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10 avril 2020

✖ TRIBUNE - Mauvais présage

Olivier Véran vient d’annoncer sa décision retenir les premières mesures du plan de mobilisation nationale contre l’isolement proposé par Jérôme Guedj. Cette décision est prometteuse ! Voyons plutôt : « renforcement, d’ici la fin de cette semaine, du numéro vert national d’écoute de la Croix Rouge avec une attention spécifique pour les personnes âgées, fragiles et isolées  », « engagez-vous dans la vie associative et le bénévolat », « mobilisation des voisins avec le kit Voisins solidaires »
Imaginons les premières demandes reçues :
« Bonjour, je viens de subir une grave opération. J’ai demandé à rester hospitalisée, mais j’ai été renvoyée chez moi. Je suis âgée de 78 ans. Je suis très fatiguée. Je n’ai pas de réponses pour une aide à domicile. Comment dois-je faire ? »
« Je dispose d’une petite retraite et je ne peux pas payer les repas à domicile. Aidez-moi, s’il vous plaît »
« Je dois m’occuper de mon mari atteint d’une maladie d’Alzheimer. Cela fait des mois que j’attends une aide à domicile. On me dit que je suis sur liste d’attente »
« Je vous téléphone de mon EHPAD, car je n’en peux plus : cela fait trois heures que j’appelle avec mon alarme. Je baigne dans mes excréments. Personne ne vient. Il y a une seule aide- soignante pour 60 résidents. Et je paie 2500 € par mois »
L’Etat social doit réduire drastiquement ses dépenses, paraît-il. Mais, il vient de budgéter 45 milliards d’aide pour les entreprises et les salariés. Le bon signe aurait été d’annoncer la revalorisation massive des salaires des personnels assurant tant l’aide à domicile qu’en EHPAD et l’augmentation du nombre de soignants par personne accueillie. Mais non, la priorité se résume à faire appel au bénévolat. Sera-t-il encore moins question dans l’après COVID-19 de financer l’action sociale qui sera une fois de plus (et encore plus) sacrifiée sur l’autel du marché et du retour à la compétitivité de nos entreprises ? On nous dit que l’essentiel est de sauver notre économie. Mais, ce qui se profile de plus en plus, c’est de la sauver sur le dos des plus fragiles et des plus précaires.

Jacques Trémintin


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9 avril 2020

★ INITIATIVES - "Confinés mais pas Isolés" avec Avenir des Cités

Les éducateurs spécialisés d’Avenir des Cités s’adaptent à la situation de confinement et assurent une présence éducative sur les réseaux sociaux en télétravail. Ils proposent des animations à distance pour tenter de garder le lien avec les jeunes.
Un espace d’évasion, d’échange, d’écoute pour qu’ils s’expriment. Un espace qui permet aussi aux éducateurs de les rassurer et les conseiller.
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Photo
Cécilia et Sarah 2 participantes
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Un exemple ?
L’Atelier cuisine avec aux fourneaux, Nicolas Dubois, éducateur spécialisé.
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Au menu ?
Un fondant au chocolat

Chaque jeune a préparé chez lui les ingrédients nécessaires pour le réaliser :
200 g Chocolat noir
150 g de sucre
150 g de beurre
50 g de farine
3 œufs
Un rendez vous avec les jeunes sur Facebook et c’est parti ...


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9 avril 2020

✚ COMMUNIQUÉ – Associations et avocats demandent des mesures contraignantes pour assurer la protection des MNA

Communiqué du 6 avril 2020

36 Associations et syndicats s’associent à 88 avocats d’enfants et adressent une lettre ouverte au Premier Ministre pour l’alerter sur la situation dramatique de nombreux mineurs isolés qui, malgré les mesures prises par le gouvernement, continuent à être laissés sans protection.

Les obstacles à l’accès à une protection effective pour les mineurs isolés existaient avant la crise sanitaire, ils perdurent aujourd’hui. Les quelques mesures prises ces derniers jours et les recommandations adressées aux conseils départementaux ne suffisent pas à préserver tous les enfants de la rue lors des différentes étapes de leur parcours. Les nombreux exemples cités dans la lettre démontrent que :

  • certains départements continuent de leur refuser l’accueil provisoire d’urgence lorsqu’ils se présentent pour demander une protection, en violation de la loi.
  • d’autres mettent fin à leur prise en charge après avoir remis en cause leur minorité.
  • des ordonnances de placements provisoires prises par les juges des enfants ne sont pas exécutées.
  • les enfants et adolescents dont la minorité a été contestée avant la crise doivent survivre dans la rue, des campements ou des squats et sont exposés à tous les dangers.

