N° 802 | du 22 juin 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 22 juin 2006

Un accompagnement difficile

Propos recueillis par Katia Rouff

L’équipe de travailleurs sociaux du service de prévention et de protection de l’enfance Olga Spitzer à Paris expose les difficultés rencontrées dans la recherche d’un hébergement pour une jeune mère déficiente intellectuelle

Sophie [1] est une jeune femme de 23 ans avec une déficience intellectuelle. Mère d’une fillette de trois ans, elle vit chez ses parents dans un climat conflictuel. Elle est soutenue depuis la naissance de son enfant par les puéricultrices de secteur, la PMI et la crèche qui ont mis en place une organisation de la vie quotidienne avec la jeune mère et ses parents. Mais face aux difficultés rencontrées par la jeune femme avec ces derniers, les professionnels de la petite enfance l’orientent vers le service de prévention et de protection de l’enfance Olga Spitzer afin qu’elle bénéficie d’une mesure d’action éducative à domicile (AED). « L’autonomisation de la jeune femme n’a jamais été envisagée par ses parents, souligne Véronique Cornu, assistante sociale du service, le système familial alimentait sa déficience, même si les grands-parents prenaient bien en charge la vie quotidienne de la fillette ».

Durant la prise en charge AEMO, la jeune mère exprime son désir d’acquérir davantage d’autonomie et de quitter sa famille pour ne pas imposer à sa fille le climat de violence qui y règne. L’équipe cherche alors une structure d’hébergement pour l’accueil et l’accompagnement de Sophie et de son enfant. Elle effectue de nombreuses recherches et ne trouve qu’une structure, située en lointaine banlieue parisienne. Celle-ci gère un CAT, un foyer occupationnel et accompagne les salariés du CAT devenus parents. Elle n’a pas vocation à accueillir des parents avec une déficience intellectuelle ne travaillant pas au CAT mais accepte de recevoir Sophie.

Après une première visite, Sophie – peut-être ambivalente — ne souhaite pas être hébergée dans ce lieu, le jugeant trop éloigné de ses points de repères parisiens et surtout réservé à des personnes « bien plus handicapées » qu’elle. L’équipe aussi est critique par rapport à l’accueil fait à Sophie : « L’équipe ne s’adressait pas à elle comme à une adulte et une mère mais la tutoyait. Sa première question a été “Est-elle sous tutelle” ? », évoque Véronique Cornu. L’équipe ne trouve pas d’autres structures adaptées à cet accompagnement et apprend que les personnes déficientes intellectuelles devenues parents retournent souvent vivre chez leurs parents ou que leur enfant est placé.

« Devenir parent suppose d’avoir une sexualité »

Comment expliquer la difficulté à trouver un lieu d’accueil adapté à cette situation ? « Devenir parent suppose d’avoir une sexualité. Or, je pense que le personnel éducatif n’est pas toujours prêt à l’admettre et a tendance à infantiliser les personnes avec une déficience intellectuelle, avance Mary Mc Guinness, chef de service. Si l’idée d’une sexualité est déjà difficile, comment envisager la parentalité ? Les personnes déficientes intellectuelles semblent prêtes mais pas la société. Elle ne se soucie donc pas de créer un accueil et un accompagnement adaptés ».

Pour Mariethé Clavel, psychologue : « Cette carence est générale, les jeunes handicapés n’ont pas de solution d’hébergement à la sortie des institutions spécialisées, ils retournent chez leurs parents alors même que la relation avec eux est compliquée. De plus, les structures d’hébergement tout public confondu manquent dans les grandes villes. Ceci explique peut-être les carences de lieux d’hébergement adaptés aux personnes déficientes intellectuelles devenues parents. En tout cas s’ils existent, l’information les concernant est difficile à obtenir ».


[1Le prénom a été changé


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