précède chaque instant de leur vie. Et c’est bien de l’incapacité pour bon nombre de concitoyens de les imaginer avoir du plaisir érotique, voire de devenir parents dont il s’agit. Pourtant, l’exercice d’une sexualité est un droit inaliénable rattaché à chaque personne, quelle qu’elle soit.

La rubrique complète de Parole de métier est à retrouver dans le numéro 1268 de Lien Social

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28 février 2020

■ ACTU - Handicap - Stop pauvreté

Information de dernière minute de APF France handicap :

[ANNULATION]  ! En raison de la situation actuelle concernant le #coronavirus et le profil d’un grand nombre de manifestants dont certains ont un état de #santé fragile, nous sommes contraints d’annuler nos #manifestations prévues ce 5 mars.

Jeudi 5 mars, APF France handicap appelle à une mobilisation nationale. Objectif ? Zéro personne en situation de handicap ou atteinte d’une maladie invalidante sous le seuil de pauvreté.

"Pouvoir vivre dignement #CestLaBase". Tel est le mot d’ordre de la mobilisation nationale du 5 mars. APF France handicap rappelle que le pays compte deux millions de personnes en situation de handicap, condamnées toute leur vie à vivre sous le seuil de pauvreté, évalué à 1 041 euros. Elles ne peuvent pas, plus ou peu travailler en raison de leur handicap, d’une maladie, de l’âge ou de leur rôle d’aidant.
« Avec de faibles ressources vivre – c’est-à-dire se loger, se nourrir, se chauffer ou se soigner – devient presque impossible, dénonce l’association. Pourtant ces personnes ont droit à une vie digne et libre sans être condamnées à la précarité et à la dépendance financière  »,
Lors de la Conférence nationale du handicap (CNH), le président de la République a fixé des objectifs que les associations prennent au mot : « permettre à chacune et chacun de vivre une vie digne, une vie libre  » ; « continuer à aller sur le chemin de l’allocation digne pour toutes les personnes en situation de handicap  ».
APF France handicap demande la création du revenu individuel d’existence afin que les personnes en situation de handicap ou atteintes de maladie invalidante puissent vivre dignement ; la suppression de la prise en compte des ressources du conjoint / de la conjointe dans le calcul de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) ; zéro personne en situation de handicap ou atteinte de maladie invalidante sous le seuil de pauvreté.
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Aller plus loin : consulter le dossier de presse

Témoignage de David : « Avec l’AAH, on survit à peine ».

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Témoignage de Frédéric, en couple : « Je demande à être reconnu comme une personne à part entière ».

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Retrouver les lieux de manifestations sur le territoire : cliquer ici


25 février 2020

► FORUM - La révolution numérique : Une mise à l’épreuve de l’acte éducatif en AEMO ?

« Travail social et numérique : évolution ou révolution ?  », en écho au thème des 40èmes assises nationales du CNAEMO (1) Regis Nowak aborde une question au cœur de la mutation des pratiques professionnelles : la communication digitale est-elle une aide ou une entrave à la relation ?

L’ère du multimédia a sonné dans nos pratiques éducatives. Youtube, Instagram, Snapchat et autres Fortnite connectés sur ordinateur ou sur smartphone nous relient de gré ou de force à cette virtualité qui devient une réalité d’autant plus prégnante quand un ado, au détour d’une wifi attrapée au passage, nous dévoile qu’il a un millier d’amis, qu’il s’est fait en restant dans sa chambre, les yeux rivés sur ses trois écrans. Mais, l’éducateur est, de son côté, lui aussi connecté à son propre ordinateur sur lequel il reçoit ses messages et en envoie, consulte des informations et son tableau de mesures éducatives, écrit ses rapports et ses comptes rendus etc. La dépendance est telle qu’on peut se demander, parfois, si ce n’est pas lui qui est plus accroc à sa machine que les jeunes qu’il accompagne.

La rubrique complète de Matière à pensée est à retrouver dans le numéro 1267 de Lien Social

(1) 18, 19 et 20 mars 2020 à Toulouse

Retrouvez d’autres ressources Lien Social sur les thématiques : informatique / pratiques professionnelles.


21 février 2020

■ ACTU - Sans-abrisme : Les candidats se déclarent

Le 14 février, la Fondation Abbé-Pierre a publié une tribune signée par cent trente-cinq candidats (de tous bords politiques) aux élections municipales dans le Journal du Dimanche. Des candidats qui s’engagent à respecter la « Déclaration des droits des personnes sans-abri » et ses quatorze articles s’ils sont élus. Une déclaration initiée par la Fondation Abbé Pierre et la Fédération européenne des organisations nationales travaillant avec les personnes privées de toit (Feantsa) dans le cadre d’Housing Rights Watch et de sa campagne « La pauvreté n’est pas un crime ». Elle vise à lutter contre la criminalisation croissante des personnes sans abri et s’inscrit dans un cadre européen.
Elle réaffirme les droits fondamentaux résultant de la Constitution, des obligations internationales et du droit national dans leur dimension concrète, en ce qu’ils permettent effectivement aux personnes sans abri de cesser de l’être et de jouir des mêmes droits que tout être humain.

Retrouvez la Déclaration

Retrouvez la Cérémonie des Pics d’Or qui récompense de façon satirique les pires dispositifs dans l’espace public qui empêchent les personnes sans abri de s’assoir ou de s’allonger.

À lire aussi le dossier « Hébergement d’urgence. Tempête sur le 115 », dans Lien Social n° 1264.


18 février 2020

► FORUM - Ces gens-là…

Par Pascal Seynave, assistant social de secteur.