L’épidémie de Covid-19 renforce immanquablement les risques rencontrés par ces jeunes dont l’état de santé est déjà fragilisé : impossibilité de respecter les mesures de confinement, accès insuffisants à l’alimentation, à l’hygiène et à l’eau, carences d’informations adaptées sur les gestes barrières et les précautions à prendre, difficultés d’accès aux soins.

Les conditions indignes dans lesquelles ils vivent les fragilisent face au Covid-19. La crise sanitaire les prive, en grande partie, du soutien que leur fournissaient les associations et les permanences juridiques, elle rend impossible l’accès à certains services administratifs et à de nombreux tribunaux pour enfants. Rien n’est prévu pour les jeunes qui présentent une forme non aggravée du Covid-19 et doivent faire l’objet d’un suivi médical et d’un confinement individuel, les centres dits « de desserrement » étant réservés aux majeurs.

Des solutions existent pourtant afin d’imposer aux départements le respect de leurs obligations en matière d’accueil provisoire et pour garantir la protection effective des enfants et adolescents dont ils ne reconnaissent pas la minorité. Nous sommes conscients de la difficulté qu’il y a à organiser la réponse publique, en cette période de crise qui touche l’ensemble des secteurs sociaux. Certaines mesures en faveur des personnes vulnérables ont d’ores et déjà pu être prises. Elles restent cependant quasi inexistantes pour les mineurs et jeunes majeurs isolés.

Nous proposons dans cette lettre ouverte une série de mesures immédiates à prendre afin qu’aucun enfant, que ce soit durant l’état d’urgence sanitaire ou une fois cet état levé, n’ait à dormir dans la rue ou dans des lieux indignes et dangereux. Les enfants isolés ne doivent pas être oubliés.

Signataires :
Associations et syndicats :
Amnesty International France, Association d’Accès aux Droits des Jeunes et d’Accompagnement vers la Majorité (AADJAM), Avocats pour la Défense des Droits des Etrangers (ADDE), Association des Avocats de Toulouse pour la Défense des Etrangers (ADE), Association pour la Défense des Mineurs Isolés Etrangers (ADMIE), Association Nationale des Assistants de Service Social (ANAS), la CASA, CGT-PJJ, Convention Nationale des Associations de Protection de l’Enfant (CNAPE), Cimade, Défense des Enfants International (DEI-France), Droits d’Urgence, Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS), FASTI, Fédération Education Recherche Culture-CGT (FERC-CGT), Fédération des Etablissement Hospitaliers et d’Aide à la Personne Privés non-lucratifs (FEHAP), Fédération d’Entraide Protestante (FEP), GISTI, Hors la Rue, Ligue des Droits de l’Homme, Médecins du Monde (MDM), Médecins sans Frontières (MSF), les Midis du MIE, Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP), Paris d’Exil, Réseau Education Sans Frontières (RESF), Secours Catholique – Caritas France (SCCF) Soul Food, Syndicat des Avocats de France (SAF), Syndicat National des Personnels de l’Education et du Social-PJJ (SNPES-PJJ), Thémis, Timmy, UNICEF-France, UNIOPSS, Union Syndicale Solidaires, Utopia 56.

