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7 novembre 2016

Mobilisation contre les réformes du système de santé

En plein débat parlementaire sur le projet de loi de finances de la sécurité sociale (PLFSS) 2017, les salariés du secteur sanitaire, social et médico-social sont appelés à débrayer partout en France demain par les syndicats CGT, FO, Sud Santé sociaux, la section Ile-de-France de l’Anas ou encore le collectif 76 des salariés du social et du médico-social au Havre et à Rouen.

Mobilisés contre la « déstructuration » du système hospitalier public et privé non lucratif, ils dénoncent des lois HPST et Santé qui ont dégradé les conditions de travail, développé la précarité avec le recours aux salariés contractuels et supprimé de nombreux lits pour créer des déserts médicaux.
Ils demandent donc des moyens supplémentaires, l’arrêt des suppressions de postes et un plan d’urgence de formation afin que soit préservé un service public de santé de qualité et équitable.


4 novembre 2016

Adulte-relais versus éducateur de rue

Alors que la prévention spécialisée disparait dans certains quartiers, la secrétaire d’Etat à la ville a profité de la première journée nationale de la rentrée citoyenne, le 17 octobre, pour annoncer sa solution : la professionnalisation des adultes-relais. Ces 400 médiateurs, en contrat d’insertion et issus des quartiers populaires, sont actuellement chargés d’intervenir auprès de la jeunesse de ces mêmes quartiers.

Hélène Geoffroy souhaite donc impulser « un mouvement général de reconnaissance, de structuration et de professionnalisation » du métier. Expérimenté dans 15 villes, le dispositif visant à renforcer leur présence dans des horaires atypiques devrait être étendu dès le début de l’année 2017 à toutes les villes volontaires. « Pour cela, précise la secrétaire d’État, j’ai obtenu une enveloppe dédiée des crédits consacrés à la politique de la ville, à hauteur de 5 millions d’euros. »

Une annonce peu appréciée par les éducateurs qui luttent pour leur survie. Quand le Collectif des éducateurs de rue à la rue du Pays Basque dénonce un abandon du public, les institutions avancent une modification des modalités d’accompagnement. « Tout en nous coupant les budgets, le Département nous demande de former les médiateurs recrutés en service civique par Unis Cité, remarque Julie Vanderchmitt, éducatrice de rue. La professionnalisation des adultes-relais c’est le même esprit, on remplace les éducateurs spécialisés par du personnel moins onéreux. Finalement, ça ne servait à rien de faire des études. »


3 novembre 2016

Caen : le cri d’alerte de la maraude de nuit

« Nous sommes des inconditionnels de l’accueil inconditionnel, explique Nicolas Martine, éducateur spécialisé dans l’équipe de maraude du service Trait d’union, de l’association ACSEA à Caen. Nous ne voulons plus voir notre association s’asseoir sur ses valeurs humanistes dès que le financeur, la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS), le lui demande. » Ces professionnels se mettent en grève cette nuit pour témoigner « de l’incapacité croissante de mener à bien la mission qui est la leur : mettre à l’abri les plus vulnérables », en l’occurrence des personnes mineures isolées.
Dans ce département comme dans d’autres, certains mineurs isolés sont déclarés majeurs au faciès et ne bénéficient pas de la protection légale au titre de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). De l’autre côté, l’association ACSEA refuse de les héberger en s’appuyant sur leur déclaration de minorité, selon l’intersyndicale (CGT, SUD, FO, CFDT). « Je comprends que les équipes de terrain soient confrontées à des choix qui sont durs, mais je ne peux pas faire de l’hébergement sans financement et sans autorisation, se défend Dominique Roche, directrice générale de l’ACSEA, qui compte 1200 salariés. Nous souhaitons donc aller discuter avec le préfet pour faire des propositions. »

Des mineurs isolés
en zone de non droit

En attendant, l’intersyndicale dénonce dans un tract la double peine infligée à quelques centaines de personnes sur le département. « Sans attestation stipulant leur majorité, ces mineurs ne peuvent être hébergés par le 115 ni le service Trait d’Union, ni bénéficier d’accueil de jour, ni ouvrir de droits à l’Aide Médicale d’État, ni déposer une demande d’asile ou de titre de séjour…Sans statut officiel, les enfants sont alors livrés à eux-mêmes dans la rue, sans avoir aucune chance d’obtenir une solution de mise à l’abri par les services compétents. L’ambiguïté de la Direction de l’enfance et de la famille place le mineur dans une zone de non-droit, bloquant tout hébergement et le conduisant à dormir dehors ! » Ce mouvement, une première depuis le lancement de la maraude voici 19 ans, veut révéler cette situation critique, à l’aube de l’hiver.

