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30 avril 2020

■ ACTU - Formation • Interrogations en contrôle continu


« Une situation ubuesque et inique », l’inter régionale des formatrices et formateurs en travail social (L’IRE) ne décolère pas. La décision de l’Etat, annoncée le 20 avril via un courrier aux directions d’école, d’annuler toutes les épreuves orales et écrites pour tous les diplômes délivrés en 2020 en les remplaçant par un contrôle continu soulèvent de nombreuses questions. La toute jeune fédération nationale des étudiants en milieu social (FNEMS) a envoyé un questionnaire aux étudiants suite à cette annonce pour recueillir leurs réactions. Elle a reçu 800 réponses qui révèlent beaucoup d’inquiétudes : « Sur quels critères d’évaluation s’appuiera le contrôle continu ? », « Y aura-t-il un cadrage nationale ou des modalités selon les écoles ? », « Les étudiants seront-ils informés de ces critères d’évaluations ? », « Les dossiers rendus avant le confinement seront-ils pris en compte ? ».

Travailler pour rien ?

Thouraya Saïd, étudiante en troisième année d’éducatrice spécialisée et membre du comité de mobilisation des étudiant.e.s en travail social a rendu son mémoire, sur lequel elle a planché pendant plusieurs mois, la veille de l’annonce gouvernementale. Elle s’interroge : est-ce que ce dossier sera pris en compte ? La foire aux questions, publiée par le ministère une première fois le 28 avril et immédiatement corrigée le 29, donne une réponse pour les étudiants qui n’auraient pas pu rendre leurs travaux du fait du confinement : « L’étudiant n’a pas l’obligation de restituer à l’établissement de formation les productions personnelles initialement prévues ». Mais rien pour ceux qui l’aurait rendu pendant cette période. Par ailleurs, elle indique qu’aucune forme d’évaluation pendant le confinement ne sera prise en compte. Est-ce que cela signifie que les étudiants auront travaillé pour rien ?

Pour L’IRE, il s’agit « d’un manque de considération pour le travail réalisé : des écrits de certification préparés depuis des mois ne seront ni lus, ni évalués ».

Textes officiels

Les directions d’école attendent désormais les textes réglementaires pour y voir plus clair. L’IRE dénonce « le flou total et l’injustice inéluctable sur les modalités de cette évaluation : des travaux effectués en cours de formation doivent tout à coup se transformer en notes délivrant un diplôme d’Etat ! ». L’absence de tout regard extérieur risque d’engendrer de nombreuses inégalités et transformer un diplôme d’Etat en diplôme d’une école, jugent ces formateurs. Interrogée par Lien Social, la Direction générale de la cohésion sociale explique répondre dans un premier temps à ces interrogations par sa « foire aux question ». « Dans un deuxième temps, il est prévu de publier des textes de nature réglementaire qui viendront cadrer juridiquement ces modalités de certification. Des documents annexés serviront de guide pour les établissements de formation et les jurys ». Aucune précision de date.


30 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Histoire de confinements

Par Soline, Assistante service social
Je vous fais juste part de quelques constats de travail. Cette dame d’origine portugaise, mais peut-être a-t-elle la nationalité française, je ne sais pas je n’ai pas regardé. Pour elle, c’est comme pour beaucoup, il y a un monde entre les annonces et la réalité. La CAF dit maintenir les droits. En ce qui concerne cette dame, ils ont retenu une somme énorme de RSA après réévaluation de ses droits de ... l’année dernière !! Elle a trop perçu, se retrouve donc en dette, et ils retiennent le montant de la dette sur ses droits actuels... Donc, rien pour vivre depuis le 15 mars, et seulement 350 euros à partir du mois prochain. Elle vit seule avec ses deux enfants, doit payer le loyer et les factures, etc... Ils me fatiguent ces administrations. Un autre Monsieur s’est vu couper l’AAH car il n’a pas fourni son nouveau titre de séjour, pour lequel il avait rendez-vous en préfecture le premier jour du confinement... Les titres de séjours périmés sont pourtant prolongés automatiquement pour trois mois à cause du contexte. La CAF le sait et est donc dans l’illégalité. Comme d’hab... Et quand on les appelle, ils ne veulent pas nous parler, parce que l’allocataire n’est pas présent lors de l’appel...!! Fatiguant...
Hier, j’ai rendu visite à deux familles avec la voiture du boulot, pour distribuer des jouets d’Emmaüs, et surtout les voir en direct : tout le monde était content de se voir, les familles et moi ! Ça faisait drôle de rouler dans Toulouse après toutes ces semaines de confinement ! Je n’étais pas seule dans les rues, mais il n’y avait pas grand monde. Je n’ai pas été inquiétée par les flics, ni à pied, ni en vélo, ni en voiture. J’ai des collègues qui ont été contrôlés plusieurs fois, d’autres pas du tout, c’est très aléatoire. C’était triste quand même de voir toutes des devantures fermées, les rues désertes ou presque, comme un jour férié d’hiver...

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Retrouvez les témoignages de travailleurs sociaux en pleine crise sanitaire sous la thématique "Terrain, journal de bord" de notre rubrique Actualité.

si vous aussi, vous souhaitez nous faire part de votre témoignage, écrivez-nous à red@lien-social.com. (Plus de précisions)

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29 avril 2020

■ ACTU - Table ronde du confiné

Le mercredi 29 avril s’est tenue une « table ronde du confiné  » sur Youtube à laquelle ont assisté 554 internautes.

Trois intervenants y ont débattu : Didier Dubasque, Assistant social, membre du Haut conseil du travail social, Guy Hardy assistant social, membre de l’association européenne des thérapeutes familiaux et Jacques Trémintin, travailleur social en protection de l’enfance et chroniqueur à Lien Social.
Ont été abordés :
- Le processus de dégradation de l’action sociale,
- La nécessaire mutation des pratiques professionnelles, ainsi que
- La créativité que les travailleurs sociaux ont su mettre en œuvre face à l’épidémie.

L’événement en vidéo :


29 avril 2020

★ INITIATIVES - La revue Union Sociale

La revue Union Sociale éditée par l’UNIOPSS est confrontée, tout comme Lien Social, aux difficultés d’impression et de routage. Elle propose ses numéros des mois d’avril et de mai en format électronique et en libre diffusion. On peut y retrouver notamment un dossier central est consacré à la transformation de l’offre.


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29 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Télétravail et confinement : chronique de l’adaptabilité en temps de « Pandémie »

Par A. K. Educateur Spécialisé en CHRS
Voilà maintenant quatre semaines que LAHSo, notamment Accueil et Logement, le Service Habiter et près de la moitié de l’humanité vivent une période sans précédent dans l’Histoire moderne, où nous sommes chacun et chacune appelés à vivre dans nos grottes respectives, loin de tout contact et interactions sociales ; loin de ce qui fait l’humain en somme : « L’homme est un animal social » disait Aristote… je crois que la planète entière serait prête à valider le bon sage grec, en ce jour..
Notre pratique s’articule justement dans ce lien, dans ce contact, relégué aujourd’hui au rang de la prohibition. L’annonce du confinement a d’emblée suscité une montagne de questionnements quant à notre pratique avec pour axe névralgique certainement celui ci : comment accompagner… sans être vraiment là ?! Un questionnement porté par de nombreux doutes, doutes au combien non rassurés par les annonces présidentielles des premières heures, au sujet de notre secteur. Et bien que le pays soit quasi à l’arrêt, force est de constater que les problématiques des personnes accompagnées, elles, sont encore en marche. Marche parfois encore plus soutenue, et haletante.

Une occasion en or de mettre à l’œuvre une compétence maîtresse dans l’accompagnement social, l’adaptabilité : de la réorganisation des outils à un accompagnement modifié, en passant par le lien aux partenaires (pour ceux encore présents) ... notre pratique a dû être remodelée autour de la notion de télétravail, pourtant tant éloignée de nos métiers. Bienvenue dans l’accompagnement 3.0, où la connexion internet a remplacé le bureau. Où le mailing y construit le lien. Où la 4G est reine.

Fermement installés devant nos ordinateurs personnels, le téléphone bien accroché à nos écoutilles, nous faisons face. Face aux doutes des personnes, face à leurs démarches obligatoires devant une administration fonctionnant au ralenti, face à l’élaboration, seul.e.s Seul.e.s oui, car, malgré les grands renforts de confcall’, ce qui fait l’équipe et, par analogie, ce qui soulage, n’est plus. Terminé les échanges interstitiels où différentes propositions pouvaient émerger, les voici remplacés par l’appel en visio. Terminé la blague de la collègue au détour d’un bureau qui pouvait faire prendre conscience de ; terminé la contemplation sur un trajet lors d’une visite à domicile qui, l’espace d’un instant, soulageait l’esprit… La réflexion est constante, et elle se fait seule, occupant une charge mentale des plus importantes.