Avocats et barreaux :
Barreau du Val de Marne, ATTIAS Dominique – Paris, DELANOE DAOUD Catherine – Paris, ROTH Isabelle – Paris, DUVERNEY PRET Mélanie – Paris, DAOUD Emmanuel – Paris, DESAILLY Delphine – Paris, GOUDJIL Yamina- Paris, SFAOUI Johanne- Paris, MULS-BRUGNON Nathalie – Paris, ROUANET Pierre – Paris, MENEGON Sophie – Paris, DELBECQUE Eric – Paris, GOTTSCHECK Laurence – Paris, DANVEL Claudine – Paris, LADOUX Benjamin – Paris, PARTOUCHE KOHANA Stéphanie –Paris, ALBERTINI Jean-Etienne – Paris, MANELPHE Mélanie – Paris, JEANNOT Brigitte – Nancy, BOULY Hélène – Versailles, JULIÉ Antoine – Paris, MARECHAL Delphine – Paris, BILBILLE DAUVOIS Laurence – Paris, BRUEZIERE Émilie – Paris, DEWAELE Emilie - Lille, Présidente d’InfoMie, BATTINI Anne – Paris, VIBOUREL Anne-Caroline – Lyon, DREAU Nathalie – Paris, Plaçais Anne Carole – Paris, CHAUMETTE Yann – Nantes, SITRUK Diane – Paris, VI VAN Maëlle – Paris, PESCHANSKI Flora-Paris, CLANET DIT LAMANIT Isabelle- Hauts-de-Seine, de BLIC Blandine – Versailles, de SEZE Jean – Paris, BITTON Josine - Seine-Saint-Denis, LE ROY Amandine – Nantes, MESA Sylvia – Paris, Brigitte BERTIN – Besançon, LAFOND Christelle – Paris, HERIDA Saliha – Paris, LASSAILLY Delphine –Paris, LINO Maya - Seine Saint Denis, TOULOUM Nadia-Paris, BENITEZ Ambre - Val de Marne, BUTTIN Marlène – Paris, POUSSIN Pascale – Paris, SAIDI-COTTIER Noémie – Paris, BOULAY Véronique – Paris, DJIDERT Marie-Leïla – Paris, LENDRES Frédérique – Paris, MACAREZ Léa – Paris, LAMY Stéphanie - Val de Marne, BUCHBINDER Karine - Val de Marne, SCALBERT Sarah – Paris, FIRMIN Adeline – Lyon, MICHEL-BÉCHET Lucas – Paris, DRAVIGNY Amandine – Besançon, LANGLOIS Justine - Seine Saint Denis, BEAUVAIS-MUTZIG Laura-Paris, RODRIGUES Sonia – Nancy, GUGENHEIM Isabelle, DE SAN LORENZO Alexandra – Paris, DUMONT SAINT PRIEST Louise – Paris, FONDA Camille – Paris, SAFAR GAUTHIER Marlène –Paris, POCHARD Sophie – Lyon, MASSOU DIT LABAQUERE – Pau, RUDLOFF Séverine – Strasbourg, TADJINE Karima – Paris, MAIRE Julie – Paris, MERAL Pierre- Aurillac, SINGH Charlotte – Paris, DUJARDIN Claire – Toulouse, GORKIEWIEZ Hélène – Paris, TOURNILLON Olivier, Val-de-Marne, LEFORT Anaïs, Seine-Saint-Denis, LASSALLE Anne, Seine-Saint-Denis, NAKACHE Pascal, Toulouse, JAY Mathilde , Toulouse, GHENIM Meriem , Seine Saint Denis, FOZING Jean – Paris, BAZIN Judith – Montpellier, SORRIAUX Jonathan – Compiègne, LEVI-CYFERMAN – Nancy, KHOURY-CARDOSO Sara – Toulouse, KORN Pascale – Paris.


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9 avril 2020

✖ TRIBUNE - Le festival nantais T’CAP annulé, son esprit reste

Par Olivier Raballand du collectif T’CAP

Ce 4 avril 2020 est marqué par le symbole d’un événement annoncé qui n’a pas lieu : le festival T’Cap. Son principe ? Mettre en valeur les projets des acteurs du réseau autour du handicap. Celui-ci devient une ressource, un objet de rencontre et d’échange.
Nous - l’équipe du Collectif T’Cap - vous avions promis une belle journée sous le signe de la convivialité, de la diversité et du mieux vivre ensemble…
Nous vous attendions de pied ferme en présence des associations, collectivités et services de l’État membres du réseau !
À présent il fait 19° et le vent est /sud-est souffle doucement, idéal sous les nefs exposées à la domination des vents d’ouest. Les conditions climatiques étaient bien réunies, mais de réunion ça sera la seule…
Ce foutu Covid-19 qui a choisi de s’inviter en ce monde pourrait bien symboliser la manière dont nous étions rendus à le faire tourner…
Il se répand partout sur notre planète, la mondialisation et sa soi-disant régulation naturelle sonne un peu faux.
Il touche les plus vulnérables d’entre nous et bizarrement ce sont toujours les mêmes.
Il met à mal nos politiques publiques, certaines, un jour, s’étaient posé cette question : « La santé doit-elle être rentable ? », elle semblait également y avoir insidieusement répondu.
Il éprouve les modes de gouvernance de nos différents pays en mettant en exergue leurs dysfonctionnements : la manière de communiquer vers leur peuple, la tyrannie d’un pouvoir dissimulant la vérité, la technicité et la science comme La solution, la limite des réponses sanitaires du Tout privatisé… chaque peuple s’y retrouvera un peu, plus ou moins.
Le festival T’Cap avait comme slogan vaste, ambitieux et improbable : « Changer le monde  » et c’est pourtant ce qui se vivait à chaque édition tous les deux ans depuis 2008.
Momentanément, le monde change et pas vraiment comme nous le rêvions…
Certains en viennent se poser la question de la hiérarchie des vies au regard de moyens limités pour faire face à l’épidémie.
Sans surprise, dans ces temps incertains, les plus vulnérables partent les plus vite, et l’on pense de manière plus ou moins lointaine à cette théorie de Monsieur Charles Darwin…
Je forme l’espoir que l’on puisse s’interroger dans cette sortie de crise sanitaire sur des termes comme : « bien commun » , « intérêt général », « utilité sociale  ». Ces mots ne sont pas issus d’un groupuscule de personnes un peu « bisounours » mais forment une réalité de vie en société.
Je forme le vœu que l’expression «  État providence » se transforme dans les esprits non pas en argent public gaspillé, mais plutôt en conditions minimales pour assurer une solidarité nationale qui ne peut être conditionnée aux ressources financières de chacun.
À l’heure où ceux qui ont le plus d’argent négocient les masques de protection sur ces tarmacs transformés en drôles de marchés, je me dis qu’on est encore loin, très loin de tirer les conséquences de ce qui nous arrive !
Alors j’ai continué une activité entreprise depuis le début du confinement : fendre des bûches…