À lire aussi : Accompagnement au rabais pour les mineurs isolés étrangers


31 octobre 2016

Les pionnières du social bientôt dans un dictionnaire biographique

À l’origine de la création du service social et de la profession d’assistante de service social, il y a des hommes, mais surtout des femmes. Depuis la fin du 19e siècle, elles ont développé des pratiques professionnelles en rupture avec la charité en créant les premières écoles et les premières institutions.
Certaines ont marqué la profession par leurs écrits et leur positionnement, dans des contextes où elles étaient confrontées à des choix éthiques. Mais, si elles ont marqué l’histoire du service social et contribué à la professionnalisation des assistantes de service social, elles sont généralement restées dans l’ombre. Les rares biographies existantes relèvent ainsi plus souvent du panégyrique que de l’œuvre scientifique.

Appel à contributions

Le groupe de recherche sur l’histoire du service social (GREHSS), qui émane de l’association provençale pour la recherche en histoire du travail social fondée à Marseille en 1989, veut combler ce manque en réalisant un dictionnaire biographique du service social. Il lance donc un appel à contributions pour la rédaction de notices biographiques ou pour la fourniture d’informations et documents.
La biographie des personnes vise à situer leur action dans le contexte de l’époque, des débuts de la IIIe République à 1980, et montrer en quoi cette action a contribué à l’évolution du service social. Cet ouvrage sera publié par le CEDIAS Musée Social sur son site.
Pour plus d’informations : greh.servicesocial@orange.fr


28 octobre 2016

Démantèlement des camps à Calais : destination inconnue

L’évacuation « humanitaire » de la « jungle » calaisienne devait durer dix jours, mais a été expédiée en trois. Lundi et mardi plus de 3 200 majeurs avaient été transférés dans un des centres d’accueil et d’orientation (CAO) répartis en France. Les exilés ont embarqué dans 45 cars dans la journée, pour beaucoup sans connaitre leur destination. S’ils quittent la boue de leur bidonville, ils ignorent aussi leur risque d’être « dublinés », c’est-à-dire renvoyés dans le pays par lequel ils sont entrés en Europe.
Pour 772 mineurs, l’attente se poursuit dans les containers du centre d’accueil provisoire installé dans le campement de Calais. « Sur 1 290 mineurs recensés, 273 ont rejoint la Grande-Bretagne, ce n’est pas suffisant, déplore Pierre Henry, directeur de France Terre d’Asile. 40 % d’entre eux ont de la famille au Royaume-Uni et peuvent donc prétendre à la procédure de regroupement familial. » Mais les Britanniques rechignent, d’où la création de CAO pour mineurs. Mardi, Médecins sans frontières a quitté le camp pour protester contre le tri des mineurs orientés vers ces centres, pouvant être déclarés majeurs au faciès.

« Chasse aux exilés »

D’après le recensement des associations sur le terrain, la « jungle » comptait 6 500 à 8 000 exilés. Le compte n’y est donc pas, et que vont venir les irréductibles du passage vers l’Angleterre ? « Entre 1 500 et 2 000 personnes ont préféré rester dans le Calaisis pour tenter de rejoindre le Royaume-Uni, décrit Christian Salomé de l’association l’Auberge des migrants. Je crains une chasse aux exilés par les forces de l’ordre après le départ des journalistes. » Selon lui, un millier de places auraient été réservées pour eux dans les centres de rétention administrative du pays.
Majoritairement originaires d’Afghanistan, du Soudan ou d’Erythrée, 80 % des ex-habitants de la jungle devraient pouvoir obtenir le droit d’asile. Reste une inconnue de taille : comment vont-ils être accompagnés dans leurs démarches administratives et dans leur nouvelle vie, dans des CAO décriés pour la faiblesse de leur taux d’encadrement ?