Les discours sur les musulmans et l’islam, d’une part et sur les « Rom », d’autre part, tend à se durcir, à s’affranchir de toutes inhibitions, à se décomplexer et disons-le (sans complexe, nous aussi) : à se radicaliser. Longtemps cantonné au cercle assez restreint de militants d’extrême droite ou à l’entre-soi amical ou familial, il s’insinue aujourd’hui dans des sphères professionnelles qui lui étaient jusque-là assez hermétiques et hostiles. J’en veux pour preuve ces quelques exemples entendus dans un cadre professionnel.
Humour : « Des papiers, du fric et du travail, si tu grimpes au balcon…  ». Evaluation : lors d’une « visite d’agrément  » pour assistante familiale, à la question : « Accepteriez-vous l’accueil d’un enfant d’origine étrangère ou d’une autre religion que la vôtre ?  » Réponse : « Oui, mais pour les musulmans, je ne sais pas, avec tout ce qu’on entend à la télé… Ils sont trop différents … Comment fait-on pour le ramadan ?  » Conversation (informelle entre collègues) : … «  Le couple est reçu dans la famille de Monsieur, mais ils ne peuvent dormir chez eux parce que la femme est impure, elle n’est pas musulmane. Elle est très stricte et très fermée la religion musulmane… ils sont quand même mariés… on est en France…  » Réflexion entendue : « Je veux bien tout le monde…mais les Rom, je ne peux pas. »
J’ai déjà exploré quelques pratiques langagières à l’œuvre dans la sphère élargie du travail social. J’y ai identifié quelques évolutions et dérives qui ont mérité mon attention et mon indignation.
(…)

L’intégralité de cet article est à retrouver dans Lien Social n°1268 à paraître le 3 mars.

Consulter les critiques de livres sur les thématiques :
- Société (Racisme/Immigration)
- Travail social (Pratiques professionnelles)


14 février 2020

■ ACTU - Handicap. Tous mobilisés

La 5ème Conférence nationale du handicap (CNH) a livré un programme que les associations jugent ambitieux mais incomplet et un peu flou sur les financements.

Le 11 février, la Loi Handicap (1) soufflait ses quinze bougies sous les dorures de l’Élysée, en présence d’une dizaine de ministres, de quatre cents invités (personnes handicapées, associations, départements, entreprises, etc.). Le bilan ? « Beaucoup a été fait. Mais beaucoup reste encore à faire pour construire une Nation qui s’enrichit de ses différences et permet à chacune et à chacun de choisir sa vie », a reconnu le Président de la République. Des avancées : le droit de vote accordé aux majeurs sous tutelle, des droits à vie pour les personnes porteuses d’un handicap irréversible, l’augmentation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) de 90 euros par mois (elle reste cependant sous le seuil de pauvreté). Une promesse : l’AAH ne sera ni supprimée, ni diluée dans le revenu universel d’activité (Rua), comme le craignaient quatre associations qui ont claqué la porte de la concertation sur le Rua le 4 février. Une fronde associative a d’ailleurs précédé la CNH avec notamment les attentes fortes du jeune Collectif Handicaps. Aujourd’hui, Luc Gateau, président de l’Unapei, reconnait une CNH au « discours extrêmement mobilisateur annonçant un certain nombre d’avancées, même si très vite se pose la question des moyens et des modalités d’action. »

Tous scolarisés

À la rentrée prochaine, « zéro enfant sans solution de scolarisation » grâce au recrutement de 11 500 accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), une revalorisation de la profession, la formation des futurs enseignants et davantage d’unités psychosociales dans les écoles – on en compte aujourd’hui 225 -. « Je m’interroge sur la qualité de ces recrutements et formations et sur la mise en œuvre de passerelles entre l’école et le médico-social  », souligne Luc Gateau. Autre engagement : la simplification des démarches administratives, la garantie du respect des délais de notification – trois mois maximum - par les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) sur tout le territoire avec une aide aux départements de 25 millions d’euros en 2021 et en 2022. La fin de l’’exil des personnes handicapées en Belgique constitue un autre engagement. Là encore Luc Gateau rappelle que les cinq cents personnes qui partent chaque année ne représentent que la partie visible de l’iceberg et il souligne l’urgence de créer de réelles solutions sur l’ensemble du territoire, notamment pour les personnes les plus lourdement handicapées.
Autre mesure annoncée : la création d’un numéro unique – le 360 – pour rompre l’isolement des personnes en situation de handicap et de leur famille. Il mobilisera les acteurs du territoire, notamment médico-sociaux et permettra l’inconditionnalité de l’accueil. Autre promesse : la création de 2 500 structures de transition entre l’établissement et un logement plus autonome. « Il ne s’agit pas de réelles créations de places », souligne Luc Gateau qui ne se satisfait pas non plus de la promesse faite par le Président de ne pas toucher à l’amendement Creton. Il appelle à régler le problème criant du manque d’accompagnement pour que le terme « sans solution  » disparaisse du paysage français.

Les grands oubliés

La question de la prestation de compensation du handicap (PCH) – non revalorisée depuis 2005 – n’a pratiquement pas été soulevée si ce n’est par l’annonce de son ouverture à des aides à la parentalité. Elle reste fermée au handicap psychique et à l’autisme. La question de l’accessibilité est également passée à la trappe, faisant juste l’objet d’un appel à la mobilisation de tous et d’annonces de mesures pour l’accessibilité au numérique et aux médias.
Enfin, l’État, l’Assemblée des départements, les associations et les organisations du secteur de l’offre d’accompagnement du handicap ont signé une convention d’engagements. Luc Gateau salue la reconnaisse du travail des associations représentatives du secteur du handicap, à la fois militantes et accompagnantes et leur rôle essentiel d’amortisseur social. Et de conclure : « les corps intermédiaires ont été fortement chahutés en première partie du quinquennat, il est important maintenant d’aller vers la co-construction. »

Katia Rouff-Fiorenzi

(1) Loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées