N° 802 | du 22 juin 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 22 juin 2006

Une recherche menée auprès de 700 couples et 1100 enfants

Katia Rouff

En 2004, Bertrand Coppin et son équipe de l’association Parent avec une déficience intellectuelle (PADI) [1] ont mené une enquête auprès de services d’accompagnement à la vie sociale concernant 700 couples dont l’un des deux conjoints au moins a une déficience intellectuelle et 1100 enfants. « Il nous a paru utile de savoir avec le plus de précision possible qui étaient ces hommes et femmes en situation de parents afin de mettre à l’épreuve les représentations sociales dominantes qui semblent se centrer sur des personnes incapacitaires, déficitaires et dont la pratique parentale apparaît impossible. L’enquête met en évidence la pluralité de ces familles », souligne Bertrand Coppin. S’il est difficile de synthétiser une enquête de trois cents pages qui comprend 145 paramètres, quelques éléments sont à souligner.

Les constats concernant les parents

40 % d’entre eux ne bénéficient pas de protection juridique et 90 % environ ont une reconnaissance Cotorep. On retrouve surtout l’activité professionnelle dans le secteur protégé (60 %). Les ressources mensuelles moyennes (allocations et salaires confondus) s’élèvent à 1000 € par personne. La plupart des parents ont accédé à une scolarité primaire et plus de 20 % d’entre eux ont été au collège. Il semble qu’une majorité de ces personnes n’a pas bénéficié de conditions stables dans son développement. La moitié d’entre elles n’a pas été bien traitée physiquement. Les parents de ces adultes, pour la grande majorité, ne présentaient pas de déficience intellectuelle connue et étaient d’origine modeste. Si les situations varient, un constat s’impose : ces couples existent et ont des enfants.

Près de 90 % des parents vivent seuls à leur domicile sans la présence d’autre personne, de la famille ou pas. Les soutiens dont ils bénéficient revêtent plusieurs formes : familial, milieu ordinaire ou spécialisé. Dans le milieu ordinaire, par ordre d’importance, PMI, services sociaux du conseil général et assistantes maternelles soutiennent les parents. Dans les services spécialisés, trois types de soutien dominent : les professionnels des services d’accompagnement, les équipes de soutien de CAT et les services d’AEMO. Les travailleurs sociaux soulignent que ces familles ne rencontrent pas plus de problèmes d’autorité ou de difficultés à exprimer leurs sentiments que les autres.

En revanche, 80 % d’entre elles ne peuvent pas assurer le suivi des devoirs de leur enfant qui bénéficie alors d’une aide spécifique. Cette réalité permet de mettre en doute l’idée préconçue et encore actuelle : « Ces personnes ne sont pas capables de s’occuper d’elles-mêmes, comment pourraient-elles envisager d’avoir un enfant ? »

Les constats concernant les enfants

Les propos concernant l’enfant sont souvent teintés de fatalisme. Le handicap, le placement ou l’échec restent les perspectives les plus souvent prédites par l’environnement. Dans cette recherche, un enfant sur deux a moins de 8 ans. « Cela signifie que durant les huit dernières années, il est né autant d’enfants que pendant les 32 années qui ont précédé, précise Bertrand Coppin, les effectifs d’enfants suivent une courbe croissante depuis 15 ans ».

83 % des enfants n’ont pas de reconnaissance de handicap. Parmi ceux qui vont à l’école, deux tiers suivent un cursus dans le secteur ordinaire et un tiers dans le secteur spécialisé. La majorité des enfants (68 %) n’est pas placée et vit avec ses parents. Près de 50 % des enfants rencontrent des difficultés dans le développement (troubles du langage, de l’apprentissage, du comportement, du sommeil). Cette enquête, financée par la Fondation de France et la CNAF peut être obtenue auprès de l’association Parents avec une déficience intellectuelle (PADI).


[1Sous la responsabilité de Bertrand Coppin, l’association parent avec une déficience intellectuelle (PADI) développe des recherches et recueille des projets sur les pratiques d’accompagnement des parents avec une déficience intellectuelle.

Objectif : multiplier échanges et collaboration entre chercheurs et praticiens, diffuser (par des publications, l’organisation de manifestations…) les connaissances actuelles autour de la parentalité et de la déficience intellectuelle.

En octobre 2005, en collaboration avec l’école d’éducateurs spécialisés de Lille et l’université de Lille 3, elle a organisé un colloque sur le thème de l’accompagnement des parents avec une déficience intellectuelle. Un ouvrage réalisé à partir des interventions sera disponible en octobre


Dans le même numéro

Dossiers

« Elles ont des désirs du même type que la majorité d’entre nous »

De plus en plus souvent, les personnes avec une déficience intellectuelle expriment le désir de devenir parents. Si elles le souhaitent, les professionnels les accompagnent dans leur réflexion. Quand l’enfant est là, ils mettent en place un soutien à la parentalité et à la gestion du quotidien. Explications de Bertrand Coppin, directeur d’un centre de formation d’éducateurs spécialisés dans le Pas-de-Calais

Lire la suite…

Un accompagnement difficile

L’équipe de travailleurs sociaux du service de prévention et de protection de l’enfance Olga Spitzer à Paris expose les difficultés rencontrées dans la recherche d’un hébergement pour une jeune mère déficiente intellectuelle

Lire la suite…

Le désir d’être parents chez les personnes déficientes intellectuelles

En 20 ans, l’évolution du regard porté sur les personnes en situation de handicap et la professionnalisation des équipes ont contribué à modifier l’approche de la maternité et de la parentalité au sein des structures ou services spécialisés

Lire la suite…