27 octobre 2016

Alerte sur la protection juridique des majeurs vulnérables

Si la réforme du régime de protection juridique des majeurs en mars 2007 a constitué « un progrès », la Cour des comptes dresse un bilan très critique de sa mise en œuvre dans un rapport paru le 4 octobre.

Aujourd’hui, 700 000 personnes font l’objet d’une mesure restrictive de libertés et les juges des tutelles sont chargés de 3 500 dossiers en moyenne, « ce qui ne permet pas d’assurer un suivi efficace », estiment les juges de la rue Cambon. Les nouvelles mesures type MASP (mesure d’accompagnement social personnalisé ou MAJ (mesure d’accompagnement judiciaire) « n’ont pas rencontré le succès espéré » en raison de leur complexité, de la « communication insuffisante des pouvoirs publics » et de la « faible mobilisation des départements ».

Une politique « ni incarnée ni coordonnée »

Les mises sous tutelle ou curatelle augmentent, alors que la volonté du législateur en 2007 était d’en freiner la croissance. La Cour pointe également une gestion concrète des mesures « globalement insuffisante et préoccupante » : certains aspects « sont négligés », comme l’élaboration du projet de vie ou les visites à domicile.

Face à une politique de protection juridique qui n’est ni « incarnée » ni « coordonnée », les juges préconisent donc de confier à un délégué interministériel une mission de pilotage et de créer un observatoire de la protection juridique des jeunes majeurs.

Le Défenseur des droits s’est aussi intéressé aux jeunes majeurs vulnérables dans un rapport remis le 29 septembre, où il constate que « la plupart des majeurs placés sous un régime de protection relève d’une mesure privative de la capacité juridique » : droit de voter, de se marier, de se pacser ou encore de divorcer. Il recommande de réserver la tutelle aux « seules situations où la personne est dans l’incapacité totale d’exprimer sa volonté et ses préférences » et de renforcer le recours aux dispositifs alternatifs.


25 octobre 2016

Discriminations : l’origine, facteur de non-emploi

Une enquête menée auprès de 760 personnes d’origine étrangère par le Défenseur des droits montre que 60 % des répondants ont « souvent » ou « très souvent » dû faire face à des discriminations sur le marché du travail. Déjà démontrée par de nombreuses études, cette discrimination liée à l’origine est étayée dans le document par de nombreux témoignages, comme celui de cette femme studieuse de 25 ans : « Aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à trouver un emploi quand d’autres de ma promotion, moins sérieux, qui ont eu des problèmes avec leurs entreprises, souvent absents aux cours et qui s’en sont sorti avec tout juste la moyenne, ont trouvé un emploi ». Après l’origine, le prénom et nom de famille représentent le deuxième critère le plus discriminant, devant la couleur de peau et les convictions religieuses, essentiellement la religion musulmane. Dans quatre cas sur dix, faire état d’un de ces éléments lors du premier contact avec un recruteur engendre une discrimination, pouvant se solder par un refus d’entretien. Mais seules 8 % des personnes entament des démarches pour faire reconnaître leurs droits, la grande majorité faisant preuve d’un « certain fatalisme » face à ces différences de traitement. Autres conséquences : la démotivation et la perte de confiance en soi, l’acceptation du déclassement avec des postes moins qualifiés et l’envie de s’expatrier pour les plus qualifiés. Un autre rapport publié le 20 septembre par France Stratégie sur le coût des discriminations sur le marché du travail montre que les femmes d’origine étrangère sont fortement pénalisées, que les entreprises sous-utilisent « des potentiels humains élevés » et que les discriminations nuisent globalement à l’économie et aux finances publiques.


24 octobre 2016

Contrats aidés : les associations montent au créneau

« Le gouvernement a mis en place une politique économique visant à lutter contre le chômage par la baisse du coût du travail et l’accès à la formation. Les effets de ces mesures ne seront pas immédiats. En revanche, les contrats aidés permettent à des personnes peu qualifiées d’occuper tout de suite un emploi. » Dans un communiqué commun, six associations d’insertion et de lutte contre l’exclusion (FNARS, Emmaüs France, UNML, MNCP, Coorace, APF) rappellent les fondamentaux de l’insertion par l’activité économique, pour répondre au récent rapport de la Cour des comptes sur « l’accès des jeunes à l’emploi ».

