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📝 Tribulations d’une assistante sociale de rue - La lĂ©gende du cordonnier

Vous connaissez tous le proverbe « Ce sont toujours les cordonniers qui sont les plus mal chaussĂ©s  » ! Alors dans ce billet, je n’aurai pas la prĂ©tention de m’identifier Ă  une lĂ©gende mais bien Ă  un cordonnier, surtout s’il est extrĂȘmement mal chaussĂ© !

Allez savoir pourquoi, mais mon mĂ©tier est une sorte de passion – d’oĂč peut-ĂȘtre aussi mon envie d’écrire dessus –, rapidement et dĂšs ma formation j’ai ressenti un engouement autour de la question du logement alors je me suis dirigĂ©e inconsciemment vers ce champ puis suis devenue, petit Ă  petit, spĂ©cialisĂ©e dans le sans-abrisme, l’hĂ©bergement et le logement. D’ailleurs, je suis une fervente dĂ©fenseuse du Logement d’Abord, surtout s’il est pensĂ© AprĂšs !

Il y a quelques annĂ©es, j’ai quittĂ© ma rĂ©gion natale oĂč j’avais CDI, appartement et vie sociale chaleureuse pour Paris, pour un Ă©panouissement professionnel que je ne connaissais pas ou pour bousculer une vie un peu trop tranquille


BĂȘtement, j’avais cru que mon salaire serait plus Ă©levĂ© Ă  la capitale, mais non ! Alors je me suis installĂ©e en colocation, seul type de logement abordable Ă  ma condition, et j’ai choisi la Seine-Saint-Denis – le 93, plutĂŽt ironique sachant que je viens du 39 – oĂč les loyers sont abordables, tout en travaillant en plein Paris. Je connais donc les longs trajets de RER, les changements de mĂ©tro, les transports bondĂ©s et nausĂ©abonds en pleine canicule. D’ailleurs, sans clim dans les wagons, j’ai dĂ©couvert que je pouvais transpirer des mollets !

Commencez-vous Ă  percevoir l’ironie pernicieuse de la situation ? Donc j’ai vĂ©cu, les trois derniĂšres annĂ©es, dans un habitat partagĂ© avec des colocataires variĂ©s dont le nombre Ă©voluait entre 6 et 9. Mon seul lieu de repli Ă©tait ma chambre de 9mÂČ oĂč aucun bureau – qui aurait Ă©tĂ© utile Ă  mes pĂ©rĂ©grinations rĂ©dactionnelles – ne pouvait prendre place. La crise sanitaire m’a obligĂ©e Ă  vivre enfermĂ©e dans ce lieu convivial qui, insidieusement, a pompĂ© mon Ă©nergie, principalement car je rentrais d’un travail oĂč la misĂšre, les angoisses, le mal-ĂȘtre et la violence prĂ©dominent pour Ă©couter les dolĂ©ances, les plaintes, les peurs et les conflits des autres habitants.

J’ai choisi de quitter cette colocation pour de multiples raisons – principalement afin de me recentrer – et me voici hĂ©bergĂ©e ! J’ai aussi une demande de logement social en attente depuis plus de quatre ans, un DALO en passe d’ĂȘtre refusĂ© – parce qu’il faut l’avouer : je suis efficace avec les autres mais d’une nullitĂ© crasse avec moi-mĂȘme – et je reste dans l’attente de la proposition salvatrice qui se fait dĂ©sirer. Ici, j’ajouterai que j’ai rĂ©cemment obtenu le relogement de trois SDF, qui connaissent un parcours de rue d’une quinzaine d’annĂ©es, directement sur le parc social, et ce, en moins de six mois.

Bref, la lĂ©gende du cordonnier est donc, en rĂ©alitĂ©, une bien triste vĂ©rité