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1er avril 2016

Hébergement • L’urgence en colère

Le tout jeune collectif Sans toit ni loi, fort d’une centaine d’adhérents professionnels de l’urgence sociale, lance « un cri d’alarme » dans l’Hérault. Face à ce qu’il considère comme des « dysfonctionnements graves » du dispositif d’accueil et d’hébergement des personnes en situation de précarité, le réseau dénonce « un manque criant de solutions adaptées aux besoins », dans une lettre envoyée le 24 mars à la ministre du Logement, Emmanuelle Cosse.
« Nous n’acceptons plus de devoir choisir de mettre à l’abri l’octogénaire diabétique OU l’unijambiste qui sort de l’hôpital, la femme victime de violence OU la mère sortant de maternité avec son nouveau-né », écrivent-ils. Le collectif juge « la gestion de la pénurie totalement illégale et scandaleuse » et exige « l’application immédiate des lois de la République » qui imposent l’inconditionnalité et la continuité de l’accueil et de l’hébergement.
Quelques jours plus tard à Lyon, à la veille de la trêve hivernale, Emmanuelle Cosse a annoncé pérenniser 2 300 places d’urgence supplémentaires et débloquer 15 millions d’euros de crédit pour l’accompagnement social des personnes hébergées. Une annonce insuffisante, selon le collectif des professionnels de l’urgence sociale lyonnais.
À Lyon, 373 places sont ainsi maintenues « alors que nous avons un millier de personnes qui bénéficient des places hivernales, c’est largement en deçà des besoins », réagit un membre du collectif.
Le 24 mars, une centaine de ces travailleurs sociaux étaient en grève et trois cents, selon le collectif, manifestaient Place de la République. Ils dénoncent « le manque criant » de places qui les oblige à « un tri arbitraire des ménages lorsqu’une place se libère. Existe-t-il un être humain moins vulnérable qu’un autre pour tenir dans la rue ? ». Ils refusent d’être des « témoins silencieux » et de faire fonctionner « une machine à broyer ». Leur lettre est arrivée chez le préfet, une pétition circule.



24 mars 2016

Droit des étrangers : Plaidoyer pour un service public équitable

À guichets fermés, c’est le titre du rapport publié par La Cimade le 16 Mars 2016, qui dénonce la difficulté pour les personnes étrangères d’accéder à leurs droits en France. Défaillance dans la transmission d’informations, attentes démesurées, exigences administratives toujours plus importantes pour l’obtention d’un titre de séjour ; la liste est longue des dysfonctionnements recensés dans la mise en œuvre de la mission de service public. Dont l’association rappelle qu’il se doit d’être accessible à tous de la même manière.
Forte de constats dressés dans 131 permanences d’accueil, la Cimade dénonce également la dématérialisation systématique des démarches, qui éloigne des préfectures les personnes étrangères et les précarisent davantage. Elle déplore enfin la complexité des procédures juridiques, qui exigent trop souvent l’assistance d’une association ou le recours à un avocat.
La Cimade qualifie de « parcours du combattant » le cheminement administratif des personnes étrangères, pour qui « l’enjeu est vital ». Car pour pouvoir circuler sur le territoire, elles ont l’obligation de déposer une demande de titre de séjour. « Le temps devient un moyen de domination de l’administration. » souligne-t-elle.
En s’appuyant sur ce rapport, l’association demande à l’État de faire rétablir expressément des conditions d’accès au service public qui soient équitables pour tous, et de respecter ses engagements en matière d’accueil et de droits des étrangers. La Cimade conclut en formulant un certain nombre de recommandations.



21 mars 2016

L’ASE à l’heure du bilan

Que sait-on des chiffres de la prise en charge des mineurs et jeunes majeurs relevant de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) ?
La Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DREES) rend publique son étude chiffrée pour l’année 2012, basée sur un questionnaire remis aux différentes structures de l’ASE sur le territoire.
En quelques chiffres, ce sont 1 900 établissements qui accueillent des enfants et adolescents en difficulté sociale, pour une capacité d’hébergement de 60 700 places. Les Maisons d’Enfants à Caractère Social, les Foyers de l’enfance ou autres lieux de vie ont tous connu une augmentation du nombre de places entre 2008 et 2012. En revanche, le taux d’encadrement est en baisse avec 89 Equivalent Temps Pleins (ETP) pour 100 places.
La DREES a observé cette répartition dans l’hébergement : une majorité de places se trouvent en internat collectif, alors que celles situées dans les structures éclatées se développent de plus en plus. On note également une proportion croissante d’accueil de jour.