Un document qui dénonce des aides trop nombreuses, des résultats décevants, une surabondance d’intervenants, des cibles trop rarement atteintes… et préconise de réduire le nombre et la durée des contrats aidés dans le secteur non marchand (associations et collectivités).

L’accompagnement comme condition de réussite

Vice-présidente du Coorace, fédération d’entreprises et d’associations engagées dans l’économie sociale et solidaire, Françoise Leroy reconnaît les écueils potentiels des contrats aidés. « Un contrat aidé n’a d’intérêt que s’il est accompagné pour mettre en place un parcours d’insertion et de formation, ce qui nécessite du temps. Sinon, c’est juste de la main d’œuvre pas cher et on fait naitre de faux espoirs. »

À Besançon, son groupement d’économie solidaire expérimente cet outil au quotidien. « Ils permettent pour les salariés les plus éloignés de l’emploi d’acquérir de l’expérience, de retrouver une dynamique, de se projeter et d’organiser le retour à la vie active. Du côté des employeurs, ils peuvent permettre d’amorcer un projet, et si ça fonctionne, de créer de vrais emplois » défend-elle. Ce qui ne serait pas un luxe…


21 octobre 2016

Jeunes majeurs : un pécule versé à leur majorité

Trop souvent laissé dans l’angle mort des politiques de protection de l’enfance, les jeunes majeurs vont désormais pouvoir bénéficier d’un versement financier à leur majorité. Un décret publié le 12 octobre met en application un article de la nouvelle loi du 14 mars 2016, qui vise à bloquer sur un compte géré par la Caisse des Dépôts chaque allocation de rentrée scolaire (ARS) de l’enfant placé. À sa majorité, le jeune se verra attribuer cette somme.

Jusqu’à présent, même en cas de placement, cette allocation continuait à être versée par la CAF aux parents, sans être systématiquement dépensée pour l’enfant. En apparence légitime et juste, cette mesure suscite toutefois quelques craintes auprès des professionnels et des personnes qui accompagnent ces jeunes.

Une chance et... un risque

Certains redoutent d’abord qu’en perdant l’ARS, les parents se désinvestissent davantage de leur responsabilité éducative, qu’il faut toujours chercher à renforcer.

D’autres, comme le rapporte une note d’information de l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE) relative à la loi du 14 mars, craignent « une diminution de l’aide financière au jeune devenu majeur, au motif de l’existence du pécule ». Un risque réel, alors que de nombreux départements cherchant à faire des économies se désengagent de l’accompagnement des jeunes majeurs.


19 octobre 2016

Les sénateurs ne dorment pas : ils réfléchissent au revenu "de base"

L’idée d’instaurer un revenu de base, permettant à chaque individu de bénéficier d’un socle de protection minimale, fait son chemin. Un rapport d’information sur l’intérêt et les « formes possibles » de ce concept a été publié ce matin par des sénateurs, qui invitent les départements à lancer une expérimentation sur 20 000 à 30 000 personnes pendant trois ans.

Le département de la Gironde et la région Nouvelle Aquitaine se sont déjà emparés du sujet. Jean-Luc Gleyze, président (PS) du Conseil départemental vient de lancer une étude préalable à la mise en place de ce dispositif. Du scénario minimaliste – un regroupement du RSA et des APL – à la création d’un revenu de 1 000 euros par personne, quatre possibilités sont explorées. Les résultats de la recherche confiée à la Fondation Jean-Jaurès, au Centre pour la recherche économique et à l’Institut des politiques publiques devraient être connus en février 2017.

Au Conseil régional, l’élue des Verts déléguée à l’innovation sociale et sociétale, Martine Alcorta, milite elle aussi pour la mise en place d’un test sur le revenu universel. Une recherche-action menée en concertation avec des élus, des universitaires et la société civile devrait aboutir en juin 2017, avec une expérimentation espérée dans la foulée.