Un confinement qui appelle à l’introspection : personnelle en premier lieu. Mais également du service. Voilà le temps de nous poser, penser ce que nous nous laissons peu le temps de faire jusqu’ici : repenser nos outils, notre organisation, se recentrer sur notre philosophie d’accompagnement, pour la développer, l’adapter, la sublimer. Notre pratique en ressortira-t-elle modifiée ? Sans aucun doute. Grandie ? Faisons-en le pari !
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28 avril 2020

► FORUM - Et si nous mettions de temps en temps nos lunettes d’enfants

Espace du lecteur
Par Marie-Dominique Chevalier, Assistante familiale

Voici des histoires qui auraient pu prendre des proportions incroyables aux yeux des services sociaux, si nous ne prenions pas garde et regardions ce qui se passe avec nos yeux d’adultes uniquement.
Voici l’histoire de Josette, six ans, qui est en famille d’accueil depuis ses 20 mois. C’est une petite fille sans histoire, qui évolue bien. Elle est très curieuse, elle s’intéresse à tout. Elle est accueillie pour des négligences éducatives. Il y aurait eu, paraît-il un contexte plus ou moins incestueux ; nous n’en avons pas la preuve. C’est de l’ordre de la rumeur.
Revenons à Josette ; elle est tellement curieuse, qu’elle observe les adultes et reproduit tous leurs gestes. Lors de sorties, elle prend un vieil appareil photo pour faire semblant de réaliser un reportage. Son assistante familiale lui octroie le droit d’utiliser un petit appareil numérique pour que Josette puisse voir ce qu’elle photographie et ainsi travailler les différents angles etc. L’assistante familiale faisait confiance à Josette et la laissait faire.
Un jour où Josette était à l’école, l’assistante familiale effectuait un peu de rangement et de ménage dans la chambre de l’enfant. Elle tombe sur l’appareil photo et sa curiosité aidant, elle jeta un coup d’œil aux photos. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant des photos du séant de Josette. Mille questions lui vinrent à l’esprit : Josette a-t-elle été abusée ? Josette aurait-elle assisté à des séances de photos pornographiques et reproduirait-elle ce qu’elle avait vu ? On nous a bien dit que le climat familial n’était pas sain : dois-je intervenir auprès du référent ?
De retour de l’école pour le repas de midi, l’assistante familiale demande à Josette si elle veut bien lui montrer les photos prises durant le week-end. Sans hésiter, Josette prend l’appareil et montre. A la vue des photos « dénudées » l’assistante familiale demande à Josette. Pourquoi as-tu fait des photos de ton derrière dénudé ? Et tout naturellement, Josette répond : « je n’ai jamais vu mon derrière puisque c’est dans mon dos, alors pour voir comment c’est, je l’ai pris en photo, voilà !!! » Il n’y avait donc rien de pernicieux, d’ordre sexuel. C’était juste de la curiosité.
Que ce serait-il passé si l’assistante familiale, dérangée par les photos avait recontacté les services sociaux ? On peut aussi se dire que Josette évolue dans un climat de confiance et peut parler librement sans être jugée. Elle ne pense pas « à mal ». Elle sait que l’on va l’écouter. A quoi bon cacher les choses ? Souvent l’adulte a une vision des choses complètement faussée par un regard biaisé, « intoxiqué ».
Enrique a lui aussi été vu comme un petit garçon vicieux. C’est l’hiver, il fait très froid et pour se rendre à l’école, Enrique met un caleçon long sous son pantalon. Enrique est lui aussi, accueilli chez une assistante familiale. A 16h00, l’assistante familiale est interpellée par l’enseignante qui explique qu’Enrique a baissé son pantalon dans la cour de récréation. L’assistante familiale, bienveillante, dit qu’elle va reprendre avec Enrique. De retour à la maison, elle demande à Enrique : « Pourquoi as-tu baissé ton pantalon ?  » Et là il lui répond : « mes copains ne me croyaient pas quand je leur ai dit que j’avais mis un caleçon long, alors j’ai voulu leur montrer  » Encore une fois, il n’y avait rien de dramatique. Il a suffi, tout comme avec Josette de leur expliquer qu’il y a des choses qu’il ne faut pas faire, sous peine de croiser des regards « toxiques ».