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8 avril 2020

★ INITIATIVES - La mobilisation ne faiblit pas

Par Delphine Brard, Association la « Vie active ».

La Vie Active est une association du Pas-de-Calais qui étend son action militante dans tous les champs d’intervention du secteur social et médico-social. Elle s’adresse aussi bien aux enfants, aux adultes, aux personnes âgées dépendantes, aux personnes atteintes d’un handicap qu’aux personnes en grande difficulté sociale.
Tous ces secteurs d’intervention se sont mobilisés face à la pandémie.

Pour éviter les syndromes de glissement des personnes fragiles au sein de ses Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), les personnels usent de plusieurs stratagèmes pour continuer à faire vivre la bonne humeur : Carnaval dans les couloirs, karaoké connecté dans toutes les chambres, chant et musique en bas des fenêtres…

La solidarité entre nos établissements est également à mettre en valeur : les personnels de nos établissements qui ont fermé viennent en renfort : les psychomotriciennes de nos Institut médico éducatif (IME) ; les éducatrices, les travailleurs en situation de handicap de nos Etablissement et service d’aide par le travail (ESAT) viennent en renfort dans nos EHPAD.

La solidarité des commerces est aussi remarquable : pains au chocolat, fleurs, tablettes sont offerts aux personnels et résidents de nos établissements
En parallèle, pour faire face à la pénurie de masques, notre ESAT coud des masques en tissu pour nos établissements.

Notre Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) continue à accueillir les personnes à la rue ou les famille en détresse (femmes victimes de violences conjugales par exemple).
Nos IME (instituts médico-éducatifs) continuent à faire cours à distance, et pour éviter une fracture numérique entre élèves, les cours ont été imprimés puis distribués aux familles.
Vous pouvez retrouver tous ces sujets sur le Facebook de notre association. La Vie Active - Humaniste et Fraternelle : https://www.facebook.com/associationlavieactive/


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8 avril 2020

✚ COMMUNIQUÉ – Le 119 met un formulaire en ligne

Depuis le 2 avril 2020 il est possible de contacter les professionnels du 119 en passant par un formulaire dédié aux situations d’enfant en danger ou en risque de l’être.
Tu es un enfant, un adolescent et tu penses être victime de violences ou que l’un de tes camarades est en danger, tu peux appeler le 119 à tout moment (ton appel sera prioritaire), mais tu peux également nous écrire en utilisant le formulaire "besoin d’aide".
Vous êtes adulte, témoin, préoccupé par une situation d’enfant ou d’adolescent en difficultés... vous pouvez aussi nous écrire via ce formulaire.
Vous êtes un parent en difficultés avec vos enfants, vous avez besoin d’aide ... vous pouvez aussi nous écrire.
Attention, ce formulaire n’est pas destiné à gérer des situations de danger grave et immédiat sur un mineur. Pour toute situation urgente, il convient de contacter les services de première urgence : la police, la gendarmerie (17 ou 112), les pompiers (18 ou 112) ou le Samu (15).
https://www.allo119.gouv.fr/recueil-de-situation


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8 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Lettre d’une oubliée

Par Elodie, éducatrice spécialisée
Reçu le samedi 4 avril, 10h26

Je suis éducatrice spécialisée. Ce métier ne vous dit sûrement pas grand-chose car peu de personnes y sont confrontés. Si vous n’êtes pas un enfant placé, une personne handicapée, une femme violentée ou un SDF affamé, peu de chance de nous croiser...