15 mars 2016

Alerte aux « social impact bonds »

Ils débarquent en France... Aujourd’hui, Martine Pinville, secrétaire d’Etat chargée - notamment - de l’économie sociale et solidaire, lance un appel à projet bien particulier. Il s’agit des redoutés « SIB », pour « social impact bonds », en français « contrat à impact social ».
Ce nouvel outil financier permettra aux entreprises privées, grandes banques et fondations, d’entrer sur le « marché de la misère ». L’appel à projet français est ouvert jusqu’en décembre 2016. Expérimentaux dans un premier temps, les SIB sont appelés à se généraliser, si l’expérience fonctionne. Ils représentent une nouvelle manne financière possible pour les associations, et peu de voix s’élèvent pour souligner les dangers de cette nouvelle avancée dans la marchandisation du social et ses potentielles conséquences sur la clinique professionnelle. Un texte du collectif des associations citoyennes circule toutefois, signé par des chercheurs, universitaires, travailleurs sociaux… À lire ici.

Lien Social reviendra une nouvelle fois, et plus longuement, sur ce sujet dans un prochain numéro.



11 mars 2016

Merci Paul Fustier

Éducateurs spécialisés, sur le terrain, formateurs ou étudiants, nous avons tous cheminé avec Paul Fustier et ses idées. Le 3 mars, ce professeur de Psychologie, grand contributeur et défenseur du travail social nous a quittés ; nous ne pouvions manquer de lui rendre un sincère hommage, à la hauteur si nous le pouvons, de la réflexion qu’il nous a laissée.
Paul Fustier a signé plusieurs ouvrages de référence sur les pratiques quotidiennes des éducateurs spécialisés, le travail en équipe et l’institution, toujours d’un point de vue clinique. Revenons sur les principaux apports de ce chercheur-théoricien du travail social. Il a notamment apporté ce concept de « l’effet ricochet ». « J’appelle effet ricochet, l’effet de changement, de traitement ou de soin que peut avoir cette liberté laissée à l’enfant de s’introduire dans une pratique qui ne le vise pas mais qui reste ouverte s’il veut s’y engager. » (in Education Spécialisée. Repères pour des pratiques)
Il développe également l’idée de « lien d’accompagnement », une réflexion sur la place de l’éducateur entre le contrat salarial, socle de tout accompagnement, et l’échange dans le don qui s’établit naturellement.
Paul Fustier c’est aussi l’expression de ces « corridors du quotidien » qui décrit une clinique quotidienne de notre travail en institution à travers l’idée de famille/non famille. Cet inévitable transfert de l’enfant sur l’institution qui devient « mère » et la nécessaire désillusion qui l’accompagne. Les corridors sont « ces espaces-temps ambigus au sein desquels se déploient, sous une apparente banalité, des échanges complexes qui permettent une reconstruction du lien social ».
Une analyse de la relation d’équipe et de la relation à l’institution est proposée par plusieurs de ses ouvrages et apporte recul et réponses aux professionnels. Paul Fustier a aussi défendu la clinique contre la performance, trop souvent demandée par les institutions à leurs équipes et qui fait oublier le sens de leurs actions.
Les réactions à son décès se multiplient depuis quelques jours.
Jean Cartry, éducateur spécialisé, ancien directeur d’établissement et auteur – notamment de L’éduc et le psy, co-écrit avec Paul Fustier – salue « sa stature intellectuelle » et revient sur l’œuvre qu’il nous laisse, dans un texte remarquable que Lien Social publie dans son prochain numéro.
Avenir Educs le remercie chaleureusement pour l’engagement dont il a fait preuve lorsque le collectif l’a sollicité au moment de sa création, et rend hommage au travail de ce « chercheur du quotidien qu’il était. Plus que jamais, nous défendrons ce qu’il a tant porté : la clinique du quotidien et le travail d’équipe en institution. » Des voix comme celles de Joseph Rouzel s’expriment également : « Nous étions unanimes sur le rôle qu’il a joué dans la communauté de la psychiatrie sociale mondiale. » Et nous le restons.
"Pour le chercheur aussi, Paul Fustier occupe une place majeure, écrit Michel Chauvière. Son premier livre, l’Identité de l’éducateur spécialisé, publié dès 1972 aux éditions universitaires, s’il est contemporain des Maisons de correction d’Henri Gaillac, du fameux numéro d’Esprit ou encore du Psychanalysme de Robert Castel, ouvre surtout plusieurs pistes innovantes pour la pensée du travail social. Il part en effet du travail réel, c’est-à-dire des pratiques cliniques au quotidien dans des institutions, tout en restant attentif aux catégories et aux modèles qui caractérisent ce domaine. Sa typologie des éducateurs (pionnier, familial-charismatique, familial-technique, etc.) a été pour moi à cette époque une invitation à l’effort de connaissance.
Je l’avais rencontré en août dernier lors d’une journée d’études. Il était très préoccupé par l’évolution actuelle des conditions faites au travail social et plus que jamais engagé pour le défendre. Il restera un phare pour nous tous, à condition de continuer à naviguer avec lui."