Il me semble important dans les professions du social de se montrer bienveillant et de se fier à la parole de l’enfant quand celle-ci est spontanée, du style ; « dis, tu m’expliques ce que tu as fait ? » Nous devons reconnaître l’enfant en tant que tel, avoir un regard chaleureux. Il faut que les lieux d’accueil permettent aux enfants d’évoluer dans un environnement éducatif, stable et structuré pour que l’enfant s’ouvre sur le monde et se sente en confiance. Il se peut qu’avec tout ceci, il y ait moins de non-dits, et de « cachoteries ».


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28 avril 2020

★ INITIATIVES - Appel à témoignage vidéo

À l’heure où la France est arrêtée pour faire face à cette crise sanitaire, nous applaudissons à nos fenêtres chaque soir le personnel soignant mais aussi les éboueurs, les caissiers, les transporteurs ; tous ceux qui permettent à notre société de tenir en cette période difficile.

De cette minorité qui continue à aller travailler, il y a aussi tous les travailleurs sociaux. Car le handicap, la détresse sociale ne disparaissent pas pendant le confinement. Au contraire, il les exacerbe mettant des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes encore plus en souffrance.
Face à des conditions de travail encore plus difficiles qu’à l’accoutumé, les travailleurs sociaux sont encore là afin de les soutenir et les accompagner du mieux possible.

Éducateur spécialisé mais aussi réalisateur, j’aimerais mettre en lumière ce que nous sommes, nous travailleurs sociaux, au travers de ce que nous vivons actuellement car nous sommes aussi en première ligne. C‘est pourquoi, je cherche des témoignages de professionnels sur le terrain ou en télétravail dans le but d’en faire un documentaire.
Comment ? En échangeant avec vous via des appels vidéos et en filmant ces entretiens.
J’aimerais que vous puissiez me raconter votre quotidien, comment vous le vivez, connaître les organisations au sein de votre structure, de votre service. J’aimerais mettre également en avant toutes les initiatives que nous sommes capables de faire car nous sommes aussi très créatifs. Et donc tout simplement vous donner la parole.

N’hésitez pas à me contacter.

À très bientôt.

Rodolphe Hamel
rodolphehamel.video@gmail.com
rodolphehamel.com"


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28 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Le confinement comme il est vécu

Par Sabine Bailly. Travailleuse sociale

C’est drôle le télétravail social en temps de confinement. Ça tricote dans l’air du temps dématérialisé. Hors image, hors langage corporel, juste les voix au bout du fil. Et puis les silences aussi. Et ce Monsieur qui m’appelle pour me dire en boucle : « mais Mme B., on est tous des CON…finés, mais ne vous inquiétez pas, on est tous des…. » Alors, on tient le bon bout, le bout de fil. Le bout de pas grand-chose, juste une voix, un lien, quelqu’un qui se demande si vous allez bien. « Ah c’est l’assistante sociale, ben ouais on fait aller
Mais c’est quand que ça s’arrête là ? Parce que leur attestation toutes les deux minutes.
Alors un coup de fil ça permet de râler. C’est pas mal, c’est mieux que la télé qui font rien que nous faire peur. Avec leurs chiffres. Alors combien de morts aujourd’hui ?
Restez chez vous qui nous disent. Mais chez moi ça m’inquiète, ça m’étouffe parfois
Ça résonne si je parle tout haut, ça me répond pas. Y sont où les gens ? Tout seul dans ma tête c’est trop compliqué. Même accompagné de la bouteille. » En dernière limite, y a l’hosto
Fâcheusement pour pas dire heureusement. Et pis parfois c’est le contraire. C’est même magique. Pour les autres. Ça change pas trop du quotidien. Vu que le quotidien c’est foutez moi la paix. Ma petite vie, mes petites habitudes tranquilles. Presque ça me rassure parce que c’est pareil pour tout le monde. Calmez-vous et surtout ne sortez pas. Ben ouais y a rien à faire qu’attendre. Qu’on nous de confine. »
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27 avril 2020