A l’heure où la France s’est arrêtée, une minorité de gens continuent à travailler, le personnel soignant bien sûr mais aussi... des éducateurs spécialisés. La détresse sociale ne se met pas en pause durant l’épidémie, le confinement aggrave bien au contraire des situations déjà bien affaiblies.

Je vais vous partager un bout d’mon quotidien en toute sincérité et ainsi espérer sortir de la case des oubliés...

J’accompagne des enfants abandonnés, délaissés, maltraités, cabossés par une vie qu’ils n’ont pas choisie. A l’heure où on nous impose cette fameuse « distance sociale », vous allez voir que pour nous c’est juste une terrible injonction paradoxale...
Je suis...
A côté de toi, pour t’aider à franchir la porte de la classe,
Derrière toi, dans les gradins, pour t’aider à réussir cette dernière passe,
Devant toi, pour te protéger et attendre que l’orage passe,
Tout près de toi, pour t’aider à enlever cette carapace,
Loin de toi, pour admirer ton envolée, la grande classe !
Je suis...
Cette brise qui t’aide à souffler ta douzième bougie,
Ce vent qui te pousse à exprimer au juge ce que tu vis,
Cette tornade qui te fait sortir de ton lit,
Tantôt le méchant, tantôt le gentil...
Je te prête mes mots, quand je te sens bégayer,
Je te laisse mon épaule pour que tu puisses pleurer,
Je te tends la main pour t’éviter de glisser,
Je te prends dans mes bras quand tu es prêt à exploser...
Mon corps est mon seul outil de travail, mais il est en permanence attaqué. Malgré toi, tu essaies parfois de l’abimer, avec des griffures, des morsures, des coups de poings ou des coups de pieds...
Je n’ai pas d’arme pour me défendre quand je me sens attaquée, juste des mots et mes convictions pour t’aider à avancer... le métier d’éducateur est difficile à évaluer, tous ces actes ne rentrent pas dans des cases ni dans aucun rapport d’activité.
Mais moi ce qui me fais vibrer, c’est toute cette partie immergée, c’est tous ces moments impalpables qui ne sont pas comptabilisés, des fous rire en pagaille et des moments à jamais gravés... des émotions qui s’entrechoquent, on passe du rire aux larmes, l’adrénaline comme moteur et ma détermination comme seule arme.
Des liens tissés au fil de mois sont solidement ancrés. On s’est attaché, tu as tiré sur la corde mais on n’a pas lâché, on a résisté contre vents et marées. Tu nous as détestés, tu nous as insultés, tu as déversé toute la haine que tu as contre la société, mais on est resté là, on n’a pas bougé. Ça y est, le lien de confiance est créé, maintenant y’a plus qu’à dérouler...
L’arrivée au foyer t’a souvent fait pleurer, et au moment où tu commençais à te poser viens souvent l’heure de se séparer... J’ai l’espoir que les graines semées puissent prendre sens pour toi dans quelques années...
Partagez, faites tourner, et peut être que ce soir à 20 heures quand vous applaudirez, vous aurez une petite pensée pour nous, les oubliés...

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com. (Plus de précisions)


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7 avril 2020

• TERRAIN - Commentaire sur l’intervention de J.M. Blanquer

Jean Michel Blanquer réagit ici, tout comme le reste du gouvernement, comme un pompier incendiaire. La Circulaire du 22-3-2017 avait organisé le redéploiement progressif des Assistants de service social du second degré de l’Éducation nationale vers le premier degré des REP+. Résultat : les établissements ne relevant pas de l’éducation prioritaire ou d’un secteur rural défavorisé ainsi que les lycées généraux et technologies ont vu petit à petit disparaitre les professionnel(le)s en poste qui y avaient jusque-là tissé un lien fort avec les équipes pédagogiques et les élèves. L’action sociale s’y trouve morcelée, quand elle n’est pas carrément dilapidée.