Dans les moments difficiles, il est bon de pouvoir se réfugier dans des écrits qui marquent notre identité commune, qui rappellent nos valeurs et construisent notre pratique. L’œuvre de Paul Fustier demeure l’une de celles qui réconfortent les travailleurs sociaux. Sa disparition nous invite, s’il en était besoin, à nous replonger dans ses lectures et à transmettre ses idées, ses convictions.




10 mars 2016

Au cœur de la cellule !

BON JE VEUX BIEN, je suis un vieil éducateur.
Le genre qui a connu l’héro au coin de la rue et la vie sans smartphone mais quand même, honnêtement, mes amis collègues, qui d’entre vous croit à cette affaire de cellule de déradicalisation ? D’après ce que j’en ai vu et lu, un genre de rattrapage de points du permis de mal se conduire. L’histoire se présente si mal que même Dounia Bouzar la désendoctrineuse en chef s’est retirée du processus. Les ados sont des êtres complexes qui répondent rarement à ce qu’on attend d’eux quand ils sont dans le refus de ce que parents et société leur offrent pour partir vers des contrées de l’exil et de l’irrationnel.
J’ai le souvenir de cette époque de grande toxicomanie par injection où mille spécialistes proposaient mille techniques formidables pour décrocher de l’aiguille.
La psychiatrie, la psychanalyse, le saut en parachute, le sevrage forcée, la prison, le tour du monde, l’entretien psycho quelque chose, les chantiers ou le cirque et toujours, on retrouvait le gars ou la fille qui traînait hagard dans le quartier, la shooteuse dans la poche. J’ai travaillé aussi avec des jeunes qui choisissaient des sectes plutôt que de vivre bêtement chez papa et maman. On les disait, entraînés malgré eux, sous pression, le cerveau lavé ! Moi, honnêtement, j’y voyais des gamins paumés qui allaient adorer des gourous plutôt que de se suicider, de déprimer ou de péter les boulons. On perçoit vaguement que la radicalisation est un mélange de quête d’absolu désespéré et un signe de fragilité individuelle. On perçoit aussi que l’on est tous passés à côté et que ceux qui pressentaient le phénomène n’ont pas été écoutés ou entendus.
Je ne doute pas que des centaines d’associations vont se jeter sur la manne de la radicalisation et que l’on va voir des spécialistes sortir de terre, partout.
Mais honnêtement, je ne vois personne au gouvernement ou ailleurs capable de mener et coordonner sereinement et intelligemment la réflexion sur un sujet aussi neuf et sans modèle. Alors chacun va faire sa tentative dans son coin avant le bilan final. Je propose que l’on écoute un peu plus les éducateurs de terrain et un peu moins les spécialistes religieux ou psycho-sociologues qui ont tout compris.
Je dis ça, je dis rien.

Etienne Liebig

Nota - Article publié dans Lien Social n°1180
La lecture de nos infréquentables chroniqueurs reste le privilège des abonnés de Lien Social, mais pour le plaisir, nous les partagerons désormais de temps en temps sur ce site. Attention tout de même : si vous vous attachez à eux autant que nous le sommes, vous prenez le risque de vous abonner à votre tour... Cela dit, rassurez-vous, en nous lisant tout entier, vous ne ferez que soutenir un journal indépendant !



9 mars 2016

De la plume dans les idées

Il ne manque pas d’audace. Et Lien Social, qui dans une autre mesure a vécu cette aventure voilà près de trente ans, ne peut que saluer aujourd’hui la naissance d’un petit cousin...
Quotidien, indépendant, en vrai papier, et sans pub, Le Progrès Social fait paraître son premier numéro aujourd’hui.