★ INITIATIVES -« Les chatouilles ou la danse de la colère » en ligne

Odette danse pour survivre. Inspiré d’une histoire vraie, le spectacle Les Chatouilles aborde le thème de la pédophilie. En 2016, les membres du jury des Molière remettaient le prix du « Seul en scène  » à la danseuse Andréa Bescond qui présentait depuis quelques mois déjà un spectacle « Les Chatouilles ». D’une enfance massacrée, la victime, l’auteure et l’actrice ne font qu’une, pour dire haut et fort ce que beaucoup ne veulent pas entendre et parfois même rejettent en bloc : le viol d’un enfant. Légèreté, pudeur et humour accompagnent cette danse qui est devenue pour elle un acte rédempteur et résilient. Lien Social lui avait consacré une critique en 2017. Il est à voir dans son intégralité pendant une semaine. Un choix d’Andréa Bescond qui explique que « trop d’enfant subissent des violences pendant ce confinement ». Mettre en ligne son spectacle et sa façon à elle d’alerter sur ces situations en temps de confinement.

CAPTATION "LES CHATOUILLES OU LA DANSE DE LA COLERE" from Philippe AYME on Vimeo.


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24 avril 2020

• TERRAIN - Journal de bord - Petit journal de campagne, puisque nous sommes en guerre... (3/3)

Par Isabelle CHEVALIER et Sylvie GAULENE, Ingénieures Sociales.
(Suite et fin de 1 - Les besoins des personnes accompagnées pendant la crise du COVID 19 & 2- Les travailleurs sociaux pendant la crise du COVID 19)

3. Le management par le télétravail en temps de crise

La crise sanitaire peut révéler les forces ou les faiblesses de chacun, des capacités d’adaptation de chaque professionnel, lorsque les dispositifs et outils de travail sont modifiés.

3.1 une nécessaire adaptation
Il s’avère vite nécessaire de garder du contact verbal, appeler pour remobiliser celui qui n’arrive pas à faire seul.
Comment manager son équipe sans ce contact quotidien, la présence physique, passer dire bonjour dans les bureaux, voir si tout va bien, les rituels du matin, la machine à café pour démarrer la journée, …
Par quoi remplacer tous ces indispensables relationnels ?
Ce responsable d’équipe tous les matins et tous les soirs introduit et clôture la journée par un message sur le WhatsApp de l’équipe, chacun commente et fait part de ses déconvenues : «  je n’arrive pas à me connecter » de ces interrogations « Est-ce quelqu’un a réussi à joindre la CAF ?  » ou de ses bons plans « la mairie a mis en place un réseau de solidarité pour de l’aide alimentaire » …

Pour le responsable de service la gageure est de s’adapter dans le cadre des missions qui lui sont imparties en sachant reporter les activités qui ne sont pas prioritaires, répondre à de nouvelles actions et gérer les situations d’urgence. Comment concilier distance et proximité avec les usagers et les réunions autour de situations entre professionnels d’une même institution et partenaires ? Comment en quelques jours et en situation de crise changer de pratique avec les moyens du bord ?

A l’exception des missions pour lesquelles les travailleurs sociaux sont mandatés, l’accompagnement social est basé sur la demande de la personne et sur sa capacité à être acteur de son projet. En cette période où la distanciation sociale est de mise, qu’en est-il de la distance établie entre le travailleur social et la personne dans le cadre de l’accompagnement téléphonique ? Cet accompagnement peut être la réponse à une demande de rendez-vous de la part de l’usager, mais également une sollicitation du travailleur social et de l’institution sans qu’il y ait demande de la personne. Sommes-nous dans de l’accompagnement social ou du contrôle activé par les risques de violences intra-familiales liés au confinement dans des familles précarisées ?