Est-ce du cynisme ou une perte de mémoire de la part d’un ministre de l’Éducation nationale rendant hommage aux assistants de service social … qui ont été retirés de leur poste ? Comment ose-t-il parler d’une « connaissance des élèves » et du « suivi au jour du jour des situations les plus complexes » exercés par des intervenants qu’on a fait disparaître des établissements ?

C’est là, une fois de plus, le résultat d’une politique délibérée de réduction des dépenses sociales d’un État néo-libéral qui a préféré répartir l’existant, plutôt que de créer des postes répondant aux besoins. On en paie aujourd’hui les conséquences, comme dans beaucoup d’autres secteurs.

Revoir la vidéo de
✚ COMMUNIQUÉ – COVID-19 - Message du Ministre de l’Éducation nationale aux assistants de service social


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7 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Le quotidien confiné d’une famille d’accueil

Par Pat., assistante familiale.
Reçu le Dimanche 5 avril, 8h52

Je suis famille d’accueil embauchée par le Conseil départemental de Meurthe et Moselle, depuis plus de 12 ans. J’en suis à mon 4e accueil à présent. L’enfant que j’accueille depuis 7 ans à présent est assez caractérielle. Pour résumer la situation, elle présente des comportements parfois dérangeants mi ange, mi-démon ! Bien sûr, comme une majorité d’enfants placés depuis leur plus jeune âge, elle présente des troubles du syndrome abandonnique (comportement déroutant, troubles du sommeil etc…). Elle est suivie par une psychothérapeute. A force de patience, d’écoute et d’empathie souvent, on peut arriver à la canaliser. Je tiens à préciser qu’elle a bon fond et lorsqu’elle déborde, ensuite, après réflexion, elle vient me demander pardon et m’offre un petit présent (dessin) ou un mot d’excuses (que je garde précieusement évidemment !) Enfant vive et intelligente, elle réussit très bien à l’école, parce qu’elle est volontaire et se bat pour y arriver.

Ainsi, en ces temps de confinement, il nous a fallu réadapter le programme de la journée.
Les jours d’école (normalement), on travaille sur les devoirs reçus par email (envoyés par sa maîtresse), 1 h le matin, puis 1h l’après-midi. Avec mon mari, on s’est improvisé professeurs : lui pour les maths, et l’anglais ; moi pour le reste (français, histoire-géographie, sciences, arts plastiques). Et on s’est ainsi partagé la journée :lui le matin, moi l’après-midi. Entre temps, on coupe la journée avec une promenade en forêt (située juste au-dessus de la maison), un jeu de société l’après-midi, du jardinage ou encore une petite séance de gymnastique de yoga ou étirements (présentée sur youtube), le tout agrémenté de lectures.
Les jours de repos (mercredi et week-end) sont réservés aux activités manuelles ou à la cuisine. Ainsi, la fillette nous a déjà confectionné (non sans fierté) une fois une mousse chocolat, une autre un pudding vanille et ce week-end un roulé à la confiture de fraises. A chaque fois, je l’ai valorisée en prenant une photo afin de l’envoyer à maman. En ce qui concerne les visites parentales, cela fait deux mois qu’elle n’a pas vu maman. Mais on s’appelle en visio par « snap chat », afin de compenser ce manque. On en a fait de même pour qu’elle voie sa maîtresse qui lui manque aussi.

Cet enfant souffre d’un asthme sévère. Par conséquent, elle fait partie des sujets à risque, ainsi lorsqu’on sort dans le village, elle doit porter un masque. On a dû suspendre les jeux avec son petit frère placé dans une autre famille d’accueil du village. Elle l’a bien compris, même si c’est difficile pour elle.

Pour échapper à la routine, on lui a autorisé un jour et une nuit à camper à l’intérieur de la maison. Ça changeait de l’ordinaire et elle en était ravie ! Hier, on a organisé une petite promenade (moi à pied, elle sur le vélo) dans un rayon d’un kilomètre autour de la maison, munies d’une attestation de sortie bien sûr ! Tout est bon pour « casser » la routine. Elle a droit à une heure de télévision et une heure d’ordinateur ou de portable par jour. Mais, elle a hâte de retrouver les copains-copines d’école et sa maîtresse ! Voilà notre quotidien en ce moment.

Retrouvez tous les jours les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com. (Plus de précisions)


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7 avril 2020

✚ COMMUNIQUÉ – COVID-19 - Message du Ministre de l’Éducation nationale aux assistants de service social

Un message du Ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, aux assistants de service social durant la période de confinement.


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