« Vous pensez que c’est fou de lancer un quotidien national d’opinion engagé et indépendant ? Nous aussi ! » plaisante la rédaction du Progrès Social. Et pourtant le projet semble bien sérieux.
Ses membres, militants associatifs, syndicaux, politiques, revendiquent un ton libre et critique pour proposer un nouvel espace de réflexion. Sujets politiques donc et de société, mais aussi culturels, avec un soin particulier porté au thème de l’éducation populaire.

Alors bon, commençons par une petite leçon d’histoire, celle de l’emblème de ce nouveau journal, l’églantine, relatée par Le Progrès Social : « Le symbole de l’églantine remonte aux premières grandes mobilisations du mouvement ouvrier pour obtenir la journée de huit heures, à la fin du XIXe siècle. Après la grève générale du 1er mai 1886 aux États-Unis, réprimée dans le sang, le 1er mai devient une « journée internationale de lutte des travailleurs ». C’est encore à cette occasion qu’en 1891, à Fourmies, près de Maubeuge, des milliers d’ouvriers se mettent en grève et défilent. Parmi les dix manifestants tués par la police, figure une jeune ouvrière du nom de Marie Blondeau. Elle portait des branches d’églantines sur sa robe. Les manifestants du 1er mai afficheront ainsi à la boutonnière une fleur d’églantine jusqu’en 1941, date où le maréchal Pétain la fait remplacer par le muguet… L’églantine, symbole d’espoir, d’émancipation et d’internationalisme, s’est imposée comme une évidence pour illustrer l’esprit du journal. » Un joli début.

S’il caresse l’espoir de se trouver un jour en kiosque, Le Progrès Social commence par une distribution sur abonnement, et toutes les infos pratiques se trouvent ici.

Bienvenue, et bon vent !



8 mars 2016

Clap sur le Handicap

Pour sa 29ème édition, le Festival Handiclap investit du 17 au 20 Mars l’Esplanade des Riveurs à Nantes (lieu emblématique des Machines de l’Ile) et propose quatre jours de spectacles « accessibles au plus grand nombre ». Car la raison d’être de ce festival repose sur la philosophie de « la culture par tous et pour tous » et sur la notion d’accessibilité et de handicap à travers l’expression artistique.

L’Association Pour Adultes et Jeunes Handicapés de Loire Atlantique (APAJH44) est à l’origine de la création du festival dans les années 1970 et se charge de son organisation depuis ses débuts. Pour la troisième année consécutive, elle a fait appel à l’IME Val Lorie pour imaginer la scénographie du lieu, construit à partir de matériaux de récupération, pour un « univers festif et chaleureux ».

Des photographes, chanteurs, humoristes ou performeurs traiteront de la différence de façon décalée, délurée mais toujours avec sensibilité. Pour ne citer que les plus connus :
• la chanteuse GiedRé sera sur scène le Jeudi 17 Mars avec ses textes « irrévérencieux » et son humour décapant.
• l’humoriste Guillaume BATS présentera le Samedi 19 Mars un One Man Show tout en autodérision.
Sont également proposés des visites adaptées, des lectures tactiles ou un spectacle sans paroles.

Programme du festival



20 février 2016

Bas Rhin : L’hébergement d’urgence à la rue

La résistance s’organise en Alsace. Car décidément, dans la région, la solidarité n’est plus au programme des politiques publiques. Après le Haut-Rhin, qui instaure un véritable chantage au RSA (lire plus bas) le Conseil départemental du Bas-Rhin vient tout simplement de réduire à zéro son budget dédié à l’accueil, l’hébergement et l’accompagnement des personnes sans abri.

Un budget de 640 000 euros qui passe à la trappe. Et avec lui des associations « dans un profond désarroi », alerte la Fnars Alsace, qui risquent de ne pas y survivre. « Touchés à mort », les mots de Carole Ely, la directrice de Regain, une association d’hébergement de femmes à la rue ou victimes de violence, disent la brutalié du choc. Le collectif des associations unies prédit des « conséquences dramatiques » dans une lettre ouverte à Frédéric Bierry, président (LR) du département. Lequel allègue qu’il veut mettre l’État « au défi ». Un jeu qui peut coûter cher aux centaines de personnes sans-abri dans la région. « Comment justifier une décision aussi brutale qui aura pour effet d’augmenter la grande précarité et les situations d’errance sur votre territoire ? » interroge la lettre.

Rassemblement

ou foire d’empoigne ?