Didier Dubasque (2) relève : « il faut bien trouver des solutions, face à cette menace totalement nouvelle, alors même que les problèmes sociaux n’ont pas disparu…Dès lors, c’est un peu l’imagination au pouvoir... Et même si nous devons abandonner la proximité physique, cela ne nous empêche pas de développer une proximité sociale, notamment grâce au numérique. D’une certaine manière, le confinement peut même être l’occasion, pour les travailleurs sociaux, de se recentrer sur leurs fonctions principales. »
Les travailleurs sociaux innovent et s’adaptent, les éducateurs spécialisés font de l’accompagnement éducatif à domicile au téléphone avec des entretiens partagés parents/enfants, ils proposent des activités éducatives de loisirs sous forme de jeux et de travaux manuels où parents et enfants se retrouvent. Les conseillères en économie sociale et familiale proposent des supports pour poursuivre les accompagnements éducatifs budgétaires.
La mise en œuvre d’outils type carnet de bord, espaces collaboratifs où sont collectées et classées les notes, des fiches techniques de travail, le suivi des appels des personnes inquiètes, angoissées ou simplement en demande d’informations permet de piloter les actions avec des protocoles connus et partagés par toute l’équipe.
L’adaptation de l’organisation habituelle et du fonctionnement quotidien avec la mise en place de nouveaux circuits simplifiés : mails, scans, téléphone, permet de rassurer face au stress et à l’incertitude générés par cette crise et les nouvelles modalités de travail qui en découlent.

3.2 un encadrant de proximité… à distance

La communication, un pilier du télétravail.

La communication entre cadres investis sur les mêmes missions dans des services similaires permet de garder une cohérence, un échange de pratiques et une uniformité des pratiques en lien avec les directives de la hiérarchie sur le territoire, mais aussi de partager ses doutes et questionnements. Faut-il surveiller le travail produit ? le télétravail est-il un ‘vrai’ travail ?
Cette nouvelle façon de travailler peut impulser de nouvelles pratiques professionnelles qui devront être réfléchies après un bilan qualitatif et quantitatif et une évaluation de l’expérience. Après ce passage « au pas de course » au télétravail et la gestion de cette crise avec l’introduction de procédures simplifiées, il ne s’agit pas de revenir en arrière comme « s’il ne s’était rien passé ». Il ne s’agit pas non plus de privilégier le télétravail au détriment de l’accompagnement social des personnes dans le cadre d’entretiens et d’actions individuels et collectifs. C’est pourquoi la nécessité de rendre compte des actions menées pendant cette période est importante, la demande est souvent mal perçue et incomprise « pourquoi nous contrôler, à quoi ça sert, on fait le travail, on gère l’urgence ça ne suffit pas ! »

La communication entre le cadre et les membres d’une même équipe est primordiale au bon fonctionnement elle permet de travailler avec clarté, d’avoir une bonne compréhension des consignes, de rassurer, de partager des informations et d’échanger avec l’équipe.
Une responsable raconte : «  Il m’a paru indispensable d’organiser des réunions à distance, pour maintenir une dynamique de travail pluridisciplinaire, pour pallier l’isolement professionnel, organiser le travail de la semaine et coordonner les actions ».

Le maintien du lien et un travail d’équipe.
L’accompagnement de chaque professionnel et de l’équipe passe par des entretiens téléphoniques, des réunions à distance mais aussi par des échanges sur des groupes de discussions entre membres de l’équipe pour partager des expériences et travailler ensemble à cette nouvelle organisation en mouvement et en changements soumis aux nouvelles directives liées à la crise.
Pour le responsable d’unité, c’est une énergie de chaque instant, comment repérer ceux qui vont mal chez eux, les angoissés qui redoutent d’être appelés en présentiel, il faut savoir tenir compte de ces peurs, ce qui pose la question de l’iniquité entre les agents quand ce sont toujours les mêmes qui vont « au front ». C’est un équilibre à trouver car il y aura un après, un retour à la normale et les actions des uns et des autres vont laisser des traces.

Une gestion bienveillante et compréhensive.
Le cadre dans l’accompagnement de l’équipe doit exprimer qui fait quoi et comment, dans cette période de tension il doit accepter l’incertitude, les situations non résolues ou en attente et être solidaire de son équipe.
Pour Didier Dubasque « les travailleurs sociaux ont déjà pour missions d’écouter et de rassurer. C’est particulièrement vrai aujourd’hui ! Et outre ce soutien moral et psychologique, le travail social consiste particulièrement, aujourd’hui, à protéger les personnes vulnérables, à assurer la vie quotidienne et l’alimentation, et à prévenir les violences intrafamiliales. La crise du coronavirus, au fond, nous ramène à ces quatre missions essentielles. On voit bien que d’ordinaire, les problèmes administratifs nous envahissent. Mais ce mois-ci, les droits aux prestations sociales vont être renouvelés automatiquement. Au fond, nous retrouvons le sens du travail social ! »

Pour le cadre en responsabilité d’équipe de travailleurs médico-sociaux en cette période de gestion de crise, il s’agit d’habiter la fonction en s’appuyant sur trois points principaux : une éthique opératoire, des compétences de communication, une bonne connaissance des champs d’intervention et de la complexité des rapports humains (4).

