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► Sur le vif par Étienne Liebig • Les champs les plus beaux

Je m’adresse à mes consœurs et confrères.
Vous ne trouvez pas bizarre qu’au moment où des tas de jeunes gens veulent aller bosser dans des ONG, sont attirés vers les engagements humanitaires, veulent donner un sens à leur travail et veulent vivre en accord avec leurs convictions, on ne remplisse pas les promotions dans les écoles d’éducs ? Voilà un vivier de jeunes remarquables, fatigués des générations « start up » et « réussite financière » qui les ont précédés, prêts à s’investir dans une « mission sociale », mais pas dans nos associations ? Mais pourquoi bon sang de bois ? Qu’est-ce que l’on ne l’offre pas ? Et ne résumons pas l’affaire à nos salaires insuffisants, ils le sont certes, mais ils ne sont pas meilleurs dans les actions quasi bénévoles qui se développent partout, ni dans tous ces systèmes d’entraides sur Internet pour venir en aide aux plus démunis.
La réponse est sans doute multifactorielle, mais je pense que l’organisation même de nos structures, hyper hiérarchisées, fabriquées pour rassurer le bailleur où le contrôle du temps, des horaires, du matériel qui a pris le dessus sur la notion d’engagement personnel et collectif et surtout du manque de souffle rebutent une génération qui, elle aussi, a le droit de rêver, d’innover, de se tromper, de tenter des trucs, des les foirer et de se sentir soutenue par sa hiérarchie. Pour être plus précis encore, je crois que le départ à la retraite et la mort d’une génération d’aventuriers, d’idéologues, de fous dans le domaine de la pédagogie, de l’autisme, du handicap, de l’accompagnement, de l’enseignement, de la lutte contre les toxicomanies, de la protection de l’enfance, de la détresse psychique, etc. a tué l’aventure dans nos métiers et a fait de nous, peut être à notre corps défendant de bons « fonctionnaires à la Labiche » sans surprise, remplaçables et peu imaginatifs, souvent peureux, pensant surtout à la survie de nos structures et à complaire aux politiques plutôt qu’à bousculer les habitudes.
Je m’inclus bien sûr, mais je comprends qu’une jeunesse qui a soif d’idéal préférera toujours tenter sa chance dans des espaces à défricher que dans notre joli champ bien semé. Je suis un peu provoc, mais c’est Lien Social… je peux me permettre.



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