A Strasbourg, la situation de l’hébergement d’urgence est déjà très tendue : le 115 du Bas-Rhin ne répond qu’à une demande d’hébergement sur trois. Le collectif SDF Alsace relève que 700 demandes sont en attente au SIAO insertion.
Aux yeux de Michel Poulet, assistant social et secrétaire de la section syndicale départementale FO Santé-social, cette politique d’austérité relève aussi de choix politiques « qui touche les plus fragiles d’entre nous ». Il craint des licenciements importants dans les différentes structures touchées par les baisses, notamment l’association Regain, l’AAHJ et Horizon Amitié. S’il espère que l’Etat viendra compenser la casse pour éviter la fermeture de certaines structures, il n’exclut pas « une foire d’empoigne » entre les associations restantes pour récupérer « les parts de marché ». Une intersyndicale CGT, FO, SUD appelle à une réunion ouverte à tous pour débattre des actions à mener.
Carole Ely y sera. Le dispositif d’accueil collectif de l’association Regain (30 places) est directement menacé. Il perd 25 % de son financement. « Or cet accueil est le socle de notre association qui dispose aussi de 16 places en logement d’insertion et 30 en CHRS ». L’hébergement collectif représente souvent une porte d’entrée pour les femmes qui sont accompagnées sur le long terme par cette petite association. « Si ce dispositif doit s’arrêter alors l’association s’arrête » explique la directrice. Elle aussi espère des compensations de l’Etat mais juge injuste la position du Conseil départemental qui renvoie à l’Etat la responsabilité de financer ces structures. « Mon association est portée à 60% par l’Etat » rappelle-t-elle. Le 11 février, associations et collectifs manifestaient contre cette décision alors que les représentants du Conseil départemental, de l’Etat et de la ville de Strasbourg se réunissaient.
Rien n’a filtré.



12 février 2016

Haut-Rhin : Chantage au RSA

Apporter la preuve d’avoir accompli sept heures de bénévolat par semaine. L’instauration de cette condition pour percevoir le revenu de solidarité active (RSA) a été votée le 5 février par le Conseil départemental du Haut-Rhin. Motif invoqué : l’augmentation constante du coût de cette allocation dans son budget. Le conflit entre l’Etat et les départements, qui dénoncent une forte hausse du montant de leur « reste à charge », dure depuis des mois.

« Depuis la mise en place de l’allocation en 2009, le taux de compensation par l’Etat n’a cessé de décroître » écrit l’ODAS. D’un taux de 90% en 2009, la compensation n’est aujourd’hui plus assurée qu’au deux tiers. Et la fronde gagne du terrain : la Mayenne a par exemple décidé, fin janvier, d’inscrire dans son budget 2016, un financement de ces allocations à la même hauteur que celui de 2014, appelant l’Etat à ses responsabilités. Le département plafonnera les versements aux organismes payeurs, Caisse d’allocations familiales (CAF) et Mutualité sociale agricole (MSA).

Dans un courrier du 10 février au Premier ministre, le président de la Caisse nationale d’allocations familiales, Jean-Louis Deroussen, s’inquiète de ces annonces de non-reboursement. Il rappelle que les conseils départementaux doivent 110 millions d’euros aux CAF au titre du RSA pour 2015.
En décembre dernier, l’Assemblée des départements de France demandait la recentralisation de cette allocation. Une possible issue à ce chantage budgétaire, qui alimente les discours stigmatisant à l’endroit des allocataires.

Dans les Alpes-Maritimes, le président du Conseil départemental, Eric Ciotti, a annoncé le 8 février vouloir suspendre le RSA des personnes qui auraient refusé deux offres d’emploi… Comme si elles pouvaient se complaire dans « l’assistanat » avec 524 euros par mois. Tout comme les présidents des conseils départementaux de l’Eure et de l’Orne, il a applaudi l’initiative du Haut-Rhin. « Cherche-t-on à culpabiliser les personnes qui vivent des minimas sociaux ? » questionne ATD-Quart Monde qui s’insurge contre cette proposition « inhumaine et irréaliste » d’obligation au bénévolat. « Une décision inacceptable » renchérit la Fnars, qui rappelle que les conditions d’accès au RSA, « dernier filet de protection sociale », sont « définies par la loi pour l’ensemble du territoire ».
Le 8 février, la ministre des Affaires sociales a qualifié d’« illégale » la mesure prise par le Conseil départemental du Haut-Rhin.