La gestion de l’urgence et du risque.
La gestion des situations complexes engage la responsabilité des professionnels et du cadre, dans ce contexte la responsabilité du cadre est accrue, il doit tout particulièrement apprécier l’urgence d’une situation et savoir y répondre.
Ainsi si la protection d’un mineur requiert un placement, celui-ci doit se faire dans le respect des protocoles de sécurité pour les agents et mettre en place tous les moyens garantissant la santé du personnel, dans des situations où l’imprévu du comportement des jeunes est souvent de mise.
Un responsable rassure son équipe qui s’inquiète de la mise en œuvre d’un placement : « La sécurité des agents relève de la compétence des responsables hiérarchiques et constitue pour moi une priorité. Dans les missions que vous exercez cette question est régulièrement posée puisque vous êtes régulièrement confrontés à des risques de tout genre (passage à l’acte, instrumentalisation, mise en danger dans les visites à domicile, insécurité, etc.). Cet aspect est bien entendu exacerbé pendant cette période de confinement, et il s’agit donc d’évaluer le "risque" encouru. Aujourd’hui le confinement nous amène à penser et organiser différemment les choses et le télétravail permet difficilement de travailler de concert. J’ai essayé, avec les ressources du service d’imaginer un trajet le plus sécurisé possible en sollicitant un chauffeur, un véhicule de taille suffisante permettant de respecter la distance de sécurité ; masque et gants pour le référent et la jeune (le chauffeur en était déjà équipé) ont pu être fournis. »

Ainsi le cadre est amené à jouer le rôle de ‘traducteur’ (4) en traduisant les besoins d’innovation, portés par les travailleurs sociaux au contact des personnes accompagnées, en direction des services supports (services administratif, informatique, logistique, etc.), de façon à lever les obstacles comme les cloisonnements entre services, qui empêchent l’échange d’informations, pour comprendre, s’entendre.

Conclusion :

« C’est sous le coup d’événements historiques que nous remettons en question nos systèmes explicatifs, ronronnants, euphoriques(…) l’événement est perturbateur, modificateur, (…) d’un côté il déclenche un processus de résorption lequel, si l’événement est trop perturbant déclenche des mécanismes de régression faisant ressurgir un fonds archaïque protecteur et/ou exorciseur (…) d’un autre côté l’événement suscite un processus d’innovation qui va intégrer et répandre le changement dans la société  ». (E. Morin, 1968) (5)
L’important pour le cadre est de noter chaque jour ce qui se vit, pour capitaliser ce retour d’expérience, l’analyser dans ses impacts positifs et négatifs, quelles activités ont été réalisées, quelles stratégies d’acteurs ont été repérées, quelles nouvelles façons de travailler sont apparues, quelles adaptations ont été possibles et sont-elles durables ?

Raconter, le faire raconter et tirer le meilleur des moments vécus individuellement pour tenter d’en faire un moment collectif. Il sera alors temps de produire un écrit collectif, une charte des valeurs, les essentiels du travail social mis en relief pendant la durée du confinement et un travail social en changement sinon réinventé, qui s’appuie sur ses fondamentaux en sachant tirer profit des conséquences de cette crise.

(2) Didier DUBASQUE : « Le coronavirus ramène le travail social à l’essentiel », Interview le media social 26 mars 2020
(3) Dominique DEPINOY-BRUNEL, Jean-Pierre FEUTRY, « la fonction de cadre d’équipes sociales, comprendre, agir, évoluer », ASH Editions, Paris, 2004.
(4) Michel CALLON, Bruno LATOUR, « la théorie de l’acteur réseau ». Les grands auteurs en management de l’innovation et de la créativité 2016, p. 157-178
(5) Edgar MORIN Article « pour une sociologie de la crise ». Revue Communications 1968-12, p 2